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Colloque sur la Hongrie



Table des matières


 Actes du colloque

 « Hongrie : opportunités nouvelles et
fonds européens »

Jeudi 24 mars 2005

En présence de :
M. Christian PONCELET, Président du Sénat ;
M. Eric ELGHOZI, Directeur général adjoint, UBIFrance.

Sous l'égide de :
M. Robert DEL PICCHIA, Président du groupe interparlementaire du Sénat France-Hongrie.


Avec la participation de :
M. Peter MEDGYESSY, Ancien Premier ministre, Ambassadeur itinérant de Hongrie ;
M. Janos KÓKA, Ministre de l'Économie et des Transports de Hongrie ;
M. François LOOS, Ministre délégué au Commerce extérieur ;
M. Patrick DEVEDJIAN, Ministre délégué à l'Industrie ;
S. Exc. M. André ERDÖS, Ambassadeur de Hongrie en France ;
S. Exc. M. Philippe ZELLER, Ambassadeur de France en Hongrie.

Ouverture

Christian PONCELET
Président du Sénat

Monsieur le Président,
Messieurs les Ministres,
Messieurs les Ambassadeurs,
Chers collègues,
Mesdames et Messieurs,

Le Sénat est très fier et heureux d'accueillir aujourd'hui ce colloque sur la Hongrie, organisé en partenariat avec nos amis d'Ubifrance, d'autant qu'il s'agit aussi de la rencontre inaugurale de « L'année économique de la Hongrie en France ».

Je sais l'importance que nos amis hongrois attachent à cette manifestation, au point que plusieurs membres de leur Gouvernement sont spécialement venus en France pour y participer : je leur adresse mes plus vifs remerciements pour cette marque d'amitié, à laquelle le Sénat dans son ensemble est très sensible. Laissez-moi exprimer un salut particulier à mon ami Peter Medgyessy, représentant spécial du Premier ministre hongrois, et que j'avais eu l'honneur de recevoir à la Présidence il y a tout juste un an, alors que lui-même était encore à la tête du Gouvernement de son pays. C'est dire la densité et la constance des liens qui, de longue date, unissent notre assemblée à la Hongrie.

Comme vous le savez, la Hongrie, qui a rejoint l'Union européenne en mai 2004, avance à pas rapides sur la voie d'une pleine intégration économique. A tel point qu'elle pourrait, d'abord, entrer dans l'espace Schengen, ensuite, adopter l'Euro d'ici quelques années. Autant dire qu'aujourd'hui, nous n'allons pas traiter d'un pays étranger parmi d'autres, mais d'un vrai partenaire qui, bientôt, sera complètement associé à notre paysage économique.

Avant d'aborder le thème de la matinée, je tiens à saluer la contribution du Groupe d'amitié France-Hongrie, sous l'autorité éclairée de son président, Robert Del Picchia. Il oeuvre sans relâche au resserrement des liens franco-hongrois, et son groupe s'est investi avec beaucoup d'efficacité dans la préparation de cette rencontre. Une délégation du groupe devrait d'ailleurs se rendre en Hongrie en avril, pour y faire le point de nos relations économiques un an après son entrée dans l'Union européenne. A la suite de cette visite, M. Del Picchia remettra probablement un rapport et je m'efforcerai de demander l'inscription à l'ordre du jour du Sénat d'un débat sur l'évolution des relations entre la France et la Hongrie, en particulier sur le plan économique. La visite de M. Del Picchia précédera de peu ma venue à Budapest, où se tiendra les 7 et 8 mai la Conférence annuelle des présidents de parlement des pays membres de l'Union européenne.

Pour ce qui me concerne, je ne crois pas nécessaire d'insister sur les excellentes relations politiques franco-hongroises, notamment depuis les années 90, lorsque cet ancien « pays de l'Est », qui avait su très tôt marquer son indépendance d'esprit, a confirmé son choix de la libéralisation économique. La visite officielle à Budapest du Président Jacques Chirac en février dernier a bien montré l'unité de vues entre nos deux pays sur toutes les grandes questions, même si de légitimes différences d'appréciation peuvent apparaître sur tel ou tel sujet. Pour reprendre les propos du Chef de l'État devant le Parlement hongrois, « le partenariat entre la Hongrie et la France sert l'ambition européenne ».

Je partage ce point de vue et je suis, moi aussi, convaincu que la Hongrie représente une réelle « valeur ajoutée à l'Europe », comme titrait récemment un magazine économique proche d'Ubifrance et que - je le sais - beaucoup d'entre vous lisent régulièrement... Ce climat confiant trouve évidemment sa traduction en termes économiques, puisque les échanges franco-hongrois ne cessent de croître depuis une dizaine d'années. Je laisse aux spécialistes qui vont se succéder à la tribune toute la matinée le soin d'en détailler les contours, en rappelant seulement que le volume de nos exportations a été multiplié par 5 en moins de 10 ans et que nous arrivons désormais en 4ème ou 5ème position parmi les investisseurs étrangers en Hongrie.

Notre présence couvre tous les grands secteurs du marché hongrois, en particulier ceux où nos entreprises font traditionnellement preuve d'une forte compétitivité : l'industrie automobile, les transports ferroviaires, l'aéronautique, l'eau, la grande distribution ou l'hôtellerie, pour m'en tenir aux principaux. Nous devons une bonne part de ces succès à l'action persévérante de nos chambres de commerce - en particulier la dynamique Chambre de commerce franco-hongroise, dont plusieurs représentants sont parmi nous ce matin. Nous les devons aussi à l'implication enthousiaste de la communauté française en Hongrie. Le Président Chirac lui a d'ailleurs rendu un hommage appuyé auquel je m'associe d'autant plus volontiers que le Sénat est aussi le représentant des Français de l'Etranger. C'est une mission à laquelle M. Del Picchia et ses onze collègues sénateurs des Français établis hors de France s'emploient avec une énergie peu commune.

Reste que malgré de belles réussites, la France pourrait faire encore beaucoup plus et beaucoup mieux si l'on compare notre position avec celle, par exemple, de nos voisins allemands ou italiens. Je constate, à cet égard, qu'à la différence des grands groupes, les PMI et les PME françaises sont encore très loin d'avoir pénétré un marché où, pourtant, elles disposent d'atouts précieux et où les opportunités d'affaires sont nombreuses. J'ajoute que la Hongrie va bénéficier pendant encore une dizaine d'années de financements communautaires et internationaux considérables, faisant d'elle un client non seulement attractif, mais surtout très solvable ! Voilà un argument auquel nos entreprises ne devraient pas rester insensibles, dans le contexte encore incertain de la nouvelle donne économique qui va résulter de l'Europe à 25...

Certes, bien des questions demeurent en suspens, tant sur le plan politique que sur le plan économique. On pense, en particulier, aux conséquences encore mal mesurées d'une éventuelle libéralisation du marché des prestations de services, face à laquelle les pays de l'ancienne Europe de l'Est sont beaucoup mieux armés que nous.

Par ailleurs, les tensions aux marches de l'Europe communautaire soulèvent de légitimes inquiétudes : nos nouveaux partenaires seront-ils capables de contenir la pression migratoire en provenance de l'Est et les trafics de toutes sortes ? La Hongrie, pour ne citer qu'elle, a-t-elle les moyens d'assurer pour le compte de tous une vigilance renforcée aux frontières de l'Union européenne ? Je forme le voeu que des rencontres comme celle-ci se multiplient, car elles permettent d'élaborer de concert des réponses appropriées à toutes ces questions.

Avant de conclure, je voudrais insister sur l'affinité culturelle profonde qui unit de longue date nos deux peuples. Si les aléas de l'Histoire ont un peu distendu nos liens pendant la période communiste, nos échanges culturels ont repris avec intensité depuis, avec l'ouverture de l'Institut français de Budapest, l'implantation de cinq Alliances françaises, le Lycée français de Budapest ou encore l'organisation de filières francophones dans l'enseignement supérieur hongrois.

Dans ce domaine aussi, la France dispose en Hongrie d'un réel capital d'intérêt et d'amitié, dont l'ensemble de nos échanges devrait pouvoir bénéficier. Soyez convaincus que le Sénat soutiendra toutes les initiatives allant dans ce sens.

Je souhaite à tous un excellent, studieux et fructueux colloque, en espérant que vous garderez de votre passage au Sénat un bon souvenir, qui vous incitera à y revenir.

 

 

 

 Eric ELGHOZI
Directeur général d'Ubifrance

 

 

 

Mesdames et Messieurs, bienvenue à cette manifestation qui marque l'inauguration de l'année économique de la Hongrie en France. De nombreuses régions ont déjà lancé des initiatives et la coopération entre le Sénat, l'Ambassade de France en Hongrie et l'Ambassade de Hongrie en France se renforce. La présence de Peter Medgyessy, ancien Premier ministre de Hongrie, celle de Janos Kóka, jeune Ministre de l'Economie ou encore celle de François Loos, qui nous rejoindra tout à l'heure, attestent de l'amitié que nous nous portons réciproquement.

Nous avons intitulé cette rencontre « Hongrie : opportunités nouvelles et fonds européens », dans l'idée de multiplier et renforcer les partenariats entre nos deux pays, grâce à des interventions d'experts et aux témoignages d'entreprises qui vont illustrer de façon très concrète les potentialités nouvelles que peut offrir la Hongrie aujourd'hui. Je laisse sans plus tarder la parole à Monsieur le Sénateur Robert Del Picchia.

Robert DEL PICCHIA
Sénateur, Président du Groupe interparlementaire France-Hongrie

Je suis particulièrement heureux d'intervenir devant vous à l'occasion de ce colloque qui revêt, à l'évidence, un grand intérêt pour les membres du Groupe sénatorial interparlementaire France-Hongrie, que j'ai l'honneur de présider, succédant dans cette fonction au ministre Gérard Larcher, que nos amis hongrois connaissent bien.

Le Groupe d'amitié France-Hongrie comprend aujourd'hui 32 membres. Fondé en 1975, il a cette année tout juste trente ans, ce qui témoigne de sa pérennité et de sa fidélité à ses principes fondateurs. L'événement d'aujourd'hui vient ponctuer de manière très heureuse cet anniversaire.

Notre Groupe entretient des relations d'information, de coopération et d'amitié avec les membres du Parlement hongrois. Il s'agit également de favoriser les relations diplomatiques entre nos deux pays et de renforcer le rôle économique et culturel de la France en Hongrie, tout en contribuant au développement de la coopération décentralisée.

C'est ainsi que, depuis sa création, notre Groupe a été amené à suivre particulièrement certains dossiers d'actualité : je pense à son implication dans le lancement de la construction du Lycée français de Budapest, lequel a été inauguré par le Président du Sénat, Christian Poncelet, à la participation du Groupe au Forum franco-hongrois des villes et des régions à Budapest ou au colloque sur le thème « Mille ans de relations franco-hongroises ». Il s'est également intéressé à la situation des Hongrois résidant hors des frontières du pays.

Ces dernières années, notre Groupe a été un observateur privilégié de l'évolution de la Hongrie vers son intégration dans l'Union européenne. De multiples entretiens avec des personnalités hongroises lui ont permis de s'informer régulièrement sur la situation politique, économique et sociale de la Hongrie. La période qui s'ouvre, avec cette fois la Hongrie au sein de l'Union européenne, ne rend pas moins utile l'action de notre groupe interparlementaire. Sa vocation à rapprocher nos deux pays dans tous les domaines reste entière.

Ce colloque, qui vient inaugurer « L'année de l'économie hongroise en France », témoigne du chemin parcouru, mais aussi des nouvelles ambitions au regard des relations entre nos deux pays. Quelques mois à peine après l'intégration, il doit permettre de mieux cerner les nouvelles priorités et de mettre en lumière de nouvelles opportunités. Dans ce nouveau contexte, notre Groupe aura un rôle important à jouer. L'action qui a été la sienne dans la période antérieure devra être mobilisée désormais au service de la montée en puissance de nos relations, que chacun appelle de ses voeux.

Les membres du Groupe sont convaincus de la nécessité de privilégier des réalisations concrètes et de s'inscrire dans la perspective d'un soutien aux échanges économiques. Les exemples encourageants de ce qui a été entrepris à l'échelon de leur région, leur département ou leur commune les confortent dans cette voie. Je rappelle d'ailleurs qu'à ce titre, ils ont été associés, en 2004, au Forum des collectivités territoriales, afin d'apprécier le rôle qu'est susceptible de jouer en Hongrie la coopération décentralisée.

Si je devais définir les missions prioritaires de notre Groupe, je dirais qu'il s'agit pour nous d'écouter pour bien connaître les besoins qui s'expriment de part et d'autre après l'intégration de la Hongrie dans l'Union européenne, ensuite de relayer l'information auprès des autorités et, enfin, de jouer un rôle d'impulsion et de persuasion pour permettre le succès de telle ou telle initiative.

Dans cette perspective, comme l'a annoncé le Président Christian Poncelet, une délégation de notre Groupe, que j'aurai le plaisir de conduire, se rendra en Hongrie dès le mois d'avril prochain Elle rencontrera nos collègues parlementaires. Ce sera aussi l'occasion pour elle de dialoguer avec des chefs d'entreprises françaises implantées dans le pays et d'apporter sa contribution au développement des échanges économiques entre la France et la Hongrie.

Je ne voudrais pas conclure sans dire ma reconnaissance au Président du Sénat, Christian Poncelet, pour le soutien qu'il apporte aux groupes interparlementaires en général et au développement de la diplomatie parlementaire en particulier, ainsi qu'aux Questeurs du Sénat, toujours attentifs à accorder aux groupes qui le souhaitent d'appréciables moyens d'intervention : grâce à eux, les groupes d'amitié peuvent pleinement jouer leur rôle d'information et d'échanges sur la scène internationale.

M. Peter MEDGYESSY
Ancien Premier ministre, Ambassadeur itinérant de Hongrie

Je suis heureux d'ouvrir ce colloque et d'inaugurer l'année économique de la Hongrie en France. Je représente ici le Premier ministre de notre pays, qui m'a chargé de vous transmettre ses amitiés et de vous faire part de sa conviction quant à l'importance du partenariat franco-hongrois, tant pour l'Europe que pour nos deux pays.

La Hongrie, en phase de modernisation sociale et économique, considère la France comme un acteur déterminant de la scène européenne et internationale, et comme un partenaire stratégique. Ceci s'illustre dans l'évolution des rapports bilatéraux, qui ont connu des avancées considérables depuis le début des années 90. Nous pouvons affirmer fièrement qu'un changement profond a eu lieu dans les rapports franco-hongrois. La France a su reconnaître l'importance de la situation en Europe centrale et nous avons su être réceptifs à cette attention portée sur nous. Les relations économiques, de plus en plus étroites, et le volume des investissements français en Hongrie (près d'un euro sur dix provient de la France) renforcent de façon déterminante et à long terme nos relations.

L'entrée de la Hongrie dans l'Union européenne, en mai dernier, est porteuse d'une attention politique, économique et mutuelle accrue. Le Président Chirac a d'ailleurs fait part de son soutien pour faire de l'année 2005 l'année économique de la Hongrie en France. Cette initiative constitue une première, tant pour la France que pour la Hongrie. Les manifestations officielles prévues dans ce cadre s'inscrivent parfaitement dans le prolongement des efforts déjà engagés par la France pour le développement économique et social de la Hongrie.

Un outil indispensable pour le renforcement des coopérations entre la France et la Hongrie réside dans l'exploitation des opportunités déjà identifiées par nos régions respectives. Actuellement, plus de cinquante actions de coopération inter-régionales sont en cours entre nos deux pays. Il est également très important de mesurer à sa juste valeur la force latente de nos entreprises moyennes. Nombreuses sont celles qui sont leader dans leur domaine d'activité, et qui recherchent davantage d'ouverture, avec le large soutien des responsables politiques. Nous sommes prêts à leur porter assistance, car nous considérons qu'aux côtés des grandes sociétés, déjà présentes en Hongrie, la présence de structures de taille moyenne constitue un gage de solides et profondes relations commerciales, inscrites dans la durée. Notre but est de voir renforcée la présence des entreprises françaises de taille moyenne en Hongrie, notamment grâce aux efforts des réseaux consulaires et des organismes travaillant pour le commerce extérieur. L'année économique de la Hongrie en France donne un nouvel élan à cette volonté.

La stabilité de l'économie hongroise et la poursuite d'un cheminement régulier du pays sur le sentier de la croissance constituent bien sûr des conditions sine qua non de la poursuite de ces bons résultats. La Hongrie connaît actuellement une croissance annuelle d'environ 4 %, soit le double de la moyenne des pays de l'Union européenne. Les prévisions de croissance pour l'année 2005 tablent une nouvelle fois sur un taux de croissance de 4 %. Le taux de chômage de notre pays s'établit à 6 % et l'inflation recule, pour s'établir probablement en fin d'année entre 3,5 % et 3,7 %. La dette publique représente 57 % du PIB hongrois, ce qui est conforme aux critères de Maastricht. Enfin, le déficit budgétaire hongrois, s'il peut être considéré comme élevé (à 4,5 % du PIB en 2004), devrait être en diminution en 2005. Il faut constater en tout cas que les investissements privés et l'exportation constituent le moteur de l'économie hongroise, de façon tout à fait saine pour son évolution. A mon sens, il est aujourd'hui permis d'envisager une entrée de la Hongrie dans la zone Euro à l'horizon 2008 à 2010.

La Hongrie mise aujourd'hui sur la recherche et se positionne comme un pays dont la matière grise et les compétences peuvent être les vecteurs d'une production à forte valeur ajoutée. La main-d'oeuvre bon marché qui s'offre en Roumanie, en Slovaquie, en Chine ou ailleurs, constitue en effet un défi auquel nous ne pouvons répondre qu'en offrant une haute valeur ajoutée. Nous considérons que l'entrée de pays comme la Hongrie dans l'Union européenne peut susciter un nouvel essor, et être porteuse de changements courageux dans toute l'Europe. Or il me paraît important de dire que l'Europe a besoin de ce courage : des changements importants sont à promouvoir, et l'arrivée de pays tels que la Hongrie peut jouer le rôle de catalyseur.

La Hongrie parmi les nouveaux membres de l'Union européenne

· Jean-Pierre PAGE, consultant au CERI-Sciences Po, Directeur du Groupe International de Recherche sur l'Europe Centrale et Orientale (GIRECO), Directeur de la publication « Tableau de bord des pays d'Europe centrale et orientale »

· Liliane PETROVIC, Economiste, CEMI (EHESS), membre du GIRECO, membre de l'équipe du « Tableau de bord des pays d'Europe centrale et orientale »

· Olivier LOUIS, chef de la Mission économique pour l'élargissement.

I. Le parcours de la Hongrie dans la transition : un examen comparé

Jean-Pierre PAGE

Le parcours de la Hongrie, dans la transition, est à bien des égards original. J'insiste d'abord sur un point : ce parcours a bénéficié du fait d'avoir été préparé très tôt, dès la période communiste. C'est en effet à partir de 1968 que la Hongrie a accompli sa révolution économique, avec la mise en place de nouveaux mécanismes. Ceux-ci s'articulaient en trois points : l'abandon de la planification centralisée pour laisser de l'autonomie aux entreprises (pouvant allouer leurs ressources en fonction de la demande) ; l'amorce d'un système d'intéressement des dirigeants et salariés aux résultats de l'entreprise ; enfin, la mise en place d'un nouveau système de formation des prix.

On se rend compte également qu'à la veille de la chute du Mur de Berlin, la Hongrie disposait déjà d'un contexte institutionnel, au sens large, déjà très propice au passage à l'économie de marché (contrairement à la Russie, par exemple). Ce pays a ainsi pu aborder la transition dans de bonnes conditions, et il l'a fait avec prudence : il n'y a pas eu de « thérapie de choc » mais un programme très progressif de réduction de la dépense publique. Si la Hongrie a connu des difficultés budgétaires au cours des années 90 (en particulier en 1995-1996), c'est surtout parce qu'elle traînait le boulet d'un très grand endettement. Depuis lors, elle a retrouvé une croissance régulière, oscillant entre 3 et 5 % par an, satisfaisante et relativement soutenable. En outre, sa performance industrielle est remarquable et elle a réussi à dégager un excédent commercial dans ses relations avec l'Europe des Quinze depuis 1998.

Dans son souci de rééquilibrage, la Hongrie a toujours fait preuve de prudence. Elle n'a pas cherché à réduire brutalement l'inflation et a sans doute eu raison en cela. Elle n'a pas non plus cherché à stabiliser coûte que coûte le taux de change de sa monnaie. Elle a enfin évité l'écueil de la privatisation de masse. La conduite des réformes, en outre, a toujours été marquée par la recherche du compromis social et de la légitimité politique, ce que l'on peut saluer.

Les années 2001-2002, marquées par la hausse des salaires et des déficits publics, ont été plus difficiles mais doivent être vues comme un rattrapage nécessaire, après des années au cours desquelles la priorité avait été donnée aux performances industrielles. Toute une partie de l'industrie hongroise a été modernisée mais se trouve aujourd'hui sous contrôle étranger (Belgique, Irlande ou Slovaquie), du fait de la place importante qu'ont pris les investisseurs étrangers dans ce processus de modernisation. De fait, la Hongrie a joué pleinement le jeu de la mondialisation, quitte à perdre une partie de sa souveraineté.

Le principal défi de ce pays, aujourd'hui, est d'ordre social : il devra prendre garde à ce que les inégalités - sociales et en termes d'aménagement du territoire - non seulement ne se creusent pas, mais se résorbent. Au-delà de cet enjeu, le parcours de la Hongrie peut être considéré globalement comme l'un des plus réussis, et notamment exempt d'à-coups, que de nombreux autres pays ont subis.

II. La situation économique de la Hongrie aujourd'hui

Liliane PETROVIC

Monsieur Medgyessy a déjà évoqué le contexte et les perspectives de la situation économique hongroise. J'ai cependant relevé une légère divergence de vue au regard du panorama qu'il a dressé pour la période récente. En effet, les investissements ont certes tiré la croissance hongroise, mais les exportations ont eu une contribution négative à la croissance, selon les données dont nous disposons. La consommation privée, en revanche, a contribué à la croissance du PIB de la Hongrie. La Banque centrale et le Gouvernement continuent d'ailleurs, de leur côté, d'interpréter différemment la situation économique du pays. Depuis la crise qu'a connue la Hongrie en 2003, la Banque centrale maintient des taux d'intérêt élevés, tandis que le taux de base a été ramené graduellement à 8,25 %. Le Gouvernement, lui, considère que l'import-export pénalise les exportations hongroises, notamment celles des petites entreprises. La hausse des importations hongroises s'est montrée assez robuste, à + 14 % en euros, mais est demeurée inférieure à la moyenne des pays d'Europe centrale et orientale .

Le Gouvernement considère que la politique de désinflation, pour réussir, doit contribuer à une croissance plus dynamique et mieux tirée par les exportations, synonymes de ressources budgétaires plus élevées - accélérant ainsi le processus d'assainissement des finances publiques. Celles-ci se trouvent en effet dans une situation délicate, avec un déficit révisé à la hausse à deux reprises, pour atteindre 5,3 % du PIB fin 2004. Un autre problème réside dans le déficit de la balance des paiements, qui atteint près de 9 % du PIB. Les prévisions pour l'année 2005 sont plus favorables, ce déficit devant être ramené à près de 7,5 %. Du côté de la politique monétaire, le Conseil monétaire de la Banque centrale a été élargi par la loi, malgré l'opposition du Président de la République et du Gouverneur de la Banque centrale, et ce pour une période de six ans. Aux yeux des observateurs, ces nouveaux membres ne se laisseront pas influencer par le jeu des partis politiques hongrois.

Enfin, il convient de dire un mot des salaires, dont le montant moyen était de 580 euros en 2004. La hausse des salaires a même affiché un taux négatif en 2004. Ils devraient logiquement croître en 2005, d'environ 5 %, après la hausse amorcée dans le secteur public dès le mois de janvier dernier.

Robert DEL PICCHIA

Quand la Hongrie pourra-t-elle entrer dans la zone Euro ?

Olivier LOUIS

Les nouveaux pays membres de l'Union européenne ont obligation d'adopter l'euro. Pour entrer dans la zone euro, il convient de satisfaire aux critères de Maastricht, qui sont au nombre de six :

· le déficit budgétaire, qui ne doit pas dépasser 3 % du PIB ;

· le niveau d'endettement public, qui ne doit pas dépasser 60 % ;

· le taux d'inflation, qui ne doit excéder de 1,5 % le taux d'inflation moyen des trois pays les plus performants de la zone pour une période de référence considérée ;

· les taux d'intérêt sur obligations d'Etat à dix ans, qui ne doivent dépasser de 2 % ceux des pays les plus performants de la zone Euro ;

· l'adhésion au mécanisme de change européen n° 2, durant au moins deux années avant l'entrée dans la zone ;

· la conformité avec l'acquis communautaire, du point de vue de la législation, en particulier quant au rôle et aux prérogatives de la Banque centrale (point sur lequel la Hongrie n'est pas tout à fait conforme aux dispositions prévues).

On constate pour le moment que la Hongrie ne satisfait qu'à un seul critère des fixés aujourd'hui : celui de l'endettement public. Que faut-il faire pour que ce pays se conforme davantage à ces critères ? Un programme de convergence, soumis au Conseil EcoFin il y a quelques jours, a été adopté. Il prévoit la réduction du déficit budgétaire (de sorte que celui-ci soit inférieur à 2,8 % du PIB en 2008). Ce programme table aussi sur un taux de croissance élevé, qui atteindrait 4,6 % en 2008. Il prévoit enfin que l'endettement public soit ramené progressivement vers le niveau de 45 % du PIB. Ce programme pourra-t-il être réalisé ? Il exige en tout cas des efforts budgétaires considérables et très ambitieux.

Robert DEL PICCHIA

La marge de variation de la monnaie hongroise, qui doit précéder son entrée dans la zone euro, ne risque-t-elle pas créer de fortes spéculations autour de cette monnaie ?

Olivier LOUIS

La monnaie hongroise a déjà été fortement secouée, dans le prolongement d'une tradition de volatilité du florin. Mais sous réserve que des politiques cohérentes soient menées, je crois que la perspective de l'entrée dans l'Union européenne constitue plutôt un facteur de stabilité de la monnaie.

Les nouveaux financements communautaires en Hongrie : quelles opportunités pour les opérateurs français ?

Pierre VERNHES
Conseiller commercial, responsable de la Cellule Entreprises et Coopération,
Représentation permanente de la France auprès de l'Union européenne

Le cinquième élargissement de l'Union européenne, intervenu en mai 2004, se caractérise par plusieurs spécificités : un nombre important de pays entrant (dix), mais surtout un écart de richesse élevé entre les nouveaux entrants (dont le PIB représente, au total, l'équivalent de celui des Pays-Bas) et les anciens Etats membres. C'est dans ce contexte qu'ont été mis en place des financements communautaires afin de faciliter et d'accompagner cet élargissement. L'accord financier de Copenhague a notamment prévu la mise en oeuvre de 6,71 milliards d'euros pour les nouveaux Etats membres en 2004. ce montant doit être porté à 7,63 milliards d'euros en 2005 et 9,69 % en 2006. Or la Hongrie, derrière la Pologne, représente l'un des principaux bénéficiaires de ces soutiens financiers. On peut rappeler que les pays d'Europe centrale et orientale  avaient également bénéficié de financements de pré-adhésion représentant environ 3 milliards d'euros par an.

L'élargissement s'est ainsi traduit par une intensité accrue des flux de financement en provenance de l'Union européenne. La politique régionale, deuxième poste budgétaire de l'Union européenne après la politique agricole commune, animée par un objectif de solidarité et de renforcement de la cohésion économique et sociale, a constitué le principal vecteur de ces financements communautaires, à travers les fonds structurels (pour deux tiers des montants en jeu : FEDER, FSE, FEOGA, IFOP) et le fonds de cohésion (environ un tiers des financements). Ces fonds financent principalement des projets d'infrastructures et, notamment pour le fonds de cohésion, des projets d'infrastructure d'un montant supérieur à 10 millions d'euros.

Les fonds structurels se déclinent, en fonction de la situation économique des pays concernés, en trois « objectifs ». La Hongrie s'inscrit, pour toutes ses régions, dans « l'objectif 1 » (retard de développement estimé, avec un PIB par habitant inférieur à 75 % de la moyenne communautaire), qui se traduit par les financements les plus élevés. L'utilisation des fonds structurels est cependant soumise à certaines contraintes : ils ne peuvent intervenir qu'en tant que complément aux financements publics, et la contribution publique doit représenter au moins 20 % des coûts éligibles. En Hongrie, les fonds structurels se déclinent en programmes opérationnels totalisant plus de 2 milliards d'euros, qui se répartissent en plusieurs axes :

· compétitivité hongroise (22 %) ;

· développement rural et agricole (16 %) ;`

· ressources humaines (28 %) ;

· environnement et infrastructure (16 %) ;

· développement régional (18 %).

Le fonds de cohésion, qui répond à une logique de pays et non à une logique de région, s'élève à 1,1 milliard d'euros pour la Hongrie. Son mode de gestion, comme pour les fonds structurels, est décentralisé, avec approbation a priori des projets par la Commission. Il est à noter que l'accessibilité de vecteurs de co-financements est peut-être plus grande, pour les entreprises françaises, que les fonds structurels. Parmi les exemples de projets du fonds de cohésion hongrois approuvés par la Commission, on peut citer, dans le domaine de l'environnement, le traitement des eaux usées à Budapest (subvention de 305 millions d'euros) ou encore, dans le domaine des transports, la réhabilitation de la ligne ferroviaire Budapest-Szolnok-L. Köshàza (108 millions d'euros).

D'une façon générale, les opportunités offertes aux opérateurs français dépendront de la capacité des entreprises privées à se positionner localement sur les marchés relatifs aux fonds structurels et de cohésion, d'une part, et de l'action des « institutionnels » à créer des partenariats et à assurer un transfert de savoir-faire.

François LOOS
Secrétaire d'Etat au Commerce extérieur

Je suis heureux d'inaugurer l'année économique de la Hongrie en France, en particulier au Sénat, dont l'action pour les partenariats extérieurs de la France est importante. Je suis également heureux de la présence de Monsieur Janos Kóka, qui a participé à la préparation de cette manifestation, et avec lequel j'aurai tout à l'heure, ici même, un entretien bilatéral, afin d'évoquer un certain nombre de sujets d'intérêt commun. Je partage avec lui la conviction que les relations économiques entre nos deux pays entrent dans une nouvelle phase.

Au cours des quinze dernières années, la France a pris une part active à l'immense chantier que constituait la transition économique de la Hongrie. Néanmoins, force est de constater que cette action a surtout été le fait des grands groupes, et non des petites et moyennes entreprises. Il est temps aujourd'hui que toutes les entreprises prennent la mesure des opportunités de partenariat offertes par la Hongrie. C'est d'ailleurs dans cet esprit qu'un plan d'action commerciale avait été présenté en février 2004, qui prévoyait notamment le renforcement de nos actions de promotion vers la Hongrie, en particulier pour les PME. A ce stade, les premiers résultats de ce plan sont mitigés : on observe une progression constante des investissements français en Hongrie (3,5 milliards d'euros, plaçant la France au rang de 4ème investisseur étranger dans ce pays), mais les exportations demeurent à un niveau qui peut être encore sensiblement amélioré.

Les secteurs de prédilection des entreprises implantées en Hongrie sont la pharmacie, les services, l'agroalimentaire et l'énergie. Les produits français couvrent déjà 33 % du marché laitier hongrois et 60 % du marché des fromages, à titre d'exemples, et la plupart de ces produits sont fabriqués en Hongrie. Sanofi vient de poser la première pierre d'un laboratoire de recherche, dans le cadre d'un projet de 15 millions d'euros. Michelin annonce 60 millions d'euros d'investissements dans ses unités en Hongrie. Les entreprises françaises participent aussi aux opérations de privatisation, et les investissements de nos entreprises dans ce pays n'hésitent pas à s'inscrire dans une perspective régionale. Renault vient ainsi d'y installer un centre de pièces détachées ayant vocation à servir l'ensemble des Balkans. Il semble bien que la Hongrie devienne un centre d'investissement de la France pour la région de l'Europe centrale et orientale, nos entreprises appréciant la compétence de la main-d'oeuvre et un environnement des affaires accueillant.

Les exportations françaises vers la Hongrie, à 2,1 milliards d'euros, demeurent néanmoins modestes : nos ventes n'ont pas suivi la croissance de la demande hongroise (+ 17 % par an en moyenne au cours des cinq dernières années) pour les biens importés. Il y a donc matière à mobilisation, pour nouer davantage de partenariats avec nos importateurs locaux et, en outre, mieux faire connaître nos produits et services. Par ailleurs, il convient de souligner la forte concentration des acteurs économiques français intervenant sur le sol hongrois : 90 premières entreprises exportatrices vers la Hongrie réalisent 70 % des exportations. Enfin, dans le domaine agroalimentaire, par exemple, nous ne représentons que 3 % des produits achetés par la Hongrie à l'étranger, alors que la France représente en moyenne 14 % de la consommation importée depuis l'Union européenne.

Nous devons donc conduire des actions d'information. Elles seront d'autant plus utiles que les échanges franco-hongrois recèlent, à court terme, de perspectives réelles. Les entreprises françaises sont déjà très présentes dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (avec 500 millions d'euros de contrats signés en 2004). Elles suivent également des projets dans le domaine des transports, notamment pour le métro de Budapest. Le plan d'action commerciale a entraîné une réelle mobilisation des partenaires du commerce extérieur et des entreprises françaises : 48 actions ont été menées en 2004, à l'initiative de ces différents partenaires.

Nous devons engager les entreprises françaises dans une vaste mobilisation, aussi bien s'agissant des investissements que des échanges. La Hongrie doit, dans les années qui viennent, moderniser ses infrastructures car elle est appelée à jouer un rôle clé en Europe centrale. Les entreprises françaises, pour leur part, doivent s'appuyer sur la Hongrie pour développer leurs actions régionales. Face à de tels enjeux, l'année de l'économie hongroise en France s'annonce prometteuse et je m'en félicite.

M. Janos KÓKA
Ministre de l'Économie et des Transports de Hongrie

Il existe en Hongrie une communauté politique et d'affaires fortement marquée par son admiration pour la France. Je suis donc très heureux d'avoir l'honneur de participer à cette manifestation, qui marque l'inauguration de l'année économique de la Hongrie en France.

Il est important de soutenir l'impulsion donnée il y a plusieurs années pour développer la coopération entre la France et la Hongrie du point de vue des importations, des exportations et de la recherche et développement. Après quinze ans de travail, la Hongrie peut se féliciter d'avoir mené à bien la transition vers un nouveau régime. Du point de vue des résultats atteints, il convient de se demander si nous avons commis des erreurs : certains investissements ont peut-être été tournés vers d'autres pays que la Hongrie ; nous devons alors nous demander pourquoi. Il nous faut avoir une vision claire des phénomènes à l'oeuvre. De nombreux éléments nouveaux caractérisent la situation actuelle de la Hongrie, et l'entrée dans l'Union européenne pose de nouvelles questions. Il nous faut trouver les moyens de résoudre les questions financières, savoir comment mettre à profit le principe de libre circulation des biens et des services, et plus généralement savoir comment tirer parti de toutes les opportunités dont est synonyme l'entrée dans l'Union européenne.

Nous avons achevé la période de transformation. Les indicateurs sont là pour démontrer que la Hongrie a atteint une position solide, avec une croissance annuelle de 4 %, un endettement maîtrisé et un taux d'inflation limité à 4 % du PIB. Les déséquilibres concernant le déficit budgétaire résultent d'investissements extrêmement intensifs qui ont été consentis au cours des dernières années. Le déficit budgétaire a été ramené de 9 % à 5 %, traduisant là une performance qu'aucun autre pays entré dans l'Union européenne n'a réalisée. Parallèlement, nous avons concentré nos efforts sur la consommation. Mais plusieurs éléments de la politique budgétaire ne relèvent pas du gouvernement hongrois, en particulier la politique économique et la politique monétaire européenne. L'appréciation de l'euro par rapport au dollar et celle du florin par rapport à l'euro sont vecteurs d'une forte baisse de la compétitivité des entreprises hongroises : la Hongrie a perdu ses avantages compétitifs traditionnels, qui résidaient en particulier dans le coût très bas de la main-d'oeuvre.

Nous souhaitons aujourd'hui mettre en avant d'autres atouts, en particulier l'avantage de notre localisation géographique, l'excellence de notre main-d'oeuvre et la qualité de notre recherche scientifique. Telles sont les raisons pour lesquelles la Hongrie doit demeurer une priorité de vos investissements. Nous travaillons également à développer les infrastructures et les savants de demain, dans différents domaines, car nos atouts géographiques ne suffisent plus et nous en sommes conscients. Nous devons d'ailleurs nous inspirer de l'exemple français, en renouvelant notre source de valeur ajoutée. La Hongrie a remporté la compétition ardue qui a prévalu dans la région pour ce qui est des investissements étrangers. Nous devons travailler de façon acharnée pour poursuivre dans cette voie. Nous envisageons déjà de doubler notre réseau d'autoroutes au cours des huit prochaines années. Nous travaillons également à la modernisation de notre réseau ferroviaire, afin que la Hongrie s'impose comme un véritable carrefour entre l'Ukraine, les Balkans et le reste de l'Europe.

Le gouvernement hongrois, dont je crois illustrer la jeunesse, envisage d'écrire l'histoire de la Hongrie pour les quinze prochaines années, par une politique de développement basée sur la meilleure utilisation possible des fonds européens.

Depuis cent ans, nous n'avons jamais eu une telle opportunité. Nous souhaitons vivement la saisir, et nous invitons les opérateurs français à participer à ce processus en profitant également des cofinancements dont bénéficie mon pays. Nous souhaitons notamment, pour cela, mettre en oeuvre une politique budgétaire et une politique monétaire qui soient stables et prévisibles. Dans un autre registre, les systèmes sociaux et d'infrastructure seront rendus plus efficaces et les obstacles qui peuvent encore exister seront peu à peu levés afin de faciliter l'initiative économique dans notre pays. Nous sommes bien conscients que l'Etat doit jouer un rôle de soutien des entreprises, et non constituer un frein à leur développement. Enfin, il nous faut définir des objectifs et des priorités claires. Il nous faut identifier nos principaux partenaires, et à l'évidence la France fait partie des trois partenaires prioritaires de la Hongrie. En termes de secteur, l'informatique, la biotechnologie, le tourisme, l'environnement ou encore l'automobile, déjà très développés, continueront d'être porteurs de formidables opportunités, grâce au soutien des fonds européens.

Nous souhaitons en fait donner un nouveau contenu à nos avantages stratégiques. Ces dernières années ont vu l'achèvement du processus de privatisation, avec un acquis important : avoir donné davantage d'efficacité aux entreprises et ainsi facilité l'intervention des investisseurs. Sont encore à l'ordre du jour, pour la période qui s'ouvre, la privatisation de l'aéroport de Budapest et celle de l'une de nos principales sociétés de télécommunications. La Hongrie offre aujourd'hui des conditions très différentes de celles qui prévalaient il y a quelques années : nous avons compris que nous devions être au service des investisseurs - et non l'inverse. Il importe également que de plus en plus de produits hongrois arrivent sur le marché français. De nombreuses opportunités s'offrent aux opérateurs français, qui peuvent eux aussi bénéficier des fonds européens s'ils font le choix d'investir en Hongrie. L'expérience internationale de la France et sa force capitalistique constituent de précieux atouts pour le soutien du développement économique de la Hongrie.

Je plaide également pour de nouvelles approches dans notre coopération : il faut convaincre davantage les petites et moyennes entreprises d'investir hors de leur territoire d'origine, car n'oublions pas qu'elles représentent une part essentielle du tissu et des acteurs économiques d'un pays. Je rappellerai enfin que l'heure n'est plus, au sein de l'Union européenne, aux raisonnements en termes de pays : il nous faut penser en termes de régions. La Hongrie entend prendre toute sa place dans cette nouvelle logique, notamment du fait d'une localisation qui la place au coeur de la nouvelle Europe.

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Xavier FRICOUT, Directeur « Identité marketing et Solutions », Oberthur Card systems (cartes à puce)

Nous venons de créer une usine de cartes à puce à Budapest. L'Europe va se doter de documents d'identité à puce dans les deux ans qui viennent. Quelles sont les décisions envisagées par la Hongrie dans ce domaine ?

Janos KÓKA

L'informatique constitue un des principaux secteurs sur lesquels la Hongrie souhaite miser pour son développement. Cela dit, les grands systèmes de notre pays doivent être modernisés de façon volontariste. Pour revenir à votre société, il existe au moins deux branches de services pour lesquelles vos produits me semblent assurés du succès : la santé, d'une part, et les communications d'autre part. Nous sommes ainsi en train de préparer des appels d'offres dans le domaine de l'informatique, appliquée aux transports ferroviaires en particulier. S'agissant de la santé, le retard d'informatisation, hérité du communisme, est encore très net. Il y a donc tout lieu de penser que des investissements importants d'informatisation se réaliseront dans ce domaine au cours des trois prochaines années.

Alain GUIBERT, Président-Directeur général, PEME Gourdin (mécanique)

Je ne trouve ni en France ni en Hongrie les financements disponibles pour investir, créer ou racheter une PMI : cela ne semble guère enthousiasmer les banquiers français, ni même les banquiers hongrois. A qui dois-je m'adresser ?

François LOOS

Pour les actions d'exportation, la COFACE peut intervenir et apporter une garantie des risques qu'un établissement bancaire prendrait en soutenant un investissement. Je vous invite donc à prendre contact avec cet organisme.

Janos KÓKA

Du côté hongrois, il existe de nombreux dispositifs d'aide pouvant être mobilisés pour le crédit et le développement de PME-PMI. Notre centre ITDH a pour mission de soutenir ce type de projet et vous pourrez, sur un document unique, consulter l'ensemble des aides disponibles. Je suis donc très confiant quant à notre capacité de vous aider à réaliser votre projet.

Hermann SCHNEIDER, Systra (ingénierie de transports à l'international)

Monsieur Kóka, la gestion des chemins de fers hongrois est placée sous votre responsabilité et se modernise, mais connaît aussi des difficultés financières. Le gouvernement hongrois entend-il développer de nouvelles opportunités d'investissement, y compris pour les partenariats franco-hongrois, en matière de service, maintenance et réhabilitation du matériel ?

Janos KÓKA

Je vous invite à nous soumettre des offres, car nous avons quinze ans de retard dans ce domaine. Nous aurons besoin de nombreux appuis et toutes les collaborations seront les bienvenues, eu égard à l'ampleur des chantiers à engager - ne serait-ce que pour les gages. Les acteurs privés seront d'ailleurs invités à participer à cet effort de rénovation. La modernisation des transports ferroviaires constitue clairement un axe important de réformes de la décennie à venir.

Jacques FOLLAIN, ADP Management (aéroport)

Vous avez évoqué la privatisation des aéroports. Quel est le contexte de cette privatisation et l'agenda envisagé ?

Janos KÓKA

Nous avons publié un appel d'offres pour l'aéroport de Budapest. Le cabinet Boston Consulting Group commence par ailleurs à développer les axes directeurs de la stratégie de privatisation, qui ne sont pas encore connus. Il s'agit là en tout cas d'axes stratégiques de développement, étant entendu que la Hongrie doit tirer parti de sa localisation géographique pour devenir un carrefour des communications en Europe. Notre volonté de faire de la Hongrie un grand pays touristique ne peut que renforcer ces orientations.

Un nouveau terrain d'investissements : la recherche et développement en Hongrie

Miklos BODA
Président, Office nationale pour la Recherche et la Technologie

De nombreux chercheurs hongrois ont marqué l'histoire du savoir scientifique mondial. La Hongrie peut aujourd'hui, dans des termes nouveaux, redevenir un foyer de la recherche et développement européenne, pour plusieurs raisons. Au cours des quarante-cinq années ayant précédé la transition et le changement de régime, force est de constater que l'environnement scientifique hongrois s'est complètement désintéressé des applications de ses découvertes. Nous sommes aujourd'hui conscients de la nécessité de ne pas envisager la recherche sans le développement, et la Hongrie peut miser pour cela sur des compétences et savoirs hautement qualifiés dans de nombreux domaines scientifiques.

Le Gouvernement a mis en place un système de soutien de l'innovation, sur une base nationale, à travers un fonds de développement auquel contribuent l'ensemble des entreprises hongroises ne pouvant justifier d'activité de recherche et développement (à hauteur de 0,25 % de leur chiffre d'affaires). Le Gouvernement abonde par ailleurs ce fonds, qui va ainsi pouvoir être correctement doté, le faible niveau des ressources collectées auprès des entreprises hongroises laissent penser, par définition, que celles-ci seraient déjà fortement engagées pour la recherche et développement.

Plus largement, la loi pour l'innovation que nous avons adoptée vise à concentrer nos efforts sur le passage de la recherche à son application industrielle, afin de ne pas répéter les erreurs du passé. De grands groupes français comme Sanofi-Aventis ont déjà compris l'intérêt que représentait la Hongrie pour une recherche de haut niveau et très compétitive (du fait, par exemple, d'avantages fiscaux en proportion de l'effort de recherche et développement). Il s'agit aujourd'hui de convaincre également les petites et moyennes entreprises des atouts de notre territoire.

La présence française en Hongrie

Jean-René COUGARD
Chef de la Mission économique à Budapest

Les exportations françaises en Hongrie ont représenté 2,1 milliards d'euros en 2004. Nous sommes le sixième fournisseur de ce pays et les importations dépassent les exportations, créant un déficit qui a évolué entre 100 et 250 millions d'euros au cours des six dernières années. L'Allemagne (29,2 %) détient les plus fortes parts de marché en Hongrie, devant l'Italie (8,3 %), l'Autriche (5,7 %) et la Russie (5,5 %).

Les exportations françaises ont connu un ralentissement sensible au cours des cinq dernières années (+ 3 % par an), après avoir été très dynamiques dans les dix années précédentes. Surtout, comme cela a été souligné, la croissance des exportations est beaucoup plus faible que la croissance des achats hongrois à l'étranger au cours des cinq dernières années (+ 17 % par an). Les principales exportations françaises concernent notamment la chimie, le plastique, l'industrie automobile ou encore l'industrie pharmaceutique. Au total, l'on recensait 5 088 entreprises françaises exportatrices vers la Hongrie en 2004, pour une exportation moyenne de 180 000 euros.

Les investissements français en Hongrie sont le fait de 355 entreprises, qui emploient 57 000 salariés, pour un stock d'investissements de 3,5 milliards d'euros. Le chiffre d'affaires consolidé des entreprises françaises implantées en Hongrie s'établissait à 7,5 milliards d'euros en 2003, situant la France au 4ème ou au 5ème rang des investisseurs étrangers en Hongrie. Le total des investissements directs étrangers (IDE) en Hongrie a représenté entre 40 et 45 milliards d'euros au cours des quinze dernières années. Il faut avoir conscience du fait que les investissements français en Hongrie ont été réalisés, pour l'essentiel, entre 1991 et 1995 ; ils ont le plus souvent été le fait de grandes entreprises, qui recherchaient une implantation locale mais qui souhaitaient aussi pouvoir servir le marché régional. Les implantations françaises en Hongrie, par secteur, montrent la part importante de l'industrie agroalimentaire (13,8 %), avec des acteurs tels que Bongrain et Bonduelle. Les services, l'ingénierie et les concessions représentent 24,2 % de ces implantations (en nombre d'entreprises).

La Hongrie offre de réelles perspectives aux opérateurs français, dans le cadre de projets adossés aux financements communautaires : ceux-ci représenteront 34 milliards d'euros sur la période 2004-2013, et impulseront ainsi un effet de levier qui s'appliquera sans nul doute à l'ensemble de l'économie. Outre la consolidation des investissements existants (Sanofi-Aventis, Michelin Oberthur, Schneider), les investissements en Hongrie viseront le renforcement de la présence française dans le secteur de la distribution. Les entreprises devraient par ailleurs prendre part aux opérations de privatisation en cours. Enfin, on peut imaginer l'insertion des investissements existants dans une démarche régionale, c'est-à-dire d'échelle géographique plus étendue.

La Hongrie : une plate-forme de développement régional

Philippe BERTRAND
Directeur général de Schneider Hongrie

Schneider Electric, qui a commencé son histoire industrielle il y a 169 ans, vise à apporter, en termes d'énergie et d'électricité, le meilleur à chacun, à tout moment et en tout lieu. Nos métiers sont articulés autour de trois axes : la distribution électrique, les automatismes et le contrôle, et les services. Nous avons quatre marchés de référence : le bâtiment, l'énergie et les infrastructures, le résidentiel et l'industrie. Le chiffre d'affaires total du Groupe s'est établi, en 2004, à 10,3 milliards d'euros, grâce à une présence dans 130 pays et à la contribution de 80 000 salariés.

Schneider, en Hongrie, représente un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros, réalisé par 950 collaborateurs répartis en cinq agences. Cette présence a été inaugurée par l'acquisition de la société Vertesz, en 1991, marquant ainsi la première incursion de Merlin Gerin en Europe de l'Est. Ce premier pas a été suivi par la création, en 1993, de l'usine globale de MG Zala. Plus récemment, en 2001, Schneider a procédé à l'acquisition de Prodax, fondée en 1991, leader du marché ultra terminal en Hongrie.

Le modèle de Schneider Electric consiste à concevoir, fabriquer, assembler et tester tous nos produits, puis à commercialiser nos offres principalement par l'entremise de partenaires, avec une couverture de marché optimale. Notre ambition est de devenir un acteur de référence à la fois global et local, soit acteur de référence « glocal ». Dans ce cadre, la régionalisation nous offre une production adaptée et compétitive, une meilleure connaissance de la sous-traitance, la proximité vis-à-vis de nos clients et l'adaptation de nos offres aux valeurs d'usage des pays considérés. Aujourd'hui, Schneider Electric compte 4 500 employés en Europe centrale et orientale, répartis dans onze usines et un centre de distribution régional, pour un chiffre d'affaires total de 440 millions d'euros.

Les perspectives de notre présence en Hongrie seront déterminées par les forces de cette implantation : sa localisation géographique, l'intégration à l'Europe, l'appui des financements communautaires, le niveau d'éducation, les taux horaires (qui restent compétitifs) et les infrastructures offertes pour les expatriés. Les freins susceptibles de se faire jour résident surtout dans le développement des infrastructures, le taux de change, l'inflation salariale et le niveau de taxes imposées, non sur les entreprises mais pour l'emploi d'expatriés. Enfin, la Hongrie doit veiller à ne pas prendre de retard dans sa modernisation, vis-à-vis de ses voisins en Europe centrale et orientale .

La baguette et le croissant au pays du paprika

Rodolphe RODET
Gérant et créateur de Royal Croissant Hongrie

La société Royal Croissant Hongrie a été créée en 1993, à partir de soutiens familiaux pour l'investissement de départ. L'entreprise réalisait, au bout de trois ans, un chiffre d'affaires d'environ 500 000 euros, à la suite de quoi de nouveaux développements ont pu être envisagés en ajoutant la baguette au croissant. La grande distribution nous soutient. Aujourd'hui, l'entreprise compte 45 personnes et réalise un chiffre d'affaires de 1,5 million d'euros. La Banque hongroise du développement devrait prochainement prendre une participation dans le capital de l'entreprise, en contrepartie du financement d'une usine moderne que nous souhaitons créer à l'Est de Budapest.

Le développement de Royal Croissant s'est articulé autour de trois axes principaux :

· les hôtels (avec le groupe Accor) ;

· les grandes et moyennes surfaces (en partenariat avec Cora) ;

· un réseau de magasins détenus en propre (sept magasins à ce jour, deux projets de développement pour 2005), sous le nom de Royal Croissant.

La priorité de l'entreprise, pour la période 2005-2006, est tournée vers le développement de nouveaux produits et l'exportation. Des partenariats avec des entreprises françaises souhaitant trouver des débouchés sur le marché hongrois pourraient également voir le jour. Nous y travaillons actuellement.

En matière de fiscalité, des réformes sont prévues mais tardent à se dessiner. D'autres pays de la zone, tels que la Slovaquie, la Roumanie ou la République tchèque, pratiquent une réduction beaucoup plus drastique de leur fiscalité. Il y a là un dossier que le gouvernement hongrois devrait certainement considérer comme prioritaire. De façon générale, la Hongrie présente de nombreuses opportunités pour les sociétés françaises, pourvu que l'on ait pris connaissance des caractéristiques du marché au préalable.

Allocution à l'ouverture du déjeuner dans les salons de Boffrand de
M. Christian PONCELET, Président du Sénat,

Paris, le 24 mars 2005

***

Monsieur le Président,
Messieurs les Ministres,
Messieurs les Ambassadeurs,
Madame la représentante d'UbiFrance,
Mesdames et Messieurs,

Rassurez-vous, après cette matinée studieuse, mon propos sera particulièrement bref !

Je tenais simplement à remercier, au nom de tous, le ministre délégué à l'Industrie, notre ami Patrick Devedjian, qui nous fait l'honneur d'être parmi nous ce midi.

Je suis certain que nos partenaires hongrois, nombreux dans cette salle, y verront la marque de l'intérêt sincère que les autorités françaises portent à leur pays.

Pour ce qui me concerne, je dirai simplement à notre ministre combien les travaux de ce matin ont confirmé la chaleur et l'excellence des relations franco-hongroises, même si, dans bien des domaines, nous pourrions faire encore beaucoup mieux.

Je ne doute pas un instant que tous ici présents allons nous y employer, en particulier le groupe d'amitié France-Hongrie du Sénat, que préside activement le sénateur Robert Del Picchia.

Mais avant de donner la parole à M. Devedjian, je la cèderai au ministre hongrois de l'économie et des transports, M. Koka, qui a souhaité dire quelques mots.

M. Koka, vous avez la parole.

M. Janos KÓKA, Ministre de l'Economie
et des Transports hongrois

Monsieur le Président,
Messieurs les Sénateurs et Députés,
Monsieur le Ministre,
Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

Si je m'adresse à vous en français aujourd'hui, même si ce n'est pas la langue en laquelle je m'exprime avec le plus de facilité, ce n'est pas uniquement par politesse envers nos hôtes. Vous savez peut-être que la Hongrie vient d'être admise au sein de l'Organisation Internationale de la Francophonie, et je voudrais ainsi donner une preuve supplémentaire que pour nous, cet acte d'admission n'est pas qu'une simple formalité vide de sens.

Tout d'abord, je voudrais remercier nos hôtes de nous avoir honorés de leur hospitalité, nous permettant d'inaugurer cette Année de l'Économie Hongroise en France dans ces murs prestigieux. Le Palais du Luxembourg nous avait déjà accueilli à plusieurs reprises à l'occasion d'événements importants. Il suffit de rappeler la commémoration solennelle ici même du 40e anniversaire d'un tournant qui a marqué notre histoire contemporaine : celui de la révolution de 1956.

Cette fois, nous nous sommes réunis dans un but non moins important pour ce qui est de l'approfondissement des liens qui unissent nos deux pays. Il s'agit de donner un nouvel élan aux relations économiques franco-hongroises qui ont évolué à un rythme sans précédent ces 15 dernières années.

Et il y a aussi les rapports humains entre Français et Hongrois. Quand on se promène dans les rues de Paris, on peut voir dans plusieurs endroits des plaques commémoratives évoquant le souvenir de mes compatriotes. A Budapest ou dans d'autres régions hongroises, - pensons aux villes historiques, aux bains thermaux, au plus grand lac d'Europe Centrale, aux hauts lieux de la musique et de la culture et, last but not least, aux établissements gastronomiques - on entend du français à chaque coin de rue, à chaque site touristique.

J'ai l'impression que nous nous sommes toujours sentis dans notre milieu chez l'autre, et cela sera peut-être vrai encore davantage avec l'adhésion de la Hongrie à l'Union européenne. Cet événement a valeur de retrouvailles historiques pour les peuples d'Europe et a aussi ouvert un nouveau chapitre dans le quotidien de nos deux nations et nos citoyens après l'histoire politique et diplomatique - admettons-le - assez mouvementée des relations franco-hongroises du XXe siècle.

L'Année de l'Économie Hongroise en France a comme objectif de resserrer davantage à travers de nombreuses manifestations, expositions et conférences à Paris et aux quatre coins de la France, les liens économiques, commerciaux - mais aussi culturels et touristiques - qui se développent si heureusement entre nos deux pays, ainsi que d'enrichir par la même les contacts entre nos sociétés civiles.

C'est dans cette perspective, Monsieur le Ministre, que j'ai le plaisir de vous inviter à vous rendre en Hongrie dès que possible, en compagnie des responsables économiques qui vous sembleraient avoir leur place à vos côtés.

Dans cet esprit, je lève mon verre à la santé de tous nos illustres personnalités réunies ici aujourd'hui, à la santé de tous les participants qui nous ont honoré de leur présence à l'inauguration de l'Année de l'Économie Hongroise, en souhaitant un avenir radieux aux relations d'amitié, de coopération et de solidarité entre la France et la Hongrie et pleine réussite dans la grande entreprise dans laquelle Paris et Budapest sont engagés main dans la main, celle de la construction européenne!

M. Patrick DEVEDJIAN,
Ministre délégué à l'industrie

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Sénateur,
Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

Je suis particulièrement heureux d'être présent à l'inauguration de l'année économique de la Hongrie en France dans cette enceinte prestigieuse du Sénat. Je tiens tout d'abord à remercier de son accueil le Président Poncelet qui a accepté d'accueillir cette manifestation. De plus, je me réjouis de rencontrer M. Janos KÓKA, Ministre de l'Économie et des Transports de Hongrie.

Permettez-moi également de vous féliciter pour la dynamique dans laquelle vous avez inscrit la modernisation de l'économie hongroise au cours des quinze dernières années qui ont permis à votre pays d'accomplir des progrès tout à fait impressionnants et qui placent aujourd'hui la Hongrie au tout premier rang des nouveaux États Membres.

Je sais la difficulté dans laquelle se trouvent placés ces nouveaux États Membres, qui doivent à la fois satisfaire aux critères de Maastricht et moderniser ou créer les infrastructures nécessaires à leur développement.

La France est pour sa part attachée à faire jouer la solidarité européenne ; c'est pourquoi elle est favorable à ce que, dans le cadre des nouvelles perspectives financières 2007-2013, les fonds européens soient en priorité versés aux nouveaux États Membres.

Avec plus de 350 entreprises françaises implantées en Hongrie, les investissement français continuent de progresser fortement et permettent à la France de conserver son rang de 4ème investisseur étranger. De plus, ils s'inscrivent aujourd'hui dans une démarche régionale et dans la durée.

Désormais, la Hongrie est devenue pour certaines entreprises françaises la plaque tournante de leur stratégie européenne.

Ce constat assez positif, vous en conviendrez, ne peut pas cacher une légère déception. En effet, les échanges France-Hongrie restent encore trop modestes au regard des perspectives réelles et des coopérations industrielles envisageables.

Il faut que, tous ensemble, à travers un projet ambitieux et des actions concrètes, nous relevions ce défi.

C'est pour toutes ces raisons que je voudrais profiter de cette année économique de la Hongrie en France pour relancer une dynamique d'échanges entre nos deux pays ; dans cet esprit, je suis heureux, M. le Ministre, de répondre à votre invitation et je me rendrai donc avec une délégation d'industriels français à Budapest les 28 et 29 avril prochain.

Monsieur le Président, Monsieur le Ministre, Monsieur le Sénateur, Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs, je vous remercie de m'avoir invité à ce déjeuner et par la même, de m'avoir donné l'occasion d'affirmer toute l'importance que j'attache au renforcement des liens entre nos deux pays.

Synthèse réalisée en temps réel par Ubiqus Reporting
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