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Colloque sur le Caucase (19 mai 2005)



Table des matières

Actes du colloque CAUCASE : Arménie, Azerbaïdjan,Géorgie


Actes du colloque CAUCASE : Arménie, Azerbaïdjan, Géorgie

Jeudi 19 mai 2005

En présence de :
Christian PONCELET, Président du Sénat

Sous l'égide de :

Ambroise DUPONT, Président du Groupe interparlementaire France-Caucase, Président délégué pour l'Azerbaïdjan
Alain GOURNAC, Président délégué pour la Géorgie
Bernard PIRAS, Président du Groupe interparlementaire France-Arménie

Avec la participation de :
Son Exc. Roland BLATMANN, Ambassadeur de France en Azerbaïdjan

Ouverture

Christian PONCELET,
Président du Sénat

Messieurs les Présidents,
Madame et Messieurs les Ambassadeurs,
Mes Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Bonjour à tous et à toutes. Le Sénat est particulièrement heureux d'accueillir aujourd'hui ce colloque économique sur les trois États du Caucase méridional : l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie, trois pays avec lesquels nous entretenons des relations des plus cordiales. Il m'est spécialement agréable de vous exprimer mes souhaits de bienvenue. Cette région, carrefour du monde, riche d'atouts et de potentialités qu'elle doit résolument - avec notre soutien - mettre en valeur, me tient particulièrement à coeur.

Commençons par un retour sur le proche passé : depuis 1999, année de notre précédent « colloque Caucase », cette région a connu des changements, des chantiers et des révolutions parfois. En Arménie tout d'abord, les indicateurs macro-économiques sont maintenant encourageants. La croissance est rapide, l'inflation maîtrisée et les revenus réels en augmentation. En conséquence, le pouvoir d'achat progresse. Par ailleurs, les autorités ont courageusement entrepris des réformes structurelles. L'activité bancaire a été réformée, assainie et consolidée. Aujourd'hui, la banque centrale joue un rôle actif pour s'aligner sur les standards européens et poursuivre l'indispensable réforme bancaire. Cette politique a conduit à un assainissement du secteur et à une augmentation de la demande de crédit, même si la défiance règne encore dans une économie insuffisamment bancarisée. Cependant, il est à noter qu'une première société de leasing a été créée en 2003. Cette activité doit être encouragée, car elle favorise le développement des PME, qui souffrent actuellement d'une expansion trop lente.

L'Azerbaïdjan, pays pétrolier, gazier et de transit, connaît l'une des meilleures situations macro-économiques de la région. La croissance est de 10 % par an, quand l'inflation, le déficit et la dette sont maîtrisés. Les réserves de change et l'excédent commercial sont substantiels. En outre, le pays s'était déjà doté d'un fonds pétrolier, notamment pour financer la diversification de l'économie. De plus, il avait adopté un programme de réduction de la pauvreté et de développement économique. Depuis 2003, les réformes se sont poursuivies avec l'adoption de la loi bancaire et de la loi garantissant l'indépendance de la banque centrale. Elles ont également été marquées par la création d'une société d'État pour améliorer l'accès de la population aux ressources hydrauliques et par l'élaboration d'un plan d'utilisation des moyens pétroliers.

En Géorgie, la situation se caractérise par une croissance maintenue (à un niveau de 8,5 %) et la restauration des finances publiques. Les réformes structurelles se poursuivent, marquées notamment par des transformations dans l'administration, par la réorganisation du secteur énergétique et par la poursuite active des privatisations. La gestion de la banque centrale est considérée comme excellente et le secteur bancaire est sain.

Rappelons que la Géorgie va percevoir des revenus importants pour le transit - par son territoire - du pétrole et du gaz azerbaïdjanais. Et que l'oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) sera inauguré dans quelques jours, le 25 mai...

Ce rapide panorama, encourageant certes, ne serait pas complet si j'omettais d'évoquer les handicaps dont souffrent encore diversement ces trois pays et de mentionner les réformes inachevées ou à entreprendre.

Tout d'abord, il faut dire un mot de la difficile question de la pauvreté. Dans toute la région, on trouve des poches d'indigence même si elles tendent à se résorber. Les autorités se sont saisies de ce problème. Elles doivent plus que jamais veiller strictement à une répartition harmonieuse des fruits de la croissance.

N'oublions pas non plus le rôle considérable des PME, instrument précieux dans la lutte contre la pauvreté et contre l'exode des populations. Il faut donc créer un environnement favorable à l'implantation de ces entreprises.

La corruption, ensuite : en décourageant malheureusement l'initiative privée, elle constitue un obstacle puissant au développement économique. Les gouvernements, qui ont entrepris une lutte active contre ce fléau, avec quelques résultats encourageants, doivent poursuivre résolument leurs efforts. Le Sénat a organisé en 2004 une visite d'étude sur ce sujet pour une délégation géorgienne : il est prêt à poursuivre cette coopération.

Les pouvoirs publics doivent également veiller à la disparition des entraves fiscales et douanières qui rebutent les investisseurs étrangers. La prochaine entrée en vigueur des conventions fiscales avec l'Arménie et l'Azerbaïdjan - récemment soumises à l'examen du Parlement français - devrait encore consolider et améliorer un cadre redevenu, ces dernières années, plus favorable aux investissements, grâce aux mesures successives adoptées.

Les infrastructures, enfin, demeurent encore insuffisantes. L'économie arménienne est particulièrement pénalisée par l'enclavement du territoire, qui engendre des contraintes et des coûts de transports décourageants. La sensibilité des autorités à cette réalité devrait, avec la réalisation d'initiatives régionales, de nombreux projets ferroviaires, routiers ou portuaires et avec la construction de réseaux gaziers et pétroliers, ouvrir et dynamiser les économies caucasiennes.

Gardons-nous cependant de pêcher par excès d'optimisme, voire de candeur...L'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie ont des destins liés. En raison de leur situation géographique, du fait de l'étroitesse de leurs territoires comme de leurs populations, leur avenir ne peut s'inscrire que dans la coopération régionale. Ces trois pays doivent se rapprocher et unir leurs efforts pour ériger un marché commun. Là est la clé de leur essor et de leur prospérité.

Mais tant que les conflits et les différends territoriaux entraveront leur destin, leur réussite économique demeurera incomplète et inachevée. C'est une recommandation que j'adresse inlassablement à mes interlocuteurs caucasiens, car elle répond à ma conviction profonde. J'essaye d'y contribuer en réunissant régulièrement mes homologues, les présidents Aleskerov, Baghdassarian et Bourdjanadze.

Lors de notre dernière rencontre, à Versailles au mois de novembre dernier, je leur ai proposé de travailler ensemble sur deux thèmes fédérateurs et interdépendants, aux retombées économiques certaines : le développement du tourisme et la mise en valeur du patrimoine.

A ma demande, le Sénat finance un audit des capacités touristiques des trois pays du Caucase méridional et l'établissement d'un plan stratégique de développement régional. Je compte sur la bonne volonté de tous pour l'aboutissement de ce projet qui contribuera, certes modestement, au développement économique de cette grande région.

Je reste persuadé que celui-ci favorisera l'établissement de la paix. Je vous souhaite de studieux et fructueux travaux.

Elsa LOCKE
Chef du Département Séminaires et Evénements multisectoriels, Ubifrance

Je vous remercie pour cet exposé préliminaire très complet. Laissez-moi vous présenter le programme de cette journée. Dans un premier temps, Monsieur Smessow présentera son analyse de la région. Cette dernière dispose d'un réel potentiel économique, qui a été freiné jusqu'à présent. Nous nous devons de l'apprécier à sa juste valeur, sans le surévaluer, comme ce fut le cas au milieu des années 90.

Quoi qu'il en soit, le Caucase aura un rôle essentiel à jouer dans le développement de l'Asie centrale, en particulier dans le domaine des hydrocarbures. Tel sera le sujet de l'intervention de Michel Gélénine. Jean-Claude Nawrot se penchera ensuite sur l'exploitation des hydrocarbures en Azerbaïdjan. Monsieur Januard, qui lui succédera, évaluera les retombées économiques de cette exploitation pour l'ensemble du Caucase.

Plus généralement, le Caucase est une région d'investissements stratégiques. En conséquence, il offre à nos entreprises de nouveaux créneaux. Dans cette optique, trois représentants d'entreprises apporteront leurs témoignages. La matinée se poursuivra par une présentation du cadre juridique des investissements dans les trois pays.

Enfin, cette matinée s'achèvera par une présentation du Forum d'affaires français, qui aura lieu à Bakou en juin 2005, et par une présentation du forum Eurasie. L'après-midi, nous aurons trois ateliers consacrés respectivement à la réalité des affaires en Arménie, en Azerbaïdjan et en Géorgie.

Le Sud-Caucase en quête de stabilité

Serge SMESSOW, Directeur adjoint Europe

Le Sud-Caucase a été marqué en quelques années par un certain nombre d'événements capitaux. Géographiquement encadrée par l'Iran, la Russie ou la Turquie, la région a notamment dû faire face à l'effondrement du bloc soviétique. La « révolution des roses », née en Géorgie, a profondément influé sur la région. Quoi qu'il en soit, les différents indicateurs économiques des pays de la zone se sont réellement améliorés.

En effet, une amélioration générale du climat des affaires est à constater, même si certains travers doivent être corrigés. Par exemple, l'opacité des privatisations suscite de nombreuses interrogations. Les relations politiques sont en outre problématiques : je pense tout particulièrement aux relations avec Moscou et aux velléités séparatistes existant en Géorgie. Ces questions détournent parfois les gouvernants des réformes. Aussi espérons-nous tous que ce ralentissement dans les réformes, que nous constatons actuellement, n'est que passager.

L'Azerbaïdjan est promis à un bel avenir et à une forte croissance, en raison de son rôle dans le secteur des hydrocarbures. Les pouvoirs publics français accompagnent cette évolution, notamment au travers de la COFACE. Au final, la France est bien placée pour tirer profit de cette situation favorable, dans le secteur pétrolier et dans le secteur para-pétrolier. D'autres secteurs d'activité (infrastructures, agroalimentaire) sont susceptibles de profiter également de la croissance existant en Azerbaïdjan. Il est à noter cependant que, sur le plan politique, des limites à la liberté d'expression demeurent. En conséquence, le déroulement des prochaines élections législatives aura valeur de test.

La situation politique de l'Arménie est complexe. Les élections de 2003 se sont déroulées dans des conditions difficiles. De plus, les manifestations de l'opposition, en avril dernier, ont été sévèrement réprimées. Des évolutions encourageantes sont néanmoins à noter : plusieurs engagements ont été pris devant le Conseil de l'Europe. Dans ce cadre, une loi relative aux médias a notamment été votée. Évidemment, il est impossible de passer sous silence les conséquences du conflit du Haut-Karabakh sur la politique régionale et sur le commerce avec la Russie.

Dans ce contexte, quelle est la position de la France ? Nous soutenons les autorités géorgiennes dans leur volonté réformatrice. Ce soutien est financier. Il se caractérise également par des opérations de coopération. Nous voulons, en outre, accompagner les réformes dans les trois pays. Demeurant vigilants sur les questions des droits de l'Homme et de la liberté d'expression), nous souhaitons agir avec nos partenaires de l'UE et l'OSCE.

La région se doit de trouver un équilibre avec les puissances avoisinantes. L'influence culturelle de la Russie reste très forte. L'importance de l'émigration vers la Russie reste prégnante, ce qu'il convient de garder à l'esprit. En effet, deux millions d'Arméniens et un million de Géorgiens sont présents en Russie. L'influence économique de la Russie reste essentielle, ce pays demeurant souvent le premier partenaire commercial de la zone, tant en termes d'importations que d'exportations. Cette affirmation est particulièrement vraie dans le domaine des énergies. Il convient enfin de rappeler l'importance de la présence militaire russe dans l'ensemble de la région.

La présence américaine est très récente si nous la comparons à celle de la Russie. Les États-unis ont « découvert » la région après la disparition de l'Union Soviétique. Cependant, même si leur présence est récente, ils jouent un rôle-clé dans la région et estiment y détenir des intérêts stratégiques. En conséquence, les États-unis souhaitent stabiliser cette zone fragile, renforcer l'indépendance des pays de la région et consolider leurs intérêts, en particulier dans le secteur pétrolier. Rappelons que les budgets de coopération économique et humanitaire des États-unis sont extrêmement importants. Dans ce cadre, l'aide accordée à certains pays, à des moments-clés, a été parfois considérable. Elle reste très importante.

La politique européenne de voisinage va être un facteur déterminant pour la région. D'ores et déjà, l'Union Européenne en est l'un des principaux fournisseurs d'aides. Ces aides se sont élevées, entre 1992 et 2002, à un milliard d'euros.

L'élargissement de l'Union Européenne a induit la nécessité de mettre en place de nouvelles relations avec les pays du Caucase, ce qui s'est traduit par plusieurs initiatives. Un représentant spécial de l'Union Européenne a ainsi été désigné en juillet 2003. De plus, une politique de voisinage est en train de se mettre en place afin, comme l'a rappelé Monsieur Prodi, d'accorder aux pays de la région un certain nombre d'avantages. Ces derniers sont les mêmes que ceux dont bénéficient les pays membres (à défaut de la participation aux institutions).

La France souhaite avant tout éviter que le Caucase demeure une zone de rivalités entre diverses puissances. A ce titre, elle essaie de convaincre la Russie de travailler conjointement avec les autres puissances à la stabilisation de la région. Pour ce qui est des conflits régionaux, nous souhaitons renforcer l'influence politique de l'Union Européenne, tout particulièrement au travers des négociations en cours (Haut Karabakh, Abkhazie). Nous voulons encourager la coopération régionale, facteur incontournable de stabilité.

Les couloirs régionaux : énergie, route, rail

Michel GELENINE, Chef de la mission économique à Bakou

Les couloirs régionaux voient leurs flux transiter essentiellement par l'Azerbaïdjan et la Géorgie. L'Azerbaïdjan devrait connaître, en 2005, un taux de croissance compris entre 20 % et 25 %. Les recettes dérivées des hydrocarbures y avoisineront les 100 milliards de dollars dans les prochaines années. En outre, une nouvelle classe d'entrepreneurs apparaît et les priorités sont données aux infrastructures et au secteur agroalimentaire.

En Géorgie, l'économie est encore en convalescence, même si les premiers résultats y sont encourageants. L'aide multilatérale et bilatérale demeure importante. Marqué par une forte volonté d'intégration régionale, ce pays voit apparaître une nouvelle génération d'entrepreneurs. Enfin, la Géorgie accorde la priorité aux infrastructures et à l'agroalimentaire.

Les hydrocarbures sont distribués selon trois couloirs pétroliers et trois couloirs gaziers. Les trois couloirs pétroliers sont les suivants :

- Russie - Novorossisk - Tuapse ;

- Bakou - Supsa ;

- la voie ferrée Bakou - Poti et Bakou - Batoumi.

Les trois couloirs gaziers sont les suivants :

- Russie - Bakou ;

- Russie - Géorgie - Arménie ;

- gazoduc Azerbaïdjan - Géorgie.

Dans le domaine du pétrole, trois projets sont en cours :

- la construction de l'oléoduc Bakou - Tbilissi - Ceyhan ;

- l'oléoduc d'Azpétrol Bakou - Sangachal, en phase d'études, afin de transporter vers le BTC du pétrole du Kazakhstan ;

- un terminal pour le pétrole du gisement de Kashagan.

Dans le domaine du gaz, quatre projets sont en cours :

- gazoduc Bakou - Tbilissi - Erzerum, en construction ;

- gazoduc vers l'Iran, afin d'acheminer des volumes équivalents à ceux que recevra l'enclave du Nakhitchévan ;

- gazoduc Tabriz - Erevan, offrant à l'Arménie une option par rapport au gaz russe ;

- gazoduc Tabriz - Djoulfa, alimentant le Nakhitchévan en gaz.

Pour ce qui est des couloirs routiers, notons l'existence de trois axes Est-Ouest (Bakou - Tbilissi, Tbilissi - Mer noire et Bakou - Nakhitchévan) et de cinq axes Nord-Sud (Russie - Bakou - Iran, route militaire du Caucase, Tbilissi - Erevan, Erevan - Meghri - Tabriz) . Plusieurs projets existent :

- un axe Nord-Sud entre la Russie et l'Iran ;

- une modernisation de la route entre Bakou et la Géorgie ;

- un périphérique permettant d'éviter la traversée de Bakou ;

- une nouvelle route créée à partir, partiellement, des pistes de BTC, permettant de relier Tbilissi à la Turquie ;

- la modernisation d'une liaison, sur la partie Ouest du réseau géorgien.

Si les couloirs ferroviaires sont nombreux, certains sont interrompus. Plusieurs projets existent donc :

- modernisation de l'axe Russie - Bakou - Iran ;

- construction d'une ligne Kars - Ahalkalaki - Tbilissi ;

- modernisation du matériel roulant azerbaïdjanais ;

- modernisation du matériel roulant géorgien ;

- modernisation de la voie ferrée entre Tbilissi et Erevan ;

- ouverture d'une ligne par ferry vers le port de Kavkaz.

Tous ces projets ont conduit à une redéfinition des couloirs dans tout le Caucase. Ils sont financés à l'aide de fonds propres (fonds pétrolier azerbaïdjanais par exemple) ou de fonds multilatéraux. Il convient de rappeler qu'une aide européenne se mettra en place à partir de 2007. Enfin, des aides bilatérales, à l'instar de l'aide américaine, doivent également être mentionnées.

L'Azerbaïdjan : un acteur pétrolier majeur et les enjeux pour le futur

Jean-Claude NAWROT,
Directeur général Total E & P Azerbaïdjan BV

I. La croissance du secteur pétrolier

Le PIB actuel de l'Azerbaïdjan n'a toujours pas atteint le niveau de 1991, avant l'indépendance. Cet élément témoigne des difficultés traversées par l'Azerbaïdjan depuis plus de dix ans. Cela dit, à partir de 2005, le pays va vivre une période de croissance exceptionnelle, devant atteindre le chiffre de 22 % en 2007. Le secteur pétrolier en sera évidemment un contributeur majeur, dans la mesure où il y participera à hauteur de 50 %, voire de 60 % dans les cinq années à venir. Le fonds pétrolier sur lequel est affectée la manne pétrolière va tripler en quelques années.

II. Un pays producteur

Le secteur pétrolier joue un rôle très important pour plusieurs raisons. Tout d'abord, l'histoire pétrolière de l'Azerbaïdjan est ancienne, les premiers forages ayant eu lieu en 1870. De plus, dès 1994, l'Azerbaïdjan a pu attirer les investissements étrangers. Aujourd'hui, la production pétrolière de l'Azerbaïdjan se situe aux alentours de 300 000 barils par jour. Quant à la production de gaz, elle a décliné et se situe à un niveau de 7 Gm3 par an.

D'ici 2010, la production devrait tripler pour atteindre la barre du million de barils par jour. Cette hausse sera essentiellement imputable au champ ACG, aux caractéristiques exceptionnelles. Il s'agit d'un champ géant, concentrant une réserve prouvée de cinq milliards de barils. En matière de gaz, le champ de Shah Deniz doit être mentionné. Il recèle un potentiel de plus de 20 Gm3 par an. Ce haut niveau permettrait de couvrir l'intégralité des besoins de la France. Évidemment, l'Azerbaïdjan va rapidement pouvoir survenir à tous ses besoins en matière de pétrole et de gaz, et bénéficiera d'une capacité exportatrice nette.

III. Un pays de transit

La Caspienne est très enclavée. Il est donc très intéressant, pour l'Azerbaïdjan, de jouer un rôle de transit. Le problème du transit des hydrocarbures a longtemps été majeur. Dans ce domaine, l'Azerbaïdjan a été visionnaire, considérant que Bakou pouvait jouer un rôle central. En effet, l'Azerbaïdjan dispose d'ores et déjà de trois voies d'exportation (le NER, le WER et le rail) et a décidé de créer deux nouvelles voies : le BTC, qui sera en mesure de transporter 1,5 million de barils par jour d'une part, et le gazoduc SCP, qui pourra transporter, à terme, 20 Gm3 par an.

Le transit est une activité maîtrisée par l'Azerbaïdjan. En effet, il s'y est fortement préparé. Un projet majeur doit être noté : la connexion Kazakhstan-Azerbaïdjan, pour laquelle Total a été nommée responsable des études pour le compte du consortium de Kashagan. Les décisions relatives aux investissements afférents seront prises rapidement, ce système devant être opérationnel en 2010-2011.

Le 25 mai, le protocole de Bakou sera signé. Il désignera cette connexion comme étant un projet majeur pour les pays de la région. Dans ce cadre, il sera nécessaire de construire :

- un pipe line de 700 kilomètres au Kazakhstan ;

- un nouveau terminal à Kuryk ;

- une demi-douzaine de tankers à fort tonnage ;

- un nouveau terminal à Bakou.

Il faudra également renforcer la capacité de transit du BTC. Ce projet majeur va prendre le relais des projets en cours et devrait intéresser nombre d'entreprises para-pétrolières.

Ainsi, l'Azerbaïdjan présente plusieurs atouts.


· La situation macro-économique y est excellente et l'ouverture du secteur pétrolier aux investissements étrangers s'est déroulée dans un contexte de grande stabilité.


· L'Azerbaïdjan dispose d'une position privilégiée pour développer son rôle de pays de transit.

Plusieurs défis se font maintenant jour. Il s'agit de :

- réduire la pauvreté de la population ;

- diversifier l'économie : tel est le rôle du fonds pétrolier ;

- maintenir la stabilité du pays et de la région.

Questions/réponses

De la salle

Les champs géants sont-ils éloignés de la côte ? Comment seront-ils ravitaillés ? A quelle date les tankers que vous avez évoqués seront-ils construits ?

Jean-Claude NAWROT

Les champs géants sont éloignés des côtes de 100 kilomètres. Le ravitaillement se fera par hélicoptère ou par supply boat. Pour la rotation des équipes, le transport se fera par hélicoptère.

En revanche, il est difficile de répondre à votre seconde question. Je peux simplement vous dire que la construction de tels bateaux dure de 2 à 2,5 ans. Les chantiers navals de la Caspienne ne sont pas en mesure de construire des tankers d'un si fort tonnage. En effet, ils auront une capacité de 50 000, voire 60 000 tonnes.

Gilbert SALVI, Soletanche Bachy, Directeur développement international

Ma question porte sur l'Azerbaïdjan. Certains des projets en cours ont-ils bénéficié de financements bilatéraux français ?

Michel GELENINE

L'Azerbaïdjan est éligible à la réserve des pays émergents. Un protocole portant sur 35 millions d'euros a été signé en 2003. Il est dédié à un projet d'épuration des eaux de Bakou. Il liera Bakou à Véolia.

Monsieur KALAYCIYAN

Ma question porte sur l'acheminement du pétrole dans la Caspienne. Une catastrophe pétrolière est-elle envisagée dans ce cadre ? Les compagnies pétrolières ont-elles pris en compte ce risque ? Existe-t-il des programmes de préservation de la Caspienne ?

Jean-Claude NAWROT

Chacun de nos projets comporte une dimension environnementale et sociétale, devant être acceptée par les Etats avant même que nous lancions des investissements. Pour ce qui est de l'acheminement du pétrole dans la Caspienne, nous considérons que nous ne disposons pas, actuellement, de tankers de capacité suffisante pour réduire totalement les risques de pollution. Les investissements que nous conduisons dans ce cadre doivent respecter les normes européennes. Ainsi, les tankers qui transiteront sur la Caspienne seront inévitablement des tankers double-coque.

Michel GELENINE

Récemment, BP a produit un rapport environnemental très intéressant. Exception faite de la pollution générée par les eaux de la Volga et de la Koura, une amélioration de la qualité de l'eau de la Caspienne est à noter. Cette étude met également en lumière l'arrivée, par les canaux, de poissons n'ayant pas de prédateurs dans la Caspienne.

François COURSON, Prosernat, Président directeur général

Monsieur Nawrot, quid du traitement des gaz émis dans les champs azerbaïdjanais que vous exploitez ?

Jean-Claude NAWROT

Le traitement de ces gaz est très simple. En effet, ils sont non acides.

De la salle

Dans lequel des trois pays évoqués les entreprises françaises sont-elles les plus présentes ?

Serge SMESSOW

En Azerbaïdjan. Notre présence économique est évidemment de mise dans les trois pays. Nous y sommes néanmoins surtout présents dans le secteur de l'énergie, du pétrole, de l'activité parapétrolière.

L'exploitation d'hydrocarbures en Azerbaïdjan :
un potentiel pour l'ensemble du Caucase

Jean JANUARD, Directeur Pétrole et Gaz Russie,
Coordinateur projets énergétiques Caucase-Asie centrale, Groupe CIFAL

J'ai représenté une entreprise française d'accompagnement à l'international présente en Azerbaïdjan pendant dix ans. Je ne prétends donc pas à l'objectivité.

Le Sud-Caucase a souvent été synonyme de conflits multiples. Aussi devions-nous trouver notre place dans un contexte difficile. Nous devions également évoluer dans un contexte de renouveau du sentiment national, tant sur le plan culturel que sur le plan économique. Pour parler plus clairement, nous étions face à trois Républiques, à trois Caucase et à trois cadres juridiques.

La coopération régionale était un sujet tabou. En effet, chacune des puissances essayant d'influer au sein de la région promouvait des projets de développement différents. In fine, nous avons su trouver notre place dans ces Républiques en proposant des projets de développement particuliers.

En matière d'exploitation des hydrocarbures, l'Azerbaïdjan joue un rôle moteur, susceptible d'engendrer des retombées importantes pour ses voisins. Ce secteur y est résolument tourné vers l'étranger. La plupart des majors y sont présentes et la plupart des puissances politiques et économiques ont été représentées dans les accords de partage de production.

Aujourd'hui, des investissements de plusieurs dizaines de milliards de dollars se profilent, au regard de la hausse programmée de la production. Ce développement futur a engendré la signature de nombreux contrats de sous-traitance. Aujourd'hui, de nouveaux projets se font jour.

Par ailleurs, les couloirs liés au transport et à l'évacuation d'hydrocarbures, qui ont été cités précédemment, doivent être reliés aux couloirs de transport et d'évacuation d'électricité. Ces projets sont susceptibles de nous intéresser, car ils s'accompagneront de contrats de sous-traitance.

Certains des investissements sont réalisés par l'État azerbaïdjanais lui-même, quand d'autres le sont par des majors. Quoi qu'il en soit, ils sont ouverts à tous. BP estime ainsi que les OPEX seront de l'ordre de 50 millions de dollars par an pour les années à venir. Les entreprises françaises peuvent en profiter.

Au-delà de la manne pétrolière bénéficiant à l'Azerbaïdjan, les recettes du transit sont de plus en plus importantes. Elles profitent notamment à la Géorgie. Elles s'élèvent ainsi à environ 50 millions de dollars par an. Les recettes issues du transit par le rail sont également relativement fortes.

Plus généralement, les investissements en matière d'infrastructures peuvent intéresser les entreprises françaises, qui peuvent tout à fait poser leur candidature. Il ne faut pas se limiter aux activités pétrolières, dans la mesure où nombre d'activités induites sont susceptibles d'être concernées (infrastructures, installations, services). En outre, certains projets en cours (couloirs, constructions de routes, rénovations de ports, réseaux, traitement d'eau) seront lancés à court terme. Ils peuvent être gagnés très rapidement.

Au final, de nombreuses entreprises françaises sont susceptibles de s'intéresser au marché de l'exploitation d'hydrocarbures en Azerbaïdjan, porteur de nombreuses opportunités, directes ou induites. Par exemple, le revenu des Azerbaïdjanais est en forte hausse, ce qui suppose d'éventuels développements pour notre industrie de biens de consommation. Je tiens à signaler que Moscou revient dans la région et investit notamment en Azerbaïdjan par le biais de capitaux privés.

En conclusion, la coopération régionale est la voie qui a été choisie. Si l'Azerbaïdjan recueillera l'essentiel des bénéfices de l'exploitation d'hydrocarbures, ses voisins en profiteront également. Si des interrogations peuvent être émises quant aux conséquences d'une « monoculture pétrolière » sur l'Azerbaïdjan, il est évident que nombre d'affaires potentielles sont susceptibles de profiter aux entreprises françaises. Les investissements bilatéraux, publics ou privés, contribueront également au développement de la zone. Enfin, la stabilité de la région, qui n'est pas encore consolidée, représente une difficulté pour les hommes d'affaires que nous sommes.

De l'entreprise d'État géorgienne en faillite à la multinationale, leader de l'industrie de l'eau minérale en CEI

Jacques FLEURY
Président directeur général, Georgian Glass and Mineral Waters

L'histoire de la marque d'eau minérale Borjomi mérite d'être rappelée. Borjomi a connu son âge d'or sous l'ère soviétique, cette eau ayant été particulièrement populaire entre 1922 et 1989. Elle avait précédemment été, entre 1890 et 1917, la première eau minérale de l'Empire russe. L'Etat soviétique a consacré des investissements très importants au développement de Borjomi, pendant plusieurs décennies. Sa production atteignait les 450 millions de bouteilles en 1985. Cette marque a atteint une très forte notoriété. En effet, Borjomi était devenue synonyme d'eau minérale naturelle en URSS.

Suite au démantèlement de l'URSS et à l'indépendance de la Géorgie, la production est tombée de 450 millions de bouteilles à 5 millions de bouteilles. Les usines ont été privatisées et placées sous le contrôle d'un groupe paramilitaire. La marque étant renommée, elle a fait les frais de la falsification en Russie. Ainsi, 97 % des bouteilles vendues en Russie en 1996 étaient fausses.

En 1996, une société privée d'investissements à capitaux hollandais, français et géorgiens (GG&MW) a tenté de développer à nouveau la marque. Cette première tentative s'est soldée par un échec. Elle a donc été re-nationalisée et sa gestion a été confiée GG&MW avec, pour partie, des capitaux de la BERD et de la Banque mondiale. Une nouvelle privatisation est survenue en 1999. L'entreprise est restée dans le giron de GG&MW : toutes les sources ont été acquises, une campagne de lutte contre les contrefaçons a été conduite et les principaux concurrents de Borjomi ont été rachetés. La marque a donc été réunifiée entre 2002 et 2004 et la société a renoué avec les profits dès 2001.

Depuis, sa croissance annuelle s'élève à 40 %. Le projet a été élu comme étant un des investissements les plus rentables en Europe de l'Est. En octobre 2002, les actionnaires historiques et les partenaires institutionnels ont décidé de vendre la société à un fonds d'investissement basé à Londres, constitué en grande partie de capitaux russes. Ce fonds a apporté un soutien financier important, ce qui a permis à GG&MW d'acquérir plusieurs sociétés d'eaux minérales en Géorgie, en Ukraine et en Serbie.

Plusieurs problèmes ont été rencontrés dans nos relations avec l'Etat géorgien. Tout d'abord, l'entreprise a été considérée comme une « poule aux oeufs d'or », alors qu'elle n'avait jamais été profitable à l'époque soviétique. En outre, l'Etat géorgien peut faire preuve de revirements politiques imprévisibles, l'administration fiscale est incontrôlable et la Justice difficilement saisissable. De plus, il existe des problèmes spécifiques à la situation post-soviétique (contrefaçon, effectifs pléthoriques, position agressive de la presse, nécessité de mettre un terme au management soviétique, coûts de transport très élevés...).

Aujourd'hui, notre situation est bonne. Nous sommes présents sur des marchés en forte hausse et notre activité dans nos principaux marchés connaît une croissance élevée. L'entreprise est leader dans le domaine de l'eau minérale dans toute la CEI. L'administration géorgienne, en outre, soutient l'entreprise dans son développement. Nos jeunes partenaires géorgiens ont créé, en parallèle, le groupe bancaire le plus important de Géorgie. Enfin, nos actionnaires se félicitent des résultats obtenus et nous encouragent.

Notre croissance annuelle est de 40 %. En 2004, notre chiffre d'affaires a été de 82 millions de dollars. Il s'élèvera à 125 millions de dollars à la fin de l'année. Nous employons au total plus de 6 000 personnes.

Quelles ont été les clés de notre réussite ? L'actionnariat a été solide et patient et les partenaires locaux fiables. L'accès aux financements internationaux, au début du redressement, a été très profitable. Le management multinational, très expérimenté, a été d'un grand concours également. De plus, nous agissons sur un marché en forte croissance et notre marque dispose d'une bonne notoriété. Enfin, nos relations avec la France sont soutenues, notamment parce que nous travaillons avec de nombreux prestataires de services français.

L'expérience d'un des leaders mondiaux
dans le domaine des boissons dans le Caucase

Jean-Claude LANFRANCHI, Directeur général, BIH, Groupe Castel

Le Groupe Castel est présent dans trois domaines : la bière, le vin et l'eau. S'agissant du vin, nous occupons une position de leader dans plusieurs pays. En ce qui concerne l'eau, nous disposons de nombre de marques prestigieuses. Pour la bière enfin, nos parts de marché sont très fortes en Afrique Noire, où nous exerçons quasiment un monopole.

En ce qui concerne le Caucase, nous avons rencontré de très grandes difficultés au moment de notre implantation, variables selon les pays. Nos plus fortes difficultés sont survenues en Géorgie, notamment en raison des défaillances d'un partenaire local. Nous sommes seuls dans ce pays. En Arménie et en Azerbaïdjan, nous travaillons au contraire avec un partenaire.

Nous sommes très attentifs à plusieurs paramètres lorsque nous nous développons dans un nouveau pays.

- Existe-t-il une sécurité juridique dans les pays dans lesquels nous investissons ?

- Les taxes sont-elles payées de manière uniforme ?

Depuis l'arrivée de Monsieur Saakachvili à la présidence géorgienne, la situation s'est considérablement améliorée. En effet, le nouveau Président est conscient de l'intérêt des investissements étrangers pour son pays. Par ailleurs, je suis persuadé que le management doit être géorgien : j'ai d'ailleurs nommé un Directeur général géorgien. En Arménie également, notre management est d'origine locale.

Je n'ai jamais rencontré de difficultés en Azerbaïdjan. En effet, ce pays montre constamment sa volonté d'attirer les investissements étrangers. Notre travail en est grandement facilité. Plus généralement, je suis persuadé que le Caucase est entré dans une phase d'essor durable, la qualité de vie se rapprochant de plus en plus de celle constatée dans nos pays. Cela est particulièrement vrai au niveau médical, domaine dans lequel les compétences sont très nombreuses. De manière plus générale, des compétences existent dans la plupart des métiers. Nous devons les utiliser. Elles sont d'autant plus intéressantes que nous sommes désormais les bienvenus dans les trois pays du Sud-Caucase.

L'implantation industrielle et commerciale d'une PME française
en Azerbaïdjan

Philippe MENICUCCI, Directeur export, Allios

Notre chiffre d'affaires s'élève à 60 millions d'euros. Notre chiffre d'affaires d'exportation global est de six millions d'euros. Nous sommes donc une petite entreprise, notamment en comparaison de celles qui viennent d'être présentées. Au vu de cette petite taille, il nous est nécessaire de trouver des partenaires pour nous développer à l'étranger. En effet, lorsque nous voulons nous implanter sur un marché étranger, nous choisissons un partenaire local. C'est ce que nous avons fait en Azerbaïdjan, où nous avons rencontré un industriel de Bakou par le biais de la COFACE et d'Ubifrance, cet industriel souhaitant s'allier à un industriel français.

Les pays du Caucase ont actuellement la volonté de se développer, d'entreprendre et de s'allier avec des étrangers. De plus, les marchés de ces pays évoluent de manière très rapide.

Notre partenaire industriel azéri disposait d'un réseau de relations très développé. Un tel réseau est, je le crois, nécessaire dans ces pays. Il était également un ami proche du Président de la République et avait des liens avec le secteur pétrolier. En conséquence, il était très intéressant. Dans le cadre de notre partenariat, nous apportions en retour une technologie moderne, un savoir-faire marketing et des produits très novateurs.

Nous nous sommes rencontrés au début de l'année 2003. Au milieu de l'année 2003, nous avons décidé de conduire une étude de marché. Nous avons ensuite construit une usine, avant de développer nos marchés. Cette logique nous a permis de nous adapter aux marchés et de disposer d'une forte flexibilité. Dès 2004, nous avons pu lancer nos produits sur le marché. L'équilibre a été atteint très rapidement. Pour 2005, nous escomptons un doublement de notre chiffre d'affaires.

En conclusion, cette expérience s'est avérée très positive. Nous nous sommes toujours sentis les bienvenus dans les pays du Caucase. Nous devons, en retour, prendre conscience des réalités de ces États et de ces sociétés.

Le cadre juridique des investissements en Arménie, Azerbaïdjan et Géorgie

James HOGAN Avocat associé, Cabinet Salans

Le cadre juridique des investissements en Arménie, en Azerbaïdjan et en Géorgie présente plusieurs points communs : la situation politique est stabilisée, il existe des lois sur les investissements étrangers conformes aux normes internationales et des efforts ont été faits pour attirer les investisseurs.

I. L'Azerbaïdjan

Cet État dispose de gisements importants de gaz et de pétrole, qui sont pour partie exploités. Cette exploitation devrait s'accroître au cours des années à venir, ce qui aura des effets positifs considérables sur les finances de l'État. Celui-ci engagera des actions de modernisation, pouvant se matérialiser par des investissements étrangers. Il est à noter que l'Azerbaïdjan a adopté une législation adaptée en vue d'attirer les investisseurs étrangers.

- Le code civil a été rénové.

- Une loi sur la protection des investissements étrangers a été votée en 1992. Elle leur accorde plusieurs garanties (traitement national unique, garantie du rapatriement des bénéfices, protection limitée contre les changements dans la législation, compensation des préjudices subis, possibilité de recours à l'arbitrage). Cette loi, en outre, offre une stabilité du cadre juridique.

- Il existe une loi sur l'activité d'investissement, depuis 1995.

- Il existe également une loi sur l'arbitrage, reprenant des dispositions internationales.

- Une nouvelle loi sur les activités d'investissement est en projet. Les protections fondamentales seront maintenues. Plusieurs des avantages actuellement offerts aux investisseurs étrangers seront limités aux secteurs prioritaires et aux investissements excédant une certaine somme. Apparemment, il n'est pas envisagé d'accorder des avantages fiscaux et douaniers aux investisseurs étrangers.

En ce qui concerne le droit des sociétés, il est possible de constituer une société par actions, une société à responsabilité limitée, un bureau de représentation ou une succursale. La forme juridique la plus simple semble être la société à responsabilité limitée.

En Azerbaïdjan, le secteur d'activité le plus important est celui du pétrole. Contrairement à d'autres pays de la CEI, les contrats de partage de production sont ratifiés par le Parlement. Ces contrats ont une force juridique aussi probante que celle des lois. Les sociétés pétrolières sont donc bien protégées par les PSA. Il est à noter que les avantages accordés par les PSA bénéficient aux sous-traitants.

En ce qui concerne les appels d'offres, pour les achats effectués par les organismes étatiques, l'organisation d'un concours est souvent obligatoire. Pour les PSA, la sélection par concours est applicable aux fournisseurs.

Plusieurs problèmes subsistent en Azerbaïdjan : l'inconsistance dans la législation, la corruption, les lacunes de certains régimes juridiques, le manque de transparence dans l'application des lois en font partie.

II. La Géorgie

Ce pays dispose d'une loi sur les investissements étrangers, à peu près conforme aux normes internationales. La loi sur l'encouragement des activités d'investissement et les garanties de 1996 offrent plusieurs garanties aux investisseurs. Citons notamment le traitement national unique, la garantie du rapatriement des bénéfices, la protection limitée contre les changements défavorables de la législation. La participation des investisseurs étrangers dans certains secteurs est également garantie, comme la procédure d'enregistrement des investissements. Signalons qu'il existe un accord France-Géorgie sur l'encouragement et la protection réciproque des investissements. Enfin, il faut également noter l'existence d'un nouveau code des impôts et d'une politique active dans le domaine de la privatisation et des réformes structurelles.

Les difficultés demeurent importantes en Géorgie. Citons un certain manque de transparence, des procédures bureaucratiques lourdes ou encore le poids de la corruption...

III. L'Arménie

L'Arménie a mis en place la loi sur les investissements étrangers de 1994. Elle offre des garanties : le traitement national unique, la garantie du rapatriement des bénéfices, la protection limitée contre les changements défavorables de la législation, une compensation totale en cas d'expropriation ou de réquisition, notamment. Cette loi accorde des avantages fiscaux et douaniers aux exportateurs et aux investisseurs. Des avantages supplémentaires peuvent être négociés dans les secteurs prioritaires.

Le code civil arménien date de 1998 et une politique active dans le domaine de la privatisation est en cours. Les difficultés constatées sont proches de celles remarquées en Géorgie : manque de transparence, procédures bureaucratiques lourdes, favoritisme, voire agressivité des autorités fiscales.

La réalité des affaires en Arménie

Cet atelier était présidé par Elsa LOCKE, Chef du Département Séminaires et Evènements Multisectoriels, Ubifrance.

Participaient à cet atelier :

Valérie ASSATRIAN, Directrice, Café de Paris ;

Daniel HILAIRE, Directeur Audit, Cabinet Grant Thornton Amyot ;

Jean-Paul LANFRANCHI, Directeur général, BIH, Groupe Castel ;

Elisabeth ROSA, Attachée pour les questions économiques et commerciales, Ambassade de France en Arménie.

Valérie ASSATRIAN

Café de Paris est une entreprise de torréfaction de café, basée en Arménie. Elle emploie 41 personnes. Certes, des difficultés ont été rencontrées dans ce pays. Toutefois, je ne souhaite pas m'étendre sur le sujet.

Je tiens à rappeler que nous avons créé une marque en Arménie, en mettant en avant notre spécificité française. Aujourd'hui, cette entreprise fonctionne correctement. En effet, nous ne rencontrons pas d'autres problèmes que ceux qui ont été évoqués au cours de la matinée. Ces problèmes vont même en se réduisant, même si certains demeurent prégnants. Enfin, je tenais à souligner les grandes qualités professionnelles des Arméniens.

Daniel HILAIRE

Je suis expert-comptable. J'interviens en Arménie dans le cadre de mes fonctions au sein d'un cabinet d'audit. Ce dernier réalise, à Erevan, des missions d'assistance comptable, d'audit, de conseil juridique et d'assistance aux « nouveaux arrivants ».

Dans le cadre de cette mission, j'ai pu assister à l'arrivée d'entreprises françaises qui, il faut en convenir, sont encore peu nombreuses. Citons par exemple Castel, Pernod-Ricard, Café de Paris, la SAUR, Alcatel, France Formation ou encore l'Université française. Cette dernière occupe désormais une place importante dans le secteur de la formation supérieure.

Par ailleurs, Thornton Amyot est un cabinet employant une soixantaine de collaborateurs. Il a pris réellement son essor à partir de la période 1997-1998, notamment au travers d'un développement à l'international, et notamment en Arménie. A partir d'Erevan, il intervient dans d'autres pays de l'ex-URSS (Russie en premier lieu) pour conduire des missions d'audit.

Il est, en quelque sorte, un des précurseurs en la matière. Force est cependant de constater aujourd'hui l'installation en Arménie de nouvelles entreprises, qui utilisent ce pays comme une « base arrière » pour conduire des missions en Russie et en Ukraine.

Jean-Paul LANFRANCHI

Au-delà de mes propos de la matinée, je tiens à annoncer que nous allons essayer de nous développer à l'étranger en visant la diaspora arménienne. En outre, depuis quelques jours, nous sommes autorisés à exporter de la bière sans alcool vers l'Iran. A travers ce pays, nous souhaitons être en mesure de toucher d'autres pays musulmans. C'est un produit qui marche très fort. Curieusement, les Iraniens font davantage confiance à un pays chrétien comme l'Arménie qu'à un pays comme l'Azerbaïdjan pour produire de la bière sans alcool.

En Arménie, nous faisons face à l'érosion de la consommation. En conséquence, nous avons décidé de nous concentrer davantage sur la diaspora arménienne, notamment présente à Paris, Marseille et Issy-les-Moulineaux. Dans ce contexte, nos produits s'exportent de manière correcte.

Elsa LOCKE

Je vous propose à présent d'ouvrir le débat.

Monsieur KALAYCIYAN, Architecte

Comment la mission économique de l'Ambassade de France d'Erevan est-elle structurée ?

Elisabeth ROSA

J'exerce trois missions principales au sein de l'Ambassade de France : l'information du Quai d'Orsay, le suivi des entreprises françaises en Arménie et l'information des entreprises souhaitant s'y implanter.

L'Ambassade de France d'Erevan n'a pas de mission économique. Elle dépend de l'Ambassade de Moscou. En effet, les intérêts français en Arménie ne sont pas suffisamment importants pour qu'y soit installée une mission économique.

De la salle

Je tiens à souligner que le J2IA va organiser, en octobre prochain, une mission économique en Arménie, afin de faire découvrir ce pays à des entreprises françaises. Notre organisme a une bonne connaissance des entreprises arméniennes. Aussi est-il en mesure de les mettre en relation avec des entreprises françaises. Lors de la mission précitée, nous nous concentrerons sur trois secteurs : l'agroalimentaire, les NTIC et le tourisme.

Jean-Paul LANFRANCHI

Les intérêts français en Arménie sont réels. Ils sont extrêmement importants aux yeux des entreprises qui y sont implantées. Lorsqu'une entreprise française s'installe en Arménie, elle ne bénéficie d'aucune aide. Pour autant, de nombreuses entreprises françaises poursuivent leur politique d'implantation dans ce pays.

Enfin, je rappelle que les entreprises françaises ont été les premières à venir se réinstaller en Arménie, ce qui témoigne de l'intérêt qu'elles lui portent.

De la salle

Comment une entreprise comme Castel parvient-elle à gérer la concurrence des très gros acteurs qui se constituent en Arménie ?

Jean-Paul LANFRANCHI

Tant que les règles du jeu seront respectées, la concurrence restera saine. Si cela n'est pas le cas, les entreprises doivent se défendre. Dans ce cadre, elles ne pensent plus à se développer, ce qui est une démarche préjudiciable.

En conséquence, les Etats qui souhaitent attirer des entreprises étrangères doivent, avant toute chose, considérer que la loi est la même pour tout le monde. Il est vrai que cette première règle est difficile à respecter. Toutefois, pour un investisseur souhaitant s'implanter en Arménie, elle est essentielle : les investisseurs doivent se sentir les bienvenus. C'est pourquoi la concurrence doit être saine et l'émulation au rendez-vous. Sur le cas précis de l'Arménie, je dois dire que je ne rencontre pas réellement d'entorses à la règle de la libre-concurrence. Un problème doit néanmoins être résolu : l'enclavement de l'Arménie.

Jacques DEYIRMENDJIAN

Monsieur Hilaire, estimez-vous l'Arménie traversée par d'importants changements ?

Daniel HILAIRE

Je me rends tous les mois en Arménie depuis plusieurs années. Les changements y ont été importants. Ils concernent notamment les entreprises arméniennes : si certaines ont disparu, celles qui ont survécu se trouvent maintenant dans une phase de développement et de modernisation.

Le secteur du tourisme le démontre parfaitement. Alors qu'il était difficile de trouver une chambre d'hôtel à Erevan il y a quelques années, des hôtels de quatre ou cinq étoiles sont désormais disponibles. Certes, tous les problèmes ne sont pas encore réglés. Certains sont même encore prégnants. Prenons l'exemple de la corruption. A l'évidence, elle freine considérablement le développement de certains secteurs. Dans plusieurs d'entre eux, il est inimaginable de créer une entreprise, car ils sont totalement noyautés par la corruption. Pour autant, force est de constater que des changements sont à l'oeuvre en Arménie. L'indépendance de la Justice, en premier lieu, s'est considérablement renforcée. Certes, ces évolutions sont lentes et imparfaites. Toutefois, elles sont réelles.

Tout Arménien souhaitant revenir en Arménie, pour y créer une entreprise, doit être conscient des fortes difficultés qui l'attendent : il est évident que l'on va lui créer nombre de problèmes sur place, ce qui risque de le décourager, voire de l'aigrir. En effet, il ne faut pas seulement venir avec son coeur en Arménie : il faut également y venir avec sa tête. Il ne faut pas s'implanter en Arménie avec pour seul souci d'aider ce pays : il faut s'y implanter en espérant y gagner quelque chose.

De la salle

Quels sont les référentiels comptables utilisés par les Arméniens ?

Daniel HILAIRE

Lorsqu'elle est devenue indépendante, l'Arménie n'avait pas de référentiels comptables. De manière grossière, la comptabilité était une comptabilité publique. Il a donc fallu trouver rapidement un modèle comptable. Comme on partait de rien, il été décidé de s'appuyer sur les normes internationales : les normes IAS.

Les normes comptables en vigueur en Arménie sont donc largement calquées sur les normes IAS, ce qui a été une idée très ingénieuse. Aujourd'hui en effet, le passage aux normes IFRS est très facile en Arménie. Il semble même beaucoup plus aisé qu'en France ! Il est à noter que ceux qui demandent des comptes audités en Arménie se félicitent de disposer de comptes audités en normes internationales. En effet, la lecture des états financiers s'en trouve fortement facilitée.

De la salle

Il est dommage que l'État arménien n'ait aucune notion de marketing et qu'il ne soit pas en mesure de protéger les marques. Ce problème n'est pas cantonné à l'Arménie. Quoi qu'il en soit, les Gouvernements doivent comprendre que les marques doivent être protégées pour se développer. En Ukraine par exemple, les procédures de protection des marques sont bien meilleures qu'en Arménie.

Valérie ASSATRIAN

Je ne pense pas que ce problème soit cantonné à l'Arménie. Par ailleurs, le Gouvernement fait preuve d'une réelle volonté pour accorder aux marques une meilleure protection.

Jacques FLEURY

Si la volonté politique est réelle, je suis pour ma part tout à fait prêt à investir dans le secteur des biens de consommation arméniens. Dans le cas contraire, il est hors de question que je cours le risque de perdre à nouveau de fortes sommes d'argent, comme ce fut le cas il y a quelques années.

Jean-Paul LANFRANCHI

Je suis d'accord : les marques doivent être protégées. Dans ce domaine, les Gouvernements se doivent d'adopter une politique réellement volontariste.

La réalité des affaires en Azerbaïdjan

Cet atelier était présidé par Aymeri de MONTESQUIOU, Vice-Président du Groupe interparlementaire France - Caucase et son Excellence Roland BLATMANN, Ambassadeur de France en Azerbaïdjan.

Participaient à cet atelier :

Michel GELENINE, Chef de la Mission économique à Bakou ;

James HOGAN, Avocat Associé, Cabinet Salans ;

Jean JANUARD, Directeur Pétrole et Gaz Russie, Coordinateur projets énergétiques Caucase - Asie centrale, Groupe CIFAL ;

Jean-Paul LANFRANCHI, Directeur général, BIH, Groupe Castel ;

Jean-Claude NAWROT, Directeur général, Total E & P Azerbaïdjan BV.

Aymeri de MONTESQUIOU

L'Azerbaïdjan est un centre d'intérêt pour le Sénat, comme le sont les autres pays du Caucase. Le Président Poncelet, vous le savez, a pris l'initiative de réunir les Présidents des trois pays de la zone évoquée, il y a deux ans, à Versailles, rencontre qui faisait suite à deux précédentes en 1999 (à Versailles) puis 2001 (à Tbilissi).

C'est en Azerbaïdjan que les premiers puits de pétrole ont été forés. Ses infrastructures pétrolières, certes anciennes, ont été considérablement modernisées depuis l'indépendance. Le dispositif législatif et réglementaire a été revu, afin d'attirer les investissements étrangers. Aujourd'hui, les investissements étrangers y sont en très forte croissance (+ 76 %). Celle-ci est principalement le fait des majors pétrolières. En outre, le PIB a crû de manière spectaculaire, à hauteur de 11 % en 2004.

Les investissements français s'effectuent essentiellement dans le secteur parapétrolier. Les entreprises françaises parapétrolières, à l'instar de Technip par exemple, y ont « fait leur place ». Les entreprises agroalimentaires françaises se développent également. En effet, la hausse des investissements et la modernisation du dispositif légal constituent pour la France une excellente opportunité pour conduire des investissements en Azerbaïdjan.

Rappelons que les États-unis sont très présents dans ce pays, d'un point de vue économique d'une part et d'un point de vue militaire d'autre part. Il est à noter également que l'Azerbaïdjan souhaite se tourner davantage vers l'Union Européenne.

Par ailleurs, l'Azerbaïdjan souhaite accroître sa capacité d'exportation de pétrole et sa capacité de transit. A ce titre, elle a prévu de bâtir un nouveau pipe line. Cette démarche devrait générer, de toute évidence, un surplus d'activité en Azerbaïdjan et donc des opportunités d'investissements, principalement dans le secteur parapétrolier.

Roland BLATMANN

D'un point de vue politique, l'intérêt de la France pour l'Azerbaïdjan, indépendamment de toute question économique, commerciale ou culturelle, est évident : la région du Caucase-Sud doit connaître un développement pacifique et démocratique. Le développement du marché suppose que les autorités d'Azerbaïdjan accordent une attention particulière à la modernisation du dispositif légal, notamment pour favoriser les investissements étrangers. Elles doivent également se pencher sur les questions sociales et politiques.

Autour de l'Azerbaïdjan, s'est créé un contexte « révolutionnaire ». Il complique le développement de ce pays. Bien évidemment, pour que le développement soit au rendez-vous, il convient de régler le conflit existant entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan. Indépendamment de l'amitié qu'elle porte aux trois pays du Sud-Caucase, la France a la conviction de l'importance de son rôle dans ce cadre.

Nous jouons ce rôle dans le cadre du groupe de Minsk, chargé d'aider les deux parties à trouver une solution négociée et pacifique. La France a donc un rôle privilégié à jouer, non seulement d'un point de vue économique, mais aussi en tant que promoteur d'une solution négociée à un conflit et d'un développement démocratique.

Il est vrai que des situations de pauvreté persistent en Azerbaïdjan, toutefois, nettement moindre que dans d'autres pays pétroliers du monde. Quant aux futures élections, nous considérons qu'elles devront contribuer à la stabilité du pays et au renforcement de la démocratie. Quoi qu'il en soit, je pense que les autorités azerbaïdjanaises ont bien compris que leur salut passait par une telle voie.

La France compte donc être présente en Azerbaïdjan, tant sur le plan économique que sur le plan culturel. Dans ce cadre, un institut français a d'ailleurs récemment été inauguré. Par ailleurs, l'Azerbaïdjan est aujourd'hui à un tournant. En conséquence, ce pays va devoir emprunter résolument la voie de la démocratie. C'est pourquoi nous devons faire comprendre aux autorités de l'Azerbaïdjan et à l'opposition que le développement de la population passera par un développement de la démocratie.

Quelles sont les attentes de l'Union Européenne ? Depuis son indépendance, l'Azerbaïdjan cherche à trouver un équilibre entre plusieurs grandes puissances, comme la Russie, l'Iran ou la Turquie. Face à ces trois voisins et face aux États-unis, l'Azerbaïdjan peut voir en l'Union Européenne une alternative. Ce désir de se rapprocher des structures européennes est désormais une réalité. Aussi est-il important que la France continue à envoyer des signes positifs à ce pays. En conséquence, tous les chefs d'entreprise se rendant en Azerbaïdjan ne doivent pas oublier qu'ils sont les ambassadeurs de la France.

Michel GELENINE

Je souhaite formuler cinq remarques dans le cadre de mon propos. Pour ce qui est du secteur privé, je dois vous dire qu'il existe une classe d'entrepreneurs nouvelle. En outre, le Gouvernement est conscient de la nécessaire diversification de son économie, celle-ci ne devant pas se limiter à l'industrie pétrolière. Les couloirs énergétiques supposent des projets et des financements. L'argent est au rendez-vous, qu'il soit issu du fonds pétrolier, des banques privées, du Gouvernement...

Par ailleurs, le Président du Sénat a proposé aux trois pays de la zone évoquée une coopération en matière de tourisme et de valorisation du patrimoine. Ce secteur est tout à fait compatible, en effet, avec le concept de développement durable.

De la salle

Quid du lobbying exercé par les États-Unis ? Est-ce un lobbying économique ou politique ? Comment se manifeste-t-il ?

Roland BLATMANN

D'un point de vue politique, la situation est limpide, tout particulièrement depuis la réélection de George W. Bush. Ce dernier considère qu'il faut « démocratiser » certains États. En conséquence, il estime que tous les mouvements luttant pour l'établissement de la démocratie dans ces États doivent être soutenus. L'Azerbaïdjan ne fait pas exception à la règle, bien évidemment. Pour les Etats-Unis, il semble que tous les moyens soient bons pour conduire une telle politique.

Michel GELENINE

D'un point de vue économique, le Gouvernement américain a fortement milité pour la création de couloirs d'évacuation du pétrole Est-Ouest. Ce lobbying, très visible, a porté ses fruits. En ce qui concerne les ventes d'aéronefs, le lobbying du Gouvernement américain semble beaucoup moins efficace. Il a fonctionné une première fois et a abouti à la vente de plusieurs appareils. En revanche, il n'a pas fonctionné par la suite. En-dehors du secteur pétrolier, dans lequel le lobbying est fort, l'influence américaine est beaucoup moins forte.

Stéphane BOULET, CNCCEF, Responsable adjoint Service international et information

Qu'en est-il de l'influence de la Chine en Azerbaïdjan ?

Michel GELENINE

Nous constatons en effet une montée en puissance de la Chine, même s'il est très difficile d'en évaluer l'ampleur. Force est de constater que les échanges avec la Chine augmentent globalement. En outre, à moyen terme, l'Azerbaïdjan sera le passage obligé entre la Chine et l'Europe. Les voies de transport idoines sont prévues et sont déjà en construction. Notons également que les sociétés pétrolières chinoises sont présentes en Azerbaïdjan - et également en Géorgie - et investissent sur des projets onshore.

Jean JANUARD

En ce qui concerne le lobbying politique américain, il est certes présent en Azerbaïdjan. Toutefois, c'est le cas dans tous les pays de l'ex-URSS. Si ce lobbying vise la promotion de la démocratie, il vise aussi le renforcement de la présence et de l'influence américaine dans la région. Il est même parfois quelque peu tendancieux. Plus généralement, je dois dire que le lobbying américain en Azerbaïdjan est organisé de manière très intelligente. Cela a notamment été le cas pour la construction du pipe line BTC.

J'ai aussi récemment constaté que les industries pétrolières chinoises investissant en Azerbaïdjan « tiraient » avec elles nombre de sociétés parapétrolières chinoises, notamment sur des petites activités pointues mais indispensables : fabricants chinois de pipe-lines, foreurs chinois, spécialistes chinois en géophysique sont apparus dans la région, ce qui représente un fait totalement nouveau.

Bernadette DUCRET, ODIT France, International export

Le Sénat nous a confié une mission d'analyse du développement touristique des trois pays du Sud-Caucase. Certaines études ont d'ores et déjà été conduites, en Arménie tout particulièrement. En Azerbaïdjan et en Géorgie en revanche, nous n'avons pas encore mené de missions d'expertise. Je souhaite avoir l'avis des intervenants à ce titre.

Roland BLATMANN

Nous attendons cette mission d'analyse du développement touristique en Azerbaïdjan, dont le financement a été fourni par le Sénat. Au nom de l'Ambassade de France, je tiens à vous dire que nous sommes tout à fait prêts à vous présenter de premières pistes : elles peuvent concerner les complexes pétroliers (en activité ou désaffectés), des sites naturels, des sites historiques ou des villes étant de hauts lieux de culture.

Michel GELENINE

Nous vous attendons avec la plus grande impatience. Au-delà des premières idées qui viennent d'être données, je pense que certains villages de montagne sont dignes d'intérêt. Il existe en outre un projet de circuit touristique du pétrole, conduit par une ONG.

De la salle

Les groupes d'ores et déjà en place en Azerbaïdjan souhaitent-ils s'y développer plus largement ? Quid des nouveaux projets d'implantation d'entreprises françaises en Azerbaïdjan ?

Jean-Paul LANFRANCHI

Pour notre part, nous voulons nous développer davantage en Azerbaïdjan. Nous avons planté des ceps bordelais dans le Sud de l'Azerbaïdjan. Nous allons essayer de faire un vin avec la récolte, devant nous permettre d'attaquer les marchés avoisinants. Plus généralement, je dois dire que l'Azerbaïdjan donne la possibilité aux initiatives de voir le jour. Enfin, ce pays propose des interlocuteurs publics aux investisseurs privés.

Michel GELENINE

Je ne pense pas que nous verrons, en Azerbaïdjan, des projets du même type que ceux constatés au Turkménistan dans le domaine du BTP. Pour autant, des opportunités existent et des études seront conduites. En ce qui concerne le secteur automobile, il est à noter que Renault avait fait une étude sur l'Azerbaïdjan : elle n'a pas abouti. Signalons néanmoins que, en termes de ventes, la présence française s'accroît.

De la salle

Existe-t-il une stratégie commune, en matière d'énergie électrique, entre les trois pays du Caucase-Sud ?

Michel GELENINE

Il existe en effet une coopération régionale. Elle est cependant incomplète. S'agissant plus précisément de l'Azerbaïdjan, le Gouvernement a publié en mars un décret présidentiel approuvant un plan énergétique national.

Jean JANUARD

En ce qui concerne le tourisme, je souhaite apporter un témoignage personnel. J'ai vécu six ans en Azerbaïdjan et j'ai beaucoup voyagé. Toutefois, je ne pense pas avoir tout vu, loin de là ! Les richesses de ce pays, qu'elles soient naturelles, historiques ou culturelles, sont très nombreuses. En Azerbaïdjan, les sites à visiter ne manquent pas. En revanche, les infrastructures d'accueil sont encore peu nombreuses, vétustes, et tout particulièrement dans les campagnes. Les routes, quant à elles, sont souvent difficiles. Certes, des infrastructures se recréent. Cependant, elles sont le fruit d'initiatives privées. Elles sont donc de faible ampleur.

La réalité des affaires en Géorgie

Cet atelier était présidé par Michel GELENINE, Chef de la Mission économique à Bakou.

Participaient à cet atelier :

Jacques FLEURY, Président directeur général, Georgian Glass and Mineral Waters ;

James HOGAN, Avocat Associé, Cabinet Salans ;

Jean-Paul LANFRANCHI, Directeur général, BIH, Groupe Castel.

Michel GELENINE

Nous constatons, depuis un an et demi, que la situation de la Géorgie s'est améliorée. Le budget s'équilibre, les privatisations se déroulent correctement et des équipes jeunes se mettent en place. De plus, il existe une réelle volonté de s'insérer dans les grands projets régionaux, et notamment dans les couloirs énergétiques. La Géorgie n'ayant pas de ressources en hydrocarbure, elle développe plus rapidement que ses voisins ses autres secteurs d'activité. Je pense notamment à l'agroalimentaire, au secteur minier et, surtout, au secteur privé et au secteur bancaire. Ce dernier est de très grande qualité, ses pratiques étant proches de celles constatées en Occident. La Géorgie se relève donc, même si elle rencontre encore des difficultés, notamment en termes de respect de l'arsenal législatif et réglementaire. Quoi qu'il en soit, la situation évolue dans le bon sens.

James HOGAN

La Révolution des Roses représente une réelle opportunité pour les entreprises souhaitant s'implanter en Géorgie. En effet, le nouveau pouvoir en place a affiché une réelle volonté de lutter contre le favoritisme et la corruption.

Jacques FLEURY

La Géorgie avait la réputation d'être un pays corrompu. Toutefois, il est à noter que plusieurs entreprises aujourd'hui florissantes ont été créées dans le strict respect des lois. Je dois dire également que les règles bancaires y sont les plus strictes du monde : cela explique notamment l'importance du développement du secteur bancaire.

En outre, il faut signaler que certains investisseurs étrangers, qui avaient quitté la Géorgie après plusieurs années difficiles, sont prêts à y revenir. Pour ma part, j'ai décidé de conduire un investissement important dans le secteur viticole, qui présente de belles opportunités en Géorgie.

Un représentant de l'Agence de coopération pour l'Europe de la Mer

J'ai passé un contrat avec le port de Batoumi, nous permettant d'y conduire des investissements. A l'issu de ce premier contrat, qui s'est révélé satisfaisant, nous avons signé un second contrat visant à attirer les investisseurs autour d'un projet conçu en étroite relation avec le port de Batoumi. Ce projet visait à faire de ce port une plate-forme logistique et commerciale pour tout le Sud-Caucase, susceptible de recevoir des porte-conteneurs. Ce contrat devait porter sur la période 2004-2006. Toutefois, suite à des changements politiques survenus en mai 2004, nous ne savons pas s'il est encore d'actualité. N'est-il pas possible, dans l'intérêt bien compris de la partie française, des Etats de la région et de la Géorgie, de parvenir à la conclusion de ce contrat, ce qui permettrait d'attirer de nouveaux investisseurs internationaux ? Le port de Batoumi deviendrait alors une véritable porte d'entrée sur le Caucase-Sud.

Michel GELENINE

Le Gouvernement géorgien a décidé de privatiser récemment le port de Batoumi. Cette décision bouleverse le contexte du contrat auquel vous avez fait référence. En clair, tout dépendra de l'acheteur. Je pense que, dans les quelques mois à venir, nous aurons davantage d'informations à ce sujet. Signalons que les opérations de privatisation actuellement conduites en Géorgie sont conclues en quelques mois, ce qui permettra d'apporter rapidement des réponses à vos questions.

Pour ce qui est du tourisme, la Géorgie est dotée d'un patrimoine très intéressant, en termes de monastères, en termes de paysages, en termes d'églises mais aussi - ce qui est moins connu- en termes de forteresses. Celles-ci constituent un véritable réseau, réellement singulier. Les sports d'hiver ou le littoral de la Mer noire offrent d'autres opportunités.

Monsieur DEVIGNE

Je constate, à l'issue de ce colloque, que les propos tenus sont relativement optimistes ou, à défaut, prometteurs. Cela dit, les banques françaises hésitent encore à conduire des investissements en Géorgie.

Jean-Paul LANFRANCHI

Rappelons que les entreprises françaises ont connu, il y a quelques années, des difficultés particulièrement fortes en Géorgie. C'est pourquoi les banques françaises sont encore très frileuses. Cela dit, chacun doit prendre conscience des changements que le pays a connus. La Révolution des Roses a notamment induit des bouleversements considérables : la corruption est moindre et la justice rendue de bien meilleure qualité. L'Etat a compris qu'il devait défendre les intérêts des investisseurs locaux, ce qui n'était pas le cas auparavant. En outre, les trois pays du Caucase-Sud sont des pays attachants et chaleureux qui méritent d'être connus. Malheureusement, les banques françaises sont peu sensibles à ces questions et font, il est vrai, preuve d'une certaine frilosité.

Jacques FLEURY

Je partage ce point de vue : les banques sont très frileuses. De toute évidence néanmoins, elles se résoudront à investir dans les pays du Caucase-Sud. Les banques françaises, malheureusement, refusent d'investir dans des zones totalement normalisées et adoptent des stratégies de court terme. Cette logique n'est pas la bonne. En effet, il faut savoir réfléchir dans une optique de long terme et faire face aux difficultés sans quitter les pays connaissant parfois des remous. Ceux-ci vous sont reconnaissants, ensuite, de les avoir soutenus dans l'épreuve.

Michel GELENINE

Je peux vous dire, sans vous donner d'autres détails, que certaines banques s'intéressent de plus en plus au Caucase. Des frémissements sont à l'ordre du jour.

Michel PIQUET, BNP Paribas, Head of Export Finance Europe

Je ne pense pas qu'il soit possible d'affirmer que les entreprises françaises n'investissent que dans une logique de court terme. BNP Paribas est présente dans le financement de BTC. En outre, elle va signer, dès lundi à Bakou, une opération de 400 millions de dollars. Dans le domaine des infrastructures, elle est associée à des financements de long terme dans les infrastructures routières de l'Azerbaïdjan. Ainsi, les banques françaises ont des engagements significatifs dans plusieurs projets du Caucase. Peut-être pouvons-nous regretter leur manque de présence physique. Quoi qu'il en soit, elles sont bien présentes dans la région.

Jean-Paul LANFRANCHI

Les opérateurs français dans le Caucase éprouvent néanmoins des difficultés à rencontrer des interlocuteurs bancaires français. Le Caucase, malheureusement, n'est pas la seule zone concernée : nous constatons en effet le même phénomène en Afrique. Évidemment, en termes de financements, les banques françaises interviennent dans le Caucase. Toutefois il n'y a pas en Arménie, en Géorgie ou en Azerbaïdjan, d'interlocuteurs bancaires français.

Michel GELENINE

Les banques commencent à s'intéresser au risque corporate en Azerbaïdjan et en Arménie. Aujourd'hui, la question du bilan et des garanties se pose. Dès que le risque corporate est en jeu, des garanties, des bilans doivent inévitablement être présentés aux banques : ce point doit donc être pris en considération. Cela dit, une nouvelle classe d'entrepreneurs apparaît : ils savent présenter des bilans.

Jacques FLEURY

Nous n'avons pas accès à des financements Hermès ou COFACE à des taux intéressants. En Géorgie notamment, nous avons parfois davantage intérêt à traiter directement avec des banques nationales, car un double système de commission est appliqué aux financements européens auxquels je viens de faire référence.

Michel PIQUET, BNP Paribas

Je ne crois pas que des taux se surajoutent les uns aux autres, d'autant que cette question est très réglementée.

Jacques FLEURY

Je peux vous assurer que, malgré plusieurs tentatives, je n'ai pas réussi à obtenir des taux intéressants par le biais des systèmes de prêts européens.

Israfil AKHMEDOV, Ambassadeur de Géorgie en France

Pourquoi ne pas envisager d'implanter une ligne de TGV, reliant Bakou à la Mer Noire ? Cela permettrait de développer, notamment, le tourisme sur la Mer Noire.

Michel GELENINE

Construire une ligne de TGV est très onéreux : il faut refaire les voies, commander des rames, assurer un entretien constant.... Il s'agirait d'un investissement très lourd, qui, en outre, ne répondrait pas réellement à une demande : le nombre de passagers est très faible. Je pense que de tels projets, de toute façon, ne pourraient être soutenus uniquement par l'Azerbaïdjan ou la Géorgie. Ils devraient être portés par la BERD et la Banque mondiale.

De la salle

Cette idée de ligne de TGV est intéressante. Il est à noter, si nous nous appuyons sur l'exemple français, que les lignes de TGV ne sont pas rentables dès leur construction. Cela vaut d'ailleurs pour tous les grands projets d'infrastructures de transport.

De la salle

Air France dessert-il Bakou, Erevan et Tbilissi ?

Michel GELENINE

Dans le cadre de Skyteam, à laquelle appartient Air France, la compagnie tchèque CSK dessert ces trois villes.

De la salle

Force est de constater que la desserte est mieux assurée par British Airways et Lufthansa.

Michel GELENINE

Air France a noué une alliance avec ASAL, qui dessert le Caucase. Il faut bien avoir à l'esprit que se pose, pour Air France, la question du remplissage des avions. La clientèle des compagnies de transport, dans le Caucase, est essentiellement une clientèle pétrolière : elle souhaite avant tout rejoindre Londres et Aberdeen et choisit donc British Airways. La question de la rentabilité des vols se pose donc avec une certaine acuité pour Air France. Je pense qu'il est bon qu'Air France attende des conditions de rentabilité plus avantageuses avant de créer une ligne régulière avec le Caucase.

Synthèse rédigée en temps réel par la société Ubiqus Reporting France
www.ubiqus-reporting.fr/ 01 44 14 15 00