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Le Cambodge à l'entrée du 21e siècle

 

2. Une zone en croissance, une intégration régionale insuffisante

Le Cambodge fait partie d'une zone géographique, l'Asie du Sud-Est, qui connaît de forts taux de croissance mais une trop faible intégration régionale, et sur laquelle l'influence de la Chine est croissante.

Sur le plan économique, les performances économiques des pays membres de l'ASEAN9(*) sont très bonnes, malgré des différences marquées de niveaux de développement entre ses membres. La zone ASEAN affiche une croissance moyenne de 5,5 % en 2006 et a attiré cette année 38 milliards de dollars en investissements directs étrangers (+ 48 % par rapport à 2005). Les exportations progressent d'environ 15 % par an. Toutefois, les progrès dans l'intégration économique régionale ne sont pas aussi marqués : la proportion de commerce intra-régional s'élève à 25 % du commerce global de l'organisation, et ce pourcentage est stable depuis plusieurs années.

La crise financière et économique asiatique de 1997-1998, l'effacement de l'Indonésie qui était un des moteurs de l'ASEAN, ont porté un coup à la coopération et à l'intégration régionales. Aussi, la Chine joue un rôle croissant10(*). En octobre 2006, le sommet entre l'ASEAN et la Chine à Nanning s'est conclu par la décision d'établir une zone de libre-échange commune d'ici à 2010, avec un délai porté à 2015 pour les pays comme le Cambodge, le Laos, la Birmanie et le Vietnam.

Le Cambodge qui a fait le choix d'une politique économique d'ouverture radicale, avec son adhésion à l'OMC, et des politiques très libérales en matière de mouvements de capitaux, devra s'adapter au nouvel environnement créé par une éventuelle zone de libre-échange asiatique. Dans cette attente, le pays aura besoin de renforcer ses capacités industrielles, très limitées, et sa compétitivité économique dans son ensemble.

3. Les relations avec les pays voisins en voie d'amélioration

Après de longues années d'absence, le Cambodge cherche désormais à s'insérer dans son environnement régional et à renforcer ses relations diplomatiques avec les pays partenaires du sud-est asiatique.

Le Cambodge a ainsi adhéré à l'ASEAN le 30 avril 1999, et il a accueilli le sommet de l'Association en novembre 2002, consacrant sa réintégration dans son environnement régional. Le siège de la Commission du Mékong (développement concerté des ressources du fleuve), se trouve à Phnom Penh depuis l'été 1998.

Le pays s'intéresse également aux autres projets régionaux dans le cadre de la sous-région du Grand Mékong : triangle de développement indochinois, corridor Est-Ouest reliant la Thaïlande au Vietnam via le Laos et le Cambodge.

L'amélioration des relations avec le Vietnam semble attestée par le règlement de la question des frontières terrestres à l'automne 2005. Le 10 octobre 2005 a été signé un traité entre le Cambodge et le Vietnam complétant le Traité de délimitation de la frontière de décembre 1985, signé alors que des troupes vietnamiennes stationnaient au Cambodge. Le nouveau traité a été ratifié en décembre 2005 par les deux pays, l'objectif étant de parvenir à un bornage pour fin 2008. Les opérations de bornage en application de cet accord ont débuté en septembre 2006 (première borne inaugurée le 27 septembre à Bavet-Mocbai en présence des Premiers Ministres Hun Sen et Nguyen Tan Dung). Le roi Norodom Sihamoni a effectué en mars 2006 la première visite officielle au Vietnam d'un souverain cambodgien depuis celle de son père en décembre 199511(*).

Pour autant, il n'est pas certain que la controverse sur la délimitation des frontières s'apaise définitivement. D'une manière générale, la référence aux cartes établies sous le protectorat français, et notamment à la « ligne Brevié » qui établit la frontière maritime entre le Cambodge et le Vietnam en attribuant l'île du Phu-Quoc au Vietnam, fait régulièrement l'objet de contestation. La ratification du traité additionnel a fait l'objet d'une intense campagne de l'opposition politique au Cambodge et le Roi-Père Norodom Sihanouk lui-même n'a pas caché sa préférence pour d'autres délimitations frontalières. En août 2005, deux mois avant la signature du Traité, il avait démissionné de ses fonctions de président du Conseil national supérieur en charge des frontières (CNSF).

D'autre part, si les relations bilatérales s'améliorent à haut niveau, des difficultés persistent au sein des populations rurales avec les communautés d'origine vietnamienne, notamment dans les zones frontalières pour l'exploitation des rizières, et dans les zones maritimes pour les exploitations de pêche. Des faits divers impliquant des violences contre la communauté vietnamienne sont régulièrement relatés, les auteurs de ces violences faisant l'objet de poursuites judiciaires12(*).

Les relations avec la Thaïlande se sont aussi améliorées malgré les émeutes du 29 janvier 2003, au cours desquelles l'ambassade de Thaïlande à Phnom Penh a été incendiée et une quarantaine d'implantations économiques thaïlandaises saccagées. Le coup d'Etat de septembre 2006 à Bangkok ne paraît pas devoir remettre en cause cette amélioration. La dernière visite officielle de M. Thaksin Shinawatra en août 2006 a ainsi été suivie le 15 octobre 2006 par celle du nouveau Premier Ministre M. Surayud Chulanont (dans le cadre d'une tournée générale dans la région), reçu par Hun Sen. Les relations entre les deux pays sont notamment marquées par la question de la délimitation des zones d'exploitation des gisements pétroliers récemment découverts dans le golfe de Siam.

Méfiant vis-à-vis de ces deux grands voisins, le Cambodge veille également à ses relations d'amitié avec d'autres Etats susceptibles de garantir son indépendance, comme la Malaisie, l'Indonésie, Singapour et les Philippines13(*).

* 9 L'Association des Nations du Sud-Est Asiatique (ASEAN) a été créée en 1967 par l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, Singapour et la Thaïlande. Elle regroupe aujourd'hui dix pays depuis l'adhésion progressive des autres pays d'Asie du Sud-Est (Brunei:1984, Vietnam:1995, Birmanie, Laos:1997, Cambodge:1999).

* 10 Cf. chapitre sur l'assistance internationale, notamment de la Chine.

* 11 Ces informations sont tirées pour l'essentiel d'une note du ministère des affaires étrangères sur le Cambodge (2007).

* 12 Ainsi, peu après la visite de la délégation, en avril 2007, trois pêcheurs vietnamiens ont été tués dans la région de Pursat.

* 13 Note précitée du ministère des affaires étrangères.