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Actes du colloque Afrique du Sud



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Actes du colloque Sénat-Ubifrance

« La nouvelle Afrique du Sud des Affaires »

Jeudi 3 juillet 2008
Palais du Luxembourg

 

Sous le haut patronage de Christian PONCELET, Président du Sénat
Sous l'égide du groupe interparlementaire d'amitié France-Afrique du Sud

Intervention de M. André FERRAND

A la tribune (de dr. à g.) : MM. Yves de RICAUD, André FERRAND, Eric ELGHOZI, Michel Gélénine, Jacques RIGAUD

M. Yves de RICAUD

 

M. Michel GÉLÉNINE

 

Vue de la salle Monnerville

 

Allocutions d'ouverture

M. André FERRAND, Sénateur représentant les français établis hors de France, Président du groupe interparlementaire France-Afrique du Sud

Mme l'Ambassadeur devrait nous rejoindre dans quelques minutes. Mme le Conseiller, Monsieur le Représentant , Directeur Général d'Ubifrance, Messieurs les Chefs de missions économiques, Messieurs les Présidents des Conseillers du Commerce extérieur, Mme la directrice de la Chambre de commerce franco-sud africaine, Chers collègues sénateurs, Chers collègues conseillers du commerce extérieur, je m'adresse à vous en tant que Sénateur, Président du groupe d'amitié France Afrique du Sud et Vice-Président du Comité National des Conseillers du commerce extérieur de la France. Mesdames et Messieurs, permettez-moi de me réjouir, avec tout le pays, et avec toutes celles et ceux dans le monde, de la libération de notre compatriote franco-colombienne Ingrid Betancourt. C'est un événement extraordinaire et nous pouvons en être satisfaits. Le Sénat est heureux d'accueillir aujourd`hui ce nouveau colloque économique sur l'Afrique du Sud. Je précise que j'ai l'honneur de représenter et de parler au nom de M. Christian Poncelet, Président du Sénat. Il aurait été ravi de vous recevoir comme il l'a fait voici deux ans. Il va vous expliquer, par mon intermédiaire, qu'il regrette beaucoup de ne pas être là aujourd'hui :

« Le Sénat est très heureux d'accueillir aujourd'hui ce nouveau colloque économique sur l'Afrique du sud, deux ans après l'intéressante rencontre que nous avions organisée sur cette région, toujours avec nos amis d'Ubifrance.

Nous étendons un peu, cette fois-ci, notre cadre de réflexion, puisqu'une partie de la réunion va être consacrée à quelques pays limitrophes, ce qui justifie la présence parmi nous de nos deux Chefs de mission économiques à Johannesburg et à Luanda.

Permettez-moi, avant d'aborder les thèmes d'aujourd'hui, de vous exprimer mes regrets de ne pouvoir être parmi vous ce matin, en raison des contraintes du travail parlementaire. Nous sommes en session extraordinaire et le calendrier est très chargé. Nous travaillons en ce moment jour et nuit.

C'est pourquoi j'ai confié le soin de vous délivrer ce message à un des meilleurs connaisseurs de l'Afrique du sud, mon Collègue et ami, M. André Ferrand, qui préside le groupe sénatorial d'amitié avec ce pays.

Comme je l'ai souligné, voilà deux ans, le Sénat connaît bien l'Afrique du Sud. La seconde chambre -le « Conseil national des Provinces »- est un des membres fondateurs de l'Association des Sénats et Secondes chambres d'Afrique et du Monde arabe.

Son engagement contribue utilement à la promotion du bicamérisme et de la démocratie locale en Afrique australe : l'inlassable défenseur du bicamérisme que je suis ne peut que s'en féliciter.

Les grands opérateurs publics français et de grandes institutions consulaires -le Ministère de l'Economie et des Finances, le MEDEF international, la Chambre de commerce et d'industrie franco-sud-africaine ou les Conseillers du commerce extérieur de la France, pour n'en citer que quelques uns- organisent ou participent en effet périodiquement à des rencontres économiques France-Afrique du Sud. Le dernier Forum d'Affaires organisé à Johannesburg, en présence de Mme Lagarde, en est l'illustration.

Cela étant, les relations économiques et commerciales entre la France et l'Afrique du Sud, quoiqu'en progression depuis une dizaine d'années, ne se sont pas développées au même rythme que nos contacts politiques. Elles gagneraient à être renforcées, notamment dans quelques secteurs-phares où l'expertise française n'est plus à démontrer, y compris celle des PME : l'eau et l'assainissement, par exemple, le BTP, les activités connexes de la filière électronucléaire, la santé, etc.

L'Afrique du Sud -je le rappelle- a été choisie pour organiser en 2010 la Coupe du monde de football : c'est l'occasion d'un vaste chantier mobilisant d'énormes capitaux, nécessitant des investissements lourds et entraînant la création de nombreux emplois, où la France doit se positionner à un niveau suffisant.

Valorisons également notre savoir-faire en matière d'aménagement du territoire et d'équipements structurants, un secteur où les collectivités territoriales sud-africaines, moins expérimentées, sont particulièrement demandeuses.

Alors que l'information économique relative à l'Afrique du Sud et aux nombreuses opportunités qui y existent, est facilement accessible et largement diffusée, il importe donc de se mobiliser.

Ce pays est aujourd'hui la première puissance économique africaine, avec un volume d'importations de 60 milliards d'euros, un taux de croissance de près de 5% et d'immenses projets d'infrastructures sur les 5 ans à venir.

Je souhaite à tous, chers amis, d'excellents travaux, en espérant que vous garderez de votre passage au Sénat un très bon souvenir et que vous y reviendrez. 

Merci et bienvenue à tous au Sénat.

M. Eric ELGHOZI, Directeur Général Délégué, Ubifrance

Bienvenue à notre Ambassadeur et à notre Ambassadrice. Bienvenue au Sénat. Nous sommes dans une petite salle parce que nous parlons de grands pays. Notre salle habituelle est occupée par les travaux dont vient de parler le Sénateur Ferrand.

Parlons de l'Afrique du Sud, de l'Angola. Rappelons que l'Afrique du Sud a une économie analogue à celle de la Pologne. C'est la plus grande économie du continent africain. Nous parlerons plus longuement de tous les projets d'infrastructures, du programme nucléaire, etc. Quand le Président Sarkozy s'est rendu sur place, il avait souligné que nous pouvions faire mieux tous ensemble. L'Afrique du Sud est notre premier partenaire commercial en Afrique. Mais nous ne sommes que le huitième fournisseur. Nous ne sommes que le 6e ou 7e investisseur, même si nos entreprises y emploient près de 30 000 salariés dans des secteurs les plus divers. Nous pouvons effectivement faire mieux et adopter davantage de dynamisme et d'esprit d'entreprise, propres à ce pays. Nous y trouvons des chefs d'entreprise, hommes et femmes, très actifs.

Le PIB de l'Angola dépasse les 50 milliards de dollars. Sa production pétrolière est analogue à celle du Nigéria. Nous pouvons donc y conclure des affaires. C'est la raison pour laquelle nos deux partenaires co-organisateurs et amis sont présents autour de cette table. Je les en remercie infiniment. Côté Sud africain, je remercie à la fois Mme l'Ambassadeur, Mme la Conseiller, M. le Secrétaire Général de la mairie de Durban, M. le Président de la Chambre de Commerce de Durban et tous les intervenants ici présents.

L'Afrique du Sud fait partie des pays prioritaires pour le gouvernement français. Le pays bénéficie de moyens et d'appuis renforcés. Nous allons développer ces aspects par la suite. N'hésitez pas à interroger nos collègues de la Coface pendant la pause.

Nous allons mettre l'accent sur certaines opérations très prochainement : en septembre, dans le domaine de l'environnement industriel et urbain ; une participation au salon du Cap, en octobre, un forum d'affaires France-Angola au début de 2009. Informez-vous grâce aux publications des missions économiques réalisées spécifiquement pour vous, qu'il s'agisse de chiffres clés, de s'implanter, de coups de projecteurs sur un marché donné etc.

Merci à notre Ambassadeur de France en Angola qui nous fait l'honneur d'être ici. Je laisse la parole à nouveau au Sénateur André Ferrand, au membre du Conseil d'administration d'Ubifrance.

Intervention

M. André FERRAND, Sénateur, Président du Groupe interparlementaire France - Afrique du Sud, Vice-Président du CNCCEF

Je me suis réjoui tout à l'heure de votre prochaine arrivée Mme l'Ambassadeur. Maintenant, j'ai le plaisir de vous avoir en face de moi et de vous saluer. Je suis heureux de la présence de notre Ambassadeur de France en Angola. Lors de ma récente visite en Angola, je me suis rendu compte de l'enjeu important de ce pays. J'ai regretté, avec beaucoup d'autres, que hors secteur pétrolier, la présence des entreprises françaises soit relativement modeste.

Je pense que les exercices comme celui d'aujourd'hui vont contribuer à modifier ce panorama.

Je regrette pour nos hôtes venus de l'étranger de ne pas pouvoir les recevoir dans un cadre plus vaste. Nous sommes dans la période des lois de règlement du budget 2007 et la commission des finances travaille en continu dans la salle que nous convoitions. Les séances doivent être publiques et médiatisées. Lorsque la date de notre colloque a été arrêtée, l'opération menée actuellement par la commission n'était pas connue. J'en suis désolé mais je suis rassuré de constater que chacun peut disposer d'une place pour s`asseoir.

Ayant passé vingt années sur le continent africain, et dans l'océan indien, je suis particulièrement sensible à la coopération entre la France et les pays africains. Je suis conscient, je viens de le dire à propos de l'Angola, de l'enjeu extraordinaire que représente cette partie australe. Voici quelques semaines, j'étais à Kinshasa, en RDC. Mon discours au sujet de l'Angola s'applique encore plus à la RDC, même s'il ne s'agit pas de pétrole. Les potentialités sont gigantesques. Je le souligne pour les représentants des entreprises françaises ici présents. Bien que la RDC ne soit pas l'objet du colloque de ce jour, vous pouvez être sensibles à l'aspect francophone de sa population qui totalise 60 millions d'habitants. Je crois qu'il est bon de signaler ici l'importance de l'enjeu que représente la RDC.

Je considère la formation comme un aspect essentiel. Tout d'abord la formation scolaire. Je m'envolerai la semaine prochaine en direction de Johannesburg, en tant que Président du groupe d'amitié France Afrique du Sud du Sénat. J'accompagnerai Mme Rama Yade pour célébrer le résultat d'une belle aventure : la coopération entre le lycée Jules Verne, le lycée français de Johannesburg, et le Nelson Mandela Children Fund . Ces établissements effectuent des activités ensemble. Des classes bilingues ont été mises en place. Nous avons donné des bourses à des enfants sud africains issus des catégories les moins favorisées pour qu'ils soient accueillis dans ces classes bilingues. Nous avons également créé, à l'occasion de la coupe du monde de rugby, l'opération Jeune Planète Rugby. Nelson Mandela sera au lycée français de Johannesburg mercredi prochain. Si cette forme de coopération n'est pas liée à notre coopération économique, elle peut néanmoins être un support important. J'appelle toutes les entreprises présentes en Afrique du Sud à s'intéresser à ce sujet.

Je souhaite vous parler de formation professionnelle et technique. Voici deux ans, lors de leur présentation, certains des représentants d'entreprise, dont ceux de Ratp Développement et de Bouygues, ont exprimé leurs difficultés. Ils ont mis en avant le problème de la formation professionnelle et technique, qu'il s'agisse de celle des ouvriers spécialisés, du middle management, des chefs de chantier etc, jusqu'à celle des ingénieurs. M. October, le représentant de la DTI était présent. Nous avons réfléchi aux possibilités, pour les entreprises françaises présentes en Afrique du Sud, de mutualiser et de pérenniser les opérations de formation. Après un voyage avec Mme Lagarde, des échanges ont été établis. Nous avions même imaginé que les OFFSET puissent financer ces opérations de formation. Cela signifiait la création de lycées techniques, d'IUT. Depuis, beaucoup a été fait. Je sais qu'Areva a une grande action dans ce domaine. Mais je regrette que les opérations de mutualisation n'aient pas eu lieu. Le maître d'oeuvre d'un tel projet n'a pas été trouvé. Il s'agissait pour les différents services de l'Etat comme l'Education Nationale, les Affaires Etrangères et les Finances, de se mettre ensemble afin de nouer un partenariat avec les entreprises. L'objectif aurait été de monter une grande opération française de coopération intégrée, complète et pérenne. J'ai constaté que l'offre de formation faisant le plus défaut concernait le middle management. Le produit IUT est tout à fait adapté à ce type de fonction.

J'espère ne pas vous avoir déçu en centrant mon propos sur la formation professionnelle et technique. J'insiste sur ce point car si nous étions capables de monter de telles opérations avec l'Afrique du Sud et l'Angola, les résultats seraient remarquables pour nos entreprises. Je vous remercie de votre attention.

I - La nouvelle Afrique du Sud et l'Afrique Australe : quelle intégration économique ?

Yves de RICAUD, Chef des Services économiques en Afrique Australe, Chef de la Mission économique à Johannesburg

Merci M. le Sénateur. Je pense que nous avons effectivement avancé sur la formation. Premièrement, le F'SATIE développe son action à Johannesburg et au Cap avec l'université. Des ingénieurs dans le domaine de l'électricité et de l'électronique vont être formés. Deuxièmement, Areva se montre très active dans ce domaine, en liaison avec d'autres entreprises françaises du secteur du nucléaire. Troisièmement, d'autres écoles d'ingénieurs sont intéressées par une implantation en Afrique du Sud. Nous les aidons à s'installer. Les organismes de formation à un niveau moins élevé commencent à investiguer le marché sud africain. La mission économique est là pour les seconder.

La mutualisation des ressources et de l'organisation collective reste à développer, notamment avec le DTI. Il serait souhaitable que les autorités sud africaines et le DTI reconnaissent, au titre des OFFSET, les investissements réalisés par les entreprises françaises en matière de formation. Ce serait le premier pas de la mutualisation dont vous parlez. J'espère que la prochaine fois, M. le Sénateur, nous ferons un rapport plus substantiel.

Yves de RICAUD, Chef des Services économiques en Afrique Australe, Chef de la Mission économique à Johannesburg

Mesdames et Messieurs, je m'exprime désormais en anglais par courtoisie pour nos amis sud africains, venus d'Afrique du Sud ou de l'ambassade d'Afrique du Sud à Paris. Je vous prie d'excuser mon anglais approximatif, mais je vais essayer de faire de mon mieux. Etant le premier à ouvrir ce dossier, je vais tenter d'être le plus bref possible, d'autant plus que la plupart d'entre vous connaissent le sujet que je vais évoquer. Je suis chef des services économiques à Johannesburg, en charge des affaires sud africaines et de l'Océan Indien.

Tout d'abord, je vais présenter très brièvement les relations commerciales entre l'Afrique du Sud et le reste de la région. Il existe trois types de pays qui entretiennent des relations commerciales avec l'Afrique du Sud :

- les pays du SACU, avec lesquels les échanges sont nombreux et solides. Ils sont représentés ici par les quatre personnes assises au premier rang. Les produits d'Afrique du Sud représentent 80% des ressources de ces pays. Je conseille aux entreprises françaises qui souhaitent développer des relations commerciales avec ces pays, notamment avec le Bostwana, la Namibie, le Swaziland et le Lesotho, de passer par l'intermédiaire de l'Afrique du Sud. En effet, ces pays s'avèrent totalement intégrés à l'Afrique du Sud d'un point de vue commercial.

- la Zambie, le Mozambique, le Zimbabwe et le Malawi, avec lesquels l'Afrique du Sud a établi des liens commerciaux très importants. Près de la moitié des importations de ces pays proviennent d' Afrique du Sud.

- la dernière catégorie concerne des pays bien moins intégrés à l'Afrique du Sud sur le plan du commerce et des investissements. Le plus important d'entre eux est l'Angola. Pour cette raison, la présence de notre ami angolais à cette table aujourd'hui se révèle primordiale.

En effet, si vous souhaitez prospérer en Angola, vous devez obligatoirement développer une activité sur place. Lancer un projet à distance s'avère impossible. Cela semble évident, mais je souhaitais le souligner, d'autant plus que les chiffres dont nous disposons confirment cette théorie.

Les relations commerciales entre la France et l'Afrique Australe connaissent une nette progression, notamment dans les pays non francophones. L'Afrique du Sud et l'Angola sont les pays où nous détenons les parts de marché les plus importantes. Dans les autres pays, nous observons également une augmentation. Comme le Président Sarkozy a déclaré lors de sa venue à Cape Town, nous devons développer nos parts de marché, qui avoisinent actuellement les 4%. La moyenne des parts de marché françaises dans l'ensemble du monde s'élève à 5%. L'Allemagne demeure le principal fournisseur de l'Afrique du Sud avec des parts de marché trois fois supérieures à celles de la France. La plupart des pays développés ont subi un déclin de leurs parts de marché, ce que nous pouvions prévoir. La situation s'inverse dans les pays en voie de développement. Ainsi, la Chine a connu une croissance fulgurante et est devenue un partenaire commercial important de l'Afrique du Sud au cours des six dernières années. Les parts de marché provenant des Etats-Unis et du Royaume-Uni déclinent à une vitesse fulgurante, mais cela ne représente pas pour autant une consolation pour la France.

Je souhaite aborder la structure des ventes de nos produits en Afrique du Sud. Un tiers concerne les biens intermédiaires, un tiers l'équipement pour l'industrie et les infrastructures et un tiers les biens de consommation, dont le secteur automobile, importante partie de nos exportations en Afrique du Sud.

Je voudrais vous conseiller des publications fort utiles : L'une s'intitule « l'essentiel d'un marché » (en français). Tout ce que vous voulez savoir sur le marché sud africain y est décrit. Vous pouvez le lire en 10 heures, le temps d'un vol Paris-Johannesburg. Un autre ouvrage très récent et plus ciblé, également en français, vous indique comment s'établir en Afrique du Sud. Il est rempli de bons conseils, comme ceux de Serge de Beaufort, représentant de Calyon. Je vous remercie.

Michel GELENINE, Chef de la Mission économique de Luanda

Je vais m'exprimer en français et tâcher d'être plus concis par rapport à mon exposé d'origine. La première question concerne l'état des relations entre la France et l'Angola. Une page nouvelle a été tournée avec la venue du Président de la République à Luanda le 23 mai dernier. Elle faisait suite à une réunion entre les deux chefs d'Etat à New York, aux Nations Unies, le 24 septembre 2007. Un accord de protection des investissements a été signé le 24 juin à Paris, entre le Ministre angolais des finances et Anne-Marie Idrac, Secrétaire d'Etat au Commerce extérieur.

A la question « Est-ce que les affaires avec l'Angola sont intéressantes ? ». La réponse est oui. Voici des chiffres qui devraient vous en convaincre :

Le pétrole a rapporté, à l'Etat et à la Compagnie d'Etat, 30 Mds USD l'an passé. Cette année, le commerce du pétrole devrait atteindre 50 Mds USD, pour une production de 1,550 Mb/j, soit presque celle du Nigéria (avec 10 fois moins d'habitants).

La Banque mondiale va être présente, avec la BIRD. Cela signifie qu'il existe un potentiel de 500 MUSD pour des projets en Angola. L'AFD revient ainsi que PROPARCO. Les banques européennes augmentent leurs lignes de crédit sur l'Angola. La Société Générale a signé pour 300 MUSD lors de la visite présidentielle.

L'investissement du gouvernement angolais représente un budget de 36 MUSD, en augmentation de 35% par rapport à l'année dernière.

L'investissement privé, d'après les banques portugaises et angolaises en contact avec la mission économique, est passé de 2 à 50 MUSD en deux ans.

Qui investit ? Quels sont les partenaires potentiels pour les sociétés françaises ? Les compagnies pétrolières constituent la majorité des investissements. Il existe aussi des investisseurs privés angolais, brésiliens, portugais et français. Le groupe Castel devrait porter, dans le courant de l'année, son investissement de 200 à 400 M€. L'investissement privé augmente très rapidement et est également le fait de petites sociétés. Il s'agit d'Angolais, de Portugais et de personnes possédant la double nationalité.

Quel est le risque angolais ? En Angola, il existe peu d'incidents de paiement. La dette a été rééchelonnée avec le Club de Paris. Un Rating est attendu pour la fin de l'année. Les agences de crédit ont repris leurs activités et la MIGA, de la Banque Mondiale, devrait suivre. Il est important de noter la stabilité politique. Il n'existe pas de tribalisme. Une seule langue est parlée : le portugais. Nous attendons des élections législatives qui devraient contribuer à renforcer le cadre démocratique de l'Angola.

Quelles sont les opportunités ? Le pétrole n'est pas la seule richesse de l'Angola. D'ailleurs, sa part diminue au sein du PIB. Les moteurs de l'économie sont les Travaux Publics, c'est-à-dire les infrastructures, les biens de consommation, les TIC,  l'agriculture et l'agro-alimentaire. L'Angola est le 5ème réservoir au monde en termes de terres arables (le premier étant le Brésil, le deuxième l'Inde, le troisième la RDC et le quatrième la Chine). L'Angola représente 50 M hectares dont seulement 5% sont exploités. Les terres sont disponibles immédiatement, sans irrigation. Nous allons vraisemblablement connaître un développement de l'agriculture, de l'agro-alimentaire et de l'agriculture extensive, sur le modèle brésilien. Il existe des petites fermes confiées à des sociétés israéliennes organisant des kibboutz. Ils se substituent aux villages détruits pendant la guerre civile.

Les PME sont présentes en Angola. Une analyse récente de l'appareil exportateur français montre que 40% des volumes facturés sont le fait de PME (60% en nombre).

Les pouvoirs publics soutiennent les sociétés françaises implantées en Angola. Le Président de la République a la volonté de développer les relations franco-angolaises. J'ai mentionné la Coface, l'AFD, Proparco. Ubifrance organise des missions de contact, comme celle concernant le secteur para-pétrolier. Certaines réunions vont se dérouler dans l'assurance prospection et la VIE. Le Forum des affaires franco-angolais, qui se déroulera à Luanda au mois de mars 2009 devrait être un événement très mobilisateur.

Je n'ai pas voulu empiéter davantage sur le temps de parole de Jacques Rigaud qui va vous donner des conseils d'approche. Merci beaucoup.

Jacques RIGAUD, Président de la section Angola des CCEF

Mme l'Ambassadeur, Messieurs. L'Angola est une Afrique très différente de l'Afrique francophone traditionnelle. L'Angola, c'est 5 siècles de présence portugaise et l'homme angolais est plus proche du Brésil que de l'Afrique. Cela explique aujourd'hui le formidable développement de l'Angola. Au lendemain d'une indépendance douloureuse, la résistance angolaise s'est montrée très forte en matière de survie. Au moment où arrive le pétrole en masse, nous assistons à un essor économique et à une dynamique humaine hors du commun. L'Angola cherche à se développer dans tous les sens. Les travaux tiennent une place importante, partout dans le pays, ce qui donne une impression de confusion.

Un Français peut approcher cette contrée très aisément car l'Angolais est socialement très direct. Mais cela ne signifie pas pour autant que les affaires soient faciles. Les apparences peuvent être trompeuses.

Le nombre de sociétés nouvelles est en forte croissance. Les chiffres donnent à rêver.

Toutefois, entreprendre en Angola demande de la patience et un investissement très lourd. Les hôtels sont chers, les locations de villas hors de prix, le coût des transports aériens élevé etc.

L'approche sur l'Angola doit être calculée au risque d'être déçu en raison de l'investissement financier important.

Dans les 10 prochaines années, l'Angola fera partie des grands pays de l'Afrique Australe. Il a les moyens économiques et la volonté de jouer un rôle régional de premier ordre.

Je souligne un deuxième aspect à prendre en considération avant toute installation en Angola : Il est souhaitable de ne pas s'engager trop rapidement avec un contact car il pourrait se révéler improductif.

Je ne vais pas en ajouter davantage sur l'Angola puisque le colloque concerne essentiellement l'Afrique du Sud.

Bienvenue en Angola si vous le souhaitez car c'est le bon moment.

Yves de RICAUD, modérateur

Merci M. Rigaud. Nous allons passer au panel suivant.

II. Les infrastructures : le rattrapage (énergie, transports, environnement)

Yves de RICAUD, modérateur

Je vous montre deux transparents sur les infrastructures en Afrique du Sud. Nous commençons par les transports. Ils sont estimés, à moyen terme, à 40 Milliards €, ce qui est considérable. Les investissements devraient avoir lieu dans tous les domaines, à savoir les ports, les aéroports (notamment dans la perspective de la coupe du monde),  les chemins de fer et les transports urbains. Les travaux nécessaires sont très importants. Je ne peux qu'engager les entreprises françaises du secteur à s'intéresser au développement des infrastructures sud africaines. Nous allons connaître un effet de rappel hors du commun. J'en profite pour signaler que Amec Spie vient de remporter le projet pour l'installation de l'oléoduc qui reliera Durban à Johannesburg, ce qui représente un contrat d'un peu plus de 200 millions €.

En ce qui concerne l'énergie, nous estimons que les infrastructures dans cette activité, représenteront entre 30 et 35 milliards € d'ici 2012. L'essentiel devrait s'effectuer dans le domaine de la génération.

Je regrette qu'aucune femme ne soit présente parmi nos invités sud africains. Vous n'êtes pas sans savoir que les femmes sont très nombreuses dans le secteur des affaires.

Je ferme cette parenthèse et donne immédiatement la parole à Alvaro CAMPOS de CARVALHO, représentant d'Ingerop, une société d'ingénierie et de conseil bien connue. Il possède une vue panoramique des projets d'infrastructures, non seulement en Afrique du Sud, mais dans le sud de l'Afrique et même dans d'autres parties de l'Afrique. Il connaît le secteur énergétique non seulement dans les transports mais aussi dans le domaine minier.

Alvaro CAMPOS de CARVALHO, Chief Executive Officer, Ingerop Africa

Il m'est difficile de vous parler des pratiques sud-africaines, dans le domaine de l'ingénierie, pour une raison très simple : soit tout le monde connaît celles dans lesquelles je suis impliqué, soit elles sont confidentielles et dans ce cas, je ne peux rien vous dire. Néanmoins, nous avons décidé que je vous parlerai plus spécifiquement des liens étroits entre l'économie et les différents réseaux et infrastructures de l'Afrique du Sud. Les infrastructures en Afrique du Sud se développent fortement et constituent un des principaux moteurs économiques du pays.

Il faut noter que nous sommes la plus grande économie de l'Afrique Australe, très bien intégrée grâce à ses nombreuses infrastructures.

Mes collègues vous parleront de projets particuliers concernant cette région du monde.

Tout d'abord, je tiens à vous montrer comment l'Afrique du Sud est totalement intégrée aujourd'hui grâce à son réseau électrique. Vous pouvez voir sur le transparent l'ampleur du réseau : de Kinshasa ou de Inga, jusqu'au Cap et du Cap jusqu'à la Namibie. Le réseau électrique est donc complètement intégré comme vous le constatez. Il est important de noter la densité des stations, le grand nombre de lignes ainsi que la bonne capacité du réseau.

Nous avons des projets d'expansion. Ils concernent des milliers de kilomètres de lignes de transport d'électricité et la fourniture de 70 MW. Cela vous donne une idée de l'ampleur des projets envisagés.

Pour les équipements de transports, nous disposons de routes mais aussi des chemins de fers. Cela vous montre, encore une fois, combien l'Afrique du Sud est bien intégrée. La première ligne de chemin de fer a été mise en service à la fin du 19ème siècle. La voie ferrée relie le Congo au Cap. Les réseaux ferré et routier sont très bien interconnectés.

Il existe une politique de développement en Afrique du Sud en faveur des corridors. Ces mesures sont essentielles car la plupart des corridors sont transnationaux. Chaque corridor porte un nom spécifique et représente un investissement important. Cela peut être très intéressant pour vous de prendre part à ces projets et vous trouverez des interlocuteurs très compétents auprès des promoteurs de ces initiatives. Ils seront ravis de répondre à vos questions.

Quelques idées pour investir. Je ne vais pas parler de l'Afrique du Sud en particulier, mais je vais vous indiquer des conseils de base. Il existe des piliers d'investissement liés aux ressources régionales des différents pays de l'Afrique Australe. Citons par exemple les mines de charbon, de cuivre et de cobalt. N'oublions pas que les cours des matières premières ont flambé. En ce qui concerne les pipelines, il est nécessaire de mentionner les projets sur l'utilisation d'énergie en provenance d'Inga. Citons aussi l'uranium et le pétrole.

J'ai été un peu long mais, pour finir, je veux juste souligner qu'il est important de comprendre dans quel sens vont nos investissements liés à nos communications. Je ne vais pas empiéter plus longtemps sur le temps de parole de mes collègues. Merci beaucoup.

Yves de Ricaud, modérateur

Je vais donner la parole à M. Jean Nassau, qui est directeur de Dégrémont et président de WSSA. C'est une filiale du groupe Suez, implantée en Afrique du Sud depuis assez longtemps et qui intervient dans le secteur de l'eau. Le groupe Suez s'intéresse de très près à la production et à la distribution de l'électricité. M. Nassau va nous parler des possibilités de développement dans le domaine de l'énergie.

SAR Jean NASSAU,  Directeur Degrémont, Chairman WSSA

Merci beaucoup. Mme l'Ambassadeur, M. le Ministre Conseiller, tout d'abord je tiens à remercier à la fois le Sénat et Ubifrance de nous donner l'occasion de partager et de témoigner de l'expérience que nous avons depuis longtemps en Afrique du Sud.

WSSA est une société privée, dont je suis l'actionnaire. Mais il reste une ambiguïté. Nous avons continué à développer un partenariat très serré avec le groupe Suez. Patrick Ayoub, qui est le CIO de WSSA aura l'occasion de vous le confirmer plus tard.

Je me retrouve devant vous avec plusieurs casquettes pour vous parler de l'Afrique du Sud, à la fois comme conseiller du groupe Suez, actionnaire et partenaire du groupe. C'est pourquoi je choisis d'ôter toutes mes casquettes pour vous en parler avec mon coeur.

Passons au transparent suivant. Patrick Ayoub vous parlera plus précisément de l'eau, de l'énergie et de tous les projets que nous étudions.

A partir de mon expérience, je vais vous indiquer les facteurs clés de succès qu'il me semble important d'avoir en tête pour développer des activités en Afrique du Sud.

Pour obtenir une croissance conséquente à long terme dans ce pays, il est nécessaire de savoir que c'est un « hub » pour toute la région. Les raisons ? Tout d'abord parce que c'est un « low cost producer local ». Ses compétences et excellences technologiques sont indéniables. L'Afrique du Sud ayant été boycottée du reste du monde pendant l'Apartheid, a su développer des savoir-faire pour subvenir seule à ses besoins. C'est peut être le seul élément positif de cette période. Ils ont développé des compétences tout à fait extraordinaires sur lesquelles nous pouvons continuer à bâtir.

Nous avons parlé d'éducation et de formation qui sont des éléments conséquents. Avec les partenariats construits là-bas, avec notre vision à long terme, les transferts de technologie et de savoir faire aux locaux sont importants.

Un sujet rend perplexe les nouveaux entrants en Afrique du Sud, c'est le BEE (Black Economical Empowerment). Il permet de transférer toute une série de savoirs, de compétences, de relations économiques aux plus nombreux que sont les noirs en Afrique du Sud et les anciens éliminés du système politique précédent. Il existe par exemple le BEE Partnerships. Je n'ai pas le temps de rentrer dans les détails. Mais, grâce à différents outils, vous pouvez inclure petit à petit les défavorisés du passé dans un système de développement à long terme. Ce sont des contraintes, mais elles fonctionnent.

Un dernier point, si vous souhaitez travailler longtemps en Afrique du Sud, vous devez construire des relations de partenariat durable avec les Sud-Africains. Je m'élève contre l'idée d'entrer en Afrique du Sud, d'y faire quelques affaires et de repartir. Il est nécessaire d'édifier des partenariats basés sur le respect de l'autre et sur le long terme. Sans ces conditions, le travail en Afrique du Sud n'est pas efficace.

La culture du service public est importante en Afrique du Sud. L'ensemble des activités mené par le groupe Suez et WSSA respecte cet esprit-là.

Je voudrais terminer par une chose. Le partenariat en Afrique du Sud, le BEE ressemble à un tabouret à trois pieds. Les partenaires apportent quelque chose à l'entreprise pour laquelle ils travaillent, mais aussi à la société dans le sens citoyen du terme. Ils apprennent à travailler de façon différente et développent pour tous un avenir économiquement intéressant, pour lequel ils seront fiers d'avoir participé.

Je passe maintenant la parole à Patrick Ayoub qui ira plus en détail. Merci beaucoup.

Patrick AYOUB, Chief Executive Officer, WSSA, délégué Suez en Afrique du Sud

Je vais commencer par vous présenter deux défis que nous souhaitons relever en Afrique du Sud concernant les infrastructures afin de construire un bel avenir dans ce pays.

Tout d'abord, l'énergie a constitué un thème récurrent dans le pays cette année. Le charbon est abondant et facile à extraire. Il s'agit de noter deux aspects historiques : la surcapacité et les coûts peu élevés de la production d'électricité. Mais la croissance a été très rapide ces dernières années, car nous devions rattraper le retard de tout le pays. Nous avons atteint un point où nous nous apercevons que les capacités en électricité ne sont plus suffisantes pour répondre à tous les besoins : pour l'industrie minière, les industries ou pour le nombre croissant de consommateurs qui sont connectés au service électrique (ils n'étaient pas aussi nombreux il y a 10 ou 15 ans).

Ainsi, nous sommes dans une situation de challenge. Comment faire pour répondre à cette grande demande avec notre production, nos turbines, nos infrastructures ? Nous réalisons que nous ne sommes pas seuls et que nous sommes en concurrence avec le reste du monde pour fournir ce service.

Il existe aussi un défi institutionnel, à savoir comment le secteur de l'énergie est organisé et quels sont les intérêts en jeu. Nous avons besoin d'une réelle coordination entre tous les intervenants. Beaucoup d'acteurs sont en place comme le Ministère de l'Energie, le régulateur de l'énergie ou encore Eskom, entreprise nationale majeure. Il faut noter aussi le secteur de la distribution avec Eskom, de nouveau, et les municipalités. Des réformes ont été entreprises concernant la réorganisation du secteur de la distribution, avec un impact sur les besoins en production dans les années à venir. Ces défis demeurent identiques dans le monde entier.

Un autre grand défi que nous avons également à relever, concerne la durabilité. Elle repose sur deux conditions. La première est l'opération et l'entretien des infrastructures. Nous devons rallonger la durée de vie des équipements . Nous avons besoin d'investir, de renforcer et renouveler les capacités.

Il nous faut acquérir des compétences très rapidement et engager des actions de formation et des programmes accrédités. Nous avons la possibilité d'accéder aux formidables outils mis en place par le gouvernement comme les subventions accordées aux formations. Nous devons utiliser ces subventions car elles constituent un excellent retour sur investissement.

Mon collègue vous a parlé du BEE (Black Economical Empowerment). Mais, pour conclure ici, dans le secteur de l'énergie, nous avons vu par le passé une dépendance régionale de l'Afrique du Sud avec Eskom. Maintenant, nous allons certainement vivre de plus en plus d'interdépendance. Alvaro Campos de Carvalho vous en a parlé. Les infrastructures pour l'interdépendance sont en place et nous allons sûrement avoir de plus en plus d'opérateurs nationaux. Nous devrions connaître un changement avec une offre plus variée, suscitant de nouveaux besoins. D'autres énergies vont faire leur apparition. Elles vont demander d'autres compétences, comme celle de diriger, diversifier les énergies. Le pool, le gaz, le gaz liquide naturel ainsi que toutes les énergies renouvelables, vont venir compléter le charbon.

A la lumière de tous ces projets, nous pouvons déceler les opportunités qui nous permettront d'assurer la pérennité de notre présence en Afrique du Sud. Nous songeons aux affaires IPP (Independant Pool Production), en partenariat avec Eskom et le gouvernement d'Afrique du Sud. La question essentielle concerne les tarifs puisqu'ils doivent soutenir une IPP. Eskom doit mettre en oeuvre un programme d'investissement structurel qui demande des compétences techniques très spécifiques. Le groupe Suez pourrait accompagner les efforts d'Eskom en développant des projets IPP dans la région et en vendant l'électricité à Eskom.

Nous devons également évoquer l'eau. Beaucoup de personnes parlent de la crise de l'énergie. Nombreux sont ceux qui pensent qu'elle concernera l'eau. Or, la croissance économique n'est pas possible sans eau. En Afrique du Sud, nous connaissons une certaine pression vis-à-vis des retards à rattraper dans ce domaine. Heureusement, le pays a mis en place une politique de l'eau très volontaire, avec des objectifs bien définis. Il souhaite approvisionner en eau propre l'ensemble de la population. Voilà 15 ans, 14 millions de la population n'avaient pas accès à de l'eau propre et plus de 20 millions n'avaient pas de sanitaires. L'Afrique du Sud s'est engagée à remédier à cette situation.

Beaucoup de questions existent concernant l'organisation de ce secteur avec les institutions et le Département des Affaires de l'eau. M. Sutcliffe, ici présent, connaît le problème. Je voudrais évoquer les pressions qui pèsent sur les municipalités. En effet, ce sont elles qui sont chargées de l'organisation de l'eau et de fournir ce besoin essentiel à l'ensemble de la communauté. Ces municipalités aujourd'hui s'efforcent de faire au mieux, mais elles doivent faire face à des besoins très divers. Il est difficile pour elles de trouver un équilibre, d'attribuer une priorité entre toutes les demandes.

Nous sommes nous-mêmes, partenaires de municipalités, essentiellement sur des opérations de maintenance. Pour nous occuper de ces infrastructures, nous devons mettre en place des programmes de formation, des actions subventionnées qui concernent à la fois les zones rurales et urbaines.

Le débat porte aujourd'hui sur le choix du privé ou du public. Aujourd'hui, c'est la municipalité qui est en charge de ce service. Il est toujours possible pour le secteur privé d'intervenir et d'aider les municipalités à proposer un service meilleur, que ce soit avec des formations, des édifications de bâtiments, des opérations de maintenance. Il existe toujours une marge de manoeuvre. L'enjeu du débat repose sur un marché concurrentiel et équitable avec des propositions de grande valeur. Merci beaucoup.

Yves de RICAUD, modérateur

Sans attendre, je passe la parole à Didier.

Didier FAREZ, Country President, Alstom Power South Africa

Je vais vous parler de l'expérience d'Alstom dans le domaine de la génération d'électricité. Alstom est présent historiquement en Afrique du sud dans ses deux domaines d'activité principaux, à savoir la génération d'électricité et le transport. Ces 2 domaines regroupent trois métiers : la nouvelle génération (Power System), la maintenance (Power service) et le transport. Cette présence historique est due à un partenariat avec une compagnie locale qui se nomme Alstom South Africa. Celle-ci était sous le contrôle d'Alstom jusqu'en 2001. A cette date, nous avons planifié un transfert à des sociétés BEE. Nous avons maintenu notre relation avec Alstom South Africa à travers trois partenariats : le premier concernait la relation commerciale (Alstom South Africa est resté notre représentant depuis 2001), le second un partenariat industriel pour la fabrication de nos composants dans le pays, le troisième un partenariat pour l'utilisation du nom. Ainsi la Compagnie Alstom South Africa utilise le nom d'Alstom depuis cette époque-là.

Vous aurez une présentation détaillée de l'évolution de cette compagnie un peu plus tard par Marc Wilson qui est le Managing Director d'Alstom South Africa et qui vous expliquera le transfert d'Alstom vers un contrôle des entreprises sud africaines. Il vous parlera du succès de ces opérations.

Moi je vous explique comment nous avons connu le succès en tant qu'Alstom, en nous reposant sur ce partenariat. Le succès d'Alstom dans le domaine de la génération d'énergie vient de la base installée, principalement pour Eskom qui est l'EDF locale. Nous avons, durant les dernières décades, construit un bon nombre de centrales électriques qui fonctionnent toujours aujourd'hui. Elles ne sont pas seulement de fabrication Alstom, elles proviennent aussi d'entreprises rachetées par Alstom. C'est le cas de Mann, entreprise allemande, ou encore de General Electric Companie en Angleterre. Je peux également citer ABB Power qui a lui-même intégré Asea et Brown Bowery.

Nous avons dans ce pays un certain nombre de centrales et près de 80% de l'électricité produite provient de composants sous le contrôle d'Alstom. Cela nous donne une force importante et une expérience solide pour pouvoir répondre aux nouvelles demandes d'Eskom. Nous avons des équipes de maintenance. Nous avons obtenu la confiance de notre client.

Le problème électrique de l'Afrique du Sud dans les dernières années est lié au déphasage entre la demande et la construction de nouvelles centrales pour augmenter l'offre. L'Afrique du Sud avait l'habitude de gérer une marge de réserve de l'ordre de 20%. Mais depuis quelques années la demande d'électricité s'est accrue très rapidement. Cela est dû au succès de l'économie, à la croissance interne, mais aussi à la demande de matières premières et de produits des mines sur les marchés internationaux. Les investissements ont augmenté et le pays a été surpris de l'accroissement de cette demande.

Vous constatez, sur ce transparent, l'évolution des réserves. Elle est descendue en quatre ans de 25% à 6%. Le pays est maintenant engagé dans un plan afin de récupérer une marge de l'ordre de 20%.

Eskom a anticipé, depuis un certain nombre d'années, l'évolution de cette demande. La firme a mis en place des plans pour récupérer de l'énergie le plus vite possible.

Le plus rapide a été de remettre en service des vieilles centrales arrêtées. Eskom a également décidé d'augmenter la capacité de centrales existantes, ce qui constitue une solution assez prompte. Alstom est engagé depuis 2006 dans un contrat avec une centrale pour remettre environ 300 MW.

Eskom a aussi lancé des programmes destinés à augmenter les capacités, par de nouvelles installations. Mais cela prend du temps puisqu'il faut ouvrir à la concurrence internationale et faire des audits sur tous les processus mis en place.

Des contrats charbon démarrent aujourd'hui. Nous avons été les heureux bénéficiaires d'une partie de ces contrats. Je vais vous donner quelques détails.

Nous avons également des appels d'offres en cours concernant des centrales nucléaires. Cela permettra d'augmenter la capacité quand ces contrats seront en place.

Eskom a déjà construit des centrales à gaz, avec des turbines allemandes. Elle a également lancé des appels d'offres dans le domaine de l'éolien. Ils ont du mal à aboutir pour des problèmes de procédures et de manque de compétitivité sur les marchés. Eskom a aussi des projets hydrauliques. Vous pouvez vous faire une idée de l'évolution de la demande et des capacités qui seront mises en place dans les années à venir.

En ce qui concerne les chantiers charbon, Eskom, historiquement, divise ses centrales en 38 contrats différents ou sous-ensembles. Les deux principaux sous-ensembles sont les chaudières et les turbines & générateurs. Alstom s'est intéressée à ces contrats et elle a remporté les lots turbines & générateurs. Ce sont des lots-clés en main, sans génie civil. Les deux premiers contrats se nomment Medupi et Bravo. Chaque centrale représente 6 x 790 MW. Les montants sont élevés. Ce sont donc des contrats très importants pour Eskom et Alstom. Le premier contrat, Medupi, a démarré l'an passé au mois de septembre. Le deuxième, Bravo, pré-signé l'année dernière, a commencé cette année. La mise en service de ces centrales va s'étaler entre septembre 2011 et le 1er janvier 2015. Ces contrats sont les plus gros qu'Alstom ait signés. C'est une grande opportunité d'entreprendre une telle activité et de diriger des nouveaux projets clés en main pour le sous-ensemble qui nous concerne. Nous allons ainsi faire un « hub », comme le disait notre collègue,  de construction de centrales et de management de projets en Afrique du Sud pour l'Afrique Australe. Il sera en mesure de répondre à la demande croissante de la région et notamment des pays comme l'Angola. Nous sommes engagés, par l'intermédiaire de ces contrats, à respecter les règles du pays. Le programme ASGI-SA nous oblige à développer des compétences, à offrir de la formation et à confier du travail aux entreprises locales. Nous nous engageons à construire 50% de ces contrats dans le pays, de nous fournir à hauteur de 20% dans des entreprises BEE, à 14% auprès d'entreprises contrôlées par des femmes et enfin à 14% dans des petites et moyennes entreprises. Nous allons former 300 personnes qui travailleront dans l'avenir pour Alstom. A l'issue de ces contrats, nous aurons de nouvelles compétences pour attaquer de nouveaux marchés.

Yves de RICAUD, modérateur

Nous en arrivons tout naturellement au nucléaire et je donne la parole à Serge Lafont. Il va nous parler des projets nucléaires en Afrique du Sud et des projets d'Areva qui ne concernent pas seulement le nucléaire.

Serge LAFONT, Chief Representative in South Africa, Areva

Areva est en Afrique du Sud depuis 25 ans environ. Nous y avons construit l'unique centrale nucléaire africaine, avec Alstom et EDF comme partenaires. Il s'agissait d'un contrat clé en main. Nous avons une équipe sur place qui se charge de la maintenance. Nous fournissons le combustible etc. Nous sommes également présents aux côtés d'Alstom Afrique du Sud (transmission et distribution) et nous possédons une société d'ingénierie. Depuis un an, nous possédons une mine d'uranium. Tous les secteurs Areva sont représentés dans le pays.

En ce qui concerne le nucléaire en Afrique du Sud, Eskom a décidé, voici deux ans, de relancer les discussions avec des fournisseurs potentiels. Le gouvernement considère désormais le nucléaire comme une option. Nous avons une centrale en opération, ce qui signifie que les compétences existent, même si elles ne sont pas assez nombreuses.

L'Afrique du Sud est la 5ème réserve mondiale d'uranium. Ainsi, l'accès au combustible est garanti.

Aujourd'hui, l'électricité est produite essentiellement par le charbon, le nucléaire représente 6%.

Pour répondre au besoin en énergie dans le sud, le nucléaire est la seule solution de masse.

La relance du nucléaire a été décidée et nous sommes en discussion avec Eskom. Nous espérons vivre les derniers mois de négociations. Nous sommes en concurrence avec Toshiba Westinghouse.

Les investissements à venir concerneront la production de 40 000 MW d'ici 2025, pour moitié charbon et pour moitié nucléaire.

Le contrat actuellement en discussion repose sur 3500 MW, ce qui représente 2 EPR. Nous avons également le projet de lancer une flotte.

Un programme de cette ambition implique de développer l'industrie locale et de former des milliers de personnes.

Areva est investie dans la formation en Afrique du Sud depuis plusieurs années. Nous avons conclu une joint-venture dénommée Arexa avec le CEA local Nexa. Cela nous permet de former les employés d'Eskom et d'autres sociétés. Cette année, 120 personnes ont suivi une formation grâce à cet outil. Il est financé par le recyclage des obligations OFFSET, non seulement les notres mais aussi celles d'autres entreprises.

Nous avons des partenariats avec des universités qui préparent au master de génie nucléaire par exemple. Nous établissons l'option « Project Manager ». Nous avons également fait venir 20 étudiants sud-africains en France cette année, pour leur troisième cycle de gestion de projet. Ils ont obtenu leur diplôme et sont repartis dans leur pays. Nos actions dans le domaine de la formation demeurent insuffisantes par rapport aux besoins. Il faudrait multiplier ce type d'opérations par 100.

L'autre volet concerne le développement de l'industrie locale. Dans cet objectif, nous avons rencontré depuis deux ans,  de nombreuses entreprises. Notre stratégie est assez simple. Notre base industrielle est localisée en Europe et aux Etats-Unis, dimensionnée pour le marché existant. Le nucléaire est en train de renaître. Cette base est devenue désormais insuffisante. C'est pourquoi, nous avons décidé de faire de l'Afrique du Sud une de nos bases industrielles, si toutefois nous remportons ce contrat. Cela signifie que nous investirions à la fois pour le marché local mais aussi pour le marché mondial.

Il est difficile pour Eskom en ce moment de relancer un tel programme d'investissement après 20 ans sans chantier. Le moment n'est pas idéal car le monde entier réclame de l'énergie. Les carnets de commande sont pleins. Nous attendons la réponse dans les mois qui viennent.

Yves de RICAUD

Merci d'avoir été aussi informatif et rapide. Je donne la parole maintenant à Michael SUTCLIFFE qui dirige la ville de Durban. Il était auparavant Président du Conseil Municipal de Démarcation. Il était chargé de délimiter les frontières des municipalités de toute l'Afrique du Sud. J'aimerais lui demander de mettre son talent et ses connaissances au service de nos 36 000 communes françaises. Mais pour l'instant, il va nous parler de son expérience de directeur municipal à Durban où il a été introduit par l'ANC.

Michael SUTCLIFFE, Secrétaire général, Mairie de Durban

Je vous remercie de m'avoir invité. Je suis accompagné du président de notre chambre et du Président de la Chambre de Commerce, avec qui nous travaillons main dans la main à Durban. Tout d'abord, je vais évoquer la perspective sous régionale émergente des grands plans d'infrastructures en Afrique du Sud et la perspective métropolitaine. En termes de développement et d'infrastructures, ces perspectives s'avèrent importantes. Je pense que la taille exceptionnelle du continent africain constitue un élément essentiel. Ce continent peut contenir tous les plus grands pays du monde sur son territoire : l'Inde, l'Argentine, l'Europe ou les Etats-Unis.

Je ne reviendrai pas sur le développement économique car nous avons déjà abordé ce sujet. Dans le cadre des programmes NIPED, divers gouvernements africains se sont réunis afin de déterminer les domaines où nous devons accentuer le développement. Nous avons déterminé plusieurs domaines clés :

- les plans de développement spéciaux  (de larges corridors d'investissements dans les infrastructures)

- le développement économique local à l'échelle de la métropole

- la reconstruction et le développement dans des pays tels que l'Angola ou le Mozambique où nous tâchons de développer des investissements. Notre ville entretient des relations avec douze autres villes africaines afin d'instaurer des partenariats. En France, nous avons établi des échanges solides avec la ville de Nantes, où je me suis rendu il y a quelques jours.

Je vais vous présenter brièvement notre propre programme en termes d'infrastructures à Durban. En Afrique du Sud, six villes principales produisent près de 60% de notre PIB. Durban est la plus importante en termes de population et Johannesburg est la plus importante en termes de PIB.

Je vais vous exposer les problèmes auxquels nous sommes confrontés à Durban et je suis persuadé que vous découvrirez des points communs avec de nombreuses autres villes.

- notre problème majeur reste la pauvreté. Il existe encore trop de personnes dépourvues de logement, d'eau et d'électricité.

- le changement climatique. La flambée du pétrole et la crise économique mondiale nous touchent également.

- tout problème mondial a des répercussions sur notre ville. Notre situation économique s'avère relativement prospère. En effet, nous bénéficions d'un programme de dépenses efficace. Nous dépensons 700 M € pour les infrastructures et 500 M € pour les grands projets nationaux de voirie et d'aménagement portuaire. Au total, notre ville dépense près d'1 Md € par an.

Je vais maintenant développer trois des huit plans en vigueur dans notre ville. La mise en place de pratiques liées au développement durable s'avère critique. Actuellement, nous maintenons les infrastructures existantes et dépensons près d'un demi-milliard de rands par an uniquement pour les plans de maintenance. Nous subissons les dégâts des tempêtes notamment le long des côtes. Le changement climatique ne facilite pas la situation.

En ce moment, nous investissons un demi-milliard de rands afin de créer une base économique dans des zones qui n'en possédaient pas auparavant. Nous avons développé un plan de cinq ans autour du port et de sa configuration. Je suis convaincu que le prochain gouvernement qui succèdera à celui-ci après les élections qui se dérouleront l'année prochaine partagera notre point de vue. Nous avons étudié et tenté de déterminer le meilleur aménagement possible pour ce port. Durban est le port le plus fréquenté d'Afrique du Sud et le seul qui présente la capacité nécessaire pour devenir un super port sur le plan international. De nombreux débats se tiennent entre les agences gouvernementales afin de déterminer quels investissements réaliser. Nous avons investi 10 MM rands, soit 1 MM €, mais je pense que nous atteindrons une somme de 25 à 30 MM rands au cours des dix prochaines années. 70% des conteneurs à destination de Johannesburg passent par Durban. Ainsi, ce plan s'avère très important en termes de reconfiguration. Nous travaillons beaucoup sur les MDP (Mécanismes de Développement Propre). Actuellement, quatre de nos sites visent à instaurer une nouvelle consommation de l'électricité. Nous travaillons en coopération avec des agences françaises sur ce sujet.

Nous construisons un aéroport, qui sera achevé en 2010. Il s'agira du premier aéroport terminé en Afrique du Sud au cours de la dernière décennie. Cela nous permettra de disposer de trois centres névralgiques dans le pays : Cape Town (tourisme), Durban et Johannesburg (industrie).

Nous construisons également un stade sportif, inspiré du Stade de France. Ce stade présentera des vertus touristiques, et se trouve également dans le top 10 des projets d'ingénierie dans le monde. Il disposera d'une arche et d'un toit la surplombant.

Au sujet des transports publics, nous avons également beaucoup réfléchi et nous sommes inspirés de dispositifs existants dans de nombreuses villes. Nous avons opté pour une combinaison de trains et de bus. En centre ville, nous instaurerons un système circulaire, équivalent au tram, mais avec des bus.

Nous créons actuellement un important réseau d'information et de communication, qui sera encore plus performant que celui de Londres. Dans une semaine, nous serons la première ville au monde à posséder un réseau d'information et de communication parfaitement sûr et sécurisé. Nous étions en compétition avec Vienne et Londres et sommes parvenus à instaurer un réseau encore plus performant. Nous disposons désormais de connexions haut débit hors de la ville et avons développé des partenariats avec de grandes compagnies et infrastructures. Nous faisons preuve d'inventivité et de créativité dans notre manière de concevoir notre ville et proposons un environnement de qualité. Les communautés locales travaillent sur de nombreux programmes visant à créer ou améliorer les transports publics et les routes en zone rurale. Actuellement, l'un de nos projets prioritaires consiste à vendre des crédits à la Banque Mondiale afin de développer des solutions pour des projets d'eau en zone rurale. Il s'agit de fournir de l'eau propre gratuitement aux habitants de ces zones. Nous disposons de nombreuses opportunités touristiques. Nous encourageons plusieurs organisations françaises à investir dans la gestion de nos stades et de nos équipements. Nos parcs marins font partie des cinq plus grands au monde avec des dauphins, des requins et toutes sortes de mammifères marins. Notre centre de convention international, le plus grand d'Afrique du Sud et de l'hémisphère sud, accueille de nombreux événements internationaux et conférences. Je vous remercie de votre attention.

Yves de RICAUD, modérateur

Merci pour cette présentation dynamique.

Nous allons maintenant procéder aux échanges avec la salle.

III - Echanges avec la salle

Christine ALIBERT, Senior Vice President and Partner, Boyden

Je ne suis pas fiscaliste comme cela est mentionné sur la liste des participants, mais je suis Partner en charge de l'industrie, dans un cabinet d'executive search. Comment aujourd'hui envisagez-vous de gérer les talents en Afrique du Sud, qui ont la particularité d'être aussi rares qu'en France et en Europe ? Comment pensez-vous faire venir les compétences nécessaires ?

Didier FAREZ, Country President, Alstom Power South Africa

Vous avez raison. C'est un grand challenge, qui ne se limite pas à l'Afrique du Sud. Cette situation existe partout dans le monde. Alstom est très prudent aujourd'hui quant à la décision de participer à des grands projets, en raison des limites de fabrication de nos usines mais aussi des limites de disponibilité de compétences. En tant que responsable régional, j'ai eu la chance d'obtenir l'accord de nos autorités pour participer aux grands projets et d'obtenir le support jusqu'au bout.

Eskom est un client que nous connaissons depuis longtemps. Nous avions établi un climat de confiance qui a permis à notre management de donner leur approbation. Mais je connais des collègues dans le monde qui souffrent de « non go », faute de matériel et de personnel.

En face de projets ambitieux, nous sommes engagés à former du personnel. Nous menons des opérations de recrutement intenses dans le pays. Nous préparons des plans de formation pour les employés. Les premières personnes que nous formons ne travaillent pas directement sur le projet. Nous les envoyons à travers le monde sur d'autres missions pour qu'elles se familiarisent à nos méthodes. Lorsqu'elles reviennent, au bout de quelques années, elles peuvent succéder aux salariés déjà en place.

Sur ces projets, nous avons assez peu de composants fabriqués en France. Par contre, le management est surtout réalisé dans l'hexagone, à Belfort. Les équipes sont composées d'ingénieurs locaux qui se forment et formeront à leur tour du personnel.

Vous avez raison, c'est un grand défi.

Autre point, il est aussi difficile de conserver du personnel. Tout le monde en recherche. De nombreuses entreprises débauchent des employés déjà préparés par leur concurrent. C'est une préoccupation pour nous. Bouygues connaît le même souci. Nous sommes en discussion avec la communauté française et à travers les CCE, nous échangeons sur les méthodes pour conserver et fidéliser nos talents. Aujourd'hui le taux de remplacement et de rotation se situe aux alentours de 30%. Les personnes que nous avons formées nous quittent pour gagner 30 ou 40% de plus dans une entreprise qui vient de remporter un contrat et n'a pas le temps de s'organiser. C'est la raison pour laquelle elle est prête à payer plus cher ses salariés.

Lors de la sélection du personnel, nous avons en tête l'objectif de le conserver. Nous apprécions que les gens aient une vision long terme au sein de nos entreprises. Grâce à la renommée de nos sociétés, nous pouvons offrir à nos employés une grande carrière internationale. Cet aspect nous permet peut-être d'attirer des gens de qualité mais cela reste difficile.

Serge LAFONT, Chief Representative in South Africa, Areva

Nous prévoyons d'investir beaucoup dans la formation initiale. Les mêmes entreprises se battent actuellement sur un pool de ressources bien trop petit. Nous préférons augmenter la taille du pool. Nous finançons des plans où les étudiants s'engagent, en échange de la formation reçue, à travailler X années au sein de notre entreprise. Ensuite, nous en perdons un grand nombre.

Alvaro CAMPOS de CARVALHO, Chief Executive Officer, Ingerop Africa

Le gouvernement sud africain est conscient des difficultés que nous rencontrons à embaucher. Il essaie de mettre en place un certain nombre de mesures qui devraient prochainement simplifier la possibilité d'importer du personnel. Signalons les « corporate Work Permit » qui sont des quotas d'employés, pour la plupart cadres et techniciens. Nous sommes ainsi autorisés à les faire venir. Nous devons les déduire de ce quota en fonction de leur adaptation au travail et au marché.

Michael SUTCLIFFE, secrétaire général, Mairie de Durban

A l'évidence, certains secteurs tels que l'ingénierie et l'aménagement du territoire sont confrontés à de nombreux problèmes. Je rédige des comptes rendus qui synthétisent une période de six mois ciblant la tendance du marché. Pour l'ingénierie et l'industrie, il s'agit de comptes rendus synthétisant des périodes de trois mois. J'ai évoqué ce sujet avec plusieurs collègues dans le monde entier et ils rencontrent les mêmes obstacles. Nous parvenons à gérer ces aspects, mais cela s'avère ardu. Le gouvernement a pris connaissance de cette problématique, mais les universités éprouvent des difficultés à suivre le rythme de l'évolution de ces secteurs. Nous disposons de nombreux programmes. Je citerai l'exemple de la construction de routes. Nous avons divisé le réseau des routes en trois parties : une partie concerne la restauration, une partie est gérée par le secteur public et les routes rurales seront prises en charge par des femmes que nous avons formées. Nous avons ainsi développé de nouvelles manières de gérer ces réseaux.

SAR Jean BASSAU, Directeur Degrémont, Chairman WSSA

L'exemple des partenariats publics s'avère extrêmement important. Je crois également que nous devrions nous organiser du mieux possible en instaurant des accords latéraux entre les pays. Une université donnée dans un pays donné devrait pouvoir établir un partenariat avec l'Afrique du Sud, afin de bénéficier d'une formation et d'une éducation sur le long terme. Les universités devraient disposer des financements suffisants pour opérer de telles démarches, car il s'agit de l'avenir de l'Afrique de Sud.

Patrick AYOUB, Chief Executive Officer, WSSA, délégué Suez en Afrique du Sud

Nous avons mis en place un programme intitulé « formation diplomante », agréée par le département de l'Education. Il ne s'agit pas seulement de travaux d'ingénierie, mais aussi de tâches de maintenance. L'un des points forts de l'Afrique du Sud réside dans son foyer d'entrepreneurs. Nous créons des micro-entreprises auxquelles nous incorporons des programmes de formations diplomantes. Il existe des subventions que nous pouvons aisément exploiter afin de pérenniser nos investissements. En créant cette relation de sous-traitance et en l'inscrivant dans la durée, vous pourrez ainsi fidéliser ces personnes et les services que vous leur achetez. Plus de 100 personnes suivent ces formations diplomantes très pragmatiques et capables de conduire à un emploi stable, ce qui représente l'aspect le plus important.

Thierry LE ROY, Président Aviseo Systems

Que font ces grandes sociétés françaises implantées en Afrique du Sud pour accompagner les PME qui ont l'intention de s'y installer ? Le groupe Total est connu à travers son programme partenaire. Avez-vous des personnes dans vos équipes spécifiquement en charge de cet aspect ?

Didier FAREZ, Country President, Alstom Power South Africa

Nous n'avons pas de programme spécifique. Par contre, nous entretenons de nombreux contacts avec des entreprises. Il existe des organisations en France, notamment sur le nucléaire. Je reçois personnellement assez souvent des sociétés. Nous les incitons à investir. Nous connaissons nos fournisseurs traditionnels. Nous les poussons à respecter les mêmes règles : jouer le jeu de la formation, investir dans le pays aux côtés de partenaires noirs. Nous sommes disposés à leur donner toutes les informations en notre possession sur la façon dont ils doivent se comporter pour devenir des fournisseurs qualifiés. Nos partenaires traditionnels en France ont la possibilité d'être des partenaires locaux s'ils obéissent aux mêmes engagements : à savoir, chercher dans le pays des associés pour devenir BEE tel que nous le sommes et tel que l'est notre partenaire Alstom South Africa. Ce dernier est d'ailleurs en discussion avec un certain nombre de nos fournisseurs français pour développer des partenariats dans le pays. Ils ont l'habitude de l'industrialisation en Afrique du Sud. Nous avons les contrats, vous avez la volonté. Il suffit de rassembler les compétences.

Serge LAFONT, Chief Representative in South Africa, Areva

Dans le nucléaire, c'est un peu plus organisé. Areva n'a pas de programme spécifique lorsque nos sous-traitants habituels viennent en Afrique du Sud. Nous les aidons à obtenir des rendez-vous, nous les mettons en contact avec des entreprises que nous estimons intéressantes pour eux. L'association NIASA s'occupe de l'industrie nucléaire sud africaine. Elle a été recréée voici un an. En France, il existe le GIIN. Des contacts ont déjà eu lieu entre les deux associations. Un projet de salon ou de séminaire est en cours pour permettre la rencontre des entreprises françaises et sud africaines. Il devait avoir lieu en 2009.

M. de RICAUD, modérateur

Les infrastructures occupent une place de premier plan cette matinée, parce que les grands projets de ce secteur nécessitent le recours aux PME. Nous allons organiser des rencontres dans le cadre de l'industrie nucléaire, entre les donneurs d'ordre sud africains et les principales entreprises françaises et leurs fournisseurs. Je demande aux grandes entreprises françaises de nous fournir le calendrier des appels d'offres pour lesquels les sociétés françaises pourraient être intéressées. Le gouvernement sud africain, dont le département des entreprises publiques, demande aux fournisseurs de se localiser.

Pause

IV - Les nouveaux entrepreneurs

M. de RICAUD, modérateur

Merci à tous de rester avec nous. Nous arrivons à notre deuxième panel sur les nouveaux entrepreneurs sud africains. Je vais donner la parole à Marc WILSON, Group Managing Director d'Alstom South Africa. Il va faire la transition entre notre premier sujet et celui-ci, puisque Alstom est au coeur de projets d'infrastructures mais également parce que Marc a développé une expérience d'entrepreneur sud africain et de partenariat avec des groupes BEE.

Marc WILSON, Group Managing Director, Alstom South Africa

Je commencerai par vous exposer le rôle d'Alstom Afrique du Sud. En second lieu, je vous citerai des exemples qui illustrent la manière dont notre entreprise établie a effectué la transition entre l'ancien modèle de travail et le nouveau. Nous nous concentrons essentiellement sur les problèmes pratiques rencontrés en Afrique du Sud. Nous sommes passés du statut de filiale européenne à celui de filiale sud africaine avec ses propres actionnaires. Je tiens à souligner que nous sommes l'une des rares entreprises au monde qui utilisent la marque Alstom sans lui appartenir. Nous sommes une entreprise locale, détenue par des Sud Africains. Le fait de pouvoir utiliser la marque Alstom nous a grandement aidé au cours des sept dernières années. Parmi les entreprises présentes dans le pays, en tant que filiales ou associés, notre entreprise compte parmi les plus grandes (7 MM rands). Cela représente une taille importante en Afrique du Sud, même si les critères demeurent différents en Europe. Nous employons 6 000 personnes et sommes très impliqués dans l'économie locale. Notre modèle de gestion se base sur les représentations initiales et les projets fondés sur le transfert de savoir. Nous ne cherchons pas à devenir des vendeurs hors pair, mais à transférer et développer des compétences nouvelles. Nous avons créé une école de formation en imprimerie, subventionnons des universités et nous efforçons d'attirer des personnes dans notre organisation pour agir localement et non pour représenter des entreprises américaines ou européennes. Au cours de ces dernières décennies, nos partenaires clés ont été Alstom et River. Ils nous ont aidé à développer la formation et le transfert de compétences. Transférer des personnes en Europe a représenté l'un des facteurs clés dans la maintenance de notre entreprise depuis vingt ans. Nous les avons envoyées en France et au Royaume-Uni afin qu'elles suivent des formations. De retour en Afrique du Sud, elles se sont retrouvées dans nos fichiers clients. Ce modèle de gestion s'avère toujours couronné de succès.

Au début des années 1990, nous avons connu un changement politique. Le congrès national africain a repensé sa politique, passant d'un modèle socialiste à une politique macro économique. Ce changement a engendré de nombreux défis. En tant qu'entreprise et en partenariat avec nos collègues français et britanniques, nous avons décidé d'embrasser ce changement et de tenter de nous adapter le plus rapidement possible. Nous nous sommes engagés avec Alstom et avons développé une stratégie fondée sur la formation, la passation de marchés et avons acquis dix ans d'expérience dans ces domaines. Nous nous sommes basés sur le principe d'équité, qui s'avère simple à appliquer car il concerne principalement la gestion d'argent. Mais au delà de l'équité, les relations deviennent beaucoup plus compliquées de même que la rétention de compétences.

Je vais vous expliquer brièvement les erreurs que nous avons commises initialement. Les organisations européennes et américaines sont généralement intéressées par le développement d'activités en Afrique du Sud. La vision eurocentriste consiste à solliciter des partenaires connectés politiquement et nous avons tendance à nous engager dans des relations condamnées d'avance. Nous avons commis ce type d'erreurs au début des années 1990. Nous avons développé des contrats avec des nombreuses personnes et des partenariats que nous pensions capables d'influencer ces contrats. Nous avons constaté que ce modèle s'avérait bancal. Après avoir entretenu des relations acrimonieuses pendant trois ans, nous sommes parvenus à établir un modèle qui s'est révélé viable pour nous au cours des sept dernières années. Le premier élément à considérer est que vos partenaires bénéficient du même système de valeur que vous. Si vous ne vous pliez pas à cette démarche, vous vous exposez à des risques de conflits, susceptibles d'éclater dès le premier jour. Il s'agit d'instaurer une attente mutuelle de services rendus et de contrepartie avec vos partenaires. Parfois, nous faisons preuve d'une vision simpliste, qui consiste à considérer que si je vous présente le PDG d'une entreprise, vous décrocherez un contrat aisément. Vous devez vous assurer que votre travail est correctement rémunéré, sans argent facile. Les affaires sont les affaires, et vous devez être payé pour votre travail.

Nous avons compris progressivement l'importance du rôle des actionnaires et de la gestion dans l'entreprise. Les directeurs perçoivent un salaire pour leur travail de gestion et les actionnaires injectent du capital et sont rémunérés par le biais de flux de dividendes. Ils remplissent des fonctions différentes et nous devions nous assurer que tout le monde le comprenait bien. Un autre élément critique auquel nous avons été confrontés concerne la nécessité d'un engagement de capital et de responsabilités des différentes parties. Il s'agit de respecter les contraintes, de prendre des risques et de gérer l'argent correctement.

Un autre point clé d'une implantation réussie réside dans une communication régulière, avec l'organisation de réunions hebdomadaires et mensuelles. Il s'agit d'opérer une évolution constante des partenariats, qui inclut aussi le transfert des compétences. Après sept ans, nos partenaires comptent parmi les plus grandes entreprises mondiales. Pour moi, l'un des meilleurs exemples de réussite au cours des deux dernières années concerne le changement de modèle que nous avons effectué. Nous sommes des éléments d'une entreprise, et provenons tous de milieux différents. Une implantation réussie est basée sur un respect mutuel et non sur un modèle imposé.

Dans le passé, nos principaux facteurs de succès ont été des projets d'amélioration des transports à la fin des années 90, des projets d'amélioration de l'équipement, et en conjonction avec Alstom, de nombreux projets européens.

Pour conclure, le modèle de l'entreprise me semble très simple. Si certains d'entre vous souhaitent développer une activité commerciale en Afrique du Sud, vous y parviendrez aisément après avoir dépassé l'étape préliminaire de la représentation. Vous choisirez ensuite vos partenaires en fonction des raisons que j'ai précédemment évoquées. Le modèle change et propose un contenu local. Les partenaires des entreprises locales transfèrent les compétences et nous espérons qu'ils permettront à ces dernières de développer des activités pérennes, une amélioration en termes de relations aux clients et des modèles types appliqués dans l'Afrique entière.

Les points forts de notre réussite résident dans le fait que nous fournissons aujourd'hui les cinq continents, 60 à 70% de certaines niches du marché américain (des produits indonésiens, australiens, américains) et le développement des compétences dans les entreprises locales. Enfin, ce modèle ne s'avère viable que dans le cadre de partenariats établis sur le long terme. Cette démarche est bénéfique à l'économie, mais porte préjudice aux personnes qui souhaitent s'installer dans le pays et se lancer dans une activité pour quelques années. Ce modèle favorise également les OEM, qui peuvent se servir du transfert de compétence comme d'une source peu onéreuse de fabrication.

M. de RICAUD, modérateur

La suite logique de cette présentation va se dérouler en compagnie de Jayendra Naidoo, fondateur de J & J. Il a établi des partenariats avec des entreprises étrangères et françaises. Il est très présent sur la scène locale. Jayendra, pouvez-vous nous dire quelques mots au sujet de J & J ? Quels sont vos projets ?

Jayendra NAIDOO, Chief Executive Officer, J & J Group

Je vais vous parler de J & J et des défis et opportunités offerts aux entrepreneurs. Je ne suis pas entrepreneur de formation, mais syndicaliste. J'ai travaillé pendant quelque temps dans le secteur public, dans une institution qui rassemblait les entreprises, les syndicats et les gouvernements autour des nouvelles mesures économiques. En 1998, j'ai décidé de me lancer dans un autre secteur. Les lois de la participation économique n'étaient pas aussi développées que celles qui vous ont été détaillées dans la présentation de ce matin. Personne dans ma famille n'est qualifié en tant que commerçant, mais je savais construire des organisations, ce qui pouvait s'avérer utile dans l'établissement d'une entreprise.

L'entreprise J & J a été fondée par une autre personne et moi-même. Nous sommes tous deux issus du même milieu. Mon associé porte le même nom que moi, il est également un ancien syndicaliste. Nous avons décidé de créer une entreprise ensemble et nous avons bénéficié d'une aide économique à l'implantation. Comment deux personnes, dépourvues de compétences dans ce domaine et sans argent pouvaient lancer une entreprise ? Nous avons décidé de commencer par proposer des activités peu onéreuses, telles que les services (information, technologie, finance). Nous avions quelques idées et la plupart ont échoué. J'avais le choix entre devenir entrepreneur et diriger une institution gouvernementale, qui payait très bien et conférait d'importants pouvoirs, et créer mon entreprise à mes risques et périls. Heureusement, nous avons réussi à résister à nos échecs premiers et avons entrepris toutes les démarches administratives fastidieuses (enregistrer l'entreprise, la faire agréer...) Nous avons commencé à embaucher des personnes, plus qualifiées que nous et avons constaté que certaines étaient bien meilleures que nous et d'autres moins. Il s'agissait de gérer ces différences. Nous avons ensuite étendu notre activité à des secteurs qui nécessitaient davantage de capital. Depuis huit ans, nous évoluons au sein d'un groupe plus diversifié. En Afrique du Sud, les meilleurs partenaires pour nous sont les grandes entreprises et les entreprises internationales dans différentes zones. En 2004, nous avons décidé que nous devions développer l'actionnariat, le syndicalisme, des groupes communautaires et des trusts, que nous possédons aujourd'hui. Nous avons été approchés par plusieurs institutions, qui sont devenues actionnaires de notre entreprise.

Actuellement, notre entreprise répond à certains critères, détient des actions et des investissements bancaires prospères dans le domaine de l'énergie, de la technologie, des télécommunications, et du ferroviaire. Nous comptons plus de 25% d'actionnaires, employons 3 000 personnes et sommes devenus le fournisseur indépendant le plus important du ferroviaire. Certaines entreprises, plus malines que nous, réussissent à établir des partenariats avec de grandes firmes basées sur la participation équitable et ne payent pas beaucoup. Malheureusement, nous ne sommes pas parvenus à mener de telles démarches à bien. L'avantage du BEE pour nous est qu'il nous laisse la liberté d'agir.

En Afrique du Sud, les entrepreneurs sont confrontés à de nombreux défis, qui peuvent effrayer mais génèrent de grandes opportunités. Une entreprise comme la nôtre ne nécessite pas forcément de disposer de contacts ou de relations, mais d'avoir une personne à qui se référer. Nous pouvons alors entrer dans la concurrence si nous disposons de la bonne approche. Nous nous trouvons actuellement dans cette phase. En second lieu, le vaste programme d'infrastructures va créer d'importantes opportunités pour tous. Le secteur de l'eau, de l'électricité, de l'énergie, largement détenus par l'Etat, vont également offrir de nouvelles possibilités. La privatisation a lieu de facto, parce que les entreprises minières recherchent activement des solutions. De nombreuses entreprises sont détenues par des familles. Le nucléaire représente une nouvelle industrie en pleine expansion. Travailler dans un nouveau secteur industriel représente une réelle opportunité.

L'Afrique du Sud joue un rôle clé dans le développement et la croissance du continent africain. L'Angola et le Zimbabwe y participent également. Ce dernier connaît un véritable bouleversement qui conduit à un développement accru. L'essor des ressources et le dynamisme du secteur de la technologie offrent également de nombreuses opportunités. L'économie de l'Afrique du Sud a produit de nouvelles innovations telles que les cartes prépayées ou des technologies émergentes. Les différentes contraintes auxquelles les municipalités sont confrontées, résultent du fait que ces nouvelles opportunités concernent davantage les partenariats privés que publics. Je vous remercie de votre attention.

M. de RICAUD, modérateur

Nous devrions distribuer votre présentation sur les infrastructures à tous les participants. Vous auriez ainsi l'occasion de considérer J & J sous deux angles différents, en tant qu'infrastructure ou en tant qu'entrepreneur. Je cède maintenant la parole à Nona Chili qui va partager son expérience avec nous.

Nona CHILI, Chief Executive Officer, Makwande Energy Trading

Je représente une entreprise familiale sud africaine de commerce, de pétrole et de produits pétroliers raffinés, lancée en 2007. J'ai travaillé vingt ans dans la banque, dix ans dans le pétrole et cinq ans à Total Afrique du Sud. Comme nous l'avons déjà évoqué, l'Afrique du Sud présente des opportunités économiques importantes. Nous produisons 5 barils de pétrole par jour. Le défi permanent consiste à gérer l'aspect financier, notamment en ce moment avec la hausse du prix du pétrole. Les personnes qui travaillent dans la banque comprendront que le risque auquel nous sommes confrontés s'avère important. Dans ce cas, l'expérience ne suffit pas à régler ces aspects. Les entrepreneurs indépendants ne disposent pas d'installations de stockage pour les produits pétroliers raffinés et ce problème prend de plus en plus d'ampleur avec la croissance économique. En tant que femme chef d'entreprise, je souhaiterais inviter d'autres femmes chefs d'entreprises internationales à développer des partenariats avec nous.

Yves de RICAUD, modérateur

Je voudrais juste ajouter que Nona est la représentante de Saxon Group, association de femmes d'affaires. Nous donnons la parole à Moses TEMBE, Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie de Durban.

Moses TEMBE, Président, Chambre de Commerce et d'Industrie, Durban

Bonjour Mesdames et Messieurs. Je suis ravi de me trouver parmi vous aujourd'hui. Je suis accompagné de mon prédécesseur, qui est également entrepreneur dans le domaine du pétrole et travaille avec l'une des filiales françaises de Total. Contrairement à mon collègue anciennement syndicaliste, j'ai toujours été entrepreneur depuis vingt ans et gérais des supermarchés dans les townships. En 1994, l'avènement de la démocratie a permis de développer des nouvelles collaborations commerciales. Nous avons noué des relations avec diverses entreprises françaises. Nous avons également réalisé de nombreux autres projets très intéressants dans des zones où nous avons construit des remorqueurs. Nous avons étendu notre activité à l'Angola où nous tâchons de nous développer sur le plan pétrolier. Nous avons aussi entrepris diverses opérations en lien avec les infrastructures, la gestion, les transports et la logistique. Comme nous l'avons déjà indiqué, Durban est le plus grand port du pays. Ainsi, nous pensons que les transports et la logistique représentent une priorité. Nous avons travaillé dans le domaine du tourisme avec la plus grande entreprise détentrice de casinos et autres biens. Mon entourage m'a encouragé à me rendre à Paris aujourd'hui, afin de vous dévoiler l'existence d'importantes opportunités que vous pouvez saisir en Afrique du Sud. Les précédents intervenants ont déjà évoqué ce sujet.

Je souhaite vous encourager et souligner le fait que la démocratie est bien vivante en Afrique du Sud. Je pense qu'il est important de le rappeler, afin de définir le milieu des affaires dans ce pays. Les relations diplomatiques entre la France et l'Afrique du Sud sont bien ancrées. Nous travaillons constamment à les améliorer et les renforcer. J'ajouterais que l'Afrique du Sud demeure un pays de grandes opportunités, contrairement à l'image parfois véhiculée par les médias. Je me sens particulièrement privilégié d'être le Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie. Je ne suis pas rémunéré pour le travail effectué dans le cadre ce cette fonction , mais suis très honoré de l'occuper. Je suis passionné par ce travail. La Chambre du Commerce et de l'Industrie de Durban existe depuis 152 ans et regroupe 3 500 entreprises, des plus grandes aux plus petites. Nous offrons également plusieurs services : conseil politique, média, réalisation de certificats internationaux... Il existe de nombreuses autres chambres en Afrique du Sud et d'autres structures capables de vous proposer l'aide dont vous avez besoin. Nous sommes ici pour interagir, apprendre de votre expérience et éventuellement établir des partenariats commerciaux.

M. de RICAUD, modérateur

Je remercie tous les intervenants. Je suis désolé, mais nous devons passer au panel suivant Nous n'avons pas le temps d'échanger maintenant avec la salle. Nous le ferons plus tard.

V - Des financements adaptés

M. de RICAUD, modérateur

Nous arrivons au dernier panel de notre réunion qui a trait au financement. En Afrique du Sud, les systèmes bancaires sont très performants. Le secteur financier s'avère très important et il nous semblait essentiel d'avoir des représentants de ce milieu présents à la tribune aujourd'hui. Je cède la parole à M. de BEAUFORT.

Serge de BEAUFORT, Senior Country Officer, Calyon, Président de la section Afrique du Sud des CCEF

Tout d'abord, je souhaite rappeler que l'Afrique du Sud est la première économie du continent africain, le 18e marché mondial et la porte d'entrée de nombreux investissements en Afrique. Le secteur de la banque est très développé et présente une structure similaire à celle des pays européens. D'un point de vue légal, institutionnel, commercial et collectif, peu de différences existent entre le milieu de la finance en Afrique du Sud, à Paris et à Londres. Il s'agit d'un marché très protégé mais aussi de l'un des plus importants marchés émergents en termes de liquidité. Il existe six grands groupes qui combinent la gestion d'actifs et d'autres activités bancaires, régulés par la banque nationale d'Afrique du Sud (92% du marché total). Certaines branches sont consacrées aux activités d'investissements bancaires et pratiquent une approche sud africaine avec un sens aigu de l'équité.

Par ailleurs, des institutions bilatérales et multilatérales sont également présentes dans ce pays. Le secteur de la banque s'avère très professionnel et possède d'importantes capacités de financement sur le plan du court, moyen et long terme. Le marché de l'épargne connaît également un véritable essor.

En conclusion, je ne dirai pas que le marché local est capable de tout réaliser, mais je pense que l'ampleur du CAPEX qui vous a été présenté ce matin, requiert une forte alternative en termes de financements avenirs. Ces derniers proviendront des marchés délocalisés, c'est-à-dire des produits de l'exportation et de l'épargne. Je tiens à souligner une nouvelle fois la qualité et le professionnalisme de la communauté bancaire locale.

M. de RICAUD, modérateur

M. de BEAUFORT, je vous remercie. Je cède la parole à Mike PEO, afin qu'il nous donne son appréciation personnelle sur le secteur financier en Afrique du Sud.

Mike PEO, Head Infrastructure Project Finance, Nedbank

Aujourd'hui, le marché démontre l'existence d'une demande massive en termes d'infrastructures. Nous avons ressenti l'implication intensive des entrepreneurs et opérateurs français dans notre pays au cours des dix dernières années. Nous avons financé le premier projet d'infrastructure en Afrique du Sud et sommes mandatés pour en financer un nouveau qui débutera bientôt. Nous avons également travaillé avec des entreprises telles que Suez ou Alstom, notamment sur des projets de transport. Il existe de nombreuses banques françaises dans le pays. Nous tentons de réfléchir à des solutions afin de faciliter la participation de ces banques au secteur financier sud africain. La plupart des grandes institutions internationales existantes sont implantées depuis sept ans dans le pays. Nous tâchons de trouver des moyens qui permettent aux institutions françaises de participer au capital.

Je tiens à ajouter que nous avons l'une des économies les plus sophistiquées d'Afrique subsaharienne sur le plan de l'épargne, des dettes et du capital. Cela nous a permis de remplir le rôle de point névralgique majeur de départ d'investissements vers la majorité du continent africain subsaharien.

Etudier les infrastructures constitue un autre point essentiel. Des couloirs s'ouvrent afin d'exploiter certaines ressources. Les infrastructures portuaires et ferroviaires permettent le transport de ces ressources. Nous estimons que NedBank représente le principal capital d'investisseurs en Afrique du Sud. Nous avons été un acteur majeur dans ce secteur et dans la signature des contrats les plus importants. Nous couvrons trois domaines : les ressources financières, l'énergie et le pouvoir, et les infrastructures (immobilier et télécommunication). L'essor des matières premières et des investissements a conduit à un fort développement urbain. La population a tendance à s'urbaniser et investit les centres villes. Nous pensons que cela offre un contexte favorable aux investisseurs français désireux d'injecter du capital dans des entreprises sud africaines.

Les problèmes que nous rencontrons ne nous sont pas spécifiques. Le système international, qui renie de plus en plus le principe d'équité, est négativement connoté. Sur notre marché national, de nombreuses banques sud africaines doivent emprunter des dollars américains ou des euros, afin de pouvoir financer des projets internationaux.

Les coûts primaires du carburant ou du ciment font pression sur le développement des infrastructures. Les principales contraintes consistent à réguler la structure globale, mais je pense que le moment est propice à la prise de risque. Les opportunités sont aujourd'hui meilleures que jamais en termes de contexte et d'infrastructures. Je pense que l'une des solutions fondamentales qui permettrait d'exploiter le développement de ces infrastructures consiste à créer un partenariat hybride entre des concessions de pétrole, d'énergie et des matières premières qui aident à sécuriser les contrats financiers. Nous avons rencontré de francs succès en finançant ces infrastructures, mais ces procédés prennent un temps incroyable. Nous devons équilibrer les besoins du gouvernement avec ceux du secteur privé. Dans tous les cas, je pense qu'il existe des opportunités exceptionnelles sur le marché sud africain.

M. de RICAUD, modérateur

Je vous remercie, M. PEO. J'ai demandé à Laurent de nous faire une présentation des activités de l'AFD et de PROPARCO, en particulier à la suite de la visite du Président de la République, puisque M. Sarkozy a fait des annonces importantes à ce moment-là.

Laurent KLEIN, Head Agence Française de Développement (PROPARCO)

Je vais essayer de vous expliquer comment un groupe comme l'AFD peut vous assister auprès de banques commerciales, qu'elles soient françaises ou sud africaines. Je vais tenter de vous dire comment un groupe comme le nôtre peut vous aider à investir en Afrique du Sud. Je voulais juste rappeler que l'Afrique subsaharienne a toujours été une région importante pour l'AFD. Ainsi, les engagements de l'année passée, au niveau du groupe, représentent un montant de 3,5 Mds €, soit 1,5 Mds € engagé sur la zone Afrique subsaharienne. La croissance est forte depuis quelques années et elle devrait s'accentuer.

Vous avez certainement entendu parler de l'initiative présidentielle pour l'Afrique qui s'articule autour de 3 axes et qui sera mise en oeuvre par l'AFD.

Le premier correspond au doublement de l'activité du groupe, au bénéfice du secteur privé, sur les 5 années à venir sur la zone Afrique subsaharienne. En termes de chiffres, cela correspond à 2 Mds € d'engagement.

Le second axe concerne la création d'un fonds d'investissement de 250 M €. Ce fonds est destiné à prendre des participations dans d'autres fonds qui investiront dans différents secteurs et entreprises de cette zone géographique.

Le troisième volet est la constitution d'un fonds de garantie, similaire au mécanisme Sofaris du groupe OSEO en France. Pour vous aider à mobiliser des financements auprès de banques locales, le groupe, par le biais de ce fonds de garantie, peut apporter une garantie partielle sur ces financements, de manière à favoriser leur mobilisation.

L'ensemble de ces produits représente un effort global de 2,5 Mds € pour les 5 années à venir. L'objectif est d'aider à la création de 2000 entreprises. Cela représenterait environ 300 000 emplois. C'est un rappel préalable sur cette initiative.

Pour apporter des précisions sur les activités du groupe AFD en Afrique du Sud, rappelons que le groupe est présent depuis 1994. Sur la période 1994-2007, 800 M € ont été engagés par le groupe dans le pays. Nous sommes actuellement sur un rythme annuel d'engagement se situant entre 150 et 200 M €. Nous intervenons sur trois principaux secteurs.

Le premier concerne le développement des infrastructures, essentiellement pour les municipalités et le logement social.

Notre seconde ligne est dédiée au secteur productif et à la création d'emplois. Nous sommes très présents sur le segment des PME, dans le contexte du BEE.

Notre troisième axe d'intervention est le secteur de l'environnement, comme le financement d'une ferme éolienne. Nous accordons une place importante à toutes les activités liées au réchauffement climatique.

Nous avons développé nos activités en Afrique du Sud par intermédiation bancaire, qu'il s'agisse de banques commerciales, de banques ou de fonds d'investissements. Nous agissons en fonction d'un principe de subsidiarité. Nous sommes une banque de développement. Nous n'avons pas vocation à concurrencer des banques commerciales. Le marché sud africain est mature. L'offre bancaire existe et est compétitive.

Nous pouvons accompagner les entreprises françaises de taille PME ou des plus grands projets d'infrastructures. Nous proposons aussi des financements directs. Le groupe possède une panoplie assez large d'instruments financiers comme le prêt, le financement en fonds propres pour certaines opérations. Nous pouvons apporter des garanties etc.

J'ai vraiment le sentiment que, dans les années à venir, nous allons devoir intervenir beaucoup plus en Afrique du Sud en direct, et pas uniquement en intermédiation avec des partenaires financiers.

Les conditions de marché changent depuis un an, compte tenu de la crise internationale. Il existe un problème de liquidités qui commence à toucher le marché Rent. Les taux montent. Les niveaux de marge qui étaient très bas remontent. Des sommes colossales vont devoir être mobilisées pour honorer le programme d'investissement en infrastructures. Le pays va avoir besoin de financements extérieurs.

M. de RICAUD, modérateur

Merci Laurent. Puisque nous parlons de financements par des institutions publiques, nous avons une représentation de la Coface, avec la présence de deux personnes dans la salle. Sachez que la Coface est très ouverte sur l'Afrique du Sud.

Je voudrais terminer la matinée en vous parlant d'un projet que le Président de la République a mentionné, à l'occasion de sa visite au Cap. Il s'agit de la création du Rainbow Fund, un fonds d'investissement destiné à aider les projets de sociétés françaises ou franco sud-africaines. Ce fonds n'a pas encore d'existence. Sur une base de 100 M € d'investissement, il aura pour objet de financer des projets en Afrique du Sud avec une participation française, que ce soit en termes de management, de technologie, de marché ou simplement de co-investissement. La présence actuelle des entreprises françaises, le souhait des sociétés sud-africaines de se développer et les perspectives dans le domaine des infrastructures permettent d'envisager de réelles opportunités pour le développement d'un fonds de ce genre. J'ai déjà eu de longues réunions, notamment avec J & J. C'est un sujet que je souhaite voir aboutir. Il devrait rassembler toutes les bonnes volontés françaises et sud-africaines qui souhaitent développer des projets en commun. Je compte beaucoup sur les représentants d'entreprises françaises déjà présents pour apporter leur soutien, leur savoir faire, leurs connaissances aux projets que le fonds pourrait prendre en charge. Nous estimons à 15 le nombre de projets potentiels. J'espère que d'ici à la fin de l'année, une fois que le fonds de Laurent pourra apporter sa contribution à notre Rainbow Fund, nous verrons la structure se dessiner plus nettement.

Sur les deux derniers panels auxquels vous avez assisté, je cède la parole à la salle.

VI - Echanges avec la salle

Marie-Claire BIZOT-GREGGORY, Directeur des Partenariats & Projets stratégiques, Accor

Bonjour, nous estimons au sein du groupe Accor, que l'Afrique du sud constitue un projet stratégique. Je m'intéresse également au Saxon Group puisque j'en suis fondateur en France. Ma question concerne la bourse, en Afrique du Sud. Est-elle active ? Connaît-elle du mouvement ? Les sociétés étrangères y figurent-elles ? S'agit-il de grandes ou petites entreprises ? L'objectif de ma question est de savoir si, en cas de partenariat ou de joint-venture avec d'autres, la bourse peut s'avérer un moyen de liquidités, au terme de 3 à 5 ans, pour nos entreprises qui auraient investi là-bas ou nos partenaires minoritaires.

Serge de BEAUFORT

Il existe vraiment une bourse liquide. Des centaines de sociétés sont cotées et représentent une possibilité pour lever des fonds. Je ne pense pas qu'il y ait de différence entre la réglementation de la bourse africaine du sud et celle d'Europe. Les principes de cotation sont aussi stricts et similaires. A mon avis, vous pouvez lever des liquidités de cette façon.

François de PEYRON, relationship Manager - central Banks, SWFs & International Organisations, Dexia Asset Management

Il serait intéressant d'avoir l'avis de la Coface sur le pays. Pourraient-ils nous dire en quelques mots leur sentiment ?

Marie-France RAYNAUD, Expert Risque pays, Etudes économiques et Risques Pays, Coface

Le risque Sud africain est le meilleur risque d'Afrique. Il vient juste après le Botswana. Il est classé en A3 sur une échelle qui va de A1 à D. C'est un bon risque mais nous observons une dégradation à court terme. Plusieurs points ont été mentionnés. Sur le plan de l'activité à court terme, nous attendons une décélération de la croissance à - 3%. Les raisons en sont :

1) la crise énergétique qui a un impact sur les grandes décisions d'investissement. Cette crise est appelée à devenir chronique au cours des 5 prochaines années, jusqu'à la mise en marche des centrales Medupi et Bravo.

2) L'activité est affectée par le contexte plus général de l'envolée des cours des matières premières. C'est pourquoi la Banque centrale, la SARB, conduit une politique monétaire restrictive impactant d'une part la consommation des ménages, et d'autre part l'investissement privé. Nous avons eu une augmentation de 450 points de base du taux directeur depuis juin 2006 jusqu'à juin 2008. Mais l'inflation a dépassé 10%.

3) Par ailleurs, l'activité reste contrainte par une pénurie de main d'oeuvre qualifiée.

Un autre élément concerne l'augmentation du risque de change, avec une volatilité accrue dans un contexte de déficit de la balance courante assez importante, autour de -7%. Il est couvert par des flux volatiles, ce qui est assez préoccupant, surtout dans le contexte d'assèchement des liquidités mondiales et de remontées des SPREAD. Le SPREAD moyen sud-africain équivaut à celui des émergents. Cet aspect affecte le risque.

Un autre élément à court terme et à moyen terme est la dégradation du risque social et politique. Du point de vue politique, c'est l'incertitude avec la nomination de Jacob Zuma à l'ANC. Il peut capter pour l'instant l'insatisfaction sociale d'une frange de la population. Nous ne savons pas dans quelles mesures il sera capable d'y répondre et de mettre en oeuvre des politiques de distribution adéquates.

A moyen terme, notre appréciation reste positive. Les fondamentaux sont bons. Le gouvernement est engagé dans des dépenses d'infrastructures importantes donc cela devrait accroître la croissance. Il est également engagé dans des politiques budgétaires prudentes. Parallèlement tous les ratios financiers sont bien orientés avec une dette publique faible, une dette extérieure légère, avec un bon profil. Le système bancaire est très solide en dépit du développement de la titrisation. A moyen terme, nous estimons que le classement demeurera en 3, note OCDE. Merci.

Yves de RICAUD

Peut-être que mes amis sud-africains souhaiteraient répondre aux politiques incertaines. Sur ce point particulier, mon sentiment personnel est que nous sommes dans un procédé tout à fait normal. Quand vous avez un nouveau Président, vous avez toujours une période incertaine. Il s'avère très difficile d'avoir toujours le même Président pour être certain de ne connaître aucune incertitude. Nous en sommes là. Le nouveau Président de l'ANC va faire en sorte de mettre en avant une politique volontaire, selon ses déclarations. Cela signifie que d'une façon ou d'une autre, nous allons avoir la continuation de la politique existante, peut-être avec les mêmes membres, peut-être pas. Nous savons que les investisseurs sont très attentifs à la composition du gouvernement, en particulier celui du Ministère des Finances. Lorsque nous regardons où nous en sommes, cet aspect de continuité est bel et bien là. Certains autres éléments sont pris en compte dans la notation des agences et par ICS. Il est intéressant de connaître celle de la Coface. Avez-vous d'autres questions ou d'autres remarques ? La parole est à Moses et ensuite à Maria.

Maria BOTA

Je suis originaire d'Afrique du Sud. Je suis retournée dans ce pays voici un an, au bout de 23 ans d'absence. Les éléments évoqués en dernier peuvent peser lorsque nous les observons depuis la France. Ces aspects qui, à première vue, semblent négatifs, créent pourtant un dynamisme local impressionnant. Je suis revenue seule avec mes fils, adolescents. J'ai créé trois petites entreprises. J'ai reçu un accueil très chaleureux. Je suis intégrée dans les structures sud-africaines existantes et je suis ravie aujourd'hui de donner cette chance à mes fils. Ils peuvent ainsi prendre exemple sur un peuple et un pays qui avance. En tant que femme seule, c'est faisable, aussi pour une entreprise, il existe de nombreuses opportunités.

Mme l'Ambassadeur 

Je n'avais pas l'intention de m'exprimer, mais je pense que j'aurais failli à ma mission si je n'avais pas pris la parole, particulièrement après les dernières interventions. Nous avons entendu des opinions très positives sur l'Afrique du Sud et l'Afrique tout au long de cette conférence. Des entrepreneurs français intéressés par notre pays ont mentionné leur envie de nouer des liens avec notre pays, qui représente un centre névralgique. Nous sommes très bien situés sur un plan géographique et sommes une démocratie stable. La France, l'un des pays les plus respectés au monde pour ses croyances en la liberté, l'égalité, la fraternité, et les droits de l'homme, s'intéresse à nous, ce qui est très positif. Je souhaite rappeler que le Président Sarkozy s'est rendu en Afrique du Sud en février dernier et que sa visite a suscité une grande liesse. Il a été très bien accueilli par la population et les entreprises sud africaines. Il a évoqué la politique de la France envers notre pays et notre continent. Nous savons que la France constitue un partenaire solide, qui souhaite évoluer dans ses relations. M. Sarkozy a rencontré notre Président, symbole de leur volonté commune de fonder un partenariat. Ainsi, M. Zuma s'est rendu en France et a rencontré des chefs d'entreprise et le MEDEF. J'espère que toutes les personnes présentes perçoivent les opportunités qui se dégagent de ce séminaire et du contexte actuel. Nous n'avons rien à cacher et espérons développer des partenariats ouverts et honnêtes avec la France. Peu de pays négocient dans ce genre de situation, mais la France et l'Afrique du Sud sont prêtes à le faire. Toute critique constructive est la bienvenue de même que toute forme de conseil, notamment dans le domaine de l'entreprise. Nous regardons tous vers une nouvelle image de stabilité et croyons à notre démocratie. Tout comme en France, nous avons réussi à instaurer une démocratie solide qui ne cesse d'évoluer, et avons beaucoup appris de ce pays.

M. de RICAUD, modérateur

Merci beaucoup Mme l'Ambassadeur. Je n'ai plus rien à ajouter. Merci à tous et aux intervenants.