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Titre de la réunion / Cassette


Table des matières


ASEAN : un dynamisme retrouvé
Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande,
Brunei, Viêt Nam, Birmanie, Laos et Cambodge

Actes du colloque SÉNAT-UBIFRANCE

Jeudi 4 novembre 2004

Sous le haut patronage de Christian PONCELET, Président du Sénat

et sous l'égide des Groupes interparlementaires
France-Asie du Sud-Est, France-Cambodge et Laos
France-Viêt Nam


En présence de :
- Patrick BERRON, Chef de la Mission économique en Indonésie
- Reynold de la BOUTETIÈRE,
Conseiller financier, Mission économique
à Singapour
- Jacques TORREGROSSA, Chef des Missions économiques en Thaïlande
et au Laos
- Worapot MANUPIPATPONG, représentant du Secrétariat général de
l'ASEAN
- et des représentants de la communauté d'affaires française dans les pays
de l'ASEAN

Ouverture
Michel GUERRY, représentant de Christian PONCELET, Président du Sénat

Madame et Messieurs les Présidents,

Messieurs les ambassadeurs,

Chers collègues,

Mesdames et Messieurs,

Le Sénat est particulièrement honoré d'accueillir aujourd'hui ce colloque économique consacré à l'Association des Nations du Sud-Est asiatique, plus connue sous l'abréviation ASEAN. Je remercie, à cette occasion, le représentant du secrétaire général de l'ASEAN, qui est venu spécialement au Sénat pour nous honorer de sa présence et participer à nos travaux.

Cette association, vous le savez, regroupe dix pays avec lesquels la France entretient les meilleures relations, d'autant que plusieurs d'entre eux sont aussi membres de l'organisation internationale de la Francophonie. Avant d'aborder le thème de notre rencontre, je voudrais redire l'importance que j'accorde à ces colloques qui, à leur échelle, sont des instruments de promotion de nos exportations et des investissements français à l'étranger.

Or le Sénat est très attentif à tout ce qui peut asseoir et renforcer la présence française dans le monde, y compris, bien entendu, au plan économique. C'est pourquoi je me félicite de notre efficace collaboration avec UBIFRANCE, ex-Centre français du Commerce extérieur, et l'Agence française pour le développement international des entreprises - dont je tiens à saluer la sympathique équipe, présente dans cette salle.

Pour en revenir à l'ASEAN, on entend ou on lit, çà et là, des commentaires contradictoires qui, à bien des égards, me rappellent un peu ceux qu'inspire le Sénat. Selon certains observateurs, l'ASEAN traverserait une crise existentielle interne pouvant, à la longue, aller jusqu'à faire douter de son utilité. Cette organisation, déjà ancienne dans un monde où tout évolue très vite, aurait perdu aujourd'hui de sa représentativité. Repliée sur elle-même, elle n'aurait pas su accompagner les évolutions intervenues depuis sa fondation, il y a maintenant presque quarante ans...

Pour d'autres, au contraire, l'ASEAN, tout en préservant son originalité, a su se réformer de l'intérieur et fait preuve, aujourd'hui, d'un réel dynamisme qui, dans l'ensemble, lui a permis de surmonter le choc économique majeur qui a frappé l'Asie dans les années 97-98. Permettez-moi de prolonger la comparaison : il faut bien admettre que l'ASEAN - comme le Sénat - n'est pas encore toujours bien connue du public français, même si, pour ce qui nous concerne, les choses avancent heureusement dans un sens favorable.

Une des raisons du déficit d'image dont l'ASEAN pâtit dans les milieux économiques français tient en grande part à ce que nos entreprises y sont encore largement sous-représentées et ne perçoivent donc qu'imparfaitement toutes les opportunités d'affaires que cette région pourrait leur offrir.

Je n'aborderai pas, ce matin, la délicate question de la montée du fondamentalisme musulman dans plusieurs pays de l'ASEAN - on songe immédiatement aux attentats terroristes qui ont marqué ces dernières années l'actualité en Indonésie, en Thaïlande, en Malaisie ou encore aux Philippines. Je sais que les Gouvernements du Sud-Est asiatique luttent avec détermination contre ces tentatives de déstabilisation, dont les retombées économiques, pour le moment, demeurent semble-t-il assez faibles : nous nous en réjouissons tous.

Pour m'en tenir au thème central de ce colloque, « l'ASEAN, un dynamisme retrouvé », je crois préférable, en premier lieu, d'insister sur une vérité d'évidence, que le morcellement géographique de ces pays ferait parfois oublier : à lui seul, l'espace ASEAN représente un très vaste marché, dont la population totale - 550 millions d'habitants - est supérieure à celle de l'Union européenne à vingt-cinq.

Sans entrer trop avant dans le détail des données macroéconomiques - je laisse ce soin aux orateurs qui vont se succéder toute la journée à cette tribune - il faut constater qu'avec un PIB total d'environ 700 milliards de dollars et des taux moyens de croissance supérieurs à 5 %, ce grand marché est aussi un marché attractif. La main-d'oeuvre, beaucoup moins chère qu'en Europe, y est bien formée, et dispose déjà d'un pouvoir d'achat suffisant pour absorber sur place des produits à forte valeur ajoutée.

Certes, la pénétration de cet immense marché peut se révéler compliquée, car en dépit de leur appartenance commune à l'ASEAN, chacun des dix pays concernés conserve des particularismes forts, peu propices à la mise en place d'une démarche d'ensemble. Il existe aussi, entre les membres de l'ASEAN, des disparités économiques sensibles, notamment en matière de rémunérations ou de productivité du travail. Pour ne citer qu'un exemple, le même cadre d'une même banque percevra un salaire d'environ 500 dollars US s'il travaille en Indonésie et de plus de 4 000 dollars à Singapour, soit un écart de un à huit !

Cette diversité a bien été mise en évidence lors du sixième Forum ASEAN réuni à Bangkok au mois de mars dernier, à l'initiative, notamment, du MEDEF International, de notre mission économique et du Comité national des Conseillers du commerce extérieur, dont je salue au passage l'activité, la productivité et l'efficacité au service des intérêts de la France.

Les pays réunis au sein de l'ASEAN dessinent en fait plusieurs « sous-espaces régionaux » que les entreprises françaises doivent connaître et domestiquer si elles veulent y être efficaces. L'approche sous-régionale impose une stratégie « à géométrie variable », avec une bonne prise en compte des différences, au sein du même ensemble, entre les législations, entre les pratiques commerciales et, finalement, entre les cultures. Mais passé cet obstacle, les opérateurs économiques sont assurés de trouver, dans chacun des Etats concernés, des conditions très favorables à la réalisation de leurs projets. Parmi les sous-espaces qui retiennent particulièrement l'attention, je citerai l'axe Thaïlande-Birmanie-Laos qui constitue une plateforme de premier ordre pour s'implanter en Asie.

Car c'est évidemment le deuxième intérêt majeur de l'implantation en Asie du Sud-Est : les relations d'affaires nouées dans l'espace ASEAN sont du même coup une passerelle privilégiée vers l'immense marché chinois, avec lequel plusieurs pays de la région entretiennent un volume d'échanges chaque jour plus important.

On objectera que certains économistes ne partagent pas pleinement cette analyse optimiste et craignent plutôt que la production chinoise submerge le marché sud-asiatique, au détriment des autres entreprises étrangères.

Pour le moment, leur crainte n'est pas avérée et l'examen des balances de paiement montre au contraire que l'ASEAN est largement bénéficiaire dans ses échanges avec la Chine.

En outre, les pays de l'ASEAN se positionnent de préférence sur des productions à haute valeur ajoutée, là où la Chine aura longtemps du mal à les concurrencer. Dans ces secteurs, les entreprises françaises ont une carte à jouer et ont donc tout intérêt à développer des partenariats avec leurs homologues du Sud-Est asiatique.

La compétition sera sans doute serrée - d'ailleurs moins avec les entreprises des Etats-tiers qu'avec celles de nos partenaires de l'Union européenne. Car la vérité force à reconnaître que dans bien des domaines, les sociétés allemandes ou britanniques ont été plus réactives que les nôtres.

Mais la partie n'est ni jouée, ni perdue d'avance : les intervenants de ce colloque, j'en suis certain, sauront vous en convaincre !

Soyez assurés du soutien du Sénat et, notamment de nos trois groupes interparlementaires pour cette région du monde (France-Asie du Sud-Est, France-Cambodge et Laos et France-Vietnam).

A tous, je souhaite de bons travaux, en espérant que vous garderez un excellent souvenir de votre passage au Sénat et que vous y reviendrez.

Agnès GABORIT, UBIFRANCE

On parle beaucoup, depuis quelques années, de la Chine et de l'Inde. Nous sommes néanmoins persuadés qu'il ne faut pas délaisser la région du Sud-Est asiatique qui totalise, comme vous l'avez souligné, 550 millions d'habitants, soit sensiblement plus que l'Union européenne. Je rappelle que l'ASEAN a été fondée au mois d'août 1967 et regroupe aujourd'hui dix pays, radicalement différents par leur taille géographique, l'importance de leur population ainsi que leur régime économique et politique.

Les pays de l'ASEAN ont été durement touchés par la crise asiatique et ont dû faire face à de sérieuses secousses politiques après 1998. En 1992, l'ASEAN s'est engagée dans un processus de libéralisation commerciale, avec pour objectif d'aboutir en 2010 à tous les droits de douane entre les pays participants. Enfin, je n'aborderai pas le vaste sujet de l'intégration régionale, qui sera largement abordé au cours du colloque. La question consistera notamment à savoir si la Chine se place comme un concurrent ou comme une opportunité pour les membres de l'ASEAN.

Françoise CROUIGNEAU, rédactrice en chef International, Les Echos

L'ASEAN est assez méconnue et cela est injuste, car elle est un élément clé d'une des régions les plus prometteuses de la planète. Dans le même temps, il est vrai que l'ASEAN constitue un ensemble très hétéroclite, qui demeure un « poids plume » dans une région poids lourd, certes dominée par le géant chinois, mais aussi par le Japon que l'on tend à redécouvrir actuellement. L'ASEAN se veut plus qu'une association : elle rêve de zones de libre-échange, de marchés communs.

Nous découvrirons sans doute ses faiblesses tout au long de la matinée, ainsi que ses atouts, qui sont de taille.

L'ASEAN : l'autre Asie

Worapot MANUPIPATPONG

Director, Finance and Integration Support, Secrétariat de l'ASEAN

Les débats sont animés par Françoise CROUIGNEAU, rédactrice en chef International, Les Echos.

Mesdames et Messieurs, je voudrais remercier le Sénat français d'avoir invité le Secrétariat de l'ASEAN à prendre part à cette conférence de haute importance. Votre participation à ce colloque montre bien que l'ASEAN est devenue une destination d'investissement très importante.

Les IDE (investissements directs étrangers) se sont accrus de 25 % au cours des dernières années, dont la moitié ont été orientés vers le secteur de la production, 20 % vers le secteur minier et 20 % vers le commerce. Les IDE provenant de l'Union européenne ont représenté 34,5 % des IDE totaux de l'ASEAN en 1999. Pour autant, les IDE provenant de la France ont décrû en 2000, passant de 9 % à moins de 5 %.

L'ASEAN a pu, ces dernières années, stabiliser ses ressources grâce à une grande richesse de son potentiel économique et à l'utilisation massive des TIC. La productivité s'est améliorée et le retour à une monnaie stable ont permis de renforcer la compétitivité des exportations de la région. Celles-ci ont ainsi pu doubler l'an dernier. Des pays tels que Singapour, les Philippines ou la Thaïlande ont en particulier constitué des producteurs très compétitifs de produits électroniques ou textiles et d'autres produits manufacturés.

L'ASEAN peut également s'appuyer sur des ressources primaires telles que le pétrole, le bois, les cultures vivrières et la pêche. Ces ressources totalisent 23 % de notre PNB. Plus largement, la région devient de plus en plus autonome, alors que l'ASEAN travaille à renforcer ses liens d'investissement avec la Chine, la Corée et l'Inde. Les régimes d'investissement ont été stabilisés et des marques leader dans le domaine de l'électronique ou des TIC ont maintenu une présence essentielle dans la zone : Motorola, Nikon, Dell, etc. La présence de l'ASEAN sur les marchés globaux sera encore renforcée dans les années à venir. L'intégration économique au sein de l'ASEAN a débuté en 1993 avec l'AFTA, accord de réduction des barrières douanières de 5 % dans cinq Etats membres.

Lors du sommet de Bali en octobre 2003, les communautés économiques de l'ASEAN ont été définies comme un objectif d'intégration économique à l'horizon 2020. Pour créer un marché unique, des mesures seront mises en oeuvre ou planifiées pour permettre la libre circulation des biens, des services et des capitaux. L'accent sera mis sur onze secteurs prioritaires parmi lesquels l'automobile, l'électronique, les soins, le transport aérien, le bois, le textile et le tourisme. Différentes mesures ont déjà été prises, notamment dans le domaine de l'harmonisation des normes, afin de promouvoir, par exemple, un traitement plus rapide des documents douaniers et commerciaux. Ainsi, Singapour a, pour sa part, adopté le traitement électronique d'un formulaire électronique, qui va réduire de 20 à 35 % le coût de manipulation de la documentation commerciale.

D'autres services ont été simplifiés. Au Vietnam, l'enregistrement d'une nouvelle activité à l'équivalent du registre du commerce peut être réalisé en quinze jours au lieu de trois mois auparavant. En Thaïlande, l'obtention des visas a été réduite à près de trois heures, contre 45 jours par le passé. Dans le domaine des transports, des travaux d'interconnexion ont été réalisés pour une gestion plus efficace de l'énergie dans la région. Les réseaux de transport sont également renforcés par différents projets. En outre, les accords-cadres visant à favoriser les transports et les liaisons multimodales faciliteront le traitement des flux aux frontières et le choix le plus efficace des moyens de transport.

Des efforts sont également réalisés pour mettre en oeuvre une infrastructure juridique harmonisée. Des progrès ont, en outre, eu lieu dans la mise en oeuvre de l'e-gouvernement. Une étude récente de la Banque mondiale sur les investisseurs privés dans la région du Sud-Est asiatique a mis en évidence la forte attractivité de la région, du fait d'un dynamisme à la fois démographique et économique, combiné à des marchés non encore totalement explorés. S'y ajoutent une main-d'oeuvre hautement qualifiée et très travailleuse, ainsi que des progrès récents du point de vue de l'environnement réglementaire et de la prédictibilité des contrats.

Aujourd'hui, plus de 2 300 sociétés sont enregistrées dans la région, pour une capitalisation totale dépassant 600 milliards de dollars. Des sociétés étrangères jouent un rôle croissant dans les marchés d'actions de l'ASEAN. Au mois de juin dernier, 145 sociétés étrangères représentaient 37 % de la capitalisation totale des marchés. Une plus grande transparence, une gouvernance améliorée et des normes de reporting harmonisée ont permis d'attirer les investisseurs institutionnels. Des négociations visant à explorer les liens possibles entre les différentes bourses régionales ont été engagées et les marchés de capitaux se développent dans des pays tels que le Vietnam.

Dans les secteurs financiers et de l'entreprise, les performances de l'ASEAN se sont améliorées au cours des dernières années et ont notamment profité au secteur bancaire. L'ASEAN va également se concentrer sur la mise en oeuvre de plans en faveur d'une plus grande intégration. Ceci constitue une opportunité d'investissement pour le secteur privé.

Enjeux politiques et stratégiques

Thierry DANA

Directeur Asie et Océanie, Ministère des Affaires étrangères

L'ASEAN est confrontée à deux problématiques : son hétérogénéité, d'une part, du fait de la diversité du poids des pays, des religions, des populations et des niveaux de développement ; les défis auxquels elle est confrontée, d'autre part, qu'il s'agisse du rebond économique après la crise de 1997 ou de l'émergence de la Chine comme acteur majeur de la région et du monde. Un autre défi majeur est, bien sûr, celui du terrorisme, qui est devenu, à l'évidence, une question importante pour la région au cours des cinq dernières années.

Du point de vue stratégique et politique, l'exemple européen est parlant : sur le long terme, le groupe de pays de l'ASEAN est « condamné » à s'unir, car pour peser dans le monde et constituer un interlocuteur face à des pôles qui se structurent, il n'existera pas d'alternative à l'union. L'exemple européen n'est certes pas transposable en l'état, mais pourra certainement être utile. Force est de constater, en tout cas, qu'aucun pays ne peut revendiquer de façon claire et légitime le leadership de l'ASEAN, à l'image de ce qui a prévalu en Europe. C'est aussi ce qui a favorisé l'union sur le Vieux Continent, comme on peut s'en souvenir.

Il existe trois enjeux particuliers, du point de vue européen, vis-à-vis de l'ASEAN :

· l'enjeu politique : on peut se rappeler par exemple que du point de vue des Etats-Unis, l'Asie du Sud-Est devait constituer la nouvelle frontière du terrorisme, ce qui s'est hélas vérifié par la suite ;

· la possibilité de concilier Islam et démocratie, au regard de laquelle l'Asie du Sud-Est constitue un laboratoire d'expérience, sous l'oeil vigilant de l'Europe, qui compte en son sein de fortes minorités musulmanes et qui est impatiente de savoir si l'Islam peut se combiner avec la démocratie pour éviter les dangers de l'islamisme ; à cet égard, l'exemple indonésien montre pour la première fois, à grande échelle, des signes encourageants de cette compatibilité entre Islam et démocratie ;

· l'ouverture de la région au monde, qui a toujours constitué un trait distinctif des pays de l'ASEAN, comme on peut s'en souvenir à propos des premiers sommets de l'ASEM qui s'étaient tenus à Bangkok ou à Hanoi.

Il existe bien sûr un enjeu commercial bilatéral entre l'Union européenne et l'ASEAN et singulièrement entre la France et l'ASEAN. Un des éléments les plus marquants des dernières années réside dans le développement des échanges intra-asiatiques ; toute stratégie commerciale vis-à-vis d'un pays de l'ASEAN doit prendre en compte cette dimension dans sa réflexion.

Enfin, l'enjeu culturel n'est peut-être pas le coeur de notre sujet aujourd'hui, mais mérite d'être rappelé : la conciliation de la tradition et de la modernité, dans le contexte de mondialisation que nous connaissons, offre un autre trait spécifique à l'ASEAN qu'il faut toujours avoir à l'esprit lorsqu'on développe des relations avec des interlocuteurs du Sud-Est asiatique.

Les atouts de la France, vis-à-vis de l'ASEAN, reposent à la fois sur des traits communs, une volonté politique et l'histoire, qui nous a rapprochés d'un certain nombre de pays de l'alliance du Sud-Est asiatique. Nous devons en tout cas réfléchir à la complémentarité des deux dialogues Union européenne-ASEAN et Union européenne-ASEM.

Enjeux économiques

I. Présentation macroéconomique et financements disponibles sur l'ASEAN

Emmanuel VIAUD, Responsable pays au Bureau Asie du Sud-ASEAN, DREE, MINEFI

L'ASEAN, avec un PIB de 682 milliards de dollars, contribue à 1,9 % de la richesse mondiale (contre environ 30 % pour l'Union européenne). Les pays de l'ASEAN ont des poids économiques peu comparables, puisque l'Indonésie, la Thaïlande, la Malaisie, Singapour et les Philippines représentent 90 % du PIB total de l'ASEAN. L'Indonésie, les Philippines et la Thaïlande ont, quant à eux, un revenu moyen par habitant inférieur à 1 000 dollars US par an. En outre, trois des pays de l'ASEAN, le Cambodge, le Laos et la Birmanie, font partie des cinquante pays les moins développés du monde recensés par les Nations Unies.

Les dragons asiatiques se sont développés sur le plan économique par une grande ouverture. Les pays les plus développés de l'ASEAN ont vu leurs échanges diminuer avec les grands pays, au profit du commerce avec la Chine : la part des exportations de l'ASEAN vers la Chine est, en effet, passée de 3,7 % à 6,7 %, soit de 70 à 80 % d'augmentation en proportion, tandis que les volumes en jeu s'accroissent aussi considérablement.

Après la crise de 1997-1998, la région retrouve une croissance soutenue, mais les dragons n'ont pas retrouvé les taux de croissance tendancielle des années qui ont précédé la crise. Il est vrai que la période récente, marquée par exemple par l'épidémie de SRAS, a encore été impactée par des chocs aux conséquences importantes.

Le début de l'année 2004 a, ainsi, été marqué par trois interrogations sur :

· l'impact de la hausse du prix des matières premières ;

· le rythme de remontée des taux directeurs ;

· le dynamisme de la demande mondiale, avec plus particulièrement des interrogations sur le niveau de demande de la Chine et l'état du marché mondial de l'électronique.

Pour l'avenir, les marchés asiatiques demeurent dépendants des marchés développés, mais présentent encore des perspectives favorables. La Chine attire près de 10 % des IDE dans le monde et provoque donc un effet d'éviction réel. La question consiste à savoir s'il peut être durable. L'attrait des pays de l'ASEAN, qui offrent des alternatives intéressantes dans certains secteurs et une opportunité de diversification du risque pays, demeure en tout cas réel.

Les finances publiques portent la marque des chocs récents. Hormis Brunei, la plupart des pays de l'ASEAN ont vu leur situation budgétaire se dégrader avec la crise. L'avenir devrait ainsi être dédié à une période de consolidation budgétaire. On peut enfin rappeler que les pressions inflationnistes tendent à s'accroître, tandis que les niveaux de changes présentent des situations variées. Quant aux modes de financement domestiques, le recours aux établissements de crédit demeure prépondérant, dans un contexte de rétablissement du paysage bancaire, même si une partie des créances douteuses reste à éponger.

Les financements internationaux disponibles sont accessibles via de nombreux guichets. Le volume d'aide publique au développement de la région avoisine les 7 milliards de dollars. Le Vietnam, avec le Laos, constitue un pays très aidé, puisqu'il représente 40 % de ces flux.

II. Enjeux de la région ASEAN pour la France

Philippe ALLOUCHE, chef du bureau Asie du Sud-ASEAN, DREE, MINEFI

Les relations économiques et commerciales entre la France et l'ASEAN sont marquées par un recul des exportations suite à la crise asiatique. Les flux d'investissements français vers l'ASEAN demeurent significatifs en 2002 (418 millions d'euros, contre 375 millions d'euros vers la Chine). L'augmentation des importations françaises est également à noter, mais s'accompagne d'un recul de nos parts de marché entre 1998 et 2002. Le recul des exportations concerne aussi nos principaux concurrents européens. Des facteurs d'optimisme sont cependant apportés par les résultats de l'année 2004 : sur les sept premiers mois de l'année, les exportations françaises croissent de 12,9 %, à près de 3 milliards d'euros. Les importations progressent de 5,2 %, à 4,7 milliards d'euros.

Les flux d'IDE français vers l'ASEAN, de 418 millions d'euros en 2002, sont supérieurs à leur niveau de 2001 (301 millions d'euros), mais nettement inférieurs à leur niveau de 1996 (environ 600 millions d'euros). L'Union européenne représente le principal investisseur direct étranger dans l'ASEAN. Au sein de l'Union, le Royaume-Uni représente le principal contributeur de ces investissements, devant les Pays-Bas, notamment pour des raisons fiscales. Les pays destinataires des flux d'IDE français sont Singapour, suivi d'assez loin par le Vietnam et la Thaïlande. En termes sectoriels, les services aux entreprises et l'immobilier sont les principaux destinataires de ces flux d'investissements, devant les industries manufacturières.

Il existe aujourd'hui sept accords de protection des investissements en vigueur et sept conventions légales. On peut aussi rappeler que les principales banques françaises sont présentes en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines, à Singapour et au Vietnam.

Les principaux objectifs consistent aujourd'hui à renforcer la présence des entreprises françaises dans l'ASEAN et à lutter contre un risque d'éviction lié à la montée en puissance de la Chine et à la multiplication des projets d'accord de libre-échange. Les moyens d'action, du côté de l'initiative publique, résident notamment dans une politique d'appui à l'exportation. Il est à noter que deux pays de l'ASEAN, la Malaisie et la Thaïlande, figurent parmi les sept pays d'Asie prioritaires ciblés par le ministre délégué au Commerce extérieur. Du côté de la stratégie des entreprises, l'identification des secteurs en croissance et des secteurs où la France dispose d'une offre concurrentielle ainsi que le partenariat avec les entreprises asiatiques semblent à privilégier.

La DREE fait de l'Asie une priorité de son action au service des entreprises. Elle peut s'appuyer sur dix missions économiques et offre notamment aux entreprises des informations ciblées, par pays et par secteur. La DREE est également engagée au travers de financements dans les pays émergents, et propose une information sur les financements multilatéraux.

III. Questions et débat

Françoise CROUIGNEAU

Les participants à cette journée doivent aussi avoir en tête le niveau tout de même assez alarmant des parts de marché françaises au sein de l'ASEAN, dont la progression ne doit pas masquer le niveau de départ relativement bas.

Monsieur le représentant du Secrétariat de l'ASEAN, l'adhésion de la Birmanie a suscité quelques frictions entre les Européens et les pays membres de l'ASEAN. Ces frictions pourront-elles être surmontées, alors que la Birmanie assurera la Présidence de l'ASEAN dès 2006 ?

Worapot MANUPIPATPONG

Votre question est délicate. La Présidence de l'ASEAN revient de façon tournante à chacun des pays membres, comme au sein de l'Union européenne. Des interrogations quant à l'adhésion de la Birmanie à notre alliance ont effectivement animé les discussions au sein de l'ASEAN. Des pistes ont été évoquées, notamment dans la presse, mais il me paraît précoce de préjuger dès aujourd'hui de l'attitude qui pourrait être celle de la Birmanie en 2006, au moment de l'exercice de cette Présidence.

Thierry DANA

Le régime birman a plusieurs facettes, mais nous n'avons pas trop d'illusions sur sa nature et son évolution possible - les dernières semaines n'ont pu que confirmer ce sentiment, que semble partager l'Union européenne. Le dialogue que nous souhaitons entretenir avec l'ASEAN me semble, toutefois, considérablement plus important que le problème posé par la Birmanie. Il faut donc faire la part des choses, même s'il peut exister des points de croisement entre ces problématiques.

Jean-Pierre BONVALLET, Directeur des Relations internationales, Institut Paris-Grignon, membre du groupement Polytech

S'il existe un atout pour la France, c'est sans doute celui de notre enseignement supérieur, technique et technologique, qui est de plus en plus reconnu sur la scène internationale et notamment en Asie. Dans le cadre de Polytech, nous avons aujourd'hui un programme d'échange de cadres entre la France et la Chine, d'ailleurs l'un des plus importants programmes de ce type.

Laurent CHEMINEAU, La Tribune

On entend souvent des propos contradictoires sur la capacité des pays de l'ASEAN à atteindre leurs objectifs en termes de libéralisation des échanges. Comment expliquer des commentaires aussi contradictoires ? S'agissant de Singapour, la multiplication des accords bilatéraux n'affaiblit-elle pas le poids relatif de l'ASEAN ?

Worapot MANUPIPATPONG

Je ne suis pas certain de l'origine de ces commentaires contradictoires, mais il me paraît clair que nous avons réalisé des progrès en termes de libéralisation des échanges. Les droits de douane ont été réduits pour la plupart des biens, avec de l'avance sur le calendrier prévisionnel pour plusieurs pays. Un peu plus de temps a été laissé à d'autres du fait de leur situation, témoignant en cela de notre flexibilité, qui constitue, à mes yeux, un des atouts de l'ASEAN.

Si les accords d'échange bilatéraux ont proliféré au cours des dernières années, je crois qu'ils n'ont pas nécessairement pour conséquence d'affaiblir les accords multilatéraux. Un accord multilatéral vient ainsi d'être conclu avec la Chine avec pour horizon 2010 ou 2011. En outre, les accords bilatéraux peuvent servir de modèle à l'élaboration des accords multilatéraux, dont de nouveaux développements devraient prochainement voir le jour, par exemple, vis-à-vis du Japon ou de la Corée.

Philippe ALLOUCHE

Cela ne remet pas en cause la priorité donnée à la dimension multilatérale. Singapour a d'ailleurs joué un rôle moteur dans cette direction dans le cadre des discussions de l'OMC.

Chan NGUYEN NGOC, banque CALYON

Il y a une dizaine d'années, se tenaient des séminaires semblables à celui-ci sur les perspectives d'investissement de la France dans les pays de l'ASEAN et notamment du Sud-Est asiatique.

Depuis, de l'eau a coulé sous les ponts et la crise asiatique est survenue. Ainsi, la Thaïlande paie dorénavant ses importations en monnaie locale, imitée en cela par d'autres pays. L'encouragement des entreprises françaises à travailler avec les pays de l'ASEAN a-t-il tenu compte de ces évolutions, par exemple par une attention portée aux « crédits acheteurs » en monnaie locale ?

Philippe ALLOUCHE

Nous sommes en tout cas, depuis quelques années, dans une phase de réouverture de crédits dans plusieurs pays de l'ASEAN, notamment en Thaïlande.

Françoise CROUIGNEAU

Les pays de l'ASEAN sont aujourd'hui confrontés à deux types de menaces : une chute trop brutale du dollar, d'une part, et l'échec de la Chine dans sa tentative d'atterrissage en douceur du point de vue de son niveau de croissance, d'autre part. Le risque de ce type de choc vous inquiète-t-il ?

Worapot MANUPIPATPONG

Nous avons essayé de réduire notre trop grande dépendance par rapport au dollar américain, mais ceci est plus facile à dire qu'à faire : nous avons essayé de prendre en compte un panier de monnaies ou de promouvoir des transactions transfrontalières en monnaie locale. Des accords bilatéraux existent également pour le règlement entre pays de l'ASEAN. Cela pourrait contribuer à réduire l'impact d'un tel choc. Il n'en demeure pas moins que le dollar constitue la principale monnaie d'échanges commerciaux, en ASEAN comme dans d'autres régions du monde.

S'agissant de la Chine, le problème de l'atterrissage en douceur de sa croissance est posé depuis assez longtemps maintenant. Pour ma part, je crois que le caractère centralisé de l'économie chinoise doit faciliter ce « soft landing », malgré la hausse récente des taux d'intérêt pratiqués par le géant chinois.

Thierry DANA

Je ne suis pas sûr, quant à moi, que le cumul des deux hypothèses de façon brutale soit très vraisemblable. Si cela devait tout de même se produire, les pays du Sud-Est asiatique ont déjà montré une faculté d'adaptation assez étonnante et l'épisode récent de la crise devrait sans doute leur permettre de réagir mieux encore à de tels chocs. La réduction de leur impact passe en tout cas, sans nul doute, par une plus grande coopération entre ces pays. L'approfondissement des relations avec l'Union européenne peut constituer pour eux une opportunité de diversification de leurs échanges par rapport au dollar.

Emmanuel VIAUD

Il existe des facteurs inflationnistes, mais les banques centrales n'ont pas relevé leurs taux directeurs. Les pays de l'ASEAN peuvent, en outre, s'appuyer sur des excédents courants atteignant près d'un tiers du PIB à Singapour. Ils peuvent ainsi accroître leurs réserves pour faire face, éventuellement, à de nouveaux chocs, notamment par des interventions sur les marchés des changes.

Accès aux marchés

I. Aspects douaniers

Patrick BERRON, chef de la Mission économique en Indonésie

Une nouvelle dynamique est à l'oeuvre dans le domaine douanier et devrait déboucher sur des réalisations positives dans les années à venir. On peut rappeler que les principes directeurs abordés visent à faire face aux critiques traditionnelles, à développer partout les bonnes pratiques, à s'adapter à un environnement évolutif et à viser l'accession à la Convention de Kyoto révisée.

Au cours des dernières années, le processus a semblé s'accélérer, notamment depuis le 9e Sommet ASEAN de 2003, au cours duquel des recommandations douanières ont été formulées, puis en 2004 avec le programme d'action de Vientiane. Des avancées notables ont été obtenues au cours des cinq dernières années, dans de nombreux domaines (par exemple la nomenclature tarifaire harmonisée, le guide d'évaluation douanière ou la mise en oeuvre des règles d'origine pour le tarif préférentiel).

En 2004, les six pays fondateurs de l'ASEAN ont effectivement inclus 99 % de leurs positions douanières dans le CEPT (tarif effectif préférentiel commun) à des tarifs compris dans la fourchette de 0 à 5 %. A ce jour, 53,5 % des positions relèvent du tarif 0 % et la moyenne tarifaire a baissé de 12,76 % en 1993 à 2,39 % en 2004. On peut rappeler que pour bénéficier des préférences tarifaires, le produit doit figurer à la fois dans la liste d'inclusion CEPT du pays exportateur et du pays importateur et être originaire d'un pays membre de l'ASEAN, avec un contenu minimum « ASEAN » de 40 %.

Un plan stratégique de développement a été défini, reposant sur le double objectif d'intégration et d'harmonisation des administrations douanières des pays membres de l'ASEAN. Un enjeu majeur réside, bien évidemment, dans l'amélioration de la situation du point de vue de la corruption : les administrations douanières sont encore considérées comme faisant partie des institutions les moins efficaces et les plus corrompues. Un certain courage et de la détermination seront nécessaires, tant au niveau politique qu'opérationnel, pour que les quinze points du Plan stratégique soient effectivement mis en oeuvre.

Parmi les principaux créneaux porteurs, on peut notamment mentionner l'équipement des douanes en dispositifs de contrôle des conteneurs, les navires de surveillance, les équipements de sécurité ainsi que la formation, pour laquelle existent des programmes très intéressants au niveau européen.

II. Environnement juridique

Olivier MONANGE, avocat, DS Avocats

L'ASEAN ne dispose pas même d'un début de législation commune, contrairement à l'Union européenne. Une grande diversité existe ainsi parmi les régimes juridiques de ses membres. Du point de vue de l'exigence d'un Etat de droit, que l'on peut définir comme l'existence d'un corpus législatif et réglementaire stable et effectivement appliqué, Singapour, du haut de sa longue tradition juridique inspirée du droit anglais, se distingue incontestablement. Ce pays fait d'ailleurs régulièrement la démonstration de sa sévérité en matière de lutte contre la corruption. La Malaisie, qui bénéficie également d'un héritage du droit anglais, et la Thaïlande, où l'avancée vers un Etat de droit a été le fruit d'un apprentissage progressif et continu, présentent, elles aussi, une situation relativement satisfaisante.

On peut également distinguer les systèmes juridiques en présence en fonction des principes fondamentaux qui les gouvernent. De ce point de vue, la plupart des pays de l'ASEAN présentent un système de « droit continental » (droit écrit, codifié, proche du droit romain que nous connaissons), seuls la Birmanie, Singapour et la Malaisie étant régis par un système de « common law ». Si le contexte politique est majoritairement d'inspiration libérale, force est de constater que le degré d'ouverture aux investissements étrangers varie sensiblement suivant les pays de l'ASEAN. Ainsi, certains secteurs sont totalement fermés à ces investissements en Thaïlande. Des autorisations préalables sont imposées au Vietnam. En Malaisie, seule une limitation à la détention de capital par des étrangers existe, tandis que Singapour offre un contexte très favorable aux investissements étrangers.

La tendance générale est en tout cas à l'ouverture des pays de l'ASEAN vis-à-vis de l'investissement étranger, et ce depuis la crise de 1997. Il est aujourd'hui possible d'investir dans tout secteur de chacun de ces pays. La Malaisie a, par exemple, annoncé en 2003 des mesures en faveur de prises de participation étrangères dans des sociétés locales. A Singapour, une loi a été adoptée sur la concurrence. En Indonésie, les procédures d'obtention d'un accord d'investissement ont été simplifiées et se traduisent par un délai réduit à quinze jours. Il demeure cependant un certain nombre de limitations, qui sont pour la plupart appelées à disparaître dans les années à venir. Ainsi, à Singapour, le débat porte sur l'ouverture des services publics, notamment pour la distribution d'eau ou d'électricité.

Enfin, du point de vue des relations juridiques bilatérales des pays de l'ASEAN avec la France, il est à noter que la plupart de ces pays ont passé avec notre pays une convention fiscale de non double imposition. La plupart d'entre eux ont également accepté de passer avec la France une convention de protection réciproque des investissements.

III. Propriété intellectuelle

Patrice VIDON, directeur, Cabinet Vidon (France) et Cabinet Vidon & Partners (Thaïlande), Président de la CNCPI (Compagnie nationale des conseils en propriété intellectuelle)

Le cadre juridique des pays de l'ASEAN s'est sensiblement amélioré et présente (à défaut de la réussite des efforts d'harmonisation passant par un « brevet asiatique ») un premier facteur d'optimisme. Il existe, par exemple, en Thaïlande depuis une dizaine d'années un arsenal complet de lois conformes aux standards internationaux en matière de droit d'auteur, de brevets ou encore de marques (loi refondue intégralement en 2000), et même en matière de topographie des circuits intégrés.

Ce cadre juridique est également constitué par l'adhésion aux grandes conventions internationales. La plupart des pays formant l'ASEAN adhèrent, en effet, au système mondial des brevets. La moitié des Etats de l'ASEAN sont, en outre, membres du Traité de Washington sur les brevets internationaux. En matière de droit d'auteur, ces pays sont généralement membres de la Convention de Berne ou de Genève. Dans le domaine des marques, un effort important est à consentir : seuls Singapour et le Vietnam sont signataires du protocole de Madrid. Le recours au dépôt dans ces pays présente en tout cas un grand dynamisme, parfois, il est vrai, sous l'effet d'acteurs étrangers au pays. La Chine se distingue particulièrement dans ce domaine, y compris du point de vue des dépôts « autochtones ».

La répression de la contrefaçon constitue bien sûr un enjeu crucial dans la zone et l'Asie du Sud-Est représente un fournisseur important des marchandises contrefaites inondant notamment l'Europe. Le dispositif juridique n'en a pas moins été grandement amélioré, par exemple en Thaïlande et aux Philippines, où une juridiction spécialisée a été mise en place. Près de 3 000 contentieux de propriété intellectuelle sont, ainsi, portés devant les tribunaux chaque année en Thaïlande. Il existe cependant aussi des pays « retardataires » comme le Laos, le Vietnam ou le Myanmar.

L'accent devra maintenant être mis sur les pratiques, par la formation du personnel et par la sensibilisation des populations. Un triple séminaire a été organisé la semaine dernière en Thaïlande, à l'initiative des pouvoirs publics français, en vue de la formation des juges du pays. Les douaniers eux-mêmes ont été sensibilisés, dans le cadre de sessions de deux heures animées par des responsables d'entreprise, venus pour aider ces équipes à repérer les contrefaçons les plus fréquentes de leurs produits, en particulier dans le domaine du luxe.

Marchés porteurs

I. TIC (technologies d'information et de communication)

Jacques TORREGROSSA, chef des Missions économiques en Thaïlande et au Laos

Les marchés de l'ASEAN présentent des profils divers du point de vue des technologies d'information et de communication. Ainsi, fin 2003, la pénétration du téléphone fixe et du mobile dépassait 100 % à Singapour, pays plus développé à certains égards que certains pays européens. La Malaisie, la Thaïlande, l'Indonésie et les Philippines constituent, quant à eux, un groupe de pays en développement et émergents, du point de vue des technologies d'information et de communication.

En matière de téléphonie mobile, sans surprise, mise à part l'Indonésie qui occupe la troisième position dans ce domaine, les pays les plus étendus et les plus peuplés connaissent le plus fort développement. Les marchés de l'ASEAN sont globalement en forte croissance (9 % par an, pour la téléphonie mobile). Trois marchés présentent un fort potentiel : l'Indonésie, le Vietnam et le Laos. La dynamique du secteur des télécoms se caractérise dans la zone par des opérateurs peu endettés, une pénétration du mobile (27 %) très supérieure au fixe et de forts développements à la fois de la voix sur IP et du haut débit. Le marché du satellite, qui permet de réduire la fracture numérique dans des pays encore très ruraux, se redresse lentement, avec plusieurs lancements récents ou prévus. Le taux moyen de pénétration d'Internet, de 14 %, recouvre des situations très contrastées, du fait notamment de la bonne situation qui existe à Singapour et Brunei. Les freins au développement demeurent importants dans les pays les plus pauvres.

S'agissant du secteur de l'électronique, qui représente 64 % des exportations de Singapour et 63 % des celles des Philippines, on note en 2004 le redémarrage du marché des semi-conducteurs (+ 23 % de chiffre d'affaires sur la zone). Le taux d'équipement en PC demeure, néanmoins, faible. Un point intéressant réside dans la spécialisation des pays, tels l'Indonésie, la Malaisie et le Cambodge dans les matériels à faible valeur ajoutée, Singapour faisant le pari opposé en misant sur les produits à forte valeur ajoutée. La volonté politique de développement des technologies d'information et de communication est globalement forte.

Plus largement, les réorganisations actuelles de l'industrie régionale doivent être replacées dans la perspective de la division internationale du travail au sein du secteur de l'électronique mondiale. La Chine est aujourd'hui devenue un pays « assembleur » et la demande tend à se déplacer de plus en plus vers l'Asie, la Chine, singulièrement, étant appelée à jouer un rôle croissant, y compris dans la fabrication des composants.

II. Transports

Patrick BERRON

Si la problématique des transports est ancienne sur le continent du Sud-Est asiatique, la croissance démographique, l'augmentation du niveau de vie et l'intégration économique croissante entraînent un développement rapide des flux intra-régionaux de biens, de services et de personnes.

Dans le secteur maritime, qui présente sans doute une des problématiques de transport les plus visibles au sein de l'ASEAN, le développement des ports de transbordement est à noter, avec pour corollaire prévisible la réorganisation des dessertes, notamment européennes. Par ailleurs, la concurrence entre les ports est rude. Une autre problématique majeure est celle de la sécurité maritime, particulièrement dans la zone du détroit de Malacca, réputée l'une des plus dangereuses du monde du point de vue des actes de piraterie. Les créneaux porteurs du transport maritime sont le transport des pondéreux, d'une part, et de l'autre, celui des hydrocarbures, notamment pour l'Indonésie et la Malaisie.

Dans le domaine du transport aérien, les compagnies à bas coût, qui se sont particulièrement développées en Thaïlande, en Malaisie et à Singapour, représentent une rude concurrence pour les compagnies nationales et internationales. La prédilection que semblent avoir ces compagnies pour le petit porteur d'Airbus nous semble positive, sachant que Singapour s'impose peu à peu comme la plaque tournante de la maintenance de ces appareils. Au chapitre des créneaux porteurs du transport aérien pour les entreprises françaises, on peut mentionner le contrôle aérien, les plates-formes et les équipements aéroportuaires ainsi que la maintenance et la formation.

En matière de transport ferroviaire, si de nombreux projets de lignes ferroviaires urbaines existent, l'absence de logique régionale est aujourd'hui patente. La question du financement des infrastructures se pose avec une acuité particulière. Les créneaux porteurs, du point de vue des entreprises françaises, résident dans les études de faisabilité, la signalisation et l'aménagement des gares.

Enfin, dans le domaine du transport routier et urbain, les équipements présentent une très grande diversité, par exemple entre Singapour et la Birmanie. Leur état est globalement dégradé et encore très peu développé, eu égard à la croissance du trafic. Des créneaux porteurs peuvent être identifiés dans les chantiers d'infrastructures (financés en BOT) et les équipements de signalisation, de contrôle de trafic et de péage.

III. Energie

Jacques TORREGROSSA

La part des exportations dans la production énergétique de l'ASEAN représente 50 % pour le gaz naturel, 62 % pour le charbon et 52 % pour le pétrole. Dans le domaine de l'électricité, on peut rappeler l'absence totale de source nucléaire de production. Les Philippines ont développé un parc particulièrement avancé en matière de production géothermique, au point d'avoir atteint la deuxième place mondiale derrière les Etats-Unis.

L'Indonésie et la Malaisie concentrent une grande part des réserves énergétiques de la zone. D'une façon générale, les disparités existantes sont source de complémentarités. Les flux qui en résultent sont, toutefois, également influencés par les choix politiques des Gouvernements. Six grands projets de coopération existent, dont deux sont jugés prioritaires : le Trans ASEAN Gas Pipeline et l'ASEAN Power Grid. Le gazoduc Trans ASEAN vise à construire 8 000 kilomètres qui viendraient s'ajouter aux 10 000 kilomètres déjà existants. L'investissement en jeu est de 28 milliards de dollars, sachant que la demande de gaz naturel de la région avoisine actuellement les 15 milliards de mètres cubes et devrait être multipliée par près de cinq à l'horizon 2020.

Les perspectives du secteur énergétique font, avant tout, apparaître une très forte croissance attendue de la demande en énergie de la zone, qui atteint aujourd'hui 300 millions de TEP (tonnes équivalent pétrole) et devrait continuer à croître à un rythme moyen de 7 % par an au cours des quinze prochaines années.

Les besoins en investissements du secteur énergétique, de 2001 à 2020, ont été estimés à près de 160 milliards de dollars pour l'Indonésie et à environ 80 milliards de dollars pour la Malaisie ainsi que pour la Thaïlande.

Stratégie et importance des marchés de l'ASEAN

I. L'expérience de STMicroelectronics

Alain DUTHEIL, Vice-Président Corporate, Planification stratégique et ressources humaines, STMicroelectronics

Le secteur d'activité de STMicroelectronics est celui des composants électroniques entrant dans toutes les applications électroniques grand public : téléphone, télévision, PC, automobile. Issue d'une joint-venture entre une société italienne et une société française, STMicroelectronics est une société de droit néerlandais dont le siège social est basée en Suisse. Sa présence dans le monde est globale, avec 59 % des ventes réalisées en Asie-Pacifique, 27 % en Europe et 14 % en Amérique du Nord. Le chiffre d'affaires de STMicroelectronics avoisinera 9 milliards de dollars en 2004. STMicroelectronics est, aujourd'hui, le sixième constructeur mondial de semi-conducteurs.

Notre infrastructure industrielle est mondiale. En Asie-Pacifique, trois sites de production existent : Muar en Malaisie, Shenzhen en Chine et Singapour. Les ventes en Asie-Pacifique, en incluant la Chine, ont connu un taux moyen de croissance annuelle de 24 % pour STMicroelectronics (et de 19 % pour l'industrie). L'Asie-Pacifique ne représente pour l'heure que 30 % de la fabrication des puces de l'entreprise, mais assure 75 % des opérations de test et d'assemblage. Cette montée en puissance de notre présence en Asie vise notamment à maintenir une proximité avec nos grands clients.

Les principales étapes ayant jalonné notre implantation dans la région ont notamment été marquées dès la fin des années 60 par le transfert sur le continent asiatique d'une partie de nos activités de test et d'assemblage. Après la mise en service du premier centre de conception de circuits intégrés à Singapour en 1984, 1995 a vu la création de l'un des premiers centres de développement dans ce même pays.

Les effectifs de STMicroelectronics ont crû régulièrement à Singapour et en Malaisie, de même qu'en France. Le renforcement de notre présence y est favorisé par leur stabilité politique, des infrastructures de qualité, une main-d'oeuvre disponible, motivée et qualifiée, ainsi que l'attractivité d'un marché de 500 millions de personnes.

II. L'expérience de Thales

Dominique-Claire MALLEMANCHE, Vice-Présidente, directrice Stratégie pays émergents, Thales

Thales est présent dans la zone ASEAN depuis une trentaine d'années et évolue en permanence : certains bureaux ferment, d'autres ouvrent. Cette présence a en tout cas été constante, en particulier dans les deux domaines d'intervention que sont les transports (transport aérien : régulation de trafic et équipements de contrôle) et la sécurité. Dans ce dernier domaine, nous disposons notamment de toutes les compétences pour travailler à la sécurité des frontières, terrestres comme maritimes.

Notre approche de l'ASEAN est d'abord locale et mise sur la multi-domesticité, les partenariats et les joint-ventures. Ceci se complète d'une approche régionale, à travers laquelle nous cherchons à tirer profit des flux existants.

Le groupe Thales a, par ailleurs, souhaité accompagner le développement industriel des pays émergents, étant entendu que nous pouvons y trouver un mutuel intérêt. Les préoccupations de développement durable nous fournissent par exemple l'occasion de contreparties (offset), de développements technologiques innovants et d'outils financiers adaptés.

III. Question

Nguyen LE MONG

Si l'on souhaite s'implanter au Vietnam, encore faut-il savoir qu'on ne peut, en vertu de la Constitution de ce pays, être propriétaire des terrains dont l'utilisation serait envisagée ; seul un bail de longue durée peut être concédé par les pouvoirs publics.

Olivier MONANGE

Cette question relative aux terrains constitue, en effet, un obstacle à la propriété. On peut tout de même constater que la tendance, au Vietnam comme ailleurs, est bien à l'ouverture croissante vis-à-vis des investissements étrangers.