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Colloque sur la Hongrie



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Actes du colloque

« Hongrie : opportunités nouvelles et

fonds européens »

Jeudi 24 mars 2005

En présence de :
M. Christian PONCELET, Président du Sénat ;
M. Eric ELGHOZI, Directeur général adjoint, UBIFrance.

Sous l'égide de :
M. Robert DEL PICCHIA, Président du groupe interparlementaire du Sénat France-Hongrie.


Avec la participation de :
M. Janos KÓKA, Ministre de l'Économie et des Transports de Hongrie ;
M. François LOOS, Ministre délégué au Commerce extérieur ;
M. Patrick DEVEDJIAN, Ministre délégué à l'Industrie
S. Exc. M. André ERDÖS, Ambassadeur de Hongrie en France,
S. Exc. M. Philippe ZELLER, Ambassadeur de France en Hongrie.

Ouverture

Christian PONCELET
Président du Sénat

Monsieur le Président,

Messieurs les Ministres,

Messieurs les Ambassadeurs,

Chers collègues,

Mesdames et Messieurs,


Le Sénat est très fier et heureux d'accueillir aujourd'hui ce colloque sur la Hongrie, organisé en partenariat avec nos amis d'Ubifrance, d'autant qu'il s'agit aussi de la rencontre inaugurale de « L'année économique de la Hongrie en France ».

Je sais l'importance que nos amis hongrois attachent à cette manifestation, au point que plusieurs membres de leur Gouvernement sont spécialement venus en France pour y participer : je leur adresse mes plus vifs remerciements pour cette marque d'amitié, à laquelle le Sénat dans son ensemble est très sensible. Laissez-moi exprimer un salut particulier à mon ami Peter Medgyessy, représentant spécial du Premier ministre hongrois, et que j'avais eu l'honneur de recevoir à la Présidence il y a tout juste un an, alors que lui-même était encore à la tête du Gouvernement de son pays. C'est dire la densité et la constance des liens qui, de longue date, unissent notre assemblée à la Hongrie.

Comme vous le savez, la Hongrie, qui a rejoint l'Union européenne en mai 2004, avance à pas rapides sur la voie d'une pleine intégration économique. A tel point qu'elle pourrait, d'abord, entrer dans l'espace Schengen, ensuite, adopter l'Euro d'ici quelques années. Autant dire qu'aujourd'hui, nous n'allons pas traiter d'un pays étranger parmi d'autres, mais d'un vrai partenaire qui, bientôt, sera complètement associé à notre paysage économique.

Avant d'aborder le thème de la matinée, je tiens à saluer la contribution du Groupe d'amitié France-Hongrie, sous l'autorité éclairée de son président, Robert Del Picchia. Il oeuvre sans relâche au resserrement des liens franco-hongrois, et son groupe s'est investi avec beaucoup d'efficacité dans la préparation de cette rencontre. Une délégation du groupe devrait d'ailleurs se rendre en Hongrie en avril, pour y faire le point de nos relations économiques un an après son entrée dans l'Union européenne. A la suite de cette visite, M. Del Picchia remettra probablement un rapport et je m'efforcerai de demander l'inscription à l'ordre du jour du Sénat d'un débat sur l'évolution des relations entre la France et la Hongrie, en particulier sur le plan économique. La visite de M. Del Picchia précédera de peu ma venue à Budapest, où se tiendra les 7 et 8 mai la Conférence annuelle des présidents de parlement des pays membres de l'Union européenne.

Pour ce qui me concerne, je ne crois pas nécessaire d'insister sur les excellentes relations politiques franco-hongroises, notamment depuis les années 90, lorsque cet ancien « pays de l'Est », qui avait su très tôt marquer son indépendance d'esprit, a confirmé son choix de la libéralisation économique. La visite officielle à Budapest du Président Jacques Chirac en février dernier a bien montré l'unité de vues entre nos deux pays sur toutes les grandes questions, même si de légitimes différences d'appréciation peuvent apparaître sur tel ou tel sujet. Pour reprendre les propos du Chef de l'État devant le Parlement hongrois, « le partenariat entre la Hongrie et la France sert l'ambition européenne ».

Je partage ce point de vue et je suis, moi aussi, convaincu que la Hongrie représente une réelle « valeur ajoutée à l'Europe », comme titrait récemment un magazine économique proche d'Ubifrance et que - je le sais - beaucoup d'entre vous lisent régulièrement... Ce climat confiant trouve évidemment sa traduction en termes économiques, puisque les échanges franco-hongrois ne cessent de croître depuis une dizaine d'années. Je laisse aux spécialistes qui vont se succéder à la tribune toute la matinée le soin d'en détailler les contours, en rappelant seulement que le volume de nos exportations a été multiplié par 5 en moins de 10 ans et que nous arrivons désormais en 4ème ou 5ème position parmi les investisseurs étrangers en Hongrie.

Notre présence couvre tous les grands secteurs du marché hongrois, en particulier ceux où nos entreprises font traditionnellement preuve d'une forte compétitivité : l'industrie automobile, les transports ferroviaires, l'aéronautique, l'eau, la grande distribution ou l'hôtellerie, pour m'en tenir aux principaux. Nous devons une bonne part de ces succès à l'action persévérante de nos chambres de commerce - en particulier la dynamique Chambre de commerce franco-hongroise, dont plusieurs représentants sont parmi nous ce matin. Nous les devons aussi à l'implication enthousiaste de la communauté française en Hongrie. Le Président Chirac lui a d'ailleurs rendu un hommage appuyé auquel je m'associe d'autant plus volontiers que le Sénat est aussi le représentant des Français de l'Etranger. C'est une mission à laquelle M. Del Picchia et ses onze collègues sénateurs des Français établis hors de France s'emploient avec une énergie peu commune.

Reste que malgré de belles réussites, la France pourrait faire encore beaucoup plus et beaucoup mieux si l'on compare notre position avec celle, par exemple, de nos voisins allemands ou italiens. Je constate, à cet égard, qu'à la différence des grands groupes, les PMI et les PME françaises sont encore très loin d'avoir pénétré un marché où, pourtant, elles disposent d'atouts précieux et où les opportunités d'affaires sont nombreuses. J'ajoute que la Hongrie va bénéficier pendant encore une dizaine d'années de financements communautaires et internationaux considérables, faisant d'elle un client non seulement attractif, mais surtout très solvable ! Voilà un argument auquel nos entreprises ne devraient pas rester insensibles, dans le contexte encore incertain de la nouvelle donne économique qui va résulter de l'Europe à 25...

Certes, bien des questions demeurent en suspens, tant sur le plan politique que sur le plan économique. On pense, en particulier, aux conséquences encore mal mesurées d'une éventuelle libéralisation du marché des prestations de services, face à laquelle les pays de l'ancienne Europe de l'Est sont beaucoup mieux armés que nous.

Par ailleurs, les tensions aux marches de l'Europe communautaire soulèvent de légitimes inquiétudes : nos nouveaux partenaires seront-ils capables de contenir la pression migratoire en provenance de l'Est et les trafics de toutes sortes ? La Hongrie, pour ne citer qu'elle, a-t-elle les moyens d'assurer pour le compte de tous une vigilance renforcée aux frontières de l'Union européenne ? Je forme le voeu que des rencontres comme celle-ci se multiplient, car elles permettent d'élaborer de concert des réponses appropriées à toutes ces questions.

Avant de conclure, je voudrais insister sur l'affinité culturelle profonde qui unit de longue date nos deux peuples. Si les aléas de l'Histoire ont un peu distendu nos liens pendant la période communiste, nos échanges culturels ont repris avec intensité depuis, avec l'ouverture de l'Institut français de Budapest, l'implantation de cinq Alliances françaises, le Lycée français de Budapest ou encore l'organisation de filières francophones dans l'enseignement supérieur hongrois.

Dans ce domaine aussi, la France dispose en Hongrie d'un réel capital d'intérêt et d'amitié, dont l'ensemble de nos échanges devrait pouvoir bénéficier. Soyez convaincus que le Sénat soutiendra toutes les initiatives allant dans ce sens.

Je souhaite à tous un excellent, studieux et fructueux colloque, en espérant que vous garderez de votre passage au Sénat un bon souvenir, qui vous incitera à y revenir.

 

 

 

Eric ELGHOZI
Directeur général d'Ubifrance

 

 

 

Mesdames et Messieurs, bienvenue à cette manifestation qui marque l'inauguration de l'année économique de la Hongrie en France. De nombreuses régions ont déjà lancé des initiatives et la coopération entre le Sénat, l'Ambassade de France en Hongrie et l'Ambassade de Hongrie en France se renforce. La présence de Peter Medgyessy, ancien Premier ministre de Hongrie, celle de Janos Kóka, jeune Ministre de l'Economie ou encore celle de François Loos, qui nous rejoindra tout à l'heure, attestent de l'amitié que nous nous portons réciproquement.

Nous avons intitulé cette rencontre « Hongrie : opportunités nouvelles et fonds européens », dans l'idée de multiplier et renforcer les partenariats entre nos deux pays, grâce à des interventions d'experts et aux témoignages d'entreprises qui vont illustrer de façon très concrète les potentialités nouvelles que peut offrir la Hongrie aujourd'hui. Je laisse sans plus tarder la parole à Monsieur le Sénateur Robert Del Picchia.

Robert DEL PICCHIA
Sénateur, Président du Groupe interparlementaire France-Hongrie

Je suis particulièrement heureux d'intervenir devant vous à l'occasion de ce colloque qui revêt, à l'évidence, un grand intérêt pour les membres du Groupe sénatorial interparlementaire France-Hongrie, que j'ai l'honneur de présider, succédant dans cette fonction au ministre Gérard Larcher, que nos amis hongrois connaissent bien.

Le Groupe d'amitié France-Hongrie comprend aujourd'hui 32 membres. Fondé en 1975, il a cette année tout juste trente ans, ce qui témoigne de sa pérennité et de sa fidélité à ses principes fondateurs. L'événement d'aujourd'hui vient ponctuer de manière très heureuse cet anniversaire.

Notre Groupe entretient des relations d'information, de coopération et d'amitié avec les membres du Parlement hongrois. Il s'agit également de favoriser les relations diplomatiques entre nos deux pays et de renforcer le rôle économique et culturel de la France en Hongrie, tout en contribuant au développement de la coopération décentralisée.

C'est ainsi que, depuis sa création, notre Groupe a été amené à suivre particulièrement certains dossiers d'actualité : je pense à son implication dans le lancement de la construction du Lycée français de Budapest, lequel a été inauguré par le Président du Sénat, Christian Poncelet, à la participation du Groupe au Forum franco-hongrois des villes et des régions à Budapest ou au colloque sur le thème « Mille ans de relations franco-hongroises ». Il s'est également intéressé à la situation des Hongrois résidant hors des frontières du pays.

Ces dernières années, notre Groupe a été un observateur privilégié de l'évolution de la Hongrie vers son intégration dans l'Union européenne. De multiples entretiens avec des personnalités hongroises lui ont permis de s'informer régulièrement sur la situation politique, économique et sociale de la Hongrie. La période qui s'ouvre, avec cette fois la Hongrie au sein de l'Union européenne, ne rend pas moins utile l'action de notre groupe interparlementaire. Sa vocation à rapprocher nos deux pays dans tous les domaines reste entière.

Ce colloque, qui vient inaugurer « L'année de l'économie hongroise en France », témoigne du chemin parcouru, mais aussi des nouvelles ambitions au regard des relations entre nos deux pays. Quelques mois à peine après l'intégration, il doit permettre de mieux cerner les nouvelles priorités et de mettre en lumière de nouvelles opportunités. Dans ce nouveau contexte, notre Groupe aura un rôle important à jouer. L'action qui a été la sienne dans la période antérieure devra être mobilisée désormais au service de la montée en puissance de nos relations, que chacun appelle de ses voeux.

Les membres du Groupe sont convaincus de la nécessité de privilégier des réalisations concrètes et de s'inscrire dans la perspective d'un soutien aux échanges économiques. Les exemples encourageants de ce qui a été entrepris à l'échelon de leur région, leur département ou leur commune les confortent dans cette voie. Je rappelle d'ailleurs qu'à ce titre, ils ont été associés, en 2004, au Forum des collectivités territoriales, afin d'apprécier le rôle qu'est susceptible de jouer en Hongrie la coopération décentralisée.

Si je devais définir les missions prioritaires de notre Groupe, je dirais qu'il s'agit pour nous d'écouter pour bien connaître les besoins qui s'expriment de part et d'autre après l'intégration de la Hongrie dans l'Union européenne, ensuite de relayer l'information auprès des autorités et, enfin, de jouer un rôle d'impulsion et de persuasion pour permettre le succès de telle ou telle initiative.

Dans cette perspective, comme l'a annoncé le Président Christian Poncelet, une délégation de notre Groupe, que j'aurai le plaisir de conduire, se rendra en Hongrie dès le mois d'avril prochain Elle rencontrera nos collègues parlementaires. Ce sera aussi l'occasion pour elle de dialoguer avec des chefs d'entreprises françaises implantées dans le pays et d'apporter sa contribution au développement des échanges économiques entre la France et la Hongrie.

Je ne voudrais pas conclure sans dire ma reconnaissance au Président du Sénat, Christian Poncelet, pour le soutien qu'il apporte aux groupes interparlementaires en général et au développement de la diplomatie parlementaire en particulier, ainsi qu'aux Questeurs du Sénat, toujours attentifs à accorder aux groupes qui le souhaitent d'appréciables moyens d'intervention : grâce à eux, les groupes d'amitié peuvent pleinement jouer leur rôle d'information et d'échanges sur la scène internationale.

M. Peter MEDGYESSY
Ancien Premier ministre, Ambassadeur itinérant de Hongrie

Je suis heureux d'ouvrir ce colloque et d'inaugurer l'année économique de la Hongrie en France. Je représente ici le Premier ministre de notre pays, qui m'a chargé de vous transmettre ses amitiés et de vous faire part de sa conviction quant à l'importance du partenariat franco-hongrois, tant pour l'Europe que pour nos deux pays.

La Hongrie, en phase de modernisation sociale et économique, considère la France comme un acteur déterminant de la scène européenne et internationale, et comme un partenaire stratégique. Ceci s'illustre dans l'évolution des rapports bilatéraux, qui ont connu des avancées considérables depuis le début des années 90. Nous pouvons affirmer fièrement qu'un changement profond a eu lieu dans les rapports franco-hongrois. La France a su reconnaître l'importance de la situation en Europe centrale et nous avons su être réceptifs à cette attention portée sur nous. Les relations économiques, de plus en plus étroites, et le volume des investissements français en Hongrie (près d'un euro sur dix provient de la France) renforcent de façon déterminante et à long terme nos relations.

L'entrée de la Hongrie dans l'Union européenne, en mai dernier, est porteuse d'une attention politique, économique et mutuelle accrue. Le Président Chirac a d'ailleurs fait part de son soutien pour faire de l'année 2005 l'année économique de la Hongrie en France. Cette initiative constitue une première, tant pour la France que pour la Hongrie. Les manifestations officielles prévues dans ce cadre s'inscrivent parfaitement dans le prolongement des efforts déjà engagés par la France pour le développement économique et social de la Hongrie.

Un outil indispensable pour le renforcement des coopérations entre la France et la Hongrie réside dans l'exploitation des opportunités déjà identifiées par nos régions respectives. Actuellement, plus de cinquante actions de coopération inter-régionales sont en cours entre nos deux pays. Il est également très important de mesurer à sa juste valeur la force latente de nos entreprises moyennes. Nombreuses sont celles qui sont leader dans leur domaine d'activité, et qui recherchent davantage d'ouverture, avec le large soutien des responsables politiques. Nous sommes prêts à leur porter assistance, car nous considérons qu'aux côtés des grandes sociétés, déjà présentes en Hongrie, la présence de structures de taille moyenne constitue un gage de solides et profondes relations commerciales, inscrites dans la durée. Notre but est de voir renforcée la présence des entreprises françaises de taille moyenne en Hongrie, notamment grâce aux efforts des réseaux consulaires et des organismes travaillant pour le commerce extérieur. L'année économique de la Hongrie en France donne un nouvel élan à cette volonté.

La stabilité de l'économie hongroise et la poursuite d'un cheminement régulier du pays sur le sentier de la croissance constituent bien sûr des conditions sine qua non de la poursuite de ces bons résultats. La Hongrie connaît actuellement une croissance annuelle d'environ 4 %, soit le double de la moyenne des pays de l'Union européenne. Les prévisions de croissance pour l'année 2005 tablent une nouvelle fois sur un taux de croissance de 4 %. Le taux de chômage de notre pays s'établit à 6 % et l'inflation recule, pour s'établir probablement en fin d'année entre 3,5 % et 3,7 %. La dette publique représente 57 % du PIB hongrois, ce qui est conforme aux critères de Maastricht. Enfin, le déficit budgétaire hongrois, s'il peut être considéré comme élevé (à 4,5 % du PIB en 2004), devrait être en diminution en 2005. Il faut constater en tout cas que les investissements privés et l'exportation constituent le moteur de l'économie hongroise, de façon tout à fait saine pour son évolution. A mon sens, il est aujourd'hui permis d'envisager une entrée de la Hongrie dans la zone Euro à l'horizon 2008 à 2010.

La Hongrie mise aujourd'hui sur la recherche et se positionne comme un pays dont la matière grise et les compétences peuvent être les vecteurs d'une production à forte valeur ajoutée. La main-d'oeuvre bon marché qui s'offre en Roumanie, en Slovaquie, en Chine ou ailleurs, constitue en effet un défi auquel nous ne pouvons répondre qu'en offrant une haute valeur ajoutée. Nous considérons que l'entrée de pays comme la Hongrie dans l'Union européenne peut susciter un nouvel essor, et être porteuse de changements courageux dans toute l'Europe. Or il me paraît important de dire que l'Europe a besoin de ce courage : des changements importants sont à promouvoir, et l'arrivée de pays tels que la Hongrie peut jouer le rôle de catalyseur.

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