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Colloque "Urgences et traitement de l'urgence" (17 juin 2004)


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Urgence sociale

Xavier EMMANUELLI,
Président du Samu social de Paris

Je suis avant tout anesthésiste-réanimateur, médecin urgentiste. Le Samu social a pris la forme d'un Samu, d'où son nom. Nous avons reproduit les méthodes du Samu dans le monde du social. Le Samu social est une méthode d'approche, dans l'urgence, des victimes sociales. Il s'agit de sortir ces personnes de l'urgence. Telle est notre unique finalité.

Le Samu social est une cellule de veille et d'écoute permanentes, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24. Le numéro d'accès est le 115. Nous recueillons des informations que nous traitons, en envoyant le cas échéant notre Smur avec, à bord, une équipe professionnelle.

Certes, il n'y a pas d'urgence sociale pure. Mais il y a une urgence médico-sociale. La première mission est d'entrer en contact avec les personnes. Il convient ensuite d'effectuer un bilan, avant de prodiguer les premiers soins et, enfin, nous orientons les personnes vers les centres d'hébergement ou de soins adaptés.

Une question se pose : peut-on véritablement intervenir en urgence auprès d'une personne qui vit depuis 30 ans dans la rue ? Ces personnes souffrent du syndrome de « sur-adaptation paradoxale », ce qui les a conduit à s'adapter à une situation extrême, tout en se repliant sur eux-mêmes. Il est donc très difficile de les aborder. Mais peut-on, pour autant, rester sans agir, fermer les yeux ? L'on peut passer à côté d'un clochard sans le voir. Mais, pour peu que ce clochard se fasse renverser en traversant la rue, il bénéficiera dans les sept minutes des secours les plus performants. Le constat est donc celui-ci : nous savons agir en urgence auprès des polytraumatisés, dans le domaine médical. Mais pas dans le domaine social.

Notre mode de vie, en ville, génère l'exclusion. L'exclusion est ce qui réduit les individus à l'état de victime et de survie. Or, dans la survie, l'on vit au jour le jour. On perd la notion d'espace ou la notion de temps. C'est pourquoi, les personnes dans cette situation ont besoin d'une aide extérieure, de la façon la plus professionnelle possible. Il convient de respecter trois séquences de temps : l'urgence, la post-urgence, puis la réinsertion.

Le Samu social existe dans 83 villes françaises et dans 9 grandes villes étrangères (Alger, Dakar, Ouagadougou et Budapest, notamment). Un Samu social devrait prochainement être mis en place à Moscou et à Lima. Plus les villes se développent, plus elles créent de l'exclusion. C'est automatique. Or à l'horizon de 2020, 60 % de la population mondiale vivra dans les villes. Il est donc fondamental de trouver des systèmes pour approcher les individus. L'urgence sociale en est un.

Pour finir, je tiens à rappeler à quel point toutes les grandes organisations internationales intervenant dans le domaine de l'urgence sont les enfants du Samu. Elles sont la déclinaison de l'urgence à travers de nouveaux territoires.

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