3. DES ACTEURS INTERNATIONAUX TROP NOMBREUX EN PERTE DE CRÉDIBILITÉ ?

La nomination du gouvernement HARADINAJ comme celle du cabinet KOSUMI a révélé les différences d'appréciation sur l'avenir politique de la province, entre M. Soeren JESSEN-PETERSSEN, RSSG, appuyant la petite coalition souhaitée par le Président RUGOVA d'une part, le Groupe de contact ainsi que l'Union Européenne, représentée par M. Javier SOLANA, favorables à une large coalition, de l'autre. Les réserves exprimées par M. JESSEN-PETERSSEN sur l'inculpation puis le départ pour La Haye de M. HARADINAJ peuvent également laisser sceptique, quand la démarche du TPIY est appuyée par l'essentiel de la Communauté internationale. Le soutien marqué du représentant de la MINUK à l'ancien Premier Ministre ne peut manquer d'affecter les relations avec Belgrade, et fragiliser au delà l'image de la Communauté internationale sur place.

L'influence du Groupe de Contact peut également être sujette à caution. En doublonnant la MINUK par certains points (initiative sur les standards), le groupe souligne au grand jour les défaillances et le manque de projection de la MINUK. Le ralliement croissant des membres du groupe au concept d'indépendance conditionnelle pour le Kosovo est une expression de son avance sur les Nations-Unies. Considéré comme un interlocuteur à part entière, son action n'est pas pour autant totalement rectiligne. Les divergences d'appréciation entre ses membres (la position russe, jusque là pro-serbe, a pu occasionner quelques difficultés) peuvent également s'avérer bloquants, même si la fermeté russe sur l'avenir de la province semble moins prégnante depuis quelques semaines.

Les difficultés rencontrées pour l'application du pilier I (police et justice) sont également significatives des problèmes de coopération entre la MINUK et la KFOR. La lutte contre la criminalité organisée, élément clé pour l'avenir du Kosovo pour la MINUK, ne peut, selon la KFOR, être encadrée par les militaires, dont les compétences et les moyens tant financiers qu'humains ne sont pas adaptés. La diminution progressive du nombre de policiers internationaux (3.500 aujourd'hui, 1.600 l'an prochain) ne semble pas indiquer qu'une telle mission puisse lui être confiée. Reste donc un objectif majeur, sans véritable acteur. Le Commandant de la KFOR, le Général français Yves de KERMABON, a souligné lors des son entretien avec le groupe d'amitié, combien la dépendance à l'égard de la KFOR était forte et à quel point elle n'était pas forcément la plus adaptée sur ce type de projet. Il a par conséquent appelé de ses voeux une prise en main directe par la MINUK ou l'Union Européenne. La formation et la mise en place d'un service de police autonome (KPS) sont elles-mêmes subtilement réparties entre la police internationale et l'OSCE, au risque de générer des conflits de compétence.

On relèvera également les difficultés de mise en oeuvre du pilier 4 (Economie). Les problèmes rencontrés par la Kosovo Trust Agency (organisme chargée de la privatisation des entreprises d'Etat et dont la gestion a été déléguée à l'Union Européenne par l'ONU) avec les autorités serbes sur le régime juridique des entreprises d'Etat situées au Kosovo (la KTA a été mise en cause devant une cour américaine) soulignent à quel point la question du droit de propriété est conditionnée par le statut institutionnel, reflétant sur ce point là l'incohérence de la démarche en deux temps.

Enfin, et même si ces organismes ne font pas partie intégrante du dispositif international en place au Kosovo, les conclusions de l' International Crisis Group 16 ( * ) , composé notamment de l'ancien Commissaire européen Chris PATTEN et du Général Wesley CLARK, ancien Commandant en chef de l'OTAN au Kosovo, comme le rapport de la Commission Internationale sur les Balkans 17 ( * ) dirigé par l'ancien Président du Conseil italien Giuliano AMATO peuvent parasiter le processus en cours. Le parti-pris de l'indépendance kosovare conjugué à la crédibilité de leurs auteurs peuvent rendre plus délicate encore la recherche d'un consensus pour les parties en présence.

Les événements de mars 2004 ont pour leur part fragilisé la crédibilité de l'intervention militaire internationale auprès des minorités. Chargée de protéger celles-ci, la KFOR n'a pu endiguer la montée des violences. La réduction de son format (la KFOR comptait 40.000 hommes en 1999 contre 17.500 aujourd'hui), l'inadaptation d'une partie de ses troupes à certaines de ses missions (contrôle de foule), les disparités organisationnelles (les règles d'engagement du combat diffèrent entre les 35 contingents nationaux, l'usage des armes létales n'est pas entièrement partagé), l'absence de collecte d'information en amont, l'inefficience des saisies d'armes au sein d'une population kosovare en large majorité armée sont autant de facteurs explicatifs de cet échec. Ils ont conduit à repenser l'action de la force euro-atlantique face à une situation au calme trompeur.

Désormais fondée sur la mobilité des troupes, moins assignées à l'un des quatre secteurs opérationnels (concept de task force) et bâtie autour d'un message simple « Restaurer la confiance », l'action de la KFOR est beaucoup plus préventive qu'auparavant. Le recueil de renseignements sur un territoire fermé par culture est devenu une priorité. Parallèlement, la KFOR s'emploie désormais à lutter contre la propagation des rumeurs, à la base des événements de 2004. Afin d'unifier la procédure d'engagement du combat, la KFOR a établi en concertation avec les services juridiques des contingents concernés des règles communes d'intervention autour de 10 sites stratégiques (Pec, Decane, aéroport de Pristina, Obilic, Gravanica, Gnijilane, Vitina, le pont de Mitrovica et les trois tours de Mitrovica). 2 types d'actions y sont préconisés. L'une est fondée sur la dissuasion par blocage des routes et emploi d'unités de contrôle de foules (Blue Box). L'autre réduite à un petit périmètre autour du site défendu prévoit l'usage des armes (Red Box). Ce nouveau cadre n'a pas rétabli pour autant une totale confiance entre la MINUK et les minorités : malgré la mise en oeuvre d'une défense plus mobile, l'ouverture progressive du pont de Mitrovica reste redoutée par les Serbes de la partie Nord, stigmatisant l'abandon supposé de leur communauté par la KFOR.

Composition ethnique de Mitrovica. Le mélange au sein des quartiers des différentes communautés (KOS = Serbes, KOA = Albanais, KOT = Turcs, KOB = Bosniaques, KOM-ROM = Roms) rend plus qu'ardue la sécurisation de la ville dont est chargée le 8 ème bataillon français.

Source : Brigade Multinationale Nord Est de la KFOR

* 16 Kosovo : towards final status

* 17 The Balkans in Europe Future

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