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COLLOQUE AMÉRIQUE LATINE (25 mars 2004)


Table des matières


Amérique latine 2004
A la recherche d'un nouveau développement ?
La gestion des entreprises
face aux nouvelles stratégies de croissance

Actes du colloque SÉNAT-UBIFRANCE-IHEAL

Jeudi 25 mars 2004

Sous le haut patronage de :

Christian PONCELET, Président du Sénat

Nicolas FORISSIER, Député, ancien Président du CFCE

Sous l'égide des Présidents des trois groupes interparlementaires du Sénat pour la zone :

Gérard CORNU (France-Mexique et pays d'Amérique centrale)

Michel DREYFUS-SCHMIDT (France-Caraïbes)

Roland du LUART (France-Amérique du Sud)

En présence de :

José Antonio GARCIA BELAUNDE, Directeur général, Communauté andine des Nations (CAN)

Andrès SOLIMANO, Conseiller régional, CEPAL - ONU

Et de nombreux représentants de la communauté d'affaires française en Amérique latine

En collaboration avec l'Institut des Hautes Études de l'Amérique latine (IHEAL)

Ouverture

Michel GUERRY,
représentant de Christian PONCELET,
Président du Sénat

Madame et Messieurs les Ambassadeurs,

Messieurs les Directeurs,

Mes Chers Collègues,

Mesdames, Messieurs,

Je suis particulièrement honoré d'accueillir aujourd'hui ce colloque économique sur l'Amérique Latine, à peine trois semaine après l'importante rencontre qui a réuni au Sénat la quasi-totalité des diplomates latino-américains et des Caraïbes accrédités en France.

Beaucoup des ambassadeurs ici présents étaient déjà parmi nous le 3 mars, et c'est avec le même grand plaisir que je salue aujourd'hui les efforts pour promouvoir l'image de leurs pays auprès des grandes compagnies françaises, représentées en grand nombre dans cette salle.

Ce colloque est l'aboutissement d'une large coopération : placé sous l'égide des trois groupes interparlementaires France-Amérique du Sud, France-Mexique et pays d'Amérique centrale et France-Caraïbes, il a été bâti en partenariat avec Ubifrance (ex-CFCE) et - c'est une première pour nous - en collaboration avec l'Institut des Hautes études pour l'Amérique latine (IHEAL).

Les aléas du calendrier ont voulu que je sois retenu au moment où s'ouvrent vos travaux, mais mon soutien et l'attention que je leur porte n'en sont pas moindres.

Après les bouleversements économiques et politiques qui ont secoué de grands pays latino-américains ces trois dernières années - on pense évidemment au Brésil et à l'Argentine, même si plusieurs autres ont aussi été concernés - le thème qui nous réunit est d'une brûlante actualité : « Amérique latine 2004, à la recherche d'un nouveau développement ? ».

Le nombre et la qualité des intervenants qui vont se succéder à la tribune me dispenseront d'aborder le fond du sujet.

En revanche, je crois utile d'insister sur la toile de fond des relations entre la France et l'Amérique latine, en soulignant l'importance des liens qui nous unissent à cette région du monde, où nous avons tissé des relations humaines d'une densité particulière.

Nos affinités ne sont pas seulement historiques et intellectuelles, elles touchent des pans entiers de la vie sociale latino-américaine, qu'il s'agisse des institutions politiques, de la sphère juridique, (nous le rappellerons ici-même dans quelques jours, lors du colloque sur la codification en Amérique latine organisé dans le cadre de la célébration du bicentenaire du Code civil), ou, bien entendu, du secteur économique.

A cette proximité de l'esprit s'ajoute une continuité territoriale : la France, on a parfois tendance à l'oublier, est présente sur le continent sud-américain, avec ses départements français d'Amérique, la Guadeloupe, la Martinique et bien sûr la Guyane. C'est du reste avec l'un des pays de la zone -le Brésil, pour ne pas le citer- que la France a sa plus longue frontière : 650 km.

Nos entrepreneurs doivent savoir que ces trois départements peuvent jouer un rôle de tremplin pour la coopération avec les pays d'Amérique latine, y compris au-delà de la seule région Caraïbes.

Un autre dénominateur commun unit les pays d'Amérique latine et un nombre croissant d'États européens : je pense ici au mouvement commun d'intégration régionale, qui cimente depuis bien des années de grands espaces économiques de chaque côté de l'Atlantique.

Si ces ensembles régionaux -qui, il est vrai, imposent des contraintes- peuvent être source de perplexité pour certains, ils sont surtout un extraordinaire atout de développement, dont les pays d'Amérique latine savent profiter.

Les poids croissant de ces nouveaux partenaires -le Mercosur, par exemple- optimise le dialogue avec l'Union européenne, qui a d'ailleurs décidé de mettre en place avec eux un partenariat ambitieux, fondé sur des liens politiques, économiques, commerciaux et culturels.

Je signale d'ailleurs que c'est à une initiative franco-espagnole que l'on doit cette avancée, dont une nouvelle étape doit s'ouvrir lors du troisième sommet Union Européenne/Amérique latine, prévu au Mexique à la fin du mois de mai.

Pour ce qui le concerne, le Sénat s'emploie activement à renforcer les liens entre la France et les États sud-américains, par exemple en appuyant la candidature de notre collègue chilien, le Sénateur PAEZ, à la présidence de l'Union interparlementaire.

A une période où beaucoup de nos entreprises découvrent que les marchés d'Amérique du Nord ne sont plus aussi ouverts que par le passé, certaines d'entre elles gagneraient à élargir leur horizon pour s'orienter vers un marché sud-américain qui -je le rappelle- représente déjà 500 millions d'habitants et probablement plus de 700 millions d'ici une quinzaine d'années.

Certes, l'implantation en Amérique centrale ou en Amérique du Sud n'est pas toujours un choix facile, surtout dans des pays d'accueil qui, dans certains secteurs, -la viticulture ou l'élevage, par exemple- sont aussi de redoutables concurrents.

Pour autant, l'Amérique latine offre des perspectives très prometteuses dont -j'en suis certain- les intervenants de ce colloque sauront vous convaincre.

A tous, je souhaite de bons travaux, en espérant que vous garderez un excellent souvenir de votre passage au Sénat et que vous y reviendrez.

Agnès GABORIT,
représentante de Nicolas FORISSIER,
Député, ancien président du CFCE

Messieurs les sénateurs,

Madame et Messieurs les ambassadeurs,

Mesdames, Messieurs,

Je souhaite tout d'abord excuser le député Nicolas Forissier qui ne peut pas être présent parmi nous ce matin. En effet, il est en Argentine, accompagné d'une délégation parlementaire, pour assister au lancement de la Peugeot 307 dans ce pays.

Le partenariat Sénat-CFCE est devenu le partenariat Sénat-Ubifrance, depuis le changement de nom de la CFCE. Le colloque d'aujourd'hui est organisé chaque année, depuis quatre ans, par l'Institut des Hautes Etudes de l'Amérique latine. Nous sommes très heureux que le Sénat s'y soit associé cette année.

Je salue la présence dans la salle de plusieurs ambassadeurs de la zone. Je remercie tout particulièrement les participants venus d'Amérique latine. Je me réjouis par ailleurs de la fructueuse collaboration que nous avons avec les conseillers du commerce extérieur de la France dans cette région.

Il s'agit, ce matin, de parler de croissance, de politique de développement, de croissance durable et de gestion des cirses. L'Argentine a repris le chemin de la croissance, avec un taux prévisible de 3,5 % pour 2004. Il n'en demeure pas moins que la recherche de solutions pour réduire la pauvreté est devenue une priorité régionale, puisque 44 % de la population de la région continue d'être considérée comme pauvre. Le développement des exportations latino-américaines pourrait en tout état de cause constituer une troisième voie de développement intéressante. Quoi qu'il en soit, la plupart des processus d'intégration externe ou interne reste aujourd'hui inachevés, voire incertains.

Dans cet environnement incertain et risqué, il nous est apparu indispensable de donner la parole aux entreprises françaises, afin qu'elles témoignent des difficultés rencontrées mais aussi, je l'espère, des opportunités en présence. Je souhaite par conséquent que ce colloque vous aide à mettre en place vos stratégies de développement dans ce pays.

Je vous remercie.

Les débats seront animés par Jean-Michel BLANQUER, Directeur de l'Institut des Hautes Études de l'Amérique latine.

Entre sorties de crise et développement durable,
à la recherche d'une nouvelle croissance :
quelles perspectives pour la région ?

José Antonio GARCIA BELAUNDE,
Directeur général, Communauté andine des Nations (CAN)

Bonjour à tous.

Trop souvent, l'État était présent, en Amérique latine, dans des secteurs qui ne le concernaient pas directement. Désormais, son influence est réduite. Aujourd'hui, les déficits publics de nos pays sont tout à fait gérables. Nous avons accru nos exportations.

Nous avons repensé nos processus d'intégration. Nous sommes, à mon sens, face à l'émergence de nouveaux défis, qui vont à l'encontre des points faibles du modèle sud-américain de développement. Il importe, aujourd'hui, d'entendre les demandes sociales de plus en plus nombreuses chaque jour. il convient de prendre en compte l'émergence des mouvements et manifestations des peuples indigènes.

Le calendrier du développement tend à combler le fossé existant entre les différentes catégories de la population. Il correspond à un calendrier international très exigeant, celui de la globalisation et de l'insertion. Nous l'envisageons à travers des outils très concrets, comme l'ALCA, l'ALENA ou les négociations avec l'Union européenne.

Il faut comprendre comment fonctionne l'intégration, dans un nouveau contexte calendaire assorti d'échéances extrêmement urgentes - et qui nécessitent des États responsables. Nous pouvons offrir des succès, des acquis. De fait, nous bénéficions de 35 années d'intégration et nous disposons notamment d'un important patrimoine juridique et institutionnel. N'oublions pas, par ailleurs, que les premières exportations des États-Unis et de l'Europe ont réellement intéressé l'Amérique latine.

Certes, il existe encore aujourd'hui des frustrations. Nous ne sommes plus présents dans le commerce international. Un quart de nos populations vivent en situation d'extrême pauvreté. Malheureusement, la solidarité est très faible, entre tous les pays andins. Pour autant, nous pouvons tenter d'articuler nos calendriers extérieur et intérieur et nos programmes, à partir de nos points forts : nos institutions, nos capacités à négocier, nos ressources, notre biodiversité (la région renferme 27 % de la biodiversité et 22 % des réserves d'eau douce de la planète).

Le CAN propose une nouvelle stratégie, qui met de côté le volet commercial du processus d'intégration, pour favoriser le développement.

Les institutions peuvent nous aider à avoir une vision stratégique cohérente. Nous devons mener de front les différentes négociations, avec l'OMC, l'Union européenne, le Mercosur et le groupe andin. Tout en encourageant une négociation plus efficace, nous devons évaluer les coûts et les gains à attendre.

Il s'agit d'ouvrir une double réflexion, sur l'accès au marché de nos produits et sur les points faibles de notre production. Nos priorités sont le développement rural et le travail avec les pays eux-mêmes. Nous éviterons ainsi l'exclusion sociale. Certaines régions, les plus actives, ont déjà une dynamique d'insertion. Elles sont au nombre de 14, dans la zone andine. Les régions frontalières, elles, ont un niveau de développement économique moindre, mais nous devons également travailler avec elles. Nous pourrons alors atteindre notre objectif de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale - et nous consacrer au volet commercial de l'intégration. Le développement du commerce passe avant tout par la libre circulation des biens, mais aussi des services (transports, télécommunications, services financiers, services aux personnes, tourisme), des capitaux et des personnes.

Enfin, élaborer un programme social et de coopération politique est également indispensable. Les ministres des Affaires étrangères des pays andins se réunissent d'ailleurs régulièrement, afin de trouver des positions communes en matière de lutte contre la drogue ou de sécurité.

Je vous remercie.

Croissance et développement économique

Andrès SOLIMANO,
Conseiller régional, Division du développement économique,
CEPAL - ONU

Bonjour à tous.

La croissance s'est ralentie en Amérique latine à partir de 1998. Cette faiblesse de la croissance s'est doublée de son instabilité et de son irrégularité. Depuis 20 ans, la croissance est d'ailleurs globalement inférieure à celle des années antérieures. La croissance attendue pour 2004 sera toutefois de 3,5 %. Ce taux n'a rien de spectaculaire, mais enregistre toutefois une avancée, témoin sans doute de la reprise mondiale, même si entre 1998 et 2003, le PIB de la région a enregistré un recul. De fait, l'Amérique latine a subi de plein fouet la crise asiatique.

Aujourd'hui, notre taux de croissance est proche de celui que nous avons connu en 1990, mais le taux d'épargne, interne et externe, est en baisse. Or nous avons besoin d'investissements forts, pour relancer notre économie. J'insiste, la faible croissance de la région s'explique par la faiblesse des investissements, mais aussi, sans doute, par l'impact négatif des prévisions pessimistes. Vous le savez, nombre de pays sont très endettés, en Amérique latine. Si l'épargne nationale ne croît pas, il ne sera pas possible de financer une croissance forte et stable par les seuls investissements étrangers.

Dans notre région, les cycles économiques sont longs en période de crise. Plusieurs années seront nécessaire pour engager une reprise. Voilà d'ailleurs 5 ans que nous connaissons un cycle de croissance lente.

La croissance mondiale a connu un ralentissement au cours des deux dernières décennies. Mais, en Amérique latine, ce ralentissement est nettement plus accentué. Par ailleurs, nous l'avons dit, la pauvreté touche 44 % de la population (200 millions de personnes) en Amérique latine. La seule croissance économique ne suffira donc pas à sortir de cette situation.

L'on observe par ailleurs que la croissance, lente, est volatile, ce qui rend la situation plus complexe encore. Alors que la volatilité de la croissance mondiale diminue, celle de l'Amérique latine, elle, augmente. L'on pourrait pourtant penser que la croissance de l'Amérique latine pourrait croître plus rapidement que celle des autres pays (à l'instar de la Chine, par exemple, dont la croissance est plus rapide que celle des États-Unis). Mais tel n'a pas été le cas.

Les trois pays qui ont enregistré la plus forte croissance, dans les années 80, sont le Brésil, le Mexique et le Venezuela. Ce sont ensuite des pays dits moyens, comme le Chili ou la République dominicaine, qui ont enregistré la meilleure croissance. Mais, aujourd'hui, la croissance est moindre et volatile, dans l'ensemble de ces pays. Pour y remédier, il importe d'accroître la productivité des facteurs économiques. Or la croissance de la productivité de ces facteurs est passée de près de 2 % à - 0,6 %, au cours des deux dernières décennies. Cette tendance est particulièrement préoccupante.

Il est grand temps de renverser ces tendances. Nous devons accélérer la productivité. Nous attendions de la réforme économique des années 90 une augmentation de la productivité. Mais les gains obtenus étaient des gains transitoires. Ils ne se sont pas inscrits dans le long terme. Désormais, nous devons concentrer nos efforts sur l'éducation, les investissements pour la recherche et les ressources qui enregistrent la plus forte productivité. Au début du XXIe siècle, nombre de pays et régions de la zone andine connaissent une croissance négative, signe de la trop grande volatilité de notre croissance.

Je vous remercie.

Discussion

Carlos QUENAN,
Professeur à l'IHEAL et économiste à CDC Ixis

Nombre d'études montrent que pour faire reculer la pauvreté, un cycle de croissance avec un taux moyen de 6 % est nécessaire. Ce taux nous semble très difficile à atteindre. Peut-être un taux de 4 à 5 % serait-il suffisant, dans un premier temps, s'il était combiné à d'autres mesures positives et un renforcement de l'effort d'investissement ?

Un consensus se fait jour pour reconnaître qu'à long terme, la croissance dépend de la productivité et de la population active disponible. L'une des causes majeures de la médiocrité de la croissance en Amérique latine est la faible de productivité des facteurs. Les réformes structurelles engagées dans les années 90 devaient entraîner un changement de cadre institutionnel et une croissance de la productivité. Or leur impact n'a pas été aussi bon qu'attendu. Comment le rendre plus durable dans le temps ?

Il s'agit d'augmenter la productivité globale et la productivité de chacun des facteurs, comme l'éducation ou la recherche, par exemple. Quelles solutions mettre en oeuvre, pour combiner croissance, lutte contre la pauvreté et insertion de la population par l'emploi.

Par ailleurs, comment l'intégration peut-elle préserver les pays de l'Amérique latine de l'instabilité internationale ? L'intégration, en soi, n'est pas un facteur de croissance à long terme. Sans croissance, l'intégration ne progresse pas. Quoi qu'il en soit, l'intégration permet d'éviter un recul de la croissance. Dès lors, quelle place donner à l'intégration pour réduire la volatilité de la croissance, dans la zone andine mais aussi dans toute l'Amérique latine ?

Tels sont les grands thèmes sur lesquels je vous propose de débattre.

José Antonio GARCIA BELAUNDE

Le CAN n'est pas encore un outil institutionnel adéquat, car il ne prend pas de décision. Quoi qu'il en soit, un travail est d'ores et déjà lancé, même si notre chemin vers la croissance durable est encore long et semé d'embûches.

Andrés SOLIMANO

Deux écoles se sont toujours affrontées, la première incriminant le contexte international et la seconde, la politique intérieure. Je pense que ces deux visions sont justes. L'Amérique latine, même si elle dépend moins qu'auparavant des produits de base, est encore très vulnérable aux fluctuations des prix de ces produits et des taux de change. Les flux de capitaux étrangers comme unique source de capital ne seraient pas une solution durable.

L'inflation, bien qu'elle demeure plus élevée que l'inflation mondiale, est en baisse. L'Amérique latine continue pourtant d'être handicapée par l'importance de sa dette. L'Argentine a proposé un échelonnement de sa dette et le Brésil tente de rendre plus flexibles les termes de la sienne. Il a d'ailleurs réussi à largement la réduire au cours des cinq dernières années. Quoi qu'il en soit, le problème de la dette extérieure demeure fondamental.

Je voudrais finir en signalant également que nous ne pouvons pas nous contenter de nous concentrer sur le seul développement des ressources naturelles, si nombreuses soient-elles. L'axe majeur de progression est l'augmentation des investissements, même si je ne vois pas bien d'où ces investissements pourraient venir.

2004, un tournant décisif pour les négociations commerciales et l'intégration régionale.
Accords commerciaux et leaderships régionaux :
quels bénéfices pour les entreprises françaises ?

L'Amérique latine et l'Union européenne

Hervé JOUANJEAN,
Directeur général adjoint Asie et Amérique latine,
DG Relations extérieures,
Commission européenne

J'étais, jusqu'à une date récente, directeur des Affaires OMC à la Commission européenne. Arrivé à mon nouveau poste, l'on m'a fait savoir que l'Amérique latine n'était pas une priorité. J'avoue avoir été pour le moins choqué par cette affirmation.

Évidemment, l'Amérique latine n'est pas une priorité dans la mesure où il n'y a pas de conflits majeurs dans cette zone. Ainsi, l'Amérique latine n'est-elle effectivement pas une priorité au titre de la paix mondiale, à court terme. Mais elle constitue réellement une priorité pour l'Union européenne, sur le plan à la fois diplomatique et économique.

Cette zone a été et reste confrontée à des déséquilibres majeurs, qu'ils soient économiques ou sociaux. Les disparités sociales sont probablement, dans cette région, les plus importantes au monde. La disparité des revenus y est supérieure à celle de la plupart des pays d'Afrique subsaharienne. Dès lors, comment s'assurer de maintien de la stabilité politique de la région ?

La cohésion sociale sera l'un des thèmes majeurs de la prochaine réunion que nous aurons à Guadalajara. L'Union européenne tentera de proposer, à cette occasion, en accord avec ses partenaires sud-américains et les institutions internationales, une sorte de programme permettant de mesurer les efforts réalisés en matière sociale.

Par ailleurs, contrairement à ce que d'aucuns prétendent, l'Union européenne ne suit pas la politique des États-Unis dans la zone Amérique latine. Elle suit un calendrier qui lui est propre ! Nous entendons nous assurer que l'Amérique latine se développe par elle-même. Nous considérons que l'intégration régionale est un facteur de développement économique. Elle constitue aussi, pour nous, le moyen de nous assurer que nos partenaires engagent les réformes internes nécessaires et sont à même d'agir en toute indépendance. C'est la raison pour laquelle nous avons engagé des négociations avec le Mercosur.

A ces pays de nous démontrer qu'ils sont capables, eux-mêmes, de s'organiser, au même titre qu'ils démontrent aujourd'hui, à mon sens, leur capacité à travailler ensemble. Différentes décisions récentes en témoignent.

Le commerce intrarégional atteint 27 % pour les pays d'Amérique centrale et à 10 % seulement pour les pays du pacte andin. Nous sommes néanmoins prêts à nous engager avec ces pays, à condition que l'intégration régionale soit un fait, que les négociations du cycle de Doha soient achevées et que les accords signés soient de niveau OMC + : nous ne sommes pas intéressés par des accords de libre-échange basiques ! Tous les secteurs doivent être couverts, notamment les services ou la liberté intellectuelle. Conscients des différents niveaux de développement en présence, nous entendons négocier des accords transitoires. 2004 pourrait d'ailleurs représenter un tournant décisif dans les relations entre l'Union européenne et le Mercosur.

Le secteur qui pose aujourd'hui le plus de problèmes est celui de l'agriculture. Des accords sont en cours de négociations. Une méthode a été établie pour gérer la libéralisation du commerce agricole entre les deux parties. Le 15 avril prochain, nous fixerons des données chiffrées - l'Union européenne et le Mercosur feront, en effet, des offres révisées. Nous sommes conscients que le Mercosur n'a pas atteint un degré d'intégration comparable à celui de l'Union européenne. Il serait donc insensé de demander à ces pays de s'ouvrir aussi rapidement que nous l'avons fait, nous. C'est pourquoi, je l'ai dit, nous sommes prêts à négocier des périodes de transition, ainsi qu'un calendrier. Mais nous ne sommes pas prêts à renoncer à nos ambitions, contrairement à ce qui pu être dit ici ou là.

Je le disais, l'année 2004 sera une année très importante pour le développement des relations entre les pays de l'Union européenne et ceux d'Amérique latine. Notre accord avec le Chili a permis un accroissement des exportations (17 % dans les deux sens). Notre accord avec le Mexique nous a permis de rétablir l'équilibre avec les États-Unis. Nous sommes le premier investisseur de l'Amérique latine. Les potentialités sont très importantes. L'accord avec le Mercosur sera, de ce point de vue, un accord sans précédent.

La recherche de stabilisation

Jean-Pierre PHILIPPE,
Vice-président Stratégie et Communication, EADS

Il faut que l'Amérique latine soit une priorité. Dans les 20 dernières années, il n'est pas de continent qui aura fait avancer la démocratie autant que l'Amérique latine. Or il est essentiel pour les entreprises de pouvoir agir dans un environnement stable.

Nous nous inscrivons réellement dans une logique d'opportunité. La construction d'une OMC + participe de notre capacité à considérer en permanence que l'Amérique latine est bel et bien une priorité. Nous sommes face à un continent d'une très grande hétérogénéité et nous ne le regardons pas de façon globale. De fait, tous les pays ne réclament pas la même posture de notre part. Certains ont un réel besoin de changement d'image. Quoi qu'il en soit, le sujet de l'Amérique latine est on ne peut plus actuel, à bien des égards. Il est en outre extrêmement stratégique.

Une priorité

L'Amérique latine représente, pour une entreprise comme la nôtre, un besoin primaire. De fait, notre premier besoin se situe dans le champ de la sécurité. Il importe d'améliorer autant que possible l'environnement juridique et d'éviter d'être confrontés à des situations bousculées. Dans ce domaine, vous le savez, les signaux sont très bons. Notre relation avec l'Amérique latine est désormais pacifiée, en termes d'anticipation. Il importe enfin d'assurer une sûreté commerciale. Il demeure que les pays d'Amérique latine sont de fait, pour nous, des pays clients.

Une orientation secondaire

Nous avons besoin, dans ce contexte de mondialisation, de bâtir des partenariats industriels stables. EADS est par exemple présent au Brésil et au Mexique. Nous montons en outre des partenariats avec plusieurs entreprises sud-américaines - partenariats susceptibles de créer une logique de gammes sur le marché mondial. Au-delà du partenariat industriel, nous favorisons la coopération technologique, dans une logique d'addition et d'association de technologies, plutôt que de transferts de technologies.

Une stratégie tertiaire

Les grandes entreprises mondialisées - EADS en est une - cherchent à évoluer, pour passer du statut de grands plateformistes à celui de systémiers. L'ensemble des pays émergents doit prendre cette stratégie en considération. Nous recherchons des partenariats très construits, des partenariats de richesses accumulées. La croisée des valeurs est fondamentale à notre réussite commune.

En conclusion, les entreprises d'Amérique latine ne doivent pas être considérées comme sous-traitantes. J'insiste, les partenariats appellent des sommes technologiques. Par ailleurs, dans la mondialisation, il n'est de survie possible qu'en tant que pays « centre ». Il faut à tout prix éviter de se retrouver en périphérie. Enfin, nous devons nous mobiliser pour reconsidérer la chaîne des priorités des décideurs publics et des entreprises : l'Amérique latine doit se situer dans les premiers rangs.

Je vous remercie.

Bilan de l'ALENA

Jacques PONTVIANNE,
Président IFI de Mexico,
Président de la section Mexique
des Conseillers du commerce extérieur de la France

Le plus fort des échanges entre le Mexique et ses partenaires de l'ALENA sont intervenus durant l'année 2000. Les échanges totaux du Mexique représentent 57 % du PIB et 76 % des échanges réalisés à l'intérieur de l'ALENA. Il apparaît qu'en 10 ans, l'ALENA n'a créé aucune diversification commerciale.

Par ailleurs, les échanges extérieurs du Mexique représentent la totalité des échanges extérieurs de tous les autres pays d'Amérique latine réunis. Les échanges du Mexique avec l'ALENA (255 milliards de dollars) représentent trois fois le commerce franco-allemand dans les deux sens. 15 000 sociétés américaines sont implantées au Mexique. Vous le voyez, l'enjeu est de taille.

L'ALENA a sans doute été un facteur d'encouragement des investissements étrangers - américains notamment. Il est d'ailleurs à noter que le rôle du Canada est souvent minoré, dans les statistiques. De fait, nombre de flux ont pour destination finale le Canada, même s'ils transitent par les États-Unis. De son côté, l'Union européenne a décidé de réagir rapidement après la création de l'ALENA. Auparavant, les échanges de l'Union européenne avec le Mexique représentaient 9 % du commerce extérieur mexicain. Ils ne représentent pourtant aujourd'hui que 6 %. Au sein de l'Union, la part de la France ne cesse de reculer. Cette année, nous sommes le 11ème fournisseur mondial du Mexique, alors que nous étions encore le 6ème il y a seulement 10 ans. La Chine est quant à elle devenue le deuxième fournisseur mondial du Mexique en 2003. Dans trois ans, elle sera plus présente dans ce pays que l'Union européenne dans son ensemble.

Je ne pense pas, par ailleurs, que toutes les entreprises aient leur place en Amérique latine. Les flux d'investissements français sur 10 ans au Mexique sont négatifs. Le Luxembourg investit plus que la France ! Ce recul des investissements s'explique notamment par le départ de France Telecom du Mexique. Nous sommes devenus de fait le 10ème investisseur européen au Mexique, contre le 5ème lorsque France Telecom y était présent. Au final, il apparaît que l'on ne peut pas demander à un accord de libre-échange d'être autre chose qu'un accord commercial basique. Le Mexique compte aujourd'hui des accords de libre-échange avec 29 pays, le dernier d'entre eux étant l'accord avec le Japon. Cela étant, toutes les questions délicates sont laissées de côté par ces accords.

Amérique latine : un risque pays en amélioration ?

Guy LONGUEVILLE,
Responsable Analyses Risque Pays, BNP Paribas

Mon message est clair : il existe une réelle amélioration du risque pays, mais cette amélioration reste faible !

Entre 1999 et 2003, la croissance de la zone Amérique latine a été inférieure à celle des autres zones du monde. Elle a toutefois commencé à rattraper son retard depuis cette année. La croissance est de retour en Amérique latine, portée par un environnement mondial favorable :

- reprise du commerce en volume ;

- hausse du prix des matières premières ;

- liquidité mondiale importante et moindre aversion pour le risque.

En 2003, cette croissance a uniquement été tirée par des facteurs externes. En revanche, 2004 devrait voir repartir la demande interne. La demande externe, elle, devrait poursuivre sa progression. Les exportations sont stimulées par la hausse du prix des matières premières et par les taux de change. La Chine représente globalement un complément pour les pays de l'Amérique latine, exception faite du Mexique, plutôt qu'un concurrent comme avec les pays de l'OCDE.

La croissance sera-t-elle durable ? Je pense que l'Amérique latine dispose de conditions internes bien meilleures que celles qu'elle a connues lors des reprises précédentes. De fait, l'inflation est moindre. Sa réduction améliore la réceptivité des acteurs à des politiques monétaires. Par ailleurs, la liquidité et la solvabilité se sont améliorées. En 2003, le compte courant de l'Amérique est quasiment équilibré. Le soutien du FMI est plus fort que par le passé. Enfin, la flexibilité du change offre des marges de manoeuvre supplémentaires. Ainsi, les contraintes extérieures sont moins fortes que par le passé et l'Amérique latine est en meilleure position pour tirer profit de la reprise mondiale. Il importe toutefois qu'elle parvienne à accroître sa productivité globale.

Deux contraintes demeurent cependant pesantes : une contrainte de vulnérabilité financière et une contrainte sociale. Le ratio des dettes publiques ne s'améliore pas. Par ailleurs, les privatisations sont moins nombreuses qu'auparavant. Enfin, le service de la dette extérieure est extrêmement élevé. Le taux de croissance du PIB par habitant en moyenne mobile sur cinq ans est en recul. Ce cumul de cinq années explique en partie tous les troubles sociaux que la zone a connus récemment, ainsi que les changements politiques. Pour finir, je dirai que l'acceptabilité des réformes par les populations est une donnée majeure. Tous les pays ne sont pas favorables aux privatisations ou à une économie de marché.

Débat

Un intervenant dans la salle

Ma question s'adresse à Monsieur Jouanjean. Vous avez indiqué que les pays d'Amérique latine doivent s'organiser eux-mêmes s'ils veulent signer un accord avec l'Union européenne. Ne pensez-vous pas, cependant, qu'il faudrait avant tout travailler à l'organisation interne des pays ?

Hervé JOUANJEAN

Les aides financières de l'Union européenne sont de taille, souvent bien plus élevées que les aides apportées par les États-Unis. Et elles visent notamment à faciliter le développement institutionnel.

Un intervenant dans la salle

La pauvreté est souvent citée comme un problème. Mais ne peut-on pas y voir également une ressource pour nos entreprises françaises, en considérant les niches et les segments qui existent de ce fait ? Les besoins sont forts pour les catégories les moins favorisées de la population. Par ailleurs, je pense que le secteur bancaire a beaucoup à nous apprendre en matière de segmentation de la demande.

Jean-Pierre PHILIPPE

Nous sommes de plus en plus dans des approches qualitatives et stratégiques. Dans certains secteurs, nos positions s'améliorent. Je pense notamment à l'aéronautique, au spatial et à la sécurité. La segmentation positive jouera probablement en notre faveur dans les prochains mois ou les prochaines années.

Jacques PONTVIANNE

Certes, les pauvres constituent une niche, mais une niche moins intéressante pour les entreprises françaises que ne l'est le marché des riches. C'est dur à dire, mais c'est ainsi.

Guy LONGUEVILLE

Au Brésil, les banques sont globalement en bonne santé financière. Elles ont de quoi octroyer des prêts, mais leurs taux sont très élevés et les droits de créance ne sont pas toujours respectés. Par ailleurs, l'intermédiation bancaire ne joue pas son rôle de réallocation de l'épargne par l'investissement, dans les pays de la région, y compris au Brésil.

Un intervenant dans la salle

Pouvez-vous développer le sujet des externalités ?

Jean-Pierre PHILIPPE

Nous sommes dans des cycles d'investissement longs. Les effets de collaboration multiple sont très riches. Pour résumer ma pensée, je dirai qu'il ne faut pas parquer l'intelligence, mais la partager. C'est pourquoi nous privilégions les approches qualitatives.

Un intervenant dans la salle

Ma question s'adresse à Monsieur Jouanjean. Vous avez indiqué que l'Union européenne engageait des négociations directes avec les pays de la communauté andine. Ces dernières ne risquent-elles pas d'aller à l'encontre des intérêts nord-américains, accentuant, à terme, des dissensions déjà existantes entre les États-Unis et l'Union européenne ?

Hervé JOUANJEAN

Cela nous laisse totalement indifférents ! Les pays latino-américains attendent tous un renforcement de leurs relations avec l'Union européenne. Sans compter que l'Amérique latine et l'Union européenne ont de nombreuses préoccupations communes. Je pense par exemple aux procédures judiciaires actuellement menées par le tribunal pénal international. Dans les enceintes internationales, le Mexique est plus souvent aligné sur les positions européennes que sur les positions américaines.

De la gestion des crises
aux nouvelles stratégies de croissance :
comment les entreprises s'adaptent
à un environnement de risque ?
Les stratégies à suivre en cas de crise

François DOSSA,
Président de la Société générale Brésil,
Président de la section Brésil
des Conseillers du commerce extérieur de la France

La question qui sert de fil conducteur à cette partie de notre colloque est très pertinente, tant les crises sont légion en Amérique latine. Nous y vivons réellement dans un environnement de risque.

Au cours des premiers mois de l'année 2002, la situation du Brésil était comparable à celle de la Suisse. Or, à compter du printemps, avec l'arrivée des élections, l'inquiétude a explosé. Le risque pays a atteint des sommets et les flux de capitaux se sont taris. En août, un accord a dû être conclu en toute urgence avec le FMI. La situation était alors comparable à celle du Nigeria. Les répercussions de cette volatilité sont bien évidemment très importantes, pour les entreprises.

Lorsqu'une crise survient, deux solutions peuvent être mises en oeuvre par les entreprises : le départ pur et simple du pays, ou l'adaptation et la recherche d'une stratégie de croissance. La première solution rend particulièrement complexes les conditions d'un éventuel retour ultérieur. Souvent, le départ s'explique par l'incompréhension de la situation. Les problématiques propres aux pays d'Amérique latine doivent être minutieusement étudiées avant le départ avant d'être présentées aux directions générales.

La stratégie d'adaptation doit prendre en compte l'évolution des taux de change. Ainsi, lorsque le chiffre d'affaires est réalisé dans une monnaie donnée, il importe de ne pas s'endetter dans une autre monnaie ou, le cas échéant, prévoir des couvertures. Dans les pays d'Amérique latine, il convient en outre de maximiser le capital. Le recours à la dette coûte très cher. C'est pourquoi il peut être intéressant de se développer sur fonds propres (ceux de la maison mère, par exemple). Et l'endettement bancaire, s'il ne peut pas être évité, doit être fait dans la monnaie locale.

S'adapter nécessite en outre de faire preuve d'une grande réactivité. En cas de crise, il importe d'aller très vite pour réduire les coûts, faire des plans sociaux, déménager, etc. Tel a été le cas d'Alcatel. La réactivité doit y être bien plus forte que dans nos pays. La création de plates-formes régionales permet par ailleurs, pour citer cette autre mesure, de réduire ses coûts. Air France, par exemple, a créé un centre d'appels unique pour tous les pays du cône sud.

Enfin, en période de crise, l'adaptation peut et doit se faire par le haut. Je pense ainsi à la sortie de crise par l'exportation. Cette solution permet notamment de conquérir de nouveaux marchés et de lisser les résultats globaux grâce aux bénéfices export. Je pense encore à l'orientation de la production vers des produits moins sophistiqués.

En conclusion, je dirai que l'Amérique latine est une région dans laquelle il faut s'implanter pour le long terme. De fait, il s'agit d'une région complexe. Il faut être prêt à une très grande réactivité. C'est pourquoi il importe d'avoir des cadres locaux. Il faut se prémunir contre les variations de change et limiter autant que faire se peut sa dette bancaire. Il faut avoir un bon mix entre le marché local et l'export. Enfin, il faut savoir adapter ses produits. Le cas échéant, les gains peuvent être à la hauteur des risques pris. Cela vaut généralement vraiment la peine !

Le démarchage de projets d'infrastructures

Jean-Claude FEDERAK,
Responsable commercial Amérique latine et Caraïbes, SAGEM SA

La pauvreté est largement liée, en Amérique latine, à une production industrielle trop faible. Aujourd'hui, les gros projets d'infrastructures sont devenus rares et par trop échelonnés dans le temps. L'Amérique latine court vers une grave crise énergétique - fait d'autant plus paradoxal que ce continent dispose des ressources énergétiques nécessaires à son développement.

Aussi faut-il réfléchir à de nouveaux montages avec les institutions gouvernementales, les banques multilatérales et le secteur privé. Cela demande du temps et des budgets conséquents. Et, bien évidemment, les projets d'infrastructures sont générateurs d'emploi ! Le secteur des télécommunications engage par exemple de nombreux travaux d'infrastructures. En dépit du fléchissement de l'activité au niveau mondial, il n'a pas enregistré de ralentissement en Amérique latine en raison du déficit d'équipements et de la privatisation de tous les opérateurs nationaux. En Colombie, par exemple, des projets ont pu être développés grâce à une combinaison d'investissements privés et publics. Mais, en règle générale, il existe un déficit de projets en Amérique latine.

Tous les actifs du secteur des télécommunications ayant été vendus, s'opère désormais un retrait des opérateurs américains, corrélé à l'apparition de nouveaux investisseurs comme le sont les Mexicains. Ces derniers ont pris des risques importants, en investissant en Argentine et au Brésil. Ces investissements se sont révélés très fructueux. Le Mexique est aujourd'hui le troisième opérateur de la région, après les Espagnols et les Italiens. J'ajoute que la téléphonie rurale constitue, à mon sens, un créneau intéressant pour la France.

Dans le domaine de l'industrie des télécommunications, les investissements directs impliquent une parfaite connaissance du pays. C'est pourquoi la solution la plus souvent retenue est celle d'un partenariat avec une industrie locale. Quoi qu'il en soit, l'environnement juridique doit être parfaitement stable. Or tel n'est pas encore le cas en Amérique latine, notamment en matière de protection des brevets et des marques. Ainsi, si vous voulez faire venir des industriels dans vos pays, soyez intransigeants quant au respect des brevets et des marques.

Les investissements européens en Amérique latine

Javier SANTISO,
Économiste en chef pour l'Amérique latine, Banque de Bilbao-BBVA

L'Espagne a fait un pari massif sur l'Amérique latine, au cours des années 90. Aujourd'hui, les entreprises ibériques sont devenues ce qu'elles sont, grâce à l'Amérique latine. Les entreprises de l'Ibex 35, équivalent du CAC 40, se sont toutes déployées dans cette région. J'ajoute que la capitalisation boursière de BBVA a augmenté de 1 000 % depuis son implantation en Amérique latine. En France, l'on pourrait citer l'exemple de l'implantation de Carrefour, tout à fait réussie. Je signale enfin que depuis le début de l'année, les entreprises espagnoles investissent massivement en Amérique latine. Je pense tout particulièrement aux opérateurs de téléphonie.

BBVA est une banque largement décentrée en Amérique latine, même si sa maison-mère est en Espagne. Ses employés sont plus nombreux dans cette région qu'en Espagne. La stratégie y est celle du développement de franchises. Aujourd'hui, BBVA est le premier opérateur de fonds de pension en Amérique latine et ce dans des pays aussi différents que le sont la Bolivie ou le Mexique.

Toutes les niches intéressent les opérateurs bancaires. L'Amérique latine offre autant d'opportunités que de risques. Permettez-moi d'insister ici sur les opportunités. La région est dans un cycle ascendant. L'on table sur une croissance de près de 4 % pour 2004. Pour la première fois depuis longtemps, tous les pays de la région croîtront cette année. Au Chili, la croissance devrait même atteindre 5 %.

La situation macroéconomique, nous l'avons vu, est différente de celle des précédentes sorties de crise. Le taux d'inflation est inférieur à 10 % dans les 8 plus grands pays de la région. Les déficits fiscaux se sont réduits. La balance des comptes courants est mieux équilibrée que par le passé. Un fort effet d'entraînement, du point de vue commercial, tire toute la région vers le haut. Au cours des deux premiers mois de l'année, des opérations de fusion-acquisition ont été enregistrées pour près de 20 milliards de dollars.

Dans le domaine de la sécurité juridique, le défi est de taille pour les investisseurs étrangers. Le flux des investissements étrangers s'est en effet réduit au cours des dernières années. La stabilité du contexte juridique devrait permettre d'y remédier. J'y vois même un large pan d'opportunités pour l'engagement de réformes en Amérique latine, qu'il s'agisse des réformes microéconomiques ou des réformes macro-économiques.

Il n'y a pas d'élections présidentielles en vue avant 2006, en Amérique latine. L'expérience du gouvernement Lula sera centrale. L'échec ou la réussite de ses réformes induira ou non un risque de bifurcation politique dans la région. Là encore, il importe d'être conscient des opportunités et des risques en présence.

Concernant les institutions, le besoin de réforme demeure. D'importants efforts ont toutefois déjà été consentis. Le but d'une intégration régionale est avant tout commercial. Mais ces dynamiques peuvent aussi avoir un effet d'ancrage institutionnel. En témoigne l'exemple du Mexique. Pour ce pays, l'ALENA a permis le même ancrage institutionnel que l'Union européenne pour l'Espagne, en son temps.

Pour finir, je dirai que les années 90 ont été celles du retour de la démocratie dans la région. Certes, les insatisfactions sont encore fortes. Mais la préférence pour la démocratie n'est plus à démontrer. Il faut donc savoir en profiter.

Allocution de clôture

Michel GUERRY,
Sénateur

Monsieur Poncelet est toujours très heureux d'accueillir ce type de colloque au Sénat. Il est très important, pour la Haute Assemblée, de participer à ces débats.

Vous l'avez dit, 40 % de la population d'Amérique latine est pauvre. Malgré ce constat fort pessimiste, les entreprises envoient des signaux optimistes. Elles permettront, par la création de richesses, à tous les pays de cette zone de se développer.

Je vous remercie.

Synthèse réalisée en temps réel par Ubiqus Reporting
Tél. 01 44 14 15 00, www.ubiqus-reporting.com

Colloque organisé sous l'égide des groupes interparlementaires
France-Mexique et pays d'Amérique centrale, France-Caraïbes et France-Amérique du Sud,
par la Direction des Relations internationales du Sénat
et la direction "Événements et Prospective Marchés" d'UBIFRANCE.
Pour toute information sur les colloques Sénat-UBIFRANCE, vous pouvez contacter
le service des Relations internationales du Sénat :
M. Michel LAFLANDRE, Conseiller
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