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COMPTES RENDUS DE LA DELEGATION AUX ENTREPRISES


Jeudi 4 novembre 2021

- Présidence de M. Serge Babary, président -

La réunion est ouverte à 9 h 05.

Annonce du calendrier

M. Serge Babary, président de la délégation sénatoriale aux entreprises -Bienvenue à cette réunion qui va nous permettre enfin de prendre le temps d'évoquer notre agenda et de vous rendre compte des derniers déplacements de notre délégation aux entreprises.

Le jeudi 18 novembre, nous nous rendrons au Salon des Maires où nous participerons à des tables rondes organisées par l'U2P. Nous évoquerons la proximité dans les territoires à travers :

- un débat sur l'attractivité des territoires pour les jeunes travaillant dans les métiers de proximité, au cours duquel interviendra Martine Berthet,

- un débat sur la transition numérique et la cybersécurité des entreprises de proximité avec les rapporteurs Sébastien Meurant et Rémi Cardon,

- Et enfin un débat sur le commerce de proximité, auquel je participerai moi-même.

Le jeudi 25 novembre, nous nous attaquerons au sujet de l'assurabilité en matière de cybersécurité au cours d'une première table ronde. Plusieurs participants à la Journée des entreprises ont tiré la sonnette d'alarme sur ce sujet des assurances en cas de cyberattaque, pour lequel le Gouvernement devrait émettre un certain nombre de propositions au début de l'année 2022.

Le même jour, nous pourrions également organiser une seconde table ronde pour lancer nos travaux sur le commerce extérieur français, thème pour lequel nous allons dans quelques instants nommer des rapporteurs. Je vous proposerai ainsi de confier cette mission à Jean Hingray, Vincent Segouin et Florence Blatrix Contat.

Enfin pour le jeudi 9 décembre se confirme un déplacement dans l'Orne avec un départ la veille.

Compte rendu du déplacement en Indre-et-Loire du 23 septembre 2021

M. Serge Babary, président de la délégation sénatoriale aux entreprises -Après une trop longue suspension due à la pandémie, notre Délégation a repris ses déplacements de terrain, auprès des entreprises de nos territoires, ce qui en constitue son « ADN ».

Jeudi 23 septembre dernier, huit membres de notre Délégation se sont rendus dans le département d'Indre-et-Loire, que je connais bien. Je remercie particulièrement nos chers collègues qui nous ont accompagnés : Michel Canévet, Gilbert-Luc Devinaz, Jacques Le Nay, Martin Lévrier, Sébastien Meurant, Jean-Pierre Moga et Olivier Rietmann.

Nous avions un programme dense pour ce déplacement : visite du Centre des congrès de Tours, conclue par une table ronde avec des représentants des secteurs du tourisme d'affaires et de l'évènementiel ; rencontre avec des entrepreneurs de MAME, un ancien site d'imprimerie transformé en un tiers lieu innovant ; et enfin découverte de l'entreprise Vermon S.A., spécialisée dans la fabrication de sondes essentielles à la fabrication d'échographes notamment.

Nous avons commencé par la visite du Palais des congrès de Tours, conçu et réalisé en 1993 par l'architecte Jean Nouvel. Largement critiqué lors de sa conception, il est considéré aujourd'hui comme un bâtiment remarquable du fait de la prouesse architecturale de ses trois auditoriums suspendus. Avec un chiffre d'affaires de 15,5 millions d'euros par an, avant l'épidémie de covid-19, le Palais des congrès de Tours est une véritable locomotive de l'économie locale située en plein centre-ville. Il apporte chaque année environ 40 millions d'euros à la Touraine. Il entraine dans son sillage un écosystème de petites entreprises rassemblant les artisans boulangers, boucher-charcutiers, traiteurs, fleuristes, ou encore les professionnels du tourisme, de l'hôtellerie restauration et du spectacle vivant. Un seul évènement au Palais des congrès permet de faire travailler 70 étudiants qui cherchent à financer leurs études - ce qui n'était plus possible pendant la crise sanitaire. Mais les profils les plus techniques (maîtres d'hôte, électricien...) sont difficiles à trouver et les salaires vont devoir être revus à la hausse.

La fréquentation annuelle du Palais des congrès de Tours avant la crise sanitaire s'élevait à 350 000 personnes par an. Aujourd'hui, Tours Évènement, le gestionnaire du Palais des congrès (et du Parc des expositions), anticipe une diminution moyenne de 10 à 20 % de son activité en matière de tourisme d'affaires. Pour faire face à ce risque, l'espace intérieur du Palais a totalement été repensé pour pouvoir accueillir des expositions temporaires sur 800 m2. Le bâtiment s'ouvre ainsi au grand public qui bénéficiera d'une nouvelle offre culturelle dans la ville.

Le dynamique directeur général de Tours Événement, Christophe Caillaud-Joos -qui dirigeait auparavant le Palais Brongniart et a très récemment rejoint Strasbourg - a jugé que, si la période de confinement et de couvre-feux successifs s'est bien déroulée économiquement parlant, il restait nécessaire de poursuivre un soutien public au secteur de l'évènementiel. Ce dernier souffre encore et n'a pas retrouvé la situation d'avant crise. La France est l'un des leaders de la filière mais, sans investissement et soutien, celle-ci risque de perdre des parts de marché face à ses concurrents comme l'Italie. Ce pays a en effet annoncé un plan de soutien à ce secteur à hauteur de 520 millions d'euros.

Plusieurs pistes sont envisageables pour inciter les entreprises à contribuer à la dynamique de l'évènementiel. Il s'agit de moderniser et entretenir les infrastructures ; appuyer la promotion du savoir-faire français, comme l'a fait Malte en dépensant 60 millions en matière de communication pour attirer des séminaires sur l'île. Cependant, aucune politique publique de soutien spécifique à ce secteur ne semble être annoncée. Il doit se contenter des aides générales de l'État, alors même qu'il joue un véritable rôle d'ambassade des territoires, que nous connaissons bien, et génère avec les sous-traitants artisans, une dynamique vertueuse car non délocalisable par définition.

Après cette visite instructive, nous avons poursuivi nos échanges lors d'une table ronde sur le thème du tourisme d'affaires et de l'évènementiel en présence d'une dizaine d'entrepreneurs. Les témoignages ont été, comme toujours, riches et sincères.

La crise sanitaire a été surmontée pour la plupart des entrepreneurs présents. Chacun a tenté de maintenir une activité minimale pour préserver le moral de ses équipes et pour garder des liens avec ses partenaires. Pour autant, la reprise reste nuancée selon les secteurs d'activités.

Globalement, le tourisme a repris, grâce à nos compatriotes qui ont fait le choix de passer leurs vacances en France, près de chez eux. Le passe sanitaire a servi de garantie pour redonner confiance aux touristes et, mis à part quelques incidents légers, il n'a pas suscité d'indignation. Le secteur HCR (hôtellerie, cafés, restauration) affiche donc une reprise progressive. En Touraine, les taux d'occupation se sont améliorés par rapport à 2020, avec 9 % de plus dans les hôtels et 14 % dans les campings. Le vice-président de Touraine Hôtels, affirme toutefois qu'il a été plus difficile d'anticiper l'occupation des hôtels, du fait des réservations de dernière minute, pratique massive depuis le début de la pandémie. La fréquentation des sites de visite reste quant à elle réduite de près de 50 % par rapport à 2019.

Les services de traiteur ont également profité de la réouverture des lieux de réception et de l'autorisation des rassemblements. Ils observent un phénomène de rattrapage qui les pousse à travailler à 120 % de leurs capacités. Cependant, le manque de main d'oeuvre, dû notamment au départ des jeunes vacataires qui se sont tournés vers d'autres secteurs pour leur garantir des jobs alimentaires, freine largement la reprise du secteur. Jusqu'à 30 à 40 % des équipes font parfois défaut, ce qui oblige les chefs d'entreprise à refuser certains contrats. Pour relancer l'emploi dans le secteur HCR, une baisse des charges sectorielles pourrait permettre aux employeurs d'embaucher plus de personnels et ainsi dédoubler les postes pour éviter les journées « hachées » et attirer ainsi à nouveau les jeunes.

Le secteur du spectacle, quant à lui, reste durablement atteint par la pandémie. Un représentant du PRODISS, le syndicat national du spectacle musical et de la variété, nous a fait part de ses inquiétudes. Les salles de spectacles n'affichent actuellement qu'un taux de remplissage autour de 50 % alors qu'il faut au moins 80 % pour atteindre l'équilibre financier. Le syndicat n'attend pas un retour à la normale avant fin 2022, voire 2023. Dans cette perspective, le secteur a plus que besoin du soutien de l'État et doit pouvoir s'appuyer sur le Centre national de la musique, lequel ne peut plus être uniquement financé par la taxe sur les spectacles. Ici encore, de nombreux techniciens ont fait le choix de quitter définitivement le monde du spectacle, ce qui risque d'entrainer une véritable crise du savoir-faire dans ce secteur, dans les mois et les années à venir.

Enfin, tous les chefs d'entreprise présents ont souhaité nous alerter sur deux points. D'abord, ils ont souligné la nécessité de prendre en compte la détresse psychologique dans laquelle leurs employés - et plus particulièrement les jeunes - ont sombré durant la crise sanitaire. Ces derniers ont été arrêtés net par la covid-19 alors qu'ils terminaient leurs formations ou alors qu'ils débutaient leur vie professionnelle. Ensuite, tous nous ont fait remarquer que, si les banques ont répondu présent, cela n'a pas été le cas des assureurs qui ont été les grands absents de cette pandémie. Ces derniers n'ont pas aidé les entreprises, et pire encore, refusent de payer les sommes que ces dernières estiment dues. Nous allons au-devant de nombreuses difficultés sans doute judiciaires pour résoudre les situations.

Notre déplacement s'est poursuivi par la visite de MAME, tiers lieux créatif et innovant qui a pris place dans l'ancienne manufacture d'imprimerie de Tours qui imprimait notamment le missel. L'ambition de la métropole et des acteurs du dossier était de faire revivre le bâtiment classé en 2000 au titre des monuments historiques et ses 15 000 mètres carrés. Défi pas facile mais bel et bien relevé, puisqu'aujourd'hui, le site a atteint l'équilibre financier après un investissement de 25 millions d'euros, et qu'il accueille plus de 500 occupants, des jeunes pousses mais aussi des entreprises matures. De plus, le site a su créer de véritables synergies et a développé des projets transversaux avec notamment une programmation d'évènements culturels et une bibliothèque partagée.

Nous avons pu échanger avec les gérants de l'entreprise No Constest qui propose une solution numérique de stockage et de certification de preuves. Membre de la Pépinière de la Confiance de la Fédération Nationale des Tiers de Confiance et du Numérique, No Constest facilite le processus d'enregistrement des preuves en travaillant notamment en relation avec des commissaires de justice. L'application se fonde ainsi sur les données de géolocalisation et d'horodatage des photos pour garantir une certification électronique des images et offre également de les sauvegarder dans des serveurs sécurisés. No Contest souhaite désormais révolutionner la preuve juridique et faciliter l'accès des commissaires de justice au grand public et aux entreprises.

Preuve de la riche diversité de MAME, nous avons ensuite rencontré les fondateurs de l'entreprise Hopoli, médaillée d'or au concours Lépine 2019 pour la création d'un enfile-couette. L'objet a su intriguer et conquérir l'ensemble de nos collègues par son aspect pratique et ludique. Il a de nouveau obtenu une nouvelle médaille d'or cette année.

Nous avons terminé notre visite de MAME en découvrant l'entreprise RECURSEEVE, Jeune Entreprise Innovante de la région Centre-Val-De-Loire depuis mai 2021, statut dont la prolongation de la durée, passant de sept à dix ans, vient d'être inscrite dans le projet de loi de finances pour 2022. L'entreprise propose un système de gestion et de facturation automatisé et offre à ses clients un modèle dit low code, qui permet de rendre la configuration du système accessible à tous du point de vue des connaissances en informatique. RECURSEEVE garantit à la fois une économie de coût mais aussi la fiabilité de la facturation et une réduction des délais de paiement. Si l'application est encore en phase de test, l'entreprise vise sa commercialisation à partir de janvier 2022 en France et escompte une commercialisation internationale, notamment aux États-Unis, d'ici à 2024.

Nous avons achevé notre journée par la visite de l'entreprise Vermon S.A., société fondée en 1984, qui est née tout d'abord sous forme de GIP (groupement d'intérêt public) dans le cadre de l'université, Vermon est en pointe en matière de fabrication de capteurs à ultrason notamment utilisés dans les échographes à destination du secteur médical et de l'industrie - pour trouver les failles dans les bâtiments ou les ponts. Le groupe s'organise autour de plusieurs sites en Indre-et-Loire et dans le monde. Ainsi, 70 ingénieurs et 170 collaborateurs de production travaillent dans les différents bâtiments de la société à Tours, 70 collaborateurs complètent le groupe dans une unité de production située en Amérique du nord. Vermon réussit magnifiquement à l'exportation, puisqu'elle réalise plus de 90 % de son chiffre d'affaires à l'exportation notamment auprès des d'entreprises américaines, pour plus de 50 % de ses échanges. L'entreprise fabrique chaque année 120 000 capteurs et réalise un chiffre d'affaires annuel de 51 millions d'euros.

Le directeur général de Vermon nous a fait part de ses inquiétudes sur deux sujets. Le premier concerne les semi-conducteurs, avec le risque d'un défaut d'approvisionnement, véritable problématique nationale tant notre économie en dépend désormais. La seconde préoccupation réside non plus sur la disponibilité des stocks, mais sur les capacités à acheminer les matières premières. La crise sanitaire a largement ralenti le trafic maritime mondial et a fait monter les coûts de transport depuis l'Asie. Toutefois, l'entreprise a amorcé des recherches, notamment sur l'analogique, procédé qui nécessite beaucoup moins de matériaux électroniques pour fonctionner et ainsi pallier le défaut d'approvisionnement que j'ai précédemment évoqué.

Pour conclure, je crois pouvoir dire au nom de nos collègues qui ont participé à ce déplacement, et que je remercie d'être venus dans « ma » belle ville de Tours, que nous avons été surpris par la résilience dont ont fait preuve les entreprises que nous avons pu rencontrer, et cela depuis le début de la pandémie. C'est une force qu'ont nos entreprises ; sentir cette volonté d'entreprendre dans ces réseaux de PME peut nous rendre optimistes pour l'avenir.

La Touraine peut se targuer de nombreux atouts. Région où il fait bon vivre, elle est desservie par une gare TGV à moins d'une heure trente de Paris et d'un aéroport international. Elle est la vingtième métropole du pays et profite d'une hausse de 8 % de la valeur de ses biens immobiliers, emportée par le développement du télétravail et de l'évasion des familles parisiennes, attirées par une meilleure qualité de vie. La municipalité - et plus largement le département - ont su investir et attirer des filières d'avenir telles que la santé, avec un pôle pharmaceutique structuré, et la création d'un grand hôpital. Elle profite également d'un pôle orienté vers les mobilités bas carbone et le ferroviaire, dynamique et ancré dans les problématiques de notre époque.

Je suis heureux que nous ayons pu reprendre les déplacements de la Délégation en débutant par l'Indre-et-Loire. Il me tenait à coeur de vous faire découvrir mon département et les richesses dont il dispose pour faire de lui un territoire audacieux, ouvert sur le reste du pays et sur le monde. Je vous invite à y revenir à titre personnel.

Je terminerai en partageant avec vous ces mots de Thibault Coulon, vice-président délégué au développement économique de la Métropole de Tours, et qui a été mon adjoint quand j'étais maire de Tours : « Vivre est un art, réussir aussi est un art. »

Je vous remercie et vous donne la parole si vous souhaitez intervenir.

M. Michel Canévet. - Merci d'avoir organisé ce déplacement qui fut, comme d'habitude, passionnant. Nous sommes heureux d'avoir pu reprendre ces visites de terrain. Nous avons découvert une belle dynamique, notamment autour du tourisme. J'ai beaucoup apprécié aussi le centre MAME où l'on accompagne les créateurs d'entreprise, ce dont nous avons besoin dans les territoires. Il était impressionnant le constater le nombre d'entreprises présentes et les conditions dans lesquelles elles peuvent être accueillies. Bravo à tous ceux qui y ont contribué à la création de ce lieu.

M. Sébastien Meurant. - Il est en effet à la fois passionnant et rassurant de voir ce génie français dans nos territoires. J'ajoute, concernant MAME, que ce tiers-lieu est à l'équilibre financier. Vous avez donc sauvé un bâtiment d'une ruine certaine et cela ne coûte aujourd'hui rien à la collectivité ; cela rapporte même compte tenu des centaines de personnes qui y travaillent. MAME est un exemple de ce que peuvent faire les élus locaux pour nos territoires, pour les rendre attractifs et l'on mesure l'importance de ce type de lieu, d'un aéroport, du maintien de lignes ferroviaires, d'un CHU...Ce déplacement en Touraine était particulièrement enthousiasmant et nous étions heureux de nous y retrouver.

Examen du compte rendu de déplacement au salon Bpifrance Inno Génération (BIG) à Paris

M. Serge Babary, président de la délégation sénatoriale aux entreprises. -

Le 7 octobre 2021 s'est déroulée la 7ème édition de Big organisée par Bpifrance à l'Accor Hotel Arena de Paris, à Bercy. Au programme de la journée figuraient plus de 400 ateliers et conférences où un millier d'intervenants se sont succédé pour partager avec les participants leur envie d'entreprendre. Nous étions six sénateurs de notre Délégation aux entreprises : Mme Martine Berthet, MM. Jean Hingray, Jacques Le Nay, Martin Lévrier, Jean-Pierre Moga et moi-même ; j'avais par ailleurs proposé à notre collègue Ronan Le Gleut, Président du groupe d'amitié France-Allemagne de se joindre à nous.

Mme Anne-Sophie de Faucigny, directrice des affaires institutionnelles et médias de Bpifrance, nous a décrit tout d'abord les actions menées par Bpifrance en faveur de la formation des entrepreneurs qui se lancent à l'exportation en Afrique. Ainsi, sont organisés des séminaires pour développer leurs connaissances économiques sur le continent ou encore pour améliorer leurs stratégies de développement. Bpifrance a un véritable rôle d'accélérateur avec ses différents programmes qui dépassent les simples aides financières, en proposant des conseils et un réseau. Mme de Faucigny a conclu son propos introductif en précisant que l'Afrique bénéficie d'une attention forte de la part de Bpifrance du fait de notre histoire commune et du grand nombre de relais pour nos entreprises sur place.

Nous avons ensuite pu échanger avec des dirigeants de PME membres des accélérateurs intitulés « International » et « Afrique » de Bpifrance, à savoir Guillaume Herry, Président du Club Abidjan Ville Durable et le Directeur général de SICMA, société ivoirienne de construction du métro d'Abidjan ; Patrick Bergougnou, président de Cirpak, éditeur de logiciels pour les télécommunications ; Kevin Lecuivre, directeur de Coppernic, société qui élabore et commercialise, entre autres, des solutions biométriques  ; Christophe Mariette, directeur commercial et marketing de Lyra Network, entreprise spécialisée dans le paiement sécurisé en ligne et en magasin. Voici quelques-unes des informations intéressantes que nous avons pu relever.

Premièrement, le Club Abidjan Ville Durable regroupe plusieurs entreprises françaises afin de proposer des solutions pour accompagner le gouvernement ivoirien et toutes les institutions dans la mise en oeuvre de projets durables. D'une part, le Club souhaite accompagner les entrepreneurs, créer des synergies entre le secteur public et le secteur privé (entreprises internationales, startups et associations), accompagner l'éducation et la formation des élèves. D'autre part, il vise à générer de la proximité avec les autorités ivoiriennes sur les projets de demain et positionner les entreprises sur ces derniers.

Deuxièmement, beaucoup d'entreprises décident de se tourner vers l'Afrique, en déployant et en formant des équipes, ceci pour plusieurs raisons. D'abord, il s'agit d'un marché florissant dans de nombreux domaines, tels que la téléphonie fixe et mobile. La demande est forte, l'Afrique étant en forte croissance démographique. Par ailleurs, les coûts sont moins élevés qu'en France. Enfin, cette démarche s'inscrit souvent dans le cadre de l'aide au développement du continent. Ces entreprises sont souvent de petites structures, qui apportent des valeurs et travaillent avec la population locale ; elles sont donc bien acceptées.

Troisièmement, deux difficultés ont été soulignées. D'une part, de nombreuses PME françaises n'arrivent pas à construire des liens forts avec les grandes entreprises comme c'est le cas chez certains de nos voisins, et elles doivent donc s'associer avec des petites entreprises locales. D'autre part, les entrepreneurs rencontrés ont insisté sur l'importance de l'impact des régulations fixées par les autorités politiques. Ainsi, lorsque les entreprises françaises exportent à l'international, elles sont confrontées à de nombreux obstacles, davantage que les sociétés américaines lorsque ces dernières exportent en Europe.

Après ces riches échanges avec les entrepreneurs, nous avons assisté au lancement du Club Santé franco-allemand (intitulé « Tech & Fab for Good - Santé »). Ce club est né du constat du manque de communication des entreprises à capitaux familiaux dans le secteur de la santé. Ainsi, il a vocation à rassembler des dirigeants d'ETI françaises et du Mittelstand allemand dans ce secteur, afin de développer un dialogue entre les dirigeants d'entreprises industrielles familiales, de tisser des liens et de susciter des opportunités de coopération, permettant in fine de renforcer les filières industrielles entre les deux pays. De plus, la raison d'être du Club est de tirer les enseignements de la crise sanitaire afin de développer la souveraineté sanitaire ainsi que des emplois directs et indirects en France et en Allemagne.

Mme Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance chargée de l'industrie, qui « marraine » le Club, a ouvert les tables rondes. Se sont ensuite exprimé les dirigeants des entreprises les plus impliquées dans ce Club : producteurs de matériel médical, de produits pharmaceutiques, etc.

(Élisabeth Ducottet, présidente-directrice générale de Thusane, fournisseur de matériel orthopédique ; M. Oliver Schiller, PDG de Septodont, entreprise spécialisée dans l'industrie pharmaceutique dentaire, Mme Marine-Hélène Dick, présidente de Panpharma, qui développe, fabrique et distribue des médicaments injectables destinés aux établissements de santé ; M. Yves Le Gouguec, directeur général de Draeger France, acteur majeur dans les domaines des technologies médicales et de sécurité ; M. Jacques Moulin, président de Dietrich Process Systems, entreprise de fourniture d'équipements, de systèmes complets et de solutions de procédés pour les industries pharmaceutiques ; M. Christophe Gehi, président de Hartmann France, qui fournit les hôpitaux, les pharmaciens et les maisons de retraite en produits médicaux à usage unique.)

Quels sont les principaux enseignements que nous avons pu tirer de ces différentes prises de parole ?

Tout d'abord, vous le savez, il existe beaucoup moins de PME/TPE en France qu'en Allemagne. Ce Club vise donc à se nourrir des bonnes pratiques allemandes et de prendre en compte lesdites entreprises en mettant en place des partenariats, en particulier avec l'Allemagne. Notre part de marché mondial a été divisée par deux au niveau du marché de la santé. Il faut donc réinvestir le secteur de la santé pour développer la recherche, l'innovation, la santé digitale, la lutte contre les infections, etc... Il faut aussi changer le cadre réglementaire. Par exemple, le régime de l'ATU (autorisation temporaire d'utilisation) a été simplifié, afin d'améliorer la qualité des soins et l'accès à ces derniers par les patients.

S'agissant des relations extérieures, la ministre a souligné la volonté du Gouvernement, d'une part, de s'engager au niveau européen en investissant massivement dans les innovations et, d'autre part, de créer une autorité biomédiale, à l'image de la Biomedical Advanced Research and Development Authority (BARDA) américaine - La BARDA est un bureau du département de la Santé et des Services sociaux des États-Unis (HHS) chargé de l'acquisition et du développement de contre-mesures médicales, principalement contre le bioterrorisme, y compris les menaces nucléaires, radiologiques, biologiques et chimiques (NRBC), ainsi que les pandémies (grippe pandémique et pandémie de COVID-19 notamment) et les maladies émergentes -, afin de financer et de développer rapidement des vaccins.

Un dialogue entre les industriels et les autorités s'est instauré pendant la crise sanitaire. Il a permis de co-construire ensemble, même si je dois dire que cela ne s'est pas fait sans aléas... Ainsi par exemple, l'État s'est improvisé logisticien en commandant des produits aux laboratoires, pour pouvoir les répartir entre les hôpitaux. Selon les entreprises intervenantes aux tables rondes, il serait intéressant de mettre en place un retour d'expérience pour faciliter la communication entre industries, fournisseurs et établissements de santé.

De nombreux dirigeants ont évoqué l'importance de faire confiance aux sociétés européennes qui fabriquent et se fournissent en Europe. En d'autres termes, pour eux, les acheteurs publics doivent acheter européen même si cela implique des prix plus élevés. D'autant plus qu'avec la crise, la rivalité avec les productions chinoises et américaines s'est exacerbée.

Le lancement de ce Club franco-allemand dans le domaine de la santé montre l'importance de coopérer au niveau européen, qui est l'échelle pertinente pour renforcer notre souveraineté sanitaire. Elle est aussi celle où sont fixées les principales règles en matière de concurrence, de normes et de régulation. Ne l'oublions pas !

M. Michel Canévet. - Sur les questions de santé, la France a des atouts : je pense à la visite de l'entreprise Vermon à Tours qui correspondait à la fois à la santé, à l'innovation à la technologie et à l'export car la plupart de son activité se déroulait avec l'étranger. Il s'agit là d'un bon exemple qu'il faut diffuser et amplifier.

Sur la question liée au commerce extérieur, je pense que nous pouvons mettre en avant deux sujets : d'une part celui du soutien aux ventes à l'étranger avec le concours de Business France et d'autre part le sujet de l'aide publique au développement que l'on veut démultiplier au regard de nos engagements internationaux. Il faut rester vigilant sur ce point pour que nos entreprises soient associées aux projets de développement à l'étranger que l'on finance et pas des entreprises allemands ou les chinois qui réaliseraient les projets que nous financerions. J'en ai récemment parlé avec le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et je compte en faire part également au directeur général de l'Agence Française de Développement (AFD), l'opérateur de l'État qui se charge d'accompagner ces projets à l'étranger. Il est nécessaire d'accroitre la présence de la France sur les marchés internationaux, et en particulier africains, comme évoqué lors du salon BIG.

M. Serge Babary, président de la délégation sénatoriale aux entreprises. - C'est le sujet éternel des appels d'offres ouverts par les collectivités et les organismes publics, et auxquels ne peuvent répondre que des grandes entreprises, têtes de réseau, qui captent tous les financements et font ensuite travailler des entreprises allemandes ou italiennes en sous-traitance. C'est de l'argent public français, qui transite par de grands groupes français pour aller financer nos concurrents industriels. Il y a bien sûr des règles européennes de libre concurrence mais c'est quand même insolite. Dans le même esprit on peut discuter des masques chirurgicaux que l'on continue à acheter moins chers en Chine alors que nous avons désormais des productions françaises.

M. Michel Canévet. - À ce propos, j'ai déposé un amendement au PLFSS visant à privilégier l'acquisition de masques d'origine française, si mes collègues souhaitent le cosigner. Pour rebondir sur l'intervention du président Babary, j'ai eu l'occasion de participer à l'audition d'Augustin de Romanet, le PDG d'Aéroports-de-Paris qui expliquait qu'ADP a une filiale d'ingénierie pour les travaux aéroportuaires qui avait pour objectif de solliciter des PME françaises lors de chantiers à travers le monde. Cela permet leur implication de la conception à la réalisation des projets aéroportuaires locaux et internationaux.

M. Serge Babary, président de la délégation sénatoriale aux entreprises. - C'est un exemple à mettre en avant qui va tout à fait dans le sens d'un accompagnement et d'un entrainement des grands groupes pour les petites entreprises qui ne peuvent pas, sans cela, se projeter à l'international.

Adoption du rapport sur la Journée des entreprises

M. Serge Babary, président de la délégation sénatoriale aux entreprises. - Je vous propose de faire un point sur la cinquième édition de la Journée des Entreprises organisée par notre Délégation le jeudi 21 octobre dernier. 37 sénateurs ont participé à cette journée, dont 21 membres de notre Délégation.

Je remercie ceux d'entre vous qui ont pu se rendre disponibles pour participer aux travaux et accueillir au Sénat les entreprises qui ont participé à l'évènement. Nous avons, comme à l'accoutumée, invité à cette journée les chefs d'entreprise rencontrés à l'occasion de nos déplacements dans les départements et de nos travaux au Sénat, ainsi que ceux recommandés par nos collègues sénateurs, tous sollicités au début de l'été dernier.

109 entrepreneurs ou dirigeants d'entreprise ont participé à la journée. Ils sont venus de 34 départements. Le plus gros contingent d'entrepreneurs nous venait du Rhône, à égalité avec les Hauts-de-Seine avec 9 chefs d'entreprise. Les dirigeants issus de la Drôme, des Bouches-du-Rhône, de Saône-et-Loire, de Haute-Garonne, d'Ille-et-Vilaine, du Pas-de-Calais et de Paris étaient aussi nombreux.

Plutôt que les deux demi-journées de colloque des années précédentes, nous avons inauguré cette année le format d'une demi-journée d'échanges, suivie d'un déjeuner. Ce format, plus adapté aux exigences des entrepreneurs, fut, je le pense, un vrai succès, en particulier après l'annulation de l'édition 2020 à cause de l'épidémie de coronavirus. Il faut retenir que c'est le bon format pour les prochaines éditions de la JDE. Nous avons cependant appris avec regret qu'une partie de nos inscrits, en particulier de l'Ouest de la France, n'ont pas pu se rendre au Sénat à cause de la tempête qui, la veille au soir, a déferlé sur le pays et causé des difficultés sur les trajets des trains du jeudi matin.

Comme évoqué dans la vidéo qui vous a été présentée à l'instant, après l'ouverture de la cinquième Journée des entreprises par le Président du Sénat, M. Gérard Larcher, et mes mots d'introduction, la première table ronde de la matinée a permis de riches échanges autour de la cybersécurité des entreprises. L'intervention du Président est toujours appréciée et les entreprises sont heureuses de pouvoir échanger avec lui.

Ils ont fait suite au rapport de nos collègues Sébastien Meurant et Rémi Cardon sur ce sujet, adopté par notre Délégation en juillet dernier. Les échanges avec la salle ont permis notamment de soulever un problème majeur : celui de l'assurabilité des entreprises dans ce domaine. L'urgence de cette problématique me conduit d'ailleurs à vous proposer d'organiser dès que possible une table ronde sur ce sujet.

Nous avons ensuite entendu notre collègue Pascale Gruny évoquer, par le biais d'une vidéo, les évolutions induites par la loi « Santé au travail » dont elle était co-rapporteur, avec Stéphane Artano. Nous avons ainsi lancé les débats de la deuxième table ronde sur le thème de la prévention en santé et bien-être au travail. Nos collègues présents pourront témoigner de la justesse des tables rondes et de la pertinence des échanges qui ont pu avoir lieu entre chefs d'entreprise, intervenants et sénateurs, cordialement mais sans tabous. Ont été par exemple évoqués l'adaptation ou non du droit du travail au développement du télétravail, ou encore la question de la prévention des risques psycho-sociaux, y compris pour les chefs d'entreprise eux-mêmes. Ces sujets sont très peu représentés et il faudrait y inclure de plus en plus les chefs d'entreprises.

À l'occasion du déjeuner, nous avons pu rendre hommage, comme c'est devenu la tradition depuis quelques années, aux jeunes de l'Équipe de France des métiers, qui ont remporté des médailles aux Euroskills de Graz en septembre 2021. C'est un plaisir renouvelé que de voir et d'entendre ces jeunes, enthousiastes et passionnés, qui se lancent dans la compétition et qui représentent le fleuron dans des disciplines diverses et exigeantes. Nous avons cette année accueillis cinq médaillés dans des domaines aussi divers que l'art floral, la miroiterie, la coiffure ou l'administration des systèmes et des réseaux informatiques. Cependant ce serait bien de voir, en vidéo par exemple, les jeunes au travail, car on ne sait pas toujours ce qu'ils sont de façon concrète. Nous avons rappelé que l'organisation des Finales Mondiales des Worldskills aura lieu en France, à Lyon, en 2024. Le déjeuner a également été l'occasion de poursuivre les échanges avec les chefs d'entreprise. Ils sont très heureux car ils pénètrent dans une institution qui n'ont pas l'habitude de confronter et comprenne vraiment l'intérêt que l'on porte aux entreprises.

Dans l'après-midi, ceux d'entre eux qui le souhaitaient ont pu bénéficier d'une visite du Sénat conduite par des agents du Palais, ou directement par certains collègues sénateurs qui avaient à coeur de présenter l'institution aux entrepreneurs de leur département.

Cette Journée des Entreprises a permis à notre Délégation de renouer plus largement avec son public de chefs d'entreprise et de poursuivre le dialogue avec eux, dans le même élan que la reprise de ses déplacements de terrain dans les départements. Ces actions contribuent aussi à la diffusion et au suivi de nos travaux. Je rappelle par ailleurs que cette Journée des entreprises était retransmise en direct sur le site du Sénat.

Cela étant dit, je serais intéressé d'avoir vos retours sur le déroulement de cette cinquième édition de la Journée des Entreprises et vos éventuelles suggestions pour la prochaine édition, qui pourrait se dérouler au l'automne 2022, plutôt qu'au printemps, compte tenu des échéances électorales. Je vous proposerai par ailleurs d'adopter les actes de cette Journée sous la forme d'un rapport d'information.

La parole est à vous mes chers collègues.

M. Sébastien Meurant. - C'est très utile que les entreprises viennent au Sénat. Il faut faire vivre cette initiative de 2014. Pour beaucoup d'entreprises c'est la première fois et cela permet de créer des contacts avec des acteurs majeurs, notamment cette année sur le thème de la cybersécurité. Il y a un véritable enjeu qui est transversal à toutes nos problématiques : formation des jeunes filles en cybersécurité ; recrutement ; souveraineté. Ces perspectives d'avenir peuvent être exceptionnelles, car il faut attirer les talents en France et faire en sorte qu'ils ne partent pas du territoire. Cette journée permet la création de liens plus personnels avec des professionnels et permet d'améliorer les choses.

Nomination de rapporteurs sur les difficultés des ETI et PME en matière de commerce extérieur

M. Serge Babary, président de la délégation sénatoriale aux entreprises - Le dernier point de notre ordre du jour nous conduit à désigner des co-rapporteurs qui mèneront la mission sur le commerce extérieur.

Pour cette mission m'est parvenue la candidature de trois de nos collègues particulièrement intéressés par ces questions : Florence Blatrix-Contat, Jean Hingray et Vincent Segouin.

S'il n'y a pas d'autre(s) candidature(s), je vous propose de les désigner. Il en est ainsi décidé.

Comme auparavant, les auditions des rapporteurs seront conduites à des dates et horaires compatibles avec les autres travaux de la Délégation et ouvertes à tous ses membres.

La réunion est close à 10 h 15.