II. NAPLES ET LA CAMPANIE

A. DES DISPARITÉS PERSISTANTES ENTRE LE NORD ET LE SUD ENCORE AGGRAVÉES PAR LA CRISE

Divisée en cinq provinces (Avellino, Benevento, Caserta, Napoli, Salerno), la Campanie couvre 13.600 Km2 (4,5  % de la superficie du pays) et compte près de 6 millions d'habitants (10   % de la population nationale), soit la seconde région italienne la plus peuplée derrière la Lombardie.

Cette population est extrêmement concentrée dans l'agglomération napolitaine (3 millions d'habitants, dont 1 million pour la seule ville de Naples, où les densités peuvent atteindre dans certains quartiers de 10 à 13.000 hab/km2) et plus largement dans la conurbation que forme Naples avec Caserte au nord et Salerne au sud et qui regroupe au total 70 à 75  % de la population.

Bien que le solde démographique naturel reste positif, contrairement aux régions du Nord, la population de la Campanie tend à diminuer du fait de la persistance d'une importante émigration , qui touche aujourd'hui en particulier les jeunes diplômés, découragés par les médiocres perspectives d'emploi et des conditions de vie difficiles. Selon les statistiques officielles, ce mouvement ne serait pas compensé par l'apport de l'immigration mais cette donnée sous-estime l'importance de l'immigration irrégulière, principalement d'origine est-européenne (Ukraine, Roumanie, Pologne) asiatique (Chine, Pakistan, Sri-Lanka) et africaine.

La population a depuis longtemps appris à composer avec les risques naturels auxquels Naples et la Campanie sont exposées. L'activité volcanique est à l'heure actuelle de faible intensité : le Vésuve, sur les pentes duquel vivent de 600 à 800 000 personnes, est en sommeil depuis sa dernière éruption en 1944. Il en est de même de la Solfatara, à l'ouest de la ville, dans la zone des Champs Phlégréens, affectée par ailleurs par le bradysisme (mouvements alternés d'affaissement et de rehaussement du niveau du sol). L'activité sismique est quant à elle permanente mais souvent imperceptible. Le dernier tremblement de terre violent date de 1980, il avait frappé davantage les régions de l'intérieur (Avellino) que la frange côtière.

Avec un PIB de l'ordre de 90 milliards d'euros, qui la place au premier rang des régions méridionales, la Campanie ne représente que 6   % du PIB national. Les services y contribuent à hauteur de 78  % (dont 29  % pour les administrations et services publics), loin devant le secteur industriel (12  %). Le tissu économique est constitué pour l'essentiel par de très nombreuses PME, dont seule une petite minorité, même lorsqu'elles sont regroupées au sein de « districts industriels » au dynamisme d'ailleurs inégal, participe aux activités d'exportation, ce qui représente un frein au développement.

Comme dans tout le Mezzogiorno, les investissements du secteur public et les fonds européens (près de 11  milliards d'euros pour 2000-2006, 14,5 milliards d'euros pour 2007-2013) jouent un rôle important dans l'activité économique. Sous l'impulsion de son Président, M. Antonio Bassolino, ancien Maire de Naples, la Région s'est efforcé de soutenir le développement de secteurs traditionnels (agro-alimentaire, chimie, construction automobile et ferroviaire, construction navale de plaisance, « industries du luxe »), de secteurs de pointe (aéronautique et électronique) et du tourisme. Elle a également mis en place des instruments pour stimuler la recherche et l'innovation ainsi que la création d'entreprises.

Comme l'ont indiqué les responsables de la Chambre de commerce et d'industrie de Naples lors d'un échange avec la délégation sénatoriale, la Région a surtout beaucoup misé sur le secteur transports-logistique , avec l'objectif de faire de la Campanie un carrefour d'échanges en profitant de sa position géographique au centre de la Méditerranée et a réalisé des investissements considérables pour le développement des infrastructures (réseau routier et ferroviaire, installations portuaires et aéroportuaires) et la construction d'une très importante plate-forme dédiée au transport intermodal. Elle promeut dans ce domaine deux autres grands projets, la construction d'une liaison ferroviaire à grande capacité entre Naples et Bari et l'aménagement d' un second aéroport pour le trafic intercontinental.

Après trois années de stagnation, la Campanie avait retrouvé en 2006-2007 une croissance positive, essentiellement grâce à la reprise du secteur industriel, elle-même tirée par une augmentation significative des exportations. Cette croissance qui avait eu un impact mesuré sur l'emploi était cependant restée inférieure à la moyenne nationale, ce qui ne permettait pas de rattraper le retard par rapport aux régions du centre-nord.

Les écarts restent à cet égard très importants : le taux de chômage (autour de 12  % mais qui atteindrait jusqu'à 40 ou 45  % dans les quartiers défavorisés de Naples, notamment parmi les jeunes) est deux fois plus élevé que la moyenne nationale, trois à quatre fois supérieur à celui des régions du nord. Le niveau de revenu ne dépasse pas 65  % de la moyenne nationale, une famille campanienne sur trois vit à la limite ou au dessous du seuil de pauvreté.

Même si ces données doivent être tempérées en prenant en compte l'importance de l'économie souterraine et des activités illégales (certaines sources évaluent le nombre des travailleurs au noir à quelque 20  % de la main d'oeuvre régulière et le chiffre d'affaires de la criminalité organisée à 30   % du PIB régional), la situation n'en demeure pas moins difficile, comme dans tout le Mezzogiorno et s'est encore aggravée avec la crise survenue en 2008.

Plusieurs études tendent à montrer que celle-ci frappe d'ores et déjà les régions méridionales plus durement que les autres et touche aussi bien les petites que les grandes entreprises et à peu près tous les secteurs. Le tourisme, déjà éprouvé par la crise des ordures, a enregistré en 2008 des pertes allant de 20 à 30  % selon les zones ou les catégories. La récession y est plus forte, le chômage serait remonté à près de 14  % en Campanie où plus de 45.000 emplois ont été perdus en quelques mois, obligeant les autorités régionales à intervenir pour compléter les programmes adoptés par le Gouvernement au plan national, afin d'amortir les conséquences économiques et sociales de la crise.

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