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Le Tibet en exil : à l'école de la démocratie

 

ANNEXES

I. LES ENTRETIENS DE LA DÉLÉGATION

II. DISCOURS DU DALAI LAMA DEVANT LE PARLEMENT EUROPEEN DU 24 OCTOBRE 2001

III. BIBLIOGRAPHIE

ANNEXE I - LES ENTRETIENS DE LA DÉLÉGATION

I. ENTRETIEN AVEC L'AMBASSADEUR DE CHINE EN FRANCE

M. Louis de Broissia :

Nous sommes des amis de la Chine. Nous avions pris l'habitude d'avoir avec votre prédécesseur des contacts sur un sujet qui préoccupe les Français. En effet, la question tibétaine demeure importante pour la population française. La Chine a l'image d'une grande puissance, mais le Tibet peut être un problème pour elle.

M. Jinjun Zhao :

Êtes-vous également membre du groupe d'amitié France-Chine ?

M. Louis de Broissia :

Mme André, MM. Renar et Trémel, et moi-même sommes membres du groupe d'amitié France-Chine. J'ai aussi des amis personnels en Chine.

Ce qui compte, ce n'est pas l'histoire, c'est l'avenir. Le Dalaï-Lama ne veut pas l'indépendance, mais l'autonomie. Le Tibet a sa spécificité culturelle, qui doit être préservée. Alors que les jeux olympiques de 2008 seront une vitrine pour la Chine, le Tibet constitue un point d'accroche. Je crains que la Chine ne passe à côté d'un sujet important.

Le groupe d'information sur le Tibet est parmi les plus anciens. J'ai contribué à la constitution de son antécédent en 1989, quand j'étais à l'Assemblée nationale.

Je n'ai jamais voulu opposer la Chine au Tibet. La Chine a des droits au Tibet. Nous voulons simplement aider la Chine à régler le problème tibétain. Un dialogue est possible. Cette cause est très forte en France, où elle est soutenue par des associations apolitiques. C'est une vraie aspiration du peuple français. Il en va de même ailleurs en Europe. Nous avons également des contacts avec le Parlement américain. Mais nous ne voulons pas être agressifs, même si je suis convaincu qu'avant 2008 le Tibet sera un problème pour la Chine.

Le Panchen Lama doit nous être montré. La manière dont cet enfant a été traité est un mauvais exemple donné par votre puissante nation. Le libérer serait un message positif que la Chine adresserait au monde. L'occasion des jeux olympiques est une chance à saisir.

Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour faciliter le dialogue entre les Chinois et les Tibétains. Nous rencontrons des associations, des journalistes. Nous essayons toujours de calmer le jeu, alors que des impatiences se font jour.

Mme Michèle André :

Nous sommes tous porteurs du même message, quel que soit notre engagement politique. Le Tibet est une cause populaire auprès de beaucoup d'associations, d'hommes et de femmes de bonne volonté. Les Tibétains ont droit à ce que leur culture soit prise en compte.

Je milite depuis longtemps. J'avais été interpellée par Mme Danielle Mitterrand sur la condition de certaines femmes tibétaines qui souffrent dans leur chair de la présence chinoise.

Je suis une amie de la Chine. Je ne souhaite pas d'ingérence, mais je serais heureuse si vous pouviez nous apporter quelques réponses.

M. Yvan Renar :

J'avais douze ans en 1949. Toute ma vie j'ai été en amitié avec le peuple chinois. Je vous rappelle que Maurice Schumann et le général De Gaulle ont tout fait pour que la République populaire de Chine soit reconnue. J'ai une grande estime pour votre pays, qui a su revivifier une grande civilisation millénaire.

En tant que président de l'orchestre de Lille et de l'association nationale des orchestres, j'ai pu constater que le milieu des musiciens est aussi très sensible à la cause du Tibet.

Je crois que si le problème du Tibet pouvait être réglé, cela ferait avancer la cause du peuple chinois. Cette question donne une image négative et fausse de la Chine. Je vous remercie de nous recevoir aujourd'hui et de nous écouter.

M. Pierre-Yvon Tremel :

Je partage le message de mes collègues. Je crois que la véritable amitié consiste à dire ce que l'on pense à ses amis.

M. Philippe Nogrix :

Je crois qu'au cours de son histoire, chaque nation connaît des périodes de lumière et d'ombre. Nous avons toujours intérêt à reconnaître l'autre, qui a son message et sa philosophie. La France est un pays de philosophes, comme la Chine. Le Dalaï-Lama est porteur d'un message universel, comme la France et la Chine. On se grandit en reconnaissant cette force de la pensée. L'histoire doit nous mener à reconnaître la pensée de l'autre.

M. Louis de Broissia :

Nous reconnaissons le droit des peuples. Car la question tibétaine n'est pas un problème interne à la Chine. Il y a des réfugiés tibétains à travers le monde. C'est un sujet qui interpelle l'opinion mondiale. Nous souhaiterions que cela devienne un problème purement intérieur à la Chine.

Notre groupe d'information s'interdit de participer à des manifestations hostiles aux autorités chinoises. Mais je crois que le temps est compté d'ici 2008. Les jeux olympiques seront l'occasion de mettre en lumière la Chine. C'est le moment d'engager le dialogue, pour ne pas obscurcir l'image de la Chine par le filtre sombre du Tibet.

M. Jinjun Zhao :

Vous êtes bienvenus en tant qu'amis de la Chine, ce dont je ne doute pas. Entre des amis, il peut y avoir des points de vue différents. Vous avez exprimé vos sentiments. Mon avis personnel est que la meilleure réponse à vos interrogations est un voyage sur place. Pour ma part, j'ai été trois fois au Tibet.

Je pense qu'il s'agit d'une affaire intérieure à la Chine. Le Tibet est chinois depuis le XIIIème siècle, sous la dynastie des Yuan. J'ai visité les archives tibétaines. Vous y trouverez des preuves de l'appartenance du Tibet à la Chine, des instructions écrites des empereurs.

Je me demande pourquoi dans l'esprit des Français et des autres Occidentaux, depuis les années 50, le Tibet doit être libéré. On a utilisé le terme de libération aussi pour le Yunnan, pour la Mongolie intérieure. Je vous rappelle que le Dalaï-Lama actuel a été désigné en 1936 par Tchang Kaï Chek.

Pourquoi a-t-on l'impression d'une occupation ? Parce que depuis 1959 le Dalaï Lama a quitté le Tibet. Il y a eu ensuite des accrochages militaires. Une résolution a été votée à l'ONU condamnant la Chine. Le Dalaï Lama a été financé après 1959 par la CIA. C'était logique, en cette période de guerre froide : les Etats Unis étaient alors les ennemis de la Chine. De ce fait, deux générations en Occident ont reçu une éducation selon laquelle le Tibet n'est pas la Chine.

Il n'est pas vrai qu'on souffre au Tibet aujourd'hui. Par ailleurs, un dialogue existe entre le Gouvernement chinois et le Dalaï Lama. Celui-ci prétend ne pas réclamer l'indépendance : alors, il devrait dissoudre le Gouvernement et le Parlement tibétains en exil. La Constitution chinoise ne permet pas à une province de mettre en place ce genre d'institutions. Pour nous, c'est une question de principe.

Le Dalaï Lama doit reconnaître publiquement que le Tibet appartient à la Chine. Il en va de même pour la province de Taïwan, qui a fourni au Dalaï Lama un soutien politique et financier.

Même sur le volet culturel, on a en France une fausse impression. La liberté de religion existe au Tibet. Il y a maintenant 1 400 temples bouddhistes.

J'ai accompagné pendant dix jours au Tibet la troïka d'ambassadeurs de l'Union européenne, à l'époque où j'étais directeur Europe au ministère des affaires étrangères. Cette délégation européenne avait la liberté d'aller où elle voulait, de visiter à l'improviste tel ou tel village. Nous avons visité des dizaines de temples. A leur retour, ils ont fait un rapport relativement objectif.

En 1963-1965, avant la Révolution culturelle, le PIB du Tibet était de 300 millions de yuans. Il est aujourd'hui de 20 milliards de yuans. Le Tibet, avec le soutien du gouvernement central et des provinces de l'Est, connaît un développement rapide.

Dans les années 50, il n'y avait pas une seule école primaire ou secondaire. Aujourd'hui, on compte 1 200 écoles. Mais celles-ci sont toujours moins nombreuses que les temples. Une tâche importante est de développer encore l'éducation. Certes, l'encadrement scolaire est essentiellement composé de Chinois. Mais c'est parce qu'il n'y avait pas d'enseignants tibétains formés, avec une formation universitaire.

M. Louis de Broissia :

Nous ne contestons pas l'oeuvre de la Chine au Tibet, où elle construit des écoles, des routes, des dispensaires. Malgré tous ces efforts, ce qui se passe au Tibet n'apparaît pas comme un modèle. Nous vivons un siècle de communication. Or, il y a un vrai problème. Que les Etats Unis posent, en instituant un coordinateur spécial, que l'Union européenne pose elle aussi. Pourquoi ne pas profiter de l'opportunité de 2008 pour le régler ?

M. Jinjun Zhao :

Nous ne craignons pas l'image que le Tibet peut donner de la Chine. D'abord, parce qu'il ne s'agit que de deux millions d'habitants sur une population de 1,3 milliard. D'autre part, le Tibet connaît un réel progrès. On parle beaucoup de la culture du Tibet. Or, 98 % de la population tibétaine était sans instruction dans les années 50.

Quant au bouddhisme tibétain, c'est une religion de l'obéissance, qui promet le bonheur dans une prochaine vie. C'était une population misérable, qui offrait ses maigres biens aux temples. Est-ce vraiment cette culture que vous préférez ? Le plus important est de construire des écoles, pour élever le niveau d'éducation des Tibétains. Alors ils auront une vraie vie d'homme.

M. Louis de Broissia :

L'homme ne se nourrit pas que de pain. Nous ne voulons pas non plus intervenir dans les questions religieuses. Je suis d'accord qu'il faut davantage d'écoles, de routes, d'hôpitaux. Mais ce n'est pas l'argent qui compte seulement.

M. Jinjun Zhao :

Allez au Tibet, rencontrez les Tibétains. C'est le seul moyen de vous convaincre. L'Occident a subi une véritable désinformation depuis 1959. Il est impossible de vous faire changer d'opinion autrement.

Je ne suis pas en mesure de vous convaincre, mais je peux vous donner mon sentiment. Le Tibet est ouvert au monde extérieur. Il a accueilli 95.000 voyageurs en 2004. Nous construisons le premier chemin de fer, qui sera mis en service en 2007 jusqu'à Lhassa. Partout dans la rue, vous verrez des téléphones portables. La bourse de Lhassa est reliée à celle de Shangaï.

J'ai beaucoup d'amis au Sénat. Le groupe d'amitié France-Chine compte 110 sénateurs, alors que le groupe d'information sur le Tibet ne se situe pas au même niveau. Mes amis français ne peuvent pas bien comprendre le problème tibétain aujourd'hui. Ils le comprendront mieux en 2007.

M. Michèle André :

Nous savons qu'il y a des contacts entre le Dalaï Lama et votre Gouvernement. Comment l'échange se fait-il ? Est-ce que les réfugiés peuvent rentrer au Tibet ?

M. Jinjun Zhao :

Un mouvement de retour commence. Le Tibet est une vraie région autonome. Plus de 80 des hauts responsables sont des Tibétains. A l'Assemblée nationale chinoise, il y a 12 députés tibétains et un vice-président tibétain. Je vous rappelle d'ailleurs que le Dalaï Lama était lui-même vice-président de l'Assemblée nationale avant 1959. Il était en contact avec le Président Mao Tsétoung.

M. Louis de Broissia :

En tant que démocrates, nous pensons que du dialogue naît toujours quelque chose. Je connais bien l'opinion française. Elle a beaucoup d'amitié pour la Chine, mais il demeure toujours le filtre tibétain qui obscurcit l'image de celle-ci.

M. Jinjun Zhao :

Je sais ; j'ai reçu des lettres, faites sur un modèle type. Méfiez vous du lobby pro-tibétain, qui est très organisé. Des associations reçoivent de l'argent pour leurs activités.

M. Michèle André :

Je crois qu'il y a surtout une sympathie profonde de l'homme de la rue pour la cause tibétaine.

M. Jinjun Zhao :

Il est très facile, et convaincant, d'aller là-bas. Vous y êtes tous bienvenus. Mon ambassade peut vous aider à préparer ce voyage. Faites votre enquête sur place.