Allez au contenu, Allez à la navigation

Recherche Recherche avancée

Colloque sur le Caucase (19 mai 2005)



retour sommaire suite

La réalité des affaires en Arménie

Cet atelier était présidé par Elsa LOCKE, Chef du Département Séminaires et Evènements Multisectoriels, Ubifrance.

Participaient à cet atelier :

Valérie ASSATRIAN, Directrice, Café de Paris ;

Daniel HILAIRE, Directeur Audit, Cabinet Grant Thornton Amyot ;

Jean-Paul LANFRANCHI, Directeur général, BIH, Groupe Castel ;

Elisabeth ROSA, Attachée pour les questions économiques et commerciales, Ambassade de France en Arménie.

Valérie ASSATRIAN

Café de Paris est une entreprise de torréfaction de café, basée en Arménie. Elle emploie 41 personnes. Certes, des difficultés ont été rencontrées dans ce pays. Toutefois, je ne souhaite pas m'étendre sur le sujet.

Je tiens à rappeler que nous avons créé une marque en Arménie, en mettant en avant notre spécificité française. Aujourd'hui, cette entreprise fonctionne correctement. En effet, nous ne rencontrons pas d'autres problèmes que ceux qui ont été évoqués au cours de la matinée. Ces problèmes vont même en se réduisant, même si certains demeurent prégnants. Enfin, je tenais à souligner les grandes qualités professionnelles des Arméniens.

Daniel HILAIRE

Je suis expert-comptable. J'interviens en Arménie dans le cadre de mes fonctions au sein d'un cabinet d'audit. Ce dernier réalise, à Erevan, des missions d'assistance comptable, d'audit, de conseil juridique et d'assistance aux « nouveaux arrivants ».

Dans le cadre de cette mission, j'ai pu assister à l'arrivée d'entreprises françaises qui, il faut en convenir, sont encore peu nombreuses. Citons par exemple Castel, Pernod-Ricard, Café de Paris, la SAUR, Alcatel, France Formation ou encore l'Université française. Cette dernière occupe désormais une place importante dans le secteur de la formation supérieure.

Par ailleurs, Thornton Amyot est un cabinet employant une soixantaine de collaborateurs. Il a pris réellement son essor à partir de la période 1997-1998, notamment au travers d'un développement à l'international, et notamment en Arménie. A partir d'Erevan, il intervient dans d'autres pays de l'ex-URSS (Russie en premier lieu) pour conduire des missions d'audit.

Il est, en quelque sorte, un des précurseurs en la matière. Force est cependant de constater aujourd'hui l'installation en Arménie de nouvelles entreprises, qui utilisent ce pays comme une « base arrière » pour conduire des missions en Russie et en Ukraine.

Jean-Paul LANFRANCHI

Au-delà de mes propos de la matinée, je tiens à annoncer que nous allons essayer de nous développer à l'étranger en visant la diaspora arménienne. En outre, depuis quelques jours, nous sommes autorisés à exporter de la bière sans alcool vers l'Iran. A travers ce pays, nous souhaitons être en mesure de toucher d'autres pays musulmans. C'est un produit qui marche très fort. Curieusement, les Iraniens font davantage confiance à un pays chrétien comme l'Arménie qu'à un pays comme l'Azerbaïdjan pour produire de la bière sans alcool.

En Arménie, nous faisons face à l'érosion de la consommation. En conséquence, nous avons décidé de nous concentrer davantage sur la diaspora arménienne, notamment présente à Paris, Marseille et Issy-les-Moulineaux. Dans ce contexte, nos produits s'exportent de manière correcte.

Elsa LOCKE

Je vous propose à présent d'ouvrir le débat.

Monsieur KALAYCIYAN, Architecte

Comment la mission économique de l'Ambassade de France d'Erevan est-elle structurée ?

Elisabeth ROSA

J'exerce trois missions principales au sein de l'Ambassade de France : l'information du Quai d'Orsay, le suivi des entreprises françaises en Arménie et l'information des entreprises souhaitant s'y implanter.

L'Ambassade de France d'Erevan n'a pas de mission économique. Elle dépend de l'Ambassade de Moscou. En effet, les intérêts français en Arménie ne sont pas suffisamment importants pour qu'y soit installée une mission économique.

De la salle

Je tiens à souligner que le J2IA va organiser, en octobre prochain, une mission économique en Arménie, afin de faire découvrir ce pays à des entreprises françaises. Notre organisme a une bonne connaissance des entreprises arméniennes. Aussi est-il en mesure de les mettre en relation avec des entreprises françaises. Lors de la mission précitée, nous nous concentrerons sur trois secteurs : l'agroalimentaire, les NTIC et le tourisme.

Jean-Paul LANFRANCHI

Les intérêts français en Arménie sont réels. Ils sont extrêmement importants aux yeux des entreprises qui y sont implantées. Lorsqu'une entreprise française s'installe en Arménie, elle ne bénéficie d'aucune aide. Pour autant, de nombreuses entreprises françaises poursuivent leur politique d'implantation dans ce pays.

Enfin, je rappelle que les entreprises françaises ont été les premières à venir se réinstaller en Arménie, ce qui témoigne de l'intérêt qu'elles lui portent.

De la salle

Comment une entreprise comme Castel parvient-elle à gérer la concurrence des très gros acteurs qui se constituent en Arménie ?

Jean-Paul LANFRANCHI

Tant que les règles du jeu seront respectées, la concurrence restera saine. Si cela n'est pas le cas, les entreprises doivent se défendre. Dans ce cadre, elles ne pensent plus à se développer, ce qui est une démarche préjudiciable.

En conséquence, les Etats qui souhaitent attirer des entreprises étrangères doivent, avant toute chose, considérer que la loi est la même pour tout le monde. Il est vrai que cette première règle est difficile à respecter. Toutefois, pour un investisseur souhaitant s'implanter en Arménie, elle est essentielle : les investisseurs doivent se sentir les bienvenus. C'est pourquoi la concurrence doit être saine et l'émulation au rendez-vous. Sur le cas précis de l'Arménie, je dois dire que je ne rencontre pas réellement d'entorses à la règle de la libre-concurrence. Un problème doit néanmoins être résolu : l'enclavement de l'Arménie.

Jacques DEYIRMENDJIAN

Monsieur Hilaire, estimez-vous l'Arménie traversée par d'importants changements ?

Daniel HILAIRE

Je me rends tous les mois en Arménie depuis plusieurs années. Les changements y ont été importants. Ils concernent notamment les entreprises arméniennes : si certaines ont disparu, celles qui ont survécu se trouvent maintenant dans une phase de développement et de modernisation.

Le secteur du tourisme le démontre parfaitement. Alors qu'il était difficile de trouver une chambre d'hôtel à Erevan il y a quelques années, des hôtels de quatre ou cinq étoiles sont désormais disponibles. Certes, tous les problèmes ne sont pas encore réglés. Certains sont même encore prégnants. Prenons l'exemple de la corruption. A l'évidence, elle freine considérablement le développement de certains secteurs. Dans plusieurs d'entre eux, il est inimaginable de créer une entreprise, car ils sont totalement noyautés par la corruption. Pour autant, force est de constater que des changements sont à l'oeuvre en Arménie. L'indépendance de la Justice, en premier lieu, s'est considérablement renforcée. Certes, ces évolutions sont lentes et imparfaites. Toutefois, elles sont réelles.

Tout Arménien souhaitant revenir en Arménie, pour y créer une entreprise, doit être conscient des fortes difficultés qui l'attendent : il est évident que l'on va lui créer nombre de problèmes sur place, ce qui risque de le décourager, voire de l'aigrir. En effet, il ne faut pas seulement venir avec son coeur en Arménie : il faut également y venir avec sa tête. Il ne faut pas s'implanter en Arménie avec pour seul souci d'aider ce pays : il faut s'y implanter en espérant y gagner quelque chose.

De la salle

Quels sont les référentiels comptables utilisés par les Arméniens ?

Daniel HILAIRE

Lorsqu'elle est devenue indépendante, l'Arménie n'avait pas de référentiels comptables. De manière grossière, la comptabilité était une comptabilité publique. Il a donc fallu trouver rapidement un modèle comptable. Comme on partait de rien, il été décidé de s'appuyer sur les normes internationales : les normes IAS.

Les normes comptables en vigueur en Arménie sont donc largement calquées sur les normes IAS, ce qui a été une idée très ingénieuse. Aujourd'hui en effet, le passage aux normes IFRS est très facile en Arménie. Il semble même beaucoup plus aisé qu'en France ! Il est à noter que ceux qui demandent des comptes audités en Arménie se félicitent de disposer de comptes audités en normes internationales. En effet, la lecture des états financiers s'en trouve fortement facilitée.

De la salle

Il est dommage que l'État arménien n'ait aucune notion de marketing et qu'il ne soit pas en mesure de protéger les marques. Ce problème n'est pas cantonné à l'Arménie. Quoi qu'il en soit, les Gouvernements doivent comprendre que les marques doivent être protégées pour se développer. En Ukraine par exemple, les procédures de protection des marques sont bien meilleures qu'en Arménie.

Valérie ASSATRIAN

Je ne pense pas que ce problème soit cantonné à l'Arménie. Par ailleurs, le Gouvernement fait preuve d'une réelle volonté pour accorder aux marques une meilleure protection.

Jacques FLEURY

Si la volonté politique est réelle, je suis pour ma part tout à fait prêt à investir dans le secteur des biens de consommation arméniens. Dans le cas contraire, il est hors de question que je cours le risque de perdre à nouveau de fortes sommes d'argent, comme ce fut le cas il y a quelques années.

Jean-Paul LANFRANCHI

Je suis d'accord : les marques doivent être protégées. Dans ce domaine, les Gouvernements se doivent d'adopter une politique réellement volontariste.

retour sommaire suite