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COMPTES RENDUS DE LA DELEGATION AUX DROITS DES FEMMES


Jeudi 16 mai 2019

- Présidence de Mme Annick Billon, présidente -

Table ronde sur le rayonnement de la Coupe du monde féminine de football 2019

Mme Annick Billon, présidente, co-rapporteure. - Mesdames les co-rapporteures, Monsieur le Président Savin, mes chers collègues, Mesdames et Messieurs, je vous remercie d'être venus assister à cette table ronde organisée en partenariat avec la Fédération Française de Football (FFF), que nous remercions pour son engagement à nos côtés. Cet événement s'inscrit dans la perspective de la Coupe du monde féminine de football 2019 qui aura lieu pour la première fois en France, du 7 juin au 7 juillet 2019.

Parallèlement à cette actualité, notre délégation a souhaité conduire un travail sur le football féminin, car cette thématique s'inscrit dans le cadre plus général de l'égalité entre les femmes et les hommes que nous promouvons.

En effet, malgré des avancées certaines, le football reflète encore les inégalités à l'oeuvre au coeur de notre société.

Tout d'abord, il reste empreint de stéréotypes. Des jeunes filles n'imaginent pas pratiquer ce sport réputé encore aujourd'hui « masculin » et de nombreux clubs ne disposent pas des équipements nécessaires pour accueillir les joueuses dans de bonnes conditions, c'est-à-dire dans les mêmes conditions que les garçons.

En outre, les inégalités salariales sont prégnantes. Nous savons qu'en moyenne, les salaires des femmes sont inférieurs de 20 % à ceux des hommes ; dans le milieu footballistique, cet écart est de 96 % ! À cet égard, nous nous interrogeons sur le statut professionnel des joueuses, dont la pratique demeure rattachée au football amateur. En effet, les joueuses de niveau professionnel dépendent de la Fédération tandis que leurs collègues masculins dépendent, eux, de la Ligue de Football Professionnel (LFP). Cette inégalité pose des questions : comment les joueuses de haut niveau peuvent-elles être considérées comme les égales des hommes si elles n'ont pas le même statut professionnel ?

De plus, les footballeuses sont invisibilisées. Force est de constater que les exploits des footballeurs sont davantage retransmis que ceux de leurs consoeurs. Pourtant, les jeunes filles doivent avoir des modèles auxquels s'identifier pour envisager le football comme une pratique qu'elles peuvent s'approprier.

L'accès aux responsabilités est une autre problématique sur laquelle la délégation aux droits des femmes s'est, à de nombreuses reprises, positionnée. Nous constatons trop souvent - ce n'est pas le propre du football - que plus on monte dans la hiérarchie et moins on trouve de femmes. À ce jour, seule une femme préside une fédération sportive olympique (Isabelle Lamour pour la Fédération Française d'Escrime), et seulement deux districts de football sur cent sont présidés par des femmes.

Nous nous félicitons tout de même de la féminisation progressive de certains postes clés dans le domaine footballistique. Je pense notamment à Nathalie Boy de la Tour, que nous avons auditionnée le 4 avril dernier, qui est la première femme à la tête d'une Ligue de Football Professionnel en Europe. Nous pouvons également citer Florence Hardouin, directrice générale de la Fédération Française de Football, ou Fatma Samoura, secrétaire générale de la FIFA.

Par ailleurs, les déplacements que nous avons effectués, notamment au Paris Football Club (PFC) et en Vendée, qui est mon département, nous ont éclairés sur la situation du football féminin français. La table ronde organisée au mois de mars en Vendée nous a permis d'appréhender concrètement les difficultés matérielles des clubs pour accueillir la pratique féminine et fidéliser les joueuses, ainsi que le manque de ressources propres dont peut disposer le football féminin.

Les dirigeants et les joueuses de haut niveau du PFC nous ont également fait part des difficultés que rencontrent ces joueuses à vivre du football : malgré la politique de salariat mise en place par le club, et qui doit être saluée, ces dernières poursuivent des études ou ont un emploi à côté de leurs entraînements quotidiens, dans le cadre d'un double, voire d'un triple projet.

J'en viens maintenant au rapport que nous préparons. Il est mené par quatre co-rapporteures représentant différentes sensibilités politiques de notre assemblée. Il s'agit de Céline Boulay-Espéronnier pour le groupe Les Républicains, qui ne peut malheureusement pas se joindre à nous ce matin, Victoire Jasmin pour le groupe Socialiste et républicain, Christine Prunaud pour le groupe Communiste républicain citoyen et écologiste et moi-même pour le groupe Union centriste.

Notre table ronde de ce matin, qui conclut un cycle d'auditions commencé en décembre 2018 avec la ministre des Sports, sera plus particulièrement dédiée au rayonnement de la Coupe du monde 2019. Cette compétition présente en effet de réels enjeux pour enraciner dans notre pays une culture du football féminin telle qu'elle existe déjà par exemple aux États-Unis ou en Allemagne.

Nous avons choisi de la diviser en trois séquences, qui seront chacune animée par l'une des co-rapporteures :

- séquence 1 : la Coupe du monde en France : quel héritage pour les territoires ?

- séquence 2 : un dispositif médiatique unique pour un événement sportif féminin en France ;

- séquence 3 : quelle place pour les femmes dans le football ? L'exemple du commentaire sportif.

Nous nous réjouissons que le Mondial entraîne une dynamique favorable à la médiatisation et à la visibilité du football féminin. Les billets se vendent très bien : sur 1,3 million de tickets disponibles à cinquante jours du coup d'envoi, 720 000 billets ont été vendus (soit plus de 50 %) et sept rencontres affichent déjà complet. Le tournoi entraîne une ferveur populaire qui, nous l'espérons, portera chance à notre équipe française !

Par ailleurs, cette Coupe du monde bénéficiera d'une visibilité inédite pour une compétition de sport féminin. Canal Plus et TF1, chaînes emblématiques du football, ont ainsi acheté les droits de diffusion des matchs. Elles nous parleront de leur stratégie et de leur dispositif en vue de l'événement.

Pour aborder l'ensemble de ces sujets, nous avons le plaisir et l'honneur d'accueillir de prestigieux intervenants, qui représentent la FFF, mais aussi plusieurs groupes audiovisuels et de la presse écrite, comme vous pouvez le constater à la lecture du programme. Mes collègues co-rapporteures les présenteront dans le cadre de chaque séquence.

Notre matinée étant très chargée, je sensibilise nos intervenants à la nécessité de bien vouloir respecter le temps de parole qui leur est imparti.

Je souhaite la bienvenue au public présent. Je suis au regret de préciser que, compte tenu du temps contraint dont nous disposons ce matin, nous ne serons probablement pas en mesure d'avoir un temps d'échange après les interventions.

Je précise également que notre réunion fait l'objet d'une captation vidéo retransmise en direct sur le site du Sénat.

Je remercie chaleureusement nos intervenants pour leur présence, ainsi que la Fédération Française de Football, qui est notre partenaire. L'organisation conjointe de cet événement constitue un symbole fort pour la visibilité des sportives.

Enfin, je remercie les membres du groupe d'études « Pratiques sportives et grands événements sportifs » pour leur présence aux côtés de notre délégation ce matin et lors des auditions.

Je me tourne d'ailleurs vers son président, Michel Savin, avant de passer la parole à Christine Prunaud, qui animera la première séquence de cette matinée.

M. Michel Savin, président du groupe d'études « Pratiques sportives et grands événements sportifs ». - Madame la Présidente, mes chers collègues, mesdames, messieurs, en tant que président du groupe d'études du Sénat sur les pratiques sportives et les grands événements sportifs, je me réjouis d'être présent ce matin pour cette table ronde sur le rayonnement de la Coupe du monde féminine de football 2019, organisée par la délégation aux droits des femmes. Le Sénat travaille depuis longtemps sur le sport et toutes ses dimensions. Je tiens également à saluer le travail mené depuis plusieurs mois par la délégation aux droits des femmes sur cette thématique lors de ses auditions.

J'aimerais revenir sur deux points essentiels. Tout d'abord, je voudrais évoquer l'héritage de cette compétition sur les territoires. Il s'agit d'un point essentiel pour toute compétition internationale se déroulant dans notre pays. En effet, il est nécessaire que cette compétition permette à nos territoires de développer la pratique sportive et de soutenir des disciplines parfois peu connues. Sur ce point, mon territoire, l'Isère, est directement concerné par la Coupe du monde 2019, car la ville de Grenoble accueillera un certain nombre de matchs. Ces grandes compétitions doivent venir soutenir nos territoires. Je sais que la Fédération y a largement travaillé avec l'ensemble des régions au niveau local, comme le font d'ailleurs par exemple les dirigeants en charge de l'organisation de la Coupe du monde de rugby en France en 2023 et des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris en 2024.

Ces événements internationaux doivent aussi être l'occasion pour le mouvement sportif de s'associer avec les collectivités, qui financent le sport à plus de 80 % en France, mais aussi avec les associations ou encore l'Éducation nationale. Le Sénat a d'ailleurs voté hier un amendement important sur la pratique de l'activité physique et sportive quotidienne, dans le cadre de l'examen du projet de loi sur l'école de la confiance. Tous ces acteurs doivent se rassembler pour mettre en place des animations et développer la promotion et la découverte du sport, et notamment du sport féminin.

En outre, j'aimerais évoquer la médiatisation du sport féminin, qui doit être évidemment renforcée, car cela représente un élément déterminant. Nous avons réalisé de grands progrès, mais le chemin reste encore long, en particulier en ce qui concerne les droits télévisuels. Nous constatons les difficultés qui existent dans les discussions sur les droits télévisuels masculins et féminins. Bien souvent, les matchs féminins sont ajoutés au « package » masculin lors des négociations sur les grandes compétitions. Je tiens à saluer l'engagement des diffuseurs, dont TF1 et Canal Plus, pour la Coupe du monde, ainsi que tous les médias qui s'investissent dans la diffusion et la promotion du sport, et du sport féminin. Je me réjouis de la présence de nombre d'entre eux ce matin au Sénat.

J'espère que la Coupe du monde féminine de football sera l'occasion de donner une très grande visibilité au football féminin ainsi qu'au sport féminin en général. Je vous remercie de votre présence et de votre implication quotidienne pour le développement du sport sur notre territoire.

Mme Christine Prunaud, co-rapporteure. - Merci, cher collègue, pour ce témoignage d'engagement en faveur du sport et du sport féminin, auquel la délégation aux droits des femmes ne peut qu'être sensible.

Je souhaite la bienvenue à nos premières intervenantes. Nous allons présenter par une courte vidéo les chiffres-clé du football féminin français.

[Une vidéo est projetée.]

Je suis très heureuse d'animer la première séquence de cette table ronde intitulée « La Coupe du monde en France : quel héritage pour les territoires ? ».

Étant sénatrice des Côtes-d'Armor, je porte un intérêt tout particulier au lien entre football et territoires. Il est indispensable de promouvoir la pratique féminine du football dans tous les clubs, et nous espérons qu'une fois la Coupe du monde terminée, l'engouement des jeunes filles et des femmes pour le football et leur place dans ce sport se verront grandis.

Nous avons le plaisir de retrouver Frédérique Jossinet que nous avons auditionnée le 21 mars dernier et qui nous a déjà beaucoup appris sur l'engagement de la FFF dans la pérennisation du football féminin.

Frédérique Jossinet, vous êtes directrice du football féminin et de la féminisation au sein de la FFF et membre du conseil d'administration de la Coupe du monde en charge de l'impact et de l'héritage de cet événement. Nous connaissons votre implication dans le football féminin.

Vous allez nous présenter aujourd'hui les ambitions et les objectifs de la Fédération pour ancrer la pratique féminine dans les territoires et dans les clubs. C'est toute la question de l'héritage de cette Coupe du monde.

La féminisation et le développement du football féminin sont de véritables enjeux. Nous pouvons attendre de la Coupe du monde un impact positif sur la pratique. Comment faire face à la hausse probable du nombre de jeunes licenciées et comment les accueillir dans de bonnes conditions ?

En outre, pouvez-vous nous présenter le plan stratégique de féminisation mis en oeuvre par la Fédération ?

Enfin, quelles retombées de la Coupe du monde peut-on attendre dans les clubs, notamment en termes de redistribution financière des droits télévisuels ?

Mme Frédérique Jossinet, directrice du football féminin et de la féminisation de la Fédération Française de Football et responsable Impact & Héritage de la Coupe du monde féminine de la FIFA, France 2019 et des objectifs de féminisation de la FFF. - Merci Madame la sénatrice, Monsieur le Président, Madame la Présidente, Mesdames les sénatrices, je vous remercie de m'avoir invitée pour vous présenter notre ambition et nos enjeux pour la Coupe du monde féminine de football. Pour commencer, j'aimerais revenir en arrière et répondre à cette première question : pourquoi accueillir la Coupe du monde 2019 en France ?

À partir de 2011, le football féminin et la féminisation à la Fédération sont devenus, sous l'impulsion de notre président Noël Le Graët et de notre vice-présidente Brigitte Henriques, un véritable enjeu et une priorité à la FFF. Nous avons mis en place un plan de développement à cet effet sur l'accessibilité à la pratique dans tous les territoires, à la fois métropolitains et dans les départements et collectivités d'outre-mer (DOM-COM). Nous avons renforcé notre engagement en matière de féminisation pour répondre à des enjeux de mixité. En 2011, nous comptions 50 000 licenciées pratiquantes. Nous nous sommes fixé des objectifs ambitieux et chiffrés, à savoir d'atteindre 100 000 licenciées en 2016. Pour aboutir à ce résultat, il était important d'identifier un grand événement. Noël Le Graët a donc décidé de candidater au plus grand événement possible dans le football féminin, à savoir la Coupe du monde. Le fait d'organiser un tel événement nous permet de devenir la locomotive en matière de football féminin et de le faire rayonner dans tous les territoires à travers notre équipe de France.

Nous avons défini des ambitions et des enjeux pour cette Coupe du monde. Nos quatre ambitions majeures sont les suivantes :

- célébrer une fête familiale et un succès populaire, comme la Coupe du monde masculine l'a été en 1998 ;

- laisser un héritage fort et durable pour le sport féminin et le football féminin ;

- assurer une excellence organisationnelle pour les cinquante-deux matchs qui se dérouleront sur neuf territoires ;

- réussir à être performants.

En plus de cela, nous avons identifié trois enjeux principaux dans notre plan d'action « Animation - Héritage ».

Le premier enjeu est de permettre, à travers les Coupes du monde féminines, de doter le football français d'atouts structurels pour le développement et la structuration du football féminin. Nous devons mener une véritable politique d'héritage parce que nous avons besoin d'un deuxième élan après le premier plan de féminisation. Si nous voulons accueillir dans les meilleures conditions possibles les nouvelles licenciées, en accroître le nombre, tout en fidélisant nos 180 000 licenciées, nous devons examiner les freins qui limitent encore leur accès à la pratique du football. Cela signifie qu'il convient d'assurer pour les pratiquantes des conditions identiques à celles des pratiquants.

Le second enjeu consiste à créer une adhésion en amont de la Coupe du monde sur tous les territoires, aussi bien ceux qui accueillent des matchs que les autres territoires métropolitains et ultramarins, afin de faire rayonner cet événement et de susciter un engouement populaire autour de l'équipe de France.

Enfin, notre troisième enjeu vise à mobiliser toutes les familles du football, à savoir les ligues, les districts, les 16 000 clubs, pour les fédérer autour du développement du football féminin dans les territoires et les clubs.

Le plan « Ambition 2020 » comprend quatre objectifs majeurs :

- assurer l'accueil des nouvelles licenciées et la fidélisation des pratiquantes ;

- faire rayonner la Coupe du monde sur tous les territoires ;

- devenir la référence de l'élite mondiale ;

- permettre aux femmes d'accéder aux postes à responsabilité et installer définitivement la mixité dans le paysage du football français.

Notre objectif est désormais d'atteindre les 200 000 licenciées. Comme nous en avons déjà 180 000, il est donc certain que nous atteindrons cet objectif dans les quatorze mois prochains. Toutefois, nous devons aussi les accueillir dans les meilleures conditions pour les fidéliser dans nos clubs, nos ligues et nos districts. Nous les accompagnerons également pour qu'elles accèdent à de plus hautes responsabilités.

Ainsi, notre président a décidé il y a quinze jours d'accentuer cet objectif et de le fixer à 300 000 licenciées à l'horizon 2022-2024. Des objectifs spécifiques concernent les arbitres féminines, les éducatrices et les animatrices pour encadrer les jeunes garçons et les jeunes filles. Nous souhaitons en effet encourager la mixité dans l'encadrement avec plus de femmes dirigeantes et de femmes qui prennent de hautes responsabilités dans nos clubs, nos ligues et nos districts. Nous devons améliorer l'accueil et l'encadrement des Féminines, ce qui implique de développer les « Écoles de football féminines ». Il s'agit d'un label qui garantit l'accueil des pratiquantes.

Nous avons également « challengé » les candidatures des villes qui souhaitaient participer à l'organisation de cet événement. Nous leur avons demandé pour quelles raisons, autres que festives, la Fédération leur confierait l'organisation des cinquante-deux matchs. En effet, nous souhaitons que cette compétition, au-delà du sport féminin, soit l'opportunité pour les villes candidates de s'engager dans la dynamisation d'une politique publique significative dans leur territoire. Les neuf villes portent donc chacune une politique publique prioritaire :

- Paris, « Capitale mondiale des grands événements » ;

- Lyon, « Le mieux-vivre et la mixité » ;

- Rennes, « L'alliance du sport et de la culture » ;

- Le Havre, « La santé par le sport » ;

- Grenoble, « La mixité des quartiers et la cohésion sociale » ;

- Valenciennes, « La fierté d'accueillir », avec une vraie attention envers la jeunesse qui fuit le territoire ;

- Reims, « L'excellence organisationnelle » ;

- Montpellier, « Ville du sport » ;

- Nice, « Changer les mentalités à travers le sport » et installer davantage de cohésion sociale, notamment dans les liens intergénérationnels.

Ces politiques sont portées par les villes-hôtes avec des programmes spécifiques. Notre comité d'organisation suivra ces politiques publiques et les évaluera.

S'agissant des actions fédérales sur chaque territoire, nous souhaitons habiller toutes les actions du football amateur aux couleurs de l'équipe de France et du slogan « Fiers d'être Bleues ». Des actions récurrentes promouvront donc la Coupe du monde et assureront le rayonnement de l'équipe de France tout au long de l'année.

Pour répondre à ces ambitions, nous disposons d'un budget spécifique dédié au développement et à la structuration du football féminin. Une enveloppe de 15 millions d'euros est ainsi répartie comme suit :

- 5,5 millions d'euros pour la promotion, le développement, la structuration à travers les clubs, les ligues et les districts dans tous les territoires ;

- 9 millions d'euros pour les infrastructures, qui restent le frein majeur pour l'accueil de nouvelles licenciées, car les vestiaires, les terrains et l'encadrement ne sont pas toujours adaptés ;

- 600 000 euros pour la formation, à travers des bons de formation gratuits pour les femmes qui s'engagent dans l'encadrement et pour les éducateurs qui s'engagent dans l'encadrement des joueuses.

Cynthia Truong détaillera ces trois axes.

La politique « Héritage » a débuté il y a quatorze mois. Les enveloppes sont dépensées à 75 %, ce qui démontre l'engouement des clubs autour de la structuration des sections féminines. Depuis un an, les chiffres ont considérablement progressé. En avril, nous comptabilisions 180 000 licenciées. Il ne nous en manque que 20 000 pour atteindre la cible fixée pour 2020. Nous avons dépassé certains objectifs grâce aux clubs qui s'engagent fortement et qui accueillent davantage de licenciées, de sections et d'équipes féminines. De plus, nous avons atteint le nombre important de 1 000 arbitres femmes, car nous voulons mettre les femmes au coeur du jeu. Nous comptons sur cette Coupe du monde pour dynamiser tous ces indicateurs et porter cette deuxième vague de féminisation du football en France.

Par ailleurs, l'équipe de France féminine incarne des valeurs de rigueur, d'humilité, de plaisir et de performance. Grâce à tous les médias qui s'y sont impliqués, la notoriété de l'équipe de France grandit. Il est aussi nécessaire de faire connaître des individualités, comme les promeut le football masculin. Le grand public aime connaître les joueuses, leurs histoires, leurs parcours, leurs noms. Les familles, et notamment les petits garçons, ont envie de porter des maillots avec le nom des joueuses.

Pour conclure, je dirais que cette Coupe du monde est tout sauf un hasard. Comme le répètent notre président et notre vice-présidente, nous en avons besoin pour installer définitivement le football féminin français parmi l'élite. Le football féminin doit également devenir un exemple pour le sport féminin en général.

Mme Christine Prunaud, co-rapporteure. - Merci pour votre engagement et pour votre volonté. C'est très important à nos yeux.

Nous allons vous présenter la vidéo de promotion de la Coupe du monde 2019, que je trouve très réussie.

[Une vidéo est projetée.]

Je donne maintenant la parole à Cynthia Truong, cheffe de projet « Programmes de développement en faveur du football féminin » au sein de la FFF, qui nous présentera les stratégies développées par la fédération dans les territoires, en termes d'animation et de mobilisation.

Nous connaissons les difficultés auxquelles sont confrontées les pratiquantes dans les territoires : manque d'équipements, et notamment de vestiaires, clubs dont les structures ne sont pas adaptées à la pratique féminine, etc. Pouvez-vous nous faire part de la stratégie de la fédération pour féminiser le football ?

De plus, tous les territoires ne pourront malheureusement pas accueillir de matchs de la Coupe du monde 2019. Ainsi, pouvez-vous nous indiquer quels sont les moyens mis en oeuvre par la FFF pour développer et structurer le football féminin, et mobiliser l'ensemble des territoires autour de cet événement de très grande envergure ?

Mme Cynthia Truong, cheffe de projet Programmes de développement en faveur du football féminin de la Fédération Française de Football. - Madame la Présidente, Monsieur le Président, Mesdames les sénatrices, Messieurs les sénateurs, Mesdames, Messieurs, comme Frédérique Jossinet l'a indiqué juste avant moi, le football féminin est en plein essor. Néanmoins, nous faisons face aujourd'hui à des faiblesses structurelles liées à des installations inadaptées à l'accueil des licenciées pratiquantes, mais également à un manque d'encadrement dans les clubs. Pour cette raison, la fédération a souhaité mettre en place un plan d'action fédéral autour de l'héritage et de l'animation à l'occasion de la Coupe du monde féminine 2019. Je vous présenterai dans un premier temps la politique d'héritage prévue par la fédération et dans un second temps la politique d'animation déployée en ligue métropolitaine, mais également en outre-mer.

Le plan d'action concernant l'héritage a pour objectif d'accroître la capacité du football français à accueillir de nouvelles licenciées et de laisser une empreinte durable pour le développement du football féminin. Ce plan d'action se décline en trois axes : la structuration des clubs, les infrastructures et la formation.

Aujourd'hui, la fédération souhaite poursuivre la structuration des clubs via le label « École féminine de football », dont Frédérique Jossinet vient de parler. Ce label offre un gage de qualité concernant l'accueil des licenciées et les conditions de pratique, qui doivent être optimales. Dans le cadre de ce label, les clubs reçoivent des dotations matérielles (ballons, sacs à ballons, chasubles, coupelles...) pour améliorer les conditions d'entraînement.

En complément de ce label, la fédération souhaitait faire un effort supplémentaire en attribuant à l'ensemble des « Écoles féminines de football » une dotation de l'équipementier Nike orientée vers le textile (shorts, maillots et chaussettes pour les joueuses et vestes d'entraînement pour l'encadrement) pour les saisons 2018-2019 et 2019-2020.

Pour aller plus loin, la fédération a mis en place une licence club féminine à l'attention de tous les clubs de D1 féminine. Une contrepartie financière est prévue pour ces clubs à condition qu'ils respectent un certain nombre de critères liés à leur structuration.

En outre, l'opération « Club deuxième étoile » a été mise en place suite à la Coupe du monde en Russie et a permis de redistribuer une enveloppe de dix millions d'euros à l'attention du football amateur, et notamment des clubs. Dans ce cadre, 1 600 clubs ayant des licenciées féminines dans les catégories jeunes ont pu bénéficier d'un bon de 700 euros leur permettant de choisir soit un kit textile, soit un kit de matériel sportif.

L'un des points essentiels pour la fédération en matière d'infrastructures est le Fonds d'aide du football amateur. Il s'agit d'un dispositif annuel de financement à l'attention des clubs, et surtout des collectivités, pour rénover et créer de nouvelles installations sportives. Certaines catégories de projets peuvent bénéficier d'un abondement de 20 % dans le cadre de ce fonds. Les types de projet qui sont éligibles à cet abondement concernent la création de terrains en gazon synthétique ou en pelouse naturelle, la création de vestiaires, de club-houses ou d'éclairages qui permettent d'avoir des créneaux supplémentaires le soir ainsi que la rénovation de terrains. Au cours de la saison 2017-2018, 130 projets ont été aidés pour un budget de 600 000 euros. Avec l'aide fédérale, cela représente un montant de 3,5 millions d'euros. La ligue Auvergne-Rhône-Alpes a ainsi pu bénéficier d'un abondement sur quinze projets relatifs à des terrains et quatorze projets relatifs à des bâtiments tels que les vestiaires.

Le deuxième projet lié aux infrastructures s'inscrit dans le cadre de notre plan de développement du futsal. La Fédération a souhaité doter les neuf villes hôtes d'un terrain de futsal extérieur. Ce terrain pourra être utilisé dans un premier temps par la collectivité dans les villages d'animation de la compétition. Dans un second temps, la Fédération accompagnera chaque collectivité, ainsi que les ligues et les districts, afin d'implanter ce terrain de manière pérenne. Nous veillerons à ce que ces terrains puissent bénéficier à un club qui développe à la fois la pratique du futsal et la pratique féminine. Chaque terrain offert aux villes hôtes représente un montant d'environ 40 000 euros.

Le troisième et dernier point lié aux infrastructures consiste en un appel à projets pour les ligues, mis en place au début de cette saison. Chaque ligue bénéficie d'une enveloppe de 100 000 euros et peut soumettre à la Fédération jusqu'à trois projets. Ces derniers doivent concerner des événements, des infrastructures ou des appels à projets clubs. Trente-et-un projets ont ainsi été aidés par la Fédération cette saison, dont vingt-trois liés à des événements et huit liés à des appels à projets clubs. Aucun projet d'infrastructure n'a été aidé dans ce cadre puisque les ligues ont préféré bénéficier du Fonds d'aide du football amateur. Ainsi, les ligues Auvergne-Rhône-Alpes, Méditerranée et Grand Est ont axé leurs projets sur des tournées régionales promotionnelles alors que la ligue Nouvelle-Aquitaine a utilisé ses 100 000 euros pour un appel à projets clubs.

Enfin, s'agissant de la formation, la Fédération a mis en place dans un premier temps le Club des cent femmes dirigeantes. Il s'agit d'un programme d'accompagnement en faveur des femmes qui exercent de nouvelles compétences au sein d'un club, d'un district ou d'une ligue. Elles peuvent développer ces nouvelles compétences grâce à des modules de formation en développement personnel, en gestion financière, ou suivre des modules de notre parcours fédéral de formation des dirigeants. À ce jour, près de soixante femmes ont été accompagnées par la Fédération.

Dans la continuité de ce dispositif, nous proposons des bons de formation illimités pour toutes les femmes qui veulent s'engager dans des formations d'éducatrice, d'arbitre ou de dirigeante. Nous prenons donc en charge l'ensemble de ces formations. Nous offrons aussi des bourses de formation pour les niveaux de diplômes supérieurs dans le cadre du Fonds d'aide au football amateur-formation. Toute personne, femme ou homme, peut voir sa bourse de formation majorée. Les femmes qui encadreront une équipe masculine ou féminine seront aidées dans leur formation, ainsi que les hommes qui souhaitent encadrer une équipe féminine.

J'en viens maintenant à notre politique d'animation, dont l'objectif est de faire de la Coupe du monde un succès populaire dans nos territoires. Tout d'abord, comme le disait Frédérique Jossinet, nous avons habillé l'ensemble des événements du football amateur aux couleurs de l'équipe de France féminine. Dans le cadre de la Semaine du football féminin, qui s'est déroulée du 8 au 15 mai 2019, un club a ainsi pu bénéficier de vingt places pour le match d'ouverture de la Coupe du monde. Ces places ont été offertes par le Crédit Agricole, qui est partenaire de notre opération. Chaque événement du football amateur comporte donc un axe sur la Coupe du monde féminine ou l'équipe de France féminine.

En outre, les ligues et les districts sont soutenus dans l'organisation de leur animation, qu'ils soient hôtes ou non. Dans le cadre des contrats d'objectif qui sont établis entre la Fédération et les instances déconcentrées, une enveloppe budgétaire de 400 000 euros a été dédiée à l'organisation d'animations autour de la Coupe du monde féminine sur le développement du football féminin. Chaque ligue et chaque district, en métropole ou en outre-mer, a reçu des kits de communication qui comprennent des kakémonos aux couleurs de la Coupe du monde pour habiller leur siège ou des habillages aux couleurs de l'équipe de France féminine destinés aux cars d'animation que nous avions financés à l'occasion de l'Euro 2016 qui s'est déroulé en France. Dernièrement, dans le cadre de notre campagne « Fiers d'être Bleues », nous avons doté chaque ligue et chaque district de bâches et d'oriflammes pour qu'ils puissent promouvoir l'équipe de France féminine durant l'ensemble de leurs actions tout au long de la saison. Ceci est accompagné de cartes postales et de posters de l'équipe de France féminine. Un budget important est donc consacré à ces dispositifs sur l'ensemble du territoire français.

Enfin, dans le cadre des contrats d'objectif, un coefficient de majoration a été pris en compte pour les territoires non hôtes. Une aide supplémentaire leur est donc apportée. Nous menons également des actions en milieu scolaire, notamment l'opération « Foot à l'école », qui est dédiée aux classes primaires, et la « Quinzaine du football citoyen » qui se déroule au collège et au lycée. Nous avons axé le contenu de ces opérations, qui sont organisées notamment par la Direction technique nationale (DTN), sur la Coupe du monde féminine. Les lauréats pourront rencontrer l'équipe de France féminine à Clairefontaine et assister à un match de l'équipe de France pendant la Coupe du monde.

Pour conclure, la politique « Héritage » se décline en trois axes : la structuration des clubs, les infrastructures et la formation. Tout ceci est accompagné d'une politique d'animation pour les ligues métropolitaines et ultramarines. Je vous remercie de votre attention.

Mme Christine Prunaud, co-rapporteure. - Merci beaucoup. Je remarque les importants investissements dans la formation et dans l'animation. Il faut persévérer dans ce sens.

J'ai le plaisir de donner la parole à Élisabeth Bougeard-Tournon. Madame, vous avez commencé à jouer au football très jeune, l'année où la Fédération a officiellement reconnu le football féminin. Après une belle carrière de footballeuse, vous êtes entrée à la FFF et y êtes aujourd'hui responsable du Service Communication et Promotion du football amateur. Vous avez mis sur pied un très intéressant musée itinérant qui a sillonné une grande partie de la France pour retracer l'histoire des Bleues.

Pouvez-vous nous présenter ce projet ? Quelles en sont les motivations ?

En outre, vous avez eu l'occasion de vous déplacer dans les territoires. Constatez-vous un engouement, une adhésion à la Coupe du monde féminine ? Y a-t-il une ferveur, un réel intérêt autour des Bleues dans les territoires ?

Quelles ont été les retombées de l'exposition et les réactions des visiteurs ?

Et s'il nous reste du temps, pouvez-vous retracer en quelques mots l'histoire des Bleues pour nous ?

Mme Élisabeth Bougeard-Tournon, responsable du Service communication et promotion du football amateur de la Fédération Française de Football. - Merci de me donner la parole. Madame la Présidente, Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs, avant de vous parler de ce musée itinérant, j'aimerais rebondir sur ce que disait Frédérique Jossinet, sur l'année clé qu'a été 2011 pour l'évolution incroyable du football français en matière de féminisation. En effet, depuis 1970, date de l'intégration du football féminin à la Fédération, différents plans de développement avaient été initiés, avec plus ou moins de succès. Certains d'entre eux se sont révélés fortement incisifs dans le contexte du moment. J'aimerais mettre en évidence la date de 1998 avec l'organisation de la Coupe du monde masculine en France, qui a déjà donné un élan au football féminin. Nous avons en effet vu de nombreuses femmes dans les stades. En outre, un premier plan très ambitieux a fixé comme objectif d'avoir un cadre technique consacré exclusivement au football féminin dans chaque ligue régionale. Ces évolutions ont connu des fortunes diverses jusqu'à l'arrivée de l'équipe de Noël Le Graët à la Fédération en 2011, qui a accéléré le processus de façon exponentielle.

Le musée « Il était une fois les Bleues » résulte d'une mission qui a été commandée par la Direction générale de la Fédération. Dans la perspective de la Coupe du monde féminine, il a semblé important de faire la promotion de l'équipe nationale, qui est encore très peu connue, voire invisible, au coeur des territoires et du grand public. À partir de cette commande, nous avons décidé de mettre à contribution toutes les joueuses, quelle que soit leur génération. Nous avons réussi à les fédérer depuis une dizaine d'années dans un genre de club des internationales qui a pour slogan « Bleues un jour, bleues toujours ». Elles se rassemblent une fois par an et ont de nombreux échanges. Pour assurer la promotion de l'équipe de France dans les territoires, nous avons donc fait appel à elles. Une exposition photo peut être intéressante, mais nous avons souhaité aller plus loin en sollicitant les contributions des joueuses. Nous leur avons demandé d'apporter à ce musée ce qu'elles avaient de plus symbolique, de plus précieux, de plus affectif, pour le partager avec le public. Cela fonctionne très bien.

Le musée « Il était une fois les Bleues » retrace la grande histoire de l'équipe de France à travers le témoignage de joueuses de toutes les générations. Le football féminin a été intégré à la Fédération en mars 1970. Le premier match international féminin reconnu par la Fédération s'est tenu le 17 avril 1971. Depuis, tous les matchs de l'équipe de France sont officiellement reconnus. Avant ce tournant, la pratique féminine, quoique fréquente, demeurait officieuse. Le football féminin a ensuite connu un essor exceptionnel dans un anonymat presque total. Certes, les médias se sont intéressés ponctuellement à l'équipe de France féminine lorsqu'elle se qualifiait pour une compétition. Aujourd'hui, l'équipe de France navigue dans le « top 5 » mondial. Il était donc temps de faire connaître ces grandes dates, la Coupe du monde féminine nous en donnant l'occasion.

Dans ce musée, nous montrons la genèse de l'histoire. En 1920, à la sortie de la Première Guerre mondiale, les femmes se tournent vers les activités de plein air, au premier rang desquelles se trouve le football. Il s'agissait alors de la seule activité sportive appropriée en plein air. Le football féminin a eu de véritables ambassadrices à cette époque, dont la désormais célèbre Violette Morris. Elles ont été médiatisées à l'époque et ont, par exemple, joué en Angleterre devant 25 000 spectateurs. Les Anglaises ont d'ailleurs été des pionnières dans ce domaine. Nous racontons cette période par le biais de l'image et du texte. En effet, nous n'avons pas d'objet qui y soit rattaché étant donné que nous n'avons pas retrouvé de femmes témoins de cette époque.

Ensuite, nous évoquons ce qu'il s'est passé depuis la reconnaissance officielle. De 1970 à 1997, le football féminin traverse une période d'apprentissage. L'UEFA ne crée sa première compétition féminine qu'en 1982 suivie par la FIFA en 1991. La France est inscrite dans ces compétitions et participe aux phases de qualification. Elle ne réussit pas à se qualifier pour les grandes compétitions, car quatre nations dominent alors les tournois (Norvège, Danemark, Allemagne et Suède). En 1997, date clé, l'équipe de France féminine se qualifie pour le Championnat d'Europe. À partir de ce moment, nous nous sommes toujours qualifiées dans les grandes compétitions internationales, sauf en 2007 pour la Coupe du monde qui se tenait en Chine. Nous avons ensuite obtenu quelques grands résultats et avons été demi-finalistes de la Coupe du monde en 2011 et demi-finalistes des Jeux Olympiques en 2012. Le musée retrace ces événements au travers de quatre grandes époques.

Nous abordons également la mode vestimentaire et l'évolution des équipements. Jusqu'à récemment, nous prenions les équipements pour les femmes dans les stocks des équipements masculins. Nous étions très à l'aise dans nos vêtements ! Il est amusant de constater cela aujourd'hui. L'équipementier n'a pas ménagé ses efforts pour proposer aux joueuses des équipements adaptés.

Par ailleurs, nous avons aussi remporté des trophées chez les jeunes : quatre championnats d'Europe et un championnat du monde qui demeure notre événement phare. Ces trophées sont présentés dans le musée, assortis de récompenses individuelles, car nous comptons un Ballon d'or dans le Championnat du monde des moins de 17 ans et trois Ballons de bronze dans les différentes compétitions européennes de jeunes. Nos équipes féminines de jeunes (U17, U19 et U20) ont disputé quatorze finales européennes ou mondiales en dix-huit ans. Une politique de formation importante et efficace s'est déployée à la Fédération depuis vingt ans. Les sélections de jeunes ont démarré en 1998, lorsqu'une réelle politique technique s'est mise en place, notamment avec l'école de formation à Clairefontaine. Les résultats ont été immédiats sur le plan européen, comme le montrent nos quatre titres et nos quatorze finales.

De nombreux visiteurs du musée nous demandent pour quelle raison nous n'avons pas converti cet effort avec l'équipe A et pourquoi cette dernière n'a pas gagné de titre. Les sportifs présents dans la salle savent qu'il existe un réel écart entre les matchs de jeunes et la sélection A. Nous espérons bien remédier à cela cette année et remporter un titre mondial.

Les joueuses qui se sont succédé depuis cinquante ans nous ont prêté leurs objets les plus précieux. Nous présentons notamment le Ballon d'argent remporté lors de la dernière Coupe du monde au Canada par Amandine Henry, actuelle capitaine de l'équipe de France. Il a parfois été compliqué d'en obtenir certains, comme les maillots des premières joueuses sélectionnées car si les joueuses reçoivent aujourd'hui un maillot par match, voire deux ou trois, c'était encore une exception à l'époque de laisser les joueuses le conserver après un match, ce qui confère donc à ceux-ci une réelle valeur.

Le musée recueille un grand succès populaire auprès d'un public curieux, mais qui pensait que l'équipe de France n'existait seulement que depuis dix ans. Il est vrai que nous n'étions alors médiatisées que sur des chaînes confidentielles ou payantes cette dernière décennie. Or l'équipe de France féminine a presque 50 ans, ce que le public est heureux de redécouvrir. Nous lui proposons d'écrire une nouvelle page de l'histoire de l'équipe de France avec la fédération et les joueuses. Les anciennes joueuses interviennent lors des étapes de notre exposition. Elles racontent, elles transmettent au public. Il s'agit pour elles d'une façon de devenir visibles et d'être associées à l'équipe actuelle. Les femmes de 60 ou de 70 ans signent des autographes et font des selfies comme les joueuses d'aujourd'hui, ce qu'elles n'ont pas connu lorsqu'elles jouaient.

En outre, nous touchons de nombreuses catégories de population : les écoles, les clubs, mais aussi des associations de femmes. Nous avons ainsi rencontré un groupe de femmes entrepreneures en Auvergne-Rhône-Alpes lors de notre étape dans l'Ain. Le public ressent une forme de surprise et parfois de sidération en découvrant notre musée. Les gens estiment qu'il n'est pas normal de ne pas connaître toute cette histoire. Cela correspond en réalité à des contextes sportifs et sociétaux. Le football féminin a épousé l'évolution de la place des femmes dans la société et la courbe de l'émancipation féminine. In fine, le football n'est pas plus mal loti que les autres sports. Nous sommes d'ailleurs aujourd'hui dans une position privilégiée par rapport à d'autres sports féminins, même si l'écart avec les garçons reste important.

Enfin, nous avons réalisé un film en réalité virtuelle qui permet au public de plonger durant trois minutes au coeur de l'univers des Bleues. Les visiteurs sont immergés dans le château de Clairefontaine, sur le terrain, dans le vestiaire, dans la salle de réunion ou à table. Ce dispositif dynamique finalise la visite de manière moderne. Ce parcours du vintage à la réalité virtuelle est très apprécié.

Notre tour de France des territoires a commencé le 19 janvier au Havre. Les étapes se multiplient. Quelques villes-hôtes accueillent ce musée. Toutefois, ces territoires bénéficiant de nombreuses animations, nous avons décidé de nous arrêter dans des territoires qui n'accueilleront pas de matchs afin d'entraîner la population derrière l'équipe de France. Nous sommes donc allés à Bourg-en-Bresse plutôt qu'à Lyon ou Grenoble. Nous sommes allés dans les villes-hôtes de Reims et Rennes et nous irons à Nice. Nous nous sommes parfois installés dans des centres commerciaux. Le public a aimé notre démarche. À Paris, nous avons présenté notre musée au Comité olympique. Nous avons fait étape à Auxerre et à Rodez, qui a été un moment extraordinaire pour toucher le public rural ; à Chartres, à Orléans, à Bordeaux et à Capbreton. Nous nous arrêterons à Clairefontaine, où nous espérons que les joueuses pourront se joindre à nous en dépit de leur agenda chargé. Enfin, nous nous installerons à Lyon pour la fin de la Coupe du monde, à partir des quarts de finale.

Je vous invite donc à venir nous voir, car le musée est une façon de découvrir le football féminin et son histoire par le prisme d'objets majeurs.

[Une vidéo est projetée.]

Mme Christine Prunaud, co-rapporteure. - Merci beaucoup pour vos explications sur ce musée passionnant. Nous allons passer à la deuxième séquence de cette table ronde, qui sera animée par ma collègue Victoire Jasmin.

Mme Annick Billon, présidente, co-rapporteure. - Victoire Jasmin est une élue ultramarine. Nous sommes contents de compter dans notre délégation aux droits des femmes, et c'est une chance, des représentants de ces territoires. Nous aimons tous le sport, et particulièrement le football. De nombreuses actions existent dans ces territoires en matière de sport pour tous, de sport santé et de football bien entendu.

Merci à tous d'avoir respecté vos temps de parole. Je remercie également les collègues sénateurs qui nous ont rejoints. Je précise que la délégation compte trente-six membres, des femmes et - j'y insiste - des hommes ! En effet, il est important de ne pas rester dans un « entre soi ». J'attache donc une attention particulière à la mixité et je remercie tout particulièrement mon collègue Michel Savin pour sa présence à mes côtés. Les hommes doivent se mobiliser régulièrement et considérer les questions relatives à l'égalité entre les femmes et les hommes comme des sujets de société qui concernent tout le monde.

Mme Victoire Jasmin, co-rapporteure. - Merci, Madame la Présidente.

J'invite Thierry Cheleman, François Pellissier et Laurent Eichinger à me rejoindre à la tribune. Pendant ce temps, je vous laisse découvrir la vidéo relatant le déplacement de notre délégation au Centre d'entraînement et de formation du Paris Football Club en février dernier.

[Une vidéo est projetée].

Je suis particulièrement heureuse d'animer la deuxième séquence de notre table ronde dédiée au dispositif médiatique mis en oeuvre pour la Coupe du monde. Je remercie nos intervenants d'être ici pour discuter avec nous d'un sujet crucial pour la reconnaissance du sport féminin. Il nous a semblé très important de mettre l'accent sur le traitement médiatique de cette compétition de grande ampleur : l'enjeu est bien de garantir une médiatisation et une visibilité du football féminin dans la durée.

Nous avons le plaisir d'accueillir aujourd'hui les diffuseurs principaux de la Coupe du Monde, qui constituent des acteurs essentiels pour accroître la visibilité du football féminin, mais aussi pour asseoir son économie.

Thierry Cheleman, vous êtes Directeur des sports du groupe Canal Plus et votre chaîne diffusera tous les matchs de la Coupe du monde à ses abonnés.

Quelle a été la motivation de Canal Plus pour diffuser tous les matchs de la Coupe du Monde 2019 ? Avez-vous ressenti une demande du public par rapport au sport féminin ? Quelle est la stratégie globale de Canal Plus pour la couverture de la Coupe du monde ?

Par ailleurs, vous diffusez également les matchs de D1. Quelles sont les raisons qui ont poussé le Groupe Canal Plus à rendre davantage visible le sport féminin ? Quelles retombées attendez-vous de ces retransmissions ?

Au-delà de la Coupe du monde, le groupe Canal Plus confirmera-t-il son engagement envers le football féminin ?

M. Thierry Cheleman, Directeur des sports du Groupe Canal Plus. - Merci, Madame la sénatrice.

C'est un honneur et un plaisir de venir partager l'engagement de notre groupe envers le football féminin. Pour comprendre notre motivation pour la diffusion de cette Coupe du monde, il nous faut revenir en 2009. Je travaillais alors au sein de la chaîne Direct 8, qui était dirigée par Yannick Bolloré. Il s'agissait d'une chaîne challenger de la TNT, ce qui signifie que nous avions peu d'audience. Nous avons choisi de développer cette chaîne par le sport.

Au moment de choisir les sports que nous diffuserions, nous avons été aidés par un concours de circonstances. En effet, la FFF lançait un appel d'offres pour l'équipe de France féminine. Nous y avons répondu et nous l'avons gagné. C'est ainsi que nous avons commencé à diffuser des matchs de football féminin, qui ont rapidement trouvé leur public. Cela s'explique par le fait qu'il s'agit d'un spectacle à la fois bon et beau. Les sportives de haut niveau « accrochent le public ».

Les matchs ont d'abord été diffusés en journée, l'après-midi, puis Yannick Bolloré a décidé de les diffuser en prime time. Les audiences ont suivi. L'accélérateur a été la Coupe du monde de 2011 en Allemagne. L'équipe de France a effectué un parcours formidable et atteint la demi-finale. Cette demi-finale a été retransmise de 18 heures à 20 heures le 13 juillet 2011. Direct 8, chaîne gratuite de la TNT, a durant ce créneau réuni plus de 3 264 000 téléspectateurs devant un match de football féminin. Depuis, nous avons obtenu des résultats encore meilleurs, y compris sur d'autres chaînes, mais le cercle vertueux était entamé : un média expose un sport, ce qui entraîne davantage de monde dans les stades et concourt à son développement.

Voilà pourquoi nous avons naturellement essayé d'acquérir les droits de cette Coupe du monde. Nous avons trouvé un accord avec nos amis de TF1, qui détenaient les droits pay et free. La politique de Canal Plus pour l'acquisition des droits a consisté à proposer l'intégralité des matchs à ses abonnés. Nous le ferons cette année et diffuserons tous les matchs avec les méthodes et l'expertise de Canal Plus : nous prendrons l'antenne 30 à 45 minutes avant les matchs, puis nous diffuserons le match et nous y reviendrons ensuite dans des émissions dédiées. Notre dispositif inclut donc toute la diffusion des matchs ainsi que des rendez-vous exceptionnels comme le Canal Football Club, qui consacrera des numéros spéciaux à cette compétition. Ces numéros seront présentés par l'équipe habituelle, c'est-à-dire Pierre Ménès, Dominique Armand, Hervé Mathoux et Habib Beye, qui seront rejoints par Laure Boulleau, une ancienne joueuse de l'équipe de France qui a commencé avec succès sa reconversion dans les médias. Elle a d'ailleurs pris toute sa place dans le Canal Football Club.

Chaque soir, après les matchs, nous diffuserons une émission spéciale sur la Coupe du monde, le Late Football Club, avec Éric Besnard, Laurie Delhostal et Gauthier Kuntzmann. Ils reviendront sur l'ensemble des matchs de la journée et proposeront une mise en perspective des matchs de la journée suivante. Enfin, tous les soirs en prime time, juste après l'émission d'Yves Calvi, L'info du vrai deviendra L'Info du sport. Il s'agira d'un journal dédié à l'ensemble des sports, puisque cette période sera bien chargée pour tous les sports (tennis, Formule 1, moto...). Une page sera réservée à la Coupe du monde et sera présentée par Marie Portolano et Karim Bennani.

Sur Canal Plus, le sport ne se limite pas aux émissions et aux matchs. Nous diffuserons également des documentaires. Une de nos équipes s'est immergée dans le quotidien de l'équipe de France pendant un an pour réaliser un documentaire de 90 minutes qui sera diffusé juste avant la Coupe du monde et dont le titre est Bleues. Pour un autre documentaire, Little miss soccer, Candice Prévost a rencontré des footballeuses à travers le monde durant deux ans. Son film est très réussi. Nous diffuserons aussi Lionnes, un documentaire de 52 minutes produit par le service des Sports. Nous avons rencontré des jeunes filles qui rêvaient de devenir footballeuses dans les quartiers de Vénissieux ou des Minguettes. Il y aura une sorte de rencontre croisée avec Amel Majri, qui est joueuse à l'OL.

La Coupe du monde est déjà un succès populaire, comme en témoigne la vente des billets, et elle sera une réussite médiatique, grâce aussi à la puissance de nos amis de TF1. Toutefois, notre engagement envers le sport féminin et le football féminin ne s'arrêtera pas à la Coupe du monde. En effet, nous avons commencé pour la première saison la diffusion du Championnat de France de football féminin (D1). Nous nous sommes engagés sur le long terme avec la fédération, avec laquelle nous avons signé un contrat de cinq ans. Il y a un réel travail à mener sur la D1. Deux clubs, le PSG et Lyon, dominent actuellement ce championnat ainsi que la Coupe d'Europe. Les joueuses de l'OL joueront d'ailleurs la finale de la Ligue des champions ce samedi contre le Barça. La télévision est un média de rendez-vous : nous avons besoin d'un « feuilleton ». Le championnat de D1 nous proposera cela !

Les perspectives actuelles sont donc bonnes. Les matchs au sommet, tels que PSG-OL, rassemblent en prime time près de 500 000 abonnés, ce qui est très encourageant. En comparaison, un match de Ligue 1 masculine diffusé sur Canal Plus le vendredi soir est vu par 600 000 ou 700 000 abonnés. Nous constatons donc que la D1 féminine a un vrai potentiel. Il reste cependant un travail à faire avec la fédération et les clubs pour favoriser l'accès aux stades et renforcer la promotion du football féminin. Tous ensembles, nous pouvons arriver à faire du football féminin un beau rendez-vous médiatique.

Enfin, notre engagement dans le sport féminin se poursuivra également. Nous diffuserons cet été l'Euro de basket féminin. Nous avons aussi acquis les droits pour le rugby à sept, auquel je crois beaucoup. Il continuera à se développer, y compris dans les équipes féminines. Nous continuerons bien sûr à produire des documentaires sur le football et le sport féminins. Nous sommes impatients de voir les joueuses sur le terrain pendant la Coupe du monde.

[Une vidéo est projetée.]

Mme Victoire Jasmin, co-rapporteure. - Merci beaucoup. Je donne la parole à François Pellissier, Directeur des sports du Groupe TF1.

TF1 diffusera les vingt-cinq meilleurs matchs de la Coupe du monde ainsi que tous les matchs disputés par les Bleues. Pourquoi le groupe a-t-il souhaité se positionner en faveur du football féminin ?

Corinne Diacre a dévoilé la composition de l'équipe de France le 2 mai sur TF1. C'était une annonce solennelle, envoyant des signes forts en faveur du sport féminin. Au-delà du Mondial, le Groupe TF1 compte-t-il inscrire dans la durée son engagement dans la médiatisation des footballeuses ?

Selon vous, le football féminin est-il appelé à connaître une explosion des droits télévisuels, comme cela fut le cas dans le football masculin, notamment après la victoire française de 1998 ? Une telle évolution est-elle un passage obligé pour une réelle professionnalisation du football féminin ?

M. François Pellissier, Directeur des sports du Groupe TF1. - Le Groupe TF1 est engagé depuis longtemps en faveur du football féminin. Pour rappel, le Groupe Eurosport, qui a appartenu longtemps au Groupe TF1, a été l'un des premiers groupes de télévision à diffuser du football féminin. Les relations avec le Groupe Canal Plus existaient déjà à l'époque puisque nous avions vendu à Direct 8 les demi-finales et les finales de la Coupe du monde 2011. Nous avons renouvelé ce partenariat pour 2019. Nous croyons donc à cet événement depuis longtemps. Il y a trois ans, nous avons acheté l'intégralité des droits payants et gratuits. L'accord trouvé avec Canal Plus me paraît très satisfaisant pour le football féminin et pour la Coupe du monde organisée en France. Je suis convaincu qu'il s'agira d'un événement extrêmement populaire dans notre pays.

Nous avons mis en place un dispositif aussi ambitieux que pour tous les événements diffusés sur nos antennes. TF1 a annoncé la liste des vingt-trois joueuses sélectionnées par l'entraîneuse Corinne Diacre le 2 mai dans une édition spéciale du 20 heures - Le mag avec Gilles Bouleau. Plus de cinq millions de téléspectateurs étaient devant leur poste de télévision pour voir les vingt-trois Bleues sélectionnées, ce qui représente déjà une très belle audience. Cela confirme le fait que cet événement sera exceptionnel.

Le 1er juin, nous diffuserons après le journal de 13 heures un documentaire produit par Julie Gayet. Comme cela a été souligné, il est nécessaire de parler des individualités pour que le public puisse s'identifier aux joueuses de l'équipe de France. Les équipes de Julie Gayet ont suivi Amandine Henry, la capitaine, Wendy Renard, Kadidiatou Diani, Viviane Asseyi et Gaëtane Thiney. Les joueuses sont filmées dans leur quotidien, à savoir dans leur vie de footballeuse et dans la vie professionnelle qu'elles mènent bien souvent parallèlement à l'entraînement. Il est important de donner de l'espace à ces personnalités dans des créneaux favorables sur TF1.

Le 7 juin, qui marquera l'ouverture de la compétition, le journal télévisé de 20 heures sera présenté par Anne-Claire Coudray depuis le Parc des Princes, en direct avant la cérémonie d'ouverture et le match d'ouverture France-Corée du Sud, également diffusé sur TF1. Il s'agit d'un dispositif de lancement exceptionnel. Il est important de porter un tel événement à ce niveau. Un magazine est également prévu à l'issue du match.

Nous diffuserons les vingt-cinq plus belles affiches de la Coupe du monde. Tous les matchs de l'équipe de France seront diffusés sur TF1, ainsi que la finale, le dimanche 7 juillet à 17 heures, que l'équipe de France soit ou non présente. Toutefois, le Président Noël Le Graët a fixé comme objectif à l'équipe de France d'arriver en finale. Nous espérons donc la retrouver le 7 juillet sur le terrain. Le Groupe TF1 diffusera également six huitièmes de finale et l'intégralité de la fin de la compétition sur les antennes de TF1 et TMC. En plus de la journée spéciale le 7 juin, un magazine de la Coupe du monde sera programmé après chaque match.

Les matchs seront commentés par deux équipes. La première est composée de Grégoire Margotton et Bixente Lizarazu. Il est évidemment important d'avoir l'expertise de consultantes, mais il me paraît essentiel de mettre cette Coupe du monde féminine au même niveau que d'autres événements de même envergure. Notre équipe première, Margotton-Lizarazu, commentera donc une quinzaine de matchs, dont ceux de l'équipe de France. Ils auront l'appui et l'expertise de Camille Abily, une ancienne internationale qui intervient aussi sur une autre chaîne et qui sera notre consultante bord-terrain durant cette Coupe du monde. La deuxième équipe, pour sa part, est composée de Christian Jeanpierre et Sabrina Delannoy, qui est la Directrice adjointe de la Fondation du PSG, et ancienne internationale. Ces deux équipes de haut niveau commenteront donc ces vingt-cinq matchs.

Nous proposerons également des débriefings dans le magazine de la Coupe du monde qui sera présenté par Denis Brogniart. Nous aurons le plaisir de retrouver Nathalie Iannetta, présente ce matin, et qui faisait partie de l'équipe qui a couvert la Coupe du monde en Russie l'année dernière. Nous espérons renouveler ce succès cette année. Autour de Denis et Nathalie, nous aurons également Louisa Necib, ancienne grande internationale française, et Olivier Echouafni, qui est l'entraîneur actuel du PSG et le prédécesseur de Corinne Diacre. Ils apporteront leur expertise au quotidien sur les matchs. Des numéros spéciaux de Téléfoot sont aussi prévus, ainsi qu'un dispositif important sur le digital. Notre couverture se veut donc réellement ambitieuse afin de mobiliser tous les Français. De nombreux billets sont déjà vendus et les stades seront remplis. Le 7 juin, plus de 45 000 personnes seront présentes au Parc des Princes. C'est assurément une première en France pour un match de football féminin. Je suis convaincu qu'il en sera de même dans tous les stades.

Au-delà de son engagement en faveur du football féminin depuis plusieurs années, TF1 s'engage pour le sport féminin en général. Cette Coupe du monde nous offrira une opportunité de franchir un palier pour le football et pour le sport féminins. Nous avons constaté un réel engouement autour des handballeuses françaises, par exemple, qui ont remporté l'Euro organisé en France. La finale, qui a été diffusée sur TF1, a rassemblé plus de 5,5 millions de téléspectateurs, avec un pic à huit millions. Il s'agit de chiffres extrêmement élevés. Samedi, nous diffuserons la finale de la Ligue des champions avec le match OL-Barça à 18 heures sur TMC. Nous retrouverons ensuite l'équipe de France de handball féminine lors de la Coupe du monde qui se déroulera en décembre au Japon. Nous avons d'ailleurs signé un accord sur le long terme avec la Fédération internationale de handball pour la diffusion de plusieurs matchs des hommes et des femmes jusqu'en 2025.

Nous avons consacré des moyens très importants aux droits de diffusion de cette Coupe du monde, parce qu'à l'issue d'une forte compétition les sommes en jeu atteignent un niveau élevé, est sans commune mesure avec les précédentes éditions. Par conséquent, il me semble important de rappeler que ces événements doivent rester accessibles aux chaînes en clair pour que le plus grand nombre de téléspectateurs puisse y accéder. Il convient donc de trouver des modèles économiques raisonnés. Nous devons collectivement assurer une visibilité forte de ces sports en trouvant un juste équilibre entre les modèles payants, les modèles en clair et les besoins de professionnalisation et de revenus pour les joueuses. Nous serons ravis de continuer à accompagner le sport féminin sur nos antennes.

Mme Victoire Jasmin, co-rapporteure. - Merci beaucoup pour votre engagement. La parole est à Laurent Eichinger, Directeur général de RMC Sport.

Quelle place occupe le football féminin au sein de RMC Sport ? Selon vous, quels sont les principaux enjeux du foot féminin du point de vue de la médiatisation ? Quel est le dispositif mis en oeuvre par votre groupe en vue de la Coupe du monde (commentaire et analyse des matchs, diffusion de reportages sur le foot féminin, interviews ou portraits des joueuses) ? Avez-vous eu à coeur d'introduire de la mixité dans les équipes qui commenteront les matchs ?

Enfin, votre expérience chez Canal Plus vous a-t-elle permis de prendre conscience de l'intérêt du sport féminin ? Quelles sont selon vous les principales qualités du football féminin ?

M. Laurent Eichinger, Directeur général de RMC Sport. - Merci, Madame la sénatrice.

Merci à tous de me donner la parole pour RMC Sport. Le football féminin a sa place dans la grille de RMC depuis longtemps, mais cette place est grandissante depuis le moment clé de l'Euro 2017. Nous avons alors commencé à attribuer au football féminin des dispositifs importants. Comme Thierry Cheleman l'a souligné tout à l'heure pour la télévision, nous avons besoin d'avoir des rendez-vous à la radio également. Il est important de faire en sorte que les auditeurs s'approprient les noms des joueuses. Nous racontons très régulièrement le championnat de football féminin sur nos antennes depuis cette année ainsi que les matchs de Ligue des champions, qui sont des matchs à forte intensité, avec deux clubs qui se dégagent en effet, le PSG et l'OL. Les dispositifs sont équivalents à ceux des matchs masculins. Des journalistes se rendent sur le terrain en France ou à l'étranger pour couvrir les compétitions. La place du football féminin grandit donc incontestablement. Elle sera assurée lorsque nous le pourrons, sur les antennes, en parlant non seulement de la partie sportive, mais aussi des coulisses, et en ayant des débats sur le football féminin, sur les joueuses ou sur l'actualité à la radio. Le mouvement est lancé et la Coupe du monde permettra, à n'en pas douter, de franchir une étape. Ce qui est important, c'est de pouvoir connaître les acteurs et actrices de ce monde-là et d'entendre régulièrement leurs noms à l'antenne.

S'agissant de notre dispositif, notre objectif est de traiter cet événement en y mettant la même énergie que lors de la précédente Coupe du monde masculine. Cela se traduira de la manière suivante. L'ensemble des matchs de l'équipe de France sera diffusé en intégralité à la radio et sur tous les supports du groupe, comme BFMTV, pour assurer une visibilité renforcée. La voix du football de RMC, Jean Rességuié, commentera l'ensemble des matchs de l'équipe de France. Un dispositif, qui a débuté il y a quelques jours, accompagnera l'équipe de France pendant toute la compétition.

Nous aurons aussi la chance de bénéficier de tous nos correspondants en région, soit une dizaine de personnes, qui pourront assister aux différents matchs et faire remonter les informations sur la compétition. S'agissant des consultants, il me paraît important d'avoir l'expertise d'anciennes joueuses. Laure Lepailleur, qui cumule trente-sept ou trente-huit sélections en équipe de France, sera parmi nous. Nous dévoilerons notre dispositif complet dans les prochains jours, avec une petite surprise. La dream team de RMC, à savoir Christophe Dugarry, Roland Courbis, Emmanuel Petit ou encore Jérôme Rothen, commentera l'ensemble de la Coupe du monde. Là encore, nous souhaitons proposer le même dispositif que lors des Coupes du monde masculines.

Cette couverture live de l'événement sera accompagnée par des portraits des joueuses et du staff. Nous devons raconter des histoires de vie à nos auditeurs et leur dire qui sont ces joueuses et ce qu'elles ont fait, à la fois dans le domaine sportif et dans leur parcours de vie. C'est cela qui assurera le succès de cette Coupe du monde et qui permettra au football féminin et au sport féminin en général de franchir une étape. L'ensemble de cet écosystème en bénéficiera.

Enfin, pour revenir aux spécificités du football féminin, je dirais que l'intensité des matchs est devenue de plus en plus importante, comme nous le voyons en Ligue des Champions. Les auditeurs et les téléspectateurs ne s'y trompent pas. Ils savent que les matchs sont beaux à regarder. En outre, nous disposons encore d'une facilité d'accès très forte auprès des joueuses. Nous devons profiter de ce moment pour raconter des histoires de vie, ce qui s'avère de plus en plus difficile chez les garçons. Il est essentiel de maintenir cette spécificité des joueuses autant que possible, tout en continuant à faire progresser le football féminin.

Nous sommes ravis et impatients que cette Coupe du monde commence sur nos antennes.

Mme Victoire Jasmin, co-rapporteure. - Merci pour votre disponibilité. J'aimerais remercier pour sa présence parmi nous ce matin Michel Savin, président du groupe d'études du Sénat « Pratique sportive et grands événements sportifs », ainsi qu'Annick Billon, la présidente de la délégation aux droits des femmes, qui est à l'initiative de cette table ronde. Je remercie également les personnes présentes dans cette salle, et notamment celles venant des outre-mer.

Nous passons maintenant à la deuxième partie de cette séquence. Je vous remercie, Messieurs, pour vos trois interventions très éclairantes. Nous nous réjouissons que de grandes chaînes et radios emblématiques du football retransmettent les matchs des équipes féminines. C'est une belle avancée.

Nous passons désormais à la radio et à la presse écrite, qui sont les relais catalyseurs d'un événement global. Je vais demander à nos trois intervenants de bien vouloir regagner leur place dans la salle, et à Vincent Rodriguez, Jean-Baptiste Renet, Benoît Lallement et Virginie Bachelier de venir me rejoindre à la tribune.

Pour discuter de ce sujet, nous avons le plaisir d'accueillir dans un premier temps Vincent Rodriguez, Directeur des sports de Radio France.

La délégation aux droits des femmes est très heureuse de compter parmi les intervenants un représentant de l'audiovisuel public, d'autant plus que nous connaissons tous l'engagement de Radio France dans la promotion du sport féminin.

Pouvez-vous nous parler de la stratégie générale du groupe Radio France en vue de la Coupe du Monde 2019, au-delà du suivi des résultats des Bleues pendant la compétition ? Avez-vous établi une stratégie particulière au niveau national et au niveau régional ? Comment articulez-vous les deux niveaux ?

La Coupe du monde féminine des moins de 20 ans s'est tenue l'an dernier en France et plus particulièrement en Bretagne : Radio France s'est-elle impliquée dans la médiatisation de cet événement ? Si oui, quels en ont été les retours ? Radio France a-t-elle contribué à rendre plus visible le football féminin de haut niveau dans les territoires ?

Enfin, quels vous paraissent être les enjeux principaux de la Coupe du monde à venir du point de vue de la médiatisation du football féminin, et plus généralement du sport féminin ?

M. Vincent Rodriguez, Directeur des sports de Radio France. - Merci, Madame la sénatrice, d'avoir insisté dans votre propos liminaire sur l'engagement de Radio France en faveur de la féminisation du sport sur ses antennes, car ce sujet nous préoccupe depuis de nombreuses années. Concernant la Coupe du monde, nous déployons un dispositif dit « grosses opérations » qui mobilisera une vingtaine de personnes pendant plus d'un mois pour le suivi de la compétition. Toutes les antennes de Radio France sont concernées par cet événement avec des programmes dédiés en fonction de la spécificité de nos chaînes. Nous aurons par exemple un rendez-vous quotidien à 13 heures sur France Inter dans le 13-14. France Info diffusera pour sa part une série de programmes, notamment des portraits de joueuses de l'équipe de France, qui seront dévoilés dans un souci de pédagogie, car nous nous devons de présenter au public celles qui seront sous le feu des projecteurs et au coeur des terrains pendant un mois. Cette série de portraits sera déclinée à l'antenne à compter du 28 mai. Un de nos reporters a passé de longs moments avec les joueuses pour comprendre qui elles sont et les présenter à nos auditeurs.

En complément, nous accentuons nos efforts vers les supports digitaux de la radio Mouv, qui est dédiée aux moins de 35 ans. Nous proposerons des rendez-vous, des quizz et des portraits à destination des auditeurs et des internautes. S'agissant du réseau France Bleu, vous insistiez précédemment sur l'importance d'activer les réseaux régionaux. Radio France compte sur l'implication de France Bleu à ce niveau, car la proximité constitue son ADN. Nous souhaitons que le réseau s'empare de cet événement dans ses dimensions sportives, économiques, politiques et culturelles. Nous proposerons aussi des jeux et des divertissements aux auditeurs, qui pourront gagner des billets et comprendre l'enjeu de la Coupe du monde à l'endroit où elle se passe.

En plus des vingt personnes que j'ai évoquées, quarante-quatre antennes seront donc mobilisées dans le réseau régional. Il s'agit de journalistes, de techniciens, de producteurs, mais également de Jacques Vendroux, qui est la voix des sports de Radio France. Il portera ces rendez-vous sur l'antenne de France Info et sera secondé par Nadia Benmokhtar, une consultante qui est une ancienne joueuse du Juvisy-Paris FC. Elle est en charge aujourd'hui de la PSG Academy et rejoindra les antennes de Radio France pour donner son éclairage à cette Coupe du monde. En outre, les rencontres de l'équipe de France seront retransmises sur les antennes de France Info et en intégralité sur le réseau France Bleu. C'est une première pour nous. Il s'agit donc d'un dispositif important pour une compétition d'envergure.

Toutefois, la couverture du football féminin à Radio France ne date pas d'aujourd'hui. Nous étions par exemple présents lors de la Coupe du monde féminine au Canada il y a quatre ans, avec un dispositif certes plus léger puisque nous proposions des retransmissions partielles. Radio France accentue son implication dans la couverture du football féminin à travers la Coupe d'Europe des clubs champions féminins à partir des quarts de finale. Nous serons nous aussi à Budapest samedi pour retransmettre la finale Lyon-Barcelone.

La Coupe du monde féminine est une évidence, car elle s'inscrit dans la continuité du travail réalisé par la FFF et un certain nombre d'acteurs depuis plusieurs années. Les médias s'y intéressent donc de manière logique. Au-delà du football, Radio France est engagée de longue date dans d'autres compétitions et disciplines, comme le rugby. Pour la première fois cette année, nous avons proposé des retransmissions en intégralité des matchs du Quinze de France féminin lors du Tournoi des Six Nations.

Cependant, nous n'attendons pas les grandes compétitions pour mettre en lumière le sport féminin. Nous étions ainsi présents il y a quelques semaines pour accompagner la première équipe féminine française de hockey sur glace, qui disputait une compétition en Finlande. Nous souhaitons agir comme un catalyseur du sport féminin. Cela fait partie de notre mission de média de service public.

La question de l'après Coupe du monde est selon moi la partie la plus intéressante. Nous percevons bien l'engouement médiatique et populaire qui commence à monter. La Coupe du monde sera certainement un succès d'audience et un succès global. Mais demain, quand la Coupe du monde sera terminée, qu'adviendra-t-il du football féminin sur les antennes de Radio France ? Nous poursuivrons nos efforts et tâcherons d'être encore plus présents sur le terrain. En plus des retransmissions, je crois que l'accompagnement au quotidien est très important, même quand il n'y a pas de grande compétition. Cela peut se faire à travers des reportages ou des portraits de ces jeunes femmes qui essaient de porter le sport un peu plus haut chaque fois.

J'aimerais enfin vous livrer un sentiment, sans vouloir faire de démagogie. Nous sommes un certain nombre à brandir l'étendard du football féminin dans le cadre de la Coupe du monde qui arrive, mais demain sera tout aussi important. Nous ne nions pas les efforts qui sont faits pour équiper les stades et développer les structures du football féminin, mais des efforts restent à faire pour que les médias soient assurés d'offrir une bonne couverture. Or c'est plus difficile lorsque le stade est presque vide que lorsqu'il est rempli par 30 000 personnes. Un effort collectif reste donc à mener. Radio France est consciente que son rôle doit être moteur, mais c'est ensemble que nous arriverons à porter le sport féminin plus haut qu'il ne l'est aujourd'hui. Vous savez pouvoir compter sur nous dans ce but.

Mme Victoire Jasmin, co-rapporteure. - Merci beaucoup. J'espère que vous serez entendu et que le public suivra. De nombreux matchs de la Coupe du monde sont déjà complets et j'espère qu'il en ira de même pour les autres matchs de football féminin dans les années à venir.

Je laisse la parole à Jean-Baptiste Renet, rédacteur en chef au journal L'Équipe, le titre de référence en matière de presse sportive. Il y a donc un réel enjeu à ce que votre journal donne une résonnance particulière à la Coupe du monde féminine qui se tiendra en France. Quel dispositif médiatique allez-vous mettre en oeuvre en vue de cet événement ?

Pouvez-vous nous donner également des éléments de comparaison avec le dispositif prévu pour couvrir la dernière Coupe du monde féminine et celui mis en place l'an dernier, au moment de la Coupe du monde masculine ? Le traitement médiatique retenu pour 2019 est-il différent de celui mis en oeuvre pour ces deux autres compétitions ?

Au-delà de cette Coupe du monde, comment comptez-vous inscrire le traitement médiatique du football féminin dans la durée ?

M. Jean-Baptiste Renet, Rédacteur en chef du journal L'Équipe. - Merci de me donner la parole. Dès lors qu'il s'agit de couverture du sport féminin, L'Équipe est particulièrement surveillée. La Coupe du monde féminine 2019 sera un événement phare pour nous. Comme les diffuseurs, nous avons des feuilletons, dont le principal est la Ligue 1. Nous fixons aussi des rendez-vous à nos lecteurs, et la Coupe du monde féminine en fait partie au même titre que, par exemple, Roland-Garros, le Tour de France ou la Coupe du monde de rugby masculine. Pour faire simple, de manière similaire à ce qu'ont dit les précédents intervenants, les moyens que nous consacrerons à la couverture de la Coupe du monde féminine sont comparables à ceux dédiés aux grands événements tels que la Coupe du monde masculine, l'Euro de football ou le Mondial de handball.

Notre puissance médiatique se déploie à la fois sur le papier, sur le numérique et à la télévision. Nous mettrons tout cela au service de notre public, avec les compétences de notre rédaction. Le public retrouvera certaines plumes de L'Équipe, qui sont suivies avec fidélité, notamment celle de Vincent Duluc.

La Coupe du monde féminine mobilisera pour le numérique et le papier au moins seize envoyés spéciaux - hommes et femmes. Je précise qu'il y a évidemment des femmes dans notre rédaction et qu'elles seront sollicitées pour cette Coupe du monde. Nous aurons également une dizaine de photographes accrédités et un réseau de correspondants dans les régions. Lors de la Coupe du monde masculine en Russie, nous avions six envoyés spéciaux auprès de l'équipe de France au jour le jour. Nous en aurons cinq pour la Coupe du monde féminine.

Nous faisons, nous aussi, le pari que cette Coupe du monde mobilisera les Français et le public international. Nous suivrons les Bleues au plus près. En outre, nos reporters couvriront les principales sélections étrangères (Brésil, États-Unis...). Une personne se consacrera exclusivement à la couverture des adversaires de la France au premier tour. Au total, ces équipes couvriront cinquante des cinquante-deux matchs de la compétition. Il s'agit donc d'une réelle montée en puissance depuis la dernière Coupe du monde. Le fait de couvrir la quasi-totalité des matchs en étant sur place constitue une nouveauté. De plus, tous les matchs seront commentés en live depuis le siège. Ce format s'avère très prisé par les internautes, à la fois par ceux qui n'ont pas les moyens de regarder les matchs diffusés par nos amis de Canal Plus et par ceux qui regardent les matchs sur TF1 et qui veulent avoir des informations complémentaires.

Ensuite, notre traitement sera comparable à ce que nous faisons pour l'équipe de France masculine. Nous attribuerons des notes pour les joueuses. Tous les matchs de l'Équipe de France auront droit à ce format, qui est plébiscité par nos lecteurs. Cette égalité de traitement avec les garçons représente une réussite pour le football féminin, même si les notes sont plus ou moins agréables à lire...

Pour nous, la couverture a commencé en amont. Pour accompagner l'annonce de la liste de Corinne Diacre qui a été faite en direct sur TF1, nous avions décidé de longue date de consacrer notre Une à ce sujet pour donner le coup d'envoi de l'événement. À nouveau, le web et le print se répondent constamment. Cela nous permet de proposer une couverture en temps réel dans la journée et une couverture analytique et approfondie dans le journal du lendemain.

En outre, le magazine du 1er juin sera un numéro spécial sur la Coupe du monde féminine. Un sujet concerne Amandine Henry, qui nous éclaire sur la pratique du football féminin en France. Elle a retrouvé ses anciens partenaires masculins de l'équipe mixte dont elle était capitaine. De nombreuses filles pratiquent en effet le football dans des équipes mixtes. Nous racontons donc cette rencontre.

La chaîne L'Équipe, pour sa part, mobilisera quatre envoyés spéciaux. Elle a recruté deux consultants pour cette occasion : Marinette Pichon, ancienne attaquante emblématique des Bleues, et Patrice Lair, ancien entraîneur des Féminines de l'OL et du PSG - une figure, lui aussi, du sport féminin. Nous aurons des temps d'antenne avant le match, pendant la mi-temps et des débriefings. Nous avions constaté lors de la Coupe du monde masculine que ces rendez-vous étaient particulièrement suivis. Les téléspectateurs nous faisaient le plaisir de venir rapidement sur notre chaîne une fois le match terminé. Nous retrouverons également certains consultants des matchs masculins, dont Paul Le Guen.

Notre dispositif est donc comparable à ce que nous avions mis en place pour la Coupe du monde 2018. Je souligne honnêtement une différence notable, à savoir que la compétition de 2018 se déroulait en Russie, ce qui représentait un investissement considérable pour nous. Pour la Coupe du monde féminine, l'investissement est moindre, et il est plus commode d'accompagner ce type d'événement à domicile.

Concernant l'avenir du football féminin sur les supports de L'Équipe, je rappelle qu'il ne s'agit pas d'un sujet nouveau pour nous. En 2011, date qui marque l'émergence du football féminin sur le plan médiatique, deux médias hors diffuseurs avaient couvert la Coupe du monde féminine du début à la fin, dont L'Équipe. À l'avenir, il faudra distinguer la couverture naturelle qui accompagne la performance et ce qui relève d'une démarche volontariste. Comme tout média, nous réalisons des études auprès de nos lecteurs et lectrices. Ces dernières ne sont pas majoritaires, elles représentent environ 17 % de notre lectorat papier et légèrement plus sur le numérique. Elles nous disent qu'il faut donner de la place au sport féminin, mais sans démagogie. Elles veulent voir de la performance. Notre accompagnement du sport féminin tiendra compte de ces paramètres. Nous raconterons des histoires, mais cela sera conditionné à une performance. En parallèle, nous pourrons mener une démarche volontariste comme nous avons pu le faire lors de l'annonce de la liste des vingt-trois joueuses sélectionnées pour la Coupe du monde.

La couverture du sport féminin sera l'un des enjeux de L'Équipe dans les années à venir. Nous ne perdrons pas le fil.

Mme Victoire Jasmin, co-rapporteure. - Merci beaucoup. J'espère que vos lives commentés susciteront l'envie chez les jeunes femmes et les jeunes filles de s'orienter vers le football féminin.

Nous poursuivons notre séquence avec Benoît Lallement, rédacteur en chef adjoint en charge du Pôle Sport du journal Le Parisien.

Le Parisien a été pionnier dans la couverture du sport féminin, et notamment du football. Quelle a été la motivation du journal pour donner de la visibilité aux équipes féminines ? Selon vous, quelles sont les principales valeurs véhiculées par le football féminin ? En outre, s'agissant de la Coupe du Monde 2019, quelle est votre stratégie globale pour couvrir la compétition ? Quels seront les supports de communication autour de cet événement : interviews ou portraits de joueuses françaises et étrangères, reportages dans les villes-hôtes, comptes rendus de matchs... ? Comptez-vous déployer des journalistes spécialisés dans les territoires ?

Plus généralement, quels vous paraissent être les principaux enjeux du football féminin en termes de médiatisation ?

M. Benoît Lallement, Rédacteur en chef adjoint en charge du Pôle Sport du journal Le Parisien. - Merci beaucoup de me donner la parole. Notre motivation pour couvrir le sport féminin est une motivation éditoriale, comme pour tout autre sujet. Nous couvrons depuis longtemps le football féminin parce qu'il y a une actualité en Ile-de-France avec des clubs qui existent de longue date, comme celui de Juvisy. Il est donc naturel pour nous d'en suivre l'actualité et le quotidien. Cela s'est développé avec d'autres clubs, dont le PSG, qui occupe aujourd'hui une place importante dans notre couverture des sports. Nous suivons donc le football féminin sans nous poser de question, car nous savons que cela intéresse nos lecteurs.

En outre, il est dans notre ADN de couvrir les événements locaux. Comme les précédents intervenants, je dirais qu'il y a eu un basculement pour l'actualité nationale et internationale du football féminin en 2011, avec la Coupe du monde qui a mis en lumière les Bleues. Depuis ce moment-là, nous avons décidé de suivre davantage l'équipe de France féminine.

S'agissant des valeurs du football féminin, il me semble qu'il s'agit des valeurs véhiculées par le football en général. Je remarque d'ailleurs que l'intitulé de ce rendez-vous mentionne le « Mondial de football féminin 2019 ». Selon moi, nous aurons tous gagné quand l'intitulé sera « Mondial féminin de football 2019 ». Nous aurons alors fait un grand pas. Les valeurs, pour leur part, sont celles véhiculées par une pratique sportive, par un sport d'équipe et par une pratique qui a un fort maillage dans les territoires et qui joue un rôle important dans la société à tous les niveaux.

Au-delà de ces valeurs, les femmes qui pratiquent le football, et notamment les joueuses de l'équipe de France, ont un atout qui a déjà été souligné : leur disponibilité, leur proximité et le fait d'être connectées au quotidien et à la société. Par la force des choses, ces femmes suivent des études ou exercent un métier, ce qui est un vecteur de médiatisation et un levier pour raconter des histoires et faire connaître les personnalités.

Concernant cette Coupe du monde, Le Parisien proposera une couverture la plus complète possible sur tous les supports, à la fois le quotidien et le numérique. Il s'agit d'un événement sportif majeur pour nous, peut-être même de l'événement sportif majeur de l'année. Nous insisterons sur les matchs des Bleues, mais comme pour tous les grands événements, nous couvrirons aussi la Coupe du monde sous d'autres angles, à la fois économiques, sociétaux ou populaires. Nous mettrons à la disposition de cette Coupe du monde tout ce qui fait notre force. Nous serons à l'écoute et au plus près des Français, des spectateurs et de tout ce qui se passera pendant un mois en France. Nous espérons que cela sera le plus festif possible, car nous en avons tous besoin. Quitte à sortir dans la rue, autant que cela soit pour des événements aussi positifs.

L'ensemble des vingt journalistes du Pôle Sport sera mobilisé, avec deux reporters au plus près de l'équipe de France pour raconter cette aventure que nous espérons belle et longue. Toute la rédaction sera également concernée pour traiter l'événement sous d'autres angles. Un supplément guide sera proposé quelques jours avant le début de la compétition, ainsi que des portraits, des interviews et des reportages pour mieux faire connaître les joueuses et la sélectionneuse. Nous aurons d'ailleurs certainement des débats concernant les mots à utiliser, par exemple pour « l'entraîneuse » de l'équipe. Nous effectuerons aussi des comptes rendus et attribuerons des notes à l'équipe de France. L'ensemble des cinquante-deux matchs de la compétition fera l'objet d'un compte rendu, ce qui n'est pas anodin pour un quotidien généraliste comme Le Parisien.

Pour finir, il me semble essentiel en terme de médiatisation que les Bleues nous fassent partager au mieux leur aventure, et surtout qu'elles jouent bien et qu'elles gagnent. Le meilleur moyen d'avoir une bonne médiatisation serait que le public les retrouve le 7 juillet à Lyon pour la finale et le lendemain sur les Champs-Élysées. Le pari serait gagné !

Mme Victoire Jasmin, co-rapporteure. - Merci pour votre intervention à la fois passionnante et synthétique.

Je passe maintenant la parole à Virginie Bachelier, journaliste sportive et adjointe au chef du service des sports à Ouest-France, grand titre de la presse quotidienne régionale (PQR). Virginie Bachelier va nous apporter le regard des territoires sur cette Coupe du monde.

Quelle est la stratégie du journal Ouest-France pour la couverture médiatique du Mondial 2019 ? Avez-vous prévu de réaliser des portraits de joueuses (françaises et étrangères), des reportages dans les villes-hôtes, des rencontres avec les supporters, des enquêtes sur les enjeux du foot féminin par exemple ?

La Coupe du monde féminine des moins de 20 ans s'est tenue l'an dernier en Bretagne. Comment Ouest-France a-t-il couvert l'événement ? Quelle impression générale retirez-vous de cette compétition, notamment en ce qui concerne l'intérêt du public ?

Par ailleurs, Ouest-France a-t-il couvert les matchs préparatoires de la Coupe du monde 2019 dans les territoires ? Avez-vous constaté un engouement particulier et croissant du public en faveur de l'équipe féminine ?

Enfin, comment expliquez-vous l'invisibilisation des footballeuses qui a longtemps prévalu dans les médias ?

Mme Virginie Bachelier, journaliste, adjointe au chef du service des Sports du journal Ouest-France. - Bonjour à toutes et à tous. Pour rappel, Ouest-France couvre trois régions : la Normandie, la Bretagne et les Pays de la Loire. Nous avons la chance d'avoir plusieurs clubs féminins sur ces territoires et nous avons l'habitude de les suivre. L'équipe féminine « En avant Guingamp », par exemple, joue en D1, ce qui n'est pas le cas de l'équipe masculine. Nous avions également quatre clubs en ligue féminine de basket et nous en avons encore trois. Nous suivons aussi un grand club de handball, le Brest Bretagne Handball. Il s'agit seulement de quelques exemples dans les sports collectifs, pour vous montrer que nous couvrons le sport féminin toute l'année.

Il existe une réelle demande de la part des lecteurs, comme le montrent nos enquêtes de lectorat. Notre public en demande plus, car il y a du haut niveau dans nos régions. En outre, nous ne nous cantonnons pas à ce qui se passe dans l'Ouest et nous essayons de donner à voir ce que font les équipes de France. Nous suivons donc toutes les équipes de France féminines de sport collectif dans leurs grandes compétitions. Nous partons régulièrement couvrir des Euros ou des Coupes du monde à l'étranger.

Bien évidemment, nous couvrirons cette Coupe du monde féminine de football - j'insiste sur cette formulation, car le « football féminin » n'existe pas. Nous aurons la chance d'avoir une ville-hôte à Rennes, là où le journal Ouest-France est implanté. En outre, Le Havre n'est pas loin. Nous suivrons donc tous les matchs qui auront lieu dans ces deux villes. De plus, une équipe de deux personnes suivra les Bleues durant tout leur parcours, qui ira jusqu'en finale, nous l'espérons. Un journaliste qui suit habituellement l'équipe de France masculine de football suivra l'équipe des États-Unis pour les grands matchs hors de notre secteur. Un dispositif web est également prévu avec une couverture des cinquante-deux matchs de la compétition en live commenté, un format qui marche très bien. Dans le journal papier, deux à trois pages quotidiennes sont consacrées au sport. Nous aurons une page complète par jour sur la Coupe du monde de football du 7 juin au 7 juillet.

Nous avons commencé depuis longtemps à suivre l'équipe de France féminine de football. Un journaliste était présent avec elle lors de la dernière Coupe du monde au Canada. Depuis l'arrivée de Corinne Diacre, je n'ai raté aucun match de l'Équipe de France. Nous souhaitons toutefois donner à nos lecteurs une « touche » Ouest-France, car cette équipe de France comprend des représentantes des territoires couverts par notre journal, comme Eugénie Le Sommer, qui est l'une des meilleures joueuses françaises, ou Camille Abily, qui ne joue plus, mais qui vient toujours nous donner quelques éclairages sur l'équipe de France.

En outre, nous sommes en train de mettre en place un rendez-vous tous les lundis avec nos lecteurs à travers une page consacrée à une joueuse ou à un fait marquant de l'équipe de France féminine dans notre cahier des sports. Comme cela a été souligné précédemment, il est crucial de mieux faire connaître les joueuses. Nous ne devons pas sous-estimer la dimension pédagogique de notre travail. Les lecteurs seront séduits, autant que nous le sommes, par cette équipe en raison de la proximité médiatique que nous avons avec les joueuses. Le public peut se sentir proche de ces femmes qui ont un travail et des histoires de vie très intéressantes. Il faut raconter aussi bien cet aspect que leurs performances sportives.

Vous avez évoqué la Coupe du monde U20 féminine qui a eu lieu l'an dernier en Bretagne. J'ignore quel a été l'écho national de cette compétition, mais elle a rencontré un réel succès chez nous. Le Président de la Fédération, Noël Le Graët, tenait vraiment à ce que cette compétition ait lieu en Bretagne, dans une région qui lui est chère. Chaque département breton avait une ville-hôte.

Nous ne savions pas initialement comment traiter cet événement, qui était nouveau pour nous. Nous avons donc décidé de le traiter comme une Coupe du monde U20 masculine. Cela a été une grande surprise de voir autant de spectateurs dans les stades, notamment à Vannes lors des demi-finales et de la finale. Les stades étaient pleins ! Des hommes d'un certain âge m'ont dit avoir retrouvé un football tel qu'ils l'avaient pratiqué eux-mêmes par le passé. La compétition a beaucoup plu aux spectateurs et a trouvé un vrai écho auprès de notre lectorat. Nous avions mis en place des lives commentés, qui ont reçu une audience similaire à celle de nos matchs de Ligue 1 avec des clubs comme Nantes, Angers ou Caen. Le public était au rendez-vous sur le site Internet, ce qui nous a encouragés à faire davantage dans le journal papier. Grâce à cette expérience, nous savons que les lecteurs ont de grandes attentes en matière de football féminin. Nous traiterons donc concrètement la Coupe du monde féminine comme une Coupe du monde masculine.

Il est vrai que le football féminin reste sous-représenté dans les médias, comme de nombreux autres sports. Cela évolue, mais il ne faut pas se limiter à une compétition en particulier. Pour pérenniser la couverture médiatique, il convient d'assurer un héritage, qui ne doit pas exister uniquement au sein de la Fédération, mais qui devra se poursuivre dans les médias. Il nous incombe de continuer à parler de l'équipe de France après la compétition et de pérenniser ce travail en suivant davantage les joueuses. Une meilleure couverture permettra de plus à leurs conditions d'évoluer. Il ne faut pas oublier qu'actuellement, moins de cent joueuses françaises de football sont professionnelles. Les footballeuses n'exercent pas leur sport dans des conditions idéales. Il nous revient de les accompagner et de montrer ce qu'elles font.

Mme Victoire Jasmin, co-rapporteure. - Merci à tous pour ces exposés très riches. Nous nous réjouissons du dispositif ambitieux mis en place pour assurer la couverture médiatique du Mondial 2019. Nous avons à coeur que la médiatisation et la visibilité du football féminin, et plus généralement du sport féminin, s'inscrivent dans la durée et ne prennent pas fin le 8 juillet.

J'invite nos intervenants à regagner leur place dans la salle et je cède la parole à notre présidente, qui anime la troisième et dernière séquence de notre table ronde.

Mme Annick Billon, présidente, co-rapporteure. - Je suis particulièrement heureuse d'animer cette table ronde.

Nous allons aborder au cours de cette séquence un sujet particulier : la place des femmes dans le football, sous le prisme du commentaire. Nous avions auditionné, il y a quelques semaines, Laura Georges, ancienne joueuse et Secrétaire générale de la Fédération Française de Football, qui nous a décrit l'ensemble des mesures prises afin de favoriser l'arrivée d'arbitres femmes sur les terrains.

Je m'adresse, pour commencer, Nathalie Iannetta.

Vous avez été conseillère au sport et à la vie associative à l'Élysée et Chief Advisor au sein de l'UEFA durant deux ans. Vous avez également été consultante au sein de Canal Plus et TF1 et faites partie des très rares femmes qui commentent le football masculin. Quel a été votre parcours ? En arrivant dans ce milieu, où les hommes étaient majoritaires, vous êtes-vous sentie à l'aise ? Avez-vous été bien accueillie ?

Mme Nathalie Iannetta, consultante à TF1, directrice-associée de l'agence 2017. - J'ai passé vingt ans de ma vie chez Canal Plus, je suis aujourd'hui chez TF1. Je n'ai commenté qu'une seule Coupe du monde chez TF1, ce qui représente quatre semaines dans mon parcours. Je suis arrivée au service des sports de Canal Plus en 1997. Il y avait alors six chaînes. Une femme, avant moi, avait eu « l'audace », dirais-je, de se mêler d'affaires du football. Cela ne s'était pas très bien passé. J'ai une pensée pour elle aujourd'hui, car elle nous a quittés. C'était une personne que j'appréciais au plus haut point. Je dis souvent qu'elle a beaucoup essuyé les plâtres pour nous.

J'ai rejoint Canal Plus à une époque un peu particulière pour la chaîne, où tout était permis, surtout le pire. Je crois que mes patrons ont voulu être prudents, voyant à quel point l'expérience que je viens d'évoquer s'était mal passée, du point de vue humain et médiatique. Mais j'ai réussi à faire respecter mon territoire. J'ai eu une chance formidable : j'ai été accueillie par des journalistes au sein d'une rédaction, en tant que journaliste. C'est la clé de tout. Il n'y a pas de football féminin, de même qu'il n'y a pas de journalisme féminin. Il n'y a pas de journalistes sportives ou sportifs mais seulement des journalistes- sauf s'ils font du sport par ailleurs, ce qui les regarde.

Nous pouvons avoir des spécialités mais ce n'est pas ce qui nous constitue ni ce qui nous définit. Ma crainte était plutôt liée au monde extérieur à la rédaction : comment les joueurs, les entraineurs, etc., allaient-ils m'accueillir (d'autant plus que je n'avais alors que 25 ans) ? J'avais aussi le sentiment de représenter quelque chose de non identifié dans un système extrêmement bien verrouillé, où régnait la testostérone. Paradoxalement, les joueurs, les entraîneurs, les clubs, ont été absolument formidables. Je faisais mon travail et ils faisaient le leur. En général, quand on se comporte ainsi, cela fonctionne plutôt bien.

Dans la rédaction, c'était différent, car certains considéraient que je « prenais la place » d'un homme. Ils ont mis un temps fou à comprendre que je ne voulais pas leur place, mais que je voulais ma place. Je milite pour que les femmes aient leur place, ce qui ne veut pas dire qu'elles prennent la place des hommes. C'est une différence sémantique qui n'est pas neutre. Je suis restée dix-neuf ans chez Canal Plus : si cela avait été une souffrance, je serais partie faire autre chose ! Lorsqu'on m'a rappelée à la télévision, on m'a rappelée pour le football. C'était l'année dernière, à TF1, pour la Coupe du monde que nous avons vécue tous ensemble.

Mon expérience n'a donc pas été particulièrement compliquée. C'est la place qu'occupent les femmes à la télévision qui est compliquée aujourd'hui, car elles sont désormais nombreuses. La question porte sur la place où elles sont assises : elles sont rarement cheffes de table, rarement rédactrices en chef ou directrices de rédaction. D'ailleurs, vous avez auditionné un certain nombre de patrons ou anciens patrons de rédactions. Ce sont tous des hommes. Nous, les femmes, sommes souvent à côté des hommes. Il peut arriver que nous appréciions cette position. Mais souvent, nous méritons d'être en tête de table et de piloter seules des émissions.

J'ai mis dix ans à avoir mon émission à Canal Plus. Je suis arrivée en 1995 à Canal Plus et en 1997 au service des sports. Je suis revenue au service des sports après en être partie pour faire de « l'information générale ». C'est en 2008 que j'ai dirigé une émission seule. Ça s'appelait L'équipe du dimanche, émission que je regrette beaucoup en tant que téléspectatrice et amatrice de football européen. Durant ces dix ans, je me suis constituée, nourrie, construite. J'ai acquis de l'expérience. On ne peut pas jeter « dans le grand bain » des journalistes, hommes ou femmes, trop tôt. Aujourd'hui, très vite, de jeunes journalistes dirigent des émissions, sans nécessairement avoir l'expérience requise. Le direct, c'est compliqué, et le sport est sans doute ce qu'il y a de plus difficile à commenter. C'est comme entrer sur une scène de théâtre et ne connaître que sa première réplique, sans avoir la moindre idée de ce qui va se passer. Vous devez vous habituer, vous adapter, observer, anticiper, accompagner les émotions, le tout de manière extrêmement intuitive, en ayant parfaitement travaillé le fond, car vous ne savez pas à quel moment vous aurez besoin de telle information, de telle ou telle référence, etc.

Cela n'a pas été facile, mais ce ne fut pas si difficile non plus. En tout cas, avoir été à cet endroit-là, à ce moment-là, fut un des plus beaux cadeaux de ma vie. Lorsque je suis partie de Canal Plus, en 2014, pour rejoindre le cabinet de François Hollande, de nombreuses jeunes filles journalistes m'ont dit « merci, parce qu'avec vous, on s'est dit ``alors c'est possible'' ». Il est important que les femmes aient des modèles dans la société. Être la première pour rester la seule n'a aucun intérêt. J'espère que ces jeunes femmes vont donner, sur les terrains de France, durant un mois, envie à des jeunes filles de faire la même chose. J'aimerais que ces jeunes filles se disent : « Je n'ai plus envie de ressembler à Mbappé, à Cristiano Ronaldo ou à Messi. Je veux ressembler à Eugénie Le Sommer, à Laurène Martin, à Alex Morgan... ». Mon rêve ultime, c'est évidemment que la France remporte cette compétition, qu'il y ait une grande fête sur les Champs-Élysées (qui dure un peu plus de douze minutes), que nous fassions tous ensemble la fête avec nos filles, et que des petits garçons se baladent dans la rue avec un maillot marqué du nom de nos joueuses de l'équipe de France : « Wendy Renard », « Eugénie Le Sommer » ou « Amandine Henry »... Lorsque nous y serons parvenus, nous aurons gagné !

Mme Annick Billon, présidente, co-rapporteure. - Merci pour cette intervention tonique, passionnante et passionnée.

Magali Munos, vous avez une triple expérience de joueuse, présidente de club et commentatrice. Pouvez-vous nous dire comment vous êtes passée de l'une à l'autre de ces fonctions et ce qui anime votre passion ?

Mme Magali Munos, Présidente du Club Athlétique Paris 14. - Merci et bonjour à tous. Je ne me suis jamais dit que ma vie serait pleine et accomplie le jour où je serais présidente d'un club. On me l'a proposé. J'ai accepté, car à bien y réfléchir, ce choix s'imposait : s'il y avait une part de hasard dans l'équation, une évidence et une nécessité en faisaient également partie. Le contexte s'y prêtait et les conditions étaient réunies.

Nous savons quelle est la place de la femme dans la société. La situation du club était également particulière. Nous avons tous l'image d'un président de club ayant souvent la figure d'un notable, personne emblématique à la vision assez paternaliste, voire patriarcale et pratiquant un management assez pyramidal.

Notre club ne fonctionnait pas du tout ainsi et faisait une grande place au collectif. Je l'ai constaté par moi-même. Mon prédécesseur avait un style de management beaucoup moins descendant et beaucoup plus participatif. C'est le collectif qui était à la base de tout et structurait le club. Ce n'est pas une question de personne, mais de principe. Une fois celui-ci institué, les choses sont beaucoup plus faciles.

Au début, je me suis dit que cette fonction n'était « pas pour moi ». Je m'en suis un peu voulu de penser cela, mais j'ai pensé aux responsabilités que cela supposait, au temps que cela exigeait et je me suis demandé si j'allais y arriver. J'ai alors considéré que c'était peut-être l'occasion de « renvoyer l'ascenseur » vers toutes les personnes qui avaient travaillé à un moment donné pour moi. Je me suis souvenue d'un stage que j'avais fait, dix ans plus tôt, à la fédération, avec Élisabeth Bougeard-Tournon ici présente, et que je salue, sur la place des femmes dans le football. Il m'est apparu qu'il n'y avait jamais vraiment de hasard dans la vie et j'ai accepté le poste de façon définitive le jour où j'ai réalisé que présider ne signifiait pas « avoir du pouvoir sur les gens » mais « avoir du pouvoir pour faire avancer les choses ». Peut-être aussi était-ce l'image que je renvoyais en tant que joueuse, celle d'une fille qui se mettait au service du collectif.

Si la question est de savoir s'il est plus difficile de s'imposer en tant que joueuse, en tant que présidente ou en tant que commentatrice sportive, je crois que ce qui compte, c'est d'être reconnue comme étant utile au collectif. Dès lors, la question ne se pose plus. Ce n'est pas tant une question de compétence que de capacité à mettre cette compétence au service de quelque chose de plus grand.

Chacun a un rôle, une fonction. Encore faut-il s'inscrire au service du collectif. C'est ce qui s'est produit en ce qui me concerne et je crois que c'est ce qui se produit dans nombre de clubs amateurs.

Il m'a été demandé, avant cette réunion, quelles étaient, à mes yeux, en tant que présidente d'un club amateur, les mesures à mettre en place de façon urgente pour la professionnalisation du football. Je crois qu'il sera fondamental de raisonner sur l'ensemble de la filière. Cette Coupe du monde va donner un formidable coup de projecteur sur le football féminin, ce qui va lui apporter la reconnaissance qu'il mérite, et dont il a besoin. Ce ne doit pas être un aboutissement, mais un point de départ, un moyen pour aller plus loin. C'est ce que me semble précisément désigner la notion d'héritage : comment faire pour aller plus loin ? Cela supposera d'investir de façon massive dans la formation d'éducateurs, d'éducatrices, de formateurs, d'arbitres, de dirigeants et de joueurs.

Quelle est la trajectoire que nous proposons à ces communautés ? Au sein des clubs, notre responsabilité est de faire naître cette volonté. Lorsqu'une petite fille de huit ans me dit que son rêve est de devenir footballeuse, exactement comme le dirait un petit garçon du même âge, je me dis que nous avons gagné. Lorsqu'un petit garçon me dit qu'une joueuse contre laquelle il joue a fait une faute, je me dis aussi que nous avons gagné. Quand une joueuse est considérée comme une joueuse et non comme une fille qui fait du foot, la gamine a gagné, le foot a gagné, la société a gagné. Demain, c'est la société qui en bénéficiera. C'est à ces âges que l'on casse les préjugés dans lesquels on enferme les femmes, ou dans lesquels elles s'enferment parfois toutes seules.

Le combat de l'éducation et de l'émancipation a lieu là, à cet âge-là, dans les clubs, près du périphérique, avec des éducateurs qui sont à moitié formés (tant les formations sont coûteuses) et parfois des dirigeants qui n'en sont pas pour autant valorisés. Une fois que ces résultats sont obtenus à ce niveau-là, il faut se demander s'il existe une vraie volonté collective : le corps social veut-il profondément miser là-dessus ? Nous avons tous une responsabilité collective, et l'État a évidemment son mot à dire, car le niveau d'investissement des acteurs privés dépendra en partie de la volonté politique qui s'affichera. La Coupe du monde constitue une occasion de restaurer l'égalité entre les hommes et les femmes. Il faut faire naître ces trajectoires, et rendre les femmes autonomes dans le choix de leur trajectoire. Cela suppose qu'elles soient libres de la choisir, alors que les pesanteurs de la société font parfois obstacle. L'État a précisément la responsabilité de faire en sorte que les conditions soient réunies pour permettre ces trajectoires, c'est-à-dire créer un cadre de réussite pour celles qui le veulent.

L'objectif n'est pas que toutes les femmes deviennent des joueuses professionnelles, ni des éducatrices ou des entraîneurs. Il s'agit de faire en sorte que celles qui le veulent puissent le devenir. Autrement dit, comment donner des contours concrets à la volonté que nous aurons fait naître dans les clubs ?

Nous disposons du modèle du football masculin, dont l'expérience a montré que certaines choses fonctionnaient, d'autres non. Cette Coupe du monde pourrait constituer un vecteur d'exemplarité afin de viser l'équilibre entre les hommes et les femmes. Si le football démontre que cette égalité est possible, nous aurons tout gagné. Tel est l'objectif qui doit nous mobiliser collectivement. Nous partageons une responsabilité à cet égard. La Coupe du monde constitue en effet un vecteur de croissance économique et nous pourrons revenir sur ses retombées, car des choses très intéressantes ont été dites. C'est aussi un outil de développement sportif (en espérant que la France l'emporte, pour faire comme en 2018 !), d'égalité et de développement social.

La Coupe du monde aura naturellement des retombées économiques et des impacts sur les clubs. Nous devons nous demander comment ces retombées bénéficieront aux clubs et si ceux-ci seront en mesure d'accueillir un afflux très important de nouvelles pratiquantes, dans de bonnes conditions, comme l'a souligné Frédérique Jossinet. C'est un point essentiel. Il faudra déterminer le coût des mesures à prendre pour préparer cet accueil, sans méconnaitre, dans le même temps, le coût de l'inaction si nous ne faisons rien.

La Coupe du monde va, à l'évidence, susciter un vif engouement et un pic d'attrait pour le foot féminin. Il ne doit pas y avoir ensuite un pic de déceptions. Nous devons donc nous préparer et il appartient aux clubs de se mettre en ordre de bataille. Celle-ci n'est pas gagnée d'avance, puisque l'an dernier, les clubs sont parvenus à accueillir 10 % de licenciées supplémentaires. Dans le cas du football féminin, cette croissance sera peut-être de 20 %, 50 % ou même 100 %. Comment faire, alors même que nous traversons une crise du bénévolat au sein des clubs ?

Nous avons commencé à initier des actions, à notre niveau, avec le conseil de quartier, avec le centre d'animation qui se trouve à côté et avec le centre d'animation socioculturel. Ces actions ont nécessité des moyens et du temps. J'ai essayé de valoriser, en termes économiques, la contribution de mes bénévoles. Ils sont une vingtaine, présents chacun à raison de cinq à dix heures par semaine au club. Ils préparent le matériel, tiennent la buvette, accompagnent parfois les enfants, voire prennent en charge des séances d'entraînement. Cela paraît peu, mais c'est ce qui fait fonctionner le club. Pour vingt personnes, à raison de cinq à dix heures par semaine, quarante semaines par an, cela représente 50 000 euros, en prenant pour base un Smic hors charges. Le budget de mon club est de 250 000 euros.

Si demain, les clubs doivent absorber davantage de licenciés avec moins de moyens humains, comment ferons-nous ? Je ne peux pas augmenter le prix de la licence car le football est un produit populaire, qui doit rester accessible. Les clubs ont profondément envie d'agir et de faire bouger les choses mais ils ne peuvent tout faire. Nous ne pouvons pas pousser les murs ni augmenter indéfiniment le prix de la licence. Nous ne pouvons pas non plus dégager des marges importantes, car nous sommes une association, qui n'a pas de but lucratif. La base de la pyramide ne peut pas rester sur cet équilibre instable.

Mme Annick Billon, présidente, co-rapporteure. - Merci pour cette intervention stimulante. Le football va effectivement devoir « surfer » sur la vague de cette Coupe du monde. C'est l'enjeu de cette compétition de faire en sorte que ce soit un mouvement pérenne dans le temps.

J'ai le plaisir de terminer cette table ronde en donnant la parole à Céline Géraud, ancienne judoka.

Céline Géraud, vous êtes une ancienne judoka de haut niveau, au palmarès très impressionnant. Vous avez été vice-championne du monde et championne d'Europe. Félicitations pour ces performances ! Vous animez aujourd'hui la matinale de RMC Sport. Vous pourrez nous dire, forte de votre double expérience de sportive de haut niveau et de journaliste animatrice, comment vous avez fait votre place au sein de ce milieu. Il serait également intéressant de savoir si vous avez remarqué des évolutions depuis que vous êtes entrée dans le monde des médias et du journalisme. Y a-t-il eu, à vos yeux, des difficultés dans la médiatisation du sport féminin ? Nous avons vu que celle-ci ne serait possible que si les médias ont un intérêt à la diffusion des sports féminins. Ensuite, cela fait « boule de neige ».

Enfin, comment réussirons-nous à faire en sorte que les jeunes filles et les jeunes garçons parviennent à se projeter à travers l'image que donneront les joueuses qui participeront à cette Coupe du monde ?

Mme Céline Géraud, ancienne championne de judo, rédactrice en chef de la matinale de RMC Sport. - Merci beaucoup. Les questions sont nombreuses. Je suis ravie d'être parmi vous pour partager mon expérience. Effectivement, j'ai fait du sport de haut niveau. Ce fut un élément très important dans ma carrière. Cela m'a évidemment apporté une plus-value, car la plupart des journalistes de sport - je rejoins Nathalie Iannetta sur ce point, il convient de parler de journalistes de sport, et non de journalistes sportifs, sauf s'ils font du jogging - sont souvent des passionnés de sport qui auraient adoré toucher le haut niveau, au moins du bout des doigts. J'ai eu cette chance et j'ai essayé de la partager très vite. Je suis passée par d'assez nombreux médias, ce qui a nourri mon expérience. J'ai d'abord travaillé à la télévision, chez France Télévisions, où j'ai été pigiste durant un long moment. J'ai fini par être embauchée. J'avais fait une école de journalisme et je ne voulais pas être commentatrice de judo, tant celui-ci est peu visible à la télévision. On ne le voyait à peu près que tous les quatre ans, à l'occasion des Jeux Olympiques. Je voulais surtout être journaliste.

J'ai été reporter et j'ai couvert de nombreuses éditions du Paris-Dakar et du Tour de France. J'ai ensuite présenté « Tout le sport » en 1998, juste après la Coupe du monde de football. J'avais fait des interviews sur le parvis de France Télévisions. Le rédacteur en chef, Jacques Ségui, pour qui j'ai une pensée émue, car il vient de nous quitter, m'avait donné ma chance. Je m'étais retrouvée à l'antenne alors que ce n'était pas du tout mon destin au départ. J'étais plutôt sur une trajectoire de terrain, que j'appréciais beaucoup.

J'ai ensuite rejoint TF1 pour couvrir la Formule 1, le rugby, le foot et L'Ile de la tentation, car il faut aussi s'imprégner d'autres aventures. Je ne le regrette pas, car ce fut un tremplin pour de nombreuses autres choses. J'ai quitté TF1 pour rejoindre Orange, qui se lançait à l'époque. Là aussi, ce fut une belle aventure avec Patrick Chêne et Xavier Couture, qui venait de récupérer les droits du football pour quatre ans. J'étais au bord du terrain, et nous faisions cinq heures de direct tous les samedis soir. Une belle expérience !

Cela s'est arrêté brutalement. En judo, nous avons le « Sen-No-Sen », qui signifie « action-réaction ». On anticipe toujours ce qui peut se produire. J'ai alors eu la chance de partager une expérience en radio, déjà avec RMC. François Pesenti cherchait de nouveaux collaborateurs pour les Jeux de 2012 et je me suis retrouvée à Londres avec toute l'équipe, 18 heures sur 24. J'ai ensuite un peu travaillé sur Europe 1, durant des soirées et matinales. Puis je suis revenue à France Télévisions pour présenter Stade 2. J'ai endossé, là encore, un rôle de pionnière malgré moi, en quelque sorte, puisque j'étais la première femme à présenter cette émission, qui existe depuis quarante ans. J'ai été très flattée de la chance qui m'était donnée et je l'ai saisie. J'ai fait cela durant quatre ans. Je crois à la notion de cycle, et je trouve qu'une durée de quatre ans représente un cycle intéressant. Peut-être est-ce mon passé de judoka, et l'expérience des Jeux Olympiques, qui influencent ma perception de ce point de vue.

J'ai alors présenté « Tout le sport », émission qui existait depuis vingt ans et qui était présentée depuis longtemps par Henri Sannier, qui partait à la retraite. « Action-réaction », « Sen-No-Sen », je me retrouve à présenter cette émission - que je connaissais pour l'avoir présentée durant les week-ends. Cela a duré une saison. Puis j'ai été tentée par une aventure à RMC, pour une matinale qui a vu le jour en novembre 2018. De 6 heures à 9 heures, tous les jours, nous sommes au micro. Je suis levée, présentement, depuis 2 heures ce matin. J'espère que cela ne se voit pas ! C'est encore le besoin de me mettre en danger, de relever des défis et de tenter de nouvelles expériences qui m'a guidée dans ce choix. Je crois aussi qu'il est bon de sortir de sa zone de confort, comme nous le faisons tous à notre niveau.

Pour répondre à votre question, j'ai eu un rôle de pionnière que j'ai beaucoup utilisé au profit des autres. Je rejoins Magali Munos quant à cette dimension collective. On m'a souvent appelée en me sollicitant pour telle ou telle chose, parce que j'avais été la première femme à avoir telle ou telle expérience. J'ai partagé cette expérience et je pense avoir donné envie à de nombreuses jeunes filles d'aller plus loin, au sein des écoles de journalisme, car j'ai donné des cours dans des écoles, notamment au CFPJ. Il y avait beaucoup d'a priori quant à la possibilité, pour une femme, d'embrasser ces carrières. À une étudiante qui m'interrogeait, je répondais : « Si tu bosses, si tu lis L'Équipe et que tu connais tous les sports, pas seulement le tien ou celui qui t'intéresse, tu as une chance d'y arriver ! » J'en connais deux ou trois, au moins, qui ont passé certains filtres parce qu'elles ont cru à cette histoire.

J'ai l'impression que les temps changent, que les lignes bougent. Je ne suis absolument pas en faveur de la surreprésentation des femmes. Je suis pour que la bonne personne soit à la bonne place. Dans le paysage audiovisuel français actuel, toutes les femmes qui parlent de football ou de sport sont crédibles. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup d'erreurs de casting. Il y en a eu au début, parce que les chaînes avaient tendance à choisir de jeunes femmes très jolies pour présenter du sport. Cela ne servait pas à grand-chose et elles n'ont pas fait illusion longtemps. C'est une réalité. Les téléspectateurs ou les lecteurs paient pour voir, bien souvent. Lorsque c'est gratuit, ils sont exigeants, et ils le sont plus encore vis-à-vis des femmes. Lorsque nous faisons une faute, nous sommes immédiatement brocardées. Nous devons donc être efficaces, pertinentes et percutantes.

Deux ou trois femmes, actuellement, commentent le foot, notamment sur la chaîne L'Équipe, et cela se passe très bien. Je ne suis pas non plus en faveur d'une surreprésentation des femmes commentatrices, mais je trouve que celles qui sont vraiment bien valorisent le sport. Les tandems homme-femme fonctionnent bien également.

Quant à la Coupe du monde, je crois qu'il faut juste la gagner. On a beau faire tous les efforts de médiatisation possibles, il faut aussi des résultats sur le terrain. TF1 fait un effort colossal, de même que Canal Plus. RMC est la radio officielle de la compétition avec Radio France. Nous serons donc présents. Maintenant, il faut qu'elles gagnent. Les quarts de finale ou les demi-finales, cela ne suffira pas. Si elles l'emportent, cela leur donnera un éclairage complètement différent. J'ai vécu l'épopée du rugby féminin car j'étais à France Télévisions à ce moment-là. Je les ai vues grandir. Une Coupe du monde a été organisée en France et les filles sont allées très loin. Nous avons d'ailleurs fait des records d'audience, sur France 4, avec la demi-finale malheureusement perdue par les Françaises. Elles ont un tournoi des Six Nations, où elles sont percutantes. En handball, de même, elles ont gagné des titres. On en parle davantage. Maintenant, il faut juste gagner : la différence se fait par la performance. J'espère sincèrement qu'elles iront très loin.

J'en ai un peu assez qu'on « tape » systématiquement sur les médias. Je l'ai vécu à France Télévisions, car nous étions en quelque sorte pilotes de l'opération « 24 heures du sport féminin » organisées chaque année. Cette opération a changé de nom. Elle s'appelle désormais « Les quatre saisons ». À chaque fois, on nous reprochait de ne pas montrer suffisamment de sport féminin. Or, pour commencer, le sport n'a pas de sexe. Tout le monde fait le travail à faire, que ce soit dans les journaux papier, en presse digitale, en radio ou en télé. Nous le faisons lorsqu'il y a des résultats. Nous mettons en avant les filles des équipes qui cartonnent.

Je crois que la réflexion doit aussi inclure la gouvernance. Il est facile d'affirmer qu'on ne voit pas suffisamment de basket, de football ou de rugby féminin. Peut-être est-ce plus simple pour des sports individuels, notamment lorsque les fédérations s'entendent pour programmer les compétitions féminines en même temps que celles des hommes. C'est beaucoup plus simple à médiatiser, car hommes et femmes se trouvent ensemble au même moment, au même endroit. Dans le cas du football, c'est plus compliqué. Il en est de même pour le basket, avec la WBA et la NBA. Dans le rugby, on parvient à trouver des solutions. C'est sans doute possible dans le handball également. Je lance un appel aux fédérations internationales et aux instances : à vous de faire ce qu'il faut, arrêtez de taper sur les médias. Ensemble, nous y parviendrons ! Je crois à cette Coupe du monde. Nous soutiendrons les filles, bien évidemment, et j'espère avoir la chance de participer à la fête, le 7 juillet, avec vous tous.

Mme Annick Billon, présidente, co-rapporteure. - Merci beaucoup, Céline Géraud, pour votre enthousiasme !

Nous arrivons au terme de cette matinée consacrée au football, et non au football féminin, vous avez raison. En tout état de cause, si le football féminin en est là aujourd'hui, c'est aussi grâce aux efforts militants de vous toutes et vous tous à un moment donné. Je ferai volontiers le parallèle avec la politique : il vient un temps où il faut se donner des contraintes pour que la situation progresse. Il a fallu se donner quelques contraintes pour qu'il y ait davantage de femmes arbitres au sein des clubs et dans des postes à responsabilités. La situation évolue ainsi petit à petit. Bravo aux médias, qui s'investissent pour donner de la visibilité aux footballeuses, qu'il s'agisse des chaînes de télévision, de la presse écrite ou de la radio.

Je suis élue de Vendée et je vois que les articles sur le football féminin sont déjà nombreux, dans Ouest-France et dans la presse locale. La délégation s'est déplacée en Vendée et des clubs ont été sollicités à cette occasion, ce qui leur a permis une couverture médiatique dans les quotidiens et sur les chaînes de télévision régionales. Merci à vous pour votre engagement !

Pour ma part, je pense que la cause des femmes avance dès lors que nous y travaillons de concert, hommes et femmes. C'est ce que j'ai apprécié aujourd'hui : les hommes à la tribune ont été aussi nombreux que les femmes pour parler de cette Coupe du monde. Vous l'avez fait observer à juste titre, nous aurons gagné à partir du moment où on ne parlera plus de football féminin, mais du football. Si la délégation doit se déplacer pour des matches, elle assistera à la finale, puisque la France sera finaliste ! Je l'espère de tout coeur. Nous avons eu beaucoup de plaisir, avec les sénatrices et sénateurs de la délégation, à travailler sur la question de la place des femmes dans le football car c'est un sujet de société. Nous avons parlé du code vestimentaire, des règles du jeu et de l'égalité.

L'ordre du jour du Sénat concerne le projet de loi pour l'école de la confiance : il y a l'école du foot ou du sport, qui est l'école de la vie, mais aussi l'école tout court !

Mme Nathalie Iannetta, consultant à TF1, directrice-associée de l'agence 2017. - Ce serait bien qu'il y ait beaucoup de sport à l'école dès le départ, car c'est cela qui donne de la confiance aux enfants et qui fait l'égalité des chances.

Mme Annick Billon, présidente, co-rapporteure. - Tout à fait. Ce fut l'objet d'un amendement. Il y aura peut-être davantage de football féminin au cours des années à venir si le football est proposé à l'école. Merci à tous pour votre participation.