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Colloque économique sur le Brésil



Table des matières


Actes du colloque Sénat-Ubifrance
« Brésil, véritable puissance économique du XXIème siècle»

Jeudi 19 juin 2008
Palais du Luxembourg

Allocutions d'ouverture

 

 

 

 

 

M. Roland du LUART,
Vice-président du Sénat, lit le discours de Christian PONCELET

Monsieur le Président,

Messieurs les ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Chers collègues,

Le Président du Sénat, M. Christian PONCELET, m'a demandé de le remplacer ce matin car un impératif l'empêche d'ouvrir ce colloque. C'est bien volontiers que je le fais en tant que Président du groupe interparlementaire d'amitié France-Amérique du sud du Sénat.

« Le Sénat est heureux et fier d'accueillir aujourd'hui ce colloque économique sur le Brésil, six ans après celui que nous avions organisé en 2002, dans les semaines qui avaient suivi la première élection du Président LULA DA SILVA.

Que de chemin parcouru depuis lors dans nos relations bilatérales ! Plusieurs repères marquants jalonnent le renforcement régulier de notre dialogue. Je pense en particulier aux visites réciproques des deux chefs d'États, brésilien en France en 2005 et français au Brésil en 2006 ; à l'année du Brésil en France en 2005 ; à la réélection du président brésilien en 2006, en attendant le lancement en 2009 d'une année de la France au Brésil pour laquelle plus de 200 manifestations sont d'ores et déjà programmées.

Avant d'aborder le thème de cette rencontre, permettez-moi de souhaiter la bienvenue et mes meilleurs souhaits de réussite à son Excellence M. José Mauricio BUSTANI, nouvel Ambassadeur du Brésil en France. Il vient tout juste de prendre ses fonctions après avoir été Ambassadeur à Londres pendant 5 ans.

Je tiens également à saluer chaleureusement le nouveau Directeur Général d'Ubifrance, M. Christophe LECOURTIER, dont c'est la première intervention à cette tribune dans le cadre de nos traditionnelles rencontres Sénat - Ubifrance. Comme je l'ai dit plusieurs fois, le Sénat se félicite du partenariat engagé il y a plus de 10 ans avec Ubifrance. Je crois essentiel que le Sénat soit aux côtés des entreprises françaises, y compris des PMI et PME qui souhaitent s'ouvrir à l'international et qu'ensemble nous leur apportions une information concrète, aussi en prise que possible avec les réalités des marchés qu'elles abordent. Bien souvent, nos entrepreneurs et nos investisseurs privés n'ont qu'une connaissance approximative des opportunités d'affaires en dehors de l'Europe, dans des Etats qui, comme le Brésil, peuvent pourtant représenter des partenaires économiques fiables et entreprenants.

Si chacun s'accorde à reconnaître le Brésil comme l'un des grands marchés émergents du XXIème siècle, les décideurs et les investisseurs économiques français ne mesurent pas toujours concrètement l'intérêt qu'ils auraient à s'y installer ou à y développer des participations.

Comment ne pas être plus attentif, plus réactif et finalement plus entreprenant si l'on considère que le Brésil est le cinquième pays du monde en terme de population -186 millions d'habitants en 2006- et en superficie, avec plus de 8,5 millions de km2. Selon les statistiques les plus récentes, ce géant du continent sud américain, dont il occupe 21 % du territoire, est devenu la dixième puissance économique mondiale. C'est aussi, ne l'oublions pas, un voisin limitrophe de la France, puisque nous partageons avec le Brésil plus de 700 kilomètres de frontière commune avec le territoire du département français de la Guyane.

Les spécialistes et les témoins qui vont se succéder à la tribune toute la journée vous démontreront toutes les potentialités du marché brésilien, à la fois destination finale et plateforme d'exportation vers les autres Etats d'Amérique du Sud, en particulier ceux du MERCOSUR.

Je souhaite souligner l'excellence des liens politiques qui unissent le Brésil et la France, car ils forment un arrière-plan très propice au développement de nos échanges économiques et commerciaux. A partir de 1995, la France a ainsi reconnu le Brésil comme son partenaire privilégié en Amérique du Sud et comme un acteur global dans les affaires mondiales. C'est pourquoi elle soutient l'ambition brésilienne d'accéder à un siège permanent au Conseil de sécurité et souhaite inclure ce pays dans un G8 élargi aux grands pays émergents et qui pourrait ainsi devenir le G13.

Nos deux pays ont aussi lancé conjointement plusieurs programmes internationaux de premier ordre, comme par exemple en 2006 le programme UNITAID, qui vise à ouvrir l'accès aux médicaments à un grand nombre de pays défavorisés. Ces liens étroits entre le Brésil et la France reposent avant tout sur un ensemble de valeurs partagées, parmi lesquelles notamment la promotion des principes démocratiques et des droits de l'homme, le renforcement du droit international et du multilatéralisme, le développement de la justice sociale, la non-prolifération des armes de destruction massive sans oublier la protection de l'environnement et de la diversité culturelle. Rien d'étonnant dès lors que ce partenariat politique privilégié avec le Brésil se traduise par des visites régulières au plus haut niveau qui, bien entendu, concourent aussi au développement de nos relations d'affaires. Les entretiens du 5 juin entre Monsieur Bernard KOUCHNER et son homologue brésilien, Monsieur Celso AMORIM, en fournissent un exemple d'actualité. Pour m'en tenir aux échanges parlementaires récents, j'évoquerai notamment les missions effectuées en septembre 2007 par la commission des affaires économiques du Sénat et tout dernièrement par celle de la commission des finances en avril 2008 sur lesquelles la chaîne parlementaire Public Sénat a réalisé dernièrement un très intéressant documentaire.

Aujourd'hui, ces excellentes relations ne doivent pas se limiter aux responsables politiques et aux décideurs publics : les décideurs privés, les entreprises et les opérateurs économiques français doivent prendre le relais et se positionner sur un marché où la concurrence risque de devenir rapidement très forte.

Avec les conseils éclairés d'Ubifrance, je suis convaincu que le savoir-faire de nos entreprises, grandes et petites, pourra s'exprimer pleinement dans ce pays ami. Je souhaite à tous un excellent colloque et de fructueux travaux, en espérant que vous garderez de votre passage au Sénat un bon souvenir qui vous incitera à y revenir. »

M. Bruno DURIEUX
Président du Comité National des Conseillers du Commerce Extérieur de France

Monsieur le Président, Monsieur l'Ambassadeur, Monsieur le Directeur Général, Mesdames et Messieurs, j'interviens ici comme Président du Comité National des Conseillers du Commerce Extérieur. Cette organisation est particulièrement active sur l'ensemble des problèmes du commerce extérieur, notamment sur les grandes zones d'exportation et en particulier sur le Brésil. Je voudrais remercier Christophe LECOURTIER de m'avoir convié à dire quelques mots pour l'ouverture de ce colloque consacré au Brésil.

Les Conseillers du commerce extérieur ne sont pas des académiques de la pensée économique internationale et des théoriciens du commerce extérieur. Nous sommes des praticiens et vous avez, avec les réseaux des 4 000 conseillers du commerce extérieur, des hommes et des femmes d'entreprises, sur le terrain, qui apportent un soutien à l'exportation complémentaire à celui de notre «  navire - amiral » d'Ubifrance.

Ce colloque aura un prolongement en novembre prochain au Brésil, à Sao Paulo et à Rio, au cours de 3 ou 4 journées dont les premières sont organisées par Ubifrance avec notre concours et les dernières par nous-mêmes. Il s'agira d'un forum régional puisque nous élargirons à l'ensemble de l'Amérique Latine et du cône sud les travaux entamés sur le Brésil.

Vous aurez tout à l'heure la présentation par notre collègue M. Charles-Henry CHENUT des opérations que nous allons mener en novembre prochain à Rio. Nous sommes déjà associés dans des « road shows » puisque nous avons souhaité apporter notre concours pour, de façon concrète et opérationnelle, susciter l'intérêt des PME pour le marché brésilien et avoir la délégation la plus importante possible afin de découvrir le marché brésilien et les marchés d'Amérique latine. Nous souhaitons également apporter une expertise très concrète aux entreprises intéressées par le marché brésilien à travers des rencontres dans des villes de province avec les conseillers du commerce extérieur. Nous vous proposerons également à Rio une rencontre qui élargira au-delà du Brésil à l'ensemble de la région les contacts possibles, les analyses et les échanges sur les perspectives économiques dans ces pays. Vous aurez aussi l'occasion, puisque nous réalisons cette opération avec le Quai d'Orsay, de rencontrer les Ambassadeurs et responsables français de la zone.

Je voudrais également rappeler très rapidement dans cette introduction un élément important. Quand une délégation d'entreprises se rend sur un marché étranger aussi stratégique que le Brésil, le retour est essentiel. Après les rencontres avec des interlocuteurs, un suivi effectif doit se mettre en place. Les conseillers du commerce extérieur que je représente ici organisent des opérations de parrainage, permettant un accompagnement en amont ou en aval d'un contact local. Cette mission de parrainage est maintenant au coeur des missions des conseillers du commerce extérieur. Quand vous, PME, irez découvrir ces marchés, les 1 600 conseillers du commerce extérieur seront là pour vous aider depuis la France. Ils seront présents également pour vous aider sur place avec le soutien des missions économiques. 2 400 conseillers du commerce extérieur dans le monde mènent ces opérations de parrainage essentielles. En outre, dans le cas du « follow-up » ou suivi, nous nous tenons à votre entière disposition.

Je terminerai en remerciant nos amis de la commission Amérique Latine, Pierre TOME et Charles-Henri CHENUT, ainsi que Marie-Danielle BEYSSON, engagée sur les opérations de recrutement des PME, et vous dire que nos 4 000 conseillers sont à votre disposition pour vous aider, sur le Brésil notamment.

M. Christophe LECOURTIER
Directeur Général Ubifrance

Monsieur le Président, Messieurs les Ambassadeurs, Messieurs les Ministres,

Quel est le sens de cette journée qui nous réunit aujourd'hui, équipes des missions économiques et équipes d'Ubifrance ? D'autres diront mieux que moi les enjeux liés au Brésil et l'avenir qui s'y prépare aujourd'hui. Les chiffres montrent que la France participe de cette dynamique et en bénéficie, même s'il faut relativiser les chiffres assez flatteurs de 20 % d'augmentation de nos exportations en 2007 : la part de l'aéronautique est très importante et nos parts de marché ont tendance à stagner voire à régresser légèrement. De plus, nos échanges économiques ne peuvent se limiter aux échanges commerciaux car le Brésil est un pays où nous avons beaucoup investi, notion dont il faut tenir compte.

Pourtant, dans le paysage complexe de l'économie mondiale pour les PME, force est de reconnaître que le Brésil souffre encore d'une image incertaine et d'une notoriété économique que nous jugeons insuffisante. Le Brésil est le vingtième client de la France, avec un peu moins de 1 % de nos importations, ce qui est encore très peu. L'enjeu est ici crucial. Il y a quelques semaines, nous avons organisé au Brésil une réunion très intéressante avec les responsables commerciaux des ambassades des principaux pays européens et de l'OCDE, Etats-Unis, Canada, Japon. Pour ces pays, le Brésil figure sur le podium des pays prioritaires et ils y consacrent les moyens financiers et humains nécessaires. Ce n'est pas encore du tout le cas pour la France et s'il y a un message à retenir de cette journée, c'est que nous devons tous collectivement faire du Brésil un pays prioritaire pour les PME françaises. Ubifrance doit les informer sur les opportunités et a l'ambition de mettre à profit l'année de la France au Brésil.

Dès la fin 2008, nous allons engager un plan commercial sans précédent, avec un nombre deux fois supérieur de manifestations à celles habituellement organisées. Ces manifestations se déclineront en 40 opérations sectorielles ciblées, pavillons France sur l'ensemble des salons importants du Brésil, missions de découverte, rencontres d'acheteurs, présentations de produits. Elles concerneront des secteurs à potentiel où la France est compétitive, depuis l'aéronautique, le spatial, le nautique jusqu'à l'hôtellerie, le tourisme, les cosmétiques, soit l'ensemble de la chaîne de la production et de l'offre françaises. Sur l'ensemble de ces manifestations, nous chercherons à décliner certains fils rouges : « créativité - innovation - technologie - efficacité ».

Nous souhaitons développer l'image de la France, pour montrer au Brésil et aux autres pays que notre pays ne se résume pas à des musées et à des traditions. C'est aussi une économie qui gagne, innove, et est largement compétitive avec les économies mondiales actuelles les plus pointues.

Nous allons engager en France et au Brésil à partir de 2009 une campagne de communication avec le concours de tous ceux qui voudront nous apporter leur aide et leur vision du pays comme les Chambres de Commerce. Notre premier objectif est de faire passer ce message à nos PME : « Le Brésil c'est possible, vous devez y aller et nous vous en donnons les moyens ». Le deuxième est d'annoncer aux Brésiliens que la France arrive, avec des habits nouveaux, ceux d'un pays développé et ambitieux pour sa relation économique avec le Brésil.

Le forum dont a parlé le Ministre DURIEUX, à Sao Paulo et dans plusieurs États du Brésil au mois de novembre 2008, constituera réellement le coup d'envoi de cette année économique de la France au Brésil. Il sera suivi par le colloque CCEF. Des « tournées de mobilisation » -pour ne pas dire « road shows »- ont commencé en province dans toutes les villes de France. Fin 2008, se tiendront le forum et le colloque CCEF, véritable feu d'artifice initial de l'année économique de la France au Brésil. Ensuite, tout au long de 2009, 40 manifestations scanderont la présence française au Brésil.

J'espère que les personnes présentes aujourd'hui repartiront avec la volonté de participer à cette aventure et de jouer pleinement leur rôle. Nous sommes finalement réunis ici pour faciliter la vie aux entreprises. Cependant, il leur incombe de faire de l'année de la France au Brésil une réalité économique. Nous comptons beaucoup sur vous. Merci.

Message vidéo de Mme Anne-Marie IDRAC
Secrétaire d'Etat au Commerce extérieur

2009 sera l'année du Brésil, et j'espère que nombre d'entreprises pourront y participer et en bénéficier. Je trouve que l'impact potentiel du Brésil sur le développement de nos affaires est méconnu. C'est un marché de 200 millions de personnes, avec de grandes richesses en hydrocarbures. Ce pays se développe avec une volonté très forte et affirmée de se moderniser, ce qui crée un climat des affaires porteur. C'est pourquoi j'ai décidé de mobiliser toutes les énergies françaises susceptibles d'encourager l'exportation et le dynamisme de nos affaires pendant cette année du Brésil. Je veux parler des missions économiques, des conseillers du commerce extérieur, des milieux consulaires, des fédérations professionnelles, tout ceci via 40 événements en 2009.

Le programme s'ouvrira dès la semaine du 11 novembre 2008 par des rencontres bilatérales dans plusieurs villes du Brésil qui seront l'occasion de relations B to B entre plusieurs centaines de PME brésiliennes et françaises. En 2009, 40 événements se succèderont, principalement structurés autour de 3 thèmes : l'art de vivre, les capacités d'innovation technologique des entreprises françaises et le développement durable et social.

Venez très nombreux, je suis sûre qu'il y a beaucoup de chances à gagner avec le Brésil.

Table ronde n°1
« Brésil, véritable puissance économique du XXIème siècle »

La table ronde est animée par M. Hervé LE ROY, Chef des services économiques au Brésil.

Participants : MM. Jean-Marc LAFORET, Luiz PEIRA DA SILVA, Jean-Paul BETBEZE et Hervé THERY.

Cette table ronde permettra d'expliquer pourquoi le Brésil est devenu une grande puissance économique, via un focus politique avec Monsieur Jean-Marc LAFORET, un focus financier avec Monsieur DA SILVA de la Banque Mondiale et enfin un volet agricole, très important pour le Brésil, traité par M. Hervé THERY, chercheur au CNRS. Pour terminer, M. Jean-Paul BETBEZE livrera une analyse de la situation et des perspectives du Brésil comme véritable puissance du XXIème siècle.

M. Hervé LE ROY
Chef des services économiques au Brésil

Bonjour à tous. Cette première table ronde, comme les deux qui vous seront proposées aujourd'hui, sera ponctuée par l'intervention de l'ancien ministre des Finances, M. Edmond ALPHANDERY, qui viendra témoigner en tant que Président du Conseil de surveillance de CNP Assurances, une des grandes entreprises françaises très impliquée sur le marché brésilien. En introduction je vais me permettre une petite présentation qui fixera un certain nombre d'idées et sera, comme toute introduction, à la fois simple voire simpliste par certains de ses aspects. Mais je suis entouré d'experts : M. Luiz PEREIRA DA SILVA, qui nous fait l'amitié de venir de Washington pour cette manifestation, M. Jean-Marc LAFORET du Ministère des Affaires Etrangères, Directeur adjoint de la zone Amérique et Caraïbes, M. Hervé THERY, chercheur au CNRS qui a résidé très longtemps au Brésil et va y retourner, tout comme M. Jean-Marc LAFORET qui a dû y passer près de 7 ans. Je suis donc entouré d'un brésilien et de personnes ayant vécu très longtemps au Brésil. En outre, un grand expert des pays émergents va nous rejoindre. Tous réagiront à mes propos et les complèteront.

« Brésil, véritable puissance économique du XXIème siècle » :

Le titre est un peu grandiloquent, mais il ne faut pas hésiter à l'être pour changer l'image d'un pays. Ce titre a été choisi par nos soins, avec nos partenaires d'Ubifrance et des missions économiques. Notre objectif partagé est de vous transmettre une autre image que celle véhiculée traditionnellement par le Brésil : la plage, le carnaval ou la samba. Ces caractéristiques sont réelles, peuvent justifier un voyage mais apparaissent aujourd'hui extrêmement réductrices.

Pour commencer cette présentation et fixer les idées, j'ai tenté de répartir le monde en trois catégories : les pays qui bénéficient du capital de la terre, que j'ai chiffré à 4 millions de kilomètres carrés, ceux qui ont le capital humain, fixé à 100 millions d'habitants et ceux qui ont la richesse, avec un PIB supérieur à 800 milliards de dollars.

Ce classement aboutit à la répartition suivante:

· ceux qui ont la population -comme l'Indonésie, le Nigeria, le Bangladesh et le Pakistan- mais n'ont ni le capital terre ni le capital richesse ;

· ceux qui ont le capital richesse : ils sont bien sûr en Europe mais également en Corée du Sud ;

· ceux qui ont la superficie et la richesse : le Canada et l'Australie ;

· ceux qui ont la population et la richesse : l'Inde, le Mexique et le Japon.

Seuls 4 pays ont les 3, le capital terre, richesse et humain quantitatif : le Brésil, les USA, la Russie et la Chine. Trois d'entre eux ne nous surprennent guère, mais le fait est moins connu pour le Brésil.

Le PIB du Brésil se situe aujourd'hui entre 1 400 et 1 500 milliards de dollars. Un rapide classement au niveau sud américain place le Brésil largement en tête, suivi de très loin par le Mexique, puis par l'Etat de Sao Paulo qui dégage un PIB de 330 milliards de dollars, équivalent à celui de la Pologne. L'état de Rio de Janeiro dégage lui un PIB de 175 milliards de dollars, équivalent à celui d'Israël. Les chiffres sont révélateurs de la puissance et du potentiel brésiliens.

Comme l'a laissé entendre Christophe, fin connaisseur du Brésil, « on a toujours considéré ce pays comme le pays du futur... et qui le restera ». Cette expression n'est heureusement plus d'actualité. Nous lui préférons les propos du Président CHIRAC, lors de sa dernière visite au Brésil en mai 2006 : « l'une des économies qui domineront le monde dans moins de 15 ans »

Six raisons à cela :

La démographie

Les producteurs et les consommateurs vont s'enrichir : en effet, le pays traverse actuellement sa phase de transition démographique. Hormis guerre ou catastrophes naturelles de grande ampleur, la pyramide des âges brésilienne évolue. Nous passons d'une pyramide des âges d'un pays dit « en voie de développement » -avec une base extrêmement large et en forme de cône- à un pays qui entre dans les standards des pays dits plutôt développés. Cet état de faits découle d'un élément précis. Le taux de fécondité au Brésil a chuté des deux tiers dans les trente dernières années, passant de six enfants par femme en âge de procréer à seulement deux. Le taux de dépendance démographique, qui est la part entre la population active et inactive, sera de 50 % entre les années 2002 et 2030. Ainsi, nous trouverons autant d'actifs que d'inactifs, jeunes ou âgés. A partir de 2050, il y aura plus de personnes âgées inactives que de jeunes inactifs. Nous aurons donc globalement une population active plus nombreuse, plus riche et consommatrice. En découlent dès aujourd'hui une forte croissance de la consommation des ménages, l'émergence d'une classe moyenne désormais forte de 86 millions d'habitants, des consommateurs plus aisés et qui aspirent à davantage de confort.

Mais toute médaille a son revers : d'un point de vue social, la société brésilienne est l'une des plus inégalitaires du monde, composée de gens très riches et très pauvres. C'est un pays dont l'indice de développement humain n'est qu'au 66ème rang sur les 150 pays mondiaux, soit à peine dans la première moitié. Ce chiffre n'est pas à la hauteur d'un pays ayant de telles ambitions. Par ailleurs, le système éducatif est largement défaillant, notamment les collèges et lycées.

Des ressources naturelles et énergétiques à foison

Je ne rentrerai pas dans les ressources minières et en uranium connues de tous. J'insisterai simplement sur deux points :

· C'est un futur grand pays pétrolier : le pays est déjà autosuffisant en produits pétroliers et nous ne pouvons ouvrir un journal au Brésil sans voir évoquer de nouvelles découvertes pétrolières. Celles-ci se situent en face de Santos et de Rio, donc proche des centres de consommation. Les événements du champ pétrolier au Brésil sont à suivre de très près. En effet, ce pays a toutes les chances de se retrouver entre la 6ème et la 8ème place des pays pétroliers au monde, dans les 15 ans à venir.

· La deuxième ressource dont je voudrais parler est l'eau, qui, comme tout le monde le sait sera le nerf de la guerre dans un terme de 50 à 100 ans. Le Brésil possède 12  % des ressources hydriques mondiales. Sa matrice de production d'électricité est générée par de l'hydroélectricité à 93 %.

Le « géant vert » ou la « ferme du monde »

Ces deux titres sont issus des conclusions des deux missions que M. LEROY a mentionnées précédemment : la commission économique du Sénat, qui s'est tenue fin 2006 au Brésil et la commission des finances. La première avait baptisé sa commission « le géant vert », la deuxième « la ferme du monde ». Ces formules fortes traduisent une réalité que j'ai choisi d'illustrer par une photo montage réalisé par le Brésil. Cette image nous donne un aperçu de ce qu'est l'agriculture brésilienne : 47 moissonneuses-batteuses, dans un champ gigantesque. Ce type de communication permet de véhiculer la puissance du Brésil.

J'aimerais citer ce pays en quelques chiffres : 8 % des surfaces cultivables mondiales, 12 % des ressources hydriques, une balance commerciale agricole excédentaire de 50 milliards de dollars. Pourtant, la balance du pays n'est excédentaire que de 40 milliards : le secteur agricole contribue à l'excédent commercial brésilien, tout comme certains leaders mondiaux de café, jus d'orange ou sucre.

Le Brésil est également le premier exportateur mondial de biocarburants. Le débat actuel s'interroge sur la capacité de nourrir les milliards d'habitants de cette terre. Certains diront que les biocarburants sont en concurrence avec la production de biens alimentaires au Brésil. Nous pouvons émettre quelques réserves sur cette position, mais la question du prix écologique reste posée, en termes de poids et d'équilibre dans la société. Cependant, les biocarburants constituent une des très grandes forces de l'économie brésilienne.

Les avantages compétitifs d'une industrie mondialisée.

Une autre force moins connue est illustrée par une photo : le pays est capable de devenir le troisième producteur mondial ou la 4ème puissance aéronautique. Cela suppose une structure et une ligne productrice performantes, que ce soit en électronique ou en matériaux. Le pays n'a pas agi seul, mais via des partenariats avec des sociétés étrangères. Le Brésil a acquis les technologies, les a intégrées et est maintenant capable de les développer.

Cela m'amène également à quelques constatations. Les sociétés ou grands groupes brésiliens sont extrêmement internationalisés à l'heure actuelle : 13 d'entre eux selon Boston Consulting Group seront les champions dans leur secteur d'activité dans 10 à 15 ans. A titre d'exemple, WEG qui construit et exporte des petits moteurs pour frigidaires ; CVRD, qui s'appelle désormais Weil, le co-leader au niveau mondial en matière de mines ; COTEMINAS dans le secteur textile ; GERDAU dans le secteur de l'aciérie et de la sidérurgie ; NATURA dans les cosmétiques et SADIA dans l'agroalimentaire.

Le Brésil a un positionnement rentable sur des secteurs à forte croissance, où la demande mondiale restera durablement inférieure à l'offre. Cela assure un développement durable pendant au moins 15 à 20 ans. Le pays est la 3ème puissance aéronautique, la 8ème puissance sidérurgique et dispose d'une main-d'oeuvre et d'une recherche-développement de qualité.

Le contrepoint de ces éléments positifs est une compétitivité qui tend à se dégrader : hausse régulière des salaires, coût élevé des infrastructures dans le pays, retards de développement des routes et des ports, sont autant de facteurs à charge.

Une politique économique dans la continuité

Il s'agit d'une relative nouveauté. Le découplage du politique et de l'économique est avéré pour une raison précise. En effet, la politique économique suivie à l'heure actuelle par le gouvernement LULA 2 continue celle d'Enrique CARDOSO, menée dès 1994. La politique économique connaît donc une stabilité depuis 14 à 15 ans quels que soient les partis au pouvoir. Ce, malgré les orientations politiques différentes des administrations des présidents CARDOSO et LULA.

Ce phénomène a permis l'émergence d'une économie politique du possible et l'orthodoxie financière. Luiz PEREIRA DA SILVA en fera une description pour en avoir été l'un des principaux artisans. Ses fonctions au Ministère des Finances l'ont conduit à imaginer et à appliquer cette politique économique, dont il constitue donc le meilleur témoin.

Le large consensus sur la politique économique de croissance suivie par le pays depuis 2007 est, en outre, un point important sur lequel Monsieur BETBEZE reviendra. Il évoquera ce sujet avec toute la compétence qui est la sienne, et abordera les perspectives de croissance de ce pays.

Cette politique économique débouche sur l'obtention récente par le Brésil de l'« investment grade », un grade que le pays recherchait depuis des années.

Deux agences lui ont octroyé ce classement qui pourrait avoir trois conséquences majeures :

· des flux de capitaux plus importants,

· un coût de l'argent proportionnellement moins élevé

· devenir une cible privilégiée de l'investissement étranger.

J'aimerais donner un autre chiffre : 33 milliards de dollars d'investissement étranger en 2007 au Brésil. Cette donnée situe ce pays parmi les tous premiers en termes de pays récepteur d'investissements étrangers.

Le risque Brésil existe cependant : il est d'ordre microéconomique. Nous notons de forts déficits en infrastructures, un cadre régulateur flou, ainsi qu'une pression fiscale stable extrêmement importante représentant plus de 37 % du PIB. A ces éléments s'ajoutent les réglementations lourdes, rigides et nombreuses et une économie informelle encore pesante -évasion fiscale, contrefaçon, non respect des normes sanitaires.

Ces aspects négatifs seront également abordés : il ne s'agit pas de vendre un pays qui n'existe pas. Des difficultés se font jour dans cette zone. Le secteur informel, hors activités délictueuses, équivaut environ au PIB australien. Ne nous cachons pas que ce secteur est l'un des moteurs de l'économie de ce pays. Cependant, l'objectif de la politique économique du gouvernement Lula - qui était celle du gouvernement CARDOSO- est de réintégrer dans les circuits financiers toute cette économie informelle. Il souhaiterait ainsi que la population se bancarise, ait des activités qui lui permettent de rentrer dans les circuits, voire emprunte sur le marché financier. La population deviendrait alors un agent économique connu et sur lequel il est possible d'agir.

Un autre point négatif est à noter : il s'agit des conditions de financement plutôt onéreuses. En effet, le taux de base de la Banque de France est de 12 % avec des taux SELIC bancaires extrêmement élevés. Si vous venez au Brésil, apportez votre capital : vous trouverez sur place des moyens pour développer vos affaires mais vos ressources seront nécessaires, au départ.

En conclusion, le sentiment de confiance grandit envers le Brésil. Ce pays est incontournable et les parts de marché y sont encore abordables. Son marché est en forte expansion avec 120 milliards d'importations en 2007, soit une augmentation de près de 33 %. Le Brésil est donc un pays qui importe considérablement, dans toute sa gamme de produits : biens de consommation, d'équipement, etc. La croissance au Brésil s'explique par la modernisation de l'outil productif, via des importations nombreuses de matériel de production. Cet élément pèse sur la balance commerciale mais est également gage d'un avenir plus serein. L'une des priorités de la politique de commerce extérieur de la France est la saison de la France au Brésil. Monsieur de SAINTJOUR, présent aujourd'hui, en est le Commissaire général et préside à son organisation au niveau français.

J'aimerais maintenant aborder la question de la France au Brésil. J'invite mes partenaires de table ronde à me rejoindre. Je donne immédiatement la parole à M. Jean-Marc LAFORET qui nous propose le contrepoint politique de la relation bilatérale. En outre, il nous indiquera dans quelle mesure ce pays, puissance économique, peut devenir une véritable puissance.

M. Jean-Marc LAFORET
Directeur Adjoint Amériques et Caraïbes, Ministère des Affaires étrangères et européennes

L'intitulé de ce colloque est « le Brésil, véritable puissance économique du XXIème siècle ». Nul besoin en effet de s'interroger sur cet état de fait, qui est une certitude. Néanmoins, j'aimerais supprimer l'adjectif « économique » et envisager le Brésil en tant que véritable puissance du XXIème siècle. La question reste ouverte, puisque le statut définitif de puissance n'existe pas.

Il est vrai que les seuls attributs de puissance économique ne sont pas suffisants pour faire du Brésil une des grandes puissances mondiales actuelles. Néanmoins, il s'agit de l'hypothèse la plus vraisemblable, la plus souhaitable pour l'Europe et pour la stabilité du monde. Telle est la perception de la France et de sa diplomatie, qui a noué avec le Brésil un partenariat stratégique. Le terme « stratégique » est quelque peu galvaudé : nous avons en effet une quarantaine de partenaires stratégiques dans le monde. Il convient de distinguer les appellations de complaisance à l'égard d'une nation, de celles plus fondamentales. Rappelons que ce partenariat stratégique s'est élaboré sur la durée. Il a donné lieu à des débats importants, tant au Brésil qu'en France. Un partenariat requiert en effet l'accord des deux parties. Il n'avait pas eu lieu en 2005, au moment de la visite du Président LULA à Paris, mais a été décidé en 2006 lors de la dernière visite du Président CHIRAC au Brésil. Ce partenariat a ensuite été réaffirmé avec force lors de la rencontre du Président SARKOZY avec le Président LULA en février. La visite officielle du Président SARKOZY en novembre prochain, en tant que Président de l'Union Européenne et à titre bilatéral, concrétisera ce partenariat stratégique.

Telles sont les raisons du fort soutien de la France à l'égard de la revendication brésilienne d'octroi d'un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations Unies. Cette position est soutenue pour un nombre très limité de pays dans le monde. Il s'agit également de la volonté du Président SARKOZY de transformer le G8 en G13, en intégrant la participation du Brésil et du Mexique pour l'Amérique latine.

L'une des conditions de base de l'accès du Brésil à ce statut de grande puissance dans le monde est l'économie. De ce point de vue, le Brésil a fait montre d'un très bon départ. J'ai connu le pays à deux époques différentes, la plus ancienne remontant à 1992. Les progrès réalisés depuis sont spectaculaires, mais d'autres encore plus marquants nous attendent dans les 15 prochaines années.

Le premier véritable défi du Brésil pour accéder au statut de puissance consiste à affirmer son leadership sur sa propre région, l'Amérique du sud. Le Brésil s'y emploie mais avec la difficulté paradoxale d'y être perçu comme trop fort. Il est toujours déplaisant pour des pays, même amis, de reconnaître un statut de supériorité à un pays de la région. Il faut faire preuve de diplomatie et s'imposer au service d'un intérêt supérieur. Sur la scène mondiale, des avancées vont dans ce sens : l'une des plus prometteuses étant la nouvelle organisation récemment formellement constituée à Brasilia, l'Union des Nations sud-américaines. Cependant, un chemin important reste à parcourir. Par ailleurs, l'Union Européenne elle-même rencontre des difficultés. Elle ne peut donc pas se montrer docte sur la façon de constituer une union forte ailleurs.

Le deuxième point concerne la capacité du Brésil à être un acteur plus actif de la paix dans le monde. A ce sujet, une initiative importante parfois un peu méconnue est le leadership qu'a pris le Brésil dans la mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti. Cette action n'est pas neutre pour la France, puisque Haïti est très proche des frontières françaises, avec nos départements d'Amérique. La stabilisation de cet unique Etat francophone dans les Caraïbes est pour nous un enjeu important. Depuis maintenant 4 ans, le Brésil joue un grand rôle auprès d'autres pays latino-américains, par une contribution humaine de plus de 1 200 soldats et policiers brésiliens déployés en Haïti. Le Brésil doit cependant aller plus loin s'il veut vraiment asseoir son statut de puissance mondiale.

La collaboration franco-brésilienne est souhaitable : il existe une vraie complicité culturelle entre nos deux nations. Sur plusieurs questions, nos valeurs sont assez proches, bien plus qu'avec d'autres pays (puissances ou puissances en devenir du XXIème siècle). Certaines caractéristiques internes au Brésil sont positives en termes de métissage, de coexistence : c'est la « cordialité » de ce pays. Nous saluons le fait qu'un grand pays comme le Brésil s'affirme sur la scène mondiale par de telles valeurs et non par une compétition avec des voisins comme cela se produit dans d'autres régions du monde. Le Brésil a vocation à devenir vecteur de paix, de développement, comme il tente de le faire en Afrique, renouant ainsi avec ses propres origines africaines.

Il est vraiment de notre intérêt que se crée autour du Brésil un grand pôle de stabilité et de développement en Amérique du Sud. Celui-ci pourra, en harmonie avec l'Europe, peser sur les affaires du monde. Il s'agit d'un intérêt stratégique dont nous ne verrons certainement pas l'entier aboutissement : sa mise en place prendra encore quelques décennies. Néanmoins, je crois que nous pouvons raisonnablement parier sur ce scénario.

M. Hervé LE ROY

Le contrepoint économique et financier va être apporté par M. Luiz PEREIRA DA SILVA, représentant aujourd'hui la Banque Mondiale mais qui avait accepté notre invitation alors qu'il était économiste en chef du Ministère du Plan. Il a été également responsable du service des affaires internationales du Ministère des Finances pendant plusieurs années. Bien que brésilien, il parle un français parfait.

M. Luiz PEREIRA DA SILVA
Banque mondiale

Je souhaite remercier Ubifrance et le Sénat de l'occasion qui m'est donnée de m'exprimer devant vous.

Je voudrais renforcer les propos formulés en soulignant un élément marquant les 15 dernières années au Brésil. Il s'agit de la capacité à effectuer une transition politique, en passant d'un gouvernement centre-droit à un gouvernement centre-gauche. Ce, tout en conservant le pragmatisme des politiques économiques stables de responsabilité fiscale et de contrôle de l'inflation. Ces éléments sont essentiels pour la stabilité des affaires, la croissance économique et le développement social.

Les entrepreneurs ont accueilli avec inquiétude l'élection d'un gouvernement de gauche sous la présidence de LULA. Pourtant, ils furent surpris d'observer que le pragmatisme et la poursuite de politiques économiques responsables ont marqué le temps fort de ces six dernières années. J'ai participé à son premier mandat en tant que Secrétaire d'Etat aux finances. Lors de son deuxième mandat, j'étais Secrétaire d'Etat et économiste en chef au Ministère du Plan. Je voudrais évoquer rapidement le statut d'invest grade du Brésil. Un consensus gouvernemental existe parmi les décideurs publics pour maintenir des politiques macro-économiques prudentes.

Nous avons conscience que plusieurs changements structurels sont très positifs : certains d'entre eux ont été énoncés par Hervé LE ROY. Néanmoins, un certain nombre de défis réclament une démarche prudente.

Le changement de rythme de croissance au Brésil ces dernières années constitue un motif de satisfaction. Il y a cinq ans, le Brésil avait une croissance relativement faible en raison de l'instabilité et de la volatilité dues à l'inflation. Aujourd'hui, la moyenne avoisine les 4,5 % et va probablement continuer à croître autour des 5 / 5,5%. Cette croissance s'explique notamment par l'investissement, qui a fortement augmenté ces dernières années. Une des grandes réussites de la période LULA a été de créer les conditions idéales pour les investisseurs privés, étrangers et nationaux. Cette stratégie a permis d'atteindre aujourd'hui un taux de croissance moyen de 9 %, et même de 13,4 % en 2007. Ce, malgré une augmentation des exportations, des importations et également de la production de biens d'équipement. La croissance, plus solide, se fonde sur l'investissement et est donc plus pérenne.

Une autre satisfaction montre le changement structurel de ce pays : il s'agit de la solidité des comptes extérieurs. La croissance brésilienne dans les années 70-80 était toujours freinée par un défi : un taux de croissance plus élevé amenait immédiatement un déficit du compte courant brésilien. Cela déclenchait une crise de balance des paiements. Aujourd'hui, structurellement, pour des raisons de productivité agricole et de production industrielle, la balance commerciale reste très solide. Il peut cependant arriver qu'elle faiblisse, à cause de la valorisation du real et de la dépréciation du dollar. Nous avons un excédent commercial de l'ordre de 35 à 40 milliards de dollars. Nos réserves internationales avoisinent les 200 milliards de dollars, avec une croissance très importante de l'investissement direct étranger. En outre, ces derniers mois, l'affaiblissement relatif du compte courant brésilien est largement compensé par l'entrée de flux de capitaux de long terme et par la solidité de nos réserves internationales.

Le contrôle rigoureux de l'inflation a été un des points forts de l'administration LULA. Contrairement à l'anticipation des marchés, notre président a immédiatement offert une autonomie opérationnelle à la banque centrale. Celle-ci n'a pas hésité à intervenir très fortement pour contrôler les anticipations d'inflation, début 2004. La différence avec le taux d'inflation du Brésil dans les années 80 -début 90- est grande, qui s'élevait à 80 ou 90 %.

Le grand changement brésilien, au sein du plan real, a été le contrôle de l'inflation via notamment la création d'un régime d'inflation targeting. Ce dernier fixait les objectifs d'inflation et accordait un rôle très important à la banque centrale, dans le contrôle des prix et des anticipations d'inflation.

Un autre élément est structurellement important dans la croissance du Brésil. Il s'agit de la croissance du revenu annuel moyen des salariés et du développement d'une couche moyenne consommatrice. L'emploi, et notamment l'emploi formel au Brésil, est lui aussi en pleine expansion. Le marché du crédit, qui avoisinait les 20 % du PIB, s'élève aujourd'hui à 35 %.

Ces changements se traduisent par une stabilisation plus prononcée de notre « risque » pays. Le Brésil était l'un des pays à l'origine de crises financières internationales ou qui les amplifiait, à tout le moins. A titre d'exemple, je citerai seulement la crise asiatique et celle de la transition politique de 2002. En outre, notons que, lors de la crise récente du marché hypothécaire américain, le « risque pays » brésilien n'a presque pas bougé, en raison des fondements macro-brésiliens.

Ces fondamentaux structurels sont désormais solides, mais le gouvernement LULA est conscient qu'il reste des défis à relever. J'aimerais les rappeler rapidement. Malgré une progression très importante de nos indicateurs sociaux, comme la chute de la pauvreté absolue et de notre indice d'inégalité, il reste beaucoup de travail à faire. Le Brésil est un pays où la violence urbaine reste un problème et le traitement de ces inégalités sociales fait partie des programmes gouvernementaux.

L'effort fiscal doit être soutenu : notre objectif d'excédent budgétaire primaire s'élève à 3,8 % du PIB. L'excédent budgétaire primaire du secteur public consolidé est aujourd'hui d'environ 3,8 à 4 % du PIB, ce qui permet une décroissance très forte de notre dette publique. Il s'agit d'un facteur de solidité, de changement structurel et de réduction de la vulnérabilité fiscale brésilienne.

En conclusion, il convient de dire que personne ne doit s'aveugler. En effet, le pays va mieux et a aujourd'hui des fondements plus importants. Cependant, les risques que présente l'économie mondiale dans les années à venir, sont bien réels. La crise du marché hypothécaire américain laisse encore planer des doutes sur la résolution des problèmes de croissance des grandes zones monétaires mondiales : la zone euro, les Etats-Unis et le Japon.

Il existe un regain d'inflation mondiale, notamment dû à la hausse des prix de l'énergie et de ceux de l'alimentation. Nous devons absolument changer la composition de notre matrice énergétique primaire au niveau global. Le Brésil est bien placé à ce niveau-là : nous avons développé déjà des techniques évoluées et efficaces de production d'éthanol à partir de canne à sucre et pouvons nous appuyer sur notre productivité agricole. Contrairement aux idées reçues, la production, très importante, en hausse d'environ 60 %, ne s'est pas traduite par une augmentation des terres cultivables au Brésil. Il reste, pour résoudre les problèmes de la crise alimentaire et énergétique mondiales, un potentiel immense de terres cultivables sans empiètement sur la forêt amazonienne.

Que le Brésil ait obtenu de façon méritoire, grâce au pragmatisme et à la continuité des politiques macroéconomiques, son « investment grade » est un pas vers l'avenir. Toutefois, nous pourrions dire un mot de la gestion macroéconomique. Qu'il s'agisse du contrôle de l'inflation ou des politiques budgétaires, le gouvernement du président LULA et son administration restent très prudents. Telle est la condition pour progresser encore davantage et répondre favorablement aux perspectives positives qu'a dessinées Hervé LEROY dans son intervention précédente. Je vous remercie.

M. Hervé LE ROY

Toutes ces présentations sont dans vos dossiers. Je remercie Luiz très sincèrement de s'être déplacé depuis Washington pour à peine une journée. En outre, il vient de m'offrir une transition idéale, en avançant que le capital terre était essentiel à ce pays pour pouvoir se développer à l'avenir. A cet égard, nous accueillons un expert : Hervé THERY, chercheur au CNRS, qui a également tenu une chaire géographie/agriculture à l'USP, l'Université de Sao Paulo.

M. Hervé THERY
Chercheur au CNRS - CREDAL

Je vais essayer d'apporter le point de vue complémentaire du géographe que je suis, qui fréquente le Brésil depuis 5 ans. J'aimerais rendre une partie des connaissances que la République m'a permis d'acquérir, en tentant de me rapprocher de vos points de vue.

Le Brésil désigne davantage un continent qu'un pays. Nous parlons d'un pays géant, continental, et nous devons ajuster nos perceptions dans ce cadre. Les 27 pays de l'Union Européenne pourraient facilement tenir à l'intérieur !

J'ai réalisé deux cartes, en utilisant des logiciels de calcul d'itinéraires disponibles dans les Fnac, à Paris comme à Sao Paulo. Ceux-ci permettent de calculer de vraies distances et non des distances en ligne droite. Un tableau en bas donne les vraies distances et permet de comparer. Le point le plus au sud au point le plus à l'est du Brésil représente la distance qui sépare Moscou de Lisbonne. Il faut ajouter que le réseau de transport est extrêmement hétérogène. Si l'histoire avait été différente, le Brésil aurait éclaté comme l'empire espagnol, en 5 ou 6 pays.

Cette distance, cette hétérogénéité spatiale et sociale et quelques éléments de l'histoire socio-économique du Brésil ne sont pas toujours abordés par votre presse. Les brésiliens sont obsédés en ce moment par les comparaisons avec la Chine, en se demandant pourquoi la Chine grandit de 10 % par an et pas eux. Je réponds : « parce que vous l'avez déjà fait ». Le Brésil a déjà fait ce décollage à 10 % pendant 10 ans dans les années 70, et cela n'arrive qu'une fois dans la vie d'un pays. Cela pour des raisons arithmétiques élémentaires, il est plus facile de croître à 10 % quand on a un petit PIB que quand on a un grand PIB. Il a été mentionné précédemment le chiffre d'un 1 300 milliards de dollars. Si le Brésil grandit à raison de 5 % par an pendant quelques années, c'est déjà très bien. Le Brésil est sur une ligne de croissance soutenue, puisqu'il y a encore des possibilités. C'est encore, comme on disait autrefois, un pays neuf ou au moins pionnier, ce qui n'est pas le cas du tout des autres pays émergents.

Pour vous montrer qu'il s'agit de croissance lourde, j'évoquerai le développement de l'éthanol, c'est-à-dire de l'alcool tiré de la canne à sucre. Ne croyez pas que la production n'est en place que dans quelques petites fermes éparpillées du pays. Ce sont vraiment des machines lourdes qui sont utilisées : on parle pour les biocarburants d'un secteur agro-industriel et on devrait presque dire industrialo - agricole.

Les photographies que vous voyez appartiennent à un groupe français, le groupe TERREOS, un groupe de coopératives betteravières de Picardie, qui a anticipé le fait que la PAC et la betterave n'auraient qu'un temps et a donc commencé à investir au Brésil où il a acheté cinq usines. Il se développe à grande vitesse et est maintenant bien placé sur le marché brésilien.

Vous voyez bien que ce n'est pas de l'investissement « de fond de jardin », comme on dit au Brésil, nous sommes vraiment dans un système lourd. Cela s'explique par le fait que le Brésil a deux chances extraordinaires : aucun problème de retraites à l'horizon 2050 et aucun problème énergétique. Le pays est autosuffisant en pétrole et, si les découvertes faites récemment se confirment, sera exportateur. Par ailleurs, l'essentiel de son électricité est hydraulique puisqu'il possède, d'après mes chiffres, 20 % et non 12 des eaux du monde.

Il dispose en plus aujourd'hui des biocombustibles avec l'éthanol pour remplacer l'essence. Toutes les voitures brésiliennes normales roulent avec environ 20 % d'éthanol dans l'essence et il existe maintenant des voitures Flex, c'est-à-dire qui acceptent indifféremment depuis 2002 de l'alcool, de l'essence ou un mélange des deux. Actuellement, 80 % des voitures qui sortent en chaînes sont en Flex.

Des usines de biodiesel sont en cours d'implantation ou prévues et les usines d'alcool sont appelées à se développer. Il y a toute une série de ces usines dans le nord de l'État de Sao Paulo, mais aussi dans les états voisins, avec une marche vers le nord, vers l'Amazonie où l'on trouve des terres encore libres. Actuellement, un projet est en cours, sans équivalent dans le monde : des tubes pour transporter l'alcool, qui feront 2 500 à 3 000 kilomètres. L'un d'entre eux a déjà fait l'objet d'une adjudication remportée par Mitsubishi. Sur une partie du trajet, il pourrait se passer quelque chose que j'attends depuis longtemps : les producteurs de jus d'orange, qui se sont emparés de 80 % du marché mondial du jus d'orange concentré se plaignent de ne plus pouvoir depuis longtemps sortir le jus d'orange concentré en fûts. Ils le sortent aujourd'hui en camions-citernes à remorque ce qui permet de faire 20 000 litres mais ils voudraient des tubes. Des « poly ducs » sont enfin annoncés pour répondre à leurs attentes.

Nous sommes en droit de nous demander si la place est suffisante pour tous ces éléments. Les Brésiliens sont toujours très optimistes sur cette question. Une délégation de Japonais s'est rendue récemment au Brésil. Ils ont demandé s'ils pouvaient acheter 18 milliards de litres d'alcool. Les Brésiliens ont admis qu'il s'agissait de la totalité de leur production. Ils ont donc sollicité du temps afin de l'augmenter. Ils oeuvrent actuellement dans ce sens, grâce aux milieux économiques autorisés et ayant les moyens de relever ce défi.

Des centaines d'usines sont actuellement en construction. Certains sont inquiets quand à l'éventuel défrichement de l'Amazonie. Selon les médias, la construction des usines de canne à sucre va « raser l'Amazonie ». Mais, il n'existe pas de rapport direct. Roberto RODRIGUEZ, ancien ministre de l'agriculture, a démontré par calcul, qu'il resterait 100 millions d'hectares disponibles. Cela représente trois fois la surface agricole utile française, hors forêt amazonienne et autres aires protégées comme les réserves indiennes et naturelles. A l'échelle planétaire, l'Amérique du sud est le seul continent qui ait des réserves de terres. Le Brésil en représente plus de la moitié, avec d'immenses terres disponibles. Le potentiel est donc conséquent. De plus, ce pays n'a pas de problème de retraite, possède de l'énergie et des terres. Il mérite une grande considération.

Les exportations brésiliennes vers l'Union Européenne représentent des millions de tonnes de graines de céréales et de préparations diverses que vous consommez chaque jour sans le savoir. L'agriculture française sans le soja brésilien aurait de grandes difficultés.

Ainsi, tous les secteurs d'affaires sont concernés et l'agriculture au premier chef. Des affaires sont encore possibles en exportant au Brésil des produits qu'il ne cultive pas, notamment le blé, ou en vendant des savoir-faire qu'il ne maîtrise pas encore. Parmi les pays émergents, le Brésil est sans doute celui qui a le plus de potentiel en terres et en ressources à mobiliser. De plus, sa population est stabilisée, formée, avec des niveaux de compétence élevés. Les possibilités de développement restent immenses.

Ma partialité est cependant totale, puisque je sers les intérêts brésiliens depuis bien longtemps. Je crois pourtant que la France et le Brésil partagent un espace culturel commun.

J'aimerais reprendre le titre d'un livre de l'Ambassadeur ROUQUIER, il appelait l'Amérique latine un « Extrême Occident ». Ce monde culturel est dérivé du nôtre, avec ses spécificités et ses différences, mais constituant un ensemble culturel familier. Les négociations montrent que le Brésil est plus proche de l'Occident que de la Chine ou de l'Inde.

Je terminerai en citant mon ancien professeur, Pierre MONBEGUE, que j'estime beaucoup. En outre, j'occupe maintenant la Chaire Pierre MONBEGUE à l'Université de Sao Paulo, où j'évoque le découplage politique/économie. Dans les années 30, les Brésiliens citaient déjà au Professeur MONBEGUE comme appartenant au passé une phrase : « le Brésil grandit la nuit pendant que les politiciens dorment ».

Cette phrase pourrait sembler cruelle, dans le cadre du Sénat. Pourtant, elle exprime non le mépris pour la politique que l'extraordinaire vitalité de la société brésilienne. Celle-ci attend très peu de l'intervention de l'Etat. Néanmoins, elle proteste quand il met un obstacle à sa croissance, notamment sur les infrastructures.

M. Hervé LE ROY

Pour clore cette première partie de la table ronde, je laisse la parole à Jean-Claude BETBEZE, l'économiste en chef du Crédit Agricole. Il est aussi l'un des plus grands économistes mondiaux. Merci d'avoir accepté notre invitation et de nous dresser quelques scenarii de l'avenir du Brésil.

M. Jean-Paul BETBEZE
Chef économiste - Crédit agricole

Il n'est pas évident d'inviter un économiste de banque dans un tel cadre. Il évoquera toujours les risques en présence. En effet, il y en a et, malgré mon amour pour ce pays, je vais vous les exposer.

Comme l'a démontré le géographe qui m'a précédé, le Brésil est un grand pays. C'est également un grand pays émergent, deuxième économie après la Chine, 9ème au monde. Un élément est important pour la stratégie de développement d'un pays : les crises, preuve de sa solidité. La résilience est une marque de force. De ce point de vue, le Brésil a beaucoup vécu.

Le pays a connu une croissance forte, puis l'hyper inflation, qui a conduit au plan real. J'ai commencé à m'intéresser au Brésil il y a une vingtaine d'années. Dans la banque où je travaillais, personne ne pariait sur la pérennité de ce pays. Je me suis rendu plusieurs fois au Brésil. A Brasilia, j'ai pu rencontrer le patron de l'opposition, Fernando CARDOSO, le jour de l'« Empeachment color » Suite à ce rendez-vous, j'ai compris qu'un pays avec des élites de ce niveau saurait résister à ce type de choc.

Par la suite, le pays a connu d'autres crises. A l'époque, celle traversée par le Président LULA DA SILVA, j'ai rassuré les décideurs de la banque où j'officiais. J'étais certain que l'intelligence du Président et du Brésil permettraient au pays d'en réchapper. En effet, malgré l'affolement des marchés mondiaux, la crise n'a pas duré. Le Brésil connaîtra d'autres chocs, mais la conjoncture est aujourd'hui favorable, portée par les produits agricoles et l'énergie. Grâce à une meilleure vigilance, le développement devrait se faire via des systèmes plus efficaces que par le passé. Si une légère chute est envisageable pour les produits agricoles, elle semble exclue à l'avenir pour les produits alimentaires. Les pays émergents aspirent à être nourris et en ont aujourd'hui les moyens, ce qui change radicalement la donne.

L'environnement a changé et le Brésil est une terre d'avenir. Le pays dispose d'un potentiel majeur, de ressources naturelles et d'un système bancaire solide. Le Brésil est aujourd'hui une puissance industrielle avec, à sa tête, des élites politiques qui assurent une continuité de gestion.

Je relèverai un autre atout du Brésil, celui de compter des élites et des organisations patronales qui permettront le développement des infrastructures. Par le passé, l'adage populaire « les hommes politiques dorment pendant que les entrepreneurs entreprennent » pouvait faire sens. Aujourd'hui, les entrepreneurs entreprennent et les hommes politiques se réveillent. Cette double conjonction élitaire, politique et patronale, permet le réveil du pays, qui sait tirer profit de ses matières premières. Il a la capacité d'anticiper et de participer à un monde en pleine mutation. Ce phénomène est totalement nouveau en Amérique latine. Dans le passé, le continent a connu des tensions, notamment entre le Brésil et l'Argentine. Aujourd'hui, des régions se constituent dans le monde : Europe, Amérique latine, Asie. Chacune aspire à avoir une structure de hub, c'est-à-dire à être une zone de création et de production bénéficiant d'un marché interne important. Ces associations, au-delà du simple montage, visent à promouvoir l'efficacité, le développement, et la possibilité d'exportation en périphérie. Elles se veulent ainsi un gage de solidité économique.

La croissance de 4 %, dite « molle », inquiète certains observateurs, face à des pays qui semblent caracoler. Mais, le Brésil a déjà connu cette étape. La Chine ne vivra pas avec 11 à 12 % ad vitam aeternam : un ralentissement est inévitable à moyen terme dans ces autres pays émergents. En revanche, des structures se développent et mûrissent avec des organisations efficaces. Celles-ci peuvent résister et manifesteront leur force.

Cependant, le Brésil est très inégalitaire. J'ai écrit un livre, intitulé « Les symboles de l'économie », en cours de traduction. J'ai dû intégrer des éléments qui le « brasilianisent ». Ces inégalités marquées peuvent s'expliquer par la jeunesse et la taille du pays. Tout pays fonctionne à plusieurs vitesses et le Brésil ne déroge pas à cette règle. Il en a parfaitement conscience et parie sur la formation, le meilleur investissement à moyen terme. Celle-ci s'appuie sur une conjoncture assez sereine, liée notamment à la stabilité politique. Le Brésil met ainsi en place une véritable stratégie de croissance, avec davantage de volontarisme que d'autres pays plus instables.

A l'horizon 2010, aucun choc n'est prévisible dans un pays qui connaît une aversion particulière pour l'inflation. Les Brésiliens l'ont vécu avec intelligence, mais ont compris qu'elle les paupérisait et créait des inégalités. Ils sont donc très attentifs à ce que les taux d'intérêt ne deviennent pas trop élevés. Cette tendance reste à surveiller. Une évolution doit se faire pour permettre aux PME plus de croissance, un développement et un financement autonomes sans apport nécessaire de capital et taux d'intérêt prohibitifs.

Des mesures sont à prendre et, hormis l'investissement dans la formation, la finance doit également jouer un rôle très important. L'investment grade n'est pas un aboutissement et les Brésiliens ne sont pas naïfs. Ils savent que le monde connaîtra des tensions, que des échéances se profilent en 2010. De plus, il n'ignore pas que l'Amérique latine subira des poussées populistes.

Des interrogations existent quant au possible scénario, après 2010. Cette date inquiète et polarise:

- le plus réaliste est celui d'un réformisme graduel, dans la continuité de la politique du Président LULA, optant pour une stratégie économique prudente, et ne s'attaquant pas vraiment au déficit brésilien. Cette stratégie nécessite du temps et de la crédibilité, mais est la plus sûre et les coûts de transition sont faibles.

- Un réformisme fort, plus difficile, avec plus de volatilité

- le populisme qui pourrait avoir de graves conséquences. L'exemple du pays voisin est significatif : immense producteur de pétrole et dont les réserves sont aujourd'hui épuisées. CHURCHILL, en parlant du socialisme, prédisait déjà qu'il « conduirait à importer du sable dans le désert». Si le danger populiste est avéré en Amérique latine, le Brésil semble cependant immunisé.

Je conclurai en disant que le Brésil, bien que chanceux, possède aussi un capital terre dont il a conscience, un rôle d'hub, une réelle stratégie de développement et peut compter sur ses élites. Merci.

M. Hervé LE ROY

Merci pour ces 4 interventions qui auront sans doute répondu à certaines de vos questions. Le Brésil traverse une période structurelle et conjoncturelle faste. Il connaît des évolutions structurelles très favorables, et dispose d'un potentiel de développement agricole à peine esquissé. Il fait montre d'une capacité à se réformer. Cela se fera sans doute lentement, car les réformes indispensables prennent du temps. Les scénarios pour le futur sont globalement positifs, dans un environnement bilatéral politique et économique extrêmement porteur. Afin d'offrir un contrepoint à ces aspects positifs, nous allons maintenant entendre le témoignage d'un praticien, qui va nous présenter les facteurs clés de réussite au Brésil. Je laisse la parole à  M. ALPHANDERY, Président du Conseil d'administration CNP Assurances, entreprise florissante au Brésil depuis plusieurs années.

Le témoignage d'un grand groupe

M. Edmond ALPHANDERY
Président du Conseil de surveillance de CNP Assurances

Je souhaiterais en préambule vous remercier de m'avoir invité à participer à ce très utile débat organisé par Ubifrance, le Sénat et les Conseillers du commerce extérieur. Je suis très heureux de vous dire quelques mots sur le Brésil, qui est un pays extrêmement attachant. Peu de Français revenus du Brésil n'ont exprimé l'envie d'aller plus avant dans leur expérience. Il m'arrive fréquemment de passer quelques jours au Brésil : j'en reviens toujours enthousiaste face à la gentillesse et à la qualité de l'accueil de la population. J'aimerais présenter le groupe CNP. Je vous expliquerai ensuite les raisons de notre implantation au Brésil, avant de parler des réalisations et des perspectives.

La CNP est une maison discrète, pourtant numéro un français avec près de 19 % de parts de marché. Nous sommes essentiellement un assureur vie, avec un modèle d'affaires très spécifique que nous exportons au Brésil. La CNP est un bancassureur, qui distribue ses produits par des réseaux bancaires. Il présente la spécificité de ne pas être propriétaire de ses réseaux. Nous retrouvons cette particularité au Brésil. La société vend ses produits via la Banque Postale et les Caisses d'Epargne. Les réseaux distributeurs sont à notre capital et ont donc deux raisons d'être actifs : des accords de commercialisation très rentables et leur présence au capital. Ils représentent en France 37 % du capital à eux deux, à parité, l'actionnaire de référence étant la Caisse des dépôts et consignations avec 40 %. Nous sommes donc une entreprise publique, à hauteur de 58 %, en additionnant la Caisse des Dépôts et la Poste. Nous avons gardé 51 %, côtés en bourse depuis 1998. Notre modèle d'affaires est très concentré, puisque nous produisons et gérons des produits d'assurance. Nous arrivons ainsi à une productivité très élevée avec un excédent récurrent de 1 milliard 200 millions d'euros l'année dernière. Ce chiffre nous place parmi les 25 entreprises les plus rentables de France avec seulement 4 000 personnes dans le monde.

La CNP est donc une entreprise très rentable, mais qui reste de taille modeste, ce qui explique son efficacité. De plus, nous sommes centrés sur notre métier, l'assurance vie. Notre développement international est récent, environ une dizaine d'années. Deux implantations significatives représentent à elles seules 80 % de notre chiffre d'affaires et de nos résultats : le Brésil, depuis 2001 et l'Italie. L'Italie représente en chiffre d'affaires une part plus importante mais en résultat, le Brésil est l'investissement le plus rentable.

J'aimerais évoquer les raisons qui nous ont conduits à nous installer au Brésil. Nous souhaitions nous développer dans un pays émergent et, au début des années 2000, l'environnement économique au Brésil était depuis longtemps en phase d'amélioration. J'ai été reçu par le Président CARDOSO que je connaissais pour avoir partagé avec lui des responsabilités ministérielles au début des années 90. Pour la CNP, le plan real, la maîtrise de l'inflation, l'attractivité de l'économie brésilienne et les perspectives en matière d'assurances offraient des possibilités de développement séduisantes. Nous avons également pu bénéficier d'une opportunité : l'un des deux principaux réseaux publics du Brésil, la CAIXA ECONOMICA FEDERAL, avait décidé de céder ses parts. Il s'agissait d'une participation majoritaire. Pourtant, le réseau continuait d'être un actionnaire minoritaire très significatif avec presque 50 % du capital. L'actionnaire majoritaire prenant la majorité du capital de CAIXA ECONOMICA SEGUROS devenait donc un partenaire de CAIXA ECONOMICA FEDERAL. Cette dernière distribuait les produits fabriqués par cette filiale, dans un des réseaux les plus puissants du Brésil, voire d'Amérique latine. Nous avons posé notre candidature et, après des négociations difficiles, avons été retenus.

Au départ, nous avons rencontré des difficultés de plusieurs ordres : en 2001, après un an sous la présidence LULA et l'arrivée du parti travailleur au pouvoir, l'on craignait un retour de l'inflation et une perturbation des équilibres macro-économiques. Il y a eu à l'époque spéculation très grande contre le real et la CNP a connu des difficultés. En effet, nous avions acheté notre participation dans un real qui s'était fortement déprécié. Des changements de personnel ont également eu lieu à la tête de CAIXA ECONOMICA FEDERAL qui nous ont inquiétés. J'ai personnellement sollicité un élargissement du conseil de CAIXA ECONOMICA SEGUROS où j'ai siégé, afin de restructurer les acquis.

Nous avons surmonté ces difficultés, grâce à l'intelligence des équipes et à l'excellente de la politique économique suivie par LULA, sérieuse et raisonnable. Ce dernier point, essentiel pour les investisseurs étrangers, a été un atout essentiel dans le succès de l'investissement.

De plus, nous avons su tisser d'excellentes relations avec les réseaux. Ceux-ci sont primordiaux puisqu'ils détiennent la moitié du capital. De la même façon, nous avons entretenu d'excellentes relations avec la CAIXA ECONOMICA FEDERAL, autre élément important du succès.

Le troisième facteur de réussite est d'avoir nommé à la Direction des personnes très compétentes qui ont su créer un très bon climat et donner aux Brésiliens le sentiment d'un réel partenariat. Nous avons travaillé de façon très étroite avec eux et ils ont eu le sentiment de participer à une aventure commune

Aujourd'hui, les résultats parlent d'eux-mêmes : la part de marché initiale de 3,5 % a été multipliée par 2, nous sommes passés du 11ème au 5ème rang des entreprises d'assurances brésiliennes. La valeur des parts a été multipliée par 4 ou 5 entre 2001 et 2008. De plus, le chiffre d'affaires s'élève à 4 milliards de reals et a été multiplié par 4. Le résultat net du groupe CAIXA SEGUROS était de 27 millions de reals en 1997 et est passé à 561 millions actuellement. Ces chiffres flatteurs s'expliquent simplement par une bonne gestion de l'entreprise avec les Brésiliens, au sein d'un marché de l'assurance historiquement porteur. Nous faisons également de l'assurance dommage, surtout automobile au Brésil. Nous avons fait notre métier correctement, exporté notre savoir faire : nous savons mobiliser les réseaux, former nos vendeurs. Nous avons montré que cette opération était celle d'un gagnant/gagnant, qui a permis aux Brésiliens de gagner de l'argent, à part égale. Nous avons assuré le développement de la société sur la durée avec un contrat sur 20 ans, qui doit se terminer aux environs de 2021.

Sept ans après, nous pouvons dire qu'il s'agit d'un succès à tous points de vue. Succès avant tout économique : dans un pays en croissance comme le Brésil, il faut mobiliser l'épargne, si possible longue, comme je l'ai dit au Ministre des Finances. Succès financier, car les gains sont importants, avec une rentabilité deux fois plus élevée au Brésil qu'en France. Enfin, c'est une réussite humaine : la souscription de la plupart de nos salariés brésiliens à l'augmentation de notre capital en est la preuve. Nous réalisons beaucoup d'efforts pour que tout le personnel de l'entreprise ait le sentiment d'un véritable partenariat.

J'aborde maintenant les perspectives : nous sommes très confiants sur la stabilité de l'environnement économique et politique, facteur essentiel pour des investisseurs étrangers. L'alternance a montré que le cap restait inchangé : les politiques ont compris l'intérêt de ne pas toucher à la politique budgétaire et macro-économique. J'ai la conviction qu'il s'agit d'un acquis mais aussi d'un atout indispensable pour promouvoir le progrès social.

Nous sommes donc optimistes quant à l'après LULA. Cette confiance en l'économie brésilienne nous incite à y investir davantage et le pays est un des axes importants des projets de développement de la CNP. Nous trouvons trois catégories d'assureurs : ils peuvent être très conséquents, moyens comme nous ou regrouper une multitude de petites entreprises. Aujourd'hui, nous souhaitons évoluer vers la catégorie supérieure, après une expérience pleinement réussie. Je suis très heureux d'avoir pu en témoigner devant vous de mon expérience et vous remercie de votre attention.

M. Hervé LE ROY

Merci Monsieur le Ministre. Nous allons ouvrir un débat et répondre aux questions de la salle.

De la salle

J'appartiens à CMA- CGM, groupe français de transport maritime en containers, installé au Brésil où nous nous développons. Malgré une hausse des importations, nous avons constaté, au premier trimestre 2008, une chute inhabituelle des exportations brésiliennes, de 2 % par rapport à 2007. Je souhaiterais quelques commentaires à ce sujet et les perspectives qui s'offrent.

M. Hervé LE ROY

Le Brésil est dans une logique de réduction significative de sa balance commerciale, dont l'excédent devrait passer de 40 milliards de dollars en 2007 à environ 17 en 2008. Deux raisons expliquent ce phénomène : le niveau des importations restera important, lié à la volonté de renouveler les capacités de production du pays, tandis que celui des exportations devrait diminuer. Ainsi, en 2007, les importations avaient augmenté de 33 % et les exportations seulement de 17 %. Le chiffre du premier trimestre ne devrait pas se confirmer, les exportations brésiliennes devant tourner à un rythme de 10  % environ en valeur.

M. Jean-Paul BETBEZE

La tendance est solide et un retournement de conjoncture apparaît peu probable. Cependant, songeons que nous allons entrer dans un ralentissement des pays émergents qui ne pourront pas continuer de croître à 10 ou 12 %. Ce phénomène aura pour avantage de permettre de limiter l'inflation et la hausse des taux d'intérêt mondiaux. Nous sommes aujourd'hui dans une phase de rééquilibrage : l'économie mondiale est engagée dans la lutte contre l'inflation, après avoir fortement craint la déflation. Il s'agit une transition et le Brésil, qui n'a pas subi la crise des sub primes, connaît lui aussi cette phase intermédiaire. Nous restons donc confiants.

M. Luiz PEREIRA DA SILVA

Il est bon de voir que les trois économistes sont en accord ! Le Brésil connaît un léger ralentissement du volume de ses exportations, largement compensé par les commodities et une détérioration de son compte courant. Cela est le cas de nombreux pays émergents, en raison du ralentissement de l'économie mondiale. Un rééquilibrage des taux de change au niveau mondial est vraisemblable. Il permettra un meilleur équilibre global entre les grandes zones monétaires et une harmonisation du développement des grandes zones d'activités économiques.

M. Hervé LE ROY

Je vous propose une pause d'une dizaine de minutes.

Table ronde n°2
« De fortes opportunités dans un environnement des affaires en réel progrès »

Animateur : M. Michel DURAND-MURA, Président de la CCI France-Brésil

Participants : MM. Flavien NEUVY (L'observateur Cetelem) - David WEATHELEY (DG de la filiale au Brésil du groupe SIVECO - Pierre MARTINET (PDG groupe MARTINET)- M. Celso de AZEVEDO (PDG de Assetsman) - M. François BANCILHON (Société MANDRIVA) - M. Stéphane WITWOVSKI (CCEF, et Président du Conseil de gestion de l'IHEAL)

M. Hervé LE ROY 

M. Michel DURAND-MURA, Président de la Chambre de Commerce France-Brésil animera cette deuxième table ronde, plus axée sur le vécu des entreprises françaises et notamment des PME installées au Brésil. L'Observateur Cetelem fera en préambule un focus sur le nouveau consommateur brésilien et M. Stéphane WITWOSKI commentera l'ensemble des témoignages.

M. Michel DURAND-MURA
Président de la Chambre de Commerce France-Brésil

La table ronde précédente a parfaitement défini le nouveau Brésil comme étant une véritable puissance économique du XXIème siècle. Nous allons maintenant aborder une phase plus concrète, avec l'aspect macro-économique. Le pays dispose de nombreux atouts : une transition économique réussie, une stabilité financière et le retour de la croissance. Il bénéficie en outre d'avantages additionnels face à ses concurrents émergents, comme la sécurité juridique et la proximité culturelle déjà évoquées. Le Brésil n'est pourtant pas un marché facile. C'est pourquoi un certain nombre d'intervenants comme la Chambre de Commerce, Ubifrance et les CCE offrent leurs services aux PME et PMI.

A travers des témoignages d'expériences, des PME-PMI de différents secteurs vont nous expliquer pourquoi elles ont choisi le Brésil, comment elles s'y sont implantées ainsi que les difficultés rencontrées à chaque étape. Ces témoignages vous donneront un éclairage complémentaire à la vision macro-économique de ce matin.

En préambule, M. Flavien NEUVY, de l'Observateur Cetelem, nous dresse rapidement le portrait du nouveau consommateur brésilien.

M. Flavien NEUVY
Observateur Cetelem

Le challenge est intéressant qui me conduit à parler du consommateur brésilien en quelques minutes, je serai donc synthétique. Au préalable, je vous présente rapidement l'Observateur Cetelem. Il s'agit d'une filiale de BNP Paribas, en cours de fusion avec une autre filiale de ce groupe, l'UCB, spécialiste du crédit immobilier. Ces regroupements amèneront à la création d'une entité spécialiste du crédit général aux particuliers. Nous sommes présents dans 30 pays, avec un développement à l'international initié en 1984, et nous gérons actuellement un encours de 100 milliards d'euros.

Cetelem est implanté au Brésil depuis 1999 et connaît une belle réussite. Quelques chiffres peuvent illustrer mes propos : la société compte aujourd'hui environ 2 000 collaborateurs, et une production crédit de plus de trois milliards d'euros. Le Brésil est extrêmement important dans notre stratégie de développement. Porté par la croissance interne comme externe, le pays occupe déjà le 4ème rang en termes de revenus dans l'univers Cetelem.

La consommation des ménages, facteur essentiel à la croissance, est drainée par deux moteurs : la démographie, avec une population jeune qui a envie de consommer et la baisse de la pauvreté, avec l'émergence d'une classe moyenne très importante. L'Observateur Cetelem estime qu'entre 2005 et 2007, plus de 20 millions de Brésiliens ont rejoint les classes moyennes.

Le consommateur brésilien est exigeant, sélectif et très attentif à la qualité des prestationsoffertes. Je prendrai l'exemple des travaux d'aménagement : les Brésiliens font appel, pour 53 %, à des professionnels. Le Brésilien est donc un consommateur averti, attentif au rapport qualité/prix.

J'aimerais ajouter un élément, qui est l'optimisme du consommateur brésilien. Chaque année, l'Observateur Cetelem réalise une étude. Les personnes interrogées sont chargées d'évaluer la situation globale du pays avec une note de 1 à 10. Au Brésil, la note atteint 5,3/10 : sur ce type d'étude, ce résultat est satisfaisant. L'optimisme se retrouve dans les intentions d'achat. En effet, cette année, les consommateurs brésiliens désirent consommer au détriment de l'épargne. Je citerai quelques chiffres à cet égard : en 2007, 46 % des personnes interrogées déclarent vouloir consommer, contre 39 % en 2005.

Un autre élément invite à la réflexion : les meilleures ventes de produits ont trait aux nouvelles technologies. Le téléphone mobile reste un produit phare mais s'y ajoutent aussi l'automobile et l'équipement informatique. Le taux d'équipement des ménages reste encore en retrait, ce qui laisse entrevoir des perspectives de développement important.

Enfin, le recours au crédit est un élément notable. Le phénomène constitue presque un style de vie. La croissance du recours au crédit est très forte : 1 % du PIB en 1995 contre 9 % aujourd'hui. Nous projetons 12 % d'ici 5 ans. Par ailleurs, le crédit consigné est une spécificité du marché brésilien. Il s'agit d'un un crédit à la consommation classique, mais dont le remboursement se fait par prélèvement sur salaire. Très développé au Brésil, ce mode de crédit offre des garanties financières supplémentaires aux organismes financiers.

J'aimerais dire un mot sur le e-commerce, très révélateur de l'état de développement du commerce d'un pays. Le Brésil est très en avance sur certains pays tels que la Russie ou d'autres pays d'Europe centrale. Il compte aujourd'hui 40 millions d'internautes, soit 4 fois plus qu'en Russie, avec 6 millions de e-consommateurs. Cela permet à des entreprises locales d'opérer sur le marché de la vente à distance. Je souhaite citer l'exemple de Submarino, entreprise leader du e-commerce au Brésil, avec 27 % de parts de marché. Nous venons de signer des accords avec cette entreprise.

Je conclurai en rappelant que le consommateur brésilien est en effet un consommateur optimiste, bénéficiant d'un pouvoir d'achat en hausse, lié à une baisse de la pauvreté. Il a envie de consommer et le marché brésilien est très porteur pour tous ceux qui souhaitent s'y développer. Le Cetelem a l'intention de continuer à s'y épanouir. Merci de votre attention.

M. Michel DURAND-MURA

Merci d'avoir mis en lumière le niveau de consommation, moteur de la croissance actuelle au Brésil. Si les exportations expliquaient le développement du pays il y a deux ou trois ans, le pays connaît maintenant une croissance interne liée à l'augmentation du crédit et du pouvoir d'achat. Nous allons passer immédiatement à la phase des témoignages d'entreprises.

M. Stéphane WEATHLEY
CCEF et Président du Conseil de gestion de l'IHEAL

Depuis plus de 20 ans, notre société est spécialiste de la gestion assistée par ordinateur (GMAO). SIVECO est un éditeur de logiciels, qui compte plus de quatre-vingt millions d'utilisateurs dans le monde, répartis dans plus de 65 pays. Aujourd'hui, notre logiciel COSWIM est disponible dans plus de 16 langues. Notre structure en France est basée à Montigny, qui gère les questions commerciales, de marketing et de gestion. Le pôle technique est situé à Montpellier, avec la partie développement et supports. SIVECO est une PME, employant environ 90 personnes en France et 110 dans le monde.

A l'international, notre représentation se fonde sur des distributeurs et des filiales. Nous avons des filiales en Angleterre, en Grèce, en Roumanie, en Chine depuis 2 ans et au Brésil depuis mars 2007. L'histoire de SIVECO au Brésil a commencé par une opportunité personnelle. J'ai eu la possibilité d'y faire un CSNE, après mon école d'ingénieur, pour aller assister techniquement et commercialement l'un de nos distributeurs. Suite à cette expérience, je suis rentré en France gérer des activités commerciales pour SIVECO. Pendant 5 ans, nous avons préparé notre retour au Brésil, à partir de mai 2005, via la création et la recherche de partenariats. La mission économique de Rio nous a soutenus en prospectant auprès de distributeurs pour cibler différentes entreprises à Sao Paulo, Rio et dans différents États.

Notre activité a prospéré pendant 2 ans, avec la création de nouveaux comptes, notamment les sites de Renault au Brésil, des hôpitaux, des ports et des sociétés de construction d'autoroutes. Notre plus gros client est la compagnie pétrolière BRASILEIRA DE PETROL, numéro 2 au Brésil de la distribution de pétrole.

Nous avons ensuite rencontré quelques difficultés, liées aux modalités des transferts techniques, des contrats de distribution et à la répartition des royalties. Sur ces aspects, je conseille de ne pas hésiter à demander l'aide des services juridiques de la mission économique et des Chambres de Commerce. Suite à ces difficultés, nous avons ouvert, en mars 2007, une filiale à Rio. Il s'agit d'une petite structure de six personnes, avec un service technique et consulting. En outre, depuis le mois d'avril 2008, un nouveau commercial a été recruté pour développer le marché sur Sao Paulo.

SIVECO ambitionne de développer son chiffre d'affaires, en passant de 1 à 2 millions de reals d'ici 2008. C'est une belle réussite pour une structure de 8 personnes.

M. Michel DURAND-MURA

Merci pour ce témoignage, montrant que, parfois, l'implantation directe sous forme de filiale peut être la solution aux difficultés rencontrées avec les distributeurs ou licenciés. Nous passons à un deuxième domaine totalement différent : Monsieur Pierre MARTINET est président et fondateur du groupe Pierre MARTINET. Il s'agit d'un bel exemple de réussite de groupe agroalimentaire, implanté au Brésil depuis 2002.

M. Pierre MARTINET
Président directeur général de la Société Martinet

Issu d'une famille d'agriculteurs, j'ai suivi un apprentissage de charcutier, qui m'a conduit à mon métier actuel. Avec 40 000 tonnes vendues, le groupe MARTINET est aujourd'hui le leader français sur le marché des salades, et le troisième européen. En 1983, par manque de marchandises, j'ai dû importer certains produits du Brésil. Cela m'a permis de nouer des contacts intéressants. En 2002, l'un de mes associés brésiliens a souhaité développer la production des coeurs de palmiers. Le produit et le projet m'ont intéressé : la visite d'un petit atelier a achevé de me convaincre.

Nous avons mené des réunions marketing qualitatives à Sao Paulo. Nous voulions mieux connaître les habitudes alimentaires des Brésiliens et apprécier leur intérêt pour les plats cuisinés. Au Brésil, notons qu'un plat cuisiné frais n'existe pas. Nous devions donc partir de zéro. A la suite de ces études qualitatives, nous avons passé un accord avec un conserveur. Nous avons entreposé chez lui deux containers, un surgelé et un frais, et commencé à importer de France des taboulés et autres salades vendues à Brasilia. Au préalable, une étude quantitative avait permis de déterminer un grammage idéal et un prix acceptable pour le consommateur.

Aujourd'hui le groupe MARTINET est présent dans une centaine de magasins entre Sao Paulo et Brasilia. Carrefour nous a immédiatement accueillis à Brasilia suivi de magasins prestigieux comme Santa Luzia à Sao Paulo et Pau Da Sugar.

Nos métiers sont particuliers, puisque situés hors du domaine tertiaire. Cette situation réclame des produits, des emballages, ainsi qu'une logistique de livraison. Au Brésil, où les routes ne sont guère idéales, notamment en période de pluie, la logistique devient essentielle. Nous avons exploité des produits, que nous avons transformés en conserves pasteurisées, comme les cornichons ou poivrons que nous réexportons en France. Nous voulons proposer des produits à la fois bons et appétissants à l'oeil. Nous avons également pu importer en France certains produits : récemment, une salade de carottes et de palmiers s'est ajoutée à la gamme.

Nous sommes basés sur Sao Paulo, province de la taille de l'Espagne, mais sans doute bien plus riche. Dans l'optique de l'année de la France au Brésil, des opérations autour du patrimoine culinaire français sont menées au Brésil par l'Unesco. Nous devrions en bénéficier et collaborons à cette occasion avec Guy SAVOY pour développer de nouveaux produits.

Nous rencontrons des difficultés, notamment administratives, liées à la fiscalité complexe du Brésil. Nous sommes une PME de 700 personnes et la principale difficulté rencontrée reste la gestion du temps. Il ne faut pas pénaliser l'activité française, en continuant de gérer les collaborateurs à distance. Ainsi, à Annapolis, où nous sommes implantés, les liaisons téléphoniques sont particulièrement difficiles. Aujourd'hui, nous souhaitons nous rapprocher de Sao Paulo, pour être plus près des consommateurs et des bassins de production. La dernière grande difficulté a été de monter cette société avec 4 actionnaires, à 25 %. Aujourd'hui nous sommes à 88 % du capital

M. Michel DURAND-MURA

Merci beaucoup pour la présentation de votre expérience réussie au Brésil. Vous avez bien mis en avant les difficultés communes à toutes les entreprises, notamment celles liées à la bureaucratie, à la fiscalité lourde et complexe ou même aux infrastructures. Ce dernier domaine représente d'ailleurs un potentiel de développement important pour les entreprises proposant des biens d'équipement.

Je passe la parole à M. de AZEVEDO, Président Directeur Général de la société ASSETMAN, spécialisée en optimisation d'actifs industriels.

M. Celso de AZEVEDO
Président directeur général de la société Assetsman

Bonjour à tous. Avant tout, je voudrais remercier Ubifrance et mes collègues de la mission économique de l'Ambassade de France au Brésil en la personne de M. Hervé LE ROY. Je suis franco-brésilien, né au Brésil, et j'ai souhaité privilégier cet aspect dans mon témoignage plutôt que la présentation de notre société.

Notre entreprise réalise des études visant à l'amélioration de la rentabilité de toute ligne de production industrielle. Notre cible principale est le secteur des très grandes sociétés mondiales. Nous veillons à ce que leurs investissements, l'exploitation des usines, leur maintenance et leur gestion finale soient les plus intéressantes, du point de vue technico-économique.

Notre spécialité consiste à aider les sociétés industrielles à réduire leurs coûts, à maîtriser leurs risques et à mieux évaluer l'impact de la disponibilité de leur ligne de production. Nous transformons les aléas de production en scénarios de décisions, pour maîtriser les risques inconsidérés ou des coûts prohibitifs de production dans différents pays.

Le siège de la société est situé à Versailles. Nous avons un bureau à Rio, et bientôt un deuxième à Sao Paulo, en liaison avec le marché énergétique précédemment évoqué. Nous intervenons dans différents projets d'optimisation de choix de production : maintenance, exploitation, stockage de pièces détachées ou de matières premières ou encore gestion de renouvellement des machines en fin de vie.

Nous avons obtenu un label en France dont nous sommes fiers, celui de « jeune entreprise innovante ». Notre activité est entièrement basée sur la technologie et l'informatique : nous nous appuyons notamment sur des simulateurs d'aide à la prise de décision risque/coût. L'entreprise emploie environ vingt-cinq personnes, dont deux tiers en France et un tiers au Brésil. Bien qu'étant une petite structure, nous intervenons dans des dizaines de pays sur un marché de niches à forte valeur ajoutée.

Nous sommes une PME binationale. La société a été créée en France et nous nous sommes implantés au Brésil. Pourtant, le modèle économique de la société française ne pouvant s'adapter au marché brésilien, nous avons conçu une société de droit français à Versailles et de droit brésilien au Brésil. Le marché brésilien est avide de produits industriels, d'études, de services, d'innovation. Les bons produits dans les domaines des services et de l'efficacité opérationnelle se vendent bien. Néanmoins, il faut être performant sur la durée car les Brésiliens ont besoin d'être informés, formés, d'adhérer aux solutions et de se faire une opinion. Ils apprécient les entreprises qui s'installent avec l'objectif de former.

J'aimerais évoquer un autre point positif : le dynamisme du marché, où les réseaux officiels et les lobbies jouent un rôle majeur, contrairement à la France où prime le diplôme. Au Brésil, ce sont les réseaux de professionnels qui comptent le plus. Je signalerais un facteur de succès important, celui de faire travailler des Brésiliens. Bien que la différence culturelle ne soit pas immense, la gestion des hommes -surtout à distance- est différente au Brésil et en France. Le niveau de formation des Brésiliens est très bon, ce qui constitue un avantage.

Je souhaite attirer l'attention sur une difficulté importante, que constitue la lourdeur administrative. A titre d'exemple, au Brésil, il est impossible de payer une facture avec un simple chèque sous enveloppe. Cela est interdit par la loi, ce qui augmente les frais fixes. La fiscalité est également très complexe, le Brésil étant une fédération, avec des États et des municipalités. En outre, la TVA n'existe pas au Brésil. Une partie des impôts va à la Fédération, une autre aux 20 États et enfin aux municipalités. Ainsi, en fonction des lieux de destination et d'émission des produits, l'impôt sur un même service, pour un même client sera entièrement différent.

Enfin, je souhaite aborder l'exceptionnelle culture de la débrouillardise régnant au Brésil. Le phénomène peut choquer les Européens, plus enclins à la rigueur. Je peux dire sans caricaturer que les Brésiliens ont une faible pratique de l'anticipation, des scenarii alternatifs ou des plans B.

Ma conclusion portera sur quelques facteurs de succès, comme la capacité à savoir se positionner et innover. Le marché brésilien est très recherché et les Brésiliens, plus sélectifs et plus riches, sauront choisir. Pourtant, il ne faut pas laisser le marché banaliser ou anéantir les facteurs innovants : en effet, la clientèle et les chefs d'entreprise brésiliens sont très habiles à réduire la valeur d'un produit sur un marché de prix.

Avec l'aide de l'appareil français du commerce extérieur, nous souhaitions sortir de modèles qui tentaient de banaliser notre société au Brésil : nous l'avons donc filialisée. Depuis plus d'un an, le bureau au Brésil est une filiale du siège français. Nous avons ainsi refondé le modèle économique au Brésil, le calquant sur le modèle français, ce qui nous permet de bien mieux réussir aujourd'hui. Merci beaucoup.

M. Michel DURAND-MURA

Merci pour cet exposé très complet, avec des solutions originales, notamment juridiques. Vous avez été modeste en ne citant pas vos références parmi les plus grandes entreprises, PETROBRAS, TOTAL, RENAULT ...

M. Celso de AZEVEDO

En effet, parmi nos clients français, nous comptons les 15 principaux groupes du CAC 40. Au Brésil, nous avons une dizaine de très gros clients dont Petrobras.

M. Michel DURAND-MURA

Nous allons rester dans le domaine des logiciels, avec M. François BANCILHON, qui va également nous expliquer comment réussir au Brésil dans les industries de pointe.

M. François BANCILHON
Président directeur général de la Société Mandriva

Notre société vend des logiciels gratuits, ce qui constitue un concept assez subtil. Nous sommes implantés sur le marché du logiciel libre, qui se développe grâce à des communautés d'utilisateurs et de développeurs. Notre produit s'appelle LINUX. Seuls 5 fournisseurs dans le monde proposent Linux et nous sommes seuls au niveau européen. Nous sommes une PME de 80 personnes, avec des bureaux en France et au Brésil. En 2008, la société devrait atteindre l'équilibre. Notre produit est disponible en quatre-vingt langues, grâce à une communauté de deux cents traducteurs bénévoles. Nous comptons trois millions d'utilisateurs, grâce à des versions gratuites d'utilisation du produit, téléchargées dans 150 pays.

Nous avons connu des succès importants, comme en Angola : la technologie que nous y avons vendue est développée au Brésil. De plus, nous y envoyons des ingénieurs brésiliens. En Angola, nous avons développé un LINUX spécifique, adopté par le gouvernement en tant que LINUX de l'Angola. Au Nigeria, la société vend des PC pré installés intégrant notre logiciel et, au Brésil, elle travaille avec l'entreprise POSITIVO, leader des PC individuels avec 35 % du marché. En France, nous gérons 90 000 postes de travail.

A présent, je vais vous exposer les raisons de notre installation au Brésil. Parmi les pays du marché BRIC, comme la Chine ou la Russie, le Brésil offre des atouts extraordinaires qui en font l'un des marchés les plus accessibles. En 2005, nous avons eu l'opportunité de racheter CONECTINA, entreprise en difficulté qui avait la même activité que nous sur l'Amérique latine. Nous avons négocié avec eux le rachat, qui s'est déroulé à l'américaine, avec l'intervention d'une multitude de juristes et la rédaction d'un document final de trois cents pages. Ce mode opératoire atteste d'une infrastructure juridique et économique coûteuse, comparable à celle des pays européens ou des Etats-Unis.

La société est implantée à Sao Paulo et à Curichiba, petite ville au sud-ouest de Sao Paulo, où le coût de la vie n'est pas trop élevé. Nous y avons des ingénieurs, ainsi qu'une équipe de développeurs. La société vend à des grands comptes, comme Casa, qui propose du crédit intelligent. Par ailleurs, nous avons conservé notre activité commerciale avec Positivo.

Le Brésil nous permet d'être présents sur le marché brésilien et nous sert de plateforme pour attaquer le monde. La majorité de nos ingénieurs développement y sont installés. Parmi les atouts du Brésil, j'aimerais parler d'un pays accueillant, offrant un personnel discipliné et qualifié. Les universités brésiliennes forment de très bons ingénieurs. Les salaires sont compétitifs, mais ils tendent à l'être moins en raison du change et de la hausse des salaires. Le coût de la vie est faible, en regard de Moscou par exemple, qui est 10 fois plus cher.

Cependant, les infrastructures ne sont pas fabuleuses : au Brésil, le système informatique est peu performant et les transports sont très difficiles. Nous avons traversé de terribles épisodes fiscaux, suite au rachat d'une entreprise au passif important. Celle-ci avait en effet utilisé le produit FLEX CARD, développé par ACCOR : ce produit permettait à l'employé de régler des factures de la main à la main en allant retirer de l'argent au distributeur. Il pouvait ainsi payer sans laisser de traces. Accor a vendu cette carte à 2 300 entreprises au Brésil et, quand nous avons racheté CONECTIVA, le passif lié à l'utilisation de la carte s'élevait à 2,5 millions de reals. Il nous a été indiqué qu'ACCOR ne transmettrait jamais la liste des clients ou qu'une telle entreprise prendrait 3 ans. Or, 2 mois plus tard, ACCOR a fourni cette liste et l'office s'est emparé de l'affaire. Au Brésil, il n'existe pas d'équivalent de nos chapitres 7 et 11, pour se protéger, notamment via le dépôt de bilan. Dans ce cadre, nous pourrions dire que les situations peuvent très vite empirer et les Directeurs statutaires, responsables sur leurs biens propres, se retrouver en prison.

En termes de conflits sociaux, nous avons été assignés aux prud'hommes pour chaque licenciement. Par ailleurs, l'échelle des salaires est disparate, difficile à gérer et le coût de manipulation de matériel, d'un pays à un autre, est élevé. Nous aurions souhaité pouvoir importer du matériel de Chine au Brésil mais ce transfert semble compliqué.

M. Michel DURAND-MURA

Merci pour votre explication, qui traite bien des difficultés, notamment administratives et bureaucratiques, d'implantation au Brésil. Ce problème concerne l'ensemble des entreprises, qu'il s'agisse d'activités de services ou industrielles. Si l'on compare les services comptables, juridiques ou fiscaux d'une société mexicaine et brésilienne, il faut compter environ le double de personnes pour le même travail. Je voudrais poser une question concernant les risques d'impayés qui n'ont pas encore été abordés. Je pense qu'il y a des personnes de la Coface dans la salle.

De la salle

La Coface enregistre très peu d'impayés sur le Brésil, noté A4 en court terme -cotation interne Coface, ce qui est une très bonne notation. A plus long terme, nous enregistrons également une très bonne cote de paiement avec 3/7 au niveau de l'OCDE.

De la salle

Je suis M. PARISE, de la société PCM, qui fournit des solutions de pompage. J'aimerais saluer la qualité des présentations depuis ce matin. Peu d'expériences ont montré une implantation au Brésil motivée par une présence régionale, notamment au niveau du MERCOSUR. L'implantation à Rio et Sao Paulo a-t-elle aussi parfois vocation à couvrir des marchés comme le Mexique, le Chili ou le Venezuela ? Je n'ignore pas que la barrière géographique naturelle de l'Amazonie est une difficulté, un problème. De plus, il est vrai qu'une implantation au Brésil mobilise beaucoup de temps et peut freiner la prospection des marchés alentours.

M. Michel DURAND-MURA

C'est une très bonne question. Nous allons essayer de faire une médiane des réponses des entreprises de toutes tailles installées au Brésil. Je ne crois pas que la priorité actuelle d'un investisseur en Amérique du sud soit de jouer la carte MERCOSUR. Tout d'abord, je dirais que le marché brésilien, conséquent, justifie à lui seul des efforts prioritaires. Ensuite, notons que le MERCOSUR se cherche encore politiquement et présente des défaillances dans son système. Cependant, de nombreux chefs d'entreprise ont l'intention d'en profiter. Certains d'entre eux ont d'ailleurs leur siège social à Sao Paulo ou à Rio, qui couvre l'Amérique du Sud, ou au moins le cône sud. Des synergies existent déjà, dans différents domaines industriels, et des entreprises profitent de la plateforme brésilienne pour exporter. Néanmoins, elle se révèle moins intéressante que prévu, car le real est fort et les coûts brésiliens ont augmenté. Cependant, sans être la raison première de l'investissement au Brésil, il est vrai que ce détail est satisfaisant. Avez- vous une dernière question ?

M. Charles-Henry CHENUT
Secrétaire général de la commission Amérique Latine

Je souhaite apporter un témoignage de mes clients français qui s'installent au Brésil. J'aimerais également me montrer rassurant quant au cadre juridique. Ce cadre existe bel et bien et est parfaitement dessiné au Brésil. Des réformes concernant le code civil et commercial ont été opérées et les règles du jeu sont claires. Il est vrai que des lourdeurs administratives existent, ainsi qu'un problème culturel de compréhension et une fiscalité pesante. Cependant, nous ne sommes pas au cours d'un no man's land juridique. Il convient seulement de prendre toutes les précautions juridiques nécessaires et de contacter les opérateurs des missions économiques sur place, pour être conseillé. La question juridique n'a pas du tout été évoquée ce matin, mais il faut dire que le Brésil n'est pas un pays en friche juridique. Le droit est un élément important lorsqu'on décide d'investir dans un pays comme le Brésil.

M. Michel DURAND-MURA

Merci beaucoup pour ce commentaire. J'appuie vos propos : l'environnement juridique au Brésil est un facteur différenciant, notamment par rapport à la Chine ou à l'Inde. Nous avons également de très bons cabinets d'avocat qui, comme le vôtre, s'installent au Brésil. Pour conclure, j'ajouterais simplement un mot : avant de vous implanter au Brésil ou d'y chercher des distributeurs, venez nous voir à la Chambre de Commerce franco-brésilienne. Je passe la parole à Monsieur Stéphane WITOWSKI, pour l'exposé de clôture de cette table ronde.

M. Stéphane WITOWSKI

Merci, monsieur le Président. Il m'a été demandé de dire quelques mots en réaction aux propos précédents. La qualité de ce séminaire m'a particulièrement interpellé et je voudrais remercier Ubifrance, le Sénat et les missions économiques pour cette belle rencontre.

Des témoignages entendus depuis ce matin, je retiendrai trois éléments. D'une part, ce pays-continent à la place grandissante, possède une économie complexe. Cette situation est due à différents éléments : la dimension du marché, l'architecture fédérale du système brésilien, la relative autonomie de la communauté des affaires par rapport au pouvoir politique de Brasilia et enfin la spécificité du marché de la consommation brésilien. Pourtant, nos entreprises ont su tirer le meilleur parti de ce marché, saisir les opportunités d'affaires et lescréneaux porteurs pour coïncider avec les exigences du pays. Telle situation se rencontre aussi pour les PME comme il a été indiqué précédemment. Chacun a su s'imposer dans des secteurs variés.

Le deuxième point important à retenir demeure l'expérience de ces groupes qui ont parié sur le Brésil en adoptant des stratégies à long terme. Ils misent désormais sur la stabilité macroéconomique qui semble pérenne et sur la réelle stabilité juridique. De réels progrès sont avérés en ce domaine. Les autorités ont en effet compris que la confiance des opérateurs passait par la clarté des règles du jeu et le respect des contrats, même si demeurent des problèmes en matière de fiscalité.

Enfin, ces entreprises ont su accompagner l'émergence d'un nouveau modèle économique. Celui-ci s'est manifesté par la mutation du pays en très grande puissance économique exportatrice mondiale durant ces 15 dernières années. Les entreprises françaises ont tout intérêt à nouer des alliances avec de grands groupes brésiliens sur la scène mondiale : 13 des 100 futurs champions mondiaux sont brésiliens

Le marché brésilien est un marché atypique, avide d'innovation. La devise positiviste d'Auguste COMTE « Ordre et progrès », ornant le drapeau brésilien, a été mise en pratique par les chefs d'entreprises. En effet, ils ont su associer pragmatisme et créativité à une bonne gestion du temps dans les affaires. Cette dernière a pu parfois être assimilée à une forme de décontraction dans les préliminaires de la négociation commerciale : elle cache en fait un professionnalisme et une habilité redoutables. Elle peut néanmoins déconcerter de prime abord des chefs d'entreprise cartésiens.

Une autre caractéristique de la société brésilienne nous a semblé intéressante. Il s'agit du goût du consensus et de la recherche permanente du compromis. Le Brésil n'a pas souffert de conflits civils graves et la population n'aime pas le conflit, ni ne sait le gérer. A ce titre, le comportement de la classe politique, en quête perpétuelle d'arrangements, est révélateur. J'évoquerais aussi le sens du lobbying, l'utilisation des réseaux, la capacité de rebond, la réactivité du pays et sa capacité d'adaptation.

J'ignore si le Brésil déçoit souvent mais, en revanche, il est doté d'une nature optimiste immuable, à l'instar du nouveau consommateur brésilien. Le Brésil ne s'est jamais laissé décourager, comme le révèle l'histoire de ses cycles économiques. Il a traversé des phases de remises en causes permanentes. Quelle que soit sa date d'implantation au Brésil, aucune entreprise n'a eu à regretter son choix. Certaines sociétés qui avaient quitté le pays au début des années 80 ont fini par revenir, considérant qu'elles ne pouvaient se passer de ce marché. Désormais, ce pays joue pleinement dans la cour des grands. Je vous remercie.

M. Michel DURAND-MURA

Je souhaite remercier M. WITOWSKI, Conseiller du commerce extérieur, mais aussi Président du conseil de gestion de l'Institut des Hautes Etudes d'Amérique latine. C'est une excellente conclusion pour cette manifestation. Je remercie à nouveau tous les intervenants de cette table ronde pour leur importante contribution. J'espère qu'ils vous auront intéressé et donné envie d'aller étudier les opportunités du Brésil, clairement définies au cours de cette journée.

Nous allons clôturer la matinée avec 3 interventions. Eric FAGEOLLE, Chef de la mission économique de Rio, va vous présenter les manifestations qui marqueront l'année de la France au Brésil. J'appellerai ensuite Marc Antoine LOPEZ, Président du projet Ubifrance, qui évoquera, avec Charles-Henry CHENUT, le coup d'envoi donné à l'automne des rencontres d'affaires France-Brésil

Le Brésil, une priorité pour la France

M. Eric FAGEOLLE
Chef de la Mission économique de Rio de Janeiro

La programmation économique de l'année de la France au Brésil sera validée lundi prochain par la direction générale d'Ubifrance. Je vais vous donner un aperçu, à travers différents secteurs d'activités et d'opérations qui vont mobiliser Ubifrance et le réseau des missions économiques au Brésil en 2009.

L'année de la France au Brésil démarrera officiellement le 21 avril, pour se terminer le 15 novembre 2009. Elle sera lancée lors de la visite du président SARKOZY, fin décembre 2008, au Brésil. L'ouverture aura lieu le 21 avril à Rio de Janeiro, avec un grand feu d'artifice organisé par une société française autour de la Lagoa de Rio. Cette année se veut culturelle et la programmation, conséquente, intéresse déjà beaucoup d'entreprises françaises. Celles-ci ont rejoint le comité des mécènes présidé par la CNP avec M. BENOIT. Des rencontres scientifiques et universitaires sont également prévues. Je ne doute pas de l'intérêt de certaines entreprises dans la salle, du secteur des TIC ou de l'activité industrielle liée au monde des ingénieurs.

Nos collègues attachés scientifiques proposent une programmation très intéressante, qui sera divulguée très prochainement sur le site d'activités Culture France. Des rencontres de scientifiques et chercheurs, de divers secteurs de l'industrie brésilienne, sont notamment prévues dans le domaine de l'agroalimentaire, du spatial, etc.

Sur le plan économique, nous avons 3 axes majeurs pour cette année de la France. Nous voulons monter en puissance sur les opérations récurrentes organisées par le réseau des missions économiques. Je vais détailler rapidement celles-ci. Nous aimerions ainsi donner plus de visibilité à nos actions au Brésil, qui ne cessent de croître. Nous doublons cette année notre surface de pavillons français sur les salons professionnels brésiliens. Cet aspect témoigne de l'intérêt des sociétés françaises. Elles ont compris que  « le Brésil, c'est aujourd'hui » et qu'elles ont tout intérêt à venir présenter leurs produits. 2009 devrait voir tripler les surfaces des pavillons français par rapport à 2007. Nous voulons que les organisateurs de salons fassent de la France le pays à l'honneur ou l'invité de 2009. La plupart des organisateurs de salons ont déjà donné leur accord en ce sens.

Nous devons aller chercher les entreprises, dans des secteurs non encore explorés, y compris par les missions économiques, en montant de nouvelles opérations. Dans certains secteurs, la France a quelque chose à offrir. Elle ne le faisait peut-être pas jusque-là en raison des barrières douanières fortes. Aujourd'hui, le real étant au niveau où il est, nous pouvons intervenir plus facilement dans certains domaines, en particulier la mode, le textile ou la décoration.

L'idée du Directeur Général d'Ubifrance, reprise au niveau local, est de fédérer toutes les initiatives françaises sur le Brésil. Il convient en particulier d'avoir une programmation où la Chambre de Commerce française au Brésil et les CCEF, seront associées de façon étroite à l'ensemble des acteurs du pays. Pour faciliter l'information des entreprises, il y aura une programmation commune unique.

Nous l'avons évoqué ce matin, une quarantaine d'opérations prendront place. Elles consisteront en espaces ou pavillons français, mais aussi en rencontres d'acheteurs pour des secteurs nouveaux. Je pense à la construction navale, car le Brésil voit aujourd'hui ses chantiers navals exploser, dynamisés par le pétrole. Nous allons donc monter une opération avec le Gitran dans ce domaine. Autre secteur, et très porteur : le nautisme. Nous mènerons ainsi des missions de découverte de marchés et des opérations visant à couvrir tous les secteurs de l'économie brésilienne.

Trois grands thèmes, relayés dans la vidéo de la Ministre, marqueront les manifestations. Tout d'abord, les innovations dans l'art de vivre à la française seront véhiculées par une exposition et un colloque sur la maison intelligente. Nous participerons à CASA COR, une opération de très grande qualité au Brésil dans le domaine de la décoration, du bien-être, des cosmétiques, domaines à fort potentiel industriel au Brésil. Le deuxième secteur est celui de la mobilité durable, incluant le transport, la logistique, l'aménagement urbain. Enfin, dans le cadre de cette année, seront mis en avant la santé et les biotechnologies.

Ubifrance ambitionne de vous donner les moyens de venir découvrir le marché et de participer fortement à cette année de la France. Le défi est grand : les Brésiliens ont en effet organisé une année du Brésil en France particulièrement riche en événements, avec près de 2 000 manifestations. Nous aimerions les égaler à cet égard, sur les thèmes de la création, des technologies et de l'innovation : tous les domaines où la France est présente. Il s'agira du fil rouge de l'ensemble de la programmation.

Les partenaires sont tous mobilisés. Pour une visibilité accrue, nous avons demandé à Ubifrance de participer à des manifestations en France sur le Brésil. Cela a déjà commencé en France, avec un encart dans Les Echos. Nous ferons également une communication appuyée par le biais des médias brésiliens, en cherchant des partenariats avec les grands journaux. Nous envisageons notamment de publier des numéros spéciaux, afin d'informer sur les technologies françaises, avec l'aide de notre bureau de presse de Sao Paulo.

Les « Road shows » avec la Chambre de commerce, les CCEF et mes collègues des missions économiques  sont en cours, dans le but d'évoquer le Brésil dans les régions françaises et d'essayer de faire venir le maximum d'entreprises sur le marché brésilien en 2009. La mission économique n'est pas omnipotente et ne souhaite pas le devenir. Nous souhaitons, via la labellisation, que des partenaires des Chambres de commerce ou les opérateurs privés montent des manifestations. Cela a déjà était fait avec l'aide d'Ubifrance. Nous espérons que cette année de la France permettra de nouvelles initiatives d'opérateurs privés qui voudront entrer dans le jeu et jouer cette image collective. Les grands secteurs où nous serons présents seront l'aéronautique, le spatial, le naval et le nautisme, avec notamment des opérations importantes sur AEROBRASIL. En ce qui concerne la santé, les temps forts seront le salon HOSPITALAR, grand rendez-vous médical du Brésil, ainsi qu'un colloque franco-brésilien de médecine sur le thème de l'innovation. Cette rencontre réunira des universitaires, des grands professeurs de médecine français et des industriels. L'idée de l'année de la France au Brésil est de réaliser des pôles de compétitivité dans ces trois composantes : recherche, universités et entreprises.

L'environnement est aussi un thème très important et de nombreuses manifestations françaises auront lieu, avec des salons spécialisés au Brésil. Concernant les TIC, la France sera le pays invité du salon CARDS, et du salon futurcom. Nous aurons également de nouvelles opérations, dans les domaines de l'informatique appliquée au secteur bancaire et des acteurs des télécommunications qui se sont restructurés cette année.

Concernant la mode, le design et la décoration, nous serons pour la première fois présents sur les fashion weeks  en 2009. Nous pourrons envisager une exposition itinérante pour présenter le nouveau design industriel français. Dans le domaine de la maison, notre objectif est la promotion de nouveaux matériaux.

L'énergie est un secteur important : le Brésil y joue un rôle international de premier rang. Nous allons monter des rencontres franco-brésiliennes dans le domaine du nucléaire, au coeur de l'actualité. En outre, nous serons présents sur le salon pétrole et gaz au nord de Rio.

Les biens industriels sont également concernés, notamment le secteur automobile et les machines outils, une des forces de nos exportations sur le Brésil.

Le BTP et les transports sont aussi un domaine où nous sommes présents et allons monter en puissance. Par ailleurs, l'agroalimentaire n'est pas oublié non plus. J'ajoute que les grands Chefs français de Sao Paulo et de Rio établissent actuellement leur programmation pour faire connaître la cuisine et la gastronomie françaises. Celles-ci seront à l'honneur pendant cette année de la France.

Nous avons également l'ambition d'organiser une rencontre franco-brésilienne sur le droit des affaires. Nous aimerions faire venir des cabinets juridiques français spécialisés dans le domaine fiscal et les directions juridiques des sociétés implantées au Brésil. En effet, nous constatons un décalage entre la direction juridique française et les actions de la filiale, en regard du droit brésilien.

La formation est un problème central pour les sociétés françaises implantées au Brésil. Nous trouvons de très bons ingénieurs dans tous les domaines. Cependant, dans certaines régions comme Rio, et dans des secteurs tels que la sidérurgie, l'automobile ou le pétrole, nous peinons à trouver des Bac+2. Ceux-ci auraient idéalement une formation de techniciens de niveau BTS. L'organisation d'un colloque sur les ressources humaines et la formation devrait donc s'adresser à ce type de formation professionnelle

Nous espérons aussi disposer d'un petit pavillon français sur le salon de la Coupe du monde. Certains marchés restent en effet à décrocher, tels que la coupe du monde panaméricain.

La Chambre de Commerce commencera l'année par l'édition d'un beau livre sur la présence économique française au Brésil. Il s'agira de l'ouvrage de référence de cette année de la France au Brésil. Dans le domaine commercial, un grand forum économique est programmé pour la fin de l'année de la France, en novembre 2009. Notons aussi la mise en place d'un prix « Personnalités » spécial Année de la France au Brésil.

Des actions de la chambre de commerce viendront s'ajouter à ce calendrier.

J'ajouterai juste un mot sur l'organisation. Deux commissariats s'en chargent, un commissariat français présidé par Yves SAINJOUR, dont la Commissaire est Anne JOUILLAU, qui travaille chez Culture France. Nous travaillons en partenariat avec un commissariat brésilien. Ces contacts sont intéressants pour vous en termes d'action universitaire et scientifique. Par ailleurs, Ubifrance reste le point d'entrée en matière commerciale. Nous attendons aussi les projets des entreprises. Vous serez les bienvenus, et nous essaierons de vous soutenir au mieux. Merci.

M. Marc Antoine LOPEZ
Chef de projet UbiFrance

Je vais vous présenter les rencontres d'affaires. Je suis en charge, chez Ubifrance, de l'organisation de ces rencontres du 10 au 14 novembre. Notre volonté est de vous rendre possible ce Brésil dynamique dont nous parlons. Nous avons cherché des outils à mettre à la disposition des entreprises, pour qu'elles puissent identifier, analyser et prendre possession de cette réalité brésilienne.

Nous avons décidé de la constitution d'une semaine sur le Brésil, du 10 au 14 novembre, par le biais de rencontres d'affaires. Il s'agit d'un projet développé depuis 4 ans chez Ubifrance, après le Mexique, l'Inde, la Chine, le Maroc et la Tunisie. Pour mener à bien nos projets, plusieurs paramètres nécessitent d'être juxtaposés.

Dans le cadre des rencontres France-Brésil, notre action va consister en trois grandes étapes. La première étape, le 10 et 11 novembre à Sao Paulo, sera une convention dédiée à des rencontres B to B. Suivront des extensions régionales, car le Brésil est riche et varié. Enfin, nous terminerons le 14 novembre par une ouverture sur l'Amérique latine, via le colloque organisé par les conseillers du commerce extérieur. Maître CHENUT évoquera cette question. La convention d'affaires induit la juxtaposition de 4 grands paramètres.

Les rencontres B to B constituent le centre de la problématique. Il s'agit d'organiser des programmes de rendez-vous dédiés aux entreprises selon leurs desiderata dans une unité de lieu, de temps et d'action bien définie. Les rendez-vous font l'objet de modes opératoires de qualification et sont le coeur de nos rencontres d'affaires. Nous avons l'objectif ambitieux d'amener une centaine d'entreprises françaises à la rencontre de 300 entreprises brésiliennes. Ces rencontres auront lieu par le biais d'un dense programme de 12 rendez-vous sur 2 jours, offrant la possibilité d'échanger avec des entreprises brésiliennes du même secteur.

Cependant, le Brésil est un pays complexe, qui ne peut être abordé simplement. Nous mettrons donc à disposition des entreprises « un village expert » de professionnels du marché brésilien. Il s'agira de banquiers, juristes, logisticiens ou spécialistes des ressources, qui auront pour mission de répondre aux questions des entreprises présentes sur le forum.

Ainsi, une entreprise sortant d'un rendez-vous B to B avec la possibilité d'un contrat de distribution, pourra immédiatement voir un avocat sur le forum pour examiner les propositions. Dans le cadre du suivi de l'opération, le « village-expert » permettra aux entreprises, à leur retour en France, de s'appuyer sur les professionnels rencontrés.

Les séminaires sont le troisième paramètre. Nous proposerons des séminaires à la carte, sur l'approche du consommateur brésilien, les ressources naturelles, le partenariat. Ces modules permettront aux entreprises de prendre réellement conscience du marché.

En outre, les rencontres événementielles networking réuniront l'ensemble de la communauté d'affaires. Ensuite, nous offrons le choix des conventions d'affaires aux entreprises, principalement sur Belorizonte. Ainsi, les entreprises peuvent aller à la rencontre de la réalité du pays. Nous mettons en place des rencontres professionnelles, mais aussi des visites collectives sur le terrain dans des entreprises ou centres commerciaux, par exemple. Il s'agit ici de l'étape « d'extension ».

Je laisserai Maître CHENUT vous parler de la dernière étape.

Afin de visualiser ces informations, je vous propose de regarder un film, qui synthétise les différentes expériences en Inde, en Chine et au Mexique. Le film résume les avantages qu'il est possible de tirer de ces forums. Lors des précédents forums, nous avons fait l'objet de critiques. Nous en avons tenu compte, notamment sur la qualification des entreprises. Pour le forum Brésil, nous avons décidé d'un mode opératoire consistant à transmettre aux entreprises intéressées une fiche diagnostic simple. Ensuite, nous transmettons cette fiche aux experts des missions économiques afin qu'ils établissent un diagnostic produit/marché, qualifiant la démarche de l'entreprise. Nous retournons vers l'entreprise en lui donnant ce diagnostic, qui est une véritable valeur ajoutée. Les rendez-vous s'établissent grâce à un logiciel de match-making qui permet aux entreprises de gérer en toute autonomie leurs rendez-vous.

J'aborderai un dernier point concernant les prix. Nous vous proposons deux formules, une formule séjour court à 1 300 euros, limitée à la convention d'affaires à Sao Paulo, et une formule séjour long, à 1 800 euros. Le prix comprend tous les rendez-vous, les hébergements, la restauration, les déplacements, ainsi que l'interprétariat. Ainsi, chaque entreprise aura son interprète attitré tout au long de l'opération.

Je passe la parole à Maître CHENUT concernant le colloque du CCEF du 14 novembre, à Rio. Merci et à bientôt à Sao Paulo.

M. Charles-Henry CHENUT

J'ai le plaisir de prendre la parole au nom de la Commission Amérique latine et Caraïbes des conseillers du commerce extérieur de la France. Cette commission organise chaque année un colloque régional. Cette année, nous avons donc décidé de proposer à nos partenaires habituels d'inclure notre colloque dans la semaine d'affaires qui vient de vous être présentée.

La grande majorité des Conseillers du commerce extérieur présents au Brésil participent à cet événement : 250 patrons français, les ambassadeurs, les services consulaires, les missions économiques, ainsi que des personnalités locales de haut rang invitées et vous, PME et PMI françaises.

Vous aurez l'occasion de rencontrer des opérateurs privés franco-brésiliens sur une zone élargie. Nous quitterons en effet la frontière du Brésil pour nous étendre sur l'ensemble de l'Amérique latine et des Caraïbes.

J'aimerais dire quelques mots du programme. Le jeudi 13 novembre sera dédié à des sujets régionaux macro économiques et à des règlements internes. Le vendredi est consacré à des ateliers sectoriels géographiques (Panama - Colombie) ou thématiques (à titre d'exemple, le pétrole lourd au Brésil -les infrastructures au Mexique).

Ces événements entrent en complémentarité avec les journées de lundi et de mardi. La forme de notre colloque sera différente : il s'agira d'ateliers et de tables rondes, d'une réunion informelle entre les PME et les entrepreneurs français présents en Amérique latine. Nous souhaitons répondre de manière pragmatique à vos questions et avoir un retour d'expérience. Ces actions sont à équidistance du village-expert, qui consiste en rendez-vous individuels et des séminaires thématiques.

L'ultime élément incitatif à mentionner est le lieu : Rio est un cadre des plus agréables. Nous comptons sur votre présence, merci.