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Quelle solution politique pour le Tibet ?

 

IV. ENTRETIEN AVEC M. RAIDI, VICE-PRÉSIDENT DU COMITÉ PERMANENT DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE POPULAIRE

M. Raidi, vice-président du comité permanent de l'Assemblée nationale populaire :

C'est pour vous une bonne chose d'être allés voir la réalité du Tibet, car « voir une fois, vaut mieux qu'entendre cent fois ». Je crois que cette visite contribue à l'amitié et à la compréhension mutuelle entre les peuples chinois et français, qui sont liés depuis longtemps. Nos deux pays entretiennent des relations diplomatiques depuis plus de 40 ans, qui ne cessent de se développer. Les échanges interparlementaires se renforcent également, comme l'a illustré l'an dernier la visite en Chine de votre président Christian Poncelet.

L'Assemblée nationale populaire compte presque 3.000 députés. Dans les villes, un député représente 240.000 citoyens ; dans les campagnes, un députés représente 600.000 citoyens. Le mandat est de cinq ans. L'Assemblée nationale populaire se réunit en session annuelle pendant 15 jours, notamment pour voter le budget de l'Etat.

Le comité permanent est composé de 175 membres chargés de la gestion quotidienne entre deux sessions. Il se réunit une fois tous les deux mois, pour une durée de 5 à 6 jours, et peut se réunir aussi en session extraordinaire. L'Assemblée nationale populaire et son comité permanent exercent le pouvoir législatif, ainsi que le pouvoir de contrôle du gouvernement.

Je sais que la situation du Tibet attire l'attention de nombreux pays dans le monde. Les pays européens ont peu de connaissance sur le Tibet réel. Certains journalistes occidentaux m'ont posé parfois des questions difficiles, ou qui donnent à sourire.

Le Tibet est l'une des régions autonomes de la Chine. Sa superficie est de 1,2 millions de km2 et sa population de 2,7 millions d'habitants. Il a connu un développement considérable au cours des dernières années.

J'aurai bientôt 70 ans, et je peux témoigner de l'évolution du Tibet. Avant, 95 % de la population tibétaine était exploitée par les 5 % restant. Nous n'avions aucun droit, ne pouvions pas manger à notre faim. Nous vivions comme des animaux, sans droits de l'homme ni libertés. Ma famille se trouvait dans une situation difficile. Ma mère a élevé seule cinq enfants. A l'âge de 2 ans, j'ai failli mourir de faim.

Au début, je croyais que c'était notre destin. Puis j'ai compris que c'était parce que 95 % des Tibétains n'avaient aucun droit sous l'Ancien régime. Le parti communiste chinois est venu et a libéré le Tibet. Le peuple tibétain est devenu maître de lui-même.

Après la « libération pacifique » du Tibet, j'ai pu partir étudier à Pékin. A partir de 1959 et de la « réforme démocratique », les serfs ont été émancipés. Ils ont pu aller étudier dans d'autres provinces chinoises. Ce qui était inimaginable sous l'Ancien régime. Il était encore plus inimaginable pour moi que je puisse devenir l'un des responsables de l'Etat. Sous l'Ancien régime, les sanctions pénales étaient cruelles. Elles incluaient des tortures, comme la crevaison des yeux.

Jusqu'à aujourd'hui, la société tibétaine a connu des changements très importants sur les plans économique, culturel, éducatif et social. Pour prendre l'exemple des transports, avant, le Tibet était isolé du reste de la Chine. Après la « libération pacifique » du Tibet, deux routes ont été entreprises et mises en service en 1954. Cette année, c'est la liaison ferroviaire qui est inaugurée. Le train va faciliter le transport des personnes et des biens. J'ai été témoin du développement du Tibet. Dans mon village natal, les paysans et les pasteurs ont maintenant des motos et des voitures. Les télécommunications ont aussi beaucoup accéléré le développement du Tibet.

Des avancées ont également été faites sur le plan culturel et éducatif. Avant, il n'y avait pas une seule école. Aujourd'hui, il y a au Tibet 500 000 élèves, sans compter ceux qui partent étudier dans d'autres provinces de Chine. Le gouvernement chinois a crée des lycées tibétains dans toutes les grandes villes, comme Pékin ou Shangaï.

La santé de la population tibétaine s'est améliorée. L'espérance de vie est ainsi passée de 35 ans à 67 ans. Le Tibet est maintenant la province de Chine où l'on compte le plus de centenaires. Le taux de mortalité infantile, qui était de 47 % n'est plus aujourd'hui que de 2,7 %. Des services médicaux sont aujourd'hui offerts au Tibet.

La politique ethnique et religieuse du parti communiste chinois a été bien appliquée. Des mesures de protection du patrimoine historique et culturel tibétains ont été prises. Des fonds importants sont consacrés à la restauration du Potala et des différents monastères.

La liberté de croyance religieuse est garantie au Tibet. Vous avez pu voir le Jokhang à Lhassa. Le Tibet compte aujourd'hui plus de 1 700 monastères, où vivent 30 000 moines.

Bref, le Tibet a réalisé un grand développement sur tous les plans. Maintenant, la priorité doit aller à l'amélioration des conditions de logement des paysans et des pasteurs.

M. Louis de Broissia, sénateur :

Nous avons écouté avec émotion votre témoignage d'une enfance dans un Tibet qui a aujourd'hui tourné la page de la théocratie, de la féodalité et du servage. Le Tibet est un trésor pour la Chine, mais aussi pour l'humanité toute entière.

Nous sommes des amis du Tibet et de la Chine, venus constater les progrès économiques, sociaux, éducatifs et sanitaires de cette province. Mais nous avons encore des propositions à vous faire.

Nous pensons que deux directions doivent être affirmées à la veille des Jeux Olympiques de Pékin. D'une part, renforcer l'identité tibétaine, au nom de la diversité culturelle. D'autre part, faire en sorte que les Tibétains exilés puissent rentrer. Ces objectifs passent par le dialogue que le gouvernement chinois a ouvert avec le Dalaï-Lama. L'image de la Chine en sortirait infiniment renforcée.

M. Raidi :

En ce qui concerne le Dalaï-Lama, la politique de notre gouvernement est constante et claire. Il faut qu'il abandonne sa politique indépendantiste, qu'il reconnaisse que le Tibet et Taiwan font partie de la Chine.

Depuis 1989, plusieurs délégations du Dalaï-Lama se sont succédées. J'ai moi-même reçu son frère et sa soeur. La porte est toujours restée ouverte mais, par un faux jugement de la situation, le Dalaï-Lama a pendant quelques temps coupé le contact. Maintenant, il faut écouter ce qu'il dit, et voir ce qu'il fait.

Mon sentiment est qu'il s'agit d'une personne changeante, qui ne cesse de se contredire. Maintenant, il parle d'une « réelle autonomie » pour le Tibet, alors que la région autonome du Tibet a plus de 40 ans. C'est un système apprécié par la population, qui correspond à la réalité du Tibet. Si le Dalaï-Lama prétend que l'autonomie actuelle n'est pas réelle, quelle autonomie veut-il ?

Le Dalaï-Lama n'est pas un simple religieux, mais le représentant d'une force politique. C'est le chef du soi-disant « gouvernement tibétain en exil ». Il ne cesse de se contredire. Un jour, il ne veut plus de l'indépendance, l'autre jour, il dit le contraire.

Je crois qu'il n'est pas besoin de parler d'autre chose que de l'avenir personnel du Dalaï-Lama, parce que les autres problèmes qui se posaient au Tibet ont été résolus.

Transmettez lui ce message, la prochaine fois que vous le verrez : qu'il juge bien la situation, renonce à sa position actuelle, et fasse du bien à la population tibétaine tant qu'il est vivant.