Allez au contenu, Allez à la navigation

Recherche Recherche avancée

Colloque "Caucase, Asie centrale : la dynamique Caspienne" (10 avril 2008)



Table des matières


Actes du colloque Sénat-Ubifrance

« Caucase, Asie centrale : la dynamique Caspienne »

Jeudi 10 avril 2008
Palais du Luxembourg

Sous l'égide des groupes interparlementaires d'amitié
France-Arménie, France-Asie centrale, France-Caucase

Ouverture

Christian PONCELET,
Président du Sénat

Madame le Ministre de Géorgie,

Monsieur le Ministre d'Azerbaïdjan,

M'adressant aux deux personnalités qui nous font l'honneur de participer à notre manifestation - je m'autorise à leur dire « chers amis » -, je vous adresse un très cordial message de bienvenue au Sénat au nom de tous mes collèges, sénateurs et sénatrices, et en mon nom propre.

Nous formons tout de suite le voeu que vous conserviez de cette visite, un peu courte à notre regret, un excellent souvenir.

Messieurs les Ambassadeurs,

Monsieur le Directeur Général d'UBIFRANCE,

Chers collègues,

Mesdames, Messieurs,

Le Sénat est heureux d'accueillir aujourd'hui cette importante rencontre sur le Caucase et l'Asie centrale, en présence de plusieurs délégations de pays amis, que je tiens à saluer tout particulièrement.

Le Caucase et l'Asie Centrale sont des régions avec lesquelles le Sénat entretient des liens anciens et réguliers.

Vous me permettrez, à cet égard, de saluer l'action des trois groupes d'amitié concernés, France-Arménie, présidé par Monsieur Bernard PIRAS, France-Caucase, présidé par M. Ambroise DUPONT, et France-Asie centrale, présidé par M. André DULAIT qui n'est pas des nôtres ce matin car il accompagne le ministre des Affaires étrangères et européennes, M. Bernard KOUCHNER, c'est le hasard des calendriers, dans son déplacement en Asie centrale.

Comme je l'explique souvent, les groupes d'amitié du Sénat permettent d'entretenir dans la durée des liens étroits avec les pays correspondants, ce qui en fait des promoteurs actifs de la présence française dans le monde.

Vous le savez, le Sénat est en pointe sur les opérations de « diplomatie parlementaire », qui offrre un cadre de discussion beaucoup plus libre que celui des échanges entre les diplomates ou les représentants des exécutifs.

Je rappelle également que le Sénat français a créé une Association des Sénats d'Europe, où les Présidents des Secondes chambres européennes se réunissent régulièrement pour échanger des informations sur leurs pays, dialoguer et s'enrichir mutuellement.

Un colloque comme celui d'aujourd'hui doit beaucoup à nos groupes d'amitié, car parmi leurs activités, ces groupes ne manquent jamais l'occasion de contribuer au développement des échanges économiques entre la France et les pays auxquels ils s'adressent.

Avec nos amis d'UbiFrance, nous avons déjà traité à bien des reprises de la région caspienne, du Caucase et de l'Asie centrale. Sur le plan économique, cette zone revêt en effet une très grande importance pour la France et, plus généralement, pour les pays de l'Union européenne.

Certes, la situation propre de chacun de ces pays diffère, aussi bien sur les plans politique, démographique ou culturel, que du strict point de vue économique.

Mais dans l'ensemble, tous affichent des taux de croissance à deux chiffres qui peuvent nous faire rêver. Ils voient naître une classe moyenne ouverte aux produits étrangers, qui exprime des besoins d'équipement ou de biens de consommation auxquels les entreprises occidentales peuvent répondre.

Comme tels, ces pays représentent des partenaires commerciaux fiables, vers lesquels l'Europe devrait être naturellement incitée à se tourner.

La région caspienne est une très importante zone de production et de transit des hydrocarbures - gaz et pétrole - ce qui y attire des capitaux considérables et y induit un potentiel de développement tout à fait exceptionnel.

Or, je constate - pour le regretter - que les entreprises françaises, en dépit d'un certain frémissement depuis quelques années, ne s'intéressent pas encore assez à cette région. Elles risquent donc de se laisser distancer dans une compétition où, pourtant, elles disposent d'excellents atouts. J'ai pu le vérifier personnellement, nous faisons à cet égard preuve d'une certaine frilosité, que nous devons essayer de surmonter.

D'une manière générale, comme le constatait en 2005 notre collègue Aymeri de MONTESQUIOU dans son Rapport à Monsieur le Premier ministre, la place de la France dans ces pays est encore beaucoup trop modeste. Comme il le soulignait à juste titre, « la France peut et doit mieux faire ! ».

Comment expliquer cette situation ?

Je pense que la distance géographique n'explique pas tout. Certes, les États du Caucase et d'Asie centrale sont longtemps restés méconnus et refermés sur eux-mêmes. Mais la situation a changé depuis l'effondrement de l'ancien empire soviétique : la plupart sont désormais ouverts sur l'étranger même si, sur ce point, des écarts importants subsistent d'un pays à l'autre.

En fait, les intérêts économiques ne sont pas seuls en cause...

La persistance de foyers de tensions - dans le Caucase, en particulier - inquiète sans doute les investisseurs européens. C'est d'ailleurs pour les atténuer que j'ai amorcé, il y a une dizaine d'années, ce que nous appelons «le processus de Versailles». Il a pour but de maintenir le dialogue entre les pays concernés -Géorgie, Arménie et Azerbaïdjan-, et notamment entre leurs Parlements. Mais là encore, il nous reste bien du chemin à parcourir.

Nos opérateurs seraient aussi plus enclins à se tourner vers la région caspienne, pour peu que certains des pays qui la composent - en Asie centrale, notamment - améliorent la transparence de leurs économies, renforcent le cadre juridique et la sécurité des affaires et, sans m'ingérer en aucune façon dans leurs affaires intérieures, accélèrent le rythme de leur démocratisation - même si des progrès notables ont été enregistrés.

Sur tous ces points, je crois intéressant d'insister sur un élément commun qui, à mon avis, nous permet d'espérer des avancées positives : le fort tropisme pour l'Europe de ces pays, à la fois en tant que modèle de développement et comme zone d'influence susceptible d'équilibrer celle du grand voisin russe.

Je note que les huit pays que nous évoquons aujourd'hui sont tous membres du Conseil de l'Europe ou de l'OSCE, dont le Kazakhstan assurera d'ailleurs la Présidence en 2010. Cette adhésion leur confère des responsabilités particulières en matière de droits de l'homme, de respect des minorités, de liberté politique et religieuse, et de respect de l'environnement... autant de domaines sur lesquels, j'en suis convaincu, un dialogue fructueux a commencé de s'établir avec les pays de l'Union européenne et doit se renforcer.

Je conclurai sur ce message de confiance et d'optimisme !

Nous disposons de tous les éléments pour établir avec les différents responsables de ces pays les meilleures relations qui soient, et ce dans tous les domaines. L'objectif est de faire progresser nos échanges, dans l'intérêt de nos peuples respectifs. Comme le disent les jeunes aujourd'hui, il s'agit d'apporter à chacun un « plus » dans sa vie quotidienne, dans l'exercice de sa liberté, de sa culture et dans sa consommation. Il ne saurait y avoir de saturation dans l'enrichissement intellectuel.

Je souhaite donc à toutes et à tous d'excellents travaux, en espérant que vous garderez de votre passage au Sénat un excellent souvenir et que vous aurez plaisir à y revenir.

Éric ELGHOZI,
Directeur général délégué d'Ubifrance

Les investissements étrangers ont plus que doublé en 2007 dans les pays dont nous parlons aujourd'hui. Nous pouvons aider les entreprises, quel que soit leur secteur économique, à s'y installer. Pour cela, nous avons projeté d'organiser différentes opérations au cours des prochains mois : le salon KITEL, prévu en 2008 à Almaty, et qui portera sur les télécommunications informatiques ; le salon KIOGE (Oil and gaz exhibition) qui aura lieu dans la même ville en octobre 2008 ; un séminaire sur le luxe en décembre prochain à notre adresse, boulevard Saint-Jacques. N'hésitez pas à feuilleter nos guides sur le secteur des hydrocarbures en CEI et sur l'industrie automobile en Azerbaïdjan, Ouzbékistan et Ukraine. Ces ouvrages permettront à ceux qui ne connaissent pas la région de mieux saisir les opportunités qu'elle présente.

Interventions de :

Mikhaïl DJABBAROV,
Vice-ministre du développement d'Azerbaïdjan

Monsieur le Président, Madame le Vice-premier Ministre, Mesdames et Messieurs, chers amis, je vous remercie pour votre chaleureux accueil, pour vos remarques agréables sur nos pays et le renforcement de nos relations avec la France. Mon intervention portera sur les perspectives de développement de l'Azerbaïdjan, puis sur la coopération régionale dans la zone Caspienne, le Caucase et l'Asie centrale. J'aborderai ensuite les aspects bilatéraux de cette coopération, en matière commerciale notamment.

L'Azerbaïdjan a repris son indépendance depuis 17 ans. Après une période de transition, notre modèle de développement est devenu exceptionnel et a fait de notre Etat un pays à revenu moyen. Ce succès est le fruit d'une politique d'investissement datant de 1994, année où le pays s'est montré précurseur en se lançant le premier dans l'exploration des réserves d'énergie de la mer Caspienne. Il s'explique également par le fait que nous avons invité les entreprises multinationales et les investisseurs à travailler sur notre territoire, alors en proie à d'importantes difficultés économiques, et à des agressions extérieures. Des réformes macro-économiques et une stabilisation fiscale nous ont permis de redresser la barre dès 1996. Notre taux de croissance est d'environ 11% depuis cette date. En 2006, il a été de 35% et le PIB a crû de 26%. L'impact en est considérable sur notre budget et nous conduit à consentir à des investissements élevés pour diversifier notre économie et créer des infrastructures publiques à destination des petites et moyennes entreprises.

La lutte contre la pauvreté a été efficace. Très importante en 2003, son taux n'est plus que de 16 % en 2007. Notre politique sociale s'adresse à toutes les couches de la société et devient d'autant plus nécessaire que notre croissance forte entraîne des déséquilibres macro-économiques et une hausse de l'inflation, celle-ci étant liée notamment au fait que les importations et les exportations sont exprimées en euros. Malgré ces soucis, le revenu de la population augmente fortement chaque année.

Nous faisons des hydrocarbures un outil essentiel pour construire l'économie et mener les réformes nécessaires, dans le domaine de la santé notamment. Le gouvernement continue à faire preuve d'un engagement très fort en faveur du développement du pays. Il y a deux ans, il a créé une entreprise d'investissement détenue majoritairement par l'Etat, mais dans laquelle il est possible, pour des entreprises, d'acquérir une participation minoritaire. Cette démarche relève d'un greenfield ou d'un brownfield, mis en oeuvre dans le secteur du pétrole. Elle démontre que le pays est ouvert aux investissements étrangers. Nous souhaitons partager les risques comme les profits. L'Etat ne restera pas aux commandes de cette société d'investissement, mais continuera à soutenir son développement. Ses bons résultats nous encouragent dans notre politique. Elle a été reconnue comme étant un acteur économique majeur par un grand nombre d'institutions, dont la BERD.

Cet exemple montre que nous pouvons travailler ensemble de manière efficace. Nous continuons à renforcer le cadre juridique des activités économiques et commerciales en Azerbaïdjan. Deux lois seront appliquées bientôt, l'une concernant les zones franches, l'autre le régime spécifique des hydrocarbures. Nous tentons aussi de renforcer la coopération régionale, avec la Russie notamment. Notre ambition est de développer les ressources énergétiques de la mer Caspienne et de capitaliser les infrastructures existantes pour développer les investissements et la présence commerciale d'acteurs majeurs. Le gouvernement a agi fortement en direction des petites et moyennes entreprises, notamment en apportant des aides à la création à travers un fonds qui offre des crédits à des taux très avantageux. Les entreprises manquent, en effet, souvent de capital au départ. Notre politique consiste à assurer un développement à long terme et à promouvoir une économie plus souple, basée sur un tissu très résistant et dynamique de PME.

De nombreuses réformes ont été menées pour encourager l'activité économique et commerciale. Elles se poursuivent. Notre procédure d'adhésion à l'OMC est en cours. Notre pays bénéficie, par ailleurs, des Fonds mis en place pour la région Caucase et dont peuvent profiter les entreprises, y compris européennes.

Dans le domaine de la coopération régionale, le secteur de l'énergie a vu la création de deux gazoducs, en partenariat avec la Georgie et la Turquie ; des installations ne passant plus par la Russie et permettant l'acheminement des réserves de la Mer Caspienne vers les différents marchés existants. La sécurité des approvisionnements en hydrocarbures représente un enjeu majeur pour l'Union européenne, comme l'illustre la visite au Turkménistan de la troïka de l'UE qui appelle, dans une démarche visionnaire, à plus de coopération pour améliorer la sécurité recherchée. Nos collègues du Kazakhstan ont eux aussi entrepris des efforts pour promouvoir l'utilisation des infrastructures de transport de ressources énergétiques. De nombreuses réalisations auraient été impossibles sans le haut niveau de coopération existant entre l'Azerbaïdjan et la Georgie, deux pays attirant de nombreux investissements. Toutefois, il nous reste encore beaucoup de travail à accomplir pour obtenir une politique énergétique cohérente, un besoin pourtant exprimé par tous.

Un projet a des conséquences à long terme sur la coopération régionale et sur la coopération de notre région avec l'Europe. Il s'agit de la liaison ferroviaire entre la Turquie et la Géorgie dont la construction est déjà engagée et qui permettra le transport de l'énergie et la circulation des marchandises et des personnes entre ces deux pays.

L'Azerbaïdjan entretient des liens économiques avec la France, en important de ce pays beaucoup de produits, et pas uniquement de luxe, et en exportant vers lui surtout des produits en énergie. Nous souhaitons poursuivre nos efforts, avec nos homologues français, pour offrir un meilleur accès aux marchandises d'Azerbaïdjan ici. Nos échanges sont réguliers avec des entreprises françaises comme Vinci ou Thalès, lesquelles participent à de nombreux projets d'infrastructure sur notre territoire. Des banques françaises telles que la BNP et la Société Générale sont présentes également dans notre pays, objet d'une attention grandissante de la part de nos visiteurs français. Nous espérons que ces derniers seront de plus en plus sensibles aux possibilités économiques qu'offre l'Azerbaïdjan, un pays jeune, avec une population et une croissance importantes, où le développement de la consommation et des services promet des opportunités commerciales importantes à tout investisseur.

Tamara KOVZIRIDZE,
Vice-ministre du développement de Géorgie

Président, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs, mon propos sera le suivant : la Georgie constitue votre partenaire pour l'avenir. Ce pays est très ouvert, dynamique et attractif, ayant l'habitude de nouer des partenariats économiques pouvant prendre de multiples formes et se caractérisant par des réformes économiques, menées depuis quatre ans, favorisant une croissance importante et un environnement macro-économique stable. Le rôle de l'État a été réduit dans l'économie pour favoriser le secteur privé et le marché concurrentiel.

Nous nous reposons sur un budget efficace et un système foncier simple et accessible. L'immobilier résidentiel croît d'ailleurs fortement en ce moment. Nos politiques de transports et de commercialisation innovantes contribuent aussi à notre dynamisme, marqué par un soutien en faveur de l'emploi et de l'agriculture et une accumulation des ressources pour assurer le développement durable du pays.

La Georgie s'est réellement transformée. Son économie est devenue très concurrentielle, attractive pour le commerce et, d'après une étude de la Banque mondiale, basée sur un système d'imposition très performant, fruit de trois réformes fiscales. Le marché de l'emploi établi en 2006 a été désigné comme étant le plus libéral au monde.

Dans un autre registre, le nombre de licences nécessaires au commerce a baissé de 84% et le nombre de nouvelles entreprises enregistrées en Georgie a été multiplié par quatre entre 2005 et 2008. Notre pays se distingue aussi par son potentiel de transit et de transport. La construction de pipelines a été déterminante pour son développement. Pourtant, nous n'utilisons à ce jour que 12% de notre potentiel hydro-énergétique. Le gouvernement cherche à exploiter nos ressources naturelles par des programmes de construction d'infrastructures. Ainsi, le secteur de l'énergie est presque entièrement privatisé aujourd'hui. Cette libéralisation s'accompagne d'une lutte féroce contre la corruption. Selon une étude de la Banque mondiale et de la BERD, la Georgie a été le pays le plus efficace dans ce combat parmi les 25 pays d'Europe centrale et orientale ; un combat nous ayant amené à réformer notre système de police, obstacle par le passé aux échanges commerciaux en raison de la corruption qui le gangrenait. La fiscalité sur les importations est nulle en Georgie et le code du travail extrêmement libéral. En matière de tourisme, plus de 1 million de personnes visitent le pays chaque année, un nombre en hausse.

Le taux de croissance de notre PIB (12,4 % en 2007) est source d'inflation. Ainsi, les prix ont augmenté de 9,2 % en 2007 et 2006, un taux que nous souhaitons maintenir en deçà de 10 %. La Georgie n'est pourtant riche, ni de pétrole, ni de gaz. Ses succès proviennent des réformes libérales engagées. Notre avantage concurrentiel réside dans un environnement commercial particulièrement accueillant. L'impôt sur le revenu des entreprises s'élève en effet à 15 %. Dans le classement des pays offrant les meilleures conditions commerciales, la Georgie est classée 18ième.

Le taux de l'impôt sur le revenu s'établit à 25 %. Il représentera 15 % d'ici cinq ans. Nous avons aboli les autres impôts existants et mis en place un pack fiscal récemment adopté par le Parlement. Parmi les pays qui offrent le plus de liberté économique, nous sommes classés au 32e rang mondial. Les grandes banques de Georgie appartiennent à des capitaux privés. Deux d'entre elles sont très puissantes, leurs actifs représentant 80 % des actifs globaux.

Le revenu moyen en Géorgie s'élève à 200 $. Il équivaut à celui de la Russie et du Kazakhstan en 2004. Le gouvernement a fait preuve de beaucoup de prudence dans la mise en oeuvre de ses politiques fiscales et monétaires. Ainsi, il a favorisé l'économie libérale et diminué les impôts tout en générant des ressources budgétaires nécessaires pour financer les infrastructures, l'éducation et la défense. Ces dernières ont augmenté de 460% depuis 2003, une progression remarquable. Le PIB par habitant, lui, représente, en 2007, plus de 2 300 $. Il est d'un niveau comparable à celui de la Russie en 2001 et à celui du Kazakhstan en 2003.

Concernant nos échanges commerciaux, le système GSP+ permet à la Géorgie d'introduire dans l'Union européenne et la Turquie 7 200 produits sans payer de taxes douanières.

La Géorgie offre donc de nombreuses opportunités : vous pouvez y voyager, commercer avec elle, transiter par son territoire et investir sur son territoire. Visiter la Géorgie est assez facile, surtout pour les ressortissants de l'Union européenne et de la Turquie puisque aucun visa ne leur est demandé. Nous disposons depuis deux ans de deux grands aéroports, desservis par des vols réguliers assurés par 17 compagnies internationales, dont Lufthansa. Les investissements dans le secteur touristique sont considérables. Plusieurs chaînes hôtelières s'implantent en ce moment en Géorgie où le tourisme connaît une croissance de 80 % depuis deux ans.

Pour le commerce, les taxes à l'importation sont nulles pour 80% des biens, le taux d'imposition étant fixé à 1,5 % dans ce domaine, soit un des taux les plus bas du monde. Seuls Hongkong et Singapour font mieux que nous en la matière. Le ratio export/PIB, basé sur les statistiques des balances de paiement, s'élève à 30 % et notre taux de croissance commerciale à 40 %. Depuis 2008, de nouvelles lois régissent nos échanges internationaux, en accord avec les normes internationales. Elles se sont traduites par la signature d'accords de libre commerce avec tous les pays du CIS, et avec la Turquie en complément du système GSP +.

La Georgie est située sur un axe de transit, lui permettant de desservir une zone de population de près de 827 millions de personnes ; un ensemble de territoires ouverts au commerce et où nous souhaitons mettre en place toutes les infrastructures dont ont besoin les gens. Notre système de transport est très développé, avec des ports gérés par des opérateurs privés et où nous sommes en train de créer des zones franches. L'un de nos projets porte sur l'aménagement d'un territoire de 400 hectares, situé près du port de Poti. Il devrait attirer 1,5 Mds $ d'investissement dans les cinq prochaines années. Nous avons de nombreuses liaisons maritimes avec la mer Noire et l'Union européenne.

Preuve du développement de notre économie, le secteur financier et bancaire est celui qui a connu le plus fort dynamisme depuis deux ans, avec une augmentation de 30 à 35 %. Enfin, dans le domaine de l'agroalimentaire, le programme « 100 nouvelles entreprises en agriculture » permet au gouvernement de proposer aux entreprises de ce secteur des terres à des prix nettement inférieurs à ceux du marché.

Nadine MIROCHNIKOFF

Je travaille au Ministère de l'Agriculture et de la pêche. M. Mikhaïl DJABBAROV n'a pas parlé de l'agriculture et du monde rural. Or plus de 30 % de la population d'Azerbaïdjan vit du secteur primaire. Je voudrais donc savoir quelle est la politique de son pays en la matière.

Mikhaïl DJABBAROV

Des programmes d'urbanisation ont été mis en chantier au cours des dernières années. Notre population demeure pourtant majoritairement rurale, à hauteur de 50 %. L'agriculture représente un secteur très pourvoyeur en emplois dans notre économie. Parmi les 650 000 emplois créés en quatre ans et demi, 470 000 représentent des postes permanents, dont la majorité concerne le domaine agricole. Alors que nous l'avons sous-estimée pendant ces dernières années, nous nous intéressons à nouveau à l'agriculture en raison notamment de l'augmentation du prix des denrées alimentaires.

L'État met en place des entreprises chargées de louer des terres agricoles pour soutenir cette activité économique. Il agit aussi comme recours pour des agriculteurs incapables d'acheter des machines agricole, que nous mettons à leur disposition sous forme de location. Nous leur accordons aussi des subventions. Le traitement des produits agricoles représente l'une de nos activités les plus importantes, en hausse de 30 % depuis trois ans.

Le développement des secteurs industriel et énergétique ne nous a donc pas détournés de notre volonté de diversifier nos activités. Dans le cadre de nos relations avec l'Union européenne, nous avons d'ailleurs un défi à relever, consistant en l'instauration de notre système de normalisation et de certification.

Henri MARRACHE

Je souhaiterais en savoir plus sur les programmes relatifs au développement de la construction, qui n'ont pas été présentés, et connaître les normes que vous pratiquez en matière de développement durable.

Tamara KOVZIRIDZE

Le secteur de l'immobilier, aujourd'hui privatisé, se développe rapidement en Georgie, notamment parce que nous en avons simplifié les règles commerciales en abolissant les permis de construction en 2005. Ces permis n'existent plus que pour les constructions spécifiques. Le taux de croissance du secteur avoisine 10 % par an. Les Emirats arabes unis s'y distinguent pour leurs investissements directs, l'Allemagne, le Kazakhstan et différents acteurs locaux pour leur réalisation de chaînes hôtelières.

Mikhaïl DJABBAROV

Le secteur de la construction connaît un moment clef en Azerbaïdjan où la population est jeune, en pleine croissance et amenée à consommer de plus en plus. D'importantes dépenses (3 Mds $ en 2008) sont prévues par le gouvernement pour construire des centrales énergétiques, des routes et des canalisations.

Ce secteur est complètement privatisé, ce qui n'empêche nullement l'Etat de se montrer actif et de passer des commandes. Il connaît un tel développement que nous sommes confrontés à une pénurie de matériaux de construction.

Dans le secteur de la sidérurgie, nous effectuons des investissements dans les mines des pays voisins, dans le domaine de la production d'aluminium notamment. Le niveau de production de ce minerai est bas pour l'instant : environ 60 000 tonnes par an. Mais il augmentera rapidement, grâce en particulier à la construction d'une nouvelle usine de production, prévue pour être opérationnelle dans un an et demi.

De la salle

J'exerce comme consultant pour les pays CIS. Vous n'avez pas parlé des investissements français dans vos pays respectifs. Pouvez-vous nous en dire deux mots ?

Tamara KOVZIRIDZE

La plupart des investissements français effectués en Géorgie sont l'oeuvre de la Société Générale, devenue propriétaire de l'une de nos banques, mais aussi d'entreprises comme Castel et Pernod-Ricard. Toutefois, les investissements français ne sont pas très élevés dans notre pays. Ils ont représenté, l'an dernier, seulement 40 M$. J'espère que ce séminaire contribuera à remédier à cette situation. Des opportunités pour faire des affaires existent en Georgie où les règles sont simples et très libérales.

Mikhaïl DJABBAROV

Le principal investisseur français présent en Azerbaïdjan est Total. Toutefois, d'autres entreprises comme Castel, BNP et le Crédit Agricole - plus en accordant des prêts qu'en procédant à des investissements - agissent dans mon pays.

Nous sommes impliqués dans de nombreux partenariats avec des entreprises françaises, pour la commercialisation des produits technologiques et des marques. Des accords de franchise et des projets d'investissement sont à l'étude. L'heure est venue, pour les entreprises françaises, notamment de luxe, d'investir directement sur notre territoire.

Les chemins des steppes

Aymeri de MONTESQUIOU,
Sénateur, Président délégué pour le Kazakhstan
du groupe interparlementaire d'amitié France-Asie centrale

Je souhaite vous faire partager mon intérêt pour une région encore, malheureusement, inconnue des entreprises françaises. Il s'agit d'une zone stratégique essentielle, située aux confluents des grandes civilisations de Russie, de Chine, de Turquie et de Perse, et dont la France est en train de redécouvrir l'importance après l'avoir négligée pendant longtemps.

Cette région, jusqu'alors enclavée, devient aujourd'hui une zone de transit, ayant besoin de pipelines pour l'exploitation de ses richesses. Ses territoires recèlent des hydrocarbures en grande quantité, au Kazakhstan et au Turkménistan notamment. La mer Caspienne représente au total entre 8 et 10 % des réserves mondiales de gaz. Elle compte des poches de pétrole importantes. Ainsi, le Kazakhstan produit aujourd'hui 1 million de barils de pétrole par jour, quantité qu'il multipliera par trois dans quinze ans pour devenir un producteur comparable au Venezuela. Ce fait est d'autant plus remarquable que les hydrocarbures représentent maintenant une ressource rare. Peu de nouveaux gisements sont identifiés de nos jours. Le dernier à avoir été repéré se trouve à Kashagan. Il est exploité en consortium par des entreprises comme Total et Agip.

La croissance universelle de la consommation d'énergie fait ainsi de la zone Caspienne un territoire à forts enjeux et appelé à être de plus en plus exploité. De nouveaux gisements sont susceptibles d'y être découverts, accroissant encore son intérêt stratégique.

La France, malheureusement, ne s'est guère intéressée à cette région, alors que l'Union européenne, plus sagement, a déclaré cette zone prioritaire. J'espère que la Présidence française de l'UE permettra de changer la donne et de saisir enfin les opportunités qu'offre ce vaste territoire et dont a pu profiter Gazprom qui en signant un contrat avec les trois principaux pays producteurs de gaz : l'Ouzbékistan, le Turkménistan et le Kazakhstan. Ce dernier Etat avait pourtant, il y a 2 ans, lors d'une réunion de la CEI, fait part de son souhait de voir son gaz directement exporté vers l'Union européenne. Il n'a pas été entendu alors que 50% du gaz et 20% du pétrole consommés en Europe proviennent de Russie.

La plupart des pipelines transitent par la Russie. Ils s'étendent sur 6 000 kilomètres et vers la Chine. Je considère, pour ma part, que la meilleure route de transport des hydrocarbures passe par l'Iran. Le gouvernement américain est opposé à cette voie, pas les compagnies américaines. La France devrait s'intéresser à cette option. Les ports du Pacifique sont en effet saturés. La Chine en a pris acte et envisage de recourir au secteur ferroviaire. Elle songe à exporter ses marchandises vers l'Union européenne et la côte Est des Etats-Unis par chemin de fer. La route de la soie pourrait ainsi renaître.

De la salle

Quel trajet emprunterait ce chemin de fer ?

Aymeri de MONTESQUIOU

Cette ligne pourrait partir de Chine, passer par le Kirghizistan, l'Ouzbékistan et l'Afghanistan, puis par le Nord ou par le Sud. Dans ce dernier cas de figure, elle traverserait l'Iran et la Turquie.

Instruments de la politique étrangère et outils du développement économique :
les hydrocarbures et leur maîtrise par les États
de la zone Caspienne-Asie centrale

Alain PRZYBYSZ,
Délégué pays Azerbaïdjan, Kazakhstan, Turkménistan, Total Exploration et Production

Les hydrocarbures ne sont pas commercialisés dans le cadre normal des affaires. Ils sont l'objet de toute l'attention des politiques. La zone Caspienne-Asie centrale échappera de moins à moins à cette règle. Elle représente des enjeux dont les Etats de la région tirent parti pour acquérir une stature internationale. L'accroissement de leur revenu, lié à la manne pétrolière, leur permet de mettre en place des politiques de développement. Il leur confère une force de frappe pour procéder à des investissements stratégiques en dehors de leurs frontières.

Leur enclavement fait qu'ils recherchent à diversifier les voies d'évacuation des hydrocarbures et à accéder à des mers ouvertes, des projets demandant l'implication politique des Etats parties prenantes, sans laquelle les conditions favorables à la réalisation des infrastructures nécessaires pour pareilles entreprises, ne pourraient voir le jour.

La zone Caspienne-Asie centrale se trouve à l'intersection d'un axe Nord-Sud constitué des régions productrices - allant de la Sibérie Occidentale en Iran - et d'un axe Est-Ouest composé des pays importateurs et allant de la Chine à l'Europe. Toutes les puissances ont intérêt à ce que les hydrocarbures se déplacent dans une direction qui leur convienne. Les Etats de la zone font donc l'objet de multiples sollicitations et pressions. Désireux d'être reconnus en tant que pays libres, ils utilisent les hydrocarbures comme un outil de politique étrangère. Le Kazakhstan s'affirme ainsi en puissance régionale et économique de premier plan.

Les hydrocarbures sont aussi au centre des relations entre l'Union européenne et l'Azerbaïdjan. Ce dernier pays et le Kazakhstan ont, par ailleurs, signé avec l'Union européenne des protocoles relatifs à l'exploitation des hydrocarbures. Ils pourraient être rejoints en cela par le Turkménistan.

Le secteur pétrolier génère des rentes pour ces Etats, ainsi qu'une forte une activité industrielle dont ils se servent pour conforter les autres secteurs de leur économie, parmi lesquels l'agriculture. Les fonds pétroliers mis en place par certains pays assument ce rôle de régulateur et s'accompagnent d'outils de gestion des ressources pétrolières, par exemple des contrats ou la législation pétrolière.

Cette dernière s'est durcie au cours des dernières années. Le Kazakhstan en revient ainsi au régime des contrats de concession. La raréfaction du domaine minier disponible explique cette tendance. Elle accroît les risques pour les sociétés pétrolières. Les exigences des Etats rendent aussi les négociations des contrats plus difficiles. L'augmentation des prix du pétrole crée en effet des attentes en matière de rente et va de pair avec un accroissement vertigineux des coûts d'exploration, de développement et de production. Les opérateurs pourraient être aussi acculés à une baisse d'efficacité de leur travail, du fait de la présence d'administrations nationales tatillonnes.

Les sociétés pétrolières nationales des pays de la zone Caspienne sont en mesure, à l'image de Socar en Azerbaïdjan, de jouer le rôle d'opérateurs pétroliers dans des zones réservées. Elles peuvent à la fois être des partenaires étrangers, au sein de consortiums internationaux, des gestionnaires de contrats pétroliers pour l'Etat et des investisseurs sur le marché domestique ou à l'étranger. Elles représentent le bras armé de l'Etat pour son développement industriel et, en même temps, un outil de sa politique étrangère. Elles se trouvent en première ligne pour les relations contractuelles avec les opérateurs pétroliers et peuvent être impliquées dans des négociations délicates sous l'autorité des hommes politiques. Elles peuvent ainsi avoir pour mission l'optimisation de la rente pétrolière.

Total développe de nombreuses activités dans la région. L'entreprise possède 18,52 % du site de Kashagan, lequel cache une réserve de plus de 10 Mds de barils. En Azerbaïdjan, elle détient une participation de 10 % dans le champ de gaz Shah Deniz et dans le gazoduc BTE. La première phase de développement de ce champ a démarré en fin 2006. Sa production en régime stabilisé s'élèvera à 10 Mds de m3 par an, dont plus de 6 Mds de m3 seront exportés vers la Turquie. Le potentiel de ce site pourrait permettre le lancement d'une deuxième phase de développement.

Total est également actionnaire à hauteur de 5 % de l'oléoduc BTC. L'ensemble de ses participations fait d'elle un acteur majeur dans la région, qui s'est engagé à étudier la manière d'évacuer les pétroles Kazakhs vers le Sud. Dans cette perspective, elle a conçu une voie traversant la mer Caspienne et se connectant à l'oléoduc BTC, à Bakou. Ce projet, baptisé KCTS, permettra d'évacuer vers la Méditerranée orientale une part importante des productions de Kashagan et de Tengiz.

Le contrôle que les Etats exercent sur les activités pétrolières est parfaitement légitime. Les enjeux sont considérables pour eux. Une société pétrolière, elle, dans le cadre de son activité, cherche un cadre légal bien défini et protecteur pour ses investissements, un contrat raisonnablement rémunérateur, des relations fluides avec les autorités et des perspectives d'ouverture de domaines miniers. Il n'existe pas d'incompatibilité entre ses besoins et les outils, lois et contrats des sociétés nationales que l'Etat utilise. Il faut toutefois éviter que ces outils n'ajoutent encore des incertitudes et n'augmentent les risques inhérents à l'exploration pétrolière. Les contrats doivent prendre en compte l'ensemble des paramètres économiques et les sociétés nationales continuer à se comporter en partenaires soucieux d'acquérir nos savoir-faire et prêts à nous proposer de nouveaux domaines de coopération.

Asie centrale : hydrocarbures, la nouvelle route de la soie

Daniel PATAT,
Chef de la Mission économique à Almaty

Tous les pays de la région dont il est question ont la mer Caspienne en partage, ainsi que son enclavement. Ils possèdent tous l'avantage d'avoir des ressources naturelles, lesquelles peuvent leur permettre de sortir de leur isolement.

Les pays d'Asie centrale, après avoir acquis leur indépendance au début des années 90, ont tous cherché à profiter de leur nouvelle souveraineté pour investir. Toutefois, à ce jour, ils cherchent encore leur voie, leur histoire et leur ancien partenariat avec le voisin russe ne les aidant pas à s'affirmer et leur imposant un certain nombre de contraintes. La Russie n'entend pas perdre la main sur ces pays et si, en 2005, Gazprom négociait encore des contrats d'embarquement de gaz avec ces pays producteurs à hauteur de 45-65 $ le millier de m3, elle a augmenté progressivement ce prix qui atteint aujourd'hui un niveau comparable à celui du marché d'il y a deux ans. La volonté des Européens d'assurer la sécurité de leur approvisionnement joue très probablement un rôle dans cette évolution, comme le comportement de la Chine. Celle-ci, en effet, construit un gazoduc long d'à peu près 7 000 km, qui joindra Shanghai au Turkménistan en 2011 et charriera, dès sa mise en fonctionnement, une dizaine de milliards de m3 de gaz. La Russie a donc compris que, pour respecter ses engagements vis-à-vis de l'Europe Occidentale, elle doit augmenter ses capacités de livraisons et celles de l'Asie centrale.

Parler de la route de la soie témoigne du regard d'ensemble qu'UbiFrance et ses missions économiques portent sur la Région. Soutenir un développement économique robuste dans cette zone implique de ne pas se reposer uniquement sur le pétrole. Ce constat est vrai pour le Kazakhstan, dont la rente pétrolière est considérable en regard de sa population. L'or noir constitue une opportunité pour un tel pays. Cependant, si les ressources énergétiques représentent un véritable facteur de désenclavement pour les Etats concernés, cet enclavement et l'insuffisante intégration économique régionale ne favorisent pas leur diversification économique. L'investissement dans les secteurs primaires et secondaires ne va pas de soi, même s'il est porté par ces pays.

Le Kazakhstan connaît une très forte croissance de son PIB. Il est devenu un gros consommateur de produits haut de gamme, pour lesquels la France a beaucoup d'atouts et que nous essayons de faire valoir dans ce pays en répondant à des demandes émergentes ; un secteur du luxe servant à promouvoir les autres produits français et donc à aider les entreprises hexagonales à se saisir des nombreuses opportunités qui s'offrent à elles dans les pays de la région Caspienne.

Le secteur ferroviaire a un rôle à jouer dans le développement de la zone. Ainsi, les Chinois poussent en avant la réalisation du projet de ligne transcontinentale, qui passerait par le Sud ou par le Kazakhstan, avant de remonter en Russie. Cette ligne relierait Shanghai aux marchés occidentaux en 17 jours, contre 50 jours aujourd'hui par voie maritime.

Dans le domaine routier, beaucoup reste à faire en Asie centrale, en Ouzbékistan notamment. Toutefois, les pays de cette zone ne veulent pas investir directement. Ils cherchent des partenaires. Mais ils ont beaucoup de difficultés à en trouver et il est probable qu'ils soient obligés à terme de consentir à des investissements.

Les Etats de la zone Caspienne ont aussi en partage les eaux des montagnes du Pamir et du Tian-Chan. Ces ressources seront, pour eux, un véritable facteur de développement. Elles représentent le socle de l'économie du Kazakhstan, du Turkménistan et de l'Ouzbékistan et la clef du développement de l'agriculture et de l'agro-industrie dans l'ensemble de la zone.

L'Ouzbékistan, pays peu souvent cité, bénéficie pourtant d'énormes potentialités, même s'il n'a pas choisi d'ouvrir son économie de manière aussi résolue que le Kazakhstan.

Le gouvernement français porte un grand intérêt à cette région, comme en atteste la prochaine visite de Madame IDRAC et l'idée partagée avec le Kazakhstan de mettre en place une commission mixte, susceptible d'avoir un rôle moteur sur un certain nombre de projets. L'Ouzbékistan a aussi fait savoir sa volonté d'accueillir de nouveaux investissements émanant de la France.

Azerbaïdjan : déclinaison de la manne pétrolière ;
Géorgie : réformes encore

Alexandre TROUBETZKOY,
Chef de la Mission économique à Bakou

La manne pétrolière dont profite aujourd'hui l'Azerbaïdjan est apparue soudainement. Elle ne cesse de croître et devrait avoisiner entre 150 et 200 Mds $ dans les dix prochaines années, un afflux de devises et de richesses difficile à gérer pour le pays, à l'écoute d'ailleurs des conseils du FMI.

Si sa croissance économique est la plus forte du monde, son taux d'inflation a atteint 20 % en 2007, une grande partie de ces richesses alimentant son fonds pétrolier : Azerbaïdjan Investments Company. Si ce pays avait pris beaucoup de retard au sein de l'URSS, il a ensuite tardé à réformer. Le gouvernement souhaite donc investir pour combler ce retard et atteindre le niveau de l'Europe, concernant ses moyens de communication et ses infrastructures. Il s'agit d'un objectif très ambitieux, nécessitant de refaire entièrement les systèmes routier, ferroviaire et portuaire, ainsi que les réseaux de transports urbains, du pays.

L'Azerbaïdjan a beaucoup changé. Il offre des opportunités d'investissement phénoménales dans de multiples domaines. A Bakou, la vigueur du secteur de la construction frappe les esprits. Elle est alimentée par des entreprises, certes locales, mais aussi turques et russes. Des débouchés existent pour les entreprises qui voudraient équiper les bâtiments. Or peu d'acteurs français sont sur place. Nous le déplorons cette situation, d'autant plus que l'Ambassade et la Mission économique sont là pour aider les investisseurs potentiels.

Actuellement, les projets économiques et commerciaux se multiplient. Ils concernent le pétrole avec Total, la construction d'un incinérateur d'ordures pour une somme proche de 350 M€, la vente d'équipements et de services et le développement du champ de Kashagan au Kazakhstan, ces derniers projets étant menés en lien avec des entreprises azerbaïdjanaises et Technip. Nous dialoguons avec la compagnie aérienne Azal, à laquelle nous vendons régulièrement des Airbus et des hélicoptères. Les banques françaises sont aussi très présentes dans ce pays. Elles passent des accords dans les domaines des routes, du pétrole et de l'énergie électrique. Malgré tout, nos flux économiques avec l'Azerbaïdjan demeurent modestes, même s'ils ont tendance à croître de manière significative. Nos échanges avec ce pays ont représenté, en exportations, 100 M€ et, en importations, 7 Mds € en 2007, cette dernière somme se nourrissant de l'achat de produits pétroliers.

Pour la Géorgie, le niveau de l'inflation a ne pas dépasser est maintenant fixé par la Banque nationale et l'Assemblée nationale. Ce pays est animé d'un esprit réformateur extrêmement volontariste et partagé par toute la population. Après avoir connu un passage difficile après l'obtention de son indépendance, il a su se ressaisir et attirer de nombreuses entreprises étrangères, dont les investissements sont passés de 500 M$ en 2005 à 1,2 Mds $ en 2006 et à 1,7 Mds $ en 2007. Le pays inspire confiance. Du coup, les organismes multilatéraux lui accordent des programmes d'aide au développement réguliers, pour lesquels la Banque mondiale et la BERD se montrent satisfaites de l'évolution. Je fais abstraction ici des problèmes politiques qui doivent résolus pour permettre au pays de continuer à se développer et à attirer des investisseurs français, insuffisamment présents à ce jour. Seuls la Société Générale et Pernod Ricard ont investi ce marché de manière importante. Toutefois, ils ont souffert de l'embargo russe, comme Castel, reparti dans la bonne direction après avoir connu quelques difficultés.

Sept années de croissance à deux chiffres consécutives :
analyse du dynamisme arménien

Maxime ZABALOUEFF,
Attaché commercial près l'Ambassade de France en Arménie

La vente d'énergie et l'exploitation de ressources minières ont été largement abordées ce matin. Elles justifient de regrouper ces huit Etats en un ensemble que nous appelons zone Caspienne, ces territoires ayant en commun de connaître une certaine dynamique, ce qui nous interroge sur la place de l'Arménie. Géographiquement proche de ces derniers, elle partage avec eux un certain enclavement, mais demeure tenue à l'écart des projets d'infrastructure de transport et de transit les concernant. Elle brille pourtant par un fort dynamisme économique.

Au cours des sept dernières années, son taux de croissance moyen a dépassé 12 %, ce qui est une bonne performance pour un pays dépourvu de ressources et de voies de transit d'importance.

La croissance arménienne s'accompagne d'une bonne maîtrise de l'inflation, d'une situation budgétaire assainie, avec des dépenses budgétaires en augmentation et un déficit maîtrisé. Toutefois, sa monnaie a tendance à s'apprécier par rapport à d'autres devises, ce qui la conduit à diversifier son économie. En sept ans, le PIB de l'Arménie a presque quintuplé pour avoisiner celui des pays voisins. Il s'élève cette année à 10 Mds $, signe de l'augmentation du niveau de vie et du dynamisme de la consommation interne, cette dernière tirant la croissance et favorisant la hausse des salaires. Ceux-ci croissent chaque année de 20% en moyenne depuis 2003. Aujourd'hui le revenu moyen atteint 250 $.

Son enclavement soumet le pays à une forte contrainte logistique, ce qui ne l'empêche pas, toutefois, d'exporter et d'importer des produits. Le moteur de sa croissance repose sur le soutien financier apporté par la diaspora et alimenté par l'émigration : 2 Mds $ auraient été injectés en 2007 en Arménie par les travailleurs émigrés. Le schéma économique du pays est classique. Il se caractérise par un déclin de l'industrie, un maintien de l'agriculture et un développement des secteurs des services et de la construction qui représentent 28 % de la croissance du PIB en 2007.

Le secteur des services représente, quant à lui, 36 % du PIB en 2007 ; une hausse s'expliquant notamment par le développement des services financiers et d'un secteur bancaire constitué de 22 banques majoritairement détenues par des entreprises étrangères. Les services bancaires évoluent et les taux de dépôt sont en plein essor, avec un commerce qui joue un rôle important dans l'économie. L'afflux de devises stimule les importations, aujourd'hui supérieures aux exportations. Le déficit de la banque commerciale du pays invite à la dynamisation du secteur productif pour permettre à l'économie arménienne d'écouler sa production sur place et à l'étranger.

La France a augmenté ses échanges avec l'Arménie. Ceux-ci demeurent faibles néanmoins, d'un niveau proche de 58 M€. L'Hexagone a vendu 56 M€ de biens et d'équipement à l'Arménie en 2007, soit une progression de 22 %. Malgré la taille modeste et l'accès difficile de ce marché, des opportunités restent à saisir cependant, notamment en raison de l'ancienne amitié que partagent ces deux pays, bénéfique aux entreprises telles que Pernod-Ricard présent sur place.

L'Arménie veut se diversifier et dynamiser les moteurs de sa croissance. Pour cela, elle souhaite développer une économie du savoir, axée sur les nouvelles technologies, et mettre l'accent sur le tourisme en direction de la diaspora, une activité en plein essor. L'objectif est d'atteindre les 500 000 touristes dès 2009, lequel exige des investissements majeurs. Le gouvernement élabore donc une stratégie pour accueillir des entreprises de ce secteur. Il souhaite aussi acquérir des cycles de production complets, allant du traitement des matières premières à l'exportation des produits. Le besoin de savoir et de transmission des technologies représente un véritable enjeu, offrant des opportunités d'investir pour des entreprises étrangères.

De la salle

Pourriez-vous revenir, Monsieur PATAT, sur l'évolution du secteur métallurgique au Kazakhstan et la lutte qui se joue entre ce pays et l'ENRC?

Daniel PATAT

Il s'agit d'un sujet très important, renvoyant à la volonté affirmée du pays de reprendre en main les secteurs économiques majeurs pour lui. Le rapprochement dont vous parlez pourrait faire naître un géant eurasiatique dans la production de matières minérales. Le rachat par Kazakhmys d'une partie d'AES laisse une impression mitigée, surtout au regard des difficultés rencontrées par ArcelorMittal, contrainte de multiplier les discussions avec les autorités.

Le gouvernement kazakh a la volonté de faire en sorte que les choses se déroulent du mieux possible et que les investisseurs consentent au maximum d'efforts pour assurer le développement de l'emploi et de l'économie. Cependant, il n'est pas à exclure que, dans cette économie ouverte caractérisée par des acteurs puissants relativement indépendants du gouvernement, certains souhaitent profiter des possibilités offertes par la situation actuelle. Il est possible que de nouvelles puissances apparaissent dans l'économie nationale, suite à la constitution de groupes gigantesques, notamment dans l'exploitation de matières minérales.

Les projets de la Banque Euroasiatique de Développement :
opportunités pour les entreprises françaises

Vladimir POPOV,
Chef du Département des relations internationales,
Banque Euroasiatique de Développement

La Banque euroasiatique de développement a été créée en début 2006 par la volonté des présidents russe et Kazakh. Cette organisation financière internationale, prête à accueillir de nouveaux participants, a contribué au développement, à la croissance et à l'intégration économique des Etats membres par le biais d'importants investissements. Son siège est situé à Almaty. Mais elle compte des délégations à Moscou et Astana, ainsi qu'une filiale à Saint-Pétersbourg. Le capital de la banque dépasse les 1,4 Mds $, dont 1 Md $ est détenu par la Russie et 4 M$ sont la propriété du Kazakhstan.

Nous menons d'intenses négociations avec les gouvernements d'Arménie, de Biélorussie, de Kirghizistan et du Tadjikistan, ces pays ayant décidé d'intégrer la banque et entamé les procédures nécessaires pour le faire. Le Conseil de la banque, présidé par le Ministre russe de l'énergie et de l'industrie, Victor KHRISTENKO, décide de l'admission des nouveaux membres. Demain, à Astana, il examinera la demande d'intégration des pays mentionnés plus haut. Il est probable qu'à la fin de cette année, l'établissement compte trois ou quatre Etats membres, notre objectif majeur étant, non pas de favoriser la croissance de notre capitalisation, mais d'attirer de nouveaux pays au sein de notre structure.

La banque a le statut d'organisation internationale. Elle peut travailler avec tous les types d'initiateurs de projets, l'ensemble de nos titres de propriété étant garanti par l'Etat. Pour nos projets de moyen et long terme, dont l'horizon de rentabilité est de quinze ans, nous souhaitons bénéficier du concours de capitaux privés. Les secteurs que nous voulons accompagner en priorité concernent l'énergie électrique, les complexes hydro-énergétiques et les infrastructures de transport. C'est ainsi que nous travaillons à moderniser une centrale dans le cadre d'une coopération russo-kazakhe et au travers d'un investissement de 223 M$ consacré au financement de la construction du troisième bloc de cette station. Ce chantier sera mené par une compagnie française.

Les projets dans lesquels nous sommes engagés représentent 1,9 Mds $, dont 34% sont consacrés à l'industrie, 28 % aux transports et 16 % à la production d'énergie. En 2010, le portefeuille de nos crédits atteindra 4,5 Mds $.

L'un des principaux objectifs stratégiques de la banque est de devenir une banque internationale de développement. Le 6 décembre 2007, elle a reçu le statut d'observateur à l'ONU. Elle a, par ailleurs, obtenu enfin de bonnes notations de la part des agences de rating, ce qui nous a permis d'attirer 550 Mds $. Nous avons enregistré l'émission d'obligations INTM pour une somme de 3,5 Mds $.

Une mosaïque de marchés aux enjeux inégaux

Gilles REMY,
Président directeur général, Cifal Groupe, CCEF

Il faut partir à la conquête des marchés d'Asie centrale, mais en gardant à l'esprit leurs particularités. Que représente, en termes de marché, la région Caucase-Asie centrale pour de grands groupes et pour des PME ? Pourquoi parlons-nous de région Caucase-Asie centrale alors que l'Arménie ne dispose pas de ressources énergétiques ? La richesse minière est très inégalement répartie dans la région. Elle se concentre essentiellement au Kazakhstan et en Azerbaïdjan. Le PIB de ces pays représente à peu près 70 Mds $, un niveau proche de celui de la Turquie.

Le Caucase-Asie central constitue, par ailleurs, un immense territoire, mais très peu peuplé et donc proposant des marchés de tailles réduites, où il existe un fort décalage entre la richesse produite et celle de la population. Il est constitué d'anciens pays de l'URSS, mais dont les liens se sont distendus, en raison de choix politiques différents et de recherches d'alliances contrastées. Aucune alliance militaire et union douanière n'existent dans cette région où les marchés sont très morcelés. C'est pourquoi les différents Etats de cette zone partagent davantage un passé commun qu'une vision de l'avenir. Cette réalité a un sens pour les entreprises, confrontées à des marchés-mosaïques et à des territoires marqués par des inégalités flagrantes. Ainsi, le Kazakhstan, qui doit beaucoup à la richesse de son sous-sol, représente un géant à la population très pauvre. Il en est de même de l'Azerbaïdjan et de l'Ouzbékistan.

La plus grosse difficulté à laquelle sont confrontées les entreprises est d'accéder aux marchés. Il n'existe pas de capitale régionale pour des raisons politiques, chaque pays étant très jaloux de son indépendance, et le système de visas en place se révèle très contraignant alors que celui des communications est en très mauvais état. Par conséquent, il coûte très cher d'approcher ces marchés. Hormis Total, il est difficile d'identifier des groupes susceptibles de s'implanter avec succès dans la région. Nous devons donc raisonner davantage en termes de secteurs et de métiers qu'en termes de volume d'affaires. Ainsi, si le domaine du luxe peut offrir des opportunités intéressantes pour les entreprises françaises, celles-ci seront bien modestes par rapport à celles que leur offrent la Chine et l'Inde.

Les pays qui nous intéressent consistent surtout en des territoires où les équipementiers et prestataires de service ont encore beaucoup à faire, présentant de vraies opportunités d'affaires, notamment dans le domaine des infrastructures, délaissés dans la région par le passé. Des investissements importants ont lieu dans ce secteur à présent. De fait, le marché de la construction est tout particulièrement dynamique. L'avantage de la France est qu'elle bénéficie d'une image excellente dans la région, presque européenne par sa culture et ses références.

Daniel SAYAG

Ces pays se tournent-ils vers une gestion de leur agriculture comparable à ce qu'elle est en Europe de l'Ouest?

Daniel PATAT

Au Kazakhstan, la place de l'agriculture, à la faveur d'une récolte exceptionnelle, a gagné en importance. Le pays dispose, avec les céréales, d'une autre ressource dont il peut profiter et d'un moyen de conserver sa population rurale. Pour les autres pays, l'agriculture reste un secteur délaissé.

Mamuka KUDAVA

La France, pendant sa période de présidence de l'Union européenne, aura notamment pour priorité de favoriser la politique énergétique européenne. Or que pouvons-nous faire ensemble pour faire avancer les projets transcaspiens depipelines ? Cette question s'adresse, non seulement aux Etats membres de l'Union européenne, mais aussi à Total et aux représentants de groupes comparables. Comment pouvons-nous collaborer ensuite avec les assureurs contre les risques pour inciter les investisseurs français à prendre place aujourd'hui et pas demain, quand il sera trop tard, dans la région du Caucase ?

Alain PRZYBYSZ

La Géorgie est située effectivement sur le chemin d'évacuation du gaz et du pétrole. Des discussions sont en cours actuellement, notamment entre le Kazakhstan et l'Azerbaïdjan, pour mettre en place un système de transport transcaspien pour le pétrole de la Caspienne. Le transit s'effectuerait par bateau et amènerait un trafic important à Bakou et en Géorgie, par le rail ou les pipelines.

Dans ces discussions, les sociétés nationales KazMunaiGaz et SOCAR se trouvent en première ligne. TOTAL a réalisé un certain nombre d'études techniques dans le cadre du consortium pétrolier de Kashaghan. Nous participons et conseillons. Mais c'est aux Etats de prendre les décisions qu'ils jugent utiles.

Pour le gaz, la deuxième phase de développement du champ de Shah Deniz correspond au projet le plus prometteur. Ce chantier n'est pas encore complètement défini et l'évaluation du gisement pas achevée. Une partie du gaz ira vers l'Europe, avec l'aide de la Georgie. Il transitera probablement vers la Turquie. D'autres projets d'infrastructure verront le jour.

Faire cheminer le gaz du Turkménistan vers l'Ouest sans qu'il ne passe par la Russie pose un certain nombre de problèmes et, en particulier, conduit ce pays à hausser les prix de reprise de gaz de manière à réduire l'incitation économique à faire passer le gaz ailleurs que sur son territoire. La Chine, quant à elle, a commencé à construire le gazoduc qui part de la zone de l'Amou daria. Les forages d'exploration pour trouver du gaz et alimenter le gazoduc pourraient démarrer en 2011. Les exportations représenteraient au départ 3 Mds de m3 et devraient atteindre, plus tard, 30 Mds de m3.

Alexandre TROUBETZKOY

Concernant le rating, le problème n'est pas français. L'OCDE est en effet l'instance qui en décide. Je peux juste vous conseiller de faire état de votre position à l'OCDE, de manière extrêmement précise. Je vous conseille aussi de faire la tournée des assureurs-crédits.

Tables rondes successives
animées par Christine MURRIS, journaliste à Classe-Export

Table ronde : CAUCASE - Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie

Présidée par :

Alexandre TROUBETZKOY, Chef de la Mission économique à Bakou

Christine MURRIS

Merci aux orateurs de se présenter très rapidement.

Saïd YSMAILOFF

Je suis le directeur de la société ETCA - Caspian Limited, dont l'activité a commencé en 1993 à Bakou, et conseiller pour le commerce extérieur de la France. Je défends les intérêts des sociétés françaises en Azerbaïdjan.

Daniel HILAIRE

Je suis expert-comptable et commissaire aux comptes en France. Je travaille à Erevan depuis dix ans, en tant qu'associé d'un cabinet comptant cent vingt collaborateurs, dont six experts comptables, parmi lesquels deux sont français. Nous apportons des conseils aux entreprises françaises qui souhaitent investir en Géorgie.

David GVETADZE

Je suis associé au sein de la société UBC international, société d'audit et de conseil créée en 2000, leader sur son marché en Georgie.

Gilbert HIE

J'exerce les fonctions de directeur général de la Banque Republic en Georgie, propriété de la Société Générale depuis octobre 2006 et quatrième banque du pays, avec 10 % de parts de marché et un effectif de 800 personnes. Notre réseau de distribution est constitué d'une trentaine de points de ventes, appelés à devenir quatre-vingt. Nous poursuivons une stratégie de banque universelle, assurant une activité de banque de détails pour les entreprises et les particuliers et les services habituels pour les professionnels. Notre orientation particulière porte sur le commerce international, en particulier l'import export et le change.

Par ailleurs, je suis président du French Business Council, créé il y a deux mois pour mieux accueillir les entreprises françaises en Georgie et aider les entreprises locales, et conseiller au commerce extérieur.

Jacques FLEURY

Je vis en Georgie depuis douze ans où je me suis occupé, en 1996, de la privatisation de la principale industrie d'eau minérale d'ex-URSS : Borjomi. Nous avons fait de cette petite entreprise le principal groupe industriel d'eau minérale de l'ex-URSS. Elle compte aujourd'hui neuf usines, réparties dans trois pays (trois se trouvent en Georgie, cinq en Ukraine et une en Russie, rachetée après que Borjomi a été bannie de ce pays), et 3 500 salariés (1 000 en Georgie, 2 000 en Ukraine et 500 en Russie). Je suis actionnaire du principal fonds immobilier du pays, GRDC, lequel a réussi à lever 250 M$ en deux ans et engage avec cet argent des programmes de développement conséquents. Je travaille notamment à un projet de créer un grand cru en Georgie, à 35 km de Tbilissi.

Paul-Henri FORESTIER

J'exerce le métier de senior banker à la BERD qui dispose d'un bureau à Tbilissi, Bakou et Erevan. Notre direction régionale est installée depuis deux ans à Tbilissi.

Christine MURRIS

Messieurs Maxime ZABALOUEFF et Alexandre TROUBETZKOY se sont déjà présentés ce matin. Intéressons-nous à l'Azerbaïdjan. Monsieur YSMAILOFF s'occupe du développement de projets industriels dans ce pays désireux de diversifier son économie. Qu'en est-il de ces projets et les Français y participent-ils ?

Saïd YSMAILOFF

Avec Alexandre TROUBETZKOY, j'ai beaucoup travaillé à l'avancement des projets industriels depuis un an. Il est très difficile d'attirer des sociétés françaises en Azerbaïdjan, pour l'instant très absentes, malgré la visite du Président ALIEV en France et l'implication du Ministre des transports à faire évoluer cette situation.

Le tourisme est le secteur le plus mobilisateur pour ce pays, ayant la chance de compter des côtes maritimes, des montagnes et des forêts, susceptibles de convenir à toutes sortes de pratiques touristiques et notamment à des adeptes de sports légers. L'Azerbaïdjan prépare son avenir et ne se repose plus sur la seule richesse des hydrocarbures. La France peut l'aider à développer son secteur touristique. J'ai travaillé pendant un an avec le Ministre du Développement et du Tourisme pour la création d'une société azerbaïdjanaise indépendante, AOKA (Azerbaïdjan Hotel Komplex Association), chargée d'effectuer des contrôles de qualité pour offrir des services conformes aux normes occidentales.

J'en appelle aux sociétés françaises désireuses de gagner de l'argent et d'apporter un savoir-faire en matière de services et de logistique à investir en Azerbaïdjan, pays aux besoins croissants et où la société française de construction de bateaux, Bénéteau, à peine installée à Bakou, a déjà reçu six commandes ; des embarcations prévues pour naviguer sur la mer Caspienne où l'ouverture d'une école de voile serait la bienvenue. La France pourrait jouer un rôle clef dans ce secteur.

Christine MURRIS

Faites-vous la même analyse, Monsieur TROUBETZKOY ?

Alexandre TROUBETZKOY

Parmi les représentants des entreprises du secteur touristique, nous avons reçu la visite de responsables d'ACCOR, très intéressés pour l'instant au développement d'hôtels d'affaires. Des expertises se sont rendu à Bakou et, selon elles, des stations de sport d'hiver pourraient y être créées. La Caspienne n'est cependant pas réputée attirante à cause de la pollution présente. Des projets de développement de stations balnéaires existent mais se heurtent à cet obstacle. Nous nous concentrons donc pour l'instant sur le projet de création de stations de sport d'hiver.

Christine MURRIS

Quelle analyse fait la BERD de cette diversification des économies et quels instruments propose-t-elle aux entreprises ?

Paul-Henri FORESTIER

Notre action couvre les trois pays du Caucase. Pour l'Azerbaïdjan, notre stratégie revient à promouvoir la diversification à long terme de son économie pour ne plus la rendre dépendante du domaine pétrolier. Cette diversification est limitée pour l'instant, mais le gouvernement déploie de véritables efforts pour la soutenir. L'AIC, le private equity à la disposition du gouvernement, a commencé tardivement à investir. Mais il devrait conforter les investisseurs français désireux de s'installer dans le pays.

La BERD intervient dans des projets totalement intègres et transparents, et favorables au marché concurrentiel. Elle peut prêter à des échéances supérieures à celles que les banques commerciales accordent normalement.

Christine MURRIS

Nous avons peu parlé des perspectives offertes par les privatisations.

Alexandre TROUBETZKOY

Cette privatisation s'amorce dans le secteur bancaire. Mais l'Azerbaïdjan reste frileux dans ce domaine et semble vouloir éviter le risque de prise de contrôle de leurs établissements financiers par des banques occidentales.

Paul-Henri FORESTIER

Le principal problème du secteur bancaire est qu'il est dominé totalement pat l'International Bank of Azerbaïdjan, laquelle est contrôlée par le gouvernement et a un quasi-monopole sur toutes les opérations importantes. Elle symbolise le retard pris par le gouvernement en la matière.

Christine MURRIS

Intéressons-nous au secteur des biens de consommation, dont le développement est lié à celui d'une classe moyenne. Représente-t-il un marché de niche ? Comment est-il possible de l'introduire et avec quels produits ? Quel est le regard porté sur les produits français ? Quels sont leurs concurrents ?

Alexandre TROUBETZKOY

Les revenus de toute une catégorie de la population augmentent, bouleversant ainsi ses habitudes en matière de dépenses et de consommation. A Bakou, des magasins se développent au centre ville où des boutiques de luxe, d'alimentation, de vêtements et des parfumeries connaissent un fort succès.

La concurrence est surtout le fait de produits turcs, européens et américains. Elle est très polluée par la contrefaçon, provenant de Turquie pour les parfums et d'Asie du Sud-Est pour l'horlogerie. Toutefois, celle-ci n'est pas vue de manière aussi négative qu'en France, mais comme un moyen d'acquérir des produits de second choix. Il est très difficile de lutter contre elle.

Le marché des biens de consommation n'en connaît pas moins une croissance régulière, même si la grande distribution, en raison de la difficulté d'obtenir des autorisations de construire, du fait des nombreux contrôles opérés, peine encore à se développer.

Jacques FLEURY

J'exporte de la Georgie 80 % de mes produits, vendus dans 27 pays. Pour la grande distribution, les chaînes comme Auchan et Carrefour donnent la priorité à des implantations dans des pays comme la Chine, plus rentables que l'ouverture de magasins dans le Caucase. Dans ce secteur comme dans celui de l'industrie, il peut y avoir un intérêt à représenter une petite structure, capable de former le marché à son activité puis d'intéresser une multinationale. Nous avons ainsi racheté, de notre base de Borjomi, des usines situées en Ukraine où nous avons acquis maintenant une place de leader ; place que nous occupions en Russie avant d'être chassés de ce territoire par une décision gouvernementale. Toutefois, nous y avons repris pied.

Christine MURRIS

Comment travaillez-vous avec les Georgiens, qui ont mené toutes ces réformes?

Jacques FLEURY

Nous entretenons de très bons rapports avec eux. La Georgie constitue un pays unique, celui qui accepte le plus facilement la concurrence étrangère. Elle se distingue par un climat très positif.

Nous ne travaillons pas avec ceux qui regrettent le communisme. Notre société a été rebâtie et est portée aujourd'hui par des gens neufs qui gagnaient très peu dans leur profession d'origine et ont acquis maintenant une stature internationale.

La nouvelle génération au pouvoir a entrepris des réformes considérables. Le problème qui demeure réside dans le fait que le pays n'a plus de rapports commerciaux avec la Russie. La Georgie ne peut pas faire l'impasse sur le marché russe et elle espère qu'il se rouvrira à elle d'ici un ou deux ans. L'industrie nationale du vin est sinistrée par ce conflit. Elle lui a fait perdre 30 M$ en une seule nuit.

L'entrée de la Russie dans l'OMC l'obligera à changer sa position vis-à-vis de la Georgie, confrontée, par ailleurs, à des conflits politiques internes.

Christine MURRIS

Qu'en est-il de l'environnement fiscal et des zones offshore ?

David GVETADZE

La Georgie veut avoir un régime fiscal très compétitif et simplifié, basé sur des taux d'imposition très raisonnables et une administration qui veille au paiement de l'impôt. Pour la mise en place des zones offshore près du port de Poti, le gouvernement négocie avec les opérateurs potentiels. Cette réalisation permettra au Caucase de faire un grand bond économique.

Antoine BARDON

Les sociétés en compétition viennent des Emirats et des Etats-Unis. Les secteurs concernés par le projet sont ceux de la logistique, du transport, du groupage/dégroupage, etc.

La Georgie offre une possibilité de désenclavement aux Caucase et Kazakhstan, au travers du projet de Dubaï Word de transformer le port de Poti en hub ; une opération décisive intéressant des entreprises françaises telles que CMA-CGM.

Le Caucase doit être envisagé comme un seul marché, car les coûts logistiques sont trop élevés s'ils ne sont pas répartis sur l'ensemble des pays. Procter & Gamble et Gillette ont ainsi centralisé leur stockage en Georgie où ils ont établi leur siège ; un projet susceptible d'apporter deux points de croissance au pays.

Pour la grande distribution, nous avons créé un système de partenariat avec une chaîne française qui s'apparente à des contrats hôteliers, à une franchise dont le management est fourni par la chaîne de distribution pendant au moins un an.

Jacques FLEURY

Le marché des produits de consommation connaît des croissances moyennes de 15 à 20 % par an. Toutefois, une entreprise comme la mienne, aux produits sophistiqués, a vu ses ventes, dans ces pays, augmenter de près de 40 % par an. Un entrepreneur sérieux, doté d'un partenaire efficace, a la garantie de rencontrer le succès, du seul fait du niveau de croissance de tous les secteurs de la consommation alimentaire. Ce marché est très sensible à l'innovation. Il oblige à renouveler sa gamme de produits plus vite qu'en France.

Antoine BARDON

Il faut insister sur le management. Les soucis rencontrés par Castel dans la région à ses débuts résidaient surtout dans un mauvais management. Celui-ci doit être excellent car, contrairement en Occident, tout ne coule pas de source dans ces pays.

Christine MURRIS

Le développement de la consommation passe-t-il par celui du crédit à la consommation ?

Gilbert HIE

En Géorgie, les taux de croissance dans le secteur financier oscillent entre 30 et 60 % par an. Il s'agit d'un domaine très compétitif où les banques cherchent à étendre leurs activités en créant des réseaux d'agences, leur stratégie étant de se rapprocher au plus près des besoins du client, de proposer des produits de plus en plus sophistiqués et d'offrir une plus grande qualité de services.

Le taux d'épargne des ménages y est faible et les banques assurent leur développement en proposant des crédits pour accéder à la propriété ou acheter des voitures ; d'où une tendance à la baisse de la qualité du crédit, à une hausse de l'inflation et à une élévation du niveau de risque prudentiel.

La demande de crédits pose en Georgie des problèmes d'équilibre, au niveau des taux et des ressources. Les taux de crédit à la consommation étant compris entre 15 et 25 %, certaines banques, pour vivre, ont besoin de surpayer des capitaux. Investir en Georgie est donc intéressant si vous avez des placements à faire en dollar et si vous acceptez le risque-pays.

Banque Republic est la seule banque de Georgie à posséder un réseau international. Elle propose tous les services nécessaires pour procéder à des opérations d'import-export. Ses lettres de crédits peuvent être confirmées partout dans le réseau de la Société Générale. Nous sommes la seule banque française à offrir ces services.

Bernadette DUCRAY

Je travaille pour ODIT France, un GIP en charge de l'observation du développement et de l'ingénierie touristique, lequel stagne malgré un audit réalisé par nos services pour le compte du Sénat dans les trois pays du Caucase et la mise en place d'une commission mixte ayant identifié le tourisme comme un secteur de coopération. Pouvez-vous revenir sur les dispositifs destinés à accélérer l'avènement du tourisme ? La station thermale de Borjomi a-t-elle été rénovée et reliée à la station de ski avoisinante ? Enfin, le projet de musée du pétrole a-t-il avancé ?

Saïd YSMAILOFF

Les choses ont peu avancé en réalité. J'ai néanmoins poussé à la création de l'AOK. Celle-ci a besoin de vous et est opérationnelle dès à présent.

Gilbert HIE

Le tourisme s'est développé en Georgie mais demeure faible, notamment parce que le pays pâtit d'infrastructures délabrées, n'est pas relié directement par une ligne aérienne française et n'est pas identifié comme une destination de vacances. Toutefois, la situation évolue doucement, davantage vers un tourisme régional qu'international.

Nous avons peu parlé de la Turquie, pourtant premier partenaire commercial de la Georgie. Ce pays investira sûrement dans le tourisme en mer Noire, une zone dans laquelle les Français sont très absents, sans doute par méconnaissance de la région.

Nous sommes prêts à accueillir tout investisseur souhaitant s'engager dans le tourisme. Les projets français sont plutôt orientés vers du tourisme vert, faisant appel à de petites structures.

Jacques FLEURY

Le projet que je développe se caractérise par une importante composante touristique. Il implique la rénovation d'un château, la création d'une usine de vin et d'un centre de conférence international. Il offrira une porte d'entrée sur la civilisation du vin à 35 km de Tbilissi, que les Russes pourront franchir le temps d'un week-end.

Les premières opérations de développement touristique effectuées en Georgie n'ont pas été heureuses. Le gouvernement a voulu privatiser ce secteur rapidement en confiant les installations de Borjomi à des investisseurs kazakhs qui y ont détruit l'industrie thermale. Pourtant, celle-ci était de bonne qualité et suscitait l'intérêt de nombreux Géorgiens. Rien ne l'a remplacée depuis deux ans.

La station de ski de Bakhouriani est extraordinaire. Elle attire moult investissements, mais de manière anarchique, ayant conduit du coup à des résultats décevants. Le secteur du tourisme a fondamentalement besoin de professionnels. Il est temps que le gouvernement géorgien le comprenne. Toujours à Bakhouriani, un projet de micro-station est à l'étude. Cette station s'ajouterait à celle de Gudauri, qui reçoit de gros investissement et bénéficie d'un fort potentiel.

Saïd YSMAILOFF

Le gouvernement investit pour le tourisme, en rénovant les villes d'intérêt historique et en incitant au développement de l'hôtellerie. Il améliore les infrastructures, par exemple la route Est/Ouest.

Alexandre TROUBETZKOY

La réalisation du musée du pétrole est d'actualité, le service de coopération et d'action culturelle suivant ce projet à l'Ambassade.

Christine MURRIS

Monsieur HILAIRE, pouvez- nous expliquer de quelle manière il est possible de s'implanter en Géorgie où la présence française croît ?

Daniel HILAIRE

Avant de répondre à votre question, je souhaite dire quelques mots sur le tourisme en Arménie, qui constitue un important volet de son développement. Ce pays peut compter sur sa diaspora et ses bonnes relations avec la Russie. Depuis sept ans, 60% des investissements réalisés en Arménie sont russes, 30 % d'origine locale et de 1 % à 3 % français. La présence des entreprises hexagonales dans ce pays est donc très faible, alors que des opportunités d'affaires conséquentes s'y offrent à elles. Le Crédit Agricole a parfaitement saisi cette situation. Il vient ainsi d'investir dans la meilleure banque nationale.

L'Arménie reçoit 500 000 visiteurs par an, généralement issus de la diaspora et décidés à poursuivre leur voyage à Tbilissi. Elle veut faire du tourisme une source de croissance et aurait toutes les raisons de s'accorder avec la Georgie avant de s'engager dans ce projet. Ces deux pays ont tout pour s'entendre. Malheureusement, ils ne s'aiment pas. Nous pouvons espérer qu'il n'en sera plus de même à l'avenir.

Nous ne pouvons que conseiller aux entreprises qui s'implantent en Arménie d'agir très sérieusement. Ce pays attire des investisseurs guidés par le coeur, mais qui commettent la lourde erreur de ne pas toujours faire assez attention à leur investissement, ce qui est dommageable à la réputation du pays.

Alexandre TROUBETZKOY

Si les deux pays dont j'ai la charge, l'Azerbaïdjan et la Georgie, présentent des caractéristiques différentes, chacun offre beaucoup d'opportunités. Le tourisme repose sur une vieille tradition en Georgie. Il lui apportait sa richesse du temps de l'URSS. L'Azerbaïdjan, lui, profite de la manne apportée par ses ressources naturelles et en particulier les hydrocarbures.

De manière générale, j'invite tous les investisseurs à s'intéresser à la zone Caucase. A notre époque, il n'existe pas de petits marchés, mais que des marchés. Je vous encourage à venir les explorer. Vous serez bien reçus par la mission économique.

Table ronde : ASIE CENTRALE -
Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan

Présidée par :

Aymeri de MONTESQUIOU, Sénateur, Président délégué pour le Kazakhstan du groupe interparlementaire d'amitié France-Asie centrale

et par :

Daniel PATAT, Chef de la Mission économique à Almaty

Christine MURRIS

Nous nous intéressons maintenant à l'Asie centrale. Je propose aux intervenants de cette deuxième table ronde de se présenter à leur tour.

Philippe ROCHOUX

Je suis le directeur général de Total au Kazakhstan où l'entreprise possède une participation dans le gisement de Kashagan, l'un des dix gisements les plus importants au monde et le gisement le plus important découvert au cours des trente dernières années. Il est tenu par les Italiens d'ENI, ce qui devrait changer très prochainement. Il s'agit du plus grand projet de l'histoire industrielle du pétrole et les forces d'une seule société industrielle ne suffisent pas à le gérer. Total devrait bientôt en prendre la possession aux côtés d'Exxon et de Shell.

Jean-Michel MEUNIER

Je suis le représentant de la Société Générale au Kazakhstan où un bureau de représentation sert de relais pour les lignes métiers de la banque de financement et d'investissement. Nous mettons en place dans ce pays des opérations de crédit avec les banques et les grandes entreprises kazakhes spécialisées dans l'exploitation des matières premières. Nous apportons notre concours aux investissements des grandes entreprises locales avec des produits de crédits à l'exportation. Nous y développons depuis deux ans une activité de crédit à la consommation. Dans ce secteur, notre société Prosto Credit emploie 700 personnes dans 27 villes. Nous comptons 100 000 clients au Kazakhstan.

Gauthier MANGENOT

Je travaille comme attaché économique à Tachkent.

Jean-Louis GAILLARD

Je représente l'Association des consultants pétroliers. Au début des années 1990, j'ai été chargé d'ouvrir une filiale en Turquie et de l'animer. J'ai eu également à développer en Asie et au Caucase des transferts de technologie depuis la Turquie, puis à animer un centre de formation sur les bords de la mer Caspienne à Turkmenbashi. Je m'occupe depuis quatre ans d'audits de pipelines dans le cadre de projets européens INOGATE-TACIS.

Aymeri de MONTESQUIOU

Je suis le maire d'une commune rurale et un sénateur ayant réussi à transmettre mon intérêt pour l'Asie centrale aux hommes politiques français et en particulier au Premier ministre que j'ai convaincu de visiter cette région, un voyage intervenu en février dernier et sans lequel il n'est pas possible de faire des affaires dans cette zone du monde. Pour y réussir, il faut s'imprégner de la culture nomade locale. Des pays comme le Kazakhstan réussissent à faire vivre en paix des dizaines de religions et de nationalités.

Daniel PATAT

Je suis conseiller économique basé au Kazakhstan où j'essaie de couvrir les diverses républiques centre-asiatiques pour y promouvoir nos échanges et nos investissements.

James HOGAN

Je suis avocat associé au Cabinet Salans, fondé à Paris il y a trente ans et comptant à ce jour 760 juristes répartis dans vingt bureaux à travers le monde, dont certains sont situés à Moscou, Saint-Pétersbourg, Almaty et Bakou. Je suis l'associé gérant de ce dernier bureau que j'occupe depuis quatorze ans.

Michel MARION

J'occupe les fonctions de directeur export adjoint du groupe Legrand, une grosse PME de Limoges. J'étais auparavant responsable pour la CEI. Mon entreprise prospecte en Asie centrale depuis plus de dix ans et a une filiale au Kazakhstan, composée de vingt-cinq personnes. Elle a ouvert récemment un bureau en Ouzbékistan et compte en ouvrir un autre cette année au Turkménistan. Nous réalisons entre 10 et 12 M€ de chiffre d'affaires dans cette zone où nous voulons améliorer nos résultats, même si un ralentissement économique est à craindre dans le secteur du bâtiment cette année au Kazakhstan.

Vladimir POPOV

Je suis chef du département des relations internationales de la Banque euroasiatique de développement, laquelle comporte deux membres : la Russie et le Kazakhstan. Nos projets portent sur les territoires de l'Asie centrale, principalement au Kazakhstan et en Russie. Leur montant s'élève à 1,9 Mds $ cette année. Ils concernent des secteurs privilégiés comme les infrastructures de transport d'énergie et le secteur financier.

Christine MURRIS

Monsieur PRZYBYSZ nous a parlé de la tentation de certaines autorités de se ressaisir de certains de leurs actifs dans le secteur pétrolier. Pouvez-vous revenir sur ce sujet et nous indiquer quelles conséquences aurait un tel scénario sur votre activité ?

Philippe ROCHOUX

Le gisement de Kashagan représentera la moitié de la production pétrolière du Kazakhstan. Cet actif sera stratégique pour le pays. Aussi il est légitime que l'Etat souhaite avoir voix au chapitre concernant son avenir.

Nous collaborons avec les autorités locales partout où nous intervenons. Le problème que nous rencontrons au Kazakhstan tient à un manque de professionnels dans l'industrie pétrolière. Nous devrons consentir à un énorme effort de formation envers les cadres de ce pays pour les placer dans toutes les parties de notre organisation : nous avons en effet obligation de travailler avec des entreprises kazakhes. Nous devons aussi inciter nos fournisseurs de biens et services à établir des partenariats avec ces entreprises pour les aider à acquérir la technologie et à atteindre des niveaux de perfection compatibles avec les standards que nous requerrons pour l'ensemble de nos opérations.

Christine MURRIS

Quel est votre avis sur le sujet, Jean-Louis GAILLARD ?

Jean-Louis GAILLARD

Je vois trois leviers possibles. Le premier consiste à appuyer le besoin en formation des pétroliers. L'Association est susceptible de répondre à ce besoin. Elle a animé le Centre de formation de Kashagan pendant deux ans.

Le deuxième levier revient à utiliser les fonds internationaux de la Communauté européenne tels qu'INOGATE, pour rénover des pipelines oil and gaz partant d'Asie centrale vers l'Europe. Ce programme a abouti à la réalisation de nombreux audits très structurés et disponibles sur Internet. Tout individu peut disposer d'un état des lieux de tous les pays de la région. Le total des fonds investis depuis 1995 par la Communauté européenne pour des projets individuels allant de 1 M€ à 7 M€ dépasse 100 M€ ; ceux-ci ayant pour objectif d'identifier et de favoriser d'importants projets de financement, d'investissement et de réhabilitation.

Dans les prochains mois, des projets dont les coûts sont compris entre 30 M€ et 100 M€ émergeront à la suite de ce programme. Ils offriront des opportunités de marchés pour les sociétés françaises de maintenance, susceptibles de fournir des SCADA, de l'instrumentation, etc. Il s'agira de projets sans risque, car directement financés par l'Union européenne ou des fonds internationaux comme la BERD.

Il est enfin possible de se servir de la formation comme d'un point de relais.

Christine MURRIS

De quelles opportunités, d'autres entreprises du secteur para-pétrolier pourraient-elles bénéficier ?

Philippe ROCHOUX

Le gisement de Kashagan impose des coûts de développement très élevés. Les investissements y deviennent donc considérables ; d'où notre besoin immense en fournisseurs de biens et services.

La présence de l'opérateur italien décourageait les fournisseurs français. La situation devrait évoluer avec son retrait. Nous dépenserons en effet près de 100 Mds $ pour le développement, pendant vingt ans, de travaux dans cette zone. Il est possible, par ailleurs, que nous mettions en place des activités de portage pour les PME intéressées.

Daniel SAYAG

Quand le retrait d'ENI interviendra-t-il ? Quelles sont les exigences du gouvernement pour limiter l'impact du développement du gisement sur l'environnement ? Entame-t-il lui-même des actions de réhabilitation sur les côtes de la mer Caspienne ?

Philippe ROCHOUX

Les obligations en matière de sécurité environnementale sont draconiennes. La zone de Kashagan est écologiquement sensible. Nous avons obligation de n'émettre aucun rejet depuis 1992.

Le changement de leadership interviendra cet été. Agip-KCO restera responsable du développement de la première phase. Les autres sociétés prendront en charge les phases ultérieures.

De la salle

Les fournisseurs doivent-ils s'installer sur place ou l'importation du matériel est-elle possible?

Philippe ROCHOUX

S'il est impossible de tout produire au Kazakhstan, nous avons néanmoins d'obligation de faire appel des entreprises locales. Nous souhaitons donc que nos partenaires industriels réalisent une partie du travail sur place.

Thomas COMTE

J'ai en charge le développement de Vallourec en Europe et en CEI. Mon entreprise s'intéresse au site de Kashagan. Mais il est difficile pour un équipementier de percer le fonctionnement d'unconsortium comme KCO et de savoir à qui proposer des solutions techniques. Auriez-vous des conseils à nous donner pour être plus efficaces ?

Philippe ROCHOUX

Je vous conseille d'attendre quelques semaines avant d'agir, puisque l'opérateur va changer. Cette évolution apportera de la transparence. Les modifications en matière de gouvernance ont été décidées au mois de janvier. Elles sont actuellement en oeuvre, ce qui explique le flottement actuel, heureusement juste passager.

Thomas COMTE

Pensez-vous pertinent pour une société comme la mienne d'être sur place ?

Philippe ROCHOUX

Votre présence sur place est préférable, d'autant plus que nous avons vingt ou trente années de travail devant nous.

Christine MURRIS

Monsieur PATAT pourrait-il nous éclairer sur la situation des entreprises françaises dans ce secteur ?

Daniel PATAT

L'éloignement du Kazakhstan, joint à la méconnaissance de la zone, rend la mobilisation de ces entreprises difficile. Toutefois, ce pays attire de plus en plus en raison de la flambée des prix du pétrole. Seules de très grosses entreprises comme la COGEMA l'ont investi au début. Avec les efforts menés par le gouvernement de ce pays pour susciter l'intérêt dans les années 1990, elles ont été rejointes par d'autres ensuite.

Le Kazakhstan demeure une économie émergente, ayant besoin de se diversifier pour amortir d'éventuels chocs structurels. Le secteur de la construction a littéralement explosé et la consommation a crû, offrant de grands débouchés aux entreprises faisant l'effort de venir sur place. Ce pays n'est pas confronté à de vraies difficultés. Il dispose de circuits financiers en bon état de fonctionnement et si son secteur bancaire souffre actuellement, cette situation ne me semble pas être en mesure de remettre en cause la croissance de l'économie kazakhe.

Aymeri de MONTESQUIOU

Lors de son déplacement en Asie centrale en 1993, le Président François Mitterrand avait entraîné avec lui de grandes entreprises dans son sillage, lesquelles avaient investi de manière massive dans ce pays avant de s'en désengager partiellement en raison de la difficulté d'y conquérir des marchés. Elles avaient alors laissé à des entreprises originaires d'autres pays. C'est seulement aujourd'hui que nous réalisons que cette zone est très prometteuse.

Les pays de la région ont opté pour l'économie de marché, mais ploient toujours sous les pesanteurs de l'Etat. De nombreuses décisions majeures y sont toujours prises sur la base de critères politiques.

Le 21e siècle sera celui de l'énergie et de l'eau, secteurs dans lesquels la France se révèle très performante. J'ai suggéré au Premier Ministre de proposer au Président NAZARBAIEV la création d'une technopôle consacrée à toutes les formes d'énergie. La région regorge en effet de ressources naturelles, encore inexploitées par manque de savoir-faire et de projets, alors qu'elles pourraient alimenter de très nombreux Etats en énergie. L'irrigation, l'assainissement et l'approvisionnement en eau des villes représentent des secteurs majeurs dans lesquels la France dispose de véritables atouts.

Christine MURRIS

Comment se saisir de ces opportunités ? Quel est l'environnement législatif et réglementaire et comment évolue-t-il dans ces pays ?

James HOGAN

Le système législatif du Kazakhstan a été repensé très tôt, à tel point que n'importe quelle opération financière pouvait être effectuée dans ce pays en 1995 ; celui-ci ayant adopté, à la fin de 1994, la quasi-intégralité du code civil russe, inspiré lui-même du code néerlandais, et ayant déployé de grands efforts pour diversifier son économie. Ainsi, les secteurs prioritaires ont été ouverts aux investissements, y compris par le biais d'exonérations de droits de douanes. Une nouvelle loi invite aujourd'hui les investisseurs étrangers et domestiques à proposer des projets de concessions. Ses avantages sont cumulables avec ceux de la loi sur les investissements. De la sorte, le pays a créé plusieurs zones économiques spéciales, ainsi que des technopôles.

Pour les entrepreneurs, les interventions récurrentes du gouvernement dans le secteur pétrolier et le contrôle qu'il exerce sur ce dernier sont parfois gênantes et déraisonnables. Le Kazakhstan est un pays qui se caractérise par une bureaucratie très lourde, parfois incompétente et corrompue, un secteur judiciaire faible et peut-être influencé politiquement et financièrement, et des agents du fisc pouvant parfois procéder à des mesures de harcèlement. Les procédures pour obtenir des licences sont très lentes et parfois difficiles à mener à bien. Elles s'accompagnent de systèmes de quotas complexes concernant l'engagement de la main d'oeuvre étrangère.

Christine MURRIS

Identifiez-vous une véritable volonté d'attirer les investisseurs et de diversifier l'économie, grâce à la création des zones économiques spéciales et la mise en place d'avantages fiscaux ?

Daniel PATAT

Le gouvernement du Kazakhstan a compris la nécessité d'attirer les investisseurs et de jouer sur l'avantage comparatif accru que lui confèrent le secteur pétrolier et les matières premières. Sa volonté d'insérer le pays dans l'économie mondiale et d'en faire un acteur important sur la scène internationale se décline dans la législation de l'Etat, de plus en plus conforme aux standards internationaux. Le Kazakhstan offre toute la palette des mesures mises en avant par les Etats désireux d'attirer les investisseurs, même si son économie, sous bien des facettes, n'est que relativement libérale, reposant sur des acteurs ayant su se saisir des opportunités qu'offraient le pays pour bâtir des fortunes colossales en peu de temps.

Malgré tout, l'économie privée est très active, désireuse de prendre sa part dans le développement du territoire. D'autres acteurs s'enhardissent, à la faveur d'exemples de « renationalisations » observées en Russie. Le gouvernement essaie de prendre en compte ces deux tendances, tout en restant lié à l'obligation de développer le pays et de permettre à la population de s'emparer des grandes activités économiques nationales. Il doit mettre l'accent sur la formation et l'éducation, des secteurs encore déficients en raison du retard pris dans le lancement des réformes.

Christine MURRIS

Comment, Monsieur MARION, analysez-vous ce marché ? Est-il aisé d'y trouver des partenaires et des filières de distribution efficaces ?

Michel MARION

L'expérience montre qu'il est préférable d'arriver tôt dans cette région. Néanmoins, il demeure encore possible de faire sa place au Kazakhstan, mais le ticket d'entrée y représente un coût élevé. En raison de l'éloignement de ce pays, une présence physique sur place est nécessaire.

Le marché de la construction est divisé en deux marchés : les marchés de projets, concernant les grands immeubles d'habitation, les hôpitaux, etc., et les marchés de construction individuelle. Les marchés de projets se trouvent au Kazakhstan et au Turkménistan. Ils sont traités par de grandes entreprises internationales, turques, kazakhes, italiennes et françaises. Les marchés de constructions individuelles sont investis par de beaucoup plus petites entreprises. Ils sont moins sujets aux aléas de la spéculation et ne connaissent pas de ralentissement économique, contrairement aux marchés de projets lorsque les banques ont des difficultés pour se refinancer.

Les entreprises françaises peuvent intervenir dans la fourniture d'éléments entrant dans la rénovation et la construction de maisons et de bureaux, et à destination des pays demandeurs de produits de luxe. Elles subissent la concurrence des entreprises turques, chinoises et russes.

Des importateurs proposent aux PME d'acheminer leurs produits jusqu'à leurs clients quand elles ne sont pas sur place, une présence dans cette région coûtant obligatoirement mais pouvant aussi favoriser la vente des produits.

Les besoins du Kazakhstan portent sur des matériaux de construction et les produits alimentaires français tels que le vin. Son marché est plus ouvert que le marché russe où le ticket d'entrée est maintenant élevé, mais autant que le marché ouzbek, ce dernier étant moins riche cependant.

Christine MURRIS

Quel est le regard porté sur les produits français ?

Michel MARION

Un préjugé favorable existe dans ces pays envers l'ensemble des produits français, et pas seulement pour les parfums. Notre pays bénéficie d'une véritable côte d'amour, profitable aux secteurs alimentaire et des matériaux de décoration.

Daniel PATAT

Ce phénomène est aussi observable pour des biens plus sophistiqués comme les voitures, les hautes technologies, les papiers sécurisés, la santé et le matériel médical. L'image des matériels français est très bonne, même si nos voitures subissent la concurrence des modèles japonais et allemands. Concernant la santé, l'absence de véritable percée des entreprises françaises sur ce marché est liée à l'insuffisance des investissements consentis dans ce domaine par les différents Etats de la région. Les autorités kazakhes ont cependant pris acte de l'effondrement de leur système de santé et de l'urgence de le remettre sur pied. Des opérations se déroulent d'ailleurs dans ce domaine et nous les finançons à travers l'Eurasian Development Bank.

Gauthier MANGENOT

Nos produits bénéficient d'une très bonne image en Ouzbékistan, mais ce marché n'est peut-être pas si ouvert, sa caractérisant par des barrières tarifaires et non tarifaires encore importantes. Il reste à investir en effectuant un véritable travail de promotion et des démonstrations, par exemple de matériaux de construction, sur place.

Michel MARION

Il faut se rendre en Ouzbékistan plusieurs fois pour comprendre comment les choses y fonctionnent.

Jean-Louis GAILLARD

Pour répondre aux demandes qui lui sont soumises de manière structurée, l'Association des consultants pétroliers a créé un groupement de PME dans le domaine des pipelines. Ce groupement est composé de cinq entreprises, chacune comptant une centaine de salariés, et s'appuie sur des représentants locaux, en particulier à Tachkent et Achkhabad. Il est ouvert à d'autres PME intéressées pour le rejoindre.

Nos principaux concurrents sont russes. Les pipelines ont été construits par les Russes qui les connaissent bien. Ils s'accompagnent d'ailleurs de documentations rédigées en langue russe. Les techniciens aptes à travailler dessus, ainsi que les composantes du management, sont russophones.

La Russie investit énormément en Asie centrale, dans la production de gaz et les transports. Elle investit pour réhabiliter les pipelines tout en cherchant à en prendre le contrôle. Les pays d'Asie centrale essaient de lutter contre cette présence en demandant des services auprès des entreprises occidentales.

Christine MURRIS

Monsieur MEUNIER, qu'en est-il du crédit à la consommation ?

Jean-Michel MEUNIER

L'important développement du crédit à la consommation au cours des trois dernières années résulte du boom économique kazakh. Après avoir stagné plus d'une dizaine d'années après l'acquisition de leur indépendance, le pouvoir d'achat des Kazakhs a fortement cru depuis trois ou quatre ans. Le gouvernement a en effet choisi de redistribuer auprès d'eux la rente minière et pétrolière. Les salaires des fonctionnaires ont ainsi augmenté de 30 % chaque année et les salaires du privé de 20 %. L'augmentation du pouvoir d'achat réel a été de 10 à 15 % par an, soit plus de 50 % en quatre ans, des hausses anticipées par les établissements bancaires dès 2005.

Les crédits à la consommation sont accordés en fonction, notamment, de l'état de fonctionnement passé du compte du client et du niveau de ses revenus. Un bureau de crédit existe depuis deux ans dans le pays. Il est très efficace et donne des informations valables à la majeure partie de la population kazakhe.

Le secteur de la distribution se développe parallèlement à cette hausse des crédits à la consommation, un mouvement profitable à la croissance. Des chaînes de distribution de produits électroménagers réalisent des chiffres d'affaires de 2 à 3 Mds € par an. Tout reste à faire pour la distribution des autres biens de consommation et c'est pourquoi Metro et Ikea s'intéressent à ce pays, où le défaut de concurrence entraîne des prix élevés.

La consommation est freinée depuis quelques mois en raison de l'inflation et des incertitudes pesant sur les emplois dans le domaine de la construction. Ce passage à vide pourrait se résorber rapidement grâce aux investissements du secteur bancaires et aux interventions de l'Etat.

Aymeri de MONTESQUIOU

Pour reprendre, de manière lapidaire, l'essentiel de ce qui a été mis en évidence pendante cette table ronde, je rappellerai que la société Total, loin de se comporter en prédatrice au Kazakhstan, mène dans ce pays une politique très subtile. Il serait bon qu'elle s'engage à présent dans le portage de PME à Kashagan.

De manière générale, l'ensemble des interventions a montré que la zone Caucase-Caspienne représente un territoire d'avenir, offrant des opportunités de marchés, notamment dans le secteur de l'environnement où la France est très performante. Aussi les entreprises de notre pays devraient-elles à cette région.

Daniel PATAT

UbiFrance est présente à Tachkent, Almaty et Ashkan, et est à votre disposition pour vous aider dans vos démarches de prospection et d'implantation.