LES RELATIONS FRANCO-JAPONAISES

Après une montée en puissance progressive depuis les années 1980, les relations franco-japonaises, marquées par l'absence de contentieux depuis la fin de notre ultime campagne d'essais nucléaires dans le Pacifique, connaît une embellie notable depuis la visite d'Etat du Président de la République du 17 au 20 novembre 1996 et la signature d'un plan d'action destiné à définir les grandes orientations de la coopération bilatérale. Les années 1997 et 1998 ont permis d'approfondir ce nouveau partenariat franco-japonais, notamment grâce à l'organisation de l'Année du Japon en France, suivie, à compter du voyage présidentiel d'avril 1998, de l'Année de la France au Japon.

I - UNE EMBELLIE DES ÉCHANGES POLITIQUES ET CULTURELS ENTRE LES DEUX PAYS

A - Un nouveau partenariat s'est établi dans le domaine politique

Jusqu'aux années 1980, les visites bilatérales au niveau des chefs d'Etat et de Gouvernement étaient trop distendues pour nourrir la relation à haut niveau. Le début des années 1990 a vu les visites des Premiers ministres Michel Rocard en 1990 et Pierre Bérégovoy en 1992, puis l'Empereur du Japon s'est rendu en France en octobre 1994, M. Murayama venant à Paris en juin 1995.

La nouvelle politique asiatique de la France, présentée par le Président de la République lors de son discours de Singapour (29 février 1996), a souligné l'importance qui devrait être accordée aux relations avec le Japon, auquel il a réservé sa première visite d'Etat.

La visite d'Etat de 1996 a permis de relancer le dialogue politique après l'épisode des essais nucléaires.

Un plan d'action franco-japonais, intitulé " France-Japon : vingt actions pour l'an 2000 " a été signé par MM. Chirac et Hashimoto le 18 novembre 1996. Il constitue désormais le cadre agréé régissant nos relations bilatérales. Il est divisé en trois volets, prévoyant :

- des rencontres régulières à tous les niveaux , notamment un sommet annuel franco-japonais, des rencontres bi-annuelles entre ministres des Affaires étrangères et des entretiens réguliers entre ministres économiques ;

- une coopération bilatérale approfondie ;

- une coopération sur les grandes questions internationales .

Un suivi de ce plan a permis d'établir un premier bilan, relativement satisfaisant, dont la première traduction concrète avait été la lettre commune sur l'aide au développement , adressée de Tokyo par le Président de la République et M. Hashimoto à leurs collègues du G7, le 18 novembre 1996.

Depuis 1996, le rythme des consultations politiques est resté élevé. La faible disponibilité des responsables japonais, tributaires du calendrier parlementaire, n'a pas empêché le respect des objectifs du plan d'action (un sommet annuel, des rencontres semestrielles des ministres des Affaires étrangères : août et septembre 1997, avril et septembre 1998, pour les dernières). Le Président de la République et le Premier ministre Hashimoto ont échangé une correspondance régulière. Les Premiers ministres japonais ont pris l'habitude d'appeler le Président de la République au téléphone pour des entretiens informels et les rencontres en marge d'événements internationaux (ASEM, G8) sont fréquentes.

La visite officielle du Président de la République (25 au 29 avril 1998), celle du Premier ministre japonais à Paris (6 au 8 janvier 1999) et enfin de M. Jospin (16 au 18 décembre 1999) sont venues confirmer la qualité de la relation franco-japonaise .

Au-delà du succès de l'ouverture de l'Année de la France au Japon, la classe dirigeante japonaise (famille impériale, principaux responsables politiques, milieux d'affaires) a montré son empressement à témoigner son amitié pour le Président de la République et pour notre pays. Mais surtout, le message de confiance dans l'avenir de l'économie de l'archipel et de solidarité euro-asiatique adressé par le Président (dans son discours devant le Keidanren notamment) a été bien reçu à un moment où le Japon était en proie au doute et aux critiques d'autres partenaires comme les Etats-Unis. Les entretiens du Président de la République avec le Premier ministre japonais (le 27 avril) ont permis de relancer l'impulsion donnée en 1996 .

La visite à Paris de M. Obuchi a permis de réaffirmer la confiance réciproque entre les deux pays et, quelques jours après l'avènement de l'euro, d'avoir un échange de vues confiant sur l'évolution du système monétaire international (renforcement du rôle du FMI, établissement d'une stabilité des changes entre euro, dollar et yen, contrôle des opérateurs privés - respect des règles prudentielles et limitation aux activités des fonds spéculatifs).

A l'occasion de cette visite a aussi été signé un accord intergouvernemental sur les " vacances-travail " des jeunes de moins de trente ans. Cet accord (le premier entre un pays européen et le Japon), facilitera une meilleure connaissance réciproque entre les deux peuples et permettra, grâce à un allégement des procédures de visas et d'autorisations de travail, l'acquisition de premières expériences professionnelles dans le pays partenaire.

Il existe aujourd'hui, entre la France et le Japon, environ un contact de niveau gouvernemental par mois, en moyenne. Les consultations entre hauts fonctionnaires se sont elles aussi intensifiées depuis la signature du plan d'action : consultations politiques entre le Secrétaire général des Affaires étrangères français et son homologue, qui se tiennent généralement deux fois par an, consultations entre Directeurs du ministère des Affaires étrangères et du Gaimusho, consultations régulières entre le DREE et le MITI, contacts annuels entre le Commissariat Général au Plan et l'agence japonaise de Planification...

Le ministre de l'Economie et des Finances s'est rendu au Japon fin octobre, afin de dégager des points d'accord entre les deux pays à propos des prochaines négociations de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC).

Enfin, la récente visite de M. Lionel Jospin au Japon, accompagné de quinze chefs d'entreprise , a été l'occasion de renforcer les liens entre les deux pays. Le Premier ministre a eu une réunion de travail avec son homologue M. Obuchi et a été reçu par l'empereur Akihito et son épouse. Il est intervenu sur le thème " Mondialisation et régulation " dans un symposium organisé par le quotidien économique Nihon Keisaï. Il a signifié aux Français présents dans l'archipel qu'en dépit de la crise économique, il avait confiance dans l'avenir et qu'il ne fallait pas laisser retomber l'élan donné par l'alliance Nissan-Renault. Il a affirmé aux Japonais que " mondialisation ne signifiait pas américanisation ". Ce déplacement a d'ailleurs été marqué par la signature d'une déclaration commune sur la mondialisation.

Les deux pays se sont concertés ou ont décidé d'agir conjointement pour un nombre accru de dossiers internationaux parmi lesquels la réforme de l' ONU (où la France soutient sans ambiguïté la candidature japonaise à un siège de membre permanent du Conseil de sécurité), les questions de désarmement, le Cambodge, le maintien de la paix, le développement en Afrique, la crise iraquienne, la sécurité de l'Asie du nord-est...

Par ailleurs, un dialogue plus étoffé s'est instauré sur les questions stratégiques et de défense : les consultations dites " 2 + 2 " entre ministères de la Défense et ministères des Affaires étrangères ont acquis leur vitesse de croisière (réunions en janvier 1997, puis en juillet 1998). Le chef d'état-major de la marine s'est rendu au Japon en octobre 1997, le Chef d'Etat-major des forces terrestres nippones est venu en France, ainsi que le chef du renseignement militaire en 1998. Un colloque permettant de confronter les points de vue sur les questions de défense et de sécurité se tiendra à Tokyo les 11 et 12 janvier 1999, en parallèle du prochain exercice " 2 + 2 ".

Depuis le début des années 1980, une coopération franco-japonaise existait, notamment sous forme d'évaluation de projets communs en Afrique (Sénégal, Madagascar). L'intensification de cette coopération dans les pays tiers a été menée en particulier depuis 1994 :

- au Cambodge, notamment par la restauration du site d'Angkor et par la recherche de projets communs au Vietnam ;

- en Afrique : au Sénégal, en Centrafrique et à Madagascar (création d'hôpitaux, épidémiologie) et en Ouganda (création d'un centre itinérant de prévention et de lutte contre le SIDA en octobre 1995).

Cette coopération est en cours d'élargissement à la Malaisie et un premier projet (participation de stagiaires africains à une formation dans un centre malaisien) doit intervenir dès le début de cette année.

Le Forum de dialogue franco-japonais vient compléter le dialogue entre autorités étatiques.

Le Forum de dialogue franco-japonais, créé lors du Sommet bilatéral du 19 juin 1995 par MM. Chirac et Murayama, est co-présidé par deux anciens Premier ministres, MM. Barre et Nakasone et est composé, de part et d'autre, de sept personnalités éminentes, issues du monde politique, économique et culturel, qui nourrissent une réflexion d'ensemble sur nos relations bilatérales, servent de relais d'influence, et font passer des messages sensibles en effectuant un travail d'explication auprès des principales personnalités japonaises.

Le Forum s'est réuni trois fois (Tokyo 1996, Lyon juillet 1997, Kyoto septembre 1998). Des groupes de travail sont en cours de constitution sur des questions d'avenir d'un commun intérêt : la pérennité des régimes d'assurance sociale en raison du vieillissement démographique, l'éthique dans l'éducation, les nouveaux réseaux d'information et l'espace.

B - Le renforcement de la coopération culturelle grâce au succès des " Années " de la France au Japon et du Japon en France

1. L'Année du Japon en France

Le principal événement de l' Année du Japon en France (1 er avril 1997 au 31 mars 1998) a été l'ouverture de la maison de la Culture du Japon à Paris , réalisation culturelle la plus importante du Japon en Europe de l'Ouest, que le Président de la République et la Princesse Sayako (fille de l'Empereur) ont inaugurée le 13 mai 1997.

Environ 400 manifestations ont eu lieu aussi bien à Paris qu'en province. Parmi les plus importantes, il faut mentionner l'exposition au Louvre de la kudora kannon , statue du VI ème siècle qui quittait le Japon pour la première fois, les représentations de danse et de musique contemporaines dans le cadre du festival d'automne, les représentations de bunraku (marionnettes) au Théâtre de la ville, de kabuki au Châtelet et de à Beaubourg. Par ailleurs, le Japon a été à l'honneur au Salon du Livre et une rétrospective du film japonais a été présentée au centre Georges Pompidou. Cette manifestation a mobilisé près d'un million de Français et a permis d'améliorer la connaissance du Japon par nos compatriotes comme en témoignent les résultats d'un sondage réalisé fin 1998.

Degré de confiance dans le Japon

Si l'on compare les résultats du sondage à ceux de 1993 et 1996, on peut constater une forte amélioration chez les leaders d'opinion. 72 % font " tout-à-fait/plutôt confiance " au


Japon (contre 57 % et 62 % respectivement). Deux tiers du grand public (66 %) déclarent avoir " confiance/plutôt confiance " dans le Japon, avec un pourcentage plus élevé chez les jeunes et dans les régions.

Une minorité de Français se montrent méfiants à l'égard du Japon. Pourquoi le sont-ils ? Pour 17 % du grand public, le Japon est un pays protectionniste, replié sur lui-même. Pour 14 %, le Japon représente une économie conquérante, dominatrice et hégémonique. Pour 14 %, la méfiance est due à une " méconnaissance du pays/pas assez d'informations ". 13 % " sans raisons précises ".

Il est indéniable que l'intérêt que portent les Français au Japon a augmenté, notamment par le biais des produits japonais de grande consommation qui inondent le marché français (automobiles, télévisions, appareils photos...). Quant aux enfants et à la jeune génération, ils commencent à connaître le Japon à travers les bandes dessinées (mangas).

L'image du Japon est aussi plus équilibrée.

Dans les années 80, les Français dans leur très grande majorité voyaient le Japon seulement comme une grande puissance économique et technologique. Aujourd'hui, si 82 % des leaders d'opinion considèrent le Japon comme une puissance économique, et 76 % considèrent que c'est un pays possédant de grandes traditions et une riche culture, 78 % estiment que c'est une grande puissance technologique. On constate un bon équilibre entre aspect culturel et aspect économique.

Enfin, 55 % des leaders d'opinion et 23 % du grand public ont eu connaissance de l'Année du Japon en France. Les 23 % représentent 9,5 millions de personnes âgées de 18 ans et plus, 12 % des leaders d'opinion et 10 % du grand public ont assisté à une ou plusieurs manifestations organisées dans le cadre de l'Année du Japon.

2. L'Année de la France au Japon

L'organisation d'une " Année de la France " au Japon (environ 500 manifestations culturelles, pour 350 au cours d'une année habituelle, ce qui est déjà exceptionnel en Asie), inaugurée par le Président de la République en avril 1998, a commencé à valoriser l'image de notre pays par des manifestations bien ciblées et à fort impact médiatique : organisation à Tokyo d'un salon de l'agriculture et des régions de France (une première pour les Japonais et qui a connu un très grand succès, avec 350 000 visiteurs), l'exposition à Tokyo de la statue de la Liberté et du tableau " la Liberté guidant le Peuple " de Delacroix.

D'une manière générale, compte tenu des spécificités du Japon et de l'excellente image de marque dont bénéficie notre pays, les échanges sont menés en fonction de deux priorités : la capacité des projets à recueillir un important retentissement et leur caractère contemporain. Un effort conséquent est consenti pour maintenir un programme important de bourses, dont les bénéficiaires sont ultérieurement des relais essentiels pour la promotion de la culture française. Par ailleurs, la Villa Kujoyama, sorte de villa Médicis installée à Kyoto, permet à quelques artistes français de s'imprégner de la culture japonaise et d'exposer au Japon. Une part importante de la diffusion artistique et culturelle française passe par nos trois instituts de Tokyo, Kyoto et Fukuoka.

Le français , loin derrière l'anglais, est la troisième langue étrangère enseignée au Japon, au coude à coude avec l'allemand et le chinois. 260 000 étudiants du supérieur l'apprennent (12,8 % du total), mais peu jusqu'à un niveau élevé (30 000). La suppression de la deuxième langue obligatoire (l'anglais est la seule langue obligatoire pour l'accès à l'université) a fait chuter l'apprentissage du français dans le secondaire de façon inquiétante (0,07 % des effectifs). Le Congrès mondial de la Fédération internationale des professeurs de français s'est tenu du 25 au 31 août 1996 au Japon, pour la première fois en Asie.

Si la présence des média français n'est pas en rapport avec l'importance de ce secteur au Japon, des liens ont été noués entre professionnels et opérateurs français avec leurs homologues. La diffusion directe de RFI, TV5 et MCM vers les réseaux câblés et les particuliers est autorisée depuis août 1996 et les opérateurs français peuvent désormais proposer leurs programmes dans de bonnes conditions. S'agissant du cinéma, le Japon se situe au tout premier rang des pays acheteurs de nos productions en Asie.

II - DES RELATIONS ÉCONOMIQUES BILATÉRALES " DOPÉES "

L'année 1998 aura été marquée par une accélération du développement des relations économiques bilatérales. Nos exportations ont augmenté de 6,5 % dans un contexte économique difficile ; nos investissements au Japon ont crû de 92 % au premier semestre fiscal 1998, tandis que l'accord Nissan-Renault (31 milliards de francs) va leur donner une nouvelle impulsion. Enfin, les investissements japonais en France se sont accrus de façon spectaculaire comme l'illustre l'implantation de Toyota à Valenciennes.

A - Les échanges commerciaux bilatéraux

La campagne " Le Japon c'est possible
" lancée en 1992 et reconduite jusqu'en 1997, avait pour but de favoriser la promotion des exportations vers le Japon. Elle a porté ses fruits. En effet, selon les données du ministère des Finances japonais, les exportations françaises se sont élevées à 33,7 milliards (MdsF 8( * ) ) en 1998 (+ 6,5 % par rapport à 1997) tandis que les importations françaises ont été de 36,4 MdsF (+ 18,4 %), soit un déficit commercial de 2,7 MdsF 9( * ) .

Nos relations commerciales avec le Japon sont encore modestes : vu de la France, le Japon est notre 9 ème client et notre 8 ème fournisseur (2,5 % de nos échanges extérieurs), tandis que vu du Japon, la France est son 15 ème client et son 14 ème fournisseur (1,8 % des échanges extérieurs du Japon).

Néanmoins, elles se sont nettement améliorées dans la dernière décennie avec un enrichissement de nos exportations qui ne sont plus simplement portées par quelques locomotives (Airbus, le nucléaire, le cognac, l'industrie du luxe...), mais qui se sont élargies à de nombreux domaines (équipements électriques, ferroviaires, automobiles, équipements pour l'industrie chimique, industrie mécanique, multimédias, agro-alimentaire), à la différence de certains de nos concurrents (les exportations allemandes au Japon dépendent à 32 % des seules ventes de véhicules de tourisme).

Exportations et importations françaises entre 1991 et 1998

1. Les exportations françaises progressent en 1998 dans un contexte difficile

Avec une augmentation de 6,5 % en 1998 par rapport à 1997, les exportations françaises ont très bien résisté à la contraction du marché japonais alors que les exportations des autres grands pays européens ont connu des baisses sensibles. Avec 2,04 % de parts de marché, la France a rejoint la Grande-Bretagne (2,08 %) devant l'Italie (1,82 %), mais derrière l'Allemagne (3,8 %). Les quatre plus importantes croissances de nos exportations concernent :

- le secteur de l'agro-alimentaire : les vins et spiritueux (+ 38 %) à 6,2 MdsF (+ 99,6 % pour le vin), mais aussi le fromage (+ 46,4 %), l'eau minérale (+ 18,6 %) et la viande de porc (+ 5,3 %) ; ce secteur représente désormais un quart des exportations françaises vers le Japon ; ce boom du vin au Japon provient de la médiatisation des résultats d'une étude démontrant que le vin (rouge) a des effets bénéfiques pour la santé ; l'image de l'ensemble des produits agro-alimentaires en a profité ;

- les équipements électriques et électroniques (+ 24 %) à 1,9 MdsF, portés par les circuits intégrés dont la progression très nette (+ 55,7 % en 1998, + 35,6 % en 1997) depuis l'élargissement à l'Europe en 1996 de l'accord commercial nippo-américain dans ce secteur ;

- les matières fissiles (+ 47,1 %) à 1,8 MdsF ; cette forte progression s'inscrit dans le programme nucléaire japonais de construction de 20 nouvelles tranches d'ici l'an 2010 ;

- la pharmacie (+ 19,1 %) à 567 millions de francs (MF) secteur au sein duquel les médicaments progressent fortement (+ 26,8 %).

Les autres grands postes d'exportations françaises restent stables :

- la maroquinerie, bijouterie, joaillerie (+ 0,1 %) à 2,1 MdsF ;

- l'habillement (- 1,2 %) à 1,8 MdsF avec une légère progression du prêt-à-porter (+ 1,3 %) ;

- la parfumerie et cosmétique (+ 2,2 %) à 1,7 MdsF ;

- les instruments de précision (optique, médical) (+ 3,6 %) à 1,2 MdsF.

Nos résultats sont beaucoup moins positifs pour les aéronefs (- 18,8 %) à 842 MF avec un Airbus en moins par rapport à 1997. Ce secteur subira une forte baisse en 1999 puisque les seules commandes prévues sont des A321 qui seront exportés vers le Japon depuis l'Allemagne. Certains biens de consommation comme les articles de sports et loisirs (- 29,7 %) à 392 MF qui ont beaucoup souffert de la baisse de la consommation intérieure en 1998 (- 1,1 %).

Répartition des exportations françaises vers le Japon par secteur en 1998

2. Les importations françaises

Les importations françaises en provenance du Japon ont progressé de 18,5 % en 1998 pour atteindre 36,4 MdsF. Avec les biens d'équipement professionnels qui comptent pour la majeure partie de nos importations, les principaux produits importés du Japon ont été des véhicules automobiles à 4,2 MdsF (+ 47,7 %), des motos à 2,5 MdsF (+ 30,5 %), des ordinateurs à 1,4 MdsF (- 10,1 %), des biens de consommation ménagers à 1,2 MdsF (+ 27,6 %) et des matériels de bureau à 1,1 MdsF (+ 18,3 %). Le secteur des véhicules et équipements automobiles représente 19 % de nos importations.

Les plus fortes progressions concernent les imprimantes dont les exportations vers la France ont augmenté de 100 % pour atteindre 887 MF, les pneumatiques (+ 110 %) avec 536 MF et les téléviseurs (+ 192 %) à 356 MF.

Répartition des importations françaises en provenance du Japon par secteur en 1998

3. La balance des services

Selon les données de la Banque de France, les exportations de services français (banques, assurances, télécommunications, transports) ont doublé en 10 ans pour atteindre 17,5 MdsF en 1997 et devraient se stabiliser en 1998 (11,5 MdsF sur les 9 premiers mois de 1998, dernières données disponibles). Les exportations de services se sont aussi diversifiées avec le fort développement des transports de passagers, les services de lancement (Arianespace), les recettes touristiques (1 million de Japonais en France), et les brevets et redevances (1,3 MdsF en 1997), avec notamment cession de licences dans le secteur de la mode, des cosmétiques et de la chimie-pharmacie. Par contre, l'audiovisuel (150 MF) et les services financiers ne contribuent encore que très modestement aux échanges de services.

Les importations de services japonais restant faibles, notre balance des services est largement positive (+ 10,2 MdsF en 1997 et + 6,2 MdsF sur les 9 premiers mois de 1998), et contribuent donc à rééquilibrer notre déficit commercial structurel 10( * ) . La France se distingue à cet égard de ses deux premiers concurrents européens sur le marché japonais, l'Allemagne et le Royaume-Uni.

B - Le boom des investissements français au Japon

Avec 104,9 milliards de yens (environ 5 MdsF) au 30 septembre 1998, le stock des investissements français au Japon représente 1,8 % des investissements étrangers. En flux, les investissements français au Japon se maintiennent à 1,4 % des flux d'investissements étrangers en 1996 (96 millions de dollars (MUSD)), en 1997 (76 MUSD) et au premier semestre fiscal 1998 (54 MUSD, + 92 % par rapport au premier semestre fiscal 1997) dans un contexte de forte croissance de ces flux (+ 135 % au premier semestre 1998). C'est surtout dans le secteur financier (banques et assurances) que les investissements ont été les plus importants puisqu'ils représentent 46,3 % du total. La restructuration en cours de ce secteur offre en effet de réelles opportunités pour les sociétés étrangères.

Les investissements français au Japon entre 1987 et 1998

(années fiscales du 1 er avril au 31 mars)

Depuis le début des années 1990, la diversification des investissements français au Japon se poursuit dans les services, l'assurance et les services financiers notamment, avec néanmoins la permanence du secteur manufacturier. On observe une forte croissance depuis deux ans des investissements dans les réseaux de distribution qui représentent entre un tiers et la moitié du total (27,8 MUSD en 1997, 50,6 MUSD en 1996 contre 4 MUSD en 1995 et 30 cas d'investissements en 1996 contre 14 en 1995). Le poids grandissant des investissements français dans le secteur financier (31,7 MUSD en 1997 contre 25,4 en 1996) est également notable.

Les investissements français dans l'archipel sont cependant nettement inférieurs aux performances remarquables des Pays-Bas, de l'Allemagne et du Royaume-Uni, dont les entreprises ont régulièrement participé au mouvement de fusions-acquisitions qui se développe au Japon et qui prend désormais comme cibles des sociétés japonaises de taille de plus en plus grande.

La crise japonaise a fragilisé les entreprises japonaises les contraignant à rechercher des partenaires étrangers. Si l'on prend le cas français, cinq grosses opérations de fusions-acquisitions ont eu lieu en 1998 qui illustrent la stratégie des entreprises françaises :

- le rachat par Société Générale Assets Management de Yamaichi International Capital Management en janvier 1998 à la suite de la cessation d'activité du groupe Yamaichi ;

- la prise de participation majoritaire par Hachette Filippachi Media au capital de Fujin Gaho Sha, une des plus importantes maisons d'édition japonaise (décembre 1998) ;

- le rachat d'un distributeur par Remy Japan ;

- l'achat par Alcatel de filiales à l'étranger de Dai Ichi Denko en octobre (USA, Portugal, Canada) et prise de participation au capital de la maison-mère Dai Ichi Denko en novembre 1998 ;

- la prise de participation de Téléperformance International (télémarketing) au capital de ATEC en septembre 1998 (environ 7 MF).

Certes, les acquisitions françaises restent encore modestes comparées aux 47 américaines (essentiellement dans le secteur financier), 7 allemandes et 5 anglaises, mais elles confirment que ce qui n'était pas possible il y a quelques années le devient avec la crise. Néanmoins, depuis le début de l'année 1999, on assiste à une accélération très nette avec :

- l'entrée de Renault au capital de Nissan pour 605 Mds Yens, soit 31 milliards de francs annoncée le 27 mars dernier. Le nouveau groupe a pour ambition de devenir le 4 ème constructeur mondial avec une production annuelle de 6 à 8 millions de véhicules d'ici 2010, dont 4 millions pour Renault. L'opération est surtout spectaculaire par sa taille : c'est la première fois qu'une entreprise employant plus de 200 000 personnes accepte l'entrée d'un étranger dans son capital. Carlos Ghosn, responsable de Renault au Japon, a fixé le 18 octobre 1999 trois rendez-vous : 31 mars 2001 pour le retour au profit de Nissan ; 31 mars 2002 pour un résultat net positif de 4,5% du chiffre d'affaires du groupe ; 31 mars 2003 pour la réduction de moitié de la dette à 700 milliards de yens. Le succès du plan Ghosn renforcerait considérablement l'image de la France et profiterait à toutes les entreprises voulant s'y implanter.

- la prise de contrôle par Rhône Poulenc de sa filiale japonaise (Yuka Agro) ;

- la création d'une joint venture entre Schneider Electric et Toshiba pour le développement et la distribution de produits des deux sociétés (février 1999) ;

- le rachat par le groupe Accor de l'hôtel Sofitel de Tokyo à la société Hobbe Club en mars 1999 (pour plus de 100 MF) et son partenariat annoncé avec la société japonaise Kishu Tetsudo avec pour objectif d'ouvrir de 20 à 50 hôtels " Formule 1 " au Japon dans les prochaines années ;

- le rachat par L'Oréal à la société japonaise Kose des droits de distribution à compter du 1 er juillet 1999 des produits de maquillage de la société américaine Maybelline qui avait été rachetée par L'Oréal en 1996 ;

- l'annonce par LVMH de la création d'une chaîne de 50 magasins Sephora (distribution de cosmétiques et de parfums) ;

- enfin l'alliance qui vient d'être annoncée par Vivendi avec Marubeni pour développer conjointement sur les marchés de fourniture d'énergie, du traitement des eaux et des déchets devrait faire du groupe le n° 1 local sur le marché des services dans le secteur de l'environnement. Le secteur de l'énergie doit faire l'objet d'une dérégulation à partir de mars 2000 : Marubeni-Vivendi-Environnement proposera d'abord des conseils aux industriels pour les aider à réduire leur facture d'électricité, puis envisage de gérer des sites de production d'électricité ou de chaleur, de procéder à des acquisitions et de se lancer dans la distribution. Le groupe devrait ensuite profiter de la dérégulation du secteur de l'eau et des déchets en 2001 et les collectivités locales pourront privatiser leurs services.

La présence française est en constante progression au cours de ces dernières années avec environ 15 nouvelles implantations d'entreprises par an. Parmi les 406 implantations françaises au Japon (recensement de juillet 1998), on peut citer, Rhône-Poulenc, Framatome, Chanel, L'Oréal, Cartier, Louis Vuitton, Christian Dior, Hermès, Thomson, Axa, Société Générale, Paribas, BNP et bientôt le magazine Elle qui sera le n° 2 de la presse japonaise, etc. Les dernières implantations françaises figurent dans le tableau ci-après.


Raison sociale

Activités

Caroll Japon

Vêtements et accessoires féminins

Alain Figaret Japon

Vente de chemises et chemisiers

Hasley Japon K.K.

Chaussures hommes et femmes

Dis-Export Japon K.K.

Meubles et accessoires d'intérieur + vins

Cyrillus

VPC

ATEC - Téléperformance

Télémarketing et téléservices

Publicis

Publicité

Le Public Système Tokyo

Communication événementielle

Sophis

Logiciels boursiers (actions)

Dal'Alu K.K.

Gouttières aluminium

BCEOM Japon

Consultants ingénierie BTP

AFE

Fonderie d'acier

Hoechst Mrion Roussel Ltd

Appareils médicaux et produits pharmaceutiques

IEC Japan

Tests cosmétiques cliniques

On assiste donc à un changement radical , la France étant désormais reconnue comme partenaire industriel et non plus seulement pour l'industrie du luxe ou la gastronomie.

La communauté française au Japon se développe également : + 15 % de 1997 à 1998 (identique à la croissance de l'effectif des élèves du lycée franco-japonais de Tokyo), soit 4 145 personnes en 1998 (pour 3 600 en 1997).

Les implantations françaises au Japon

A l'issue du dernier recensement (juillet 1998), on dénombre 406 implantations dans l'ensemble du Japon dont les caractéristiques sont détaillées ci-dessous :

Les formes d'implantation

Bureaux de représentation : 21,5 % (90)

Succursales : 13,5 % (60)

Filiales : 65 % (256)

Les secteurs d'activité

Commerce : 230 implantations

Industrie : 47 implantations

Services : 129 implantations

Les effectifs employés par les implantations françaises

environ 20 000 personnes

(dont 500 expatriés)

Le rythme d'implantation des entreprises françaises au Japon

L'origine géographique


Les entreprises françaises implantées au Japon viennent essentiellement d'Ile-de-France (70 %). Les autres principaux départements d'origine sont, par ordre d'importance, le Rhône, le Puy-de-Dôme, les Bouches-du-Rhône, le Nord et la Gironde.

C - L'essor récent et spectaculaire des investissements japonais en France

La France est la seconde direction des investissements japonais dans le monde.

Selon les données du ministère des Finances japonais, le stock d'investissements japonais en France est de 12 MdsUSD , soit 1,5 % du total des investissements japonais à l'étranger au 30 septembre 1998. Ce total est modeste si on le compare aux investissements des entreprises japonaises en Grande-Bretagne (7,0 %) et aux Pays-Bas (3,9 %). Sur le premier semestre fiscal 1998 (1 er avril - 30 septembre), la France a accueilli 1,7 % des investissements japonais à l'étranger (280 MUSD), loin derrière la Grande-Bretagne (9,7 %) et les Pays-Bas (6,5 %).

Si les flux d'investissements japonais en France ont beaucoup fluctué depuis 10 ans, ces données doivent être pondérées par plusieurs facteurs :

- les investissements dans le secteur immobilier comptent pour l'essentiel des investissements japonais en France pendant la période de la bulle financière japonaise (1989-1991) et en 1995 ;

- le pic de 1997 intègre un très gros investissement de transit et l'apurement d'investissements malheureux dans la période de la bulle spéculative immobilière en France ;

- les investissements dans le seul secteur manufacturier, qui traduisent le volume des investissements industriels japonais en France, ont varié entre 500 MF et 1,6 milliard de francs par an ces dernières années. Ils se sont élevés à 1,1 milliard en 1997.

Les investissements japonais en France entre 1987 et 1997

(années fiscales du 1 er avril au 31 mars)

Enfin, ces données n'intègrent pas la totalité des projets de création, d'extension ou de reprise annoncés par les entreprises japonaises depuis 1997 et dont la transcription dans les statistiques japonaises se poursuivra sur plusieurs années . Parmi ceux-ci, on peut citer :

- l'implantation de Toyota à Valenciennes annoncée le 9 décembre 1997 qui représente plus de 2 000 emplois et de 4 MdsF d'investissement et l'ouverture d'un centre de design européen pour Toyota Europe à Sophia Antipolis ;

- l'équipementier automobile Akebono (freins) a annoncé en août 1997 son installation à Arras (140 MF, 50 emplois) pour une ouverture qui a eu lieu à la fin de l'année 1998 ;

- le développement en 1999 de l'actuelle usine de Sanden (climatiseurs pour automobile) de Rennes ouverte en 1995 (300 emplois seront créés) ;

- dans le secteur de la chimie, le rachat par Toray de la division films polyesters de Rhône-Poulenc (dans l'Ain) pour 60 MF en 1996 et un programme d'investissement de 730 MF sur plusieurs années ;

- l'ouverture en 1998 d'une nouvelle usine de photocopieurs Ricoh annoncée en octobre 1997 afin de doubler la production de la première usine ouverte en 1987 ;

- et plus récemment, l'investissement de 400 MF du fabricant de pneumatiques Bridgestone annoncé le 1 er avril 1999 qui lui permettra de développer son usine ouverte en 1988 ;

- l'extension d'usine et du centre de recherche de Seiko à Frigny (Rhône) ;

- l'installation d'un centre européen de recherche de Mitsubishi Electric à Rennes ;

- l'implantation d'une usine de Mitsui Chemicals dans le Haut-Rhin ;

- l'implantation d'une usine NTN de joints homocinétiques à Allonnes (près du Mans) en liaison avec Renault ;

- la création du quartier général européen de Shiseido à Boulogne et d'une seconde usine à Ornes (Loiret) ;

- la création du centre de recherche européen informatique de Sony à Paris et le renforcement de l'activité mobile à Ribeauville (Haut-Rhin).

Au total, les entreprises japonaises ont créé à ce jour 36 000 emplois en France , dont 24 000 dans l'industrie. La France se situe certes loin derrière la Grande-Bretagne (80 000 emplois créés), mais la réussite globale des investissements japonais dans notre pays est encourageante. Le Japon poursuit en effet une stratégie d'implantation au sein du marché européen et nous sommes compétitifs dans les activités pour lesquelles
la qualification de la main-d'oeuvre et de l'encadrement est plus importante que les seuls

coûts salariaux, ainsi que dans les activités de recherche pour plusieurs filières d'excellence
. Les télécommunications sont un secteur prioritaire et le succès en France des japonais fabricants de mobiles aux normes GSM explique l'intérêt manifesté pour des implantations de centres de recherche ou des partenariats. Les biotechnologies, les nouveaux matériaux et les câbles et fibres optiques ont fait l'objet de trois missions ciblées en 1998 et sont des secteurs d'avenir.

Les bénéfices induits par les investissements japonais au-delà de la création d'emplois comprennent une contribution très significative au commerce extérieur de la France, grâce à un taux d'exportation pouvant atteindre 70 % ainsi que l'apport de technologies et de méthodes de gestion industrielle.

D'autre part, les avantages immédiats et durables de l'euro portant sur la meilleure prévisibilité des activités commerciales et financières, la réduction des coûts d'opérations bancaires et la simplification des stratégies de politique de prix et de distribution dans l'Union constituent un argument supplémentaire pour les pays de la zone Euro auquel les japonais sont devenus sensibles.

Un colloque a été organisé au Sénat le 25 novembre dernier par le groupe sénatorial France-Japon et le Club des investisseurs japonais en France. Le Club des investisseurs japonais en France, présidé pour la France par M. Edmond Alphandéry, et pour le Japon, par M. Maeda, président de TORRAY Inc. a pour objet de faciliter la localisation, l'implantation et le développement en France d'entreprises japonaises, d'une part en les aidant à résoudre les obstacles individuels ou collectifs qu'elles rencontrent, d'autre part en mettant à leur disposition toutes les informations dont elles ont besoin. Ce club qui a reçu le soutien de l'administration française, de la DATAR et de la Délégation aux Investissements Internationaux, compte une centaine de dirigeants d'entreprises japonaises des plus grands groupes industriels ou tertiaires japonais.

Lors de ce séminaire, plusieurs intervenants japonais ont indiqué que notre pays était handicapé, aux yeux des investisseurs japonais, par le nombre élevé de grèves dans le secteur public, plus particulièrement dans les transports, et la complexité de la procédure de licenciements. En outre les débats actuels sur la réduction de la durée légale du travail, s'ils n'affectent pas sensiblement les décisions récentes, sont suivis avec attention ainsi que l'ensemble du contexte politique et social français.

Ils ont, par ailleurs, insisté sur la nécessité que soit signée une convention sur les retraites entre la France et le Japon, comme c'est le cas avec d'autres pays. Le groupe sénatorial souhaite vivement qu'une négociation soit rapidement ouverte sur ce point, qui semble primordiale pour faciliter les implantations de sociétés japonaises en France.

Certains ont également fait état de l'inadaptation de contrôles exercés par l'inspection du travail française portant sur la durée du travail de salariés japonais travaillant dans ces entreprises : servant en effet d'interface entre la France et le Japon, ils sont souvent employés selon des horaires spécifiques (leurs tâches devant notamment tenir compte du décalage horaire) et se heurtent parfois à l'incompréhension des services français. Il conviendrait que l'administration du travail soit plus souple à cet égard.

III - UNE COOPÉRATION SCIENTIFIQUE ET INDUSTRIELLE QUI PEUT S'AMÉLIORER

A - Une coopération scientifique et technique insuffisante

L'accord de coopération scientifique et technique, signé à Paris en 1991, a jeté des bases adaptées aux réalités scientifiques et technologiques des deux pays. Il a eu des applications concrètes dans de nombreux secteurs dont le spatial (accord sur l'observation de la Terre), le domaine médical (coopération sur le génome humain, la cancérologie) et celui de l'énergie nucléaire (coopération en matière sûreté nucléaire, notamment). La COGEMA a établi un partenariat avec le Japon qui est devenu son principal partenaire étranger dans le domaine de la R & D nucléaire. Des avancées concrètes ont également pu être constatées dans les secteurs privilégiés des technologies de l'information, de l'océanographie et de la géologie. Les suites de l'organisation à Paris d'un important colloque, du 16 au 18 décembre 1997 et de nombreux échanges de scientifiques, devraient intensifier la coopération dans le domaine des sciences de la vie : 165 programmes de coopération nouveaux ont été déterminés.

Malgré ces efforts, les relations bilatérales scientifiques et techniques ne sont pas à la hauteur de l'importance de l'investissement japonais dans la recherche et le développement ou de la qualité de la recherche dans nos deux pays.

Dans le secteur de l'aéronautique et du spatial, Eurocopter détenait en 1996, près de 43 % du marché des hélicoptères civils au Japon. Toutefois, la dernière commande publique date de septembre 1993. Avec plus de 70 avions vendus aux compagnies JAS et ANA, la part d'Airbus reste limitée à 16 % du marché japonais du fait de l'absence de commande de la compagnie JAL. L'industrie française, Aérospatiale et SNECMA, poursuivent des contacts avec le Japon sur le projet d'avion supersonique. Dans le domaine spatial, la visite d'Etat de 1996 avait vu la signature d'un arrangement entre le CNES et la NASDA. Si la coopération se caractérise encore, exception faite des services de lancements et de la fourniture de données optiques, par la faiblesse du montant des contrats passés, les contacts entre industriels se sont multipliés et le Japon représente déjà le marché étranger le plus important de SPOT IMAGE.

Dans le secteur du bâtiment, des travaux publics et des services urbains, la France attend beaucoup des grands travaux prévus dans la perspective de l'Exposition universelle d'Aichi en 2005 (aéroport de Nagoya, autoroute Tokyo-Nagoya).

B - Des perspectives d'avenir prometteuses

Le Gouvernement japonais, conscient de la nécessité de s'appuyer sur une recherche fondamentale de pointe, a décidé d'investir dans la recherche en doublant, d'ici à 2000-2002, le budget consacré à la recherche publique par rapport à son niveau de 1995.

Au moment où cette décision était prise dans un pays pour lequel le poids du financement de la recherche par les industriels reste prépondérant, une importante réflexion était menée. Un livre blanc analysant sans complaisance la situation et préconisant un certain nombre d'évolutions a été publié. Des réformes (à échéance de 2001) ont été lancées avec pour objectif de restructurer le dispositif de la recherche. Les ministères devraient être réorganisés avec, par exemple, la probable fusion du Monbusho (ministère de l'Education, de la Science, de la Culture et du Sport) avec la STA (Agence de la science et de la technologie).

La coopération du CNRS avec le Japon est ancienne. Un premier accord a été signé en 1973 avec la Japan Society for the Promotion of Science (JSPS). En 1990, le CNRS a entrepris de mener une politique volontariste de développement de la coopération avec ce pays qui, au même moment, s'ouvrait à l'extérieur en favorisant notamment l'accueil des chercheurs étrangers. Plusieurs accords ont été signés avec les principaux ministères japonais et leurs agences : Monbusho, Agency of Industrial Science and Technology (AIST/MITI), Science and Technology Agency (STA), Japan Science and Technology Corporation (JST), etc. Ces accords et la création à Tokyo d'un bureau du CNRS ont permis d'établir un climat de confiance dont nous recueillons actuellement les fruits. Une cinquantaine de projets de recherche conjoints sont soutenus annuellement. Depuis 1987, 17 Programmes Internationaux de Coopération Scientifique (PICS) ont été mis en place. La coopération la plus achevée, en terme de partenariat, est sans conteste le LIMMS (Laboratory for Integrated Micro-Mechatronic Systems), laboratoire mixte international créé à Tokyo en 1994 entre le CNRS et l'Université de Tokyo. De nombreux chercheurs du CNRS et des post-doctorants y effectuent des séjours de longue durée. Les deux programmes de coopération internationale sur les " Nanotubulites " et les " Intrications quantiques " sont tout aussi exemplaires du partenariat entre le CNRS/Universités françaises et la JST. Plus de 400 missions de chercheurs du CNRS au Japon sont répertoriées chaque année. Le CNRS accueille également dans ses laboratoires de nombreux chercheurs japonais.

Les liens entre le CNRS et le Japon devraient dans les prochaines années s'intensifier encore au travers de coopérations structurées.

Il convient cependant de souligner que la coopération est plus développée dans le secteur de l'énergie, et notamment dans le nucléaire, grâce à la COGEMA, comme la délégation a pu le constater au cours de ses entretiens 11( * ) .



Au total, les relations bilatérales scientifiques et techniques constituent la part la plus importante du budget d'intervention pour le Japon de la Direction générale des relations culturelles scientifiques et techniques du ministère des Affaires étrangères (DGRCST) : 9,5 millions de francs sur un total de près de 18 millions de francs en 1998. Leur développement devrait être l'un des thèmes majeurs de la visite qu'effectuera prochainement le Premier ministre au Japon.

Annexes

LES ENTRETIENS DE LA DÉLÉGATION

Au cours des différentes rencontres avec leurs homologues japonais et de hauts responsables du Gouvernement et des milieux d'affaires, la délégation s'est intéressée aux problèmes de la société japonaise, de l'économie, de l'énergie et de la gestion des crises au Japon. Une journée entière a été consacrée, à Hokkaido, aux questions agricoles.

1) LES ENTRETIENS À TOKYO

- Les questions de société

Un échange de vues avec les membres du bureau de la commission du travail et de la politique sociale de la Chambre des Conseillers a mis en évidence la similitude des interrogations formulées dans les deux pays sur les problèmes d'emploi et de retraites : alors qu'au Japon, le taux de chômage a atteint 4,6 % des actifs en février 1999, les dizaines de milliers de licenciements récemment annoncés par les grandes entreprises pourraient le faire monter à près de 10 %. L'ère de " l'emploi à vie " s'achève, dans une société qui continue de vieillir, la collectivité nationale doit faire face au défi d'assumer le coût de la solidarité, à la fois envers chômeurs et retraités.

- Les problèmes économiques

Un déjeuner de travail organisé à la résidence de l'Ambassadeur avec des représentants de la communauté d'affaires française à Tokyo, a permis de souligner l'ampleur des mutations qui concernent tous les secteurs de l'économie japonaise, dans le contexte de l'ouverture à la concurrence internationale, ainsi que les opportunités que ces mutations offrent aux entreprises françaises.

- La politique énergétique et l'environnement

Le Japon est le quatrième pays consommateur d'énergie. S'il a une longue tradition de politique d'économies d'énergie (meilleur ratio de consommation d'énergie par habitant) il dépend toujours à 80 % des importations.

La délégation a pu constater la convergence d'analyses entre les deux pays sur les questions énergétiques. Sans ressources en pétrole et en gaz, la France et le Japon n'avaient d'autre choix que le recours au nucléaire pour assurer en toute sécurité leur développement économique. Avec un parc de plus de cinquante centrales en activité, l'industrie nucléaire satisfait environ 30 % de la demande japonaise. Très attentif aux questions de non prolifération, le gouvernement japonais suit une politique de contrôle étroit et de limitation au maximum des stocks de plutonium. Le principe posé par le plan à long terme adopté en 1994 et reconfirmé solennellement en janvier 1997 est la


consommation intégrale à terme des quantités de plutonium issues du retraitement dans les réacteurs à eau légère sous forme de MOX et ultérieurement dans les réacteurs à neutrons rapides commerciaux. Le gouvernement japonais est, de ce fait, très favorable à la coopération internationale, en particulier avec la France qui fait autorité dans ce domaine.

La coopération franco-japonaise est ainsi très développée et COGEMA est l'une des toutes premières entreprises françaises exportatrices au Japon. Les exportations au Japon représentent 12 % de son chiffre d'affaires. Elle intervient à tous les stades du processus industriel. En amont du cycle, le groupe est présent sur le marché de l'uranium naturel depuis 1970 et satisfait environ 20 % des besoins sur la période 1996-2005. En ce qui concerne le retraitement du combustible, les japonais avaient signé avec COGEMA des contrats pour le retraitement d'environ 6000 tonnes d'ici l'an 2000 (2000 ont déjà été retraitées). Le Japon ne dispose en effet que de faibles capacités, l'usine de Tokaï étant à l'arrêt suite à l'accident de 1997 et jusqu'à l'achèvement de l'usine de Rokka-Shomura (pas avant 2003 et pour une capacité de 800 tonnes par an) à la construction de laquelle la France coopère.

Dans le domaine du transport et de l'ingéniérie des emballages, COGEMA est présent au Japon par sa filiale Transnucléaire Tokyo, qui fournit des prestations de conception, autorisation et maintenance d'emballages spécialisés pour les produits du cycle du combustible nucléaire.

Enfin, le programme nucléaire japonais prévoit que 16 à 18 réacteurs doivent utiliser cette technologie à l'horizon 2010. Le Japon ne possédant pas sa propre usine de mox s'approvisionnera dans un premier temps auprès des fournisseurs européens dont COGEMA à hauteur de 60 %. Certes, à la suite de l'accident de Tokaïmura la compagnie Tokyo Electric Power Corp vient d'annoncer qu'elle reportait d'un an son programme d'utilisation du mox, en raison des craintes du public. Mais l'autre compagnie ayant reçu du mox, Kansai Electric Power n'a pas modifié ses engagements.

La délégation avait également souhaité mettre l'accent sur les problèmes environnementaux et sur la façon dont le Japon entendait mettre en oeuvre le protocole de Kyoto.

Les années 90 auront sans conteste été marquées au Japon par une prise de conscience générale des problèmes environnementaux auxquels l'archipel doit faire face. De multiples catastrophes à incidence environnementale, d'origines naturelles ou humaines, ont en effet frappé le pays durant cette période.

Souvent montré du doigt sur la scène internationale pour son manque de respect à l'égard de la nature, le Japon essaie aujourd'hui de faire bonne figure.

L'application de ces mesures nouvelles, et de celles à venir, signifie, à court et moyen terme, des travaux importants sur les infrastructures (connexion au réseau collectif d'égouts) et sur les équipements (mise aux normes de l'ensemble du parc d'incinérateurs, soit environ 12 000 unités).

Le marché japonais des industries de l'environnement est ainsi en plein développement, il devrait atteindre 2 300 milliards de yens en l'an 2000, et 3 500 milliards d'ici 2010. Par ailleurs, si les services urbains ne font pas l'objet aujourd'hui d'une délégation auprès d'acteurs privés, l'introduction en juin d'une loi cadre pour la promotion de l'utilisation des finances privées devrait contribuer à ouvrir ce secteur.

La délégation sénatoriale a eu trois entretiens au ministère du Commerce et de l'Industrie, au Gaimusho (ministère des Affaires étrangères) et au patronat qui ont mis en lumière les difficultés rencontrées par le Japon pour honorer l'engagement pris à Kyoto de réduire, d'ici à 2012, ses émissions de gaz à effet de serre de 6 % par rapport à leur niveau de 1990.

Le Japon a pris tout une série de mesures pour lui permettre de faire face - le mieux possible - à ses obligations. Il s'est doté d'un cadre législatif puissant pour atteindre les objectifs qu'il s'est fixé sur le plan national et multilatéral :

- la loi relative à la rationalisation de l'utilisation de l'énergie (pour le CO2) a été révisée ;

- la loi relative à la promotion des mesures contre le réchauffement de la planète a été adoptée en avril 1998.

Cependant, la loi n'impose pas de limitation aux industries, hostiles à l'idée d'une taxe environnementale. Le Gouvernement envisage d'introduire l'heure d'été en 2001 et, éventuellement, de taxer les voitures polluantes. Sa politique vise essentiellement à augmenter la proportion du nucléaire dans la consommation énergétique nationale. De l'aveu de nos interlocuteurs, le principal problème qui se pose à cet égard est celui de la méfiance de l'opinion publique et de l'hostilité des collectivités locales. L'accident nucléaire survenu le 20 septembre dernier dans l'usine de retraitement d'uranium de Tokaïmura, provoquant l'irradiation de 49 personnes, ne facilitera pas la tâche des autorités. Le Gouvernement a annoncé aussitôt un plan national de vérification des installations nucléaires.

Ainsi, malgré ces efforts, il est probable que les engagements de Kyoto ne pourront être tenus sans apport " extérieur ". En dépit d'une conjoncture déprimée et de la mise en oeuvre des premières mesures volontaristes, les émissions de GES étaient supérieures en effet de 8 % en 1998 au niveau de 1990.

Les mesures de flexibilité sont donc indispensables au Japon qui cherche avec les autres membres de1'umbrella group à favoriser leur mise en oeuvre, notamment pour les permis négociables.

Dans les négociations internationales, la sensibilité environnementale peut s'exprimer pour autant qu'elle reste en cohérence avec les objectifs premiers de la politique économique japonaise. Aucun des thèmes mis en avant par les " amis " de l'environnement (principe de précaution, écoétiquetage) n'a été repris en tant que tel par le Japon. Cette position témoigne de l'équilibre apparent que le Japon va désormais


rechercher dans les négociations internationales : reconnaissance du " fait " environnemental, mais dans la limite de la défense des intérêts industriels japonais (crainte d'un possible éco-protectionnisme visant le Japon) et de l'objectif de sécurité alimentaire (les OGM peuvent renforcer l'auto-suffisance du Japon et sont considérés par la recherche publique comme prioritaires).

- La sécurité civile

Au Japon, la criminalité tend à augmenter depuis quelques années et l'attentat au gaz sarin en mars 1995 dans le métro de Tokyo a entraîné une forte inquiétude de la population.

Les autorités policières ont donc mis en place d'importantes mesures pour la sécurité publique concernant les armes à feu et le terrorisme utilisant des substances chimiques :

- renforcement de la prévention et du contrôle de l'entrée des armes à feu sur le territoire japonais par voie d'eau ;

- renforcement des peines par une révision de la loi sur la possession des armes à feu et des sabres ;

- coopération avec les pays concernés ;

- mesures d'investigation approfondies pour résoudre les affaires criminelles en série ;

- renforcement des activités de surveillance et de sécurité ;

- mesures légales concernant les substances toxiques et les armes chimiques.

La discussion avec le vice-ministre chargé de la gestion des crises, M. Ando, a mis en relief le retard pris par le Japon en matière de prévention et de lutte contre le risque terroriste. M. Ando, après avoir rappelé que la cellule de crise qu'il dirige n'avait été créée que l'an dernier, a estimé que son pays avait été " assoupi par un demi siècle de paix civile ", et précisé qu'il n'existait pas encore de plan spécifique anti-terroriste. Depuis l'attentat au gaz sarin de 1995 dans le métro de Tokyo, un groupe de travail avait été formé en vue de préparer une riposte à d'éventuelles attaques chimiques. La cellule de crise, qui ne dispose pas de moyens propres d'intervention, a surtout vocation à coordonner l'action des différentes institutions concernées.

2) LA VISITE AU LYCÉE FRANCO-JAPONAIS DE TOKYO

La délégation a souhaité se rendre au lycée franco-japonais afin de rencontrer et féliciter une classe de 3 ème A qui venait de remporter un prix lors de l'opération " sénateurs juniors " organisée au Sénat le 28 mars 1999.

Les sénateurs ont pu apprécier le dynamisme de l'équipe enseignante, la vigilance des parents et des autorités françaises, la qualité des locaux et, d'une façon générale, l'ambiance sympathique dans le lycée. Ils ont été particulièrement sensibles à l'accueil qui leur a été réservé par les parents d'élèves présents lors de leur visite.

Cet établissement relève de la compétence de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE). Il scolarisait à la rentrée de septembre 1997 504 élèves dont 383 français, 32 nationaux et 89 étrangers-tiers, un enseignement direct des classes préélémentaires aux classes terminales.

Après avoir connu depuis 1990 une importante érosion de ses effectifs (environ 30 % en moins), le lycée franco-japonais de Tokyo enregistre une légère remontée, avec au total une trentaine d'élèves supplémentaires.

Actuellement, l'Agence y rémunère 11 expatriés et 4 coopérants du service national (CSN). Elle a apporté pour l'année scolaire 1996/1997 une aide globale de 12 609 226 F dont 7 834 036 F au titre des rémunérations. L'encadrement pédagogique et administratif est complété par 14 résidents, 2 C.S.N. et une cinquantaine de recrutés locaux rémunérés par l'établissement.

Prenant acte de la reconnaissance par les autorités japonaises du baccalauréat français, l'AEFE a décidé de créer à la rentrée de septembre 1998 un poste d'expatrié en japonais.

Depuis l'abandon en 1991 du projet immobilier de Yokohama, le lycée franco-japonais de Tokyo était implanté sur trois sites différents Fujimi, Meisho et Joto. La baisse sensible des effectifs à la rentrée de septembre 1995 a permis le retour vers le site principal de Fujimi de quatre classes jusqu'alors délocalisées à l'école publique japonaise de Joto. Désormais, seules quatre classes du primaire (environ 60 élèves) sont encore délocalisées à l'école japonaise de Meisho.

A la demande d'un groupe de parents d'élèves, les responsables du lycée avec l'aide de la municipalité de Chiyoda ont entrepris des recherches afin qu'un établissement d'accueil puisse être trouvé dans les abords immédiats du lycée de Fujimi pour les classes primaires localisées à Meisho. Par ailleurs, des travaux ont été entrepris afin de rénover le bâtiment du lycée Fujimi. Le Département a affecté à cette opération un crédit de 15 MF sur trois ans (1993-1995). La dernière tranche des travaux (rénovation des quatre étages du bâtiment des classes secondaires) a été terminée durant l'été 1996.

Enfin, depuis 1984, le lycée n'a plus de statut juridique en droit japonais. Les négociations afin de le doter du statut de " Gakko Hojin " (école à personnalité juridique) n'ont pas abouti. Désormais, les responsables du lycée et du service culturel de l'Ambassade interviennent auprès des autorités japonaises afin d'obtenir, hors statut, les avantages qui y sont liés.

3) LE DÉPLACEMENT À HOKKAIDO

Un déjeuner offert à Tokyo par le Vice-Président de la Chambre des Conseillers et d'autres sénateurs de cette province avait été l'occasion d'une présentation de ses principales caractéristiques.

Cette journée d'études sur le terrain, qui a donné lieu à trois articles dans le quotidien de Hokkaido (1,2 million d'exemplaires), a été précédée d'une rencontre avec les membres de la communauté française. Une réception de bienvenue a été offerte à la délégation dans les locaux de l'Alliance française , par l'Association franco-japonaise de Sapporo, présidée par M. Akira Sakanoué, par ailleurs Président du journal Hokkaïdo Shimbun. Cette réception a réuni une trentaine de personnes représentant la communauté française de Sapporo et a permis à la délégation de constater la qualité des enseignements et des activités ainsi que l'enthousiasme et la compétence des enseignants et des auditeurs.

Consacrée aux questions agricoles (discussion avec les responsables d'une coopérative de production, visites d'une ferme laitière et d'un élevage de pur-sang), la dernière étape a permis d'apprécier l'importance de ce secteur dans l'économie de la province, premier producteur de produits alimentaires du Japon. Elle a, par ailleurs, révélé le rôle joué par les coopératives, chargées notamment de distribuer les subventions aux exploitants, pour préparer ces derniers à la libéralisation grandissante des échanges : conversion de près de 60 % des rizières en cultures maraîchères, extension des terrains, accélération de la mécanisation.

Les entretiens de M. Valade avec le maire adjoint de Sapporo et le vice-gouverneur de Hokkaïdo ont été mis à profit pour faire part à nos interlocuteurs de l'expérience acquise par la France dans le domaine de l'agro-alimentaire. Ceux-ci se sont montrés sensibles et intéressés au projet français d'organiser l'été prochain un séminaire itinérant sur les appellations contrôlées et la protection de la qualité des produits, animé par des ingénieurs agronomes français.

Enfin, la délégation a assisté à la remise de l'Ordre du mérite agricole, par M. l'Ambassadeur de France, à M. Nishio, Président de Seico Mart, société importatrice de vins français au Japon.

FICHE SIGNALÉTIQUE DU JAPON

Principaux indicateurs :

. Superficie : 377 889 km2 (4.400 îles, dont 4 principales)

. Population : 126,2 millions

. Densité : 378 habitants au Km2

. Taux d'alphabétisation : quasi-totalité de la population

. Croissance démographique : 0,3 %

(population âgée de plus de 65 ans

plus nombreuse que celle de moins de 15 ans)

. PNB : 510.800 milliards de yens

. PNB/Hab : 33.200 dollars

. Taux de croissance du PIB : - 2,5 % en 1998

. Balance courante : 11.436 Md yens/ 564 Md FF/2,4 % PIB (1997)

. Inflation : baisse des prix de 4 % entre 01/98 et 01/99

. Taux de chômage : 4,4 % ( janvier 1999)

près de 3 millions, + 600.000 en 1998

. Dette extérieure : plus gros créditeur mondial (800 MD USD )

. Dette publique : 100 % du PIB

. Réserves en devises : 222 milliards de dollars US. 1 er détenteur de

bons du Trésor américains, l'archipel nippon

fournit un tiers de l'épargne mondiale.

. Créances douteuses : 4.000 milliards de francs (18 % du PIB)

du système financier

Nature de l'Etat : monarchie constitutionnelle

Nature du régime : démocratie parlementaire

Chef de l'Etat : Empereur AKIHITO (depuis 1989, début de l'ère Heisei)

Premier Ministre : M. Keizô OBUCHI (depuis le 30 juillet 1998)

Ministre des Affaires Etrangères : M. Masahiko KOMURA

Composition du Parlement:

Chambre des Représentants (500 membres, renouvellement prévu en 2000) :

Majorité (le Parti Social Démocrate et le Sakigake ont quitté la majorité le 1 er juin 1998) :

Parti Libéral Démocrate 259

Parti Social-Démocrate 15

Parti Sakigake 2

Opposition :

Groupe Union pour la Démocratie et la Fraternité :

Parti Démocrate 52

Parti pour une Politique démocratique 30

Nouveau Parti de la Fraternité 14

autres partis d'opposition :

Nouveau Parti de la Paix et Club des Réformes 46

Parti Libéral 42

Parti Communiste 26

Sénat (252 sièges) après le renouvellement de la moitié de ses sièges le 12 juillet 1998 :

PLD 105 (- 14)

Parti Démocrate 47 (+ 9)

Parti Communiste 23 (+ 9)

Parti Komei 22 (- 2)

PSD 13 (- 7)

Parti Libéral 12 (+ 1)

Parti Sakigake 3 (+ 0)

autres 27 (+ 6)

Effectifs des Forces armées

forces terrestres : 150.000 hommes, 1.200 chars de combat, 460 hélicoptères...

forces navales : 45.000 hommes, 160 bâtiments totalisant 350.000 tonnes

forces aériennes : 45.000 hommes, 380 avions de combat, 115 systèmes de missiles Patriot...

Part des principaux secteurs d'activités dans le PNB :

- agriculture, forêts, pêche 2,2 %

- industrie 30,4 %

- construction 8,8 %

- services 58,6 %

- 40 % du PIB seraient produits par des secteurs non compétitifs, en perte de vitesse, représentant 50 % de la main d'oeuvre (agro-alimentaire, énergie, construction, finance),

- 40 % (avec 30 % de la main d'oeuvre) par des secteurs dynamiques déjà bien implantés sur le marché mondial (grandes entreprises d'automobile et d'électronique notamment),

- 20 % du PIB proviendraient de secteurs pleins d'avenir (nouveaux services, technologies de l'information) se développant rapidement.

Monnaie : Taux de change au 2 mars 1999 en USD = 120 yens pour 1 USD (242 yens pour 1 USD en 1985, 79 yens pour 1 USD en avril 1995, 144/1 en août 1998).

100 yens = 4,65 FF au 30 octobre 1998

Comptes extérieurs :

Sources FMI


En Mds USD

1994

1995

1996

1997
(stat. japonaises)

Exportations

386,9

429,4

413,1

410,7

Importations

241,5

297,2

350,8

330,3

Solde commercial

144,5

132,2

62,3

80,4

L'excédent commercial japonais, qui s'était fortement contracté en 1996 (à son plus bas niveau depuis 1983), et qui était en diminution depuis cinq ans, s'est brusquement gonflé (+ 51,6 % en yens) pour atteindre 10.080 Md yens en 1997.

Principaux postes du commerce extérieur :

- Exportations (en % des exportations totales)

biens d'équipement électronique 24,9 %

biens d'équipement 24,5 %

biens d'équipement automobile 18,8 %

- Importations (en % des importations totales)

produits chimiques 26,0 %

produits énergétiques 17,8 %

produits alimentaires 14,1 %

Principaux partenaires commerciaux:

- Clients :

Etats-Unis, 27,8 % des exportations japonaises en 1997

Corée du sud, 6,2 % en 1997

Taiwan, 6,5 %

Hong Kong, 6,5 %

Chine, 5,2 %

Singapour, 4,8 %

Allemagne

- Fournisseurs :

Etats-Unis, 22,4 % des importations japonaises en 1997

Chine, 12,4 %

Corée du sud, 4,3 %

Indonésie, 4,3 %

Taiwan, 3,7 %

Australie, 4,3 % en 1997

Principaux investisseurs étrangers :

Flux annuels :

770,7 Md de yens en 1996/97 contre 369 Md de yens en 1995/96 (mais 432 en 1 994/95).

Etats-Unis 2,3 MD USD contre 1,9 Md USD en 1995/96, mais réduction en valeur relative : 31,7 % des investissements étrangers en 1996/97, contre 47,9 % en 1995/96

multiplication par 5 en 1996/97 des investissements asiatiques (137 Md yens) par rapport à 1995/96 (24,7 Md yens).

Le montant des investissements directs étrangers au Japon est 7 fois inférieur à celui des investissements japonais à l'étranger.

Relations commerciales :

Nombre d'entreprises françaises dans le pays : plus de 400 (qui emploient plus de 20.000 Japonais), 10 à 15 implantations nouvelles par an.

Rang de la France dans les importations totales du pays : 15 ème en 1996

Part de marché : 1,7 % en 1997, contre 1,8 % en 1996 et 1,9 % en 1995, mais 2,1 % en 1998.

Exportations françaises en 1997: total : 28.431 MF, dont industrie 23.188 MF

- biens de consommation courante 9.677 MF

- biens d'équipement professionnel 5.767 MF

agro-alimentaire 5.150 MF

Rang de la France dans les exportations totales du pays : 6 ème en 1996

Importations françaises en 1997 : 52.048 MF

dont 51.954 pour les produits industriels :

- biens d'équipement professionnels 28.534 MF

- matériel de transport terrestre 8.149 MF

- biens de consommation courante 5.700 MF

En Md FF

1994

1995

1996

1997

Exportations françaises

25,3

27,9

27,3

28,4

Importations françaises

47

47,8

45,3

52

solde

- 21,7

- 19,9

- 18

- 23,6

Taux de couverture

53 %

58 %

60 %

53,8 %

(statistiques françaises)

Revue de presse

SANKEI SHIMBUN

mercredi 14 avril 1999, édition du matin

(Traduction libre)

Conférence de Presse de la délégation du groupe d'amitié franco-japonais du Sénat " Nous espérons le rétablissement de l'économie japonaise " .

Les membres de la délégation du groupe d'amitié franco-japonais du Sénat conduite par M. Jacques Valade, Vice-Président du Sénat en visite au Japon, ont exprimé, lors d'une conférence de presse le 13 avril 1999 à l'Ambassade de France à Tokyo, leur espoir de voir l'économie japonaise se redresser rapidement, favorisant ainsi le développement des investissements français au Japon.

Le Vice-Président du Sénat s'est montré optimiste quant à l'avenir de l'économie japonaise, faisant observer que " les responsables d'entreprises françaises au Japon que nous avons rencontrés nous ont expliqué que tout ira mieux lorsque le gouvernement et les sociétés japonaises auront pris les mesures nécessaires ". M. Valade a en même temps souhaité que le Japon fasse davantage d'efforts pour assurer la reprise de son économie.

Le Vice-Président du Sénat français s'est félicité de l'accord Nissan-Renault. " L'heure est au regroupement d'entreprises, et cet accord permettra aux deux partenaires de compléter leurs gammes de produits et de développer de nouveaux marchés "./.

HOKKAIDO SHIMBUN 14 avril 1999

HOKKAIDO SHIMBUN

vendredi 16 avril 1999, édition du matin

(Traduction libre)

Entretien avec M. Valade, Vice-Président du Sénat français, en voyage à Hokkaido

" Nous souhaitons approfondir les échanges agricoles afin de parvenir à une amélioration qualitative de la production de nos deux pays ".

" L'élevage de Hokkaido est bien organisé. "

Lors de l'entretien qu'il a accordé au Hokkaido Shimbun le 15 avril, M. Jacques Valade, Vice-Président du Sénat français, en visite à Hokkaido pour un voyage d'études agricoles nous a fait part de ses impressions sur l'agriculture à Hokkaido. M. Valade a exprimé une forte volonté d'approfondir les échanges franco-japonais dans le domaine de la technologie agricole, et envisage " l'organisation d'un séminaire réunissant spécialistes français et japonais afin d'améliorer la qualité des produits agricoles de nos deux pays ".

Le Vice-Président, qui a visité le même jour des exploitations d'élevage à Eniwa et à Hayakitacho, s'est déclaré " surpris par l'organisation du travail, l'ampleur et la modernité des équipements, qui permettent une productivité élevée ".

Evoquant la situation dans laquelle se trouve l'agriculture en France et au Japon, M. Valade a fait observer que " les importations de produits agricoles posent de sérieux problèmes. Nos deux pays sont aussi confrontés aux questions de l'exode rural et de la formation des jeunes agriculteurs ".

Quant à la question des subventions à l'agriculture, " trop généreuses " selon les Etats-Unis, le sénateur français estime que celles-ci " connaissent un net ralentissement en Europe afin de se conformer aux normes internationales. Nous devons renforcer la compétitivité en améliorant la productivité, en baissant les prix, et en relevant la qualité de nos produits ".

Remarquant que " la France dispose d'un système qui permet à chaque région d'avoir sa propre marque pour distinguer la qualité et la spécificité de ses produits ", M. Valade a rappelé l'importance d'une stratégie de différenciation qui permettrait à Hokkaido de mettre en valeur sa spécificité./.

JAPON :

CRISE ET DOULOUREUSES MUTATIONS

La presse occidentale dépeint volontiers le Japon de cette fin de siècle comme un pays en pleine mutation.

Le Japon est en effet confronté depuis 1997 à une crise économique et financière sans précédent, qui se double d'une crise politique et d'une perte de confiance généralisée dans l'avenir, tant de la part des ménages que des investisseurs.

La société japonaise connaît en outre une partie des problèmes qui se posent aux grands pays industrialisés, et notamment le vieillissement de sa population, la disparition de l'éthique du travail et l'aspiration aux loisirs et au bien-être chez les jeunes.

Qu'en est-il exactement ? La délégation du groupe sénatorial France-Japon qui s'est rendue dans l'archipel nippon en avril 1999 a pu en effet constater que le pays était à un tournant de son histoire et que le débat était ouvert pour définir les conditions de l'adaptation du système économique à une nouvelle stratégie économique Le Japon semble s'orienter vers un certain alignement de son économie sur les normes internationales, profitant de la crise pour se restructurer et ouvrir son marché intérieur.

Cependant, le Japon a déjà pratiqué le paradoxe de se transformer tout en restant lui-même au début de l'ère Meiji. A cette époque, les emprunts massifs à l'Occident dans le domaine des idées, des techniques et même des moeurs n'ont entamé ni sa cohésion ni son identité culturelle. Il serait erroné de croire que le changement le rapprochera nécessairement des sociétés occidentales.

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