Allez au contenu, Allez à la navigation

COMPTES RENDUS DE LA COMMISSION DE LA CULTURE, DE L'EDUCATION ET DE LA COMMUNICATION


Mardi 17 avril 2012

- Présidence de Mme Marie-Christine Blandin, présidente -

Audition de M. Alain Seban, président du Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou

La commission auditionne M. Alain Seban, président du Centre national d'art et de culture Georges-Pompidou, accompagné de Mme Agnès Saal, directrice générale, M. Bernard Blistène, directeur du département du développement culturel, M. Daniel Guérin, directeur des ressources humaines, M. Jean-Marc Auvray, directeur juridique et financier, M. Alfred Pacquement, directeur du Musée national d'art moderne, M. Frank Madlener, directeur de l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam), et M. Patrick Bazin, directeur de la Bibliothèque publique d'information (Bpi).

M. Alain Seban, président du Centre national d'art et de culture Georges Pompidou. - L'exposition Matisse, que nous avons eu l'honneur de vous faire découvrir, est emblématique car elle réunit des chefs d'oeuvre du peintre, mais aussi des séries, des paires, et représente à ce titre un défi curatorial. Il s'agit d'un angle de l'histoire de l'art qui n'avait jamais donné lieu à une exposition auparavant. En outre, cette exposition est représentative du Centre Pompidou de par sa dimension internationale, et son accessibilité à un très large public. Elle s'inscrit ainsi dans la logique de médiation et la mission qui sont celles de l'établissement public.

Le bilan des cinq dernières années démontre le succès de notre démarche stratégique :

- la fréquentation a augmenté de 40 % pour atteindre 3,6 millions de visiteurs ;

- l'innovation culturelle a guidé le lancement de plusieurs projets : le premier espace dédié aux adolescents de 13 à 16 ans, le Centre Pompidou-Metz avec 1,3 million de visiteurs à ce jour, le Centre Pompidou Mobile, premier musée nomade au monde, ou encore le festival annuel de la création contemporaine dont la troisième édition a accueilli gracieusement 80 000 visiteurs en trois semaines ;

- la gestion maîtrisée de l'établissement a produit des effets. Elle s'est déclinée à travers la gestion des effectifs, les contraintes imposées par la révision générale des politiques publiques (RGPP) - avec une diminution de 1,5 % du plafond d'emploi - ayant entraîné la suppression de 52 emplois en trois ans. Cette politique ne pourra pas être poursuivie encore plusieurs années compte tenu des tensions qu'elle crée. La gestion maîtrisée est aussi budgétaire, avec un taux d'autofinancement qui est passé de 20 à 31 % en cinq ans : les recettes propres ont cru de 50 %, tandis que l'État a diminué sa subvention de fonctionnement, soit une baisse de 5 % en 2011 représentant 3,5 millions d'euros.

Cette dynamique constitue une fierté et invite à aller plus loin, à engager des réformes plus profondes encore. Je vois deux enjeux principaux :

- la mondialisation, puisque la création contemporaine est devenue un phénomène global. Il s'agit donc de définir une stratégie internationale pour que le développement de la collection réponde à ce mouvement ;

- le maintien de l'unité de la collection en répondant au défi d'une plus grande monstration. La collection du Centre Pompidou, qui est unique au monde en matière d'art moderne, s'accroît de 2 % chaque année, ce qui implique de réfléchir à de nouveaux modèles de sites « hors les murs ». On pourrait envisager une voie médiane entre le Centre Pompidou Mobile, qui reste trois mois dans une collectivité, et le Centre Pompidou-Metz, institution permanente inscrite dans la durée. Il s'agirait d'investir des lieux existants (universités, gares, etc.) pour trois ou quatre ans, soit à l'étranger, soit en France dans des conditions correspondant aux obligations de service public.

Mme Marie-Christine Blandin, présidente. - Quelle ambition et quelles perspectives !

M. Ambroise Dupont. - Je suis assez enthousiaste à cette idée de présentation itinérante des collections du Centre Pompidou, qui doivent par conséquent continuer à s'accroître.

Donner à voir l'art dans la société d'aujourd'hui est encore considéré comme élitiste et parisien. Le concept est suffisamment porteur pour que les personnes susceptibles de s'intéresser à la création puissent vous apporter leur concours. Je soutiendrai cette volonté de diffuser les collections du Centre en France et dans le monde.

M. Alain Seban, président du Centre national d'art et de culture Georges Pompidou. - Le musée du XXIe siècle doit être un musée déployé vers l'extérieur pour aller à la rencontre d'un nouveau public, celui qui ne fréquente jamais les musées. Cette ambition est portée par l'initiative du Centre Pompidou mobile et par l'opération « Un jour, une oeuvre », qui consiste à présenter hors les murs et en présence de l'artiste une oeuvre issue de nos collections.

M. Michel Le Scouarnec. - Quel est le coût ? A partir de quelle taille une commune peut-elle postuler pour accueillir le Centre Pompidou mobile ?

Quel est le nombre de personnes qui travaillent au Centre Pompidou ? Quel a été l'impact de la RGPP en termes d'emplois supprimés ? Peut-on continuer à déployer davantage d'oeuvres tout en disposant de moins de personnels ? Cela me paraît difficile.

Mme Maryvonne Blondin. - Vous avez évoqué la mondialisation et la création contemporaine, ainsi que le déploiement en réseau de vos collections. Quels sont les personnels affectés à ces expositions itinérantes ? Quel type de personnel a été impacté par la RGPP, particulièrement s'agissant de la suppression de ces 52 emplois en trois ans ?

Nous avons besoin d'avoir un accompagnement pour aborder les oeuvres. C'est utile de diriger notre regard et notre vision de l'oeuvre. La politique d'accès à un plus large public nécessite de disposer d'un personnel formé à la médiation.

M. André Gattolin. - Vous avez parlé de l'évolution de la fréquentation du Centre Pompidou. Vous avez noté depuis trois ans une progression sensible. Constate-t-on une démocratisation de l'accès au Centre en termes de public ? Qu'en est-il de la captation du public de touristes ? Je voudrais avoir des précisions sur la nature qualitative du public accueilli.

Mme Brigitte Gonthier-Maurin. - Je suis sensible à l'effort que vous conduisez pour restituer le caractère propre du Centre. C'est très audacieux. L'art est une partie intégrante de la société. J'ai cependant des inquiétudes quant au financement et à la pérennité de cet ensemble. Je rejoindrai les questions qui vous ont été posées par mes collègues. Lorsqu'une ville accueille un tel événement, c'est un moment de mobilisation populaire qui entraîne un retour sur investissement culturel et des retombées pour la ville. C'est un supplément d'âme.

Mme Claudine Lepage. - Vous avez mentionné les financements extérieurs. Quelles sont leurs sources ? Quel pourcentage représentent-ils dans le budget du Centre Pompidou ?

Mme Marie-Christine Blandin, présidente. - Mettez-vous à disposition des audio-guides pour les enfants ? Le Musée du Luxembourg en propose. Ils sont très appréciés.

Vous avez mentionné les actions engagées en faveur des publics. J'ai accueilli au Sénat un colloque de la Maison des Artistes. Il existe une vraie demande que des structures publiques apportent une aide aux jeunes plasticiens. Est-il concevable de proposer à des artistes des espaces d'exposition à rotation rapide ?

Pouvez-vous nous préciser le rôle de la Bibliothèque publique d'information et nous dire quelles sont les interactions avec la Bibliothèque nationale de France ?

M. Alain Seban, président du Centre national d'art et de culture Georges Pompidou. - Je vous remercie de vos questions dont voici les éléments de réponse :

- pour ce qui concerne le Centre Pompidou Mobile, le coût d'investissement est de 2,5 millions d'euros, et le coût de construction au mètre carré égal à celui du logement social. Les ressources viennent du Conseil de la création artistique à hauteur de 500 000 euros, du ministère de la culture et de quatre partenaires que sont la Fondation Total, GDF-Suez, le Groupe Galeries Lafayette et Protegys. Il reste donc la somme de 200 000 euros à la charge de la collectivité ainsi que quelques prestations en nature. Compte tenu de ce montant, nous pensions que les partenaires naturels seraient les conseils régionaux, comme c'est le cas avec le Nord-Pas-de-Calais ou l'Aquitaine, mais le projet intéresse aussi des villes moyennes ou grandes, ainsi que des conseils généraux. Rappelons que trente personnes sont employées localement pendant trois mois tandis que la gestion des oeuvres continue d'être assurée par le Centre Pompidou ;

- la mise en oeuvre de la RGPP devait tenir compte de notre priorité de mise en valeur de la collection du Centre Pompidou. Aussi, les emplois postés d'accueil et de sécurité, comme ceux liés à la valorisation des oeuvres ont été préservés, l'incidence étant circonscrite aux autres emplois, techniques et administratifs tels que ceux du standard qui a été externalisé. Les décisions de suppression ont été accompagnées d'un dialogue étroit avec les organisations syndicales. Le Centre Pompidou compte un total de 1 500 emplois équivalents temps plein travaillé, dont 250 pour la bibliothèque publique d'information, 100 pour l'IRCAM et 1 057 pour la partie muséale ;

- la fréquentation se compose à 40 % d'étrangers, ce qui constitue une singularité par rapport aux autres grands musées parisiens qui comptent entre 70 et 80 % de visiteurs étrangers. Il existe des marges de progression et les indicateurs montrent que la population française a en moyenne 35 ans, est d'un niveau d'études très élevé (bac + 5 et au-delà) et qu'elle tend à vieillir et à se féminiser.

Mme Agnès Saal, directrice générale du Centre national d'art et de culture Georges Pompidou. - Il faut souligner les conséquences ravageuses d'une politique de réduction des effectifs à l'image de ce qui a été fait dans le reste du service public. Le Centre Pompidou a atteint un point de situation très difficile. De très grands progrès de rationalisation du travail ont été réalisés, et il serait difficile de poursuivre cette démarche sans toucher au coeur même de l'activité de l'établissement. Nous pensons que pour développer notre activité vers l'international nous pourrions obtenir des emplois hors-plafond, sur des contrats à durée déterminée de un à trois ans, en les finançant par des ressources extérieures très précisément identifiées, tous comme les emplois concernés.

Pour revenir à la RGPP, il nous a été expliqué qu'une réponse pouvait être l'externalisation. C'est ce que nous avons fait, pour des petites équipes de cinq ou six agents, mais à grande échelle cela conduirait certainement à un coût très important, probablement plus grand que l'équivalent de la masse salariale visée. Il nous faut aujourd'hui a minima maintenir les 1 057 emplois.

Enfin, nous nous interrogeons sur la capacité de l'État à maintenir un niveau de crédits suffisant. La dernière diminution de 3,5 millions d'euros nous a fait revenir trois ans en arrière, et nous avons réalisé les efforts nécessaires, en passant de 20 à 31 millions d'euros de ressources propres. Mais si la subvention devait encore diminuer, cela reviendrait à nous faire porter le rocher de Sisyphe. Il est urgent de préserver l'établissement.

M. Alain Seban, président du Centre national d'art et de culture Georges Pompidou. - Nous disposons d'une offre audio-guide pour les enfants et soutenons les jeunes plasticiens. Nous devons être le musée de référence pour l'art français, ce qui se traduit dans notre politique d'acquisition par un soutien aux artistes français, y compris de très jeunes. La scène française au sens large est également soutenue au travers de notre politique d'exposition. Je pense ainsi à Anri Sala, qui représentera la France à la Biennale de Venise, à Mircea Cantor, lauréat du prix Marcel Duchamp 2011, mais aussi à des artistes de tous âges comme François Morellet ou Pierre Soulages. A ce titre, le festival constitue un outil essentiel de soutien, et il nous paraît indispensable de maintenir le lien avec la jeune création.

M. Patrick Bazin, directeur de la Bibliothèque publique d'information. - La Bibliothèque publique d'information (BPI) a été conçue comme une composante intrinsèque du Centre Pompidou qui propose une offre globale. La présence du livre depuis l'origine de l'établissement souligne son rôle dans la richesse du Centre Pompidou. Il s'agit d'une bibliothèque de lecture publique qui séduit des publics variés, tandis que la Bibliothèque nationale de France, la BnF dont je suis membre du Conseil scientifique par ailleurs, rencontre des difficultés pour aller à leur rencontre. Le succès de l'exposition consacrée au new-yorkais Art Spiegelman, qui est organisée actuellement à la Bpi, montre la façon de tisser des liens entre les différentes composantes du Centre Pompidou : en effet l'exposition a déjà drainé 30 % supplémentaires de fréquentation.

Mme Marie-Christine Blandin, présidente. - Avez-vous constaté une hausse du budget dédié à l'assurance, notamment dans le cadre de projets tels que celui du Centre Pompidou Mobile ?

M. Alain Seban, président du Centre national d'art et de culture Georges Pompidou. - L'assurance est devenue l'un des éléments les plus lourds de ces expositions car la valeur de l'art moderne a considérablement augmenté. Représentant un millième du prix d'une oeuvre, vous comprendrez que cela représente un budget considérable quand il s'agit d'oeuvre évaluées à plusieurs dizaines de millions d'euros. En outre, cela renvoie à un système très lourd en termes de procédures et peu performant, qui mériterait d'être réexaminé.