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RAPPORT N° 18 - Apprendre le français en Corée


Groupe interparlementaire d'amitié France-Corée du Sud


Rapport Groupe d'amitié France-Corée du Sud n° 18 - 1997/1998

Table des matières






PRÉFACE

Premier pays occidental à avoir établi des contacts avec la Corée, la France a d'emblée, entretenu avec ce pays des relations culturelles privilégiées.

Aujourd'hui, le français est la deuxième langue enseignée en Corée après l'anglais et jouit d'une image prestigieuse, associée à la culture et au raffinement.

Pour autant, au regard du développement connu par la Corée ces dernières années, la faiblesse relative des échanges tant économiques que culturels avec un pays devenu le onzième exportateur mondial et dont le niveau de vie a cru de façon considérable, nourrit certaines interrogations.

Les activités du groupe sénatorial, par des contacts réguliers, ont contribué à une meilleure connaissance du pays.

Des délégations du groupe sénatorial France-Corée se sont rendues à plusieurs reprises en Corée, en 1986 puis en 1988, et j'ai moi-même eu l'occasion de me rendre à divers titres dans ce pays qui frappe par son dynamisme, dans une région dont la croissance reste très soutenue. Le groupe a des liens avec les associations présentes en France et des manifestations culturelles ont pu être organisées au Sénat.

Le Président de la République a affirmé, en 1995, la volonté française de replacer l'Asie au coeur de ses préoccupations et de ses intérêts.

Les difficultés nées du retard du chantier du T.G.V. Séoul-Pusan et de l'affaire Thomson témoignent encore d'une certaine forme d'incompréhension et de la nécessité du développement des relations franco-coréennes. Dans ce contexte, une réflexion approfondie sur la place et le rôle de la langue française en Corée s'inscrit dans le cadre des objectifs de soutien à la francophonie assignés aux groupes sénatoriaux.

Cette étude issue de la thèse de doctorat de Madame SUNG-HEE-PARK, présentée le 13 juin 1996, en l'université de la Sorbonne nouvelle, s'appuie sur une mise en perspective culturelle et historique du système de pensée coréen soulignant en particulier le rôle duc confucianisme et l'influence des pays voisins. Elle décrit l'ensemble du système éducatif dans lequel s'inscrit l'enseignement des langues étrangères. Recensant les actions entreprises en faveur du français en Corée, elle propose une série d'aménagements.

Au service d'une meilleure compréhension réciproque, en vue d'un approfondissement de nos relations, ces investigations nous montrent que la grande ouverture culturelle des Coréens demeure une chance pour la France et la culture française.

Jean FAURE

GROUPE D'AMITIÉ FRANCE-CORÉE

Composition du bureau 1997

Président

M. Jean FAURE (UC)

Vice-Présidents

M. Charles DESCOURS (RPR)

 

M. Philippe NACHBAR (RI)

 

M. François LESEIN (RDSE)

Membres du Bureau

M. Jean PUECH (RI)

 

M. Hubert DURAND-CHASTEL (NI))

 

Mme Paulette BRISEPIERRE (RPR)

 

M. Jean-Louis LORRAIN (UC)

INTRODUCTION

Cette étude a pour origine la constatation d'un paradoxe apparent concernant le statut du français en Corée : alors que très peu de Coréens maîtrisent cette langue, celle-ci fait partie du cursus d'un grand nombre d'étudiants, et la culture française conserve son prestige.

Dans l'esprit de nombreux Coréens, la France est synonyme de pays d'art, de culture et de luxe. Les références à la France en terme de littérature, de mode, d'arts plastiques... jusqu'à l'art culinaire, sont fréquentes.

Pourtant, la langue française concerne essentiellement le milieu institutionnel. Malgré l'intérêt qu'il suscite, son enseignement ne s'avère pratiquement jamais être à la hauteur des espérances des apprenants : ceux-ci souhaiteraient surtout la maîtrise de l'oral et l'accès à la culture du pays d'accueil.

Ce constat conduit à rechercher les possibilités d'un enseignement mieux adapté au contexte local.

On ne peut aborder le statut d'une langue étrangère dans un pays, sans évoquer au préalable le contexte général représenté par les traditions intellectuelles et culturelles, ainsi que le système de valeurs associé à ces traditions. Le bouddhisme et surtout le confucianisme ont marqué de leur empreinte la société coréenne, en particulier son système éducatif.

Par ailleurs, le statut du français ne peut s'établir qu'en relation avec les autres langues principales enseignées. La conception de la langue et de la culture par les Coréens eux-mêmes doit aussi être précisée, car elle influence leur attitude à l'égard des autres langues-cultures.

L'observation de ce contexte met en évidence la nécessité de dynamiser l'enseignement/apprentissage du français, ce qui entraînerait la valorisation de son statut. Cette valorisation devrait se donner trois objectifs :

- améliorer la formation des enseignants ;

- adapter les programmes aux besoins des apprenants ;

- rendre plus efficace le soutien du gouvernement français.

I. LA CORÉE TRADITIONNELLE : L'INFLUENCE DU BOUDDHISME ET DU CONFUCIANISME DANS LA SOCIÉTÉ CORÉENNE

Pour la Corée qui se veut moderne et ouverte au monde, l'éducation représente, avant tout, l'assise de la nation, du peuple et de la démocratie. Les Coréens ayant la volonté de faire aussi bien que les peuples des pays avancés, estiment que c'est à travers l'organisation du système éducatif qu'ils peuvent parvenir à cet objectif.

Dans ce cadre, l'éducation a une double fonction, d'assurer la formation intellectuelle et culturelle de chaque individu, et de servir le progrès économique et technologique de l'Etat.

Le prestige de l'éducation est issu de la tradition confucéenne, qui attache un grand prix au respect du savoir. L'ancien système éducatif se caractérise, en effet, par une forte influence de la philosophie confucéenne, elle-même originaire de Chine. Toutes les institutions des anciens royaumes s'inspiraient directement de celles des Chinois, et l'enseignement/apprentissage s'effectuait entièrement dans cette langue, aucun système d'écriture ne pouvant encore transcrire le coréen. Les lettrés avaient donc adopté les idéogrammes chinois, étudiaient la langue et connaissaient bien les textes classiques chinois. C'est par ce biais que le bouddhisme, puis le confucianisme, pénétrèrent en Corée dès le IVe siècle. Ce fut surtout le confucianisme -et ceci par la volonté délibérée du pouvoir en place- qui exerça une influence considérable sur toute la vie du pays, en particulier sur l'éducation.

Le système éducatif coréen ne peut être analysé que replacé dans le contexte de la société coréenne, et dans son système de valeurs. Les finalités éducatives en sont le reflet.

A. ORIGINES ET DÉVELOPPEMENT DU BOUDDHISME ET DU CONFUCIANISME

L'adoption du bouddhisme s'est faite dans le cadre des relations diplomatiques avec la Chine, au début du VIe siècle. C'est la famille royale qui a imposé cette religion à la noblesse du pays, afin de favoriser la centralisation du pouvoir. Une seule religion, commune à tout le peuple, pouvait servir les tendances centralisatrices du pays ; l'idée de réincarnation pouvait justifier également les stratifications de la société, mais aussi les notions de paradis et d'enfer, de bonté et de péché, de récompense et de punition, contribuaient à faire respecter les lois et les autorités.1

Ces calculs politiques accélérèrent l'adoption du bouddhisme par les classes dirigeantes et le peuple accepta cette nouvelle religion, plus noble, plus structurée et aussi plus compatissante que leur religion primitive, le chamanisme.2

Le bouddhisme réalisa ainsi une fusion symbiotique avec le chamanisme originel et commença à dominer le climat culturel général. Les moines bouddhistes jouissaient d'un grand respect auprès de la population rurale. Beaucoup d'entre eux étaient d'excellents professeurs, qui dispensaient un enseignement de qualité dans divers domaines : politique, tactique militaire, philosophie, art, etc. En somme, le bouddhisme constituait " la pierre angulaire de l'éducation pour une large majorité de la population " (Sun-Young PARK)3.

Le confucianisme pénétra, quant à lui, sur la péninsule de manière plus progressive, avec la propagation des idéogrammes chinois. Son adoption par les classes supérieures se généralisa à partir du VIe siècle. Le confucianisme formait, en effet, une base idéale permettant d'élaborer une éthique politique, qui prônait la piété filiale envers les parents et la loyauté envers son souverain.

Le premier institut public, établi en 372 selon le modèle éducatif chinois, fut d'ailleurs nommé Académie Nationale Confucéenne ; sa vocation de transmettre l'éthique confucéenne témoignait déjà d'une volonté de développer la structure bureaucratique et de renforcer le pouvoir royal. Le confucianisme, comme éthique nationale, fut légitimé lors de la première unification de la Corée en 668.

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1
Cf. André FABRE, La Grande Histoire de Corée, Lausanne, FAURE, 1988, pp. 73-79.

2 Les anciens Coréens croyaient que tous les éléments de la nature possédaient des esprits. Ils faisaient confiance au Chaman, Chef religieux et temporel dont les incantations et les exorcismes assuraient l'harmonie du monde et détournaient les mauvais esprits. Ces pratiques, se rapportant aux désirs et aux besoins de la vie quotidienne, concernaient rarement la vie antérieure ou la vie dans l'au-delà.

3 De l'influence du Confucianisme sur le système éducatif de la Corée de l'ancien temps. Article paru dans Culture Coréenne, un mensuel édité par le Centre Culturel Coréen à Paris - n° 28, décembre 1991, p. 3.


Le bouddhisme et le confucianisme coexistèrent durant six siècles sans conflits majeurs : le premier étant plus profondément enraciné dans la population rurale, les lettrés, sans être hostiles au bouddhisme, ayant une préférence pour la pensée philosophique confucéenne. Mais la corruption des moines et l'arrivée du néo-confucianisme chinois, à la fin du XIIe siècle, amèneront ces lettrés à réexaminer le bouddhisme avec un regard beaucoup plus critique. La théorie néo-confucéenne leur apportera surtout une nouvelle base d'analyse sur les origines de l'homme et de l'univers.

Cette théorie reposait sur l'existence d'une double composante de la nature humaine : le i représentant la raison et le ki correspondant à l'énergie. La partie i englobe la compassion, la droiture, l'humilité et la sagesse et la partie ki a un caractère plutôt néfaste, car elle correspond aux besoins matériels et aux désirs égocentriques de l'individu.

L'homme idéal, pour les Confucéens, est celui qui est parvenu à sublimer son ki et dont le comportement est régi par le i. Cet homme, cherchant la voie de la sagesse, est appelé " kunja " ou " grand homme ". Dans la société traditionnelle, l'usage voulait que la voie du kunja soit tracée d'avance. Tout d'abord, il se devait de servir l'Etat en entrant dans l'administration et d'indiquer au peuple le droit chemin en agissant toujours avec moralité. A la fin de sa carrière, il devenait professeur, chargé de transmettre aux jeunes son expérience et l'enseignement qu'il avait reçu. En résumé, il était à la fois un érudit, un éducateur et un homme politique.

Quant aux lettrés ou " sonbi ", ils se consacraient entièrement aux études confucéennes et à leur propre perfectionnement, en s'efforçant d'atteindre le degré suprême du i : être exemplaire et conduire les gens dans la bonne direction. Selon la loi fondamentale dictée par Confucius, le premier objectif ne pouvait être réalisé qu'à travers le perfectionnement de soi et l'enseignement confucéen, considérés comme deux facteurs complémentaires. Autrement dit, l'acquisition de textes sans un perfectionnement parallèle ne servait qu'à accumuler un savoir inopérant, tandis qu'une éducation sans connaissances pour l'éclairer n'aboutissait qu'à une vision étroite et obscurcissait les choses. Le second objectif -conduire le peuple dans la bonne voie- pouvait être atteint à condition que le gouvernement fût bon et que l'éducation fût dispensée comme il le fallait (Sung-Young PARK 1991, p. 6).

Tout cela est synthétisé dans l'ancienne sentence chinoise : Su-Sin-Jé-Ga-Chi-Kuk-Pyung-Chun-Ha, ce qui veut dire : " le perfectionnement de soi contribue au bon ordre de la famille, lequel est nécessaire au bon fonctionnement de la société. Le tout favorisant un bon gouvernement et donc l'harmonie de l'univers ".

L'éthique confucéenne, fondée sur un idéal d'ordre dans les relations humaines, obligeait tout individu à se conduire et à s'exprimer de manière convenable, en accord avec son rôle et son statut social. Ainsi, chacun devait respecter les principes du code de conduite : du sujet vis-à-vis de son roi (principe de pouvoir), des citoyens entre eux (principe de loyauté) et, au sein de la famille, des enfants vis-à-vis des parents, des cadets à l'égard des aînés, de la femme envers son mari (principe de respect). Un individu avait donc, dans l'existence quotidienne, plusieurs rôles à assumer en fonction des situations et de sa condition sociale, et il se devait de les intégrer tous, ainsi que les devoirs et les responsabilités s'y rapportant.

La prédominance du confucianisme eut, pour conséquence directe, une véritable floraison d'études néo-confucéennes, mais elle freina aussi le développement des sciences et des techniques, les activités pratiques et manuelles étant tout à fait déconsidérées. Il était hors de question, pour les lettrés, d'entreprendre un quelconque travail et surtout pas une activité manuelle. A l'inverse, le destin des bourgeois roturiers était de travailler dur dans leurs champs d'activités respectifs, sans jamais pouvoir s'adonner à la lecture des écrits confucéens. Cette hiérarchie était de la plus haute importance et la fonction de chaque classe était strictement codifiée et délimitée au sein d'un système rigide, qu'il était impossible de remettre en question.

Après avoir connu cette période florissante, la doctrine du néo-confucianisme devint victime, à la fin du XVIIIe siècle, de son autosatisfaction et de son étroitesse d'esprit. C'est que la classe dominante se perdait de plus en plus dans des discussions théoriques ou de vaines élucubrations, qui suscitaient la division et l'affaiblissement du pays. La lutte entre les notables s'aggravait, la corruption se répandait dans toute la société et le peuple souffrait. C'est dans cette atmosphère lourde de déception que de nombreux lettrés se mirent à chercher une nouvelle doctrine, capable de remplacer le néo-confucianisme.

Malheureusement, leurs efforts menés pour étudier la Science pratique (Silhak4) ou la Science occidentale (Sohak5), furent réprimés par la classe dirigeante, acharnée à préserver le système établi et donc incapable d'aucune vision d'avenir. L'Etat n'ayant su se renforcer à l'aide des idées nouvelles, ne put faire face, le moment venu, aux puissances étrangères et y succomba.

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4
Mouvement idéophilosophique né en réaction d'une société monarchique très affaiblie, caractérisé par le retour aux sources pour mieux appréhender l'avenir et une meilleure prise en compte des desiderata de la population, Encyclopédie du patrimoine culturel de Corée, vol. 14, pp. 114-123.

5 Nom coréen désignant le catholicisme au moment de son introduction en Corée. Le Sohak, déjà introduit en Chine, en apportant une nouvelle vision du monde, comprenait non seulement le dogme catholique, mais surtout la civilisation occidentale centrée sur les Sciences et excellait dans les domaines de la cartographie, de l'astronomie et de l'armement.Hung-Yun CHO, La rencontre des religions occidentales et coréennes, Culture Coréenne n° 20, décembre 1989, p. 3.

B. CONSÉQUENCES SUR L'ANCIEN SYSTÈME ÉDUCATIF

La plupart des instituts publics furent fondés selon le modèle éducatif chinois et leurs contenus d'enseignement furent centrés sur les classiques confucéens. L'unique exception concerna Hwarangdo, une organisation à la fois religieuse et militaire, qui regroupait les jeunes aristocrates au début du VIe siècle. Ce mouvement se fondait sur l'étude du bouddhisme et des arts martiaux, ainsi que sur la transmission de valeurs telles que loyauté et patriotisme6. Ces valeurs donneront au Royaume, quelques décennies plus tard, la force de cohésion nécessaire, lors de la première unification de la péninsule coréenne en 668.

L'agrandissement du territoire, consécutif à cette unification, eut pour conséquence l'accroissement du nombre de fonctionnaires et, pour répondre à ce nouveau besoin, la création de l'Institut National Confucéen (Kuk-hak). Le programme d'étude comprenait trois sections au choix : philosophie, histoire et littérature.

Le royaume de Koryo (918-1392), succédant à celui de Silla unifié, s'appuya toujours fortement sur le bouddhisme, tout en adhérant aux valeurs morales et aux idéaux politiques confucéens. Mais il fut néanmoins progressivement réorganisé. C'est ainsi que l'on vit naître, dans la capitale, une université nationale (Kuk-ja-gam) et des écoles publiques (Hyang-gyo) dans les campagnes. Le programme de l'enseignement supérieur comprenait, outre les classiques confucéens, des matières plus pragmatiques comme la législation, la calligraphie et même la comptabilité, celui de Hyang-gyo englobait essentiellement les classiques chinois et l'histoire. Les réformes du roi Kwangjong (949-975) contribuèrent à fonder un véritable gouvernement central, avec un appareil administratif renforcé, grâce à la création du système de concours national, en 9587.

Ce nouveau système de concours fut mis au point par un ex-fonctionnaire chinois, membre de l'ambassade de Chine et devenu, ensuite, le conseiller du roi. Auparavant, les fonctionnaires étaient recrutés dans les familles nobles bien en Cour. Le roi voulut remplacer ce système élitiste par un examen officiel, qui permettrait de créer une nouvelle classe de serviteurs de l'Etat, pour contrebalancer l'influence de l'aristocratie et des propriétaires terriens. Cela présupposait un effort considérable, qui consistât à créer une structure bureaucratique nouvelle renforçant l'autorité royale. Afin de donner plus d'éclat à cette nouvelle élite, le roi procéda lui-même, à partir de 960, à la remise des diplômes. La cérémonie avait lieu en costume de Cour et les rangs des fonctionnaires étaient distingués par la couleur de leur uniforme : pourpre, rouge, écarlate et vert.

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6
Les principes édictés par le Moine Won-Kwang étaient les suivants : servir le roi avec loyauté, servir ses parents avec piété filiale, être fidèle à ses amis, ne jamais reculer au combat et ne pas tuer inconsidérément.

7 Cf. André FABRE, 1988, pp. 132-136.


Le concours national comportait trois catégories d'épreuves :

- matières civiles pour les postes civils ordinaires ou les postes élevés dans l'administration gouvernementale ;



- matières militaires pour les futurs officiers au service du pouvoir royal ;

- matières diverses pour les fonctionnaires subalternes.



Toutes ces épreuves se déroulaient en trois étapes. On procédait d'abord à un examen préliminaire dans chaque région. Ceux qui avaient réussi se rassemblaient dans la capitale, pour en passer un second à l'Académie Nationale. Pour chaque province, il y avait un nombre limité d'admissibles, calculé au prorata de la population. Après ce double barrage, on pouvait enfin subir, en présence du roi, une ultime épreuve, l'examen du Palais. Celle-ci proposait trois types de concours correspondant aux trois catégories déjà citées :



- le grand concours, qui consistait à rédiger une composition littéraire de culture générale ;

- le petit concours, qui portait sur les classiques chinois ;

- les examens spécialisés, qui servaient à recruter les spécialistes dans des domaines techniques.

En 425 ans, il y eut 252 sessions d'examens et 6 718 reçus.

Ce système permit l'apparition d'une nouvelle classe au sein de la société de Koryo : les lettrés confucéens. Pour eux, la création des examens fut l'occasion rêvée de gravir l'échelle sociale et de prendre part aux affaires de l'Etat.

Par ailleurs, le concours national étant le seul moyen de recruter les fonctionnaires, il était un passage obligé pour les membres de la classe dominante, une garantie de bien-être matériel et, surtout, un grand honneur. Le succès à ce concours était, pour un roturier, la voie la plus sûre pour s'élever socialement et aussi le meilleur moyen de remplir ses devoirs filiaux. Aujourd'hui encore, le concours national demeure un passage obligé pour accéder aux postes élevés, par exemple du Ministère des Affaires Etrangères ou de la Justice.

Vers la fin du XIVe siècle, les programmes furent réorganisés, le confucianisme devenant le principal et unique domaine d'études. L'éducation publique était alors divisée en deux catégories bien distinctes : la première englobait tout ce qui faisait partie du champ des études confucéennes, dispensées dans les instituts publics : l'université nationale (Sung-kyun-kwan) et les établissements secondaires dans la capitale (Hak-dang) et en province (Hyang-gyo) ; la seconde comprenait les matières pratiques, enseignées au sein de départements spéciaux, ouverts dans les services administratifs concernés. Cette dernière formation avait pour objectif de fournir à l'Etat des fonctionnaires subalternes dans des domaines spécifiques : droit, comptabilité, médecine, géomancie, divination, interprétariat, danse et musique.

L'enseignement privé se développa à partir du XIVe siècle. Les académies privées, Sowon, officiellement reconnues par le roi, dispensaient l'étude des classiques confucéens dans un climat relativement libéral. Certaines académies concurrençaient directement l'université nationale par la qualité de leur formation ; mais les lettrés locaux diffusaient leurs propres conceptions et analyses et transformèrent peu à peu ces établissements en écoles de pensée, voire en véritables foyers de contestation en encourageant, à la fin du XIXe siècle, les masses à se révolter contre le pouvoir central. A la suite de ces événements, ils furent interdits par décret royal : seuls quarante-sept d'entre eux, reconnus comme importants, furent néanmoins autorisés à poursuivre leurs activités.

Les écoles élémentaires, Sodang, contribuèrent beaucoup à l'accroissement du niveau d'instruction de la population et à la diffusion des valeurs et traditions confucéennes dans tout le pays. Chaque village possédait au moins une ou deux écoles qui avaient des formes diverses : soit une salle de classe aménagée dans la maison d'un villageois instruit faisant office de maître d'école, soit une école construite par les habitants, qui faisaient venir ensuite un maître pour leurs enfants.

Ce n'est que vers la fin du XIXe siècle que ces établissements commencèrent à modifier leurs programmes en y ajoutant de nouvelles matières, notamment des sciences sociales et des langues occidentales et à créer de nouvelles écoles destinées aux enfants des milieux modestes. Les femmes étaient exclues jusqu'alors de l'enseignement public. Leur niveau d'instruction -dispensée à la maison- dépassait rarement la maîtrise des caractères coréens et des idéogrammes chinois rudimentaires. Les seules initiatives des parents consistaient à développer, en elles, un esprit vertueux et à les préparer à devenir des épouses idéales : fidèles, loyales, effacées et efficaces pour le bon fonctionnement de la maison.

D'une manière générale, on peut observer un conservatisme et une orientation néo-confucéenne, fortement impliqués à travers tout l'ancien système éducatif.

On peut donc dire que " l'éducation confucéenne a fait des Coréens des hommes responsables et modérés, ayant un sens moral aigu et manifestant beaucoup d'intérêt pour les études et l'instruction en général. La conviction que c'est à travers l'éducation que l'on devient vraiment un homme est encore aujourd'hui profondément enracinée dans l'esprit de la population " (Sun-Young PARK, 1991, p. 12).

C. RICHESSES ET TRADITIONS CULTURELLES

Les traditions culturelles coréennes sont largement redevables au confucianisme et au bouddhisme. On retiendra trois domaines d'élection : l'écriture, l'art religieux et la peinture.

1. Imprimerie et édition

Il est bien connu qu'au XVe siècle, l'invention par GUTENBERG des caractères mobiles typographiques devait révolutionner la circulation de l'information en Occident. On oublie souvent, en revanche, que GUTENBERG fut inspiré par les méthodes d'imprimerie coréenne qui, dès le XIIIe siècle, avaient commencé à faire leur chemin vers l'Europe en passant par la Chine, puis le monde arabe8.

C'est en 1234 que l'on commença à utiliser, en Corée, la typographie, avec les premiers caractères métalliques amovibles, pour la publication de vingt-huit exemplaires du Sang-Jong-Yé-Mun, le code complet et détaillé de l'étiquette. La plus ancienne oeuvre, conservée et imprimée avec ces caractères, est une collection de sermons du bouddhisme Zen, Traits édifiants des patriarches rassemblés par le Bonze Paik-Oun, réalisée en 1377, dont une copie se trouve à la Bibliothèque Nationale de Paris (Francis MACOUIN).9

A cette époque fut également sculptée, sur de larges planches en bois, la plus ancienne et la plus complète collection de textes bouddhiques : la TRIPITAKA coréenne était un ensemble de plus de 80 000 planches à imprimer, réalisé dans l'espoir que ce pieux hommage à Bouddha protégerait le royaume contre les envahisseurs mongols, espoir qui se révéla vain, car la première série, fruit d'un effort national qui dura soixante-treize ans sous six règnes successifs, fut détruite par ces belliqueux voisins ! Heureusement, la seconde collection a été conservée dans le temple de Haeinsa, au centre du pays et constitue, avec les céladons, l'un des principaux patrimoines de cette période.

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8
Cf. L'imprimerie Coréenne de A à Z, Culture Coréenne, n° 12, février 1986, pp. 34-36.

9 Des livres coréens anciens à Paris, Culture Coréenne n° 26, 1991, p. 12.

.


Les Coréens furent ainsi les premiers au monde à s'équiper de la xylographie10 et des caractères mobiles d'imprimerie. L'extension de cette technique se fit au début du XVe siècle, quand le fils du fondateur du royaume de Chosun (1392-1910), soutint ardemment son développement, afin d'encourager le peuple à étudier le confucianisme, fondement de l'Etat.

Son successeur, le roi Séjong, dans le but de protéger la culture coréenne et de la détacher de toute influence chinoise, prit l'initiative de créer un alphabet coréen. Promulgué en 1446, après cinq ans de recherche et trois ans d'expérimentation dans un institut spécialement conçu pour son élaboration, cet alphabet, le Han'gul, se répandit rapidement et bénéficia d'une grande popularité, grâce à son excellente conception : il est à la fois phonétique et phonémique, le signe de chaque consonne représentant la position de la langue pour prononcer le son correspondant (cf. le système d'écriture coréen en annexe 1).

Son invention accéléra le développement et la démocratisation de l'imprimerie, un grand nombre d'ouvrages chinois furent traduits et la littérature locale commença à se développer. En effet, si les écoles confucéennes continuaient à dispenser un enseignement entièrement en chinois pour les fils de bonne famille se préparant à la carrière administrative, les ouvrages rédigés et imprimés en coréen pouvaient être lus par tous. C'est ainsi qu'en 1866, l'Officier de Marine ZUBER, membre de l'expédition venue demander des comptes après la mise à mort de missionnaires français, nota dans son rapport : " Un fait qu'on ne peut s'empêcher d'admirer dans tout l'Extrême-Orient et qui ne flatte pas notre amour-propre, c'est la présence de livres dans les habitations les plus pauvres. Ceux qui ne savent pas lire sont bien rares et encourent le mépris de leurs concitoyens. "

De nos jours, la lecture constitue toujours une approche culturelle importante. La florissante édition coréenne actuelle provient de cet héritage et repose sur le respect du savoir. En dépit des qualifications rigoureuses que l'on exige des éditeurs, il existe environ 2 800 maisons d'édition, qui publient aussi 1 800 périodiques (quotidiens, hebdomadaires, mensuels et trimestriels). En 1992, les ouvrages littéraires représentaient 20 % de l'ensemble des livres édités, les livres pour enfants 17 %, de sciences sociales 12 %, ceux des sciences naturelles et des techniques, 12 %, et les manuels scolaires, 16 %. La part des ouvrages consacrés aux langues était de 4 %.

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10
Invention chinoise, développée par les hommes de Silla au début du VIIIe siècle. La traduction en chinois du Dharani Sutra " de la lumière pure ", conservée au Musée National de Séoul, serait le plus vieil imprimé subsistant au monde. La Corée, Que sais-je ? Paris, PUF 1991, p. 29.

2. Arts et bouddhisme

Si le confucianisme a joué un rôle essentiel sur le plan intellectuel, le bouddhisme a beaucoup apporté sur les plans artistique et culturel.

L'art religieux atteignit son apogée au VIIIe siècle, l'âge d'or du premier royaume unifié. Le bouddhisme, florissant grâce au soutien de la Cour, a fortement influencé la création artistique. La capitale, Kyungju, avec alors plus d'un million d'habitants (dix fois plus qu'aujourd'hui), était renommée pour sa beauté et sa prospérité.

L'art sacré continua à se développer sous le royaume de Koryo, qui adopta le bouddhisme comme religion d'Etat. Ce dernier stimula la construction de temples, la sculpture et la peinture. Les statues bouddhiques et les pagodes de cette époque furent remarquables par leur grand nombre et leur finesse. Mais en 1392, au début du royaume de Chosun, le remplacement de la religion d'Etat bouddhique par le confucianisme amena un mépris de l'art bouddhique, avec pour conséquence un profond déclin de la sculpture religieuse.

En ce qui concerne la céramique, le bouddhisme s'intéressa peu à cet art qui bénéficiait déjà d'une longue tradition avec son style sobre et modeste. Au XIIe siècle, à partir du moment où l'influence chinoise fut rejetée, la créativité locale put s'épanouir dans un raffinement de haut niveau. Ainsi naquirent le bleu-vert de la glaçure des céladons et les techniques d'incrustation, au service d'une poterie plus féminine et élégante. Mais, là aussi, la prédominance du confucianisme entraîna un changement de style et de conception artistique : les poteries différèrent radicalement par leurs formes plus masculines et leurs lignes plus droites et plus lourdes. Néanmoins, ces deux formes d'expression différente font la richesse de cette céramique, qui demeure l'objet d'art coréen le plus connu des historiens et des amateurs.

3. Calligraphie et peinture

Dans la Corée ancienne, il fallait maîtriser, pour honorer le titre de lettré, les trois disciplines nobles, la poésie, la peinture et la calligraphie. Pratiquée depuis le IVe siècle, date de l'introduction des idéogrammes chinois, la calligraphie reste le plus respecté et le plus vivant de tous les arts traditionnels ; il fait l'objet d'expositions fréquentes et réunit à ces occasions de nombreux pratiquants de tous âges.

Traditionnellement, des maximes calligraphiées étaient accrochées au-dessus des portes de chaque maison. Aujourd'hui encore, on les retrouve dans les bureaux et les établissements scolaires et universitaires.

En ce qui concerne la peinture, on a toujours distingué la peinture classique de celle dite " populaire " ou " Minwha ", la première étant étroitement liée à l'enseignement confucéen. La peinture classique, influencée par les oeuvres chinoises, avait quelques principes à respecter : les portraits obéissaient à des règles précises et les paysages ne représentaient jamais les lieux réels, mais reflétaient les états d'âmes de l'auteur.

Au XVIIIe siècle, rejetant l'influence chinoise, la peinture populaire, quant à elle, suivait le goût personnel de l'artiste ou de ses clients et s'inspirait d'authentiques paysages et de coutumes locales folkloriques. Libérées de toutes les barrières conventionnelles, ces peintures étaient vivement colorées et très expressives.

Cette époque produisit également des peintures raffinées, au pinceau et à l'encre, prenant comme sujet principal les quatre plantes nobles, symboles des vertus traditionnelles : la prune (fierté), l'orchidée (érudition), le chrysanthème (discrétion) et le bambou (fidélité).

Au début du XXe siècle, la Corée s'est ouverte à l'art occidental et l'influence de ce dernier s'est considérablement accrue à partir des années soixante : les nombreux artistes coréens qui ont étudié en Europe, en particulier à Paris ou aux Etats-Unis, ont joué un rôle majeur dans l'introduction des styles et des tendances de l'art contemporain en Corée. Aujourd'hui, on assiste à un engouement aussi bien pour la peinture traditionnelle que pour la peinture occidentale.

La richesse de toutes leurs traditions culturelles a prédisposé les Coréens à s'intéresser plus particulièrement aux pays étrangers présentant une forte tradition culturelle, comme la Chine en Asie et la France en Europe. C'est une des principales raisons qui explique l'attrait exercé par la France sur les Coréens. Pour qu'un peintre renforce sa notoriété, il lui faut, par exemple, l'intervention d'un critique d'art français. Un article de sa part est très apprécié.

D. SYSTÈME DE VALEURS DES CORÉENS

Le système de valeurs des Coréens est, en partie, issu des préceptes confucéens, sur lesquels se sont greffées des considérations matérielles. Selon les résultats d'un sondage réalisé en octobre 1992 par un quotidien de Séoul (Chosun Ilbo), les principaux voeux des Coréens sont : " fonder sa propre famille, assurer la réussite de ses enfants avec la richesse matérielle et la santé pour chacun ".

Dans le système de valeurs des Coréens, la famille incarne quelque chose de fondamental. Le sens de la famille représente la valeur première (35,1 %), puis la santé (24,3 %) et la fidélité (17,3 %)... autant d'éléments liés à cette microstructure considérée comme fondement de la vie et condition d'un développement harmonieux de la société.

Quant à leurs souhaits, un Coréen sur trois désire, avant tout, la réussite sociale pour lui-même et pour ses enfants. Ce désir est encore accentué chez les cadres et les professions libérales. Viennent ensuite, presque à égalité, la richesse matérielle (16,1 %) et la santé (15,6 %). Si la réunification prend la quatrième position (11,5 %), c'est précisément parce que dix millions de familles, dispersées pendant la guerre de Corée (1950-1953), sont toujours à la recherche des leurs.

L'honneur reste la valeur essentielle chez les gens de plus de cinquante ans (66,7 %), alors que l'argent prend plus d'importance chez les jeunes générations du " boum économique " (46,9 %).

Cette enquête nous permet d'observer une évolution de la mentalité. Les jeunes Coréens d'aujourd'hui sont beaucoup plus individualistes et matérialistes que leurs aînés, qui insistaient davantage sur le partage avec les moins aisés, sur la sagesse, plutôt que les richesses matérielles.

Autrefois, l'argent était un sujet tabou que les nobles devaient ignorer. Avant que l'esprit mercantile n'envahisse la société, seuls les marchands s'intéressaient à l'argent. Ainsi, un lettré sans le sou était beaucoup plus respecté qu'un riche marchand " à la tête vide ".

De nos jours encore, les patrons coréens ne voient pas d'un bon oeil les candidats à un emploi qui osent parler de leur salaire. C'est le meilleur moyen d'échouer à un entretien d'embauche, car on ne doit pas donner l'impression de rechercher d'abord, dans un travail, les avantages financiers. De même, chez les gens de plus de trente-cinq ans, lors de sorties ou de repas au restaurant, une seule personne invite et règle pour tout le groupe, alors que les jeunes préfèrent la coutume actuelle de payer chacun pour soi.

La valeur essentielle et constante reste la famille. Le souci de la réussite des enfants est très ancien ; il a été fortement encouragé, comme on l'a vu plus haut, par l'instauration du concours national à la fin du Xe siècle, système qui a contribué à accroître l'importance de l'éducation et de l'érudition.

L'histoire des exilés de Bukchong illustre bien cet attachement à l'éducation et à la réussite des enfants. Bukchong est une petite ville, située dans la province du Nord, à la frontière avec la Chine. Jusqu'à la guerre de Corée, c'était un passage obligé pour accéder à la Mandchourie, à travers les montages abruptes qui bordent cette frontière. Bukchong était, à l'origine, un lieu d'exil. Les lettrés, victimes des luttes que se livraient entre eux les différents partis politiques, furent envoyés dans cette région difficile d'accès. Leur exil étant définitif, ils se replongèrent dans les études, pour oublier leurs rancunes et la nostalgie de leur ville natale. Ils s'occupèrent également de l'éducation de leurs enfants, en vue de conserver la tradition intellectuelle. C'est ainsi que cette région reculée devint petit à petit un haut lieu d'études.

Au début de ce siècle, la chute de la dernière dynastie permit enfin aux familles de ces exilés de pouvoir à nouveau circuler librement. Les écoles n'étaient pas nombreuses à Bukchong, et encore moins les établissements supérieurs. Les parents devaient donc envoyer leurs enfants au chef-lieu de Mandchourie, ou à Séoul, voire à Tokyo.

Pour financer les études, le père ou le frère aîné s'installaient à Séoul et gagnaient leur vie en distribuant l'eau potable pour des familles nobles. Ils vivaient près du puits, source de revenus, et tous les étudiants de leur région pouvaient venir se loger et se nourrir chez eux.

Une fois le devoir parental accompli, ils regagnaient leur région les mains vides. L'obtention par leurs enfants du diplôme universitaire consacrait la véritable réussite des parents : ils en étaient bien plus félicités que s'ils avaient acquis la réussite matérielle.

Dans le premier cas, on leur disait : " Vous avez bien réussi ", alors que, dans le second, on aurait simplement dit : " Vous avez gagné de l'argent ". Les études représentaient la valeur fondamentale et la voie unique conduisant à la vérité, tandis que les considérations matérielles étaient tenues pour subalternes11.

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11
Entretien et témoignage de Sun-Jip JOU, originaire de Bukchong, lui-même étudiant à Séoul dans les années 30.

Aujourd'hui, bon nombre de professeurs d'université sont originaires de Bukchong et un poème célèbre a immortalisé ses porteurs d'eau.

Le porteur d'eau de Bukchong

Dong-Whan KIM

Mun-yé-dok-bon, 1925

Arrivé chaque matin, dès l'aube,

A travers le chemin en rêve,

Le porteur d'eau de Bukchong

Verse l'eau fraîche d'un seul coup.

Il réveille les gens,

Remue leur coeur,

Et disparaît au loin.

Quand le rêve mouillé d'eau

Appelle le porteur,

Le son grinçant de la palanche

Se fait entendre

Et il disparaît de nouveau sans laisser de traces.

J'attends tous les jours, ce matin encore,

Le porteur d'eau de Bukchong.

Après la guerre de Corée, les parents qui, malgré tout, avaient réussi à obtenir leur diplôme universitaire, souhaitèrent que leurs enfants fissent au moins aussi bien qu'eux, sinon mieux. Ceux qui en avaient été empêchés voulurent prendre leur revanche à travers leurs enfants. Dans les deux cas, ils tenaient cette très forte motivation de leurs propres parents qui avaient vécu sous l'occupation japonaise et dont la grande majorité avait souffert de ne pouvoir continuer leurs études.

Tous ces aspects historiques et socio-culturels permettent de dégager quelques traits caractéristiques de la Corée actuelle.

La volonté d'améliorer les relations humaines implique une grande modération dans tous les domaines. Cela permet, par exemple, une coexistance facile entre les différentes communautés religieuses, tout coréen étant d'abord peu ou prou confucéen, avant d'être bouddhiste, chrétien ou athée. Mais cette recherche de l'équilibre et de l'harmonie conduit à un certain conformisme, en donnant la priorité au bon fonctionnement de la collectivité, plutôt qu'à l'épanouissement de chaque individu.

La société hiérarchisée fait que l'âge et le sexe masculin continuent à dominer, aussi bien en famille que dans la vie active. Nul ne conteste au père son rôle de chef. En cas de disparition du père, ce rôle revient au frère aîné ou au garçon de la famille. Généralement, la femme, après le mariage, reste au foyer et veille à la bonne marche de la maison. Son rôle est complémentaire de celui du mari : elle s'occupe de l'éducation des enfants et gère le budget familial.

Le goût des études reste profondément ancré dans l'esprit des Coréens. En vertu de l'importance donnée à l'éducation et à l'érudition en général, les Coréens terminent au moins leurs études secondaires ; il en résulte un taux d'alphabétisation exceptionnel (99%). Malheureusement, cette tradition demeure spéculative, coupée des aspects pratiques, ce qui aboutit à privilégier l'accumulation du savoir, au détriment de l'esprit de synthèse et d'analyse.

La famille est l'autre élément fondamental et le culte des ancêtres est rigoureusement observé12. Cependant, on constate, depuis une quinzaine d'années, une grande évolution de la vie familiale. L'urbanisation et la taille limitée des logements tendent à séparer de plus en plus les grands-parents de la cellule familiale. Les femmes envisagent volontiers de modifier leur existance, n'étant plus sous la coupe de leur belle-famille13. Les jeunes, quant à eux, tolèrent moins le poids de la tradition et s'occidentalisent rapidement. Les relations avec le père deviennent ainsi moins protocolaires et plus intimes. Malgré cette évolution, la solidarité familiale demeure forte, d'autant plus que le système de protection sociale sous l'égide de l'Etat est peu développé.

En l'espace de quarante ans, la Corée a connu un développement impressionnant : d'un pays ravagé par la guerre, pauvre et dépourvu de ressources naturelles, elle est devenue aujourd'hui le onzième exportateur mondial. Au cours des vingt dernières années (1975-1995), le P.N.B. par habitant a été multiplié par dix-sept, ce qui représente un taux de croissance moyen annuel de 15,2 %.

Ce développement accéléré entraîne des changements dans tous les domaines, accentués par l'influence des médias, avec l'omniprésence de la culture américaine. Face à ces bouleversements, le problème des Coréens est donc de rester fidèles à leurs propres valeurs. La conciliation entre tradition et modernisme reste ainsi une question cruciale à résoudre.

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12
10 % du sol coréen sont occupés par les tombes ! Ce n'est pas Confucius qui instaura le culte des ancêtres, mais il lui donna une dimension nouvelle, en en faisant le prolongement de la piété filiale, vertu cardinale de sa philosophie.

13 Traditionnellement, les parents finissaient leur vie chez leur fils aîné. Celui-ci recueillait la majeure partie de l'héritage et était, dans tous les cas, le responsable de la famille.

II. PRÉSENTATION ET BILAN DU SYSTÈME ÉDUCATIF ACTUEL

Le système éducatif coréen est marqué par la tradition confucéenne qui en définit les finalités et lui donne une certaine rigidité. Il comporte diverses spécificités, dont certaines sont issues d'influences extérieures, notamment le système universitaire inspiré du modèle américain. Il s'inscrit dans le cadre géographique particulier de la Corée, avec les contraintes qui lui sont liées.

A. FINALITÉS ÉDUCATIVES

L'extrait ci-dessous de l'ancienne Charte du Ministère de l'Education donne une idée précise des finalités éducatives en Corée.

"... Afin de développer la capacité de création et l'esprit d'entreprise, nous devons poursuivre nos études, apprendre les techniques et exploiter nos ressources et nos talents, tout en ayant une bonne santé et un esprit sain. Nous donnons la priorité à l'intérêt commun et à l'ordre social, dans la continuité de la tradition d'entraide, fondée sur la confiance et la fraternité. Notre esprit créatif et nos contributions concourent à la prospérité du pays, elle-même à la base de la prospérité de chacun.

Nous devons remplir nos devoirs et assumer nos responsabilités pour préserver notre liberté et nos droits. Nous devons fortifier l'esprit national, pour contribuer de manière active au développement du pays... ".

A la différence du système occidental, en particulier français, où sont d'abord recherchés l'épanouissement individuel et la formation d'un esprit autonome et critique, le système coréen privilégie le sens de la collectivité. Dans la vie active comme au sein de la famille, les Coréens doivent toujours penser aux conséquences pour les autres de leurs choix et de leurs actes. Par exemple, les étudiants n'interrompent jamais les cours par des questions pour ne pas perturber l'attention de leurs camarades. L'individu doit être éduqué selon les normes sociales pour être au service du bien commun. La bonne intégration de chaque individu -responsable et coopératif- dans la société est considérée comme indispensable à la prospérité du pays.

Un autre but recherché par l'éducation est de favoriser le développement de personnalités équilibrées et harmonieuses, puisque les relations humaines sont fondées sur l'harmonie. Ainsi, savoir agir ou réagir de façon équilibrée est beaucoup plus important que d'avoir un esprit vif ou critique qui apparaît, au contraire, souvent comme un facteur de désordre. L'intelligence, pour les Coréens, ne repose pas uniquement sur de brillantes qualités intellectuelles ou des talents particuliers, mais principalement sur la sagesse et la lucidité, permettant à chacun de se situer au juste milieu, loin des extrêmes. Cette modération dans tous les domaines est une valeur fondamentale exigée depuis toujours.

Les finalités éducatives consistent donc à former des hommes modérés et responsables, qui s'intègrent entièrement dans la société, aptes par là-même à servir le pays pour son plus grand bien.

B. SPÉCIFICITÉ DU SYSTÈME ÉDUCATIF CORÉEN

1. Un système où cohabitent public et privé

Le système éducatif coréen se caractérise par la cohabitation de l'interventionnisme étatique et de l'initiative privée.

Le rôle de l'Etat dans l'éducation est très ancien ; il remonte à l'an 372, date de la fondation du premier institut supérieur. Il demeure prépondérant dans l'enseignement primaire et secondaire, et se trouve à parité avec l'initiative privée dans l'enseignement supérieur.

L'organisation de tout le système éducatif dépend du Ministère de l'Education. Il est responsable de l'élaboration et de l'exécution des politiques relatives à l'éducation publique et aux activités académiques. Les villes principales et les provinces ont des conseils d'éducation, qui s'occupent des activités éducatives dans les écoles primaires et secondaires. Le gouvernement leur donne ses directives et leur fournit une assistance financière. Les subventions de l'Etat constituent la plus grande part des ressources de ces écoles.

Le Ministère de l'Education supervise également tout l'enseignement supérieur, en exerçant son pouvoir de contrôle sur le nombre d'étudiants admis, sur la qualité du personnel enseignant, ainsi que sur les cours en général. En revanche, au plan financier, l'Etat ne subventionne que les universités nationales, ce qui représente seulement environ 20 % des établissements supérieurs.

2. Un système coûteux pour les familles

Les contributions financières de l'Etat, incomplètes au niveau de l'enseignement secondaire et très réduites au niveau du supérieur, entraînent un transfert de charge sur les familles.

A l'heure actuelle, l'école primaire est obligatoire et gratuite, le premier cycle du secondaire est obligatoire mais en partie payant, dans les écoles privées comme dans les écoles publiques. Néanmoins, la plupart des élèves suivent le second cycle. En dépit du coût des études supérieures (environ 20 000 francs par an en moyenne), près de la moitié des élèves du second cycle entrent en faculté. L'attrait du diplôme -voire son exigence- est tel que beaucoup de familles acceptent de faire les sacrifices nécessaires.

A titre indicatif, en 1960, une famille en ville gagnait soixante francs par mois et dépensait souvent davantage en s'endettant. Aujourd'hui, la même famille a un revenu beaucoup plus élevé, 13 500 francs par mois et dépense 12 000 francs en moyenne. Entre-temps, les frais d'études, y compris les leçons particulières, très répandues en Corée, ont été multipliés par 450, soit deux fois plus vite que le revenu moyen14.

Si les parents financent les études en manifestant le plus grand soutien possible, les jeunes, eux, oublient loisirs et heures de sommeil pour préparer le concours d'entrée en faculté. Les universités sont, certes, nombreuses (141 établissements), mais la plupart sont privées et jouissent d'un prestige très inégal. La sélection est faite essentiellement sur les notes obtenues au concours. La compétition est très serrée pour accéder aux universités les plus cotées car, outre leur prestige, les relations qui se nouent sur les campus sont un atout irremplaçable pour la réussite d'une carrière professionnelle. Ainsi, quand une entreprise recrute, elle donne généralement la priorité aux candidats venant de la même faculté que ses dirigeants. Cela explique l'importance des sacrifices consentis par les parents pour la réussite de leurs enfants.

3. Un système récent dans sa forme actuelle

Malgré l'ancienneté et l'importance de l'enseignement en Corée, ses caractéristiques actuelles sont récentes.

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14
Source de l'information télévisée KBS Séoul, septembre 1993.

Jusqu'en 1887, l'enseignement était strictement réservé aux garçons. La première ouverture aux filles eut lieu l'année suivante, avec la création de deux écoles de filles à Séoul par des missionnaires américains. La nouvelle politique éducative du gouvernement royal, marquée par l'adoption, en 1894, d'un système scolaire d'inspiration occidentale, a été interrompue par l'occupation japonaise. La mise en place du système éducatif actuel date seulement de 1945, après le départ des Japonais. C'est le commandement militaire américain, responsable du Sud de la Corée, qui réorganisa l'enseignement en s'inspirant du schéma des Etats-Unis.

a) L'enseignement primaire

La majorité des écoles primaires sont publiques et mixtes. L'enseignement dure six ans (de la première à la sixième) et dispense huit matières principales dans le cadre d'un programme national : morale, coréen, études sociales, arithmétique, sciences naturelles, éducation physique, musique et beaux-arts. En quatrième année, sont ajoutés les travaux ménagers. Tous les manuels scolaires sont édités et diffusés par le Ministère de l'Education.

Les enfants vont en classe du lundi au samedi midi sans interruption. Il faut noter l'importance donnée aux matières artistiques, que les enfants approfondissent à l'extérieur. Les parents les inscrivent à des cours privés, où ils suivent au moins une ou deux disciplines différentes (musique, peinture, arts martiaux, calligraphie...). La connaissance de ces matières forme ainsi la culture générale des enfants coréens. Depuis quelques années, l'apprentissage de l'anglais est aussi très suivi.

Pendant toute cette période, les parents sont omniprésents dans la vie de l'école et des enfants. L'échec scolaire n'existe pas car, poussés par leurs parents, les petits Coréens savent lire et écrire avant d'entrer dans le primaire.

Les maîtres d'écoles sont, en général, nommés dans leur région natale après quatre ans d'école normale. Chacun s'occupe entièrement d'une classe qui compte entre trente et cinquante écoliers.

b) L'enseignement secondaire

A l'âge de douze ans, tous les élèves débutent l'enseignement secondaire. La mixité devient rare. Il y a autant de professeurs que de matières, mais en plus de ses cours, chaque enseignant est chargé de la direction des études pour une classe entière : il rencontre ses élèves au début et à la fin de chaque journée, surveille leurs études, remplit les tâches administratives, etc. Ces enseignants ont généralement suivi quatre ans de formation dans les facultés de pédagogie.

Le secondaire comprend deux cycles de trois ans chacun.

En premier cycle, douze matières sont dispensées : éducation civique, coréen, composition littéraire, idéogrammes chinois, anglais, mathématiques, histoire de la Corée, géographie, biologie, éducation physique, musique et beaux-arts. S'y ajoutent, pour les écoles de filles, la gestion ménagère et la danse et, pour celles de garçons, les travaux ménagers et techniques. Les élèves ont huit à neuf heures de cours par jour, du lundi au samedi midi, plus une à deux heures par semaine d'activités hors programmes.

En second cycle, le programme comprend douze matières principales et obligatoires (coréen, anglais, seconde langue étrangère, mathématiques, histoire, géographie, biologie, chimie, physique, géologie, éducation physique et gestion ménagère ou technologie), des cours facultatifs (musique, beaux-arts, danse, composition littéraire, idéogrammes chinois...) et une séance par semaine d'activités hors programmes.

L'enseignement des langues étrangères est centré sur l'anglais, première langue obligatoire ; les secondes langues sont introduites en second cycle sur un programme extensif, une à trois heures par semaine. Le choix d'une seconde langue ne dépend pas de l'élève, mais de l'établissement qu'il fréquente.

Les contenus de l'enseignement et les ouvrages sont conçus et édités par le Ministère de l'Education.

L'évaluation intervient systématiquement en fonction des matières. Les lycéens ont, au début de chaque semaine, un contrôle des matières fondamentales, à la fin de chaque mois un examen dans toutes les matières et l'étape finale de leurs études est marquée par le concours d'entrée en faculté. Leur apprentissage est donc un parcours rempli d'épreuves à passer en permanence, au point qu'ils n'ont pas le temps d'approfondir leurs connaissances, ni de rattraper les retards ; ils doivent apprendre très rapidement tout ce qui est enseigné dans un programme intensif. L'abondance des cours particuliers peut s'expliquer par le désir des lycéens de remédier à leurs difficultés de compréhension et de combler les lacunes des cours à l'école.

A la fin du premier cycle, les élèves qui souhaitent rapidement trouver un emploi optent pour l'enseignement professionnel dispensé dans les lycées techniques. A la sortie, ces élèves sont embauchés principalement dans les usines et les banques, où ils mettent en pratique les connaissances acquises.

L'ouverture récente de lycées spécialisés dans différents domaines, langues étrangères, sciences, technologie, marine marchande et sport, va accélérer les processus de formation des personnels qualifiés. Auparavant, seuls existaient les lycées de musique et de beaux-arts.

Par ailleurs, il faut souligner l'importance de l'éducation physique tout au long du cursus scolaire : elle est obligatoire au concours d'entrée en faculté, avec cinq ou six épreuves distinctes. Le sport est également omniprésent dans les programmes d'université. Dans tous les établissements scolaires et universitaires, sont organisées chaque année des rencontres sportives, permettant ensuite de participer à des épreuves régionales et nationales. Les meilleurs athlètes lycéens sont directement admis en faculté, sans concours.

Les écoles organisent aussi des activités extra-scolaires : sorties au cinéma, au théâtre et au musée, excursions de printemps et d'automne, où les élèves se détendent en pleine nature, voyages scolaires de fin d'études... Les séjours linguistiques sont rares chez les lycéens : la pratique de la langue est peu prise en compte dans l'enseignement et les programmes d'études sont déjà surchargés. Néanmoins, pour les langues occidentales, la destination la plus fréquente demeure les Etats-Unis. Les élèves des lycées de langues étrangères se rendent plutôt au Japon ou à Taïwan, en raison de leur proximité géographique et de leur influence grandissante.

Les lycéens participent également à de nombreux concours proposés soit par le Ministère de l'Education (concours de mathématiques, concours de l'invention technologique...), soit par les universités ou les journaux publiés en anglais (concours de rhétorique anglaise...) ou encore par les médias locaux (divers concours de musique et de beaux-arts...). Les gagnants obtiennent des bourses pour financer leurs études ou la permission d'entrer sans examen en faculté.

c) L'enseignement supérieur

80 % des établissements supérieurs sont privés et plus d'un tiers se trouve dans la capitale. La mixité regagne du terrain ; une dizaine de facultés seulement sont féminines. La plupart de ces universités sont récentes et toujours présidées par leur fondateur. Le président est secondé par trois directeurs, l'un en charge des étudiants, le second en charge des contenus de l'enseignement et le troisième de l'administration et des finances. Les deux premiers sont des professeurs titulaires, élus par le conseil des enseignants. Cette organisation administrative est également valable pour les établissements secondaires, avec une appellation légèrement différente.

L'enseignement supérieur comprend les diplômes suivants :

- licence au terme de 4 ans d'études ;

- maîtrise au terme de 6 ans d'études;

- doctorat au terme de 11 ans d'études.

Pour passer de licence en maîtrise, il faut, bien sûr, avoir obtenu le diplôme mais, de plus, satisfaire à un concours d'entrée dans le cycle supérieur. Il en est de même de la maîtrise en doctorat. Le premier diplôme donne lieu à la rédaction d'un mémoire, les deux autres à celle d'une thèse. Les épreuves orales n'existent pas, seul un entretien est inclus dans chaque concours.

Les objectifs principaux de l'enseignement supérieur consistent, d'une part, à former des esprits ouverts et cultivés, d'autre part, à préparer chaque individu à la vie active et à son insertion professionnelle. Ce sont donc des objectifs à la fois culturels et pratiques.

Les matières de culture générale, négligées pendant la période de préparation du concours d'entrée -elles ne font pas partie du programme- sont reprises au début de l'enseignement supérieur. A l'instar du système américain, les deux premières années universitaires permettent de compléter la culture générale. L'éventail des matières proposées est très large : les étudiants doivent en choisir deux ou trois parmi l'histoire, l'histoire de l'art, la philosophie, la psychologie, l'anthropologie, la sociologie, l'informatique et les langues étrangères. L'enseignement de ces matières prend autant de temps que celui de la spécialité suivie et il se poursuit jusqu'à la fin des études, mais avec un horaire plus réduit.

Les étudiants ne se contentent pas de l'enseignement offert par l'université, mais fréquentent aussi des cours privés pour compléter leur formation, surtout en informatique et en langues étrangères. Ces matières, pour lesquelles l'enseignement est insuffisant, sont indispensables à double titre : les concours d'entrée en maîtrise et en doctorat comprennent obligatoirement l'anglais et une seconde langue étrangère, allemand ou français ; si l'étudiant veut être embauché dans une entreprise, il doit passer un concours comportant systématiquement l'anglais et l'informatique.

L'université prépare également aux carrières spécialisées qui, en France, relèveraient d'écoles spécifiques : instituteurs, infirmières, secrétaires, pilotes, hôtesses de l'air, guides touristiques, carrières militaires...

Les universités sont largement sollicitées par des organismes extérieurs pour participer à des manifestations culturelles et récréatives. Les plus connues sont les concours de chansons organisés chaque année par les chaînes de télévision, pour promouvoir la création musicale et découvrir de jeunes talents parmi les étudiants. Les prix offerts aux lauréats les aident à financer leurs études. La plupart des gagnants continuent, avec succès, une carrière professionnelle dans la chanson : les Coréens adorent les variétés et apprécient tout particulièrement les chanteurs étudiants, qui se distinguent par un bon niveau culturel. De même, des jeux télévisés sont organisés de façon identique, en étroite relation avec les universités. Ces jeux, devenus très populaires, furent créés au départ pour les lycéens et se sont élargis aux étudiants.

Une autre forme d'ouverture est apportée par les bourses d'entreprises. Les plus grandes sociétés prennent en charge les meilleurs éléments pendant toutes leurs études en Corée et même à l'étranger. Dans les sections françaises, l'ouverture à française et concours de rhétorique, organisés par l'Alliance Française de Séoul, avec pour premier prix un voyage en France. Plus récemment, un concours de théâtre en langue française s'y déroule tous les deux ans, devant un jury composé de metteurs en scène coréens et de diplomates et enseignants français. L'Ambassade de France soutient, pour sa part, une troupe d'étudiants qui présente des pièces de théâtre en français dans les villes principales.

Une autre particularité du système d'enseignement coréen est de solenniser chaque progression dans les études. Le passage à une étape supérieure est marqué par une grande cérémonie de remise du diplôme. C'est une occasion, pour les élèves et étudiants, de recevoir honneur et reconnaissance et aussi de remercier professeurs et parents. Aucune étape n'est considérée comme mineure et même les petits écoliers de maternelle, vêtus de la robe noire de cérémonie et coiffés d'une toque, sont fiers d'obtenir leur premier diplôme en présence de leurs parents tout aussi émus. Ces cérémonies, qui prennent davantage d'ampleur à mesure que le niveau avance, ont leur origine à la fin du Xe siècle, lors de la création du concours national et de la remise solennelle des diplômes par le roi.

C. LE SYSTÈME ÉDUCATIF DANS SON ESPACE

1. L'influence de l'environnement géographique



A l'est du vaste continent asiatique, la péninsule coréenne côtoie au nord la Mandchourie et l'est de la Russie, et se rapproche au sud-est d'environ 200 km de l'extrémité du Japon. Elle est séparée de la Chine à l'ouest par la mer Jaune, et de l'archipel japonais à l'est par la mer de l'Est (mer du Japon).

Située entre le 33e et le 43e parallèles sur 840 km, 360 dans sa plus grande largeur, à peine 200 dans sa partie la plus étroite, elle a une superficie totale de 221 325 km2, y compris les 5 579 îles et îlots répartis sur les trois côtes (est, ouest, sud). A l'issue de la guerre de Corée, la ligne de cessez-le-feu a divisé le pays à la hauteur du 38e parallèle, ce qui a laissé au Sud 44,6 % de la totalité du territoire, soit 98 555 km2 qui représentent un peu moins du 1/5e de la France.

La surface du territoire est occupée à 70 % par des collines et des montagnes d'altitude moyenne. Les plaines sont donc rares et 43 millions d'habitants vivent sur une surface très limitée, qui correspond à peu près à la superficie de la Belgique. On observe une forte concentration urbaine. La moitié de la population habite les trois villes principales : Séoul, la capitale, avec 13 millions d'habitants, Pusan, la seconde, 5 millions, et Daegu, 3 millions et demi. C'est une population jeune :  en 1994, la proportion des moins de vingt-cinq ans s'élevait à 44,7 %.

Le pays est arrosé par un nombre relativement important de cours d'eau. Le fleuve Han (514 km) traverse la capitale et, plus au sud, l'autre fleuve, le Nakdong (521 km), contourne Pusan en se jetant dans la mer du sud.

Cette double particularité géographique est soulignée par le vocabulaire : le mot paysage se dit, en coréen, " fleuves et montagnes, kangsan ".

Les montagnes, visibles de partout, constituent un lieu d'excursion durant les saisons tempérées, c'est-à-dire au printemps et en automne. Elles ont une découpe caractéristique : sommets de granit, tantôt en pentes abruptes, tantôt en courbes douces, gorges profondes où coulent des torrents, cascades, forêts... Les monastères bouddhiques (7 200 temples et ermitages regroupés dans les montagnes à la fin du XIVe siècle) y ajoutent un intérêt particulier, en faisant découvrir aux élèves leur patrimoine historique et religieux.

Comme le terrain en plaine est très onéreux, beaucoup d'écoles sont construites sur des collines, situées elles-mêmes en pleine ville. L'environnement scolaire y est favorable : davantage d'espace avec verdure, diminution du bruit et de la pollution atmosphérique. Il s'ensuit un avantage certain grâce à ce cadre naturel propice à la concentration nécessaire aux études.

La mer est également un endroit privilégié pour les élèves des villes portuaires. Ils passent régulièrement au début de chaque été quelques jours sur la plage en participant à des activités collectives : gymnastique, natation, distractions avec chants, danses, etc. C'est aussi une manière de se détendre pour tous ceux qui vont passer l'examen d'entrée, avant d'aborder les cours organisés pendant les vacances.

2. L'influence du climat

La Corée vit quatre saisons bien distinctes avec une météorologie variée. Le calendrier scolaire s'organise au rythme de ces saisons.

De novembre à mars, un vent glacial, venant des plaines de Sibérie, balaie le pays, entraînant un temps froid et sec. La température moyenne oscille entre -5° et -15°C dans le nord. Le sud est un peu mieux protégé grâce à l'influence océanique qui adoucit le climat et la température descend rarement au-dessous de 0°C.

A l'opposé, de juin à août, la température varie de 25 le matin à plus de 30°C dans la journée avec, en début d'été, des averses chaudes et humides venant de l'océan Pacifique.

Cette alternance des vents donne deux saisons extrêmes. Ces périodes difficiles sur le plan climatique correspondent aux congés scolaires, qui sont employés par les élèves au rattrapage des cours dans les instituts privés et, par les étudiants, à l'apprentissage des langues étrangères et de l'informatique.

La première rentrée scolaire a lieu en mars, mais le printemps n'apparaît qu'à la mi-avril et il est précédé de vents froids, annonciateurs de la fin de l'hiver. Cette lutte entre l'hiver finissant et l'arrivée du printemps fait dire aux Coréens " Les vents froids jalousent l'arrivée des fleurs ". Cette période est marquée par une manifestation appelée " la cérémonie d'entrée ", qui consiste à accueillir les nouveaux élèves de chaque établissement. Les classes sont rassemblées dans la cour principale, où les petits et grands grelottent en écoutant les discours des autorités. Mais, dès les prémices du printemps, la nature explose littéralement avec un jaillissement de fleurs, de plantes et de cultures. Les élèves partent alors en excursion pour aller admirer les cerisiers en fleurs.

L'automne, beau et court, correspond au second semestre ; il est l'occasion de nombreuses activités intellectuelles et physiques, en particulier la fête des Sports organisée dans chaque établissement avec la participation des parents. C'est aussi la saison privilégiée pour la lecture, comme disaient autrefois les Coréens : " lire tard en compagnie des lucioles ". L'automne est sans doute la plus belle saison de l'année : le ciel redevient bleu ; les forêts et montagnes brillent de mille ors et de la splendeur des érables rouge-vif. La seconde excursion commence.

Quelques difficultés majeures se présentent à l'occasion des événements importants qui se déroulent chaque année en plein hiver : le concours d'entrée à l'Université en janvier et les cérémonies de remise de diplôme qui ont lieu en février, avant la rentrée scolaire. La neige et le verglas créent des embouteillages et il est fréquent de trouver des retardataires aux examens, ce qui était impensable il y a dix ans. Certains ont proposé de décaler ces examens, en début d'hiver par exemple. Pendant toute la durée des examens, les mères attendent dehors malgré le froid glacial du plein hiver.

Ces événements, déterminants pour la vie scolaire coréenne, pourraient se dérouler dans de meilleures conditions s'ils avaient lieu plus tôt dans la saison.

3. L'influence du milieu

Traditionnellement, il était préférable d'habiter en ville plutôt qu'à la campagne pour suivre des études car, si les établissements primaires étaient répartis dans tout le pays, les établissements secondaires et supérieurs restaient concentrés à Séoul et dans les villes principales. Il y avait bien des lycées dans les petites villes, mais inégalement répartis et de niveau généralement inférieur. Les parents préféraient donc envoyer leurs enfants dans la capitale dès le début des études secondaires, pour leur permettre d'accéder plus facilement à l'université. Cela entraînait de très gros efforts, tant pour les enfants qui devaient suivre les études loin de leur famille, que pour les parents qui devaient assumer de lourdes dépenses.

L'exode rural, dû à une industrialisation rapide au cours des trois dernières décennies, a évidemment accentué cette tendance : il a eu pour conséquence de réduire le nombre de classes, même de les supprimer dans le milieu rural. Certaines écoles, dans les montagnes isolées ou les îles peu peuplées, ont des conditions de fonctionnement extrêmement dures. Les élèves doivent effectuer un déplacement quotidien en car ou en bateau. Les collèges de moins de cent cinquante élèves souffrent du manque de professeurs et d'installations. Afin d'améliorer cette situation, le Ministère de l'Education encourage les enseignants à s'installer dans ces zones isolées, en leur offrant des indemnités importantes et d'autres avantages. Mais encore faut-il qu'il y ait un minimum d'effectifs.

Au sein des grandes villes, des disparités existent en dépit des mesures de sectorisation : jusqu'en 1969, l'admission au lycée était conditionnée par le succès au concours d'entrée. Depuis cette date, le choix du lycée résulte d'un tirage au sort effectué dans chaque zone d'habitation. Cette réforme a eu pour objectif d'éliminer la discrimination entre les établissements de bonne qualité et ceux de moindre réputation. Elle a permis ainsi d'uniformiser la qualité de l'enseignement et de diminuer les tensions que subissaient les élèves avant, pendant et après le concours, dans l'attente du résultat, tout autant que l'inquiétude des parents.

Mais, malgré cette sectorisation, on observe encore des différences entre établissements. Les meilleurs se trouvent dans les nouveaux quartiers résidentiels, où les familles ont un niveau de vie élevé, avec peu d'enfants (un ou deux au maximum). Les parents soutiennent particulièrement les études de leurs enfants et participent généreusement à l'amélioration des conditions matérielles. Ces écoles, proches et bien équipées, offrent ainsi de bonnes conditions de travail : effectifs raisonnables (trente ou quarante élèves), groupes homogènes, salles avec vidéo...

Ces écoles font cependant figure d'exception. La concentration des écoles dans les grandes villes et l'attrait qu'elles exercent alentour, entraînent des effets pervers dus aux sureffectifs, d'une part, et aux temps de trajet, d'autre part. En raison des surcharges en effectifs, certains établissements primaires sont obligés de séparer leurs plus jeunes élèves en deux groupes et de dispenser un enseignement en alternance, la place dans les locaux étant encore insuffisante.

Les élèves et surtout les étudiants habitant loin des établissements, subissent un surcroît de fatigue due aux transports longs et pénibles. La majorité d'entre eux perd deux heures en moyenne dans les trajets aller retour ; ils arrivent fatigués au cours, après avoir subi la bousculade, le bruit et les embouteillages. En effet, la croissance économique fulgurante, largement fondée sur les initiatives privées, a négligé le développement parallèle des infrastructures. C'est le cas notamment du réseau routier et des voies urbaines, qui ne peuvent supporter l'accroissement trop rapide des automobiles, plus de 6 millions en 1993. Il en est de même pour les transports collectifs urbains, qui n'ont pas suivi le développement exponentiel et anarchique des villes.

On observe, depuis quelques années, un changement en réaction contre ces inconvénients. De plus en plus de Coréens souhaitent s'éloigner des villes surpeuplées pour s'installer à l'écart, dans un environnement plus favorable à la qualité de vie. Cette extension des zones urbaines en direction des proches campagnes pourrait favoriser une répartition plus équilibrée des écoles sur l'ensemble du territoire avec, pour conséquence, des classes moins chargées et une meilleure qualité d'enseignement.

D. PROBLÈMES RELATIFS AU SYSTÈME UNIVERSITAIRE

1. Un système confronté à un afflux massif d'étudiants

L'enthousiasme dont font preuve les Coréens vis-à-vis de l'éducation, la recherche de la réussite sociale conditionnée par l'obtention du diplôme universitaire et le nombre de places encore insuffisant dans les facultés, malgré la forte augmentation de ces dernières années, ont creusé un décalage énorme entre l'offre et la demande dans l'enseignement supérieur. Les universités coréennes sont confrontées à un afflux massif d'étudiants qui entraîne une dégradation de la qualité de l'enseignement.

Depuis la fondation de l'Université Nationale de Séoul en 1946, la première de type occidental en Corée, le nombre d'établissements supérieurs et d'étudiants a augmenté de façon spectaculaire.

En 1986, la Corée possédait 100 universités, fréquentées par 250 650 étudiants et, en 1992, 134 établissements pour 1 090 000 étudiants. Le nombre d'universités est donc tout à fait insuffisant pour absorber cet énorme surplus d'étudiants. Chaque année, environ 800 000 candidats se présentent au concours d'entrée. Seuls 300 000 sont admis et les autres tentent leur chance l'année suivante, sans aucune garantie de succès. Cet important problème de redoublement pousse souvent les parents à envoyer leurs enfants à l'étranger, pour qu'ils apprennent au moins une langue étrangère. Cela peut être une solution dans l'immédiat, mais sûrement pas une solution définitive car, sans diplôme universitaire, ils auront, à leur retour en Corée, des difficultés à trouver du travail. Beaucoup de Coréens s'interrogent donc sur le devenir de ces étudiants à l'étranger.

La conséquence majeure de cet afflux d'étudiants est un manque de moyens humains et financiers, comme le montre un rapport récent de l'Université de Yonsé à Séoul.


·
manque de moyens humains :

Chaque section universitaire a, en moyenne, quatre à cinq cents étudiants. Dans certains cas extrêmes, un département compte 2 300 étudiants pour 28 professeurs.

Confrontés au problème des sureffectifs, les enseignants ont aussi plusieurs rôles à effectuer : chacun doit, en plus de dix heures de cours par semaine, mener son travail de recherches, en présenter régulièrement les résultats15, mais aussi s'occuper d'une quarantaine d'étudiants. Il s'agit là d'un travail supplémentaire, imposé par le Ministère de l'Education, dans le but précis de mieux contrôler chaque membre du département. En définitive, les tâches complémentaires ayant autant d'importance que les cours, les enseignants éprouvent beaucoup de difficultés à accomplir tout le travail imposé.

De nombreux enseignants à temps partiel ont dû être engagés pour compenser le nombre insuffisant des titulaires. Malgré une rémunération extrêmement faible, beaucoup acceptent cette expérience, car elle leur est comptée pour leur carrière dans l'attente d'être titularisés.


· manque de moyens financiers :

Les universités nationales y échappent, grâce aux subventions gouvernementales et aux généreuses et régulières contributions externes qui s'ajoutent aux droits d'inscription assez élevés, tandis que les universités privées trouvent l'essentiel de leurs ressources dans la perception de ces droits d'inscription. Ces derniers augmentent chaque année, mais sans pouvoir, à eux seuls, permettre le bon fonctionnement de ces universités.

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15
Nombre de résultats de recherches établi entre 1987 et 1993 : 158 735 à l'Université de Harvard, 89 537 à l'Université de Tokyo, 6 455 à celle de Hong-Kong, 4 478 à l'Université Nationale de Séoul, 1 689 à l'Université de Yonsé, 578 à celle des Philippines, SISA Journal, 30 septembre 1993, Séoul.

Les professeurs et les étudiants se plaignent des conditions de travail difficiles dans les laboratoires sans climatisation et dans les bibliothèques avec, en outre, trop peu de livres disponibles16, et de la lenteur des démarches pour obtenir de nouveaux matériels ou ouvrages scientifiques. D'autres sujets de mécontentement pourraient être cités... Ce double handicap sur le plan humain et financier ne peut être sans conséquences sur la qualité de l'enseignement.

Seules les écoles militaires ne rencontrent pas ces difficultés. Elles attirent les meilleurs éléments en raison de la gratuité des études et de la qualité des postes offerts à la sortie : parmi les cent cinquante hauts fonctionnaires du gouvernement actuel, seize sont issus de ces écoles, sans compter les trois derniers Présidents de la République.

2. Un système dont la qualité a tendance à se dégrader

La plupart des universités coréennes ont été créées selon le modèle de l'Université Nationale de Séoul. Ainsi, la faculté de lettres est divisée systématiquement en section de langue et littérature coréennes, puis en section de langue et littérature anglaises, et ainsi de suite pour les sections des autres langues.

Rappelons toute la prééminence de la littérature dans les études anciennes. Seule, l'Université des Langues Etrangères de Séoul ne reproduit pas cette organisation, mais favorise davantage l'enseignement/apprentissage des langues-cultures en général.

La sclérose des programmes d'études est aussi à l'image de la rigidité de l'organisation des facultés : une réflexion autonome de chaque établissement sur le contenu de son enseignement n'a pas été faite, mais on a transposé un système tout fait, sans tenir compte de sa particularité, ni de ses finalités. Ce système a pu fonctionner au début mais, à partir du moment où le nombre d'étudiants s'est multiplié et où les enseignants ont négligé leurs recherches, l'ensemble du système s'est dégradé inéluctablement.

Les étudiants sont entassés dans des salles aménagées pour un nombre relativement limité : les cours de langues et les travaux pratiques se déroulent dans des conditions défavorables. Finalement, les étudiants préfèrent compléter leur formation dans les instituts privés, au lieu d'attendre l'amélioration de la situation et même les professeurs les y encouragent. Ainsi, l'Alliance Française complète l'enseignement/apprentissage de la langue-culture française et profite de la carence en ce domaine des soixante-quinze facultés pourvues de section française.

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16
45 livres par étudiant contre 100 livres par étudiant à l'Université de Singapour et 135 à l'Université de Hong-Kong, SISA Journal de la même date.

3. Le système universitaire face à l'évolution démographique et à la concurrence internationale

Malgré tous les problèmes précités, les universités coréennes continuent à profiter de leur prestige et de l'extrême attachement des Coréens aux études supérieures. Cependant, cette situation exceptionnelle ne va pas tarder à être remise en cause. D'abord, avec la chute de la natalité, le nombre des candidats au concours d'entrée commence à diminuer : 916 200 en 1990, 778 700 en 1994. Le nombre d'étudiants devrait décroître au-dessous de 600 000 à partir de l'an 2005 et cette tendance devrait se prolonger au-delà.

Ensuite, l'accord de l'Uruguay Round va accélérer l'installation d'annexes d'universités étrangères, fort estimées en Corée. Les instituts privés locaux, incapables de faire face à la concurrence internationale, risquent de fermer leurs portes. Un rapport récent, rédigé par le Centre du Développement de l'Education, a décrit cette situation comme " proche de la faillite "17. Il souligne, à ce sujet, que les Etats-Unis, l'Angleterre, l'Australie et le Canada, représentent la plus grande menace. Pour les établissements de ces pays, à la qualité certaine mais souffrant de déficit financier, la Corée, avec sa demande débordante, demeure un marché alléchant. La question se pose de savoir comment les universités locales pourront se préparer sereinement à cette concurrence.

L'Université de Yonsé, après une étude approfondie dirigée par un comité de professeurs et de parents, propose le renforcement des programmes en langues étrangères et en informatique, ainsi qu'une spécialisation dans les études coréennes, en continuité avec sa tradition18. L'Université bouddhique de Wonkwang représente une parfaite illustration de cette nouvelle orientation. Installée dans le sud-ouest du pays, elle s'efforce d'offrir une éducation solide et globale à partir d'un approfondissement de la " coréanité ", garant d'une adaptation réussie au monde extérieur.

Sur le plan national, le Ministère de l'Education a décidé d'évaluer régulièrement la capacité éducogène de chaque établissement, en commençant par les sections de haute technologie, directement liées au développement économique du pays. Ainsi, quarante-cinq départements d'électronique et cinquante-quatre départements de sciences physiques ont passé le premier test national. L'évaluation globale, sur l'ensemble des facultés, se fera tous les cinq ans à partir de 1996. Ce

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17
Comment le secteur de l'éducation affrontera-t-il l'ouverture ? Article paru dans le Courrier de la Corée (revue hebdomadaire éditée par Korea Herald), n° 870, 15 janvier 1994, Séoul, p. 22.

18 Depuis sa création, l'Université de Yonsé a favorisé la recherche sur la langue-culture (Kuk-Hak). Ainsi, le professeur Hyun-Bae CHOI a élaboré le premier grand dictionnaire de coréen, les Professeurs In-Bo CHUNG, Nam-Un BAIK ont approfondi cette recherche, SISA Journal, 14 octobre 1993.


nouveau système contrôlant à la fois le nombre, la qualité et l'intérêt pratique de toutes les dispositions prises, entraînera sans doute une amélioration et apportera peut-être même la solution de cette crise.

En ce qui concerne l'enseignement/apprentissage des langues étrangères, bien que le gouvernement reconnaisse son importance, rien n'est encore proposé et les étudiants continuent " les leçons privées ", grâce aux parents qui paient volontairement. Mais, cela pourra-t-il perdurer dans ce système déjà fort sélectif, discriminatoire, et surtout très coûteux ?

En dépit de l'attention que l'Etat porte aux questions liées à l'éducation et des efforts pécuniers des familles, la capacité éducogène du système éducatif coréen reste limitée et, de ce fait, encore perfectible.

III. LA CORÉE ET LES LANGUES-CULTURES ÉTRANGÈRES

Historiquement, la première influence étrangère fut celle de la Chine. Sa prédominance culturelle s'est notamment manifestée par l'adoption des idéogrammes chinois, seule langue écrite jusqu'à l'invention de l'alphabet coréen et toujours utilisée par la suite.

Les contacts avec le Japon furent sporadiques et principalement à la suite de conflits, en particulier lors de l'invasion du XVIe siècle et de la colonisation du début du XXe siècle.

L'ouverture de la Corée à l'Occident est beaucoup plus récente. Les deux seuls contacts qui eurent lieu au XVIIe siècle, à l'occasion de naufrages de bateaux hollandais restèrent sans lendemain.

Un siècle et demi plus tard (1776), la Corée fut de nouveau confrontée à un apport occidental, à travers l'introduction du catholicisme. Mais, en butte aux autorités locales, les missionnaires et les convertis furent l'objet de persécutions.

L'attitude méfiante des Coréens à l'égard des étrangers s'expliquait par les épreuves subies au cours des nombreuses invasions, notamment japonaises et mongoles. Leur perception des étrangers était liée aux horreurs de la guerre et, par ailleurs, la Chine était considérée comme la seule puissance civilisée : cela entraîna le repli sur soi et la fermeture durable des esprits à tous apports extérieurs.

C'est seulement après la signature des traités d'amitité et de commerce (1882-1886) que l'enseignement des langues occidentales et des sciences humaines dans les nouvelles écoles permit aux Coréens de se rendre compte des dimensions du monde. Ils réalisèrent enfin qu'ils avaient eu tort d'avoir appelé leur pays " la Grande Corée " et que d'autres puissances existaient en dehors de leur voisin modèle.

Préalablement à l'étude détaillée de la langue-culture française, il est apparu intéressant de décrire la place qu'occupent aujourd'hui les principales langues étrangères enseignées, pour montrer leurs relations ainsi que les éléments favorables et défavorables à leur développement.

A. LE CHINOIS

1. Forte influence chinoise dans le passé

La Corée a longtemps considéré la Chine comme le modèle de la civilisation, en raison du rayonnement culturel de ce " Pays centre du Monde ", rayonnement également favorisé par la proximité géographique.

Les historiens coréens admettent que leurs ancêtres sont entrés dans la péninsule à partir de la Chine du Nord et de la Mandchourie au Ve siècle avant J.C.

Très tôt, les peuplades du Nord-Ouest se virent soumises à l'influence culturelle chinoise dans différents domaines :

- la langue (introduction des idéogrammes chinois) ;

- l'agriculture (culture du riz et de l'orge) ;

- l'organisation judiciaire (premiers éléments d'un code civil et pénal).

Le déclin et la chute de la dynastie chinoise des Han en 220 permit aux Coréens de consolider les assises de leurs trois premiers royaumes : celui du Nord (Koguryo), soutenu par une aristocratie militaire en lutte ouverte contre la Chine, celui du Sud-Ouest (Paekche) aux terres fertiles et au climat plus clément, entretenant d'excellentes relations avec la Chine, et celui du Sud-Est (Silla) le moins imprégné d'influence chinoise.

Cette influence atteignit son apogée sous la dynastie des Tang, l'une des périodes les plus brillantes de l'histoire chinoise. La Corée, unifiée par le royaume de Silla au VIIe siècle, adopta le modèle administratif des Tang sous une forme mieux adaptée à sa tradition. En voici un exemple : en pays Silla, seuls les nobles pouvaient gouverner, alors qu'en Chine les postes administratifs étaient attribués aux lauréats des examens impériaux sans distinction de classes. Ce système démocratique ne pouvant être appliqué tel quel, la difficulté fut tournée en décrétant que lesdits examens seraient réservés aux garçons de familles aristocratiques. Comme ces épreuves exigeaient une parfaite connaissance des classiques chinois, les lettrés coréens, imprégnés des idées confucéennes, adoptèrent pour eux-mêmes des noms de famille chinois qui devinrent de plus en plus courants dans la classe instruite.

Aujourd'hui encore, ces noms sont préservés grâce à la conservation de la généalogie de chaque famille.

2. Tradition de l'enseignement/apprentissage du chinois

L'influence chinoise grandissante favorisa l'enseignement/ apprentissage de cette langue. Dans le cadre de la formation des interprètes, le chinois était la langue la plus importante jusqu'à l'ouverture du pays.

Dès le Xe siècle, un bureau chargé de la traduction et de l'enseignement des langues étrangères commençait à former des interprètes. En 1276, ce bureau (Ton-mun-kwan) fut renforcé, d'une part, pour contrôler la qualité de la traduction et, d'autre part, pour enseigner les langues de manière plus systématique. Au début du XIVe siècle, il est transformé en administration centrale (Sa-yok-won) à la demande du roi, tout en continuant à fournir aux étudiants un enseignement de la langue dans les zones limitrophes du pays concerné. Ainsi, pour le chinois, quatre professeurs et quatre assistants s'occupaient de trente-cinq élèves et le bureau administratif se trouvait au Nord-Ouest, près de la frontière avec la Chine (Pyung-yang, Hwang-ju).

L'ouverture de la Corée au monde extérieur -Japon d'abord, puis puissances occidentales- entraîna le déclin des relations sino-coréennes. La Chine, préoccupée par des problèmes intérieurs, ne s'opposa pas à la signature du traité avec le Japon ; pour ce dernier, ce fut le début d'une manoeuvre destinée à détacher la Corée de la vassalité chinoise pour mieux s'en emparer.

Durant l'occupation japonaise, le chinois fut placé au même niveau que les autres langues étrangères, le japonais devenant la langue officielle. En 1943, il fut même interdit, à la suite de la suppression de l'enseignement des langues des pays ennemis du Japon.

Après la guerre de Corée, le rayonnement culturel du chinois fut de nouveau contrarié, car le gouvernement coréen anti-communiste s'opposa farouchement à toute importation de " l'idéologie rouge ". De plus, l'influence américaine fit oublier peu à peu les traditions et le passé.

Si l'enseignement du chinois a survécu, c'est grâce au maintien de bonnes relations avec Taïwan. En particulier, une forme de culture s'est développée à travers le cinéma produit à Taïwan et à Hongkong. Ces films, passe-temps par excellence, ont toujours eu du succès auprès du public coréen, ce qui a permis à la langue chinoise d'être écoutée et appréciée malgré son ostracisme officiel.

Les programmes d'études conservent l'apprentissage des idéogrammes chinois à partir du premier cycle de l'enseignement secondaire. Jusqu'aux années soixante-dix, les écoliers devaient aussi les apprendre. C'est un mouvement en faveur de l'usage du coréen dans les établissements publics et privés qui a supprimé cet apprentissage. Depuis quelques années, ce dernier commence de nouveau à l'école primaire (87 % des écoles de Séoul le proposent selon une statistique récente).

Les Coréens estiment que l'utilisation d'environ 1 500 idéogrammes chinois est nécessaire pour deux raisons essentielles :

- une raison pratique : un grand nombre de mots sino-coréens, formés au cours des siècles et toujours employés (67 % du vocabulaire standard, 26 % de mots purement coréens et 7% d'origine étrangère), peuvent parfois provoquer une confusion de sens en écriture coréenne à cause des nombreux homonymes ;

- une raison historique et culturelle : ayant été longtemps la langue écrite officielle de l'administration et la favorite des lettrés, tous les ouvrages anciens ont été rédigés en chinois. Actuellement, son utilisation reste encore courante dans les journaux et revues scientifiques.

Par ailleurs, ces idéogrammes constituent un trait commun à l'ensemble de la civilisation asiatique. L'écriture permet ainsi la compréhension globale des textes, dans les divers pays d'Asie, malgré la différence de prononciation orale. Les Coréens gardent la forme ancienne de ces idéogrammes qui se lisent à la coréenne : Tien-an-men se prononce Chun-an-moon en coréen. Les Japonais, eux, utilisent environ 3 000 idéogrammes qu'ils ont intégrés dans leur système d'écriture, en les adoptant tels quels ou bien en les modifiant selon leurs besoins. La Corée du Nord est un contre exemple : l'emploi des idéogrammes a totalement disparu, en raison du rejet par le gouvernement de toute référence au passé.

3. Renaissance de la langue-culture chinoise

A partir du moment où les échanges commerciaux ont repris, l'enseignement du chinois est apparu nécessaire. Avant même le rétablissement des relations diplomatiques avec la Chine en août 1992, les sections universitaires de chinois commencèrent à être de nouveau reconnues et les instituts de langues ne tardèrent pas à embaucher des enseignants de chinois.

Outre les affinités culturelles et la proximité géographique, le développement très rapide de l'économie chinoise, son ouverture aux marchés extérieurs, notamment coréen -comme en témoignent d'importants accords conclus en mars 1994- et la complémentarité économique des deux pays, constituent d'incontestables atouts pour l'avenir de la langue-culture chinoise.

Une liaison entre le continent et la péninsule a été établie par câble sous-marin à fibres optiques de 549 km de longueur. La Chine est le troisième partenaire commercial de la Corée après les Etats-Unis et le Japon et s'intéresse surtout à la coopération industrielle et technologique plus qu'aux échanges commerciaux.

Tous les experts prévoient, sauf événements imprévisibles, que la Chine sera la grande puissance des prochaines décennies. La Corée sera très bien placée pour renouer des relations privilégiées avec son partenaire de toujours et la place de la langue-culture chinoise ne pourra que se renforcer.

B. LE JAPONAIS

1. Le poids de l'histoire

C'est l'introduction du bouddhisme au Japon par des nobles coréens en 552 qui permit le premier contact avec ce pays. Par la suite, les relations s'amplifièrent et, au IXe siècle, le tiers des nobles, à la cour japonaise, était d'origine coréenne, comme le montre une compilation des registres familiaux japonais faite en 815.

Mais, dès le XIVe siècle, la Corée commença à subir de nombreuses attaques de pirates japonais sur ses côtes. Puis, le premier unificateur du Japon, HIDEYOSHI, voulant conquérir un immense empire, envahit la péninsule en 1592. Le roi coréen avait interdit le passage des troupes japonaises sur son territoire, mais HIDEYOSHI passa outre : la guerre dura sept ans entre ses soldats aguerris et équipés d'armes à feu et les défenseurs coréens, très peu armés, sans expérience du combat.

Cependant, sur mer, les Coréens remportèrent une grande victoire : grâce au talent de stratège de l'Amiral Sun-Sin LEE19, la marine coréenne réussit à anéantir la presque totalité de la flotte ravitaillant l'armée japonaise. Coupés de leurs bases, les envahisseurs repartirent après avoir laissé derrière eux un pays entièrement ravagé. Pendant les deux siècles suivants, les pirates japonais continuèrent leurs incursions sur les côtes coréennes. L'invasion de HIDEYOSHI porta à la Corée un coup mortel marquant le début du déclin du royaume de Chosun, la dernière dynastie (A. FABRE, 1988, p. 260).

Le conflit recommença à la fin du XIXe siècle, peu de temps avant l'ouverture de la Corée à l'Occident. Le pays était, à ce moment-là, très affaibli en raison notamment du néo-confucianisme qui exerçait une influence sans partage sur la

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19
C'est au cours de cette bataille navale que sont apparus les ancêtres des cuirassés, les bateaux-tortues, protégés par une carapace métallique contre l'envoi de flèches enflammées.

société. Cette philosophie poussait les classes dirigeantes à l'égoïsme, à l'autosatisfaction et au refus de tout progrès. Les partis politiques se déchiraient et le pays était dans un état désastreux, tandis que le Japon avait évolué et préservé son indépendance tout en se modernisant.

Déjà trop puissant face à la Corée sombrant dans le chaos, il l'envahit avec l'ambition de dominer toute l'Asie et la volonté de s'opposer aux influences extérieures, notamment chinoise et russe, dans la région. Le Japon obligea la Corée à devenir un protectorat en 1905. L'assassinat de la reine coréenne pro-russe mit fin à la dynastie en 1910 et, le 29 août de la même année, la Corée fut annexée par le Japon. Cette occupation allait durer trente-cinq ans jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale.

En définitive, ces relations mouvementées et leur histoire faite de guerres, d'invasions et de colonisation, ont nourri le ressentiment et la méfiance des Coréens vis-à-vis des Japonais. Pourtant, les Coréens ne peuvent cacher une certaine admiration à l'égard de la puisssance économique du Japon qui a su garder ses traditions. La diffusion de la langue-culture japonaise a largement franchi les obstacles institutionnels et psychologiques qui subsistaient en Corée.

2. Conséquences culturelles et linguistiques de l'antagonisme Corée-Japon

La Corée a joué, vis-à-vis du Japon, un rôle assez proche de celui d'Athènes à l'égard de Rome. Conquise militairement, elle a apporté sa culture au Japon, mais la réciproque n'a pas eu lieu.

Après la première invasion, les soldats japonais emportèrent une grande quantité d'ouvrages chinois et coréens, et emmenèrent des potiers coréens qui furent à l'origine de la céramique nippone. Les japonais s'initièrent également à la technique de l'imprimerie. Un de leurs prisonniers, le lettré KANG, introduisit le néo-confucianisme au Japon.

En sens inverse, la colonisation très dure pendant la première moitié du XXe siècle a eu des conséquences linguistiques et culturelles importantes. Les Japonais avaient été jusqu'à interdire aux Coréens de parler leur propre langue et de garder leur nom de famille : on interdit de parler coréen dans la rue et le gouvernement général décerna des diplômes d'honneur aux " familles qui n'utilisaient que le japonais à la maison ". Toutes les publications en langue coréenne furent interdites : les premiers rédacteurs du grand dictionnaire de coréen furent arrêtés en 1942 ; l'année suivante, la Société pour l'Etude de la Langue Coréenne, fondée en 1921, fut dissoute.

Cette période d'occupation a entraîné un rejet officiel de la culture japonaise par les Coréens. Ainsi, actuellement, il est toujours interdit de diffuser des variétés japonaises à la radio coréenne et de passer des films japonais dans les salles ou sur les écrans de télévision. Il en est de même pour les spectacles sur scène : tour de chant, théâtre, danse... C'est seulement en septembre 1993 qu'un chanteur japonais s'est produit pour la première fois sur le sol coréen et encore était-ce dans le pavillon de son pays, à l'Exposition Technologique de Daejon.

La normalisation des relations diplomatiques entre les deux pays n'a eu lieu qu'en 1960, et contre l'opposition très large de la population coréenne. La langue japonaise n'a recommencé à être enseignée dans les lycées qu'à partir de 1973.

3. Importance grandissante de la langue-culture japonaise

Malgré le rejet officiel, par les autorités coréennes, des manifestations culturelles japonaises, on assiste, depuis une dizaine d'années, à une pénétration grandissante de cette culture dans la vie quotidienne, ainsi qu'au développement rapide de l'enseignement/apprentissage du japonais.

Des expositions d'art (peinture, calligraphie, arrangement floral) sont régulièrement organisées en collaboration avec des artistes locaux. En outre, face à l'omniprésence de la presse et des films en vidéocassette provenant du Japon, on a le sentiment que le contact avec la langue-culture japonaise a lieu de manière discrète en public, mais beaucoup plus expansive en privé.

Depuis l'acceptation du japonais par le Ministère de l'Education comme seconde langue étrangère, bon nombre de lycées, en particulier les lycées techniques, ont choisi cette langue, facile à assimiler et utile pour la recherche d'un emploi. De plus, géographiquement, le Japon est un voisin et, en raison de sa réussite, un voisin très attractif. Pour ces raisons, le japonais s'impose de plus en plus, au détriment de l'allemand et du français.

Dans l'enseignement secondaire, le japonais vient en seconde position après l'allemand, mais devant le français. En faculté, il arrive seulement en cinquième position. Néanmoins, le nombre d'étudiants de la section de langue et de littérature japonaises s'accroît et cette langue, enseignée comme option, progresse également.

Dans les instituts privés, le japonais a autant de poids que l'anglais, car la puissance économique du Japon crée le besoin de négocier les affaires dans cette langue. Ces instituts proposent systématiquement des cours d'anglais et de japonais avec des méthodes connues du grand public. L'apparition des méthodes d'auto-apprentissage est aussi à noter : une chaîne de télévision japonaise (NHK) a mis au point une méthode audiovisuelle présentée sous forme de vidéocassettes. Ce type d'enseignement recueille un immense succès : son contenu répond parfaitement aux besoins et aux attentes du public et sa diffusion en est facilitée par l'usage très répandu du magnétoscope dans les foyers coréens.

Enfin, le Centre Culturel Japonais propose des cours de langue gratuits, avec une sélection et une évaluation rigoureuses des candidats. La qualité de l'enseignement y est appréciée. Son organisation valorise davantage le statut de la langue et encourage l'intérêt grandissant du public à son égard : examen d'entrée, contrôle continu, obtention de certificat... ce qui n'existe pas dans les autres instituts de langues. Un autre avantage repose sur les échanges faciles organisés pendant et après ces programmes d'études : stages de langue sur place, visites du pays.

Par ailleurs, le Japon devient l'autre destination pour des études prolongées20. Alors que les Etats-Unis ont longtemps constitué la destination privilégiée pour les professeurs et étudiants coréens, les pays d'Asie, Corée, Taïwan, Singapour, comptent désormais sur le Japon pour leur formation scientifique et technologique. Les étudiants asiatiques commencent à être présents dans les universités et laboratoires japonais, sans être pour autant aussi nombreux qu'aux Etats-Unis (50 000 étudiants étrangers en 1992, soit quatre fois plus qu'en 1982).

Les Coréens choisissent le Japon, non seulement pour la facilité des échanges, mais aussi pour la qualité de l'enseignement, réputée dans toute l'Asie. Pour les Asiatiques, en effet, la poursuite des études au Japon représente l'occasion unique d'apprendre auprès des meilleurs professeurs. De plus, dans divers domaines, l'enseignement correspond à une technologie très avancée. Un ancien informaticien du groupe coréen GOLDSTAR s'est inscrit, après avoir quitté son travail, en maîtrise d'ingénierie mécanique à l'Institut de Technologie de Tokyo. " Après six ans de travail en Corée sur ce sujet, j'ai compris que le Japon était véritablement à la pointe dans ce domaine ", explique-t-il.

Les étudiants consacrent, en général, un an à la maîtrise de la langue avant d'entamer leur cursus universitaire. Il est bien évident qu'ils ont des difficultés à rattraper les Japonais de souche. Cependant, certains réussissent brillamment : en 1992, le lauréat de la Faculté des Sciences de l'Université de Tokyo était un étudiant originaire de Singapour, ce qui a constituté un événement dans l'histoire des universités japonaises.

La politique du Japon, qui veut éviter les problèmes d'immigration, encourage les étudiants et les chercheurs de passage à rentrer chez eux. Les bourses sont peu nombreuses. La plupart financent eux-mêmes leur formation, malgré la cherté

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20
Cf. Le Japon séduit les étudiants asiatiques, Courrier international, 18 novembre 1993, p. 24.

du coût de la vie, s'ajoutant aux frais d'inscription, 25 000 francs par an pour le troisième cycle d'une université nationale et le double dans une faculté privée.

4. Avenir de la langue-culture japonaise

Le développement du japonais est encore bridé par les réticences de la génération d'après guerre pour les raisons historiques et psychologiques évoquées plus haut. Mais l'arrivée des nouvelles générations, qui n'ont pas les mêmes préventions, a déjà bien changé cet état de fait. La langue-culture japonaise a un potentiel de développement important dans l'avenir.

En premier lieu, l'influence du Japon dans les domaines économique, technologique et scientifique a toutes les chances de devenir grandissante. D'autre part, les échanges sont facilités par la proximité géographique et surtout par la présence d'un fonds commun dans les deux langues : transparence de vocabulaire d'origine chinoise, construction grammaticale identique et utilisation d'une forte proportion d'idéogrammes chinois dans les écrits japonais permettant leur compréhension globale par les Coréens. Ainsi, les magazines japonais se lisent assez facilement et n'ont pas besoin d'édition coréenne.

Enfin, un certain nombre de jeunes recherchent actuellement leurs références plutôt en Asie qu'aux Etats-Unis. Dans ce cadre, le modèle reste le Japon, qui a su intégrer l'efficacité occidentale pour se hisser au troisième rang des puissances économiques, tout en gardant ses propres traditions, proches des traditions coréennes. Tout ceci explique la pénétration rapide de la langue-culture japonaise en Corée.

Toutefois, l'anglais ne risque pas d'être devancé, en raison de son implantation universelle et de son statut de langue véhiculaire du commerce international qui semble irréversible. Le japonais peut constituer dans ce contexte une langue régionale, comme l'est l'allemand en Europe centrale.

C. LE FRANCAIS

1. Relations historiques anciennes

Avant l'établissement des relations diplomatiques entre la France et la Corée, en 1886, il y eut plusieurs tentatives de contacts venant d'abord des Français, puis des Coréens.

Le premier Français à les avoir rencontrés, sans se rendre pour autant dans la péninsule, a été le moine Guillaume de RUBROUCK, envoyé de Saint-Louis auprès du Khan Mongol, en 1256. Les Coréens, venus rendre hommage à la cour du Khan en tant que vassaux de la Mongolie, lui semblaient " petits et basanés comme des Espagnols ". Leur vêtement, sorte de dalmatique, et leur regard, toujours baissé, le frappèrent également, comme il le relata dans son ouvrage, Voyage dans l'Empire Mongol21.

Le Père Jean-Baptiste REGIS fut le deuxième français ayant rencontré des Coréens en Chine vers 1720. Sans être allé au " royaume ermite ", mais à partir de témoignages chinois et coréens, il publia, en 1748, Observations géographiques et Histoire de la Corée.

Les premières relations directes franco-coréennes sont nées à travers l'introduction du catholicisme. Cette introduction représente un cas unique dans l'histoire : ce n'est pas par des missionnaires étrangers que la première évangélisation s'est faite, mais par les Coréens eux-mêmes. En effet, une ambassade se rendait chaque année à Pékin, la Corée étant vassale de la Chine. Ces contacts annuels permirent aux lettrés de prendre connaissance d'ouvrages en chinois sur la science occidentale et sa religion. Parmi ces ouvrages se trouvaient Le discours véridique sur Dieu du Père RICCI et Les sept victoires du Père de PANTOJA. Les lettrés coréens furent séduits par " la cohérence et la beauté des doctrines exposées "22.

L'Ambassade de 1783 fut décisive pour la naissance de l'église coréenne. Un attaché de cette Ambassade, sur les conseils d'un ami déjà instruit de la doctrine occidentale, demanda aux missionnaires français des éclaircissements à ce sujet. Ce diplomate, Seung-Hun LEE, qui était le propre fils de l'ambassadeur, manifesta le vif désir de se convertir. Il fut baptisé l'année suivante par un jésuite français, le Père de GRAMMONT, et reçut le nom de Pierre, dans le souhait qu'il devînt le précurseur de cette église. Seung-Hun LEE23 fut ainsi le premier catholique coréen.

A son retour, lui et quelques amis, entièrement acquis au catholicisme, se mirent à catéchiser et baptiser. Dix ans plus tard, la Corée comptait 4 000 fidèles. Le désir le plus cher de cette église qui, au départ, ne comptait que des laïcs, était d'avoir des prêtres que les chrétiens coréens demandèrent à l'évêque de Pékin. Seulement de nombreuses années plus tard, un prêtre chinois fut envoyé en Corée où il exerça quelques années de ministère dans la clandestinité, avant d'être exécuté avec 300 convertis.

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21
Claude et René KAPPLER, Voyage dans l'Empire Mongol, traduction et commentaire, Paris, Payot, 1985, p. 318.

22 Missions Etrangères de Paris, Lumière sur la Corée, Paris, Le Sarment Fayard, 1988, pp. 21-22.


Cette nouvelle religion, qui rencontrait un vif succès dans toutes les classes sociales, apparut très vite suspecte aux yeux des autorités. En effet, les valeurs chrétiennes fondées sur l'égalité et donc " l'abolition des différences sociales étaient perçues comme une menace contre l'ordre établi et le système politique en place " (Chul-Koo WOO)24. De plus, le catholicisme s'opposait au culte confucéen des ancêtres, considéré comme le premier devoir filial, et surtout comme le pilier central de la religion d'Etat et le Vatican refusa d'écouter les Jésuites, qui prônaient un accommodement avec les coutumes locales. La persécution commença à partir de 1791, avec l'exécution de deux chrétiens qui avaient osé brûler des tablettes ancestrales. Puis le prêtre chinois se livra aux autorités, croyant ainsi mettre fin à ces persécutions.

Le nombre des convertis continua néanmoins de croître. Les chrétiens voulurent alors envoyer un message de détresse directement au Pape. Ce message mit de nombreuses années à parvenir à son destinataire et fut enfin délivré, en 1827, au Pape Léon XII qui décida de confier l'évangélisation de la Corée aux missionnaires des Missions Etrangères de Paris (ce document, retrouvé à Rome, est actuellement conservé à la Maison mère). C'est ainsi que douze religieux français partirent, après l'érection du pays en diocèse, en 1831, et pendant les cinquante années suivantes. Ces missionnaires, entrés clandestinement à travers des frontières extrêmement surveillées, risquaient leur vie en permanence. Ils se déplaçaient la nuit sous un déguisement. Au bout de quelque temps, ils furent arrêtés les uns après les autres, torturés et mis à mort par les autorités locales.

On peut donc remarquer que les premiers occidentaux à être entrés intentionnellement en Corée étaient des Français. Le Père MAUBANT, premier missionnaire arrivé, envoya trois jeunes à Macao pour les préparer au sacerdoce. Ils furent, à cette occasion, les premiers Coréens à avoir étudié une langue occidentale, en l'occurence le français.

Mais l'arrivée de ces missionnaires n'a rien apporté quant à la représentation de la France, si ce n'est une idée plutôt négative liée à l'expédition punitive de la marine française, qui demanda des comptes pour l'exécution de ses compatriotes et tourna court à la suite d'une escarmouche sanglante. Les Coréens ne s'intéressaient guère à la France. Les persécutions des missionnaires français et des néophytes coréens en étaient la cause. Mais, cette indifférence était sûrement due au fait que, pour les Coréens, la Chine était reconnue comme la seule puissance civilisée du monde. Et d'autre part, leur isolement total les rendait complètement ignorants de la situation du monde extérieur.

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23
Canonisé en 1984, année où le Pape Jean-Paul II s'est rendu en Corée pour célébrer le bicentenaire de l'église catholique. A cette occasion, il a proclamé la sainteté de 103 martyrs : 93 Coréens et 10 prêtres français.

24 L'introduction du catholicisme et l'arrivée des missionnaires français en Corée, Korea Journal n° 6, juin 1986.




L'échec de l'intervention française confirma les Coréens dans l'idée que tout ce qui venait de l'extérieur était mauvais, et qu'ils étaient assez forts chez eux pour imposer leur point de vue.

Ces relations historiques anciennes n'ont pas eu de conséquences directes en termes d'influence politique et économique. En revanche, les premières études occidentales sur le coréen furent réalisées grâce au travail laborieux des missionnaires français : dictionnaire coréen-français (1880), grammaire de la langue coréenne (1881), ainsi que L'Histoire de l'Eglise de Corée (1874) par l'Abbé Charles DALLET, le premier ouvrage à présenter les moeurs et les coutumes coréennes aux lecteurs français. A cette époque où les relations n'étaient pas encore officielles, les missionnaires étaient les seuls à pouvoir parler d'un pays dans lequel ils s'étaient entièrement investis en étudiant la langue et la culture coréennes.

Malgré leur existence précaire, toujours cachés et poursuivis, ils ont fait de leur mieux pour " garantir l'exactitude des renseignements ", tout en gardant une certaine " timidité consciencieuse " pour respecter la vérité des paroles (Charles DALLET)25.

Après la signature du traité de 1886, la France resta très attentive à l'attitude du gouvernement coréen à l'égard des catholiques. Les missionnaires furent priés de s'en tenir strictement aux dispositions prévues par le traité, afin de ne pas indisposer le roi et de l'amener progressivement à proclamer la liberté religieuse dans son pays. En effet, si l'article 9 donnait aux Français la possibilité d'enseigner librement, la garantie de l'enseignement religieux et la liberté de culte furent accordées seulement en 1889, à l'issue d'une véritable offensive diplomatique de la France. En 1904, les prêtres français furent autorisés à acheter des terrains et construire des églises (Chul-Koo WOO, 1986).

2. Perception progressive de la France par le biais de la culture

Les relations culturelles franco-coréennes sont indissociables, du moins au départ, des relations diplomatiques.

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25
Histoire de l'Eglise de Corée, Paris, Librairie Victor PALME, 1874, Tome 1, p. X.

La France, le premier pays occidental à avoir établi des contacts avec la Corée, se trouve parmi les derniers à nouer des relations diplomatiques bilatérales. Le traité d'amitié et de commerce, signé le 4 juin 1886 et ratifié le 30 mai de l'année suivante, marque le début des relations diplomatiques entre les deux pays (cf. le contenu du traité en annexe 3). Conclu grâce à la volonté des Coréens sans aucune influence extérieure, il se distingue ainsi des autres traités signés par la Corée avec les puissances occidentales. Alors que le Consul général anglais à Séoul dépend de l'Ambassade de Grande-Bretagne en Chine, le premier diplomate français en Corée, Victor COLLIN de PLANCY26, communique directement avec le Ministère des Affaires Etrangères à Paris.

Il traite des questions commerciales et culturelles, sans s'immiscer dans les affaires politiques, contrairement aux diplomates des autres pays. A la différence de sa politique vis-à-vis de l'Indochine, la France, dont la présence ne poursuit aucun intérêt politique ou économique, entretient avec la Corée une relation essentiellement culturelle, et cela dès l'origine.

Il est intéressant de noter que le premier diplomate français est le créateur du fonds d'études coréennes en France. Non seulement il collectionne les livres du pays, dont il fait don d'une partie aux " Langues O' ", mais il sait aussi inculquer l'amour des livres coréens à son adjoint, Maurice COURANT.

Arrivé à Séoul en 1891, ce dernier se lance dans une Bibliographie coréenne : tableau littéraire de la Corée. Le résultat sera la publication, en 1894, de trois gros volumes, suivi d'un supplément en 190127. Il s'agit d'un recensement de tous les livres coréens connus directement de lui ou relevés dans les sources écrites, de leur analyse accompagnée d'extraits et d'une reproduction des illustrations, de façon à faire connaître la culture du pays.

Leur amour de la Corée et le résultat de leurs recherches font d'eux les pionniers de l'activité linguistique et culturelle qui a pour but, encore de nos jours, de favoriser l'équilibre des relations bilatérales, à savoir approfondir la connaissance des Coréens sur la France, tout en faisant découvrir aux Français la culture coréenne.

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26
Diplômé de chinois de l'Ecole Nationale des Langues Orientales Vivantes en 1876, il est nommé l'année suivante élève-interprète en Chine. Après y avoir passé 10 ans, il est envoyé à Séoul, en 1887, pour la ratification du traité. Il y sera en poste pendant trois ans, en tant que chargé d'affaires de France.

27 Un défricheur méconnu des études extrêmes-orientales, Maurice COURANT (1865-1935) dans Journal Asiatique, CCLXXI, pp. 43-150. Cette bibliographie a été réalisée, en bonne partie, grâce aux ouvrages rapportés par le premier explorateur de la Corée, Charles VARAT.


La première école de langue française28 fut créée en octobre 1895 par Emile MARTEL, diplômé de l'Ecole des Mines de Saint-Etienne. Cette école comptait trente-quatre élèves avec un professeur coréen, Yang-Hwa LEE et deux assistants. On dénombrait en tout vingt-six diplômés jusqu'à sa fermeture à la fin de l'occupation japonaise, qui a entraîné la suppression de tout enseignement des langues étrangères. Certains étudiants sont allés au Japon pour pouvoir continuer leurs études ; ils ont été les premiers professeurs de français en Corée.

Entre-temps, les occupants japonais ont importé bon nombre de mots d'origine française; coréanisés ensuite, très usités encore aujourd'hui. Ce sont des mots comme : atelier, ballet, bourgeois, conte, coup d'état, coupon, début, encore (= bis !), modèle, montage, parasol, profil, restaurant (qui sonne plus chic que le même mot coréen), savon....

Quelques-uns ont changé de sens avec une connotation culturelle assez négative : cabaret, salon, café... pour désigner les endroits où les hommes consomment l'alcool en présence des hôtesses (leurs patronnes sont appelées " Madame "). Le mot " avec " a même créé un nouveau terme avec un suffixe local : " Avec-jok " signifie des amoureux, ainsi que le mot " Rendez-vous " désigne automatiquement les rencontres d'amoureux.

La perception de la France par la population n'a commencé qu'à l'issue de la guerre de Corée, d'abord à travers des produits cosmétiques utilisés sur place. La poudre COTY représentait, pour les femmes des années cinquante, une sorte d'évasion de la misère quotidienne.

La guerre a provoqué une cassure de la tradition culturelle coréenne. Le grand vide qui s'est ensuivi, associé à la présence américaine, a entraîné un appel d'air qui a profité aux cultures occidentales, notamment française. Les intellectuels coréens ont été séduits par les grands mouvements littéraires et philosophiques en provenance de France. De nombreux ouvrages ont été traduits en coréen et, grâce à ces traductions, la lecture des romans français (BALZAC, FLAUBERT, MAUPASSANT, ZOLA, DAUDET...) a permis de populariser la littérature française auprès des Coréens.

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28
Cf. Cent ans de l'enseignement du français en Corée, dossier paru dans Centenaire des relations franco-coréennes, Fondation culturelle franco-coréenne - Alliance française Séoul 1988, pp. 28-37.

A titre d'exemple, on peut citer ce fameux texte d'Alphonse DAUDET, La dernière classe, qui " émeut des générations d'écoliers japonais et coréens " (Jean HOURCADE)29. Cet instituteur lorrain qui voulait enseigner à son village " la plus belle langue du monde " mais qui se trouve obligé, par la défaite de son pays, de laisser sa place à un étranger venu de Berlin, frappe les Coréens attachés au patriotisme et au sens du devoir. La dernière classe de DAUDET,intégré chaque année au programme scolaire, constitue non seulement l'un des textes les mieux connus, mais reflète l'image des Français, peuple fier de sa langue nationale.

L'engouement dont bénéficie le roman français continue de se faire sentir de nos jours, comme en témoignent les achats importants de droits de traduction (La Corée est devenue le premier marché d'exportation du livre français en Asie). L'enseignement des beaux-arts à l'école a fait aussi connaître la richesse artistique de la France. La mode et la haute couture, ainsi que le cinéma, ont complété l'image raffinée de la culture française.

La présence du Japon francophile a également favorisé la pénétration de cette culture, mais partiellement, car adoptée et adaptée à la manière japonaise. Ainsi, la littérature, la peinture, la chanson française, ont été introduites en Corée par des Coréens qui connaissaient la langue-culture japonaise et qui s'intéressaient à la France. Par exemple, l'impressionnisme français a été introduit par les artistes coréens ayant suivi leurs études dans les instituts de beaux-arts à Tokyo dès 1910.

De même, la variété française a été connue grâce aux disques réédités au Japon. Les Coréens écoutaient PIAF, MONTAND, BREL, GRECO, ADAMO..., les faisaient écouter dans les cafés, " salons de musique ", nombreux après la guerre. Ces chansons sont toujours appréciées et représentent une partie de la culture française. Certains Français sont étonnés de constater, en Extrême-Orient, la longévité d'auteurs et d'interprètes dont la vogue en France s'est beaucoup estompée. La raison en est simple : les jolies mélodies et leurs paroles poétiques ont touché la sensibilité de ces habitants lointains, qui restent fidèles à leur choix.

Pour que cette présence culturelle se concrétise, il a fallu qu'une minorité coréenne fût rentrée, après ses études en France, pour occuper des postes de responsabilité, principalement en faculté, ou bien dans les affaires artistiques. En constituant une partie de l'intelligentsia du pays, ces personnes ont joué un rôle essentiel pour la diffusion de la langue-culture française. Un exemple : Jeong-Ok KIM, diplômé de français à l'Université Nationale de Séoul, études de filmologie à la Sorbonne (1953-1956), responsable d'un groupe théâtral à Séoul qui présente régulièrement des pièces françaises adaptées en coréen.

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29
Le Français, les Français et... les autres, Antony SIDES, 1993, p. 104.

Dans un milieu cultivé, " avoir un goût à la française " est une expression courante qui exprime bien l'association de la France à l'idée de raffinement. De la même façon, beaucoup de commerces de luxe, en particulier dans le prêt-à-porter ou les produits cosmétiques, prennent des noms français comme " La beauté, Ballade, Françoise, Printemps, Rose, De bons... " ; les voitures haut de gamme portent souvent des noms comme " Grandeur, Prestige, Prince Royal, Le Mans... " marqués tels quels sur les carrosseries. Tout ce qui est original se réfère également à la France : " French bakery, French style... ".

A partir de la fin des années quatre-vingts, les produits français sont introduits massivement, soit importés (Chanel, Yves Saint-Laurent, Christian Dior...), soit fabriqués sous licence (Lacoste, Pierre Cardin...). Ils bénéficient tous d'une image de marque prestigieuse. En somme, l'attraction exercée par la culture française est toujours associée à l'idée de raffinement et de bon goût.

3. Reconnaissance plus large avec la haute technologie

Depuis un temps relativement récent, l'image de la France, pays d'art et de luxe, s'est élargie à la haute technologie, électronucléaire (installation de centrales nucléaires par Alsthom et Framatome) et aéronautique (Concorde, Airbus, fusée Ariane, satellites).

Cette nouvelle image s'est renforcée avec l'adoption du projet du T.G.V. français, en compétition avec ses concurrents japonais et allemand. Cette victoire technologique ne sera pas sans conséquences sur les relations bilatérales, comme le pense l'ambassadeur de France à Séoul : " l'image de la France en Corée va se trouver modifiée et sa puissance technologique affirmée alors que, jusqu'à présent, la France restait loin de la Corée ; c'était surtout le Japon et les Etats-Unis qui en étaient les partenaires traditionnels " (Interview sur France Info du 20 août 1993).

Le nombre des entreprises françaises en Corée, passé de soixante-dix en 1986 à cent dix-huit aujourd'hui, montre l'accroissement des relations économiques franco-coréennes30. La quasi-totalité des grands groupes français y sont présents, soit sous la forme de sociétés mixtes, soit, à tout le moins, sous la forme de sociétés commerciales. La Chambre de Commerce et d'Industrie de France à Séoul souhaite, d'une part, l'augmentation des échanges et des investissements (la France n'arrive qu'en troisième position en Europe, après l'Allemagne et l'Angleterre) et, d'autre part, l'assouplissement de certains obstacles administratifs, comme par exemple l'accès à la propriété immobilière, interdit aux étrangers encore récemment.

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30
A la fin du XIXe siècle, quelques sociétés françaises s'intéressaient au tissu et au papier coréens tandis que les produits français (vin, coton, conserves alimentaires) ne représentaient que 1 % du total des importations coréennes (Chul-Koo WOO, 1986).

A l'inverse, l'augmentation des investissements coréens en France témoigne du renforcement des relations économiques bilatérales. Le groupe Daewoo, l'un des plus grands conglomérats coréens, a choisi la Lorraine pour y créer trois usines et un centre de recherche. Il est intéressant de noter que, dans le processus de privatisation du groupe Thomson de 1997, deux groupes coréens étaient candidats à la reprise de Thomson Multimédias, fleuron de la technologie française : Daewoo associé au groupe MATRA, Samsung avec ALCATEL-ALSTHOM. Cela aurait été impensable il y a quelques années.

Un autre exemple de la nouvelle image donnée par la France a été le succès sans précédent de la série télévisée " Pilote ", diffusée en 1991-1992, tournée en grande partie en France, notamment au siège d'Airbus, avec des acteurs coréens s'exprimant en français.

Jusqu'à présent, presque exclusivement tournée vers les Etats-Unis dans ses échanges avec l'Occident, la Corée découvre l'Europe comme un autre axe important de relations politiques et commerciales. Au sein de l'Europe, la France peut jouer un rôle privilégié. La richesse de la France en matière de haute technologie est désormais reconnue et les Coréens souhaitent une bonne coopération bilatérale pour renforcer leur système économique, en s'inspirant des infrastructures françaises qu'ils admirent.

Cette reconnaissance se traduit également par un afflux d'étudiants coréens en France, environ 10 000 en 1995. Ils y viennent après quatre ans d'études, afin de prolonger leur recherche et d'enrichir leur connaissance du pays. Mais, en même temps, on constate que de plus en plus de jeunes arrivent en France avant d'entamer leurs études universitaires, et s'inscrivent donc aux cours de français. Les domaines d'études deviennent plus étendus : la France, qui était une destination renommée pour les études de littérature et de beaux-arts, présente aujourd'hui des champs plus larges, aussi bien en sciences, en publicité, qu'en informatique.

La coopération scientifique reste encore limitée à certains domaines précis, notamment l'énergie nucléaire et l'océanologie. Des programmes d'échanges scientifiques ont été mis en place, avec leurs homologues coréens, par des organismes tels que l'IFREMER, le CNRS, l'ANVAR, le CNES, le BRGM, etc.

4. Perspective de la langue-culture française

Les rapports franco-coréens ont connu certains malentendus qui avaient pour origine des incompréhensions culturelles et linguistiques.

Habitués à la logique confucéenne, les Coréens ont tendande à porter leurs jugements à travers cette logique, bien particulière. Des problèmes de communication se posent couramment, en raison de la différence des cultures d'entreprise : la logique cartésienne se heurte à la pensée confucéenne. Ces problèmes sont accentués par une connaissance insuffisante des langues occidentales.

Les Coréens ont pris conscience de l'importance de la langue-culture en vue de meilleurs résultats des échanges, tant pour les études que pour les affaires. " Sans savoir communiquer en cette langue, des études approfondies sur le pays dans divers domaines ne seront guère possibles " a affirmé l'ancienne présidente de la Société Coréenne de Langue et de Littérature Françaises (S.C.L.L.F.)31.

Aujourd'hui, les relations franco-coréennes entrent dans une phase de maturité, fondée, au-delà de certains éléments objectifs, sur l'attirance permanente des Coréens envers la France. Cet attrait est sans doute lié aux valeurs traditionnelles et culturelles fortes de la France à travers son passé, son présent et un avenir rempli de potentialités. Si la France était simplement un pays beau et riche mais sans passé, les Coréens, attachés à l'histoire, ne pourraient l'apprécier autant.

La langue-culture française possède d'indéniables atouts au pays du matin calme. Le français jouit d'une image très positive : il ne s'agit ni d'une langue imposée comme le japonais pendant l'occupation, ni d'une langue obligatoire pour les études et les affaires comme l'anglais. Mais c'est une langue choisie pour elle-même, pour sa beauté et par amour de la culture française. L'élargissement de sa connaissance favorisera une meilleure compréhension réciproque et un approfondissement des échanges dans divers domaines.

Etant donné que l'enseignement/apprentissage du français est dispensé essentiellement dans les facultés et dans les Alliances Françaises, le français pourrait profiter de son côté préservé, à la différence de l'anglais qui a subi de nombreuses déformations.

Les efforts de la France pour la diffusion de sa langue-culture sont appréciés des Coréens francophiles et commencent à porter leurs fruits. Même ceux qui ne connaissent pas la langue s'intéressent à la culture et fréquentent le ciné-club du Centre Culturel Français. L'Alliance Française de Séoul, accueillant environ 5 000 étudiants par an, est l'une des plus importantes d'Asie. Il faut également compter les cinq autres Alliances qui se développent peu à peu dans les principales villes.

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31
En faveur d'un essor de la langue de Molière en Corée, Courrier de la Corée, n° 853, 18 septembre 1993, p. 27.

Si l'on arrivait à mettre à profit tous ces aspects positifs et à offrir un enseignement/apprentissage adapté aux attentes du public, le statut du français se valoriserait comme il le mérite et pourrait ainsi répondre aux nouvelles perspectives créées par le développement des échanges entre les deux pays.

D. L'ANGLO-AMÉRICAIN

1. Influence américaine

Les premières tentatives des Anglais et des Américains, venus au milieu du XIXe siècle pour établir des relations commerciales, se heurtèrent à un refus obstiné des autorités coréennes. L'arrivée d'étrangers était perçue comme une menace, évoquant pour les Coréens les nombreuses invasions subies, dont ils gardaient un souvenir détestable. Il y avait aussi, pour les nouveaux venus, une méconnaissance complète des usages et des coutumes locaux.

La signature en 1882 du traité d'amitié et de commerce marqua le début de l'ouverture du pays aux influences occidentales. Les Anglais, qui s'intéressaient principalement à la Chine, ne développèrent pas leurs relations à la suite de ce traité. Les Américains, au contraire, profitèrent de ces nouvelles opportunités pour envoyer des missionnaires protestants. La particularité de leur apostolat fut d'associer étroitement l'évangélisation à l'éducation. C'est ainsi qu'ils créèrent des écoles avec enseignement en anglais, qui furent à l'origine de la pénétration de cette langue en Corée. L'anglais s'imposa rapidement comme langue de négociation avec les Occidentaux et il fut reconnu comme première langue étrangère par le gouvernement royal.

Durant l'occupation japonaise, de 1910 à 1945, l'anglais fut supplanté par le japonais, qui devint la langue officielle, et il fut même interdit à la suite de la guerre entre le Japon et les Alliés. C'est la capitulation du Japon qui va renforcer de nouveau le statut de la langue-culture américaine. A ce moment-là, les Alliés sont préoccupés de l'avenir d'une zone aussi importante du point de vue stratégique, et de surcroît affaiblie par une longue colonisation. Les Soviétiques et les Américains se mettent d'accord pour occuper provisoirement chacun une moitié du pays. Les Etats-Unis assurent ainsi un protectorat sur la partie Sud et l'U.R.S.S. fait de même pour la partie Nord.

Mais la situation se dégrade très vite à cause du conflit idéologique, le Nord ayant basculé rapidement dans le communisme. Devant la protestation très vive des Sud-Coréens, les Alliés renoncent à leur projet de maintenir, pendant cinq autres années, la ligne de démarcation séparant le Nord du Sud.

Les Américains vont alors essayer de trouver une solution auprès des Nations-Unies, qui tranchent la question conformément aux souhaits de Séoul : organisation d'élections sur l'ensemble de la Corée, sous le contrôle d'une Commission d'observateurs. Mais les émissaires des Nations-Unies ne pourront jamais franchir le 38e parallèle à cause des Soviétiques et seul le Sud pourra se rendre aux urnes.

La Première République de Corée naît exactement trois ans après la défaite japonaise. Elle est nommée officiellement " Dae-Han-Min-Kuk " ou " Hankuk ", le pays de HAN. Depuis, les Etats-Unis en restent l'allié majeur : ils sont le premier partenaire commercial et apportent un soutien militaire important. Cela a conduit les Coréens à assimiler les cultures occidentales à celle des Etats-Unis. Toutefois, la société coréenne a évolué dans ses relations avec l'Occident.

2. Evolution des générations

Pendant la guerre de Corée, les Etats-Unis ont fourni tous les matériels nécessaires et les Coréens ont " survécu grâce aux Américains ", comme ils le disent encore aujourd'hui. Ils se nourrissaient de farine de blé et de maïs, voire des conserves en boîte préparées pour les soldats américains. Cette génération, qui devait savoir dire : Thank you ! OK ! Give me chocolate ! ... a vieilli sans connaître l'épanouissement de la jeunesse et a ressenti une certaine humiliation " qu'il fallait accepter pour survivre ".

L'influence américaine s'est accrue avec la génération du " baby boom " et avec le développement économique, au début des années soixante : la protection américaine avait pour contrepartie des relations commerciales quasi exclusives et, de plus, les autres pays occidentaux ne plaçaient pas la Corée, considérée comme " chasse gardée " des Etats-Unis, parmi leurs zones prioritaires d'exportation. Jusqu'à la fin des années soixante-dix, le gouvernement américain a fait pression sur les Coréens pour rester leur partenaire politique et économique exclusif. C'est ainsi que la première implantation française, l'installation de centrales nucléaires, a été réalisée en dépit de cette forte pression.

Les jeunes d'aujourd'hui ont une autre vision du monde extérieur. Bien qu'ils disposent d'un large accès aux langues-cultures étrangères, la majorité garde une préférence pour la culture américaine qui correspond le mieux à leur goût. Ils reconnaissent volontiers l'importance de l'anglais, mais pour des relations sur un pied d'égalité et non plus d'ordre hiérarchique. Ils participent régulièrement, avec le soutien de leurs parents, aux stages de langue organisés aux Etats-Unis durant les vacances scolaires. Ils voyagent plus librement à l'étranger, en famille, en groupe, ou même seuls, ce qui était interdit jusqu'à la fin des années soixante-dix, afin d'éviter les sorties excessives de devises.

Le modèle américain influence considérablement la jeune génération, notamment celle des 20-24 ans, née en plein boum économique. Ceux-ci ont adopté les modes vestimentaires résolument américaines, sont très au courant des nouvelles technologies (téléphone portable, ordinateur personnel, réseau internet...). Cette infiltration se trouve jusqu'aux habitudes alimentaires, en particulier chez les plus jeunes, qui raffolent des produits consommés dans les magasins et les restaurants américains.

3. Conséquences sur l'éducation et la culture

Les liens privilégiés noués entre la Corée et les Etats-Unis ne se sont pas limités aux domaines militaire, politique et économique, mais ont englobé également l'éducation et la culture.

Les premiers établissements de type occidental, ainsi que la première école de filles, ont été fondés par des missionnaires américains après l'ouverture du pays. Le système éducatif actuel a été réorganisé à partir du modèle américain.

Dans ce cadre, l'anglais constitue le premier contact avec une langue indo-européenne et avec l'écriture latine. Cette langue est enseignée à tous les collégiens dès l'âge de douze ans, à raison de six à sept heures par semaine. L'anglais est une matière fondamentale, de la même façon que la langue nationale et les mathématiques. Les autres langues étrangères, considérées comme des matières mineures, sont abordées seulement en deuxième partie du second cycle, à raison d'une à trois heures hebdomadaires.

L'enseignement/apprentissage de l'anglais s'est aussi amélioré ces dernières années. D'un enseignement théorique et livresque, on est passé à un enseignement plus pratique, privilégiant la compréhension et l'expression orales. Ceci est dû à la forte demande pour cette langue et également à l'omniprésence des médias anglophones.

L'émigration des Coréens vers les Etats-Unis dans les années 60-70 a renforcé l'urgence de développer un matériel didactique adéquat et de former des enseignements compétents, l'anglais étant devenu un élément fondamental de leur nouvelle vie. Ce besoin a permis ainsi la réalisation des premières méthodes d'auto-apprentissage toujours utilisées, tant aux Etats-Unis qu'en Corée. Ces méthodes se caractérisent par des dialogues pratiques et faciles à réutiliser dans des circonstances semblables, des explications de grammaire claires et la récapitulation systématique des expressions idiomatiques, ce qui correspond exactement à l'attente des utilisateurs.

L'anglais est aussi la langue des affaires, partout présente dans les échanges internationaux. Pour cette raison, sa pratique courante est très utile à la recherche d'un emploi, d'autant que l'économie coréenne est essentiellement tournée vers l'exportation.

Avec le mouvement d'internationalisation encouragé par le président sud-coréen actuel, il a été décrété la priorité de l'enseignement/apprentissage de l'anglais sur toutes les autres langues et ce, dès le primaire. Cela renforcera la dynamique de la langue en prise avec sa culture déjà omniprésente et ne fera qu'accentuer, s'il en était besoin, sa domination exercée en Corée.

La présence massive des médias anglophones favorise le contact avec la langue-culture américaine et surtout constitue la première approche de la culture occidentale. Tout le monde peut capter une station de radio et de télévision américaine (AFKN : American Forces Korean Network). Deux journaux quotidiens rédigés en anglais (Korea Herald, Korea Times) sont en vente dans les kiosques. La presse américaine est également très répandue (Life, Washington Post, New-York Times...), y compris des revues féminines comme Cosmopolitan, Glamour...

Ces médias sont souvent exploités comme matériel didactique et deviennent ainsi des objets de l'enseignement/apprentissage de l'anglais. Des instituts de langues, très nombreux en Corée, proposent des cours spéciaux pour améliorer la compréhension orale de AFKN News et celle, écrite, des journaux anglophones. Les programmes américains sont aussi omniprésents, avec des séries en version originale sous-titrées sur la chaîne éducative. Afin de développer l'enseignement/apprentissage de l'anglais dans le public, le gouvernement envisage de permettre à davantage de chaînes câblées anglophones de diffuser des programmes.

Quant au cinéma, les films d'action à gros budget sont très appréciés de la jeune génération. Les films et les séries télévisés, manifestation la plus visible et la plus répandue de cette culture, ont beaucoup de succès. Il s'agit, en effet, d'une culture populaire, accessible au plus grand nombre venant d'horizons culturels très variés. Cela explique sa diffusion et son succès à l'étranger, indépendamment des moyens mis en oeuvre en Corée comme en Occident.

4. Perspective de la langue-culture américaine

Dans l'histoire récente des relations américano-coréennes, il faut mentionner un épisode fâcheux, survenu lors des Jeux Olympiques de Séoul en 1988, épisode dont les conséquences sont encore perceptibles aujourd'hui.

Les Coréens espéraient qu'en organisant ces jeux, les efforts déployés par chacun et les nombreux sacrifices imposés à tous seraient reconnus : la Corée comptait beaucoup sur " son grand frère " pour qu'il porte un jugement favorable et l'aide ainsi à se faire admettre parmi les puissances économiques et politiques mondiales.

Malheureusement, le résultat fut à l'opposé des espoirs envisagés. Cela commença par une très mauvaise couverture des reporters de la chaîne de télévision américaine NBC, qui privilégièrent les aspects les plus négatifs de la Corée : images de quartiers mal famés, fréquentés par les militaires américains, restaurants servant de la viande de chien (en fait très rares !)... Deirdre DURRANCE, interprète de conférence, constata, à ce propos, qu'il suffisait " d'une poignée de représentants de la presse omnipotente pour affaiblir les liens solides entre deux peuples alliés "32.

Les critiques américaines redoublèrent à la suite d'une erreur flagrante d'un arbitre de boxe coréen, donnant la médaille d'or à son compatriote, alors que l'adversaire américain avait, de toute évidence, remporté le match. D'autres incidents suivirent. Tout cela développa chez les Coréens, déçus et blessés, une forte réaction d'anti-américanisme, qui existait déjà dans le milieu étudiant contestataire.

Cette vague d'anti-américanisme n'a cependant pas constitué un frein pour le développement de la langue-culture américaine, tant à l'école que dans la société. Ce développement est constant, en raison de l'importance des Etats-Unis et de l'adoption de l'anglais comme langue véhiculaire pour les échanges internationaux.

La conséquence directe de ces événements s'est plutôt située dans un changement psychologique des Coréens à l'égard de leur puissant allié. Désormais, ils ne réduisent plus leur vision du monde extérieur à la seule Amérique, mais s'ouvrent davantage à d'autres horizons et découvrent, en particulier, l'intérêt d'approfondir leurs relations avec l'Europe. Dans ce contexte, la France se trouve bien placée pour profiter de ces nouvelles orientations.

E. L'ALLEMAND

1. Origine de la présence allemande

Les premières relations entre la Corée et l'Allemagne débutent en 1882, avec la signature du traité d'amitié et de commerce germano-coréen. Le principal artisan de l'établissement de ces relations est VON MÖLLENDORF (1848-1901), attaché au service des douanes chinoises, puis coréennes. Introduit en Corée grâce à une recommandation du gouvernement chinois, c'est lui qui crée la première école d'anglais dans la capitale en 1883.

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32
L'anti-américanisme en Corée, le Courrier de la Corée n° 670, 19 mars 1990, p. 11.

A la même époque, le gouvernement royal entreprend un certain nombre de réformes pour moderniser l'éducation et l'armée. C'est également sous l'influence de VON MÖLLENDORF que vont être recrutés des conseillers occidentaux dans de nombreux secteurs comme les douanes, la monnaie, l'électrification, les postes, les mines et l'agriculture.

Cependant, l'influence allemande ne s'impose guère en raison des ambitions rivales des puissants voisins de la Corée : Chine, Japon et Russie. Chacun de ces trois pays va, tour à tour, intervenir dans la politique intérieure coréenne, jusqu'à l'annexion japonaise de la péninsule qui va chasser toutes les influences extérieures33.

La langue allemande commence à être enseignée à partir de 1895 à l'Ecole des Langues Etrangères (la première créée en Corée), avec le français, le russe, le japonais et le chinois. Son enseignement est renforcé à la fin de l'occupation japonaise. En 1945, la réorganisation du système éducatif par le commandement militaire américain rétablit la suprématie de l'anglais et donne aux autres langues occidentales le statut définitif de seconde langue étrangère.

Suivant une tradition instaurée par les Japonais, la plupart des lycées enseignaient l'allemand. Par la suite, le nombre des lycées choisissant le français a augmenté graduellement, surtout après 1968, année où les autorités de l'Education Nationale ont commencé à encourager l'enseignement du français en contenant celui de l'allemand. Depuis, les lycées de garçons choisissent le plus souvent l'allemand pour son image virile, et les établissements de filles gardent une préférence pour le français considéré comme raffiné et féminin. Toutefois, l'enseignement de l'allemand reste, à l'heure actuelle, largement majoritaire dans les établissements secondaires.

2. Diffusion de la langue-culture allemande

L'enseignement de l'allemand, comme la plupart des secondes langues, demeure purement académique et incapable de dégager une vue panoramique des aspects langagiers et culturels, car il s'agit d'un enseignement livresque et théorique, fondé sur une progression grammaticale, sans grand contenu culturel. En outre, avec une ou deux heures de cours par semaine au lycée, on ne peut guère aboutir à un résultat concret, d'autant que le contact avec la langue-culture s'arrête à la classe.

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33
Cf. Marc ORANGE, L'ouverture de la Corée vers l'Occident, Que sais-je ? PUF, 1991, pp. 66-72.

Mais en faculté, pour permettre l'accès aux ouvrages originaux allemands et français, couramment utilisés durant les études universitaires, quelle que soit la spécialité, l'enseignement/apprentissage des secondes langues est obligatoire et renforcé, et c'est là aussi l'allemand qui est le plus enseigné. En effet, la vocation de l'enseignement supérieur est de former des esprits cultivés et d'offrir des connaissances dans des domaines spécialisés. Ainsi, les deux premières années sont consacrées à la culture générale dont fait partie l'enseignement/apprentissage du français ou de l'allemand. De plus, pour passer en maîtrise ou en doctorat, les étudiants doivent se présenter au concours d'entrée dans lequel non seulement le français ou l'allemand est obligatoire, mais en plus représente le tiers des points. Ceci explique la floraison de leurs études dans le cadre universitaire.

Un certain nombre d'étudiants prolonge également leurs études en Allemagne, notamment dans les branches littéraire et artistique. Au sein de cette dernière, la musique et les arts plastiques sont les plus recherchés.

Dans la vie active, l'allemand présente encore moins d'utilité que le français, bien que l'Allemagne soit le premier partenaire commercial européen et qu'un certain nombre d'Allemands travaillent dans une zone industrielle du sud-est de la Corée. Mais ils communiquent tous en anglais et ne cherchent pas à recruter du personnel maîtrisant leur langue.

L'image de l'Allemagne demeure également assez floue. C'est principalement à travers sa culture que ce pays est perçu : GOETHE et ses oeuvres traduites en coréen pour la littérature, BEETHOVEN, SCHUBERT, WAGNER, pour la musique, Heildelberg pour son université, Munich pour sa tradition culinaire.

C'est aussi un pays réputé pour sa technologie : l'électroménager et les appareils sophistiqués venant d'Allemagne sont considérés comme les meilleurs. Les Coréens pensent ainsi à LEICA pour la photographie, à MERCEDES pour la voiture, à MIELE pour l'électroménager.

Quant aux Allemands, les Coréens les imaginent costauds, gros consommateurs de bière, mais surtout économes et sérieux. Ils sont reconnus comme les artisans du " Miracle du Rhin ", un modèle de développement économique particulièrement étudié et apprécié en Corée. Le rapatriement des infirmières et des mineurs coréens, embauchés en Allemagne dans les années soixante, a contribué à former cette image d'un peuple travailleur, solide et sérieux.

C'est l'Institut GOETHE, implanté dans les quatre villes principales, qui joue un rôle essentiel pour la diffusion de la langue-culture allemande. Le premier a été créé à Séoul en 1969 et, dix ans après, a été édifié au centre ville le bâtiment actuel avec bibliothèque, auditorium et salles de classe. L'Institut GOETHE s'occupe, à la différence du Centre Culturel Français, à la fois des cours et des manifestations culturelles.

Son rôle consiste à offrir un enseignement/apprentissage de la langue-culture allemande vivant et adapté aux attentes du public coréen. Les premiers niveaux de cours sont centrés sur la compréhension et l'expression orales, sans oublier pour autant la lecture et l'expression écrite fondées sur des textes simples. Pour les niveaux moyens, les aspects culturels sont davantage pris en compte : leur enseignement/apprentissage aide à mieux connaître le pays à travers l'étude de sa culture et l'analyse de la société allemande.

En plus de ces programmes, l'Institut GOETHE organise des stages réguliers pour les enseignants du secondaire. Le but principal du stage est le perfectionnement linguistique et l'amélioration de la méthode d'enseignement. Pour cela, les responsables allemands travaillent en étroite collaboration avec le Ministère de l'Education et vingt enseignants, entièrement pris en charge, partent chaque année en Allemagne. Cette organisation rigoureuse et efficace rencontre un grand succès auprès des Coréens germanistes.

Parallèlement à cette activité didactique, des manifestations culturelles se déroulent dans les locaux de Séoul. Les programmes sont variés mais, dans le domaine cinématographique, les Coréens préfèrent les films français, plus nombreux et de meilleure qualité, présentés au ciné-club de nos Centres Culturels.

Par ailleurs, la bibliothèque de l'Institut est accessible à " tous ceux qui s'intéressent à la langue-culture allemande ". Elle prête des livres, des vidéocassettes et des disques compacts, dispose aussi de tous types de renseignements sur l'Allemagne, y compris touristiques : les brochures traduites en coréen sont à la disposition des visiteurs et l'Allemagne y est présentée à la fois prospère et romantique.

En dépit des efforts des autorités allemandes en faveur de la diffusion de leur langue-culture et malgré l'importance des échanges commerciaux entre l'Allemagne et la Corée, l'allemand reste une langue très peu parlée.

IV. LA PLACE DU FRANCAIS DANS L'ENSEIGNEMENT/APPRENTISSAGE DES LANGUES-CULTURES

Si très peu de Coréens pratiquent couramment une langue occidentale, presque tous sont d'accord pour constater que l'enseignement/apprentissage des langues-cultures est à la base du développement des échanges internationaux dans tous les domaines. En effet, la langue est à la fois le véhicule privilégié de la transmission de la culture et le dépositaire de cette même culture.

Cependant, l'enseignement/apprentissage livresque et théorique du coréen a fortement influencé celui des langues étrangères, en accordant la priorité à l'écrit et à la grammaire. Pour bien comprendre la place qu'occupent les langues-cultures en général, celle du français en particulier, il est utile de préciser la conception de la langue et celle de la culture par les Coréens eux-mêmes qui, naturellement, va se projeter sur les autres langues-cultures. La conception livresque de l'enseignement/apprentissage induit l'idée que l'école demeure un lieu d'études déconnecté des aspects pratiques. La politique linguistique actuelle et les problèmes relatifs à l'enseignement/apprentissage des langues-cultures reflètent en partie cette conception.

A. CONCEPTION DE LA LANGUE

A l'origine du système éducatif en Corée, il existait deux langues, puisque l'enseignement était entièrement dispensé en chinois, même après l'invention de l'alphabet coréen au XVe siècle. Dans les huit grandes écoles, on n'étudiait que la littérature et les sciences chinoises, le chinois étant " la langue officielle du gouvernement et de la haute société " (Ch. DALLET, 1874, P. 77).

Lorsque le roi Sejong rendit publique son intention de créer un nouveau système d'écriture, susceptible d'être appris facilement par tous, un groupe d'érudits aux idées conservatrices s'opposa violemment à ce projet. Ils pensaient qu'aucune écriture ne pouvait rivaliser avec l'écriture chinoise et, qu'en l'abandonnant, le coréen risquait de perdre son prestige, d'autant que ces idéogrammes avaient été adoptés dix siècles auparavant pour la transcription de la langue coréenne.

Malgré ces fortes oppositions, l'alphabet coréen fut promulgué. Mais, si cette invention a contribué à l'instruction de la population, tout l'enseignement continuait à se donner en chinois et celui-ci constituait l'outil indispensable pour la transmission du savoir, réservée aux classes élevées. Seules la recherche intellectuelle et les études des classiques chinois étaient prises en considération, tandis que les études pratiques demeuraient plus ou moins méprisées. Par exemple, le métier d'interprète était peu considéré malgré un travail reconnu par la cour royale et les plus hautes administrations. Ces fonctionnaires ne pouvaient jamais atteindre des postes élevés ; ils devaient même supporter un certain mépris dû au fait d'exercer un travail pratique.

C'est précisément cette longue tradition qui conduisit l'enseignement - de manière exclusive - vers la transmission du savoir et non du savoir-faire, c'est-à-dire uniquement expliquer et mémoriser. Dans cette optique, la maîtrise de l'écrit était indispensable. Savoir lire et écrire en chinois restait l'objectif essentiel des études. Le concours national consistait à évaluer la compétence de chaque candidat à l'écrit.

En revanche, savoir s'exprimer à l'oral ne fut jamais pris en compte. " Parler trop " était même mal considéré, comme le montrent bien certaines expressions courantes : " L'homme doit avoir la bouche cousue ; il vaut mieux se taire que de dire n'importe quoi ; il faut bien réfléchir avant de s'exprimer, car la parole versée est comme l'eau renversée, irrécupérable... " En somme, il ne fallait pas trop parler, mais parler à bon escient, ainsi qu'en témoigne cette autre maxime : " une belle parole rembourse une grosse dette ".

Cette tradition de la transmission du savoir s'est perpétuée dans l'enseignement moderne, où l'accent est toujours mis sur l'écrit. L'enseignement du coréen consiste uniquement dans la compréhension des textes proposés. Le professeur explique d'abord l'idée générale, donne ensuite des explications détaillées de chaque phrase et les élèves l'écoutent attentivement, en essayant de prendre le plus de notes possible. Ce sont donc des études livresques où les élèves apprennent par coeur ce que le professeur enseigne.

La priorité à l'écrit est valable pour les autres matières, y compris les langues étrangères. Les élèves travaillent sur la langue, la grammaire et le lexique, qui doivent normalement faciliter la compréhension de textes. La littérature étrangère est également étudiée au travers de traductions de textes, mais les professeurs essayent rarement de faire comprendre les idées des auteurs ou les styles qui leur sont propres.

Le contact avec les langues étrangères, lors de l'ouverture du pays, fut l'occasion de prendre conscience de l'importance de la langue comme moyen de communication. Depuis, cette prise de conscience s'est renforcée, car les échanges internationaux s'amplifient et la langue coréenne n'est pratiquée que localement et dans les communautés installées à l'étranger.

La connaissance de langues est considérée comme un enrichissement personnel sur le plan culturel et intellectuel et elle constitue aujourd'hui l'un des objectifs essentiels des études. L'introduction des langues étrangères a conduit à une réflexion sur la conception de l'enseignement/apprentissage des langues en général et l'a fait, en partie, évoluer dans un sens pratique.

L'anglais et le japonais commencent à privilégier l'oral. De même, un changement radical est intervenu avec la rénovation des programmes de l'enseignement du coréen. Désormais, les écoliers apprennent leur langue maternelle avec des objectifs pratiques répondant aux besoins de communication exigés dans la vie courante. Non seulement, le contenu de l'enseignement a changé, mais aussi son appellation : de coréen tout court, elle se nomme aujourd'hui cours de coréen parlé, écrit et lu.

Cette prise de conscience de l'importance de l'oral n'a pas eu, à ce jour, les mêmes conséquences dans chacune des langues étrangères enseignées. En effet, les langues, dont l'utilité pratique n'est pas directement perçue, comme le français ou l'allemand, sont encore largement dispensées selon les méthodes traditionnelles.

B. CONCEPTION DE LA CULTURE

Autrefois, existaient deux formes de culture nettement distinctes : une culture savante réservée aux lettrés qui pourrait être assimilée au " cultivé " et une culture populaire qui s'apparente au " culturel ". La première concernait essentiellement les domaines littéraire et artistique, avec une vision du monde élitiste ; la seconde prenait sa source dans les expressions de la vie quotidienne, avec ses désirs et ses rêves... Les chapitres précédents ont largement évoqué la forte influence culturelle chinoise à l'origine de cette différence.

Aujourd'hui encore, la conception de la culture n'a guère évolué, elle est toujours considérée comme une " occupation savante et luxueuse ", comme le montre une enquête réalisée par le Centre de Statistiques Korea Research, en décembre 1992. Sa définition même, d'après cette enquête, est automatiquement liée à une culture élitiste ; la plupart des manifestations culturelles reste inaccessible au grand public, du fait de leur contenu " trop recherché et singulier " et du prix des places " trop élevé ", sans oublier les problèmes dus à l'absence de programmation et d'espaces, notamment dans les petites villes.

Par conséquent, la population se tourne vers des loisirs faciles à consommer : le cinéma, avec une préférence pour les productions étrangères, la vidéo et la télévision. Cette dernière a acquis une telle influence qu'elle est devenue " la référence de la culture populaire ". Un sondage effectué par un quotidien de Séoul (Donga Ilbo), en août 1993, confirme son impact : pour une majorité de Coréens (59 %), la télévision constitue la source essentielle d'informations et de loisirs, suivie des journaux (28 %), de la radio (8 %) et des revues (5 %). Pour plus des trois quarts des jeunes (79 %), la télévision représente l'essentiel de leurs sources culturelles34.

Trois chaînes publiques et deux chaînes privées diffusent divers programmes globalement bien appréciés de l'ensemble de la population. Les téléspectateurs aiment, par exemple, regarder les séries, créées à partir d'oeuvres littéraires ou d'histoires de la vie courante et ces séries donnent lieu à une forte concurrence entre les chaînes.

Avec la généralisation de la télévision, on assiste, comme en Occident, à un développement d'une " culture d'appartement "35 où l'écoute de la musique à domicile et celle de la télévision prennent de plus en plus d'importance. La mutation technologique dans les secteurs du son et de l'image (baladeur, CDI, disque laser, ...) ainsi que les transformations de l'offre audiovisuelle (câbles, vidéo) ont favorisé la progression de l'équipement des ménages dans ce domaine et sont à l'origine du développement spectaculaire de cette tendance. Les radios FM36 avaient déjà contribué à la généralisation de l'écoute musicale : leurs émissions variées sont toujours très suivies, aussi bien à domicile que dans les lieux publics.

On assiste parallèlement à une diminution de la lecture, surtout dans la population active. Le livre constituait autrefois le principal vecteur de diffusion culturelle. Selon l'enquête citée plus haut, les jeunes se rendent chez les libraires trois à quatre fois par mois et leurs aînés se contentent d'une visite mensuelle ou bimensuelle.

Au total, on peut interpréter ce changement de pratique culturelle comme un déplacement du pôle d'activité constitué par le livre vers le pôle audiovisuel. A l'origine de ces changements surtout pour la culture quotidienne et comportementale, on trouve, bien sûr, le rôle majeur des influences occidentales, essentiellement américaine.

Malheureusement, l'introduction de ces dernières s'est faite de manière confuse et brutale, en particulier lors de la dernière guerre de Corée. Les habitants de la péninsule se sont laissés emporter par cette puissante vague, sans avoir eu le temps de comprendre ni de s'adapter à ces nouveautés.

________________________

34
Les rapports ne sont pas encore bien tranchés entre loisirs et culture.

35 La Politique Culturelle, rapport présenté à l'Assemblée Nationale en décembre 1994.

36 Les radios FM sont exclusivement consacrées à la musique de tout genre et les radios AM gardent leurs programmations d'origine : des informations et des divertissements, entrecoupés de cinq à six heures de musique par jour.


Dans les années cinquante, la culture américaine était directement liée aux nécessités économiques, puisque les Américains fournissaient les nourritures de survie et tous les matériels, tandis que la culture française apparaissait beaucoup plus raffinée, grâce à l'art, la musique et les produits de luxe. Pendant cette période, les cultures occidentales leur semblaient supérieures, au point d'ignorer, voire de mépriser leurs propres références.

L'influence américaine prenait ainsi le relais des dominations culturelles chinoise, puis japonaise. Ces expériences malheureuses ont convaincu les Coréens que seules des sources culturelles diverses et harmonieuses pouvaient leur être bénéfiques, car au fond, la culture doit s'appuyer à la fois sur la conscience identitaire et sur l'ouverture au monde.

La rencontre avec les cultures étrangères a permis finalement aux Coréens de s'intéresser davantage à leur propre culture, comme si la présence d'autrui avait réveillé la conscience de soi. Cette prise de conscience relativement récente les a entraînés à se rapprocher de leurs traditions et de leur patrimoine. Un certain nombre d'artistes tente même une synthèse des expressions artistiques occidentales et orientales, en vue d'une revalorisation et d'une familiarisation avec les sources culturelles traditionnelles, et ce travail est fort apprécié du public.

Les mouvements de protection de l'art traditionnel, fondés dès 1930, ont tourné la page : la peur s'est transformée en désir de s'enrichir à travers les autres cultures.

Par ailleurs, les jeunes sont beaucoup plus autonomes vis-à-vis des cultures étrangères que leurs aînés : ils ne s'intéressent plus uniquement à la culture américaine, mais ils essaient de sélectionner et de s'adapter aux nouveautés extérieures. Le sentiment d'infériorité envers les puissances étrangères s'est estompé. C'est plutôt la curiosité et l'esprit aventurier qui incitent les Coréens d'aujourd'hui à aller découvrir par eux-mêmes d'autres horizons.

Le français a la chance de correspondre à cet état d'esprit, car il a toujours incarné un idéal de culture savante face à la culture américaine de masse.

C. POLITIQUE LINGUISTIQUE EN CORÉE

C'est à l'école qu'a lieu le premier contact avec les langues étrangères. En théorie, les lycéens peuvent choisir deux langues parmi les six suivantes : anglais, allemand, français, chinois, japonais et espagnol, mais, en réalité, la plupart des lycées n'enseignent que deux langues : l'anglais et, en général, l'allemand dans les lycées de garçons, le français dans les lycées de filles et le japonais dans les lycées techniques, le chinois et l'espagnol étant très peu enseignés. La répartition des élèves apprenant les langues37 est la suivante :

 

1983

1993

Allemand

650 000

(44,6 %)

505 000

(43,2 %)

Japonais

460 000

(31,5 %)

325 000

(27,8 %)

Français

334 000

(22,9 %)

288 000

(24,6 %)

Chinois

11 000

(0,7 %)

42 000

(3,6 %)

Espagnol

4 000

(0,3 %)

9 000

(0,8 %)

TOTAL

1 459 000

(100 %)

1 169 000

(100 %)

Le nombre total d'élèves a décru de près de 20 % en dix ans. Cela explique la diminution de leur nombre dans les trois principales secondes langues étrangères, allemand, japonais et français. Toutefois, les proportions respectives varient : la part de l'allemand et du japonais diminue globalement de plus de 5 % au profit du français (+ 1,7 %) et surtout du chinois (+ 2,9 %) dont le nombre d'élèves a presque quadruplé. C'est avec l'espagnol la seule langue dont le nombre d'élèves progresse, partant, il est vrai, de très bas.

_________________________

37
Statistical Year Book of Education, Ministry of Education, Séoul, Koréa 1983-1993-1994.

Il est intéressant de constater que l'enseignement/apprentissage des secondes langues est partagé de façon très variable entre garçons et filles, comme l'indique le tableau ci-après.

Proportion filles/garçons en 1994

 

Allemand

Français

Espagnol

Chinois

Japonais

Filles

140 115

190 855

5 063

16 169

153 419

Garçons

344 855

93 502

3 394

32 045

153 532

TOTAL

484 970

284 357

8 457

48 214

306 951

On constate que l'allemand est enseigné à une majorité de garçons (71 % de l'ensemble). A l'inverse, plus des deux tiers des élèves de classes de français sont des filles (67 %). Le japonais est enseigné à autant de filles que de garçons.

A l'université, le japonais vient en cinquième position après l'anglais, l'allemand, le français et le chinois. Cette différence de classement du japonais entre les lycéens et les étudiants est due à des motivations différentes : utilitaires pour les premiers, plus intellectuelles pour les seconds.

A l'issue des études secondaires, les élèves coréens n'ont retenu que peu de choses de l'enseignement de leur seconde langue, à l'exception du japonais, plus proche de leur langue maternelle. Même si ces élèves ont poursuivi l'étude de cette langue à l'université, ils demeurent incapables de communiquer avec les natifs du pays concerné. Ce n'est que par des enseignements complémentaires -cours particuliers, cours diffusés par des organismes privés ou semi-privés, du type Alliance Française et Institut GOETHE, ou encore séjours à l'étranger- que les étudiants peuvent réellement s'exprimer dans ces langues.

Le Ministère de l'Education a tenté, à plusieurs reprises, de modifier la politique linguistique concernant les secondes langues, mais avec des résultats divers.

La première réforme, en 1973, a eu pour objectif la valorisation des secondes langues. Le Ministère de l'Education a donné le feu vert pour le rétablissement du japonais au lycée et il a permis aux lycéens de choisir, au concours d'entrée à l'université, une seconde langue à la place de l'anglais.

Grâce à cette politique, le japonais s'est développé rapidement, mais, pour les autres langues, cet essai de valorisation n'a pas donné les résultats escomptés, à cause du niveau beaucoup trop faible exigé par rapport à l'anglais : ce dernier était jugé bien plus sévèrement, car supposé mieux connu, alors que des connaissances rudimentaires de seconde langue permettaient d'obtenir des notes plus élevées. Une autre raison de cet échec tient aussi au manque de formation des enseignants en langues étrangères autres que l'anglais. De plus, la valorisation de ces langues s'est heurtée au sentiment général de leur inutilité face à l'anglais.

La deuxième réforme de 1986 a été nettement défavorable au développement des secondes langues, car elle poussait à leur abandon sous prétexte que les lycéens n'avaient pas le temps de s'y consacrer, trop pris par la préparation du concours d'entrée : elle permettait aux garçons de choisir une langue étrangère ou la technologie ; les filles avaient le choix entre une langue étrangère et la gestion ménagère. Par conséquent, même les élèves voulant se spécialiser en langues ne les prenaient pas, pour ne pas être désavantagés par rapport à ceux qui optaient pour ces matières relativement faciles à retenir.

De toute évidence, cette mesure ne prenait pas en compte l'une des exigences de l'enseignement supérieur, c'est-à-dire pouvoir étudier sur les textes originaux, français ou allemands. C'est pourquoi l'examen d'entrée en maîtrise et en doctorat demande une bonne connaissance d'une de ces langues. On peut donc facilement imaginer les difficultés que peuvent rencontrer les étudiants pour arriver à mener à bien leurs études universitaires et post-universitaires, après un apprentissage sommaire de la seconde langue au lycée38.

Cette politique n'a pas tardé à être abandonnée à la suite d'une forte contestation du milieu universitaire et intellectuel. Il est à noter que le vice-ministre de l'Education de l'époque a encouragé les lycées à choisir le français et l'espagnol de préférence à l'allemand " majoritairement adopté par un attachement anachronique à la tradition japonaise " (K.S. JONG, 1988).

En 1992, une nouvelle réforme a de nouveau pris conscience de l'importance des langues étrangères dans les études. Depuis cette date, la seconde langue est obligatoire au concours d'entrée : ainsi les candidats, désireux de s'inscrire en sciences humaines ou en lettres, doivent passer les quatre matières suivantes avec un coefficient variable selon l'importance de la matière :

- Langue nationale : 130

- Anglais : 120

- Mathématiques : 90

- Seconde langue : 60

________________________

38
Cf. Jung-Chul SUH, La deuxième langue étrangère et l'avenir de l'éducation en Corée, Fondation culturelle franco-coréenne - Alliance Française 1986, pp. 38-41.

La dernière réforme, présentée en mars 199539, prévoit, d'une part, d'intégrer l'anglais à partir de 1997 parmi les matières régulières et obligatoires des quatre dernières années de l'école primaire et, d'autre part, d'ajouter dès maintenant le russe et, à compter de 2001, l'arabe dans l'enseignement des secondes langues au lycée. A cette même date, le nombre d'heures hebdomadaires pour toutes ces langues sera augmenté.

Ce projet d'amélioration de l'enseignement/apprentissage des langues étrangères dans le cadre institutionnel est sans doute décisif pour la Corée qui entre dans l'ère de la mondialisation. Les dirigeants ont enfin pris conscience du besoin urgent de rénover cet enseignement/apprentissage " centré sur la grammaire et la lecture ", qui conduisait à un résultat médiocre pour la pratique de la langue.

Les efforts prévus pour la mise en valeur de l'oral sont les suivants :

- révision de la loi actuelle interdisant aux étrangers de donner des cours dans le primaire ;

- recrutement massif d'étrangers d'origine coréenne, spécialisés dans l'anglais langue étrangère (8 000 embauches annoncées dans un premier temps) ;

- nouveau programme de formation des enseignants du primaire, avec pour objectif principal de rendre les apprenants capables de " parler, écouter et comprendre correctement l'anglais " ;

- autorisation, dès 1996, pour les écoles primaires, d'ouvrir une classe de conversation anglaise une fois par semaine, puis bi-hebdomadaire à partir de 1997 ;

- autorisation, pour les universités anglophones, d'établir leurs annexes en Corée et implantation de lycées internationaux destinés aux élèves revenant au pays, après avoir suivi leurs parents en poste à l'étranger.

Ces nouvelles mesures auront ainsi des conséquences pour les études secondaires et universitaires. L'accent sera mis davantage sur l'expression et la compréhension orales, y compris au concours d'entrée en faculté.

Cette meilleure appréhension de l'anglais aura également des effets sur l'enseignement/apprentissage des secondes langues, plus axé sur la dynamique de la langue. Ceux qui maîtriseront l'anglais auront plus de facilités et de motivation pour aborder une autre langue, comme les enseignants le constatent déjà maintenant : les meilleurs sont souvent ceux qui parlent couramment anglais ou une autre langue. Leurs

__________________________

39
Les futurs mini-anglophones, Le Courrier de la Corée, n° 929, 4 mars 1995, p. 21.

habitudes d'apprentissage et leur capacité à s'organiser des données sont tout à fait transposables. L'augmentation des horaires obligera, en outre, à diversifier cet enseignement/apprentissage trop livresque et routinier.

L'ouverture récente de lycées de langues étrangères dans les villes principales, favorise cette nouvelle politique. Actuellement, on dénombre douze lycées de langues étrangères (cinq dans la capitale), comptant 549 enseignants, 13 636 élèves dont 7 284 filles. Celui de Pusan en est un bon exemple.


· Lycée des Langues Etrangères de Pusan40

Ville portuaire, grand centre d'échanges internationaux, Pusan est confrontée à la nécessité de s'adapter aux changements extérieurs. La connaissance des langues étrangères y prend une dimension particulière.

A la suite d'une expérience positive à Séoul, le Lycée des Langues Etrangères de Pusan a ouvert en 1985, avec l'objectif précis de former des lycéens en langues étrangères (l'anglais, première langue obligatoire, la seconde langue au choix parmi le japonais, le chinois, le français et l'allemand), en mettant l'accent sur l'enseignement/apprentissage intensif des langues-cultures dès le secondaire.

Ce lycée présente certaines particularités : il s'agit d'un établissement mixte, ce qui est rare en Corée, et il dispose d'un matériel didactique assez important : trois laboratoires de langues, trois salles de projection et quatre salles spécialement aménagées pour la pratique de la langue ; elles sont conçues pour 25 élèves, avec des tables disposées en demi-cercle autour du bureau de l'enseignant, et un écran vidéo au mur.

Il dispense un enseignement conjoint, partagé par des enseignants natifs et coréens. Six professeurs étrangers enseignent la langue de leur pays d'origine, où ils ont acquis la formation nécessaire. La particularité de leur travail tient au fait qu'ils animent le cours de conversation dans la langue d'apprentissage. La priorité est donnée à l'oral, aux expressions courantes. Pour illustrer leurs cours, ils sont libres de choisir le matériel didactique, ce qui leur permet d'utiliser des sources, écrites ou sonores, conçues dans le pays d'origine.

Vingt-cinq enseignants locaux sont, quant à eux, chargés de l'enseignement de la grammaire donné en coréen. Ces enseignants se perfectionnent dans le cadre de la formation continue, en participant à des stages à l'étranger et en travaillant sur l'élaboration et l'approfondissement des matériels didactiques avec l'aide de spécialistes.

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40
La présentation du lycée est réalisée à la suite d'entretiens locaux avec le Proviseur et les trois enseignants étrangers en mars 1992.

Les élèves brillants bénéficient de bourses annuelles : une dispense intégrale des droits d'inscription, en plus d'une allocation de 10 000 francs par an. Les élèves en chinois et en japonais peuvent effectuer des stages dans des lycées jumelés à Taïwan et au Japon. S'ils choisissent les mêmes langues à l'université, les notes qu'ils ont obtenues au lycée, en contrôle continu, leur resteront acquises pour l'épreuve de langue au concours d'entrée. C'est une incitation supplémentaire à étudier davantage les langues, en plus des programmes d'études imposés par l'Institution.

D. PROBLÈMES RELATIFS A L'ENSEIGNEMENT/APPRENTISSAGE DES LANGUES-CULTURES

Mis à part ces quelques heureuses exceptions, l'enseignement/apprentissage des langues-cultures continue à fonctionner dans un cadre restreint avec un objectif théorique, sans tenir compte des attentes et des besoins des apprenants actuels, qui souhaiteraient, en premier lieu, une bonne maîtrise de la langue orale. Cet aspect s'accentue dans les secondes langues, en particulier les langues européennes.

Les conséquences d'une telle situation sont simplement désolantes. Ainsi, les 3 500 étudiants qui terminent chaque année leur licence de français sont rarement aptes à communiquer dans cette langue, à moins d'avoir suivi une formation complémentaire. Les quatre années d'études universitaires sont en quelque sorte coupées des réalités de la langue française contemporaine.

En fait, beaucoup pensent que l'enseignement des langues à l'école est, de toute façon, insuffisant, surtout quand il s'agit des langues enseignées de manière livresque comme le français et l'allemand, et que l'on doit faire appel aux autres moyens (cours privés ou séjours linguistiques à l'étranger).

Certains croient même que l'enseignement/apprentissage des langues n'est pas un des devoirs de l'école, mais une affaire personnelle que chacun doit prendre à son compte en fonction de ses capacités intellectuelles, financières, et en fonction du temps dont il dispose. Un tel raisonnement ne facilite pas le développement des langues étrangères au sein de l'école, où a lieu le premier contact avec ces matières.

Au fond, une conception élitiste de l'enseignement reste ancrée dans la mentalité des Coréens ; l'école doit demeurer un haut lieu d'étude théorique, les aspects pratiques pouvant être appris ailleurs. La floraison des instituts privés en témoigne.

Dans le milieu universitaire, l'observation, l'adaptation, ou la critique, sont encore très peu prises en compte, et cela ne laisse guère de place à l'enseignement/apprentissage des langues-cultures, nécessitant la volonté de s'adapter aux changements constants.

Par ailleurs, l'enjeu économique joue un rôle déterminant pour le choix des langues. La prédominance de l'anglais et du japonais le prouve. Pour les secondes langues, cet enjeu est moins crucial, mais non exempt d'aléas.

Ainsi, la langue vietnamienne a subi un sort difficile. La seule section de vietnamien à l'Université des Langues Etrangères a été supprimée à l'arrivée des communistes au Sud Viêt-nam. Pendant presque quinze ans, ce pays a disparu de l'esprit des Coréens, alors que le gouvernement y avait régulièrement envoyé ses soldats, à la demande des Etats-Unis. A la suite de l'établissement récent des relations bilatérales qui a stimulé le développement des échanges commerciaux, le département de cette langue a été réouvert, et la création de nombreuses sections dans les facultés encouragée par le Ministre de l'Education.

Ce cas précis illustre bien l'absence de cadre juridique concernant la création et la préservation des sections de langues : déjà, dans le programme d'étude, le cours de langue n'est tenu que s'il y a un professeur, il peut être suspendu à tout moment et la langue disparaître de l'établissement du jour au lendemain.

En réalité, les dirigeants coréens considèrent l'apprentissage de la langue comme un moyen d'accéder à une formation complémentaire à l'étranger, jugée utile pour le pays. C'est ainsi que le gouvernement de Séoul donne la priorité aux disciplines scientifiques et technologiques. Chaque année, de nombreux boursiers sont envoyés à l'étranger pour se perfectionner dans ces domaines. Les étudiants projetant d'aller au Japon ou aux Etats-Unis sont relativement bien formés dans ces langues, car ils ont acquis de bonnes connaissances de base, et ils effectuent, en plus, une année de stage linguistique sur place.

Pour le français ou l'allemand, l'enseignement, trop théorique et livresque, ne les conduit pas au même niveau, et le stage accompli dans le pays d'accueil reste insuffisant : en une seule année, ils ne peuvent combler leur retard.

En définitive, le gouvernement coréen s'efforce de développer une coopération avec les pays avancés, mais ne se donne pas les moyens d'un enseignement/apprentissage des langues concernées à la hauteur de ses ambitions. On peut cependant, pour le français, tenter de proposer des voies pour rendre plus efficace son enseignement/apprentissage et sa diffusion en Corée. Il s'agit de promouvoir un enseignement du français adapté au contexte local.

V. PRÉSENTATION DES ENSEIGNANTS DE FRANCAIS ET BILAN DE LEUR FORMATION

Le contact avec la langue-culture française se fait essentiellement en milieu institué. Cet enseignement/apprentissage demeure élitiste et maintient sa vocation intellectuelle et culturelle. C'est pourquoi la forte augmentation des sections françaises dans les universités au cours des quinze dernières années ne signifie pas que le statut du français en Corée se soit affermi en proportion.

Avec le contenu de l'enseignement/apprentissage livresque, il existe un décalage sensible entre le français appris à l'école et la pratique de la langue française. Les enseignants, issus de ce système, perpétuent ce mode d'enseignement. C'est donc la formation des enseignants qu'il convient, en premier lieu, d'améliorer.

Le professorat demeure un métier considéré et respecté. Pourtant, à la suite de l'extraordinaire développement économique de ces trois dernières décennies, les meilleurs éléments délaissent les postes d'enseignant, pour choisir les filières scientifiques conduisant aux carrières prestigieuses offertes par l'industrie. Ce changement a affecté particulièrement l'enseignement secondaire. Au sein de l'Université, le statut d'enseignant s'est banalisé, en raison de l'accroissement important du nombre de postes.

La considération pour les enseignants varie en fonction de l'importance de la matière enseignée : ceux de langues étrangères, hormis les professeurs d'anglais, sont moins bien considérés que leurs collègues des matières scientifiques. Dans cette hiérarchie, les enseignants de français sont peu reconnus de leur institution, mais bénéficient d'un certain prestige auprès de leurs élèves, grâce à la bonne image de la France. Ils sont d'autre part tributaires de la conception générale de l'enseignement : leur méthode directive et leur rôle dominant en découlent d'une certaine façon.

Leur compétence insuffisante en langue-culture française nécessite de faire appel à des lecteurs français, mais ces derniers communiquent difficilement avec leurs élèves, en raison de leur ignorance de la langue-culture coréenne.

Cela pose le problème de la formation des enseignants de français. L'étude de la formation initiale et de la formation continue permettra d'en isoler les carences et de proposer quelques projets d'amélioration.

A. PRÉSENTATION DU CORPS ENSEIGNANT

Préalablement à la présentation du corps enseignant, de son rôle et profil, ainsi qu'à l'évaluation de sa compétence, il semble nécessaire d'exposer la conception générale de l'enseignement, qui influence l'enseignant de français et détermine ses méthodes.

1. Conception et méthode de l'enseignement

Dans un pays où le taux d'alphabétisation s'élève à 99 % et où le diplôme universitaire apparaît comme indispensable, quels principes s'est donné l'enseignement ?

Celui-ci, comme il a été dit plus haut, représente avant tout la voie pour atteindre le plein achèvement de l'homme. Pour qu'un être devienne véritablement accompli, il lui faut étudier, si possible dans les meilleurs établissements, aller jusqu'au bout de l'enseignement offert et valoriser tout cela par l'obtention de diplômes.

En pratique, l'enseignement repose davantage sur l'accumulation de connaissances, tant pour la culture générale que pour le domaine spécialisé. On enseigne surtout à apprendre par coeur et très peu à réfléchir. Cette attitude ne développe ni l'esprit de synthèse, ni le jugement critique. Elle permet simplement l'insertion dans un système voulu, respecté et rarement contesté.

Cet état de fait est certainement lié au confucianisme qui imprègne les mentalités de la société coréenne et privilégie la bonne entente et l'harmonie dans la collectivité, plutôt que l'autonomie de chaque individu. Dans cet enseignement directif, les initiatives individuelles sont peu recherchées, et la nature des relations entre enseignants et apprenants demeure hiérarchique.

L'enseignant, auquel la tradition accorde le rôle dominant, est de plus confronté à une classe surchargée. L'effectif moyen est de soixante élèves et, dans la plupart des sections universitaires, davantage. Les conditions de travail sont donc défavorables, tout particulièrement pour les cours de langue. Le cours magistral est presque une fatalité.

En faculté, le niveau hétérogène des étudiants est une autre difficulté fréquemment rencontrée, car certains ont déjà appris la langue au cours des années de lycée alors que d'autres la découvrent, ce qui conduit obligatoirement à centrer l'enseignement sur l'apprentissage de la grammaire, considéré comme la base nécessaire pour pallier les différences de niveau.

Ces deux phénomènes concourent à renforcer l'aspect théorique de l'enseignement hérité de la tradition. La méthode doit aussi tenir compte du degré de motivation des étudiants, qui ne choisissent généralement pas le français pour des raisons strictement professionnelles ; ils n'ont pas une forte incitation à un travail intensif et le rythme de progression est lent. Mais de ce fait, ils peuvent apprendre de manière plus détendue.

En ce qui concerne le matériel didactique, les établissements secondaires utilisent les manuels conçus par les éditeurs locaux. Quelques facultés élaborent elles-mêmes leur méthode de langue, mais elles se ressemblent beaucoup. Les méthodes publiées en France sont couramment adoptées : Mauger, De Vive Voix, A Paris... actuellement remplacées par Sans Frontières, Archipel, Libres Echanges...

En dehors des manuels, le dictionnaire est un outil indispensable. Un dictionnaire français-coréen datant de 1971, le coréen-français de 1978, publiés par la Société Coréenne de Langue et Littérature Françaises, " constituent la base des études françaises chez les Coréens ", comme le précise l'ancienne Présidente de cette société41. Ainsi, le manuel et le dictionnaire sont les deux sources essentielles ; les matériaux sociaux ou le recueil de textes sont rarement utilisés, par manque de formation des enseignants et aussi à cause d'un certain rejet des étudiants, qui veulent à tout prix terminer la méthode choisie.

Si les cours de langues ne se font pas toujours dans la langue enseignée, cela peut s'expliquer par deux raisons principales : l'utilisation du coréen est due surtout à l'enseignant lui-même qui maîtrise mal la langue et, par ailleurs, les étudiants ressentent souvent le besoin qu'on leur explique des mots difficiles ou des points de grammaire avec la logique de leur propre langue. Dans les cours animés par les lecteurs étrangers, de grosses difficultés de communication se posent entre enseignants et étudiants, l'enseignant étranger ne parlant presque jamais le coréen. Toutefois, le fait qu'ils s'expriment en langue étrangère, donnent abondamment leur avis, prononcent de longues phrases face aux étudiants qui n'en comprennent que des bribes, peut avoir pour effet une familiarisation formatrice, et ainsi constituer un avantage pour les étudiants, qui ont peu l'occasion d'entendre la langue enseignée en dehors du cours.

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41
In-Hwan KIM, Professeur du département de langue et littérature françaises à l'Université féminine Ewha, décorée de l'Ordre des palmes académiques du gouvernement français en 1986.

2. Rôle de l'enseignant

D'une façon générale, l'enseignant est respectueux de l'institution et de la tradition. Il est peu enclin à remettre en cause les préceptes qu'il a reçus de l'Institution et des professeurs auxquels il succède.

Son rôle principal est de dispenser des connaissances et de vérifier leur assimilation à travers des évaluations systématiques. Au lycée, l'enseignant suit à la lettre le livre qui lui est imposé, et contrôle les connaissances acquises par des partiels hebdomadaires ou mensuels.

En faculté l'enseignant a la liberté de choisir les ouvrages que les étudiants doivent ensuite acheter. Il établit les objectifs globaux pour chaque semestre, davantage en fonction du niveau théorique de ses étudiants que de leur niveau réel. Une certaine liberté lui est laissée pour fixer ses objectifs et les moyens propres à les atteindre. Il doit les inscrire sur des imprimés remis en début de chaque semestre. Nombre d'entre eux se contentent de reprendre les objectifs déterminés par leurs prédécesseurs, sans chercher à les modifier.

A l'égard de son groupe, l'enseignant joue un rôle directif : il anime le groupe et lui donne la parole plus collectivement qu'individuellement ; il évalue les étudiants globalement, compte tenu de leur nombre trop élevé. En effet, s'adresser au groupe dans son ensemble et obtenir facilement un écho par une réponse, est une stratégie d'animation presque nécessaire face au sureffectif.

Dans ce contexte, il lui est difficile de valoriser ses rôles " d'appreneur ", facilitant l'apprentissage et " d'animateur ", stimulant cet apprentissage, comme le propose R. GALISSON42. En revanche, le rôle " d'éducateur " reste déterminant quel que soit le niveau d'études. Les enseignants de faculté reprennent partiellement cette fonction, chacun prenant en charge un certain nombre d'étudiants de son département.

L'enseignant de langue assure de plus un rôle de " modèle ". Comme le souligne R. GALISSON dans un article43, " l'enseignant de langue est non seulement vu et entendu mais regardé et écouté". L'apprentissage de la langue passe, en effet, par l'observation et l'imitation de la gestuelle, des mimiques et de la parole de l'enseignant. Il doit donc être conscient de ce qu'il représente et se préparer, s'entraîner, en conséquence.

En réalité, et plus particulièrement au lycée, ce rôle de " modèle " n'est généralement pas exercé, en raison du contenu livresque de l'enseignement. Il n'en est pas tout à fait de même en faculté, dans la mesure où ce rôle est mis en valeur par les enseignants français. Ceux-ci sont observés, imités, non seulement dans leur fonction d'enseignant, mais également dans leur comportement général.

3. Profil de l'enseignant


· Les enseignants de français en faculté

Les premiers professeurs de section universitaire poursuivaient leurs études en France après une carrière d'enseignant au lycée ou en faculté. Nombre d'entre eux étaient des boursiers du gouvernement français. Actuellement, après une maîtrise en Corée, soit ils achèvent leur recherche dans leur faculté d'origine, soit ils obtiennent leur doctorat en France. Sans transiter par l'exercice d'un professorat au lycée comme leurs anciens, ils passent directement du statut d'étudiant à celui de professeur en faculté.

On peut distinguer deux catégories d'enseignants de langue :

- les enseignants coréens qui ont une maîtrise, un D.E.A. ou un doctorat obtenus dans les universités françaises, car les séjours dans le pays d'accueil sont considérés comme indispensables pour enseigner la langue, mais la formation en didactique de langue-culture n'est pas encore exigée ;

- les lecteurs français dont la présence pallie l'insuffisance des professeurs coréens en nombre et en qualité. Ils ont en général un contrat d'un an renouvelable et doivent être titulaires d'une maîtrise quel qu'en soit le contenu. Ils peuvent intervenir sur plusieurs facultés. En leur absence, le cours de français risque d'être supprimé.

L'enseignant de français est unique au sein de chaque département. Il est donc souvent confronté à un nombre important d'étudiants, de l'ordre de cinquante à cent par groupe. Quelques rares universités dispensent les cours de langue en divisant le groupe en deux pour un effectif plus raisonnable de vingt-cinq ou trente.

En définitive, le statut des enseignants de français est relativement précaire, il n'y a pas de formation spécifique exigée et les conditions d'exercice sont difficiles. En revanche, ils bénéficient de l'image de raffinement et de distinction liée à la France dans l'esprit des Coréens.

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42
Où va la didactique du français langue étrangère, E.L.A. n° 79 -Didier Erudition, 1990, pp. 31-32.

43 Pour un modèle d'enseignement subordonné à un modèle d'apprentissage des langues-cultures dans le cadre de l'école, Centre de documentation de l'E.R.A.D.L.E.C. Paris III, p. 19.



· Les enseignants de français au lycée

Pour être enseignant de français au lycée, il suffit de poursuivre quatre années de formation dans une faculté pédagogique et d'avoir une compétence linguistique moyenne. Ceux qui ont eu une formation dans une faculté de lettres doivent valider leur diplôme, option pédagogique, en passant un concours d'Etat, ou peuvent être recrutés dans un lycée privé, souvent par cooptation. Dans les deux cas, la formation initiale demeure littéraire et linguistique.

Les enseignants de français sont souvent uniques, au sein d'un établissement, à l'inverse de leurs collègues d'anglais et de coréen en nombre important. Les enseignants d'allemand sont en majorité masculins et ceux de français, féminins. Les enseignants natifs sont extrêmement rares et travaillent principalement dans les douze lycées de langues étrangères.

En comparaison avec les enseignants d'anglais, fiers de leur statut et motivés pour leur perfectionnement linguistique et culturel, ceux de français voient en permanence leur statut remis en question, ou peuvent même regretter d'avoir choisi cette option. Le nombre de cours et le niveau de l'enseignement est très inférieur à ceux des autres matières. Parfois même, le proviseur réquisitionne les heures de français au profit de l'anglais ! Le contexte social, peu favorable à l'enseignement/apprentissage du français, et l'absence d'une politique linguistique stable, sont les raisons principales de cette situation.

Cependant, pour améliorer leur statut et dynamiser cet enseignement/apprentissage, il ne suffit pas de déplorer la situation ou d'attendre la reconnaissance des autres, comme le font souvent la majorité des enseignants de français, il faut plutôt se former, se remettre en question.

4. Evaluation de la compétence de l'enseignant

Si l'on entend par évaluation de la compétence apprécier et juger l'étendue des connaissances de l'enseignant et de ses capacités dans le cadre de l'Institution et de la société, il n'existe pas de modèle systématique et scientifique d'évaluation directe de cette compétence, l'évaluation se faisant plutôt de manière indirecte, au vu et su des résultats obtenus.

La concurrence internationale, renforcée par la signature de l'Uruguay Round, a conduit les universités à vouloir mener une évaluation globale des enseignants, avec la participation des étudiants, dans le but de trouver des solutions d'amélioration. Mais cette tentative a surtout mis en évidence le mécontentement des étudiants vis-à-vis de leurs enseignants et a été la source de conflits, plutôt que de solutions à adopter ; ce type d'évaluation, n'aboutissant qu'à un jugement de valeur (bon, moyen, mauvais), reste bien sûr peu exploitable.

La faiblesse principale du professeur coréen réside dans une maîtrise insuffisante du français, surtout à l'oral. Cette carence a une forte probabilité de se maintenir, dans la mesure où l'enseignant n'a pas l'occasion d'être immergé dans la langue-culture du pays d'accueil. De plus, le système d'enseignement, défavorable à l'apprentissage de la langue, ne l'encourage guère à améliorer sa pratique. Son atout principal est de communiquer facilement avec ses étudiants et de leur expliquer clairement les points de grammaire et de lexique.

Pour le lecteur français, son handicap tient à la difficulté ou même l'impossibilité de communiquer avec ses apprenants coréens, ce qui constitue un obstacle majeur à l'efficacité de son enseignement. La plupart des lecteurs ne possèdent pas de formation didactique, ni d'expérience d'enseignement du français langue étrangère. Quant à ceux qui ont la formation nécessaire, l'incompréhension linguistique et culturelle demande, malgré tout, pour être surmontée, beaucoup de temps et de patience. Toutefois, l'intérêt du lecteur est d'être représentant du pays de la langue enseignée. Il exerce, à ce titre, une certaine séduction, voire fascination, qui est une motivation essentielle pour les apprenants.

Il apparaît donc nécessaire de former des enseignants coréens compétents, surtout pour dispenser des cours de langues aux débutants et, parmi ceux-ci, aux vrais débutants du secondaire. Le renforcement de la formation de ces professeurs est à envisager d'autant plus sérieusement que la nouvelle politique linguistique prévoit de leur allouer plus d'heures d'enseignement, durant lesquelles ils devront fournir un contenu plus varié et plus consistant. Quant aux natifs, à condition d'avoir une formation adéquate, ils pourraient être plus utiles pour l'enseignement à un niveau avancé.

Dans les conditions actuelles, les lycées de langues étrangères et certaines facultés ont adopté un enseignement conjoint, combinant l'intervention des lecteurs étrangers et des enseignants coréens, ce qui permet de combler les faiblesses et de mettre à profit les compétences de chacun.

B. BILAN DE LA FORMATION

La formation de l'enseignant reste trop académique, pour pouvoir l'aider à faire face à la conduite d'une classe dans son existence quotidienne. Le diplôme obtenu dans une faculté de pédagogie donne automatiquement le titre d'enseignant du secondaire. Le stage pratique survient seulement en fin d'études ; il est vécu, en général, comme une formalité à remplir et ne permet pas une véritable réflexion sur la pratique de l'enseignant.

1. Formation initiale

Voici, pour illustrer le contenu de cette formation, les programmes de section française à l'Université des Langues Etrangères, caractéristiques de ceux de la section française d'une faculté pédagogique (tableau page suivante).

Dans ces programmes destinés aux futurs enseignants de français du secondaire, on note l'importance accordée aux matières théoriques (grammaire, composition), par rapport à la pratique de la langue et à l'audiovisuel.

Les unités de valeur de pédagogie commencent en deuxième année, avec l'introduction à la science de l'éducation et l'histoire de l'enseignement. On notera, au cours du cursus, l'importance grandissante de la pédagogie qui domine enfin le contenu de l'enseignement de la dernière année.

Le programme de celle-ci semble déséquilibré, dans la mesure où le stage occupe la première partie de l'année, la deuxième comprenant un mémoire déconnecté de cette pratique et un contrôle continu sur l'ensemble des matières, alors que l'on attendrait l'inverse : terminer par le stage pratique final.

Au total, ces programmes, relativement complets sur le plan théorique (initiation à la linguistique, introduction à la théorie pédagogique, méthodologie de l'enseignement avec son évaluation...), ne sont pas dénués de faiblesses, notamment dans les aspects suivants :

- une absence de perfectionnement linguistique et culturel qui est pourtant l'objet d'un département ;

FACULTE DE PEDAGOGIE DES LANGUES ETRANGERES

PROGRAMMES DE L'ENSEIGNEMENT DU FRANCAIS







 

1er semestre

2ème semestre

 

Discipline

Coeff.

Nb

Heures/S

Discipline

Coeff.

Nb

Heures/S

1ère année

Etude de texte français 1

Composition française 1

Audiovisuel 1

Pratique de la langue

française 1

4

2

2

1

4

2

3

2

Idem

Idem

Idem

Pratique de la langue

française 2

4

2

2

1

4

2

3

2

2ème année

Grammaire française 1

Composition française 2

Audiovisuel 2

Intro à la science de

l'éducation

4

2

3

2

4

2

4

2

Grammaire française 2

Idem

Idem

Histoire de l'enseignement

4

2

3

2

4

2

4

2

3ème année

Composition française 3

Audiovisuel 3

Différentes étapes de

l'enseignement et son

évalutation

Psychopédagogie

2

1

2

2

2

2

2

2

Idem

Idem

Méthodologie et son

évaluation

Sociopédagogie

2

1

2

2

2

2

2

2

U.V.

optionnelles

Introduction de la

linguistique française 1

Littérature française du

19ème siècle 1

Littérature française du

20ème siècle 1

2

2

2

2

2

2

Introduction de la

linguistique française 2

Littérature française du

19ème siècle 2

Littérature française du

20ème siècle 2

2

2

2

2

2

2

4ème année

Audiovisuel 4

Administration éducative

et gestion d'établis-

sement scolaire

Stage

1

2

2

2

2

2

Idem

Etude de matériel

pédagogique et de la

méthode d'enseignement

1

2

2

2

Optionnels

Séminaire de littérature

française

Linguistique française

2

3

2

3

 
 
 

- une absence de formation " personnelle et intégrée "44;

- un manque de formation didactique qui tienne compte du public.

_______________________

44
Cf. Claude GERMAIN, les formations à l'enseignement du FLE au Québec, ELA n° 95. Didier Erudition, 1994, pp. 90-95.

Cette formation se termine par un mois de stage dans un lycée. La plupart des facultés pédagogiques possèdent, en annexe, leur propre lycée qui reçoit régulièrement les stagiaires. Le directeur du stage, assisté des professeurs titulaires, les prend en charge.

Pour l'apprentissage des tâches administratives considérées comme aussi importantes que les cours, chaque stagiaire s'occupe entièrement d'une classe, partageant ainsi le travail du professeur responsable. Ce remplacement lui permet de faire face à la conduite d'une classe, de se familiariser avec la vie d'un établissement par la connaissance de son organisation et ses règles institutionnelles.

La première semaine, les stagiaires assistent collectivement aux cours animés par le professeur titulaire, afin de s'habituer à la méthode d'enseignement et aux élèves auxquels on va enseigner. Cette observation est suivie de trois semaines de pratique qui doit se réaliser dans le plus grand respect de la méthode d'enseignement/apprentissage adoptée par l'établissement.

La dernière étape du stage est la démonstration d'un cours, préparé collectivement, mais exécuté par un seul stagiaire devant un jury composé du professeur de français, du directeur du stage et d'un professeur invité d'une autre matière. La note attribuée par le jury s'applique à chacun des stagiaires au titre de la pratique.

Le problème majeur de cette formation est lié à son contenu beaucoup trop orienté vers la théorie au détriment de la pratique.

D'abord, en ce qui concerne la formation en langue-culture, le programme actuel livresque ne peut garantir une maîtrise minimale de la langue-culture à enseigner. L'ironie du sort, c'est que la médiocre qualité du français des enseignants n'est pas un obstacle majeur à l'exercice de leur fonction. Celle-ci consiste, en effet, à interroger sur des points de grammaire fixés à l'avance, expliqués en langue maternelle et vérifiés par un contrôle écrit mensuel. Au fond, la faiblesse du français des professeurs-formateurs se transmet perpétuellement à leurs étudiants sans remise en cause.

Plutôt que de recevoir une formation didactique adaptée aux besoins professionnels, les futurs enseignants apprennent la théorie pédagogique, qui ne leur permet de se préparer ni au stage pratique d'enseignement, ni a fortiori à leur carrière.

De plus, un mois de stage, qui reproduit seulement un cérémonial et un enseignement préétabli, est insuffisant pour former un enseignant, capable d'organiser ses cours et de diriger sa classe avec les problèmes qui peuvent survenir. Aucune réflexion, aucune critique, ne sont réellement exprimées sur la pratique par le stagiaire lui-même ou par ceux qui l'entourent.

Le cursus universitaire ignore également une formation qui tienne compte du développement individuel, ce qui semble primordial avant même de s'engager dans cette voie.

La formation initiale actuelle, centrée sur le savoir, devrait être complétée par un savoir-faire et un savoir-être. Savoir-faire, c'est-à-dire animer les cours, conduire la classe, stimuler le travail des élèves, tout en gardant l'équilibre entre autorité et disponibilité. De même " savoir s'adapter et improviser " grâce à la " possession de savoir fluides, disponibles " (R. GALISSON). Savoir être, toute réflexion qui permet d'"étendre la connaissance de soi, de ses motivations, désirs, résistance ", sa capacité d'écoute et d'ouverture... etc. (Gilles FERRY)45.

2. Formation continue

Depuis l'instauration, en 1972, de la loi sur la formation des enseignants, l'importance de la formation continue commence à être reconnue. Les enseignants de français bénéficient de cette formation organisée régulièrement par le Bureau de Coopération Linguistique et Educative (BCLE), en collaboration avec le Ministère de l'Education Coréen. Elle comprend des séances de travail pendant l'année et un stage de perfectionnement en Corée et en France pendant les vacances.

Animées par l'attaché linguistique et son assistant, les séances de travail consistent à améliorer la connaissance du français chez les professeurs coréens. Les professeurs de Séoul se réunissent toutes les semaines au Centre Culturel Français, qui abrite le BCLE, pour deux heures de perfectionnement linguistique, ceux des grandes villes de province ont une séance sur place par mois.

Afin de faciliter le travail, les participants sont divisés en deux groupes : le groupe A, ceux qui maîtrisent relativement bien la langue, et le groupe B, ceux qui éprouvent des difficultés à s'exprimer en français.

Pour le premier, la présentation de films suivie d'un débat est une forme de travail ordinaire. Les participants à ce groupe ont assisté préalablement à la séance hebdomadaire de projection. La séance de travail portera sur une partie du film, puis une série de questions est posée pour animer le débat pendant la réunion. Il est souvent demandé de résumer le film. Chacun y participe, apporte son appréciation, reconstruit éventuellement le scénario.

_______________________

45
Le trajet de la formation, Dunod, 1983, p. 29.

Pour le groupe B, des courts métrages à valeur didactique sont le plus souvent utilisés. En cas de présentation de longs métrages, le débat s'oriente davantage vers l'observation de scènes, notamment par le repérage des réactions typiquement françaises en comparaison avec les habitudes coréennes. La discussion et le commentaire sont moins riches dans ce groupe, mais ses membres apprécient de participer au débat, beaucoup plus vivant que l'apprentissage purement linguistique.

L'animateur français peut, en outre, participer aux cours dans les lycées, à la demande des professeurs. Il s'agit de donner une leçon en français à partir du manuel utilisé dans l'établissement. Cette expérience n'est malheureusement pas bien accomplie, en raison du sureffectif des classes, de la méthode centrée sur la grammaire et de l'attitude réservée des élèves.

Les enseignants participent, tous les quatre ou cinq ans, au stage de perfectionnement en Corée de deux semaines lors des vacances d'été, et de la même durée pendant les vacances d'hiver. Ils travaillent sept heures par jour, du lundi au vendredi. Les objectifs principaux sont de développer la compétence orale et d' améliorer leurs méthodes d'enseignement.

Chaque formateur prépare son dossier de travail en rapport avec le niveau général des enseignants coréens. Si chaque dossier est généralement bien préparé, l'éclatement des thèmes de chaque séance rend le contenu difficile à suivre pour les enseignants coréens, qui doivent en permanence faire déjà beaucoup d'efforts pour comprendre le français. Une présentation préalable par un formateur coréen, pour annoncer le déroulement du stage et le résumé du contenu de chaque séance, faciliterait beaucoup leur participation.

Par ailleurs, en vue de l'élaboration d'un contenu plus cohérent, il ne faudrait pas laisser à la seule initiative du formateur la préparation de son dossier ; il vaudrait mieux choisir quelques thèmes, à partir desquels chacun préparerait le dossier individuel à travers divers documents : sociologiques, anthropologiques, sémiologiques.

Si les cours de méthodologie peuvent permettre aux enseignants de voir autre chose et d'appliquer les nouveautés dans leur classe, les cours de civilisation, réduits à quelques conférences de littérature, devraient être remplacés par des séances qui englobent la diversité de la culture française actuelle, en dépassant largement l'aspect passéiste. Cela est tout à fait réalisable par les professeurs d'université coréens choisis pour cette formation, car ils possèdent une très bonne connaissance de la langue-culture française et surtout ils parlent la même langue.

En somme, le stage de perfectionnement, organisé par le BCLE, est une formation complète, suivie de très près par les formateurs professionnels, dont tous possèdent au minimum une maîtrise de FLE. Le problème est de savoir comment cette offre est perçue par les participants coréens et s'ils en tirent un réel profit. D'après eux, le stage pourrait être qualifié de " gâteau sur le tableau ", expression coréenne qui signifie " quelque chose de bon mais d'inaccessible ", c'est-à-dire qu'ils n'arrivent pas à profiter pleinement de ce stage et ne peuvent, par conséquent, l'apprécier, le niveau étant trop élevé.

Une enseignante du Lycée pilote de français de Pusan souligne les problèmes de communication. Sauf exception, il ne peut s'établir d'échanges entre les formateurs français et les enseignants coréens, à cause d'une insuffisante maîtrise réciproque de la langue. Les cours de conversation sont souvent monopolisés par ceux qui n'ont pas peur de faire des fautes. S'il est difficile d'inviter à prendre la parole les prudents ou les timides, il n'est gère plus facile de faire taire les bavards minoritaires.

Un ancien professeur de français dans la province de Séoul relève l'absence de formateurs capables d'écouter les enseignants et de les aider à se former de façon continue. Les animateurs de stage sont formés en littérature ou en linguistique, mais ont rarement l'expérience d'enseignant de lycée. Par conséquent, il leur est difficile d'analyser les besoins des enseignants et de réfléchir ensemble sur les difficultés qu'ils rencontrent quotidiennement dans leur classe. Beaucoup de participants souhaitent l'intervention de leurs confrères du secondaire, en tant que formateurs, afin de pouvoir discuter et trouver des solutions adéquates.

Le stage de perfectionnement en France serait également perfectible. Le nombre annuel de participants restant limité à une vingtaine, les candidats sont sélectionnés en fonction de leur ancienneté, et non en fonction de leur compétence ni de leur dynamisme.

Ce stage, qui a souvent lieu à Strasbourg, permet avant tout des contacts directs avec la langue-culture française et améliore leurs connaissances, ce qui les aide à mieux s'adapter à leur travail. Sans jamais avoir vu la France, mais seulement à partir d'une formation académique, il leur est impossible de satisfaire les besoins et les attentes des élèves, curieux de savoir ce qui s'y passe à l'heure actuelle. C'est la raison pour laquelle les enseignants souhaitent partir en plus grand nombre et plus souvent. Ils apprécient sincèrement ces six semaines de séjour qui leur permettent de se mettre enfin dans le bain linguistique et culturel, car " mieux vaut voir une fois que d'entendre cent fois " selon un dicton coréen. C'est aussi une reconnaissance de leur métier, non seulement vis-à-vis d'eux-mêmes, mais surtout à l'égard de leurs collègues et de l'Institution.

C. PROPOSITIONS D'AMÉLIORATION

Il serait trop ambitieux, voire illusoire, de vouloir réformer le système hors de son contexte actuel. Les propositions d'amélioration devraient tenir compte de ce contexte et de ses contraintes pour être pleinement efficaces.

L'amélioration de la formation initiale devrait porter principalement sur une meilleure maîtrise de la langue-culture et une formation plus spécifiquement tournée vers la didactique, notamment dans ses aspects pratiques. L'accent mis sur ces deux aspects se retrouve dans la formation continue. Celle-ci devrait s'adapter davantage aux besoins des enseignants et répondre à leurs attentes, avec une offre mieux ciblée et plus pratique.

1. La formation initiale

L'objectif visé est triple :

- parvenir à une meilleure maîtrise de la langue-culture ;

- développer la formation didactique, avec la capacité de s'adapter à son auditoire ;

- apporter une expérience pratique à l'apprenti professeur.


· Renforcer le programme de langue de deux façons :

- en privilégiant, dès la première année, les cours de langue (à raison de six heures d'audiovisuel sur un programme hebdomadaire de vingt heures), dans le but d'obtenir une maîtrise satisfaisante de la langue à enseigner. L'augmentation de cet horaire sera compensée par une diminution du temps consacré à l'étude de texte, la composition et la grammaire. Par la suite, le contenu des cours sera diversifié (discussion sur un sujet donné préalablement, activité théâtrale...) ;

- en organisant, pendant les vacances, des séjours partagés avec des professeurs natifs. Cela constituera une immersion linguistique et culturelle bénéfique et un excellent préalable à un séjour en France. Cette formule est déjà utilisée dans les instituts de langue en Corée pour les élèves d'anglais et de japonais.


· Sensibiliser progressivement à la culture

Pour cela, il sera fait appel à l'exploitation de documents authentiques sur les thèmes d'élection des étudiants. Par exemple, les principales valeurs des Français, le portrait idéal de la femme par les hommes et vice versa, la découverte des régions françaises... et aussi des conseils utiles pour la santé. Les documents qui nécessitent des connaissances préalables sont plutôt déconseillés (discours politiques, certaines publicités trop liées au contexte français...).


· Initier à la didactique de langue-culture par le biais de la mise en situation de classes de langue

L'enseignant de langue étant particulièrement observé et imité par ses élèves, c'est un des moyens d'en prendre conscience et de s'y préparer, notamment par :

- des mises en scène de cours. Il s'agit de réfléchir ensemble sur la manière de commencer et de terminer un cours (organiser un jeu), ainsi que sur le déroulement de chaque étape du cours (organisation et présentation du contenu, passage d'une activité à l'autre) ;

- des animations d'exercices et d'activités, façons de donner des consignes, de les reformuler en cas d'incompréhension ;

- la réalisation de petits cours simulés, etc.

Ces différentes activités seront analysées par les étudiants, ce qui donnera lieu à des débats sur le sujet traité, les participants, les propositions d'amélioration. C'est à partir de ces exercices pratiques et des observations qu'ils auront suscitées que les étudiants pourront établir progressivement une méthode d'enseignement propre. L'appréhension de la didactique par cette approche empirique permettra aux étudiants d'y être sensibilisés de manière vivante et dynamique. De plus, les étudiants auront la possibilité d'évaluer, dès le début, leur capacité d'enseigner. En cas de difficulté, ceux qui voudront poursuivre dans leur voie auront conscience des efforts à fournir.


· Adéquation de la théorie et de la pratique

Toutes les connaissances théoriques (linguistique, méthodologie, psychopédagogie, sociopédagogie, etc.) ne doivent pas être pour autant négligées, mais le lien avec la pratique devrait être plus explicite.

On pourrait prendre, pour support de ce lien, la préparation au stage d'enseignement qui se déroule en quatrième année. Cette préparation sera étalée sur l'ensemble de la troisième année. Il sera procédé régulièrement à l'analyse des méthodes existantes (points forts, points faibles, améliorations à apporter...), qui devra déboucher sur l'élaboration d'un dossier collectif, une sorte de mémoire de fin d'année, propre au groupe.

Une fois par mois, un cours de préparation au stage sera mis en place. Il s'agit de créer un lieu d'échanges où se réuniront les apprentis professeurs et les enseignants en poste. Ces derniers viendront d'abord parler de leur expérience et recevront ensuite les apprentis professeurs dans leur classe.

Cette observation sera suivie d'une discussion et d'une analyse. La discussion pourra porter sur les stratégies personnelles de l'enseignant et sur le degré de liberté dont pourra bénéficier le professeur en formation dans sa future animation. Cette séance devra aussi donner lieu à une discussion plus approfondie entre le formateur et ses étudiants.

Actuellement, les professeurs accueillant les stagiaires ne sont pas volontaires, mais y sont contraints par leur Institution. L'idéal serait que l'accueil des apprentis professeurs soit institutionnalisé, et que la participation des professeurs aux échanges mensuels soit reconnue comme faisant partie de leur formation continue.

2. La formation continue

Une formation continue réussie devrait répondre aux interrogations des enseignants. Ceux-ci devraient être les artisans de leur formation et non de simples consommateurs d'un contenu qui leur est étranger. Les auteurs de ce contenu ne daignent pas tenir compte des demandes des enseignants ; Ils ont aussi une faible connaissance de la langue-culture coréenne et ignorent le fonctionnement de l'établissement local.

L'objectif ultime de la formation continue serait d'apporter aux enseignants des réponses qui leur permettent, à l'issue de chaque session, d'être plus à l'aise dans leur métier.


· Séminaire à la carte

Il semble primordial de mener une enquête préalable auprès des formateurs et des enseignants, afin de déterminer leurs sujets de préoccupation et leurs attentes de la formation continue, et d'apporter, à partir de ce constat, les réponses adéquates. A chaque réponse, pourra correspondre un séminaire particulier. L'enseignant pourra choisir " à la carte  " le séminaire en fonction de ses besoins propres, et en tirer profit pour modifier ou élaborer son propre programme d'enseignement.


· Constante remise à niveau linguistique et culturelle

En raison du faible niveau en français des enseignants coréens, une autre priorité serait d'améliorer la connaissance linguistique et culturelle par un accès plus aisé à des stages en France.

Dans l'état actuel, le stage de perfectionnement en France apporte à ses participants de grandes satisfactions, mais trop peu de ces enseignants peuvent chaque année y participer. Il serait souhaitable d'en augmenter le nombre, car les enseignants sont demandeurs, même si les frais de déplacement sont à leur charge.

Ces séjours pourraient leur être proposés à deux périodes différentes de l'année, au lieu d'une actuellement. Les enseignants devraient avoir la possibilité de participer à des séjours entièrement consacrés au perfectionnement linguistique et culturel, alors que le stage existant comprend aussi un aspect didactique, qui pourrait se donner aussi bien en Corée.


· Séances de travail complétées par l'observation de classe

Les enseignants de français de province devraient avoir un accès plus fréquent aux séances de travail organisées par le BCLE (au moins deux fois par mois au lieu d'une fois actuellement). Ces séances, exclusivement tournées vers le perfectionnement linguistique, devraient être complétées par les observations de classe, par exemple dans les Alliances Françaises. Comme pour la formation initiale, ces observations devraient servir de point de départ d'une discussion entre l'animateur et l'observateur, ainsi qu'à une analyse approfondie durant la séance de travail suivante.


· Initiative locale

Alors que la formation continue est, à l'heure actuelle, complètement dépendante du BCLE, il serait utile d'encourager les initiatives locales, à l'image de ce qui existe dans la formation continue réservée aux professeurs d'anglais. Ceux-ci se réunissent régulièrement par petits groupes en présence d'un formateur qui connaît parfaitement la situation de l'enseignement au lycée.

Pour y parvenir, il faudrait instituer préalablement des observations des cours par des inspecteurs-formateurs qui organiseraient des séminaires sur le résultat de ces observations, à l'intention des enseignants, dans le but d'améliorer leur pratique. Cette modalité permettrait aux enseignants de vérifier si la formation continue a réellement apporté des modifications dans leurs habitudes d'enseignement.

VI. PRÉSENTATION ET BILAN DES PROGRAMMES D'ÉTUDES

L'analyse des contenus de l'enseignement/apprentissage du français doit être réalisée en examinant les besoins des apprenants. Il convient donc de connaître la conception de l'apprentissage et le profil des apprenants qui y sont confrontés.

La pression constante exercée sur les apprenants, focalisée sur les concours d'entrée en faculté pour les lycéens et les concours d'admission dans les entreprises pour les étudiants, laisse peu de place à l'initiative individuelle. Les caractères propres aux apprenants en général se retrouvent chez les étudiants en section française. Ces derniers sont guidés par des motivations plutôt personnelles et intellectuelles, qui ne répondent pas toujours à une rationalité précise.

Le contenu de l'enseignement/apprentissage du français varie très sensiblement selon le lieu d'étude.

L'enseignement du français au lycée est fondé principalement sur la grammaire ; l'oral et les aspects culturels sont, la plupart du temps, complètement absents. L'étude comparative des programmes de différentes universités démontrera une formation essentiellement linguistique et littéraire.

Il en est tout autrement dans les Alliances Françaises, qui ont connu une succession de périodes marquées chacune par différentes méthodes. Il sera aussi intéressant d'analyser le contenu de la formation dans la circonstance particulière des Jeux Olympiques de Séoul en 1988, puis à travers les émissions radiophoniques et télévisées.

A. PRÉSENTATION DES APPRENANTS

La conception de l'apprentissage détermine largement le profil des apprenants. Ceux-ci seront décrits comme éléments d'un groupe présentant des caractéristiques générales, indépendamment du choix de la langue. On présentera les lycéens, puis les étudiants de section française, avant de dégager leur motivation et leurs souhaits vis-à-vis de l'apprentissage du français.

1. La conception de l'apprentissage

L'apprentissage représente, pour les Coréens, un effort à poursuivre en vue d'accomplir au mieux leur vie et de rechercher la perfection de leur personnalité.

Idéalement, l'apprentissage doit se réaliser à travers un parcours long et difficile. La réussite ne peut être obtenue qu'au prix de nombreux efforts auxquels participe toute la famille, et les Coréens doivent montrer qu'ils font ces efforts pour être pris au sérieux dans leurs démarches.

Concrètement, il s'agit d'apprendre par coeur et de mémoriser le plus possible, ce qui entraîne un manque d'adaptation, dès que l'on sort du cadre habituel des normes apprises. Les étudiants coréens en France connaissent souvent ces difficultés : indépendamment des problèmes de langue, ils peinent pour comprendre les consignes du professeur, et ils ont tendance à reproduire un travail purement descriptif, au lieu de faire preuve d'esprit d'analyse et de synthèse.

La conception dominante de l'apprentissage repose sur la mobilisation du cerveau, ensivagé comme un " muscle à exercer " (R. GALISSON, 1990, p. 33). Ce processus convient à la méthode grammaire-traduction, qui a été directement transférée à l'anglais, puis à l'apprentissage des langues en général. Ce dernier était lui-même calqué sur l'unique modèle linguistique de référence, celui du chinois. Les élèves lisaient ensemble à haute voix un texte écrit comme suit : " La lune est moon, le soleil est sun... ", exactement comme les débutants commençaient le chinois par " le ciel est chun, la terre est ji ... ", etc.

Avec un objectif limité à l'observation de la civilisation du pays d'accueil, la conception de cet apprentissage ne pouvait viser que la compréhension du contenu à enseigner, sans se soucier de la pratique de la langue. Mais à mesure que cet objectif se transforme progressivement en échange culturel, ce type d'apprentissage peut être remis en cause : pendant toute sa durée, la grammaire doit-elle y occuper une telle place ? Serait-il trop irréaliste de privilégier l'oral dans un pays où la langue n'est pas pratiquée ?

Quand on interroge les étudiants, ils confirment que la grammaire est indispensable pour mieux comprendre le fonctionnement de la langue en situation réelle. En revanche, la grammaire par elle-même n'est plus un enjeu essentiel et cela risque même de les décourager à en poursuivre l'étude. Pour s'adapter à ces nouveaux besoins, une nouvelle conception semble nécessaire, comme le propose R. GALISSON : " l'apprentissage passant par un traitement actif d'une information en vue d'une mobilisation ultérieure ", à la place d'une simple mémorisation, qui est malheureusement sujette à l'oubli.

La conception actuelle devra donc évoluer, car les apprenants coréens n'apparaissent pas comme des acteurs privilégiés de leur apprentissage, mais comme des récepteurs passifs, qui doivent suivre les consignes de l'enseignant et attendre docilement leur tour de parole. En effet, très peu habitués à l'entretien collectif ou individuel pour discuter de leurs difficultés ou de leurs souhaits, leur rôle est réduit à se soumettre aux contraintes et à se conformer aux rites de la classe traditionnelle.

Toutefois, ce comportement n'est pas figé : leur attitude et leurs aspirations peuvent changer lorsque la méthode diffère. Par exemple, dans les instituts privés où la méthode d'apprentissage est plus interactive, les effectifs étant plus faibles qu'en faculté, les étudiants participent au cours avec plus de dynamisme. Si l'on compare les tendances générales telles qu'elles se dégagent dans les questionnaires " L'Alliance Française et Vous ", l'attitude des étudiants coréens face à l'enseignement/apprentissage du français a bien évolué dans un sens plus dynamique. Ainsi, en 1982, la majorité des inscrits venaient " entendre parler français ", alors qu'en 1986, 65 % affirmaient prendre une part plus active et voulaient participer.

Aujourd'hui, dans ces mêmes instituts, l'évolution est encore plus nette : en classe, ils prennent la parole, ils s'interpellent et osent redemander des explications. Autrement dit, la passivité n'est plus de rigueur dans ce pays imprégné de tradition confucéenne et l'oral a acquis droit de cité. C'est donc à l'enseignant et à l'Institution de savoir exploiter ces nouvelles possibilités, afin d'obtenir un meilleur résultat de l'apprentissage de la langue.

2. Profil des apprenants

A l'image de la société coréenne qui privilégie la collectivité, l'école fonctionne pour les apprenants considérés d'abord en tant que groupe. Un exemple significatif : dans l'enseignement secondaire, les élèves sont identifiés par un numéro qui leur est donné, en début d'année, d'après l'ordre de leur taille respective. Ceci pour faciliter les interrogations au hasard, les enseignants ne pouvant mémoriser le nom des élèves de leurs différentes classes. Chacun se présente : année X, classe Y, n° Z, nom et prénom. De même, les étudiants précisent d'abord leur appartenance : telle faculté, telle année et leur nom.

En outre, la population coréenne étant constituée d'une seule ethnie, le profil des apprenants est uniforme. Ces caractéristiques permettent de présenter les apprenants coréens en groupe, plutôt que l'apprenant en tant qu'individu.

a) Les lycéens

Agés de quinze à dix-sept ans, également répartis entre garçons et filles, ils sont issus d'un milieu socio-culturel relativement varié, dans la mesure où presque tous les Coréens (99 %) terminent au moins les études secondaires.

De toute leur vie scolaire et universitaire, la période des trois années de lycée est la plus chargée, tant par l'importance des programmes imposés que par le nombre d'heures de cours dispensées, de huit heures du matin à huit heures du soir, la journée du lycéen se terminant encore plus tard par des leçons particulières. Le travail des candidats au concours d'entrée, très soutenus par leurs parents, s'étale uniformément tout au long de la journée et de la soirée, jusqu'à dix-huit heures par jour. Le but de ce travail acharné est d'être admis en faculté, de préférence dans les meilleures. Le lycéen coréen n'existe que pour ses études et pour le succès aux examens.

Ils ont une attitude soumise vis-à-vis de l'Institution et des enseignants : attentifs, coopératifs, serviables... mais leur défaut majeur est une passivité et une certaine timidité qui les empêchent de s'exprimer librement. Ils comptent beaucoup sur les enseignants pour que la barrière psychologique tombe et que des liens s'instaurent réellement. L'échec scolaire est extrêmement rare, car il ne viendrait à l'esprit d'aucun élève d'abandonner en cours de route.

Leur curiosité en seconde langue est assez grande, d'autant qu'ils vont étudier, pour la première fois, une nouvelle langue étrangère en dehors de l'anglais. Ce cours d'une à trois heures hebdomadaires est considéré comme une bouffée d'oxygène parmi les programmes d'études surchargés. Ceux qui apprennent le français, par exemple, sont ravis de saluer en français et d'échanger quelques mots, déjà entendus dans les films ou les chansons. Mais, très vite, leur enthousiasme diminue, car l'apprentissage limité à la grammaire ne leur permet pas de faire des progrès comme ils le souhaiteraient. C'est souvent cette insuffisance qui les amène à reprendre cette même langue en faculté -comme spécialité-, avec l'envie d'aller plus loin et de combler les lacunes du lycée.

b) Les étudiants en section française

Leur âge se situe entre dix-huit et vingt-huit ans. Ce dernier cas correspond aux garçons qui doivent assumer deux ans et demi de service militaire obligatoire durant leurs études et qui ont voulu passer plusieurs fois le concours d'entrée pour accéder aux meilleures universités. Chez les filles, l'éventail des âges est moins large, dans la mesure où elles font rarement plusieurs tentatives d'entrée en faculté et qu'elles n'ont pas d'autres obligations.

Les étudiants sont généralement célibataires et habitent chez leurs parents, sauf ceux qui poursuivent leurs études dans une autre ville. Ce dernier cas devient de moins en moins fréquent par rapport aux années soixante - soixante-dix, où les meilleures facultés se trouvaient dans la capitale. De plus en plus de jeunes finissent leurs études dans leur ville d'origine, pour éviter aux parents les dépenses élevées d'hébergement et de nourriture.

Les étudiants coréens représentent 2 % d'une population totale de 45 millions et sont issus d'une double sélection :

- intellectuelle : le concours d'entrée est un examen d'autant plus sélectif que les places offertes en faculté sont en nombre limité ;

- financière : en raison du coût élevé des études dans l'enseignement supérieur, seules les familles aisées peuvent assumer cette lourde charge.

Il en résulte que l'origine sociale est assez homogène et concerne essentiellement la classe aisée. Le système de bourses, bien développé grâce à de généreuses contributions extérieures, n'est réservé qu'aux meilleurs éléments.

Contrairement aux lycéens, les étudiants ont un emploi du temps souple. Ils ont, chaque semestre, huit unités de valeur à suivre, avec environ vingt heures de cours par semaine, et font huit semestres en quatre ans d'études de licence. La répartition des cours est régulière pendant la semaine jusqu'au samedi à midi, tandis que la bibliothèque, ouverte toute l'année, reste toujours pleine.

Malgré l'augmentation des étudiants en section française, le fait de choisir le français est toujours considéré comme " chic ", voire snob. Cela est lié au prestige que conservent la France et sa langue dans l'esprit des Coréens.

Jusqu'à la fin des années soixante-dix, l'enseignement du français était majoritairement suivi par des jeunes filles de bonne famille et quelques rares garçons littéraires. Les filles choisissaient les études de littérature, avec des motivations personnelles et culturelles, car elles ne travaillaient généralement pas après leur mariage, pour mieux se consacrer à l'éducation de leurs enfants. Les garçons, eux, entraient dans les sections scientifiques en vue d'une meilleure insertion dans la vie active.

Aujourd'hui, les critères du choix se diversifient et la répartition entre garçons et filles est moins tranchée. Ainsi, chaque département de français compte deux tiers ou la moitié de filles, tandis que les sections allemandes sont plus prisées par les garçons.

Ces études de langue et de littérature sont à plein temps. Les étudiants ont, dès la première année, trois ou quatre unités de valeur de français, où l'accent est mis sur la grammaire et l'audiovisuel. Par la suite, l'étude de la littérature devient prédominante. A l'issue de la quatrième année, les étudiants de français obtiennent le diplôme de licence ès Lettres, diplôme commun à tous les étudiants de langue et de littérature.

Leurs souhaits se portent maintenant vers des débouchés professionnels plus larges qui leur permettent de valoriser le diplôme obtenu. Pour le moment, ce diplôme n'est reconnu que dans les établissements secondaires. Dans le monde professionnel, les postes nécessitant la connaissance du français restent très rares.

3. Motivations et souhaits à l'égard de l'apprentissage du français

Malgré le manque de débouchés, le nombre d'étudiants de français continue à croître ; il est apparu intéressant de s'arrêter sur les raisons de leurs choix et de leurs motivations.

La motivation naît souvent d'un événement anecdotique. " Avant d'apprendre à dire " bonjour " et de savoir distinguer le français des autres langues, je ne connaissais de la France qu'Alain DELON, que j'ai vu à l'âge de quinze ans dans le film Zorro. Après avoir passé plusieurs jours à rêver à son image, j'ai appris qu'il était français et j'ai commencé à aimer tout ce qui était français... Alain n'aurait jamais pu imaginer qu'il avait orienté une jeune Coréenne vers les cours de littérature française ".

Cette confidence d'une étudiante de français de Séoul est une réalité qui existe bel et bien dans l'esprit de nombreux jeunes. L'extrait d'un poème français, une jolie mélodie de chanson française, la pétillante beauté de Sophie MARCEAU, encore plus familière grâce à ses publicités pour des produits cosmétiques coréens, tout cela peut éveiller la curiosité pour un pays appelé France, où l'on parle français.

Une enquête de l'Alliance Française de Séoul, menée à l'occasion du centenaire des relations franco-coréennes (1886-1986), a permis aux étudiants d'exprimer leurs motivations et leurs souhaits. Dans les nombreuses réponses recueillies sur le thème proposé, " le français et moi ", les étudiants évoquent fréquemment la beauté de la langue parmi les raisons de leur choix, comme le montrent les citations suivantes : " j'étais charmé par l'accent et les nasales particuliers du français ; j'aime sa beauté et sa clarté ; c'est une langue qui nous charme à mesure que nous avançons dans notre apprentissage ; pour moi, le français se résume en un mot : charme ; je ressens une certaine fierté à étudier une des plus belles langues du monde... ", éloges innombrables, allant même jusqu'à un certain snobisme comme " j'aurais l'air plus raffiné et plus chic en parlant français ".

Un entretien collectif, effectué à l'Alliance Française de Pusan, en août 1992, auprès des étudiants de Pusan et sa région, dégage leurs principales motivations, un peu plus détaillées :

- plus d'un étudiant sur trois apprend le français pour continuer cette étude entamée au lycée, avec le souhait de la prolonger en France ;

- la motivation de 25 % d'entre eux provient de leur admiration pour la beauté de la langue ;

- 15 % veulent prolonger leurs études en France, notamment dans les domaines d'art appliqué et de sociologie ou encore en informatique ;

- 5 % désirent se préparer à voyager en France ;

- et 2 % estiment le français nécessaire à leur métier ;

- les 18 % restants n'ont pas exprimé d'opinion.

Compte tenu de la faible influence du français dans la vie coréenne, la plupart des étudiants ont donc fait un choix culturel en vue d'un enrichissement personnel.

Les aspects positifs de cet apprentissage, dans ce cadre semi-institutionnel, sont exprimés comme suit :

- 35 % considèrent que l'étude du français contribue à accroître leur connaissance de la France et des Français ;

- 20 % sont fiers de connaître une langue occidentale en dehors de l'anglais, trop banalisé, malgré le nombre restreint de vrais connaisseurs de cette langue ;

- 15 % mettent l'accent sur une meilleure compréhension de leurs études universitaires en français ;

- 10 % pensent que cela leur permet de mieux comprendre la présence de la langue-culture française dans la vie quotidienne en Corée ;

- pour 7 %, la connaissance de la langue est appréciée, parce qu'elle facilite la rencontre de Français ;

- enfin, 3 % avouent que cet apprentissage les a aidés à surmonter leur peur de s'exprimer en langue étrangère.

Bien que ce sondage ait été effectué sur la population d'étudiants que l'on peut supposer la plus motivée, il reflète assez bien l'opinion générale des étudiants de section française dans leur ensemble. En effet, ceux-ci constituent le gros du public de l'Alliance Française (entre 65 % et 87 % selon le lieu et la période).

Quant aux 18 % sans opinion, deux interprétations sont possibles. Soit l'approche par questionnaire n'était pas opportune -des entretiens individuels auraient pu donner des réponses plus précises-, soit ils ont eu du mal à déterminer leurs motivations, du fait qu'ils sont plutôt là pour satisfaire à la mode coréenne de passer des vacances studieuses.

Parmi ceux qui ont choisi le français au détriment de l'anglais, certains ont des regrets à cause de " son inutilité " qui limite le choix d'un travail. De peur de ne pas trouver une situation intéressante, ceux-ci se reconvertissent à l'apprentissage de l'anglais. Néanmoins, la plupart des étudiants en section française estiment que le français n'est pas assez répandu en Corée par rapport à sa valeur réelle sur le plan international.

B. ANALYSE DES CONTENUS DE L'ENSEIGNEMENT/APPRENTISSAGE DU FRANCAIS

Malgré l'évolution des mentalités des apprenants, le contexte coréen garde une conception élitiste et livresque concernant les secondes langues. Les contenus langagiers tournent autour de l'étude de la linguistique, de la grammaire et du lexique ; les aspects culturels se limitent à la littérature ou au contenu des méthodes élaborées en France et reprises telles quelles en Corée. Ces contenus seront examinés d'abord dans le milieu institué, puis en dehors de celui-ci.

1. Dans les établissements supérieurs

Les contenus de l'enseignement/apprentissage du français dans les universités seront étudiés à partir de l'examen des programmes de deux d'entre elles représentatifs de l'ensemble (présentation des tableaux ci-après) :

- l'Université des Langues Etrangères de Séoul dont l'enseignement/ apprentissage des langues-cultures s'appuie, plus que dans les autres universités, sur la pratique ;

- l'Université Nationale de Pusan qui conserve les programmes littéraires et linguistiques traditonnels.

Dans ces tableaux, on notera l'importance accordée à la littérature tout au long du cursus. La plupart des sections françaises se nomment d'ailleurs départements de langue et littérature françaises.

L'étude de la littérature est envisagée soit sous l'angle chronologique, en partant du XVIIe pour finir avec le XXe siècle, soit sous l'angle du genre littéraire. Les textes sont choisis selon leur notoriété : extraits parus dans Lagarde et Michard ou oeuvres majeures des plus grands écrivains d'une époque.

Cependant, les étudiants débutent à l'université, après une étude sommaire du français : la rencontre avec les textes originaux, sans base linguistique et culturelle, ne permet pas d'aller au-delà d'une simple compréhension textuelle fondée sur une connaissance grammaticale et lexicologique. L'interprétation socio-historique des oeuvres ou la réflexion personnelle sur celles-ci est quasiment absente.

Université des Langues Etrangères

Année

1er Semestre

Coef.

2ème Semestre

Coef.

1ère

Etude de textes 1

Composition 1

Audiovisuel 1

Pratique du Français 1

4

2

2

1

Etude de textes 2

Composition 1

Audiovisuel 1

Pratique du français 2

4

2

2

1

2ème

Grammaire 1

Composition 2

Audiovisuel 2

Littérature 1

4

2

2

2

Grammaire 2

Composition 2

Audiovisuel 2

Littérature 2

4

2

2

2

3ème

Composition 3

Audiovisuel 3

Poésie

Roman

Histoire de la littérature

Littérature du XIXe siècle 1

Littérature du XXe siècle 1

Introduction à la linguistique 1

Séminaire de linguistique 1

2

2

3

3

2

2

2

2

2

Composition 3

Audiovisuel 3

Stylistique

Etude d'auteurs

Etude socio-politique de la France

Littérature du XIXe siècle 2

Littérature du XXe siècle 2

Introduction à la linguistique 2

Séminaire de linguistique 2

2

2

3

3

2

2

2

2

2

4ème

Audiovisuel 4

Traduction

Séminaire de littérature 1

Littérature du XVIIIe siècle

Evolution de la langue française

Etude des régions françaises

2

2

2

3

3

2

Audiovisuel 4

Traduction

Séminaire de littérature 2

Littérature classique

Pratique du français

Etude de l'économie des régions françaises

2

2

2

3

3

3

Université Nationale de Pusan

Année

1er Semestre

Coef.

2ème Semestre

Coef.

1ère

Français 1

Seconde langue 1 (parmi anglais, allemand, chinois, japonais)

Etude de textes 1

2

2

3

Français 2

Seconde langue 2 (idem)

Etude de textes 2

2

2

3

2ème

Grammaire 1

Etude de textes littéraires

Nouvelles

Romans 1

Civilisation

3

3

3

3

3

Grammaire 2

Introduction à la littérature

Littérature du XVIIIe siècle

Romans 2

Exercice de phonétique

Conversation 1 (à option)

3

3

3

3

3

3

3ème

Composition 2

Prose

Littérature du XIXe siècle

Textes classiques

Conversation 2 (à option)

3

3

3

3

3

Linguistique

Théâtre

Poésie 1

Conversation 3 (à option)

3

3

3

3

4ème

Littérature du XXe siècle

Poésie 2

Critique littéraire

Séminaire de linguistique

3

3

3

3

Composition 3

Histoire de la langue française

Séminaire de littérature

Mémoire

3

3

3

Les deux types de support d'étude sont d'une part les manuels français pour l'utilisation d'extraits de textes originaux, et d'autre part des manuels de littérature en coréen. Mais, ces derniers, en privilégiant l'aspect historique, ne font que reprendre la démarche adoptée dans les écoles françaises.

En ce qui concerne les cours de langue, des différences apparaissent d'une université à l'autre. A l'Université Nationale de Pusan, l'audiovisuel est absent du programme des quatre années de licence. Seuls les cours de conversation apparaissent en deuxième et troisième années et encore en option. Tandis qu'à l'Université des Langues Etrangères, l'audiovisuel est présent tout au long des études, mais demeure une matière accessoire, si l'on se réfère aux coefficients. En outre, tous les programmes comprennent obligatoirement l'étude de la linguistique.

D'une manière générale, ces programmes paraissent s'adresser à des étudiants ayant une bonne maîtrise du français. Comme ce n'est pas le cas, l'intitulé de ces programmes donne une image déformée de leur contenu réel. En pratique, l'étude se cantonne la plupart du temps à la grammaire-traduction. La grammaire est considérée comme une matière essentielle, permettant d'accéder aux oeuvres litttéraires, et la version est le moyen privilégié d'appréhender les textes, comme dans l'étude des langues anciennes.

A l'Université des Langues Etrangères, le français n'est pas étudié uniquement au travers des textes de la littérature, mais replacé dans le contexte de la société française (étude de l'économie française, étude sociopolitique de la France...).

Actuellement, les principales composantes des contenus de l'enseignement/apprentissage du français, à savoir grammaire, audiovisuel, littérature et linguistique, évoluent vers un certain rééquilibrage : l'audiovisuel y occupe une place plus grande qu'auparavant, même s'il demeure minoritaire ; les cours de conversation ont été renforcés, souvent à la demande des étudiants eux-mêmes.

2. Dans les établissements secondaires

Au cours des vingt dernières années, l'étude du français dans l'enseignement secondaire a subi différents changements :

- Avant 1974, le français ne figurait pas dans les contenus du concours d'entrée en faculté. Une heure de cours par semaine permettait aux élèves d'apprendre quelques expressions de base (salutation, présentation), des chansons et des poèmes. Ce cours, sans enjeu, avait en général beaucoup de succès auprès des élèves ; il constituait pour eux une distraction.

- A partir de 1974, le français est devenu une matière à option au concours d'entrée, sur un pied d'égalité avec l'anglais. Bien que ce fût la première mesure de reconnaissance officielle de l'enseignement/apprentissage du français, elle n'eut que des effets très limités, en raison du faible nombre d'heures de cours et des méthodes non actualisées.

- En 1986, les treize meilleures facultés de lettres ont intégré les secondes langues parmi les épreuves obligatoires au concours d'entrée. Paradoxalement, au lieu de consacrer l'enseignement/apprentissage du français, cela a créé des difficultés. L'augmentation de la durée d'enseignement, deux à trois heures par semaine, s'avérait insuffisante pour passer en revue l'ensemble des éléments linguistiques nécessaires à l'épreuve (syntaxe, phonétique et lexique). Le programme devenait trop dense et difficilement assimilable par les élèves. Ceux-ci avaient du mal à retenir les leçons d'un cours à l'autre. Il fallait donc procéder à une révision systématique du cours précédent avant de passer au suivant.

- En 1992, les secondes langues dont le français, étaient systématiquement intégrées au concours d'entrée dans l'ensemble des facultés de lettres. Cependant, le Ministère de l'Education ne s'est pas donné les moyens de rendre cette mesure pleinement opérationnelle, car la formation des enseignants demeure toujours inadaptée. D'autre part, les méthodes, élaborées par les éditeurs locaux, ne contribuent pas à rendre attractif l'enseignement/apprentissage, leur contenu étant toujours strictement fondé sur la progression grammaticale linéaire. Les élèves ont beaucoup de mal à assimiler les points de grammaire, qui leur semblent arides, et surtout la prononciation qui n'est pas détaillée, excepté une présentation de l'alphabet phonétique en première page.

Outre ces problèmes liés à l'inadaptation de la formation des enseignants et des méthodes, le français pâtit d'autres handicaps dans l'esprit des élèves : difficultés d'apprentissage de la langue et inadéquation des épreuves à l'évaluation de sa maîtrise ; ajoutés à cela, sa faible utilité pour la recherche d'un emploi, l'éloignement géographique du pays, une image réductrice de la France, souvent cantonnée dans les produits de luxe et les aspects artistiques.

Pourtant, malgré ces éléments négatifs, le français reste une matière qui garde un certain pouvoir d'attraction. Il participe de la culture générale : la plupart des lycéens ont lu des oeuvres françaises traduites. La possibilité d'accéder aux textes originaux est une motivation qu'il ne faut pas négliger. La connaissance de la France et de sa culture, facilitée par l'apprentissage du français, apporte un supplément culturel et intellectuel apprécié dans la société coréenne. Cette dernière motivation est au moins aussi importante que l'apprentissage de la langue proprement dite. C'est pourquoi de nombreux lycéens continuent à choisir le français pour leurs études supérieures.

3. Dans les organisations non-institutionnelles

A côté de l'Institution scolaire et universitaire, des organisations d'origine publique ou privée apportent une contribution essentielle à l'enseignement du français. Ce sont les instituts privés et les six centres de l'Alliance Française répartis dans les villes principales.

Dans un pays où le français n'est pas du tout pratiqué, hormis le milieu universitaire, ces centres représentent la France aux yeux des Coréens et attirent les étudiants motivés et curieux. Le contenu d'enseignement/ apprentissage a privilégié la maîtrise de l'oral et a naturellement évolué au cours du temps. Trois périodes se sont succédé, marquées chacune par l'utilisation de différentes méthodes de français langue étrangère (FLE) éditées en France.

a) Période Mauger/De Vive Voix

Jusqu'au début des années quatre-vingt, tout débutant devait s'inscrire d'abord au cours de Mauger (appelé cours de grammaire), pour passer ensuite à De Vive Voix (cours de conversation) et enfin à Vif Transition. Autrement dit, la connaissance linguistique de base était considérée comme indispensable pour accéder à l'apprentissage de la langue proprement dite.

Le Mauger, avec ses défauts frappants et ses qualités, est resté longtemps très populaire en Corée. A l'issue de nombreuses observations recueillies auprès de classes " brillantes et animées "46, cet enseignement a été dynamisé, à l'occasion de la réunion pédagogique de décembre 1982 à l'Alliance Française de Séoul. On y a proposé un " déroulement idéal du cours ", fondé sur la connaissance grammaticale, la compréhension textuelle et l'expression orale.

Les enseignants locaux travaillaient davantage l'explication grammaticale et la version, pour répondre aux besoins des étudiants voulant compléter leur formation universitaire ou préparant les concours d'entrée en maîtrise ou en doctorat. Cette utilisation n'avait donc rien à voir avec le principe de la méthode directe qui excluait le recours à la langue maternelle47.

Mais la cause principale de sa disparition, après trente ans de succès en Corée, porte sur ses contenus langagier et culturel démodés au fil du temps et trop détaillés, car il fallait une année entière à raison de cinq heures par semaine pour terminer les deux premiers volumes. C'est la raison pour laquelle le Mauger Rouge, avec son contenu allégé, a été assez bien accueilli. Les étudiants ont approuvé ses aspects positifs : " présentation phonétique détaillée, dialogues faciles pour les débutants, construction brève et cohérente de chaque leçon ". Comme défauts, ils soulignaient les situations peu variées, le manque d'exercices de grammaire, la difficulté à l'étudier seul, les caractères trop petits et des illustrations médiocres.

En ce qui concerne De Vive Voix, on a remarqué que les étudiants se sont plus attachés aux personnages eux-mêmes qu'au contenu. Ils les prenaient presque pour des personnages réels, en admirant leur beauté physique et leur belle voix, au point d'aller vérifier leur adresse, 6 rue Montmartre, s'ils faisaient un voyage à Paris. Pourtant, les deux protagonistes, Pierre et Mireille, sont des jeunes gens sans grande originalité au milieu d'autres personnages stéréotypés, présentés dans des situations banales et dans un quartier typique de Paris. Les étudiants ont probablement été séduits par ces personnages, à la fois proches par leur simplicité et " exotiques " par leur mode de vie, et rendus vivants par la méthode audiovisuelle.

Quant au contenu linguistique, la priorité est donnée à l'oral : langue orale simple et assez facile à retenir, avec des exercices de réemploi. Ce n'est qu'en deuxième partie de la méthode que l'écrit est abordé : questions-réponses sur les images et exploitation écrite sur les images-clé.

________________________

46
Dossier Mauger, Alliance Française de Séoul, décembre 1982.

47Cf. Christian PUREN, Histoire des méthodologies de l'enseignement des langues, CLE International, pp. 94-96.

b) Période Archipel/Sans Frontières

L'apparition de Sans Frontières a remplacé assez rapidement le Mauger Bleu, qui est resté la " Bible de l'étudiant coréen ". A la fois précis dans la progression grammaticale et dans la répétition des modèles, mais également proche de la vie quotidienne et du langage en situation, Sans Frontières a effectivement suscité une plus grande motivation des apprenants.

C'est une méthode plus légère, constituée de quatre unités de cinq leçons et d'un bilan par unité, dont chacune présente un acte de parole prioritaire et une thématique. Chaque unité présente un même personnage ou un même groupe de personnages dans les diverses situations qui forment le thème. Personnage " de juste milieu " entre les méthodes structuro-globales qui racontent une seule histoire à travers toute une méthode, et les approches communicatives qui dissocient chaque fois les acteurs et les thèmes.

Le contenu propose un double objectif : à la fois communicatif et linguistique. On constate, au début, une concordance entre ces deux objectifs. Mais, à mesure que les séances avancent, la progression linguistique peut apparaître comme trop limitée, parfois trop lente par rapport aux besoins des apprenants dans leur progression communicative.

Parallèlement au Sans Frontières conçu pour les faux débutants, Archipel est réservé aux niveaux moyen et avancé. Cahier d'exercices à part, absence de grammaire explicite, phonétique non traitée... cette méthode a été introduite à l'Alliance Française de Séoul en 1983, après une expérimentation avec des étudiants de niveau moyen, et elle reste aujourd'hui toujours appréciée.

L'abondance des documents authentiques montre la volonté de faire découvrir, avec l'apprentissage de la langue, les aspects culturels propres à la communauté linguistique française.

Cependant, la France y est vue sous un angle un peu trop parfait, comme un pays idyllique où tout le monde vit bien, sans aucune situation conflictuelle. La dimension culturelle est également très importante : cinéma, théâtre, opéra, musées. Paris est omniprésent, mais le monde rural est presque totalement absent dans cette présentation de la société française.

Les portraits de Fançais typiques n'échappent pas à des partis pris, voire à des invraisemblances. Bien que la description de ces personnages, réduite à quatre pages, aboutisse forcément à des stéréotypes, elle ne devrait pas donner une image déformée de la réalité. Il ne faudrait pas abuser de la crédulité des apprenants, qui croient sans discernement ce qui est imprimé dans une méthode.

c) Période autour du Nouveau Sans Frontières

A l'issue d'un succès largement confirmé, l'équipe du Sans Frontières sort, en 1988, une version actualisée, le Nouveau Sans Frontières, adopté immédiatement en Corée.

La structure de base reste inchangée : 4 unités de 5 leçons, dont chacune comprend dialogue, vocabulaire, grammaire et activités, bilan par unité, lexique à la fin, etc. Le changement repose davantage sur la présentation qui apporte une meilleure lisibilité : format plus grand, avec davantage d'illustrations et de photos en couleur, mise en page ample et aérée.

Cependant, l'actualisation s'arrête au niveau du langage, les " fonctions " ou " actes de parole " effectivement présentés se limitent souvent à une réalisation unique, sans indication d'usage, ni a fortiori de variété d'usage. Seuls les enseignants formés pourraient tirer parti de l'abondance des situations et des documents, qui permettraient des exploitations complémentaires possibles.

Les étudiants coréens, interrogés sur le contenu de cette nouvelle méthode, sont satisfaits pour 70 % d'entre eux. Ils apprécient la priorité donnée à l'oral, la diversité des contenus et les thèmes intéressants et cohérents dans le développement de l'histoire et des personnages.

Leurs critiques portent, en revanche, sur l'absence de récapitulatif de vocabulaire et d'expressions, la mauvaise synthèse de la grammaire, le manque d'exercices phonétiques, les dialogues trop courts présentés dans des situations peu variées. Autrement dit, les thèmes choisis sont attrayants, mais les contenus proposés ne sont pas à la hauteur de l'attente des étudiants.

En définitive, les modifications apportées par le Nouveau Sans Frontières ne sont pas considérées comme de réelles améliorations par les étudiants et les professeurs. La rigidité de la progression grammaticale demeure dans la nouvelle édition, alors même que celle-ci affiche un objectif plus ambitieux en matière de langue-culture. Il en résulte une certaine perte de cohérence par rapport à la première édition. C'est la raison pour laquelle l'Alliance Française de Séoul conserve les cours de Sans Frontières.

Espace se veut plus moderne et plus clair. De grand format, même un peu plus large que le Nouveau Sans Frontières, cet ouvrage est caractérisé par une mise en page et un graphisme de qualité, assurant une bonne lisibilité d'ensemble.

L'orientation générale donne la priorité à l'écrit. Des documents écrits à contenu informatif favorisent l'apprentissage de la langue en s'appuyant sur d'autres connaissances culturelles ou scientifiques, par exemple le document de " sensibilisation " sur les groupes d'aliments.

La difficulté majeure réside dans les dialogues présentés sous forme de bandes dessinées. Les étudiants coréens ont déjà du mal à déchiffrer l'écriture latine, à plus forte raison lorsque tout est écrit en majuscules et que les répliques se superposent. Cette présentation des dialogues complique le travail sur la prononciation et l'intonation. Pour les étudiants coréens, les dialogues avec les exercices proposés représentent, en effet, la partie essentielle d'une méthode.

Ces exercices surestiment parfois la capacité des étudiants, en particulier quand il s'agit de trouver les actes de parole correspondant aux phrases mentionnées. Cette tâche incombe à l'enseignant qui l'intègre à son programme en fonction des objectifs fixés pour chaque séance.

Avec plaisir est une méthode vidéo toujours utilisée. Les étudiants apprécient l'authenticité des documents qui leur permet de bien comprendre la situation de communication dans sa totalité : le comportement, la prosodie, les aspects verbaux et non-verbaux cadrent bien avec la priorité donnée à l'oral.

Néanmoins, cet aspect avantageux ne peut s'adresser qu'aux niveaux moyen et avancé, car même les niveaux moyens trouvent les dialogues trop rapides et difficiles à comprendre. Le manque de récapitulatif de vocabulaire et d'expressions est également cité.

Une autre remarque des apprenants revient de manière évidente : " l'enseignant doit savoir utiliser la méthode vidéo et posséder de larges connaissances langagières et culturelles ".

En conclusion, toutes les méthodes présentées restent insuffisamment adaptées aux besoins des apprenants, ce qui rend encore plus nécessaire la formation des enseignants.

Les méthodes conçues en France ne peuvent tenir compte de toutes les particularités culturelles et linguistiques de chaque pays. Pour pouvoir les utiliser efficacement et s'adapter aux besoins de leur public, les enseignants doivent constamment faire une " expérimentation ponctuelle ".

Un enseignant bien formé devrait être capable de préparer son cours, de manière à combler les insuffisances de la méthode utilisée. Il aurait ainsi à coeur de fournir des supports adéquats à ses étudiants, tels que des documents authentiques qui aident à fixer l'attention et offrent des moyens linguistiques d'expression.

4. Le Français aux Jeux Olympiques de 1988

Les XXIVe Olympiades, organisées à Séoul en 1988, ont donné à la langue française une opportunité d'être mieux connue, en raison de sa prédominance traditionnelle depuis l'origine des Jeux : comme le rappelle un article de la Charte, " les langues officielles du C.I.O. sont le français et l'anglais. En cas de désaccord entre les textes français et anglais, le texte français fera autorité ".

Le Président du Comité d'Organisation des Jeux Olympiques de Séoul (COJOS), Sé-Jik PARK, a approuvé à son tour, la suprématie du français : " Il est juste que le français, une des plus belles langues du monde, soit devenu le relais naturel pour traduire la magnifique philosophie de l'olympisme. Et si les Jeux eux-mêmes sont le langage de l'unité, le français est la langue des Jeux ".

Conscient de ce fait, le COJOS décida de former 1 000 guides-interprètes de français, en étroite collaboration avec l'Alliance Française de Séoul. La sélection a été réalisée sur une épreuve écrite et un entretien d'ordre général.

Les meilleurs éléments ont été dispensés de français pratique et ont directement suivi trente heures de cours de Français Olympique, préparés en rapport avec les spécificités des Jeux : sports, villages olympiques, presse étrangère. Des émissions d'Antenne 2 et des articles sportifs servaient de support à cet enseignement.

Les élus du niveau moyen ont commencé par trente heures de Français 88, avant d'accéder au Français olympique. Ils s'agissait d'une mise en situation pour accueillir des étrangers francophones en Corée : l'arrivée à l'aéroport, dans les hôtels, restaurants, marchés, transports publics... sans oublier les sites olympiques.

Ce cours de perfectionnement, assuré en deux sessions, a été suivi d'un autre cours intensif d'interprétariat. Malgré tous les moyens de formation mis en place par le Centre de Perfectionnement Linguistique spécialement créé à cet effet, la participation réelle des Coréens est restée très limitée, le rôle de ces derniers se cantonnant à passer de courtes annonces. L'essentiel des communications ou les longs messages ont été dits par des Français faisant partie des 500 interprètes professionnels, embauchés parallèlement pour des tâches plus importantes et précises.

En définitive, l'essai marqué par le français à l'occasion de sa première reconnaissance officielle en Corée n'a pas été transformé, en raison du manque de compétence des organisateurs et des bénévoles. Pour obtenir un meilleur résultat, il aurait fallu reconnaître tout d'abord le très faible niveau langagier et culturel des bénévoles coréens, commencer par une sensibilisation à la langue-culture, et leur faire suivre des cours intensifs d'une durée plus longue. Quelques mois de cours trop espacés ne pouvaient aboutir à un résultat satisfaisant, d'autant que le contact avec la langue n'avait aucun prolongement, une fois le cours terminé.

5. A travers les émissions radiophoniques et télévisées

Le 10 octobre 1956, ont vu le jour les émissions de français à la radio, de même que des émissions en anglais et en allemand. C'est une chaîne publique, KBS, qui préparait et diffusait ces émissions deux fois par jour pendant un quart d'heure. Chacune d'elles était animée par un professeur coréen en présence d'un natif, qui suivaient la méthode qu'ils avaient eux-mêmes élaborée. Le rôle du professeur coréen était d'expliquer les expressions et les règles de grammaire, celui de l'enseignant français portait sur la prononciation. Même après la création des cours de langues à la télévision, ces émissions radiophoniques attirent toujours autant d'auditeurs -étudiants, employés de bureau- qui apprécient un petit moment studieux matinal.

La nouvelle programmation, désormais sous la responsabilité de la chaîne éducative, est la suivante :

 

Lundi

Mardi

Mercredi

Jeudi

Vendredi

Samedi

Dimanche

7:00-7:15

TOFEL

T

7:15-7:30

Conversation anglaise

O

7:30-7:45

Cours de japonais

F

7:45-8:00

Chinois facile

E

8:00-8:20

Anglais avec chanson

L

8:20-8:40

Guten Morgen

Bonjour la France

8:40-9:00

Cours d'espagnol

Cours de russe

12:00-12:20

Rediffusion de l'anglais avec chanson

12:20-12:40

Rediffusion de la conversation anglaise

La méthode tient compte de la durée limitée et de l'absence d'image. Ainsi la présentation phonétique est plus détaillée que celle des émissions télévisées, le dialogue traduit en langue maternelle est court, plus facile à retenir avec son résumé en français.

A la demande des auditeurs, les objectifs et la situation de chaque leçon sont précisés au début. Le déroulement du cours respecte également la préférence du public : dialogues - phonétique - grammaire et expression - exercices. Les auditeurs peuvent, en effet, exprimer leur opinion en répondant à un questionnaire inclus dans la méthode sous forme de carte détachable.

Malgré ses imperfections (trop de répétitions, rubrique culturelle insuffisante, exercices un peu sommaires...), cette méthode comporte des aspects positifs, surtout la grammaire, avec des explications point par point clairement exposées et des exemples bien choisis.

Depuis décembre 1980, une chaîne de télévision entièrement consacrée à l'éducation (EBS : Education Broadcasting Society) transmet des cours de langues. Chaque cours est animé par un professeur d'université en présence d'un ou deux natifs, choisis en fonction de leur notoriété et de leur aptitude à communiquer. Les étudiants de chaque section sont également invités à participer à des exercices proposés durant l'émission. Pour ne pas lasser le public, ces présentateurs sont régulièrement changés, moins souvent pour les Français, peu nombreux en Corée.

Le nouvel horaire des cours, valable à partir de mars 1995 est le suivant :

T.V.

Lundi

Mardi

Mercredi

Jeudi

Vendredi

Samedi

Dimanche

21:00

~21:25

Conversation

allemande

Conversation

française

Conversation chinoise

 

-

-

21:25

~21:50

Conversation japonaise

Anglais des affaires

-

-

21:50

~22:15

Conversation anglaise

-

-

Ce programme est à l'image de la nouvelle politique linguistique, favorisant exclusivement l'anglais, au détriment des secondes langues étrangères. Deux émissions hebdomadaires d'allemand et de français ont été réduites à une seule séance de 25 minutes. Deux émissions d'espagnol ont été purement et simplement supprimées. En sens inverse, on a ajouté une émission de japonais aux deux séances qui existaient déjà. Le chinois conserve ses deux émissions comme auparavant. L'anglais est favorisé avec une présence quotidienne et un horaire plus attractif, juste après les informations que les Coréens écoutent entre 21 heures et 21 heures 50 sur les chaînes généralistes.

La diminution des horaires dédiés aux secondes langues est due au renforcement des programmes destinés aux futurs candidats au concours d'entrée en faculté. Les responsables de la chaîne souhaitaient, en effet, répondre à l'attente des parents qui constataient le poids excessif des leçons particulières. Les lycéens y consacraient presque autant de temps qu'en classe.

Mais en même temps, cette réorganisation, défavorable pour les langues européennes, incite à réfléchir sur l'équilibre des programmes. Une seule séance de 25 minutes exclut la participation des débutants et demande un rythme de travail accéléré, comme le souligne l'animateur dans l'avant-propos du manuel de l'émission.

La méthode, publiée désormais en petit format, est élaborée par la chaîne en collaboration avec les présentateurs et vendue dans les librairies au prix de vingt francs. Ses points faibles sont liés au contenu rigide et artificiel, tant sur le plan linguistique que culturel.

Toutefois, ces émissions sont susceptibles de représenter un complément intéressant à l'enseignement/apprentissage très livresque, pratiqué dans le milieu institutionnel, à condition que leur fréquence soit augmentée et que leur contenu réponde aux souhaits du public. Ce dernier, dans sa majorité, désire maîtriser l'oral et connaître la réalité française.

C. TENTATIVES D'AMÉLIORATION

L'amélioration des programmes devrait porter sur trois disciplines essentielles de l'enseignement/apprentissage du français, la phonétique, la grammaire et la littérature. Tenant compte des contraintes du contexte coréen, ces propositions ne visent pas à changer fondamentalement les méthodes existantes, mais à apporter quelques modifications pour faire évoluer cet enseignement/apprentissage dans un sens plus pratique et concret.

1. Travail systématique de la phonétique

Les élèves coréens sont très sensibles à la " bonne prononciation ", dès qu'il s'agit d'une langue étrangère. Ils apprécient les premières leçons consacrées à la familiarisation avec les sons nouveaux, la correction phonétique systématique avec rappel des règles... tout ce qui les aide à améliorer leur prononciation.

La phonétique est essentielle, d'abord pour bien comprendre la langue et aussi pour se faire comprendre ; on ne mettra jamais assez l'accent sur ce point au cours de l'enseignement/apprentissage, d'autant plus que la correspondance exacte entre les quarante sons coréens et les trente-six sons français est extrêmement rare. Cet élément fondamental est malheureusement souvent négligé en raison du manque de compétence des enseignants, qui ne possèdent pas de connaissances techniques précises pour intervenir dans la correction phonétique de leurs élèves.

Il n'est donc pas étonnant qu'un étudiant coréen sur deux éprouve de grandes difficultés face au système phonologique du français qui lui semble si différent. La plupart d'entre eux trouvent insuffisants les exercices de simple répétition de phrases, proposés dans beaucoup de méthodes.

Il est urgent d'introduire une nouvelle méthode de phonétique adaptée aux différents niveaux des étudiants, comme le propose Elisabeth GUIMBRETIERE.

Pour les débutants, la connaissance des sons nouveaux se fera par la mise en évidence des sons propres à la langue française :


· comparaison des voyelles existantes en français et non existantes en coréen, conduisant à un panorama de toutes les voyelles françaises ;


· comparaison des consonnes en français et en coréen, en vue de mettre en évidence les sons particuliers du français, inconnus des Coréens ;


· familiarisation avec ces sons nouveaux ;


·discrimination et reconnaissance des sons par des exercices proposés ;


· activités de production des sons placés dans un contexte facilitant.

Ce travail systématique permettra de se rendre compte des caractéristiques des sons français : " tension, acuité, labialité " (Elisabeth GUIMBRETIERE)48, et de la position de la langue en avant et en arrière, et non pas vers le haut et vers le bas comme en anglais.

A l'issue de ces différentes étapes et une fois que les sons nouveaux seront bien intégrés, l'importance de la prosodie pourra être clairement énoncée : la prosodie française qui obéit à des règles précises -l'accent tonique portant sur la dernière syllabe non muette- et son apparente similitude à celle du coréen.

Pour le niveau avancé, l'accent sera mis sur les différents procédés de mise en valeur permettant de maîtriser la prosodie française. Les étapes suivantes pourront être envisagées :


· après quelques écoutes du document sonore, repérage des variations de débit : souligner les endroits où le débit s'accélère ou ralentit ;


· sensibilisation à l'intonation montante ou descendante ;


· travail sur la segmentation et sur la fonction des pauses : voir où s'arrête la phrase et pourquoi ;


· étape de production dans un contexte précis : mettre en valeur tel mot à partir d'une phrase donnée.

_________________________

48
Plaisir des Sons, Hatier, 1989, p. 9.

2. Vision d'ensemble de la logique grammaticale

Les étudiants coréens s'accordent tous sur l'importance de la grammaire, à condition que celle-ci permette de comprendre le fonctionnement de la langue dans les situations de communication réelle.

Ils estiment que l'introduction de cette matière est obligatoire pour les débutants. Ils proposent la création d'une classe de grammaire de durée limitée, de préférence en langue maternelle, pour simplifier l'apprentissage. A partir du niveau intermédiaire, ils souhaitent que quelques points de grammaire soient traités à chaque séance et que la synthèse en soit faite à la fin, au lieu d'imposer un " paquet de grammaire " dès le début. Cette pratique complique l'apprentissage et même parfois décourage les apprenants.

Ces propositions semblent tout à fait légitimes et l'enseignement de la grammaire devrait être amélioré, notamment sur les points considérés comme les plus difficiles, entre autres l'article et le subjonctif. Ces deux notions sont absentes dans la langue coréenne et entraînent souvent une grande confusion dans leur emploi en situation naturelle. Il ne s'agit pas de changer l'enseignement de la grammaire, mais de modifier la présentation de certaines notions clé.

Dans les méthodes de FLE utilisées en Corée, la description grammaticale de l'article occupe généralement les premières leçons avec une approche normative, comme dans les méthodes traditionnelles: règle, exemple, application et exception. Ce type de présentation impose des règles qui ne permettent pas à l'étudiant de faire une hypothèse sur la nature et le fonctionnement de l'article utilisé.

L'enseignant devrait être capable de montrer, dès l'introduction de l'article, ses différentes facettes. Au-delà de la définition générale des articles défini et indéfini -le premier détermine le nom et le précise, le deuxième distingue le nom, mais ne le précise pas- l'enseignant devrait indiquer que ces deux types d'articles peuvent exprimer à la fois un sens général et un sens précis. A l'inverse, l'article indéfini peut désigner une chose précise et l'article défini, quelque chose de général.

Pour faciliter la démonstration des différents usages de l'article, une autre approche peut être adoptée : l'article sert à définir, il est défini par rapport aux références, c'est-à-dire le rapport existant entre les éléments et le groupe. Cela permet d'exposer certains usages courants qui ne correspondent pas toujours à la règle générale :

- l'article partitif pour des choses qui ne peuvent être dissociées. Dans une phrase comme " donne-moi du vin ", on ne peut dissocier l'élément du groupe ;

- les parties du corps, l'article remplace le possessif, car on n'a plus besoin d'établir cette relation de possession ;

- la suppression de l'article indéfini dans les phrases négatives en absence de référence, mais l'article revient dès qu'il y a un groupe de référence : " Est-ce que tu as un parapluie ? Non, je n'ai pas de parapluie, mais j'ai un imperméable ".

Outre la modification de la présentation, cette approche envisage l'article dans ses différents aspects, alors que les méthodes utilisées séparent les articles par catégorie (indéfini, défini, partitif), sans pouvoir montrer l'emploi de ces articles les uns à côté des autres. Pour illustrer cet aspect-là, l'enseignant pourra utiliser des matérieux sociaux : recettes de cuisine, publicité, etc.

Quant au subjonctif, le coréen ne distingue pas les modes d'un verbe. Il a sa propre forme de modalisation qui se réfère au temps et aux idées. Tout se passe dans les verbes. Toute forme verbale distingue le radical de la terminaison, et la conjugaison est le changement de cette dernière qui marque la fin de la phrase. L'infixe verbal s'ajoute, si nécessaire, entre le radical et la terminaison, permettant ainsi d'obtenir d'innombrables variétés de formes verbales. Naturellement, les nuances modalisées par le subjonctif s'y retrouvent.

L'idée est de partir des nuances connues des étudiants coréens, en donnant les formes correspondantes du français. En voici une exploitation didactique possible :


· L'enseignant fait prendre conscience de l'existence de ces nuances exprimées en langue maternelle et des formes qui s'y rapportent.


· Il incite à relever les similitudes, les nuances de base en français avec celles de la langue maternelle. L'enseignant peut profiter du repérage pour introduire toute une variété de constructions possibles, en choisissant des documents appropriés (slogan publicitaire, tracts politiques, textes de chanson, prières...). Il s'agit de découvrir d'autres formes de subjonctif, d'élargir l'éventail de son usage et de sa forme.


· L'enseignant distribue ensuite un texte plus complexe, comportant des usages et des constructions plus variés. La distribution du document se fait à l'avance, avec des consignes précises de repérages. Le travail en commun consistera à compléter les connaissances des étudiants.


· Un exercice de réemploi se fera à partir d'un texte dont l'enseignant aura masqué les formes du subjonctif, que les étudiants devront retrouver.


· L'étape finale consistera à récapituler les règles de base et les acquis du repérage.

Cette approche familiarise ainsi l'étudiant avec le mode du subjonctif et lui permet son réemploi.

3. La littérature au service de la langue-culture

L'étude de la littérature à partir de textes originaux est souvent abordée sous un angle figé et rébarbatif. Le texte littéraire n'est qu'un outil de version ; il n'est pas donné à l'étudiant la possibilité de l'apprécier dans tous ses aspects.

Mais, en même temps, il faut être conscient des difficultés pour un étudiant coréen à savourer un texte original, car, indépendamment du problème de sa compréhension insuffisante et de sa difficulté de lire le texte par anticipation, il ne possède pas l'imprégnation culturelle d'un natif qui lui permette d'en apprécier naturellement les subtilités. De plus, il ne peut, la plupart du temps, situer ce texte dans l'oeuvre de l'écrivain ou par rapport aux oeuvres d'autres écrivains, aux influences subies, au contexte historique, etc.

L'enseignement de la littérature devrait faire appel à la sensibilité de l'étudiant, à défaut de ses connaissances, et le texte devrait être abordé de manière vivante. Le texte peut susciter l'émotion. Il est toujours passionnant pour l'étudiant coréen de découvrir un texte original qu'il a déjà lu dans une version traduite. Il faut essayer de tirer parti de cette émotion, de l'ouverture d'esprit et de la curiosité de l'étudiant, pour l'aider à apprécier la richesse et la beauté du texte.

Cette attitude est envisageable dès l'initiation à la littérature. Par exemple, l'approche initiale se fera de préférence sur de courts textes, en version originale, connus des étudiants qui en ont lu la traduction, tels que Balzac, Maupassant, Daudet... pour aller progressivement vers des textes plus longs. Cette approche diminuera efficacement l'effort de traduction et donnera le plaisir de la découverte et du contact avec le texte original d'une oeuvre.

En conservant les classifications existantes, notamment les grands mouvements littéraires (classicisme, romantisme, réalisme, etc.) et les genres (roman, théâtre, poésie), on pourrait découvrir ce que ces notions recouvrent par l'étude du style des textes.

Etudier le style d'un auteur ou d'une époque, c'est étudier la composition des phrases, syntaxique, sémantique et rythmique. Cette étude comprend également la mise en évidence des procédés littéraires (image, figure de pensée ou de sentiment), des modalités de récit (narration, description, dialogue) et l'intervention de l'énonciation, c'est-à-dire la recherche de tout ce qui peut manifester la présence et l'intervention du narrateur et de l'auteur dans son texte49.

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49
Cf. Mireille NATUREL, Pour la littérature, CLE International, 1995, pp. 45-48.

L'enseignant pourra alors sélectionner des textes d'auteurs différents : la bataille de Waterloo selon Victor Hugo et Stendhal, pour illustrer les styles romantique et réaliste. Il pourra aussi choisir plusieurs textes caractéristiques de l'oeuvre d'un écrivain : la découverte de la poétique à travers deux textes de Baudelaire, Spleen et idéal et L'invitation au voyage. L'enseignant proposera ensuite des entrées dans ces textes, qui renvoient aux différents éléments constitutifs du style ; il les explicitera en parallèle, pour enfin caractériser le style de chaque texte50.

Ce type d'approche est un outil intellectuel à la portée de tout étudiant de section française en faculté. Il est facilement utilisable, si l'enseignant a pris la précaution de distribuer les textes à l'avance et a donné une consigne précise d'entrée dans le texte. L'étudiant pourra préparer l'analyse en traduisant des mots incompris et en essayant d'appliquer cette approche, d'abord seul, puis en cours avec l'aide du professeur. Il affine ainsi sa première impression sur chaque texte, perçoit les différences entre eux et applique un mode d'analyse qu'il pourra réutiliser progressivement de manière autonome. Si l'on veut préserver la spécificité du texte littéraire, l'enseignant devra initier l'étudiant à un minimum de connaissances en analyse textuelle. Cette approche conduit l'étudiant à porter une plus grande attention à la langue et à la culture.

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50
Georges GRAND - Notes de son cours du Professorat, Alliance Française de Paris, 1986-1987.

VII. PRÉSENTATION ET BILAN DE L'ACTION LINGUISTIQUE ET CULTURELLE DE LA FRANCE EN CORÉE

D'emblée, les relations historiques entre la France et la Corée ont eu un contenu culturel, ce qui donne à la France une place particulière, différente des autres pays occidentaux.

L'enseignement du français a été généralisé dans les lycées et les universités au lendemain de la capitulation japonaise. L'impulsion du gouvernement français au travers du BCLE, du Centre Culturel Français et de l'aide fournie à l'Alliance Française, dès 1964, a été déterminante pour la diffusion de la langue-culture française.

L'action linguistique et culturelle de la France dépend du Service culturel scientifique et technique de l'Ambassade de France. Il est dirigé par le conseiller culturel et son adjoint, attaché culturel.

Son objectif premier est de maintenir une " belle " position du français dans le milieu institutionnel, malgré le statut marginal de cette langue dans la société coréenne. Son action, longtemps cantonnée dans les domaines linguistique et culturel, s'est élargie et diversifiée aux secteurs scientifiques et techniques.

Le conseiller culturel propose à son ministère l'allocation des différentes aides et subventions à partir d'une " enveloppe globale ". Il gère le budget annuel, une fois celui-ci décidé. Il exerce son autorité sur les trois entités qui concourent à l'action linguistique et culturelle : le BCLE pour les enseignants, le Centre Culturel Français pour les activités culturelles et l'Alliance Française pour les enseignés. Les deux premières sont d'origine publique et dépendent directement de l'Ambassade de France. La dernière concilie initiative locale et aide publique.

A. LE BCLE OU BUREAU DE COOPÉRATION LINGUISTIQUE ET ÉDUCATIVE

Son responsable, attaché linguistique, est chargé de promouvoir la langue-culture française dans le pays d'accueil. Pour la Corée, cette tâche est réalisée essentiellement auprès des lycées et des universités.

Le BCLE s'occupe de la formation continue des enseignants et organise des stages. Il s'adresse directement aux associations des professeurs de lycée et d'université pour envoyer, chaque année, un certain nombre d'enseignants en France. La logistique est assurée après concertation.

Au sein des universités, le bureau entretient des rapports avec les lecteurs qui peuvent recevoir des conseils et obtenir un soutien logistique (matériel didactique, support audiovisuel, aide à l'organisation de festival théâtral, de concours de chansons, de conférences...). Certains lecteurs sont des coopérants du service national (C.S.N.), directement rémunérés par le gouvernement français. Cette aide concerne également les échanges de professeurs, ou l'offre de séjours en France à des membres du Ministère de l'Education pour les sensibiliser à la langue-culture française.

A ce titre, le BCLE accorde trois types de bourses :

- bourses de longue durée de trois à quatre ans, réservées aux cadres universitaires qui souhaitent effectuer leur recherche doctorale en France, notamment dans les domaines scientique, technique et médical. Ces bourses qui atteignirent environ le nombre de quatre-vingt dans les années 75-78, tournent maintenant autour d'une vingtaine chaque année.

Les bourses destinées aux chercheurs littéraires et didactiques sont récentes et beaucoup moins nombreuses. Pour l'année 1991-1992, dix-huit personnes en ont bénéficié dans les domaines suivants : littérature (4), français langue étrangère (4), français de spécialité (3), terminologie/lexicologie (3), traduction (2), linguistique (2).

Le nombre de bourses offertes varie d'une année à l'autre : en 1993, aucune offre n'a été attribuée au FLE ni à la lexicologie. Cette offre est préparée en liaison avec le Ministère de l'Education coréen et exprime donc les souhaits de ce dernier. La disproportion entre les bourses réservées aux scientifiques et celles destinées à la langue-culture française met en évidence l'état d'esprit des dirigeants coréens et aussi des diplomates français, qui ne considèrent pas la langue comme une fin en soi, mais comme un moyen d'accéder à d'autres disciplines ;

- bourses de stage, attribuées aux professeurs de lycée (vingt personnes chaque été pendant six semaines) et aux professeurs d'université. Depuis 1989, quinze universitaires coréens participent au stage d'été dans une ville différente, chaque année. Ils peuvent également suivre des stages de longue durée, pendant un an ;

- bourses de vacances, dénommées " connaissance de la France ", réservées aux étudiants ou même aux lycéens qui souhaitent se rendre en France pour se perfectionner en langue sur place. L'information est diffusée par le BCLE, dans l'ensemble des facultés et dans les Alliances Françaises. Les candidats sont sélectionnés par leurs professeurs. Les lycéens doivent réussir le concours de français, organisé par l'Ambassade de France. La durée du séjour est limitée, de deux à trois semaines. Le stage sur place est pris en charge, mais le déplacement est aux frais des élèves.

Dans son souhait d'élargir l'action linguistique et culturelle, le BCLE a fait évoluer sa politique d'allocation de bourses. Il considère que la diffusion du français ne doit pas être limitée au domaine littéraire enseigné en faculté, mais aussi élargie à d'autres secteurs d'activités où l'apprentissage de la langue peut être utile : journalisme, édition, médecine, sciences et technologie.

Au départ, la distribution de bourses était massivement réservée au domaine du français " pur "51. Malgré la sélection des candidats qui pouvaient présenter " les projets les plus solides et les plus poussés "52, la plupart n'arrivaient pas à achever leur recherche en deux ou trois ans et demandaient systématiquement une prolongation. Ces retards bloquaient petit à petit la marge de sécurité du budget, finissant par remettre en question l'intérêt des bourses elles-mêmes.

La question était de savoir comment satisfaire à la fois l'intérêt de Séoul et celui de Paris. A l'initiative du Service culturel et des représentants coréens des instituts scientifiques, une association a été créée en 1984, dans le but de faire la jonction entre la recherche scientifique et la formation en langue française. Pour optimiser les résultats, tous les moyens ont été mis en oeuvre. Pourtant, cela n'a pas toujours débouché sur " ce que les uns et les autres souhaitaient "53. Le projet est resté en sommeil de 1988 à 1992

Le problème qui se pose à l'heure actuelle est la sélection des candidats. Entre un bon linguiste et un bon professionnel, la priorité va vers celui-ci. La libéralisation des quotas de bourses nécessite encore plus l'envoi de meilleurs chercheurs coréens en France, non seulement pour faire fructifier les échanges, mais surtout pour assurer un avenir prometteur au statut du français en Corée.

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51
Selon un ancien attaché culturel à l'Ambassade de France à Séoul.

52 Idem.

53 Selon un ancien conseiller culturel à l'Ambassade de France à Séoul.

B. CENTRE CULTUREL FRANCAIS

Le Centre Culturel Français ne s'occupe pas directement de l'enseignement/apprentissage du français, mais lui apporte un soutien pour son action culturelle. Il favorise la diffusion de la langue française par des manifestations culturelles à travers toute la Corée. Il est le relais du Ministère des Affaires Etrangères et du Ministère de la Culture pour organiser de nombreuses activités culturelles : festival et promotion du cinéma français, concerts, conférences, expositions d'arts plastiques..., sans oublier la bibliothèque, ouverte à tous ceux qui s'intéressent à la langue-culture française.

Actuellement, deux Centres Culturels Français sont implantés en Corée : le premier à Séoul depuis 1968, le second à Pusan en 1983. Chacun a un statut très différent : celui de Séoul est une véritable émanation de l'Ambassade de France ; celui de Pusan est en fait une Alliance Française " habillée " en centre culturel.

1. Le Centre Culturel Français de Séoul

Sa fonction principale est d'organiser des manifestations qui ne sont pas seulement le reflet de la vie culturelle en France, mais qui s'efforcent de favoriser un échange entre les deux cultures.

Le ciné-club présente quotidiennement des films français, appréciés même de ceux qui ne connaissent pas la langue. De temps en temps, des films coréens sont projetés en présence du réalisateur et des acteurs.

Des expositions d'arts plastiques et de photographie sont fréquemment organisées, aussi bien avec des artistes français que coréens. Des conférences y sont également données sur des sujets très variés : littérature, société, tourisme, arts...

Des concerts sont organisés en collaboration avec les médias locaux (journaux et chaînes de radio et de télévision). Les récitals de chanteurs français obtiennent en général un grand succès : S. ADAMO en 1977, Y. DUTEIL en 1984 et 1985, Ch. COUTURE en 1986, J.J. GOLDMAN en 1990, P. KAAS en 1994, etc.

La collaboration entre le Centre Culturel et les médias est parfois difficile. Ces derniers se plaignent du manque d'organisation du Centre Culturel, les spectacles étant rarement prévus assez à l'avance, et souhaitent avoir les meilleures vedettes. Ils n'apprécient que modérément les propositions françaises, dont le contenu leur semble destiné à un public restreint.

Dans l'ensemble, ces manifestations sont appréciées des Séoulois, mais ils sont particulièrement sensibles à l'ambiance du Centre Culturel, à la fois intime et intellectuel (unique en Corée). Tout proche du centre-ville, il est entouré d'un palais royal, d'un salon de haute couture " André Kim " et du palais présidentiel. Il était, sous le régime militaire dictatorial, le refuge des intellectuels intéressés non seulement par la France, mais aussi par la possibilité de fréquenter un espace de libre expression et de libre discussion.

Le seul point noir, ce sont les obstacles administratifs qui empêchent l'agrandissement du local. Créé il y a vingt-sept ans, le Centre Culturel loue un bâtiment à deux niveaux de dimensions moyennes qui ne peut plus recevoir les visiteurs dans les meilleures conditions ; il a donc besoin d'être agrandi, mais le Ministère de l'Intérieur ne souhaite point l'installation définitive d'un centre culturel étranger en face du palais présidentiel.

Le Centre Culturel de Séoul, qui ne veut pas abandonner son emplacement actuel, remarquablement bien situé, continue à fonctionner avec toutes ces contraintes.

2. Le Centre Culturel Français de Pusan

L'origine du Centre Culturel de Pusan est insolite. L'Alliance Française a été désignée comme un centre culturel pour avoir accès aux films de la Cinémathèque de Bangkok, où sont conservés les films français diffusés dans l'ensemble des Centres Culturels Français d'Asie. De ce fait, il ne dépend pas directement de l'Ambassade de France, mais est soumis à la tutelle du président de l'Alliance Française. Le directeur des cours de l'Alliance est également le directeur du Centre Culturel.

Ses activités sont moins riches et diversifiées que celles de Séoul. Il y a toutefois un lien entre les deux : les manifestations culturelles sont organisées avec le même esprit d'échanges entre les deux cultures qu'à Séoul, et certains artistes français vont à Pusan après être passés dans la capitale.

Ce centre éprouve cependant des difficultés pour attirer un public moins ouvert sur les cultures étrangères qu'à Séoul, la cible principale étant la population étudiante qui ne peut être sollicitée trop souvent. De plus, le temps de préparation des manifestations est toujours trop limité, en raison notamment d'un manque de coordination avec le Centre Culturel de Séoul.

Par ailleurs, la tutelle du président de l'Alliance Française et l'absence de liens avec l'Ambassade sont à l'origine de l'inconvénient majeur qu'il subit à l'heure actuelle. En effet, s'il est situé dans un quartier en pleine expansion, avec trois universités alentour, il ne tire guère parti de son emplacement. Le bâtiment, assez original avec cinq niveaux en carrelage et en verre, ne peut passer inaperçu. Mais les aménagements successifs, notamment l'installation d'un institut d'anglais sur les deux premiers niveaux, ont défiguré le Centre Culturel Français et rendu son accès incommode et peu attractif.

En définitive, ce centre, peu convivial, reste toujours ignoré de la majorité des Pusanais. Une meilleure présentation et un aspect plus accueillant permettraient de récupérer une partie de la fréquentation perdue. Une solution consisterait à occuper l'intégralité du bâtiment et à aménager une entrée digne du Centre Culturel de la seconde ville du pays. Même s'il continuait à partager les mêmes locaux que l'Alliance Française, il serait nécessaire que l'Ambassade de France exerce un contrôle et instaure une coopération.

Un centre culturel devrait être un endroit qui représente le pays d'origine et en soit le reflet. Chaque pays promeut son image grâce à son centre culturel. En Corée, celui des Etats-Unis est une véritable institution, celui du Japon bénéficie d'une image sérieuse et efficace et l'Institut Goethe séduit les Coréens germanistes.

Le Centre Culturel Français, quant à lui, est l'image de la France. Il importe que le gouvernement français mette en oeuvre les moyens nécessaires pour valoriser cette image et par conséquent le statut de la langue-culture française : il existe un lien étroit entre les deux. Une action particulière devrait être menée à Pusan, ville de 5 millions d'habitants où la demande d'accès à la culture française est bien réelle.

C. RÉSEAU DES ALLIANCES FRANCAISES

Les Alliances Françaises de Corée sont des associations de droit local, régies comme telles par la loi coréenne et bénéficiant pour certaines d'un soutien logistique de Paris.

Elles sont donc, de par leur nature, à la fois coréennes et françaises : le président, qui est une personnalité coréenne, choisit les membres du comité local. Ceux-ci, en majorité coréens, jouent le rôle d'un conseil d'administration mais, en principe, n'interviennent pas dans les domaines didactiques et culturel. Le gouvernement français envoie un ou plusieurs professeurs détachés de l'Education Nationale et éventuellement des coopérants.

Le président offre le local et les matériels nécessaires pour le fonctionnement du centre ; il assure la liaison entre les autorités coréennes et le gouvernement français. La plupart des présidents sont des hommes d'affaires francophiles : le P.D.G. d'une société d'électroménager occupe la présidence des trois centres principaux, le P.D.G. de Korea Silk, Consul Honoraire de France, est le président de l'Alliance Française de Pusan...

L'enseignement du français et les activités culturelles dépendent du directeur des cours, Français détaché à l'étranger. Ce dernier est placé sous l'autorité du conseiller culturel qui alloue à l'ensemble du réseau une subvention annuelle de l'ordre de 100 à 150 000 francs. Cette aide permet au directeur des cours d'organiser des manifestations culturelles, proposées chaque année par Paris, et parfois de financer des travaux visant à améliorer le confort des étudiants.

En raison de la présence quotidienne du directeur, l'Alliance Française est assimilée par les Coréens à une institution française, ce qui la distingue des autres instituts de langues privés.

Les activités principales sont souvent réalisées en association avec des partenaires coréens : universités, musées nationaux, chaînes de télévision.

Au terme de trente et une années d'existence en Corée, le réseau des Alliances Françaises compte six centres, 4 500 étudiants en moyenne dans l'année, trente-cinq professeurs détachés et recrutés localement, qui assurent l'enseignement du français en suivant plusieurs méthodes, toutes conçues en France, en plus des cours spécialisés. Cela est appréciable dans un pays où le Français n'est pas pratiqué.

1. Les différents centres

L'Alliance Française de Séoul est la plus importante en Corée et la deuxième en Asie après celle de Hongkong. Malgré ses débuts difficiles -quota fixé à 270 inscrits par les autorités coréennes, un local exigu- elle a progressé de manière considérable pour accueillir jusqu'à 6 000 étudiants en 1987.

En 1985, elle a ouvert une annexe de l'autre côté du fleuve HAN, pour suivre le mouvement d'urbanisation au sud de la ville. Un an après son ouverture, cette annexe recevait 300 étudiants en période universitaire, 500 en période de vacances, et occupe aujourd'hui la deuxième place dans l'ordre d'importance.

Ces deux centres bien placés possèdent les plus gros moyens : deux locaux bâtis sur 983 m2, avec cinq bureaux, vingt salles de classe, une bibliothèque (1 200 volumes), une galerie, une salle de vidéo et une cafétéria.

Le corps professoral (trois enseignants détachés et vingt-quatre recrutés localement) anime un cursus complet de cours de langues, depuis le Mauger pour les vrais débutants, jusqu'au cours d'histoire de l'art destiné aux étudiants avancés, en passant par des cours de traduction, d'interprétation et de conversation.

Parmi ses activités culturelles, les concours de théâtre et de chansons ainsi que les conférences s'adressent aux étudiants d'université. Pour un public plus large, elle propose des concerts de musique classique, des spectacles de danse...

Les efforts pour diversifier et compléter les activités et les cours, ainsi que sa capacité d'adaptation aux souhaits du public, grâce à des sondages régulièrement effectués, peuvent expliquer la raison du succès de cette institution. Elle bénéficie d'une bonne image auprès des Coréens francophiles et des étudiants des meilleures facultés de langues, qui viennent y " parler comme à Paris " : c'est la devise de l'Alliance Française.

Le premier centre en dehors de Séoul est une antenne à Taegu, ouverte en 1972. Ville universitaire (cinq universités à l'époque), au niveau culturel appréciable, Taegu l'a accueillie à bras ouverts. De dimension plus réduite, moins confortable mais située au coeur de la ville, avec un professeur détaché, cette antenne recevait des étudiants de section française, 700 lors de la plus grande fréquentation. Le nombre d'inscrits a aujourd'hui beaucoup diminué.

L'Alliance Française de Pusan créée en 1980, a connu un démarrage laborieux, en raison du manque d'étudiants et d'une information insuffisante.

Pusan était à l'époque en pleine expansion grâce au très fort développement du commerce extérieur, mais se préoccupait peu de développement culturel. Elle a d'ailleurs été longtemps considérée comme une ville dénuée de vie culturelle et donc peu propice au succès de l'Alliance Française. De plus, " la clientèle potentielle " était limitée, du fait de l'existence d'une seule faculté pourvue de section française. Enfin, sa localisation excentrée à l'est de la ville ne favorisait pas sa fréquentation.

En toute première session, elle a quand même accueilli environ 300 inscrits, venus de tous les coins de la ville, à la fois curieux et amoureux de la langue-culture française. Mais la majorité des inscrits ont rapidement disparu, après avoir constaté que l'apprentissage du français demandait beaucoup d'efforts qui ne seraient pas vite concrétisés.

La direction a compris qu'il fallait, d'une part, diversifier les programmes de cours et, d'autre part, faire appel aux médias locaux pour élargir cette petite communauté francophile. Ainsi, une enseignante française, en poste à l'Alliance Française de Nagoya au Japon, est venue rejoindre le corps professoral (au nombre de cinq). En collaboration avec la radio MBC FM, une première émission spécialisée dans la chanson française a été lancée avec succès.

Au bout de trois ans, ces initiatives ont commencé à porter leurs fruits. Mais depuis 1986, l'Alliance Française de Pusan est de nouveau confrontée à des difficultés, malgré la forte augmentation du nombre de sections françaises universitaires, dix au total dont trois autour du centre. Le nombre d'inscrits ne dépasse plus 300 personnes, même pendant les vacances, et l'Alliance Française ne bénéficie plus d'une image à la hauteur de l'Institution, en raison d'une qualité d'accueil médiocre et d'un enseignement peu adapté aux besoins des étudiants, dont la plupart poursuivent leurs études à Séoul ou ont déjà visité la France.

Trois autres centres ont été implantés ultérieurement :

- celui de Kwangju, capitale du sud-ouest, en 1983 ;

- celui de Suwon, petite ville universitaire toute proche de Séoul, en 1985, mis en sommeil dès l'année suivante ;

- celui de Daejon, le plus récent, à 200 km au sud de la capitale, également en 1985.

Tous se situent en centre-ville, reçoivent chaque année 150 à 250 étudiants, principalement en provenance de sections françaises d'université. Dans ces Alliances, des coopérants de la délégation catholique remplacent les professeurs détachés : depuis une dizaine d'années, à la demande de l'Alliance Française de Séoul auprès de l'Eglise catholique de France, des jeunes séminaristes français occupent ces postes stratégiques. Cette contribution permet de diminuer l'effort financier du gouvernement français. En revanche, leur manque de formation adaptée à ce type de fonction nuit à la qualité des prestations offertes par les Alliances Françaises.

2. Les problèmes des Alliances Françaises

Depuis plusieurs années, le réseau des Alliances Françaises traverse une période difficile et doit trouver des solutions à ses problèmes pour être de nouveau pleinement opérationnel.

Le déséquilibre du réseau : il se renforce chaque année, mais il reste toujours centralisé. Certes, il est à l'image de la Corée : " déséquilibrée avec une tête hypertrophiée par rapport au reste du corps ", selon un ancien délégué général. Séoul domine à elle seule l'ensemble du pays, produisant et absorbant les trois quarts des biens et des équipements culturels. L'Alliance Française de Séoul "a beau faire des petits " et vouloir fortifier ses assises provinciales, elle reste avant tout orientée vers la capitale.

La baisse des inscriptions : le réseau des Alliances Françaises a connu un plein essor à l'époque des Jeux Olympiques de Séoul, comme l'indique le tableau ci-après, concernant le nombre d'étudiants inscrits entre 1987 et 1991.

 

Séoul

Pusan

Taegu

Daejon

Kwangju

1987

6 000

530

630

250

165

1988

6 000

600

490

360

210

1989

5400

590

ND

ND

ND

1990

4 300

680

ND

ND

ND

1991

3 700

690

140

350

120

La baisse des inscriptions, notamment à Séoul et Taegu, est due à la concurrence des autres langues et à la plus grande facilité pour les étudiants coréens de venir apprendre cette langue sur place. Autrement dit, l'Alliance Française n'a plus le monopole de l'enseignement/apprentissage du français. Toutefois, on note une certaine fidélisation du public. Ce taux de fidélisation varie d'une Alliance à l'autre, d'une méthode à l'autre, d'une période de l'année à l'autre : juillet/août est la session annuelle la plus fournie, suivie de janvier/février, correspondant toutes deux aux périodes de vacances.

La non-titularisation des enseignants : si l'ensemble du corps professoral est stable et compétent, ses conditions de rémunération restent assez modestes. Les enseignants sont payés en fonction du nombre d'heures de cours (150 francs de l'heure en moyenne) et n'ont pas de vacances ; le comité n'a toujours pas accordé congés et mensualisation. A ce propos, le directeur des cours n'a pas le droit de décider une augmentation de salaires de son personnel : ces questions dépendent du comité local.

Les relations entre le président et le directeur : ces relations peuvent déboucher sur des conflits que connaissent la majorité des Alliances Françaises.

Le président confond souvent son rôle de représentant coréen avec le rôle d'animateur dévolu au directeur ; à l'inverse, il arrive que ce dernier se prenne parfois pour le président. Ces malentendus sont source de dysfonctionnements.

A Séoul, la confusion des rôles est accentuée par la transformation du comité local en Fondation culturelle franco-coréenne, dont le président est l'un des fondateurs de l'Alliance Française de Séoul. A ce titre, il intervient dans l'organisation culturelle et dans les décisions du directeur, quelquefois pour s'y opposer.

La qualité inégale des directeurs : le bon fonctionnement et la qualité d'une Alliance Française dépendent principalement de son directeur.

S'agissant de l'Alliance Française de Séoul, le directeur doit être capable de diriger cette entité accueillant près de 4 000 étudiants. Dans les centres de dimension plus réduite, le directeur est en relation permanente avec ses étudiants, ce qui nécessite une parfaite connaissance de la mentalité coréenne et un bon contact humain.

Les directeurs sont envoyés en Corée selon des critères imprécis, qui ne dépendent pas nécessairement de leur formation d'origine, ni de leurs motivations propres à venir en Corée. Il en résulte des différences assez grandes d'un directeur à l'autre, qui occasionnent des périodes plus ou moins heureuses de la vie du centre.

Les principales qualités requises pour un directeur devraient être à la fois humaines et intellectuelles :

- une grande ouverture d'esprit ;

- la disponibilité et une bonne capacité d'écoute ;

- une formation supérieure qui permette de s'adapter à différentes situations ;

- l'expérience de l'enseignement du français langue étrangère obligatoire.

Malgré ces imperfections, les différentes entités concourant à l'action linguistique et culturelle fonctionnent. Il semble que les mesures visant à accroître leur efficacité devraient porter, en priorité, sur l'amélioration de la formation et de la préparation des enseignants détachés en Corée.

Comme l'écrit Louis PORCHER54 : " rien n'est plus urgent que la création d'un CAPES de français langue étrangère, largement justifié par les besoins et qui mettrait fin à une pratique des nominations à l'étranger extrêmement floue, c'est le moins que l'on puisse dire... ".

________________________

54
Nouveaux terrains de recherche en formation, ELA n° 95, juillet-septembre 1994, p. 105.

D. PROPOSITIONS D'AMÉLIORATION

1. Connaissance du contexte et de la mentalité coréens

Avant même d'envoyer un enseignant à l'étranger, les autorités françaises devraient s'assurer de ses motivations et de son désir de s'ouvrir à des pays qui peuvent être très différents du sien.

Au-delà de considérations pécuniaires ou de confort, l'enseignant doit faire l'investissement intellectuel nécessaire, pour mieux connaître son pays d'accueil, dès son affectation. Cette démarche est d'autant plus indispensable s'agissant d'un pays dont la culture et la mentalité sont très éloignées.

La France et la Corée ont évolué dans deux pôles totalement séparés, l'Occident et l'Extrême-Orient ; la communication ne passera que si un effort de l'enseignant français aura été fourni préalablement.

Celui-ci devrait avoir une connaissance minimale de l'histoire de la Corée, un pays qui a toujours été refermé sur lui-même et en butte aux agressions extérieures, pour comprendre à la fois son homogénéité et son attitude vis-à-vis des étrangers (très fermée autrefois, curieuse aujourd'hui).

Sa connaissance des bases de la philosophie confucéenne serait aussi utile pour bien appréhender la société coréenne, son caractère hiérarchique que l'on retrouve aussi bien au sein de la famille, à l'école, dans les entreprises, dans les administrations, etc. Même si des évolutions sont perceptibles, en particulier chez les jeunes générations, le confucianisme demeure un fondement de la société coréenne.

Pour bien communiquer et faire passer son message avec la meilleure efficacité, l'enseignant français devrait avoir à l'esprit un " portrait robot " de l'étudiant coréen.

Les élèves sont en général attentifs et respectueux. Elevés depuis l'enfance dans le respect de leurs aînés, puis de leurs professeurs, ils reçoivent le cours de l'enseignant sans exercer le moindre esprit critique.

On leur aura toujours inculqué qu'ils sont un élément de la collectivité : ils sont donc disciplinés et peu portés à des manifestations individuelles. Ainsi, lorsqu'un élève est interrogé par l'enseignant sur sa compréhension d'un point particulier du cours, il répondra généralement par l'affirmative, même si ce n'est pas le cas, à la fois pour ne pas se singulariser, s'exposer au jugement de l'autre et aussi pour ne pas décevoir le professeur ; dans son esprit, son incompréhension pourrait remettre en cause l'aptitude pédagogique du professeur.

De même, il sera peu porté à livrer son jugement personnel, même s'il est sollicité en ce sens par son professeur, et cela d'autant plus qu'il manque d'esprit critique.

En revanche, ils sont très serviables et coopératifs : ils exécutent scrupuleusement les instructions de l'enseignant et sont contents de pouvoir rendre service à leur professeur. Chacun doit se fondre dans la collectivité et suivre un code de bonne conduite. C'est pourquoi il convient souvent de ne pas " perdre la face ", d'autant plus que les Coréens sont très attentifs aux apparences.

L'élève coréen est sensible et affectueux : un simple encouragement peut avoir un effet démultiplié sur sa motivation. Mis en confiance, il pourra faire preuve d'une spontanéité que l'on ne soupçonnait pas au départ. A l'inverse, une phrase perçue comme désobligeante pourra le bloquer : il est susceptible, à la fois pour lui-même et pour son pays.

Enfin, les élèves coréens ont une méthode de pensée différente de celle de l'enseignant français, dont la dominante est, en principe, l'esprit cartésien. L'esprit d'analyse et de synthèse est moins bien partagé en Corée qu'en France. L'étudiant coréen, dans son expression, pourra davantage faire appel au coeur qu'à la raison.

2. Conséquences à tirer pour l'enseignant

La personnalité et l'attitude de l'enseignant sont fondamentales pour une bonne communication avec les élèves coréens. Ceux-ci doivent sentir qu'il est venu dans leur pays par une curiosité et un intérêt forts, et qu'il est heureux d'être parmi eux.

L'anecdote suivante, vécue à l'Alliance française de Séoul, illustre cet état d'esprit. Lors d'une discussion portant sur les mérites respectifs des deux cultures, l'enseignant français interrogea ses élèves sur la signification exacte du drapeau coréen, Tae-guk-ki. Devant la méconnaissance de son auditoire, c'est lui-même qui la leur indiqua. Après une première réaction de honte, le professeur avait conquis l'estime de ses étudiants et la communication n'en fut que plus aisée par la suite.

Il sera utile que l'enseignant apprenne quelques expressions courantes en coréen, concernant la salutation, la bienvenue, le remerciement, etc. Cela instaurera d'emblée un climat de confiance et de complicité qui facilitera le contact. Le bonjour à la coréenne " An-nyon-ha-sé-yo " à la première rencontre ou le remerciement " Kam-sa-ham-ni-da " toucheront la sensibilité des Coréens.

Pour ne pas heurter leur sens de la hiérarchie et du respect qu'ils vouent spontanément à leur professeur, l'enseignant français doit être attentif à rester à sa place, jusque dans ses tenues vestimentaires ; les étudiants apprécieront une " touche française " dans sa façon de s'habiller. L'idéal serait de faire preuve d'autorité tout en restant chaleureux et disponible, à l'écoute de ses élèves qui expriment difficilement leurs sentiments. Encouragements et sollicitations seront les bienvenus, afin de réduire la peur de faire des fautes et de s'exposer au jugement d'autrui. Cette attitude demandera initialement beaucoup de patience et d'efforts, mais ne tardera pas à porter ses fruits. Les étudiants coréens sont suffisamment reconnaissants.

Dans le même esprit, l'enseignant doit éviter de toucher leur sensibilité et leur amour-propre, notamment par des plaisanteries ambiguës ou des critiques portant sur les aspects propres à la société coréenne. Les comparaisons pourront mettre en évidence les différences et les points communs, mais ne devront en aucun cas impliquer des jugements de valeur ou exprimer la supériorité de l'une sur l'autre ; en d'autres termes, accepter et respecter la différence.

CONCLUSION GÉNÉRALE

Au terme de cette recherche, le statut du français en Corée peut être considéré sous deux angles.

Pour un observateur extérieur, ce statut peut apparaître très favorable. En tant que seconde langue vivante, le français bénéficie d'une bonne implantation -la meilleure de tous les pays d'Asie- à la fois dans l'enseignement secondaire et supérieur. Les statistiques font impression : 800 professeurs enseignent le français à 315 000 lycéens, soit près d'un lycéen sur quatre, répartis dans 470 établissements publics et privés ; 20 000 étudiants, dans 75 départements de faculté, se spécialisent dans l'étude de la langue et de sa littérature55.

Mais ce tableau flatteur cache une vision plus réaliste de la situation. On constate que le français est cantonné au milieu scolaire et universitaire, et n'en sort guère. Sa présence dans la vie économique et sociale de la Corée est extrêmement réduite. Ce n'est pas un hasard si le choix du français est majoritairement opéré par les étudiantes, acteurs mineurs de l'économie nationale.

Ces deux points de vue correspondent chacun à une réalité.

La place du français dans le milieu institué est due, en grande partie, à l'héritage du confucianisme, qui a toujours mis en avant l'étude comme moyen de perfectionnement de soi, et donné au pays, depuis longtemps, une forte tradition culturelle. Ce pays de lettrés ne pouvait qu'apprécier le riche patrimoine historique, littéraire et artistique de la France. L'action de la France en faveur des arts renforce cet attrait. Le lien que les Coréens font entre la culture française et sa langue, confère à celle-ci un statut particulier. Cela la protège des aléas politiques ou économiques, auxquels peuvent être soumises les autres secondes langues.

Cependant, malgré sa bonne implantation et son prestige, tous les efforts déployés pour l'enseignement/apprentissage du français aboutissent actuellement à un résultat modeste. A long terme, cette situation risque d'entraîner le désintéressement des apprenants et, par voie de conséquence, le recul du français en Corée. Il est donc nécessaire d'améliorer cet enseignement/apprentissage. Un certain nombre de facteurs négatifs de l'enseignement/apprentissage du français ont été identifiés : ils sont liés au manque de formation des enseignants en premier lieu, aux méthodes livresques et aussi à la lourdeur des effectifs.

________________________

55
Bulletin spécial de l'Ambassade de France à Séoul, 23 janvier 1995, objet : La présence culturelle, linguistique et scientifique française en Corée, p. 333.

La formation inappropriée des enseignants les laisse souvent peu motivés et passifs : très peu d'entre eux possèdent une maîtrise acceptable de la langue-culture française. Ils sont donc naturellement peu enclins à introduire l'oral, totalement absent de l'enseignement secondaire, ou à le développer dans le cursus universitaire ; d'autant moins que cela soulignerait leurs propres faiblesses dans ce domaine.

Il est vrai que le maintien de méthodes théoriques ne les encourage guère à se perfectionner en langue. Si la tradition confucéenne a été bénéfique pour développer le goût de l'étude spéculative, elle n'est pas adaptée à l'enseignement/apprentissage des langues vivantes, car elle privilégie beaucoup trop les méthodes livresques.

Enfin, la lourdeur des effectifs ainsi que la pratique linguistique et culturelle en milieu exolingue (langue étrangère enseignée en langue maternelle) ne peuvent favoriser les échanges. Il résulte des carences de cet enseignement/apprentissage une très faible connaissance de la langue-culture.

Vis-à-vis de l'omniprésence de l'anglais et de la culture américaine et devant la concurrence nouvelle d'autres langues vivantes, le français occupe, en définitive, une place restreinte dans la société coréenne.

Face à ce constat, les propositions visant à valoriser le statut du français en Corée ont essentiellement porté sur la formation des enseignants, les programmes d'études et l'action linguistique et culturelle de la France.

En ce qui concerne la formation initiale, une participation régulière à des séjours partagés avec des professeurs natifs et une meilleure préparation du stage pratique d'enseignement seraient souhaitables.

Pour parfaire leur formation continue, il faudrait organiser, d'une part, des réunions régulières en petits groupes, sous la direction d'un formateur coréen, d'autre part, augmenter le nombre des séjours linguistiques en France, avec une durée plus courte et un contenu plus souple que le stage pédagogique existant.

Pour l'aménagement des programmes, la grammaire " décortiquée " devrait être remplacée par une vision globale de son fonctionnement, et le seul exercice de traduction de textes littéraires complété par l'analyse de leur style. A cela devrait s'ajouter un travail systématique de la phonétique, au lieu de la simple répétition de phrases isolées, avec pour objectif de comprendre et de se faire comprendre, grâce à la mise en valeur de la prosodie française, ce qui correspond aux attentes des apprenants.

Concernant l'action linguistique et culturelle de la France, un certain nombre de souhaits ont été exprimés, dont les principaux seraient de mieux préparer les enseignants français au contexte local (mentalité, habitudes d'apprentissage en particulier), et de s'assurer, dans la mesure du possible, de leur motivation.

Pour la mise en oeuvre de ces propositions, il ne peut être question de remettre en cause le système préétabli. Il s'agit, en effet, de favoriser une nécessaire évolution, mais sans révolution. La maîtrise de l'oral ainsi que l'accès à la "culture quotidienne et comportementale" (selon R. GALISSON) constituent des outils permettant aux apprenants une meilleure compréhension linguistique et culturelle. En aucun cas, il ne s'agit d'imposer le modèle occidental, mais d'améliorer le système existant, afin de le rendre plus opérationnel et mieux adapté, à l'image de l'évolution positive intervenue récemment dans l'enseignement du coréen et de l'anglais.

Ces recommandations en faveur de l'oral, soutenues par les étudiants et les parents, apparaissent non seulement souhaitables, mais possibles. Mais en même temps, au-delà de cette nécessaire dynamisation de son enseignement/apprentissage, on ne peut manquer de s'interroger sur l'avenir du français en Corée. La suprématie de l'anglais dans les échanges internationaux paraît difficilement réversible et, d'autre part, le chinois et le japonais ont toutes les chances d'occuper une place grandissante.

Le français bien enseigné rendra plus fructueux les échanges bilatéraux, mais globalement, il continuera à avoir peu d'incidence dans la vie courante. Par conséquent, sa vocation doit rester éminemment culturelle ; la dimension formatrice, la richesse et la valeur humaniste de la langue-culture française, seront toujours ses meilleurs atouts pour l'avenir. Puisse la Corée ne pas céder à la tentation utilitaire, pour que le français demeure un lien d'échanges et d'enrichissement, qui l'aide à préserver, à valoriser, sa propre langue-culture dans l'équilibre et l'harmonie avec les autres.

ANNEXES

Premier pays occidental à avoir établi des contacts avec la Corée, la France a, d'emblée, entretenu avec ce pays des relations culturelles priviliégiées.

Aujourd'hui, le français est la deuxième langue enseignée en Corée après l'anglais et jouit d'une image prestigieuse, associée à la culture et au raffinement.

Pour autant, au regard du développement connu par la Corée ces dernières années, la faiblesse relative des échanges tant économiques que culturels avec un pays devenu le onzième exportateur mondial et dont le niveau de vie a cru de façon considérable, nourrit certaines interrogations.

Les activités du groupe sénatorial, par des contacts réguliers, ont contribué à une meilleure connaissance du pays.

Des délégations du groupe sénatorial France-Corée se sont rendues à plusieurs reprises en Corée, en 1986 puis en 1988, et j'ai moi-même eu l'occasion de me rendre à divers titres dans ce pays qui frappe par son dynamisme, dans une région dont la croissance reste très soutenue. Le groupe a des liens avec les associations présentes en France et des manifestations culturelles ont pu être organisées au Sénat.

Le Président de la République a affirmé, en 1995, la volonté française de replacer l'Asie au coeur de ses préoccupations et de ses intérêts.

Les difficultés nées du retard du chantier du T.G.V. Séoul-Pusan et de l'affaire Thomson témoignent encore d'une certaine forme d'incompréhension et de la nécessité du développement des relations franco-coréennes. Dans ce contexte, une réflexion approfondie sur la place et le rôle de la langue française en Corée s'inscrit dans le cadre des objectifs de soutien à la francophonie assignés aux groupes sénatoriaux.

Cette étude s'appuie sur une mise en perspective culturelle et historique du système de pensée coréen soulignant en particulier le rôle du confucianisme et l'influence des pays voisins. Elle décrit l'ensemble du système éducatif dans lequel s'inscrit l'enseignement des langues étrangères. Recensant les actions entreprises en faveur du français en Corée, elle propose une série d'aménagements.

Au service d'une meilleure compréhension réciproque, en vue d'un approfondissement réciproque, ces investigations nous montrent que la grande ouverture culturelle des Coréens demeure une chance pour la France et la culture française.

Premier pays occidental à avoir établi des contacts avec la Corée, la France a, d'emblée, entretenu avec ce pays des relations culturelles priviliégiées.

Aujourd'hui, le français est la deuxième langue enseignée en Corée après l'anglais et jouit d'une image prestigieuse, associée à la culture et au raffinement.

Pour autant, au regard du développement connu par la Corée ces dernières années, la faiblesse relative des échanges tant économiques que culturels avec un pays devenu le onzième exportateur mondial et dont le niveau de vie a cru de façon considérable, nourrit certaines interrogations.

Les activités du groupe sénatorial, par des contacts réguliers, ont contribué à une meilleure connaissance du pays.

Des délégations du groupe sénatorial France-Corée se sont rendues à plusieurs reprises en Corée, en 1986 puis en 1988, et j'ai moi-même eu l'occasion de me rendre à divers titres dans ce pays qui frappe par son dynamisme, dans une région dont la croissance reste très soutenue. Le groupe a des liens avec les associations présentes en France et des manifestations culturelles ont pu être organisées au Sénat.

Le Président de la République a affirmé, en 1995, la volonté française de replacer l'Asie au coeur de ses préoccupations et de ses intérêts.

Les difficultés nées du retard du chantier du T.G.V. Séoul-Pusan et de l'affaire Thomson témoignent encore d'une certaine forme d'incompréhension et de la nécessité du développement des relations franco-coréennes. Dans ce contexte, une réflexion approfondie sur la place et le rôle de la langue française en Corée s'inscrit dans le cadre des objectifs de soutien à la francophonie assignés aux groupes sénatoriaux.

Cette étude s'appuie sur une mise en perspective culturelle et historique du système de pensée coréen soulignant en particulier le rôle du confucianisme et l'influence des pays voisins. Elle décrit l'ensemble du système éducatif dans lequel s'inscrit l'enseignement des langues étrangères. Recensant les actions entreprises en faveur du français en Corée, elle propose une série d'aménagements.

Au service d'une meilleure compréhension réciproque, en vue d'un approfondissement réciproque, ces investigations nous montrent que la grande ouverture culturelle des Coréens demeure une chance pour la France et la culture française.

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