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Colloque Sénat-UbiFrance sur l'Ukraine



Table des matières


 

 

 

 

Christine Lagarde
Ministre délégué au Commerce Extérieur

Sergiy Teriokhine
Ministre de l'Economie d'Ukraine

Ioulia Timochenko
Premier Ministre d'Ukraine

Christian Poncelet
Président du Sénat

Actes du colloque

Rencontres Ukraine
Lundi 13 juin 2005

En présence de :

Christian PONCELET, Président du Sénat

Avec la participation de :

Ioulia TIMOCHENKO, Premier Ministre d'Ukraine

Christine LAGARDE, Ministre délégué au Commerce extérieur

Sergiy TERIOKHINE, Ministre de l'Economie

Sous l'égide de :

Jean-Pierre PLANCADE, Président du Groupe interparlementaire France-Ukraine du Sénat

Ouverture

Christian PONCELET

Président du Sénat

Le Sénat est très fier et très heureux d'accueillir aujourd'hui ce séminaire sur l'Ukraine, dans le cadre de son partenariat toujours fructueux avec UBIFRANCE.

Cette manifestation sera honorée cet après-midi par la présence de Madame Timochenko, que j'ai eu l'honneur de recevoir ce matin même à la Présidence. Je l'avais rencontrée pour la première fois il y a deux ans. Elle était alors dans l'opposition. C'est dire la densité et la constance des liens qui, de longue date, unissent notre assemblée à l'Ukraine. Cette manifestation se déroule sous l'égide du groupe interparlementaire France-Ukraine, dont je salue le Président, mon collègue et ami le sénateur Jean-Pierre Plancade. C'est la deuxième fois que le Sénat organise un colloque sur l'Ukraine puisqu'un premier colloque a eu lieu en octobre 1997. Mais ce second colloque intervient à un moment privilégié de l'histoire ukrainienne, après le changement démocratique de régime à la faveur de la « Révolution orange » de l'hiver dernier.

De fait, l'Ukraine a été propulsée au centre de l'actualité internationale. L'élection de Victor Ioutchenko à la présidence ne marque pas seulement la fin d'une époque. Elle clôt la période de transition post-soviétique du pays. La France a contribué de manière substantielle à l'observation du scrutin du 26 décembre 2004 en mettant une centaine d'observateurs à la disposition de la mission de l'OSCE, parmi lesquels deux sénateurs : mes collègues et amis Jean-Guy Branger et Pierre Fauchon. La mobilisation inédite sur la place de l'Indépendance à Kiev et dans d'autres villes du centre et de l'ouest du pays a révélé l'existence d'une société civile considérée jusqu'alors comme embryonnaire. La « Révolution orange » a témoigné de la maturité démocratique de la population qui a surpris jusqu'à ses protagonistes. Je forme le voeu que ces récents événements soient annonciateurs d'un nouveau départ et de grandes réformes.

Sans aborder le fonds du dossier - je laisse ce soin aux intervenants qui vont se succéder à la tribune toute la journée - je voudrais simplement rappeler que l'Ukraine est un pays avec lequel la France entretient des relations anciennes et suivies et que les derniers développements nous encouragent à poursuivre avec encore plus de vigueur et d'enthousiasme.

Le soutien de la France au processus de réformes en Ukraine se traduit notamment par un renforcement de la coopération administrative et des actions en faveur de la consolidation de l'Etat de droit. La France met aussi l'accent sur le renforcement de la coopération universitaire. Elle a accueilli plusieurs centaines d'étudiants ukrainiens en 2004 et délivré plus de 150 bourses. Un accord bilatéral sur la reconnaissance mutuelle des diplômes de troisième cycle sera prochainement signé. La France va, par ailleurs, aider à la mise en place de deux masters conjoints franco-ukrainiens répondant aux standards européens. Dans le domaine scientifique, la France a mis en place avec le Ministère de l'Education et des Sciences d'Ukraine un programme qui permet de financer des mobilités de chercheurs dans le cadre de projets sélectionnés conjointement. Dans le domaine culturel, la France jouit, cette année encore, d'une forte visibilité grâce à l'organisation à Kiev et dans les autres grandes villes d'Ukraine, du « printemps français », mois culturel consacré à la création contemporaine. La France contribue, enfin, de manière significative à l'effort de la communauté internationale pour renforcer la sûreté nucléaire sur le site de Tchernobyl.

En revanche, et j'en viens à ce qui me tient tout particulièrement à coeur, comme à vous-même je n'en doute pas, la France pourrait faire encore beaucoup plus et beaucoup mieux sur le plan économique. Les sociétés françaises marquent un intérêt croissant pour la prospection du marché ukrainien -votre présence ici même en témoigne- mais leurs succès restent inégaux selon les secteurs. Cette affirmation se vérifie notamment si l'on compare notre position avec celle, par exemple, de nos voisins anglais ou italiens. La France n'est ainsi qu'au 9ème rang des fournisseurs de l'Ukraine, au 12ème rang des investisseurs et au 43ème rang de ses clients. Certes, les échanges commerciaux avec l'Ukraine sont en augmentation. Toutefois, ils restent en retrait par rapport aux bons résultats de l'économie ukrainienne.

On ne sait en effet pas assez que l'Ukraine a renoué, depuis 2000, avec une croissance soutenue. C'est d'ailleurs l'un des paradoxes de la révolution démocratique de décembre que de s'être déroulée dans un contexte économique particulièrement favorable. La progression du PIB a en effet atteint 12 % l'année dernière, après s'être chiffrée à 9,4 % en 2003 et 9,2 % en 2001. Les « fondamentaux » des finances publiques sont nettement positifs, avec une monnaie stable, une inflation maîtrisée, une balance commerciale excédentaire et une dette publique en forte baisse, redescendue sous la barre des 30 % du PIB. Ces bonnes performances sont en partie le fruit travail du Président Victor Ioutchenko puisque c'est lui qui a initié, de décembre 1999 à avril 2001, une politique de réformes structurelles décisives et de gestion prudente des grands équilibres. A moyen terme, l'Ukraine semble présenter un grand potentiel de développement avec un vaste marché de 47 millions d'habitants dont le pouvoir d'achat, certes encore faible, augmente progressivement. Il reste que ces résultats demeurent fragiles tant que l'Ukraine n'aura pas mené à leur terme un certain nombre de réformes structurelles inachevées ou inappliquées. Bien des questions demeurent en suspens, tant sur le plan économique que sur le plan politique.

Ainsi, l'essentiel des exportations (47 %) est constitué par les ventes d'acier et de produits chimiques à faible valeur ajoutée, pour lesquels la demande est actuellement forte, mais dont les cours mondiaux peuvent connaître des fluctuations rapides. La dépendance à l'égard des importations d'hydrocarbures peut également constituer un handicap pour une industrie encore fortement consommatrice en énergie. Par ailleurs, le système financier demeure fragile : le secteur bancaire, caractérisé par un nombre élevé d'établissements souvent sous-capitalisés, a besoin d'une restructuration, tandis que la capitalisation boursière reste peu développée.

Sur le plan politique, le Conseil européen des 16 et 17 décembre 2004 a souligné son souhait que l'Union européenne développe une relation spécifique et renforcée avec l'Ukraine, dans le cadre de la politique de voisinage et en tirant pleinement parti du plan d'action négocié entre l'Ukraine et la Commission européenne et adopté le 21 février dernier. Ce plan prévoit notamment un renforcement du dialogue politique, un approfondissement des relations commerciales et économiques, un soutien au processus de rapprochement législatif, notamment à travers l'assistance technique et des actions de jumelage et surtout la perspective d'un accord renforcé en 2008, remplaçant l'actuel Accord de Partenariat et de Coopération. Il est sans doute prématuré d'aller plus loin pour l'instant. En effet, il convient déjà de renforcer nos liens économiques.

Comme à l'ordinaire, je suis convaincu qu'UBIFRANCE saura, une fois encore, apporter des réponses claires et concrètes aux questions que nos exportateurs intéressés par le marché ukrainien peuvent se poser. Je ne doute pas que, pour ce qui le concerne, le groupe interparlementaire contribuera à la réussite de ce colloque. Car le Sénat, je l'ai souvent rappelé, considère comme de sa mission de soutenir nos entreprises, qui sont non seulement créatrices d'emplois et de prospérité, mais aussi exportatrices de notre savoir-faire et de notre culture. Je souhaite à tous d'excellents travaux, en espérant que vous garderez de votre passage au Sénat un très bon souvenir et que vous y reviendrez.

Eric ELGHOZI

Directeur Général adjoint, Ubifrance

Monsieur le Président, je vous remercie pour les propos que vous avez tenus à propos de l'Ukraine. Soutenant l'élan qui a été initié, ils sont extrêmement importants. Mes remerciements vont également à la Mission économique et à l'Ambassadeur de France à Kiev. Les présences, cet après-midi, de Madame Timochenko et de Madame Lagarde, témoignent de l'importance des relations entre nos deux pays.

Les rencontres dédiées à l'Ukraine que nous organisons ont un double-objectif : favoriser les échanges d'expérience entre les sociétés françaises intéressées par le marché ukrainien et développer des partenariats. Nous espérons que cette rencontre France-Ukraine permettra de l'atteindre. Demain, 15 experts seront présents au sein d'UBIFRANCE. Ils seront à même de répondre à toutes les questions que vous vous posez sur le marché ukrainien. Ce dernier, s'il n'est pas sans complexité, est prometteur, même s'il demande une bonne connaissance du terrain. Enfin, des entreprises françaises y sont d'ores et déjà présentes : elles pourront vous faire bénéficier de leur expérience.

Au cours de la matinée, plusieurs interventions porteront sur le paysage économique, politique et financier. Une première table-ronde, intitulée « Vendre et distribuer en Ukraine », prendra place. Cet après-midi, nous aurons l'honneur d'assister aux interventions de Madame Timochenko et de Madame Lagarde. Ce colloque s'achèvera par une seconde table-ronde, intitulée « Investir et produire en Ukraine ». Bien évidemment, nous ne quitterons pas cette salle sans avoir répondu à toutes vos questions.

Intervention de Sergiy TERIOKHINE
Ministre de l'Economie de l'Ukraine

Je tiens tout d'abord à remercier les organisateurs de cette rencontre : ils me donnent en effet la possibilité de prendre la parole devant les milieux d'affaires français souhaitant investir en Ukraine. Ces entrepreneurs occupent des positions de leader, tant sur le marché européen que sur le marché international. Je tiens tout particulièrement à assurer de ma sympathie les entreprises françaises qui, dès à présent, investissent en Ukraine.

Je souhaite vous présenter les projets économiques du Gouvernement ukrainien. Tout d'abord, il a pris des positions strictes pour que les investissements se fassent dans des conditions transparentes et honnêtes. Toutes les discriminations fiscales ont été abolies. En outre, pour l'année budgétaire à venir, il tend à une baisse des impôts : ceux-ci doivent être corrects et payés par tout le monde.

Le Gouvernement est très impliqué dans la lutte contre la corruption. Dans ce cadre, nous voulons séparer strictement la politique du business. Lorsque nous avons repris le pays en main, la corruption était, en Ukraine, effrayante. En effet, il n'existait pas de volonté politique de lutter contre la corruption. En conséquence, toute politique en la matière avait pour conséquence de renforcer cette dernière. Depuis notre arrivée au pouvoir, nous avons donc décidé d'éradiquer toute forme de corruption dans notre pays.

Au cours du prochain mois, nous allons créer une agence de contribution et d'aide aux investissements étrangers. Ce projet a été remis à notre Président. Il a pour but, en créant une structure qui serait une sorte de bibliothèque gratuite du business ukrainien, de permettre la résolution des litiges avant toute saisine de la Justice.

Nous voulons également que les appels d'offres soient honnêtes et que la concurrence soit loyale, notamment dans le cadre des achats effectués par l'Etat. En matière de privatisation, les règles du jeu devront également reposer sur la transparence. A ce propos, je tiens à rappeler qu'au cours des deux dernières années, certains acteurs ont pu acquérir certaines « perles » de notre économie à des prix très bas. C'est pourquoi nous leur avons demandé de payer la différence entre le prix d'achat effectif et le prix versé. En cas de refus, nous avons proposé l'organisation d'un concours, visant à attribuer les biens à un prix juste. Plus généralement, le Gouvernement souhaite adopter une position particulièrement morale en la matière, les privatisations devant être justes et transparentes.

S'agissant de la protection normative des intérêts des investisseurs, plusieurs projets de loi sont à l'étude. Ils sont notamment relatifs à la protection des droits des investisseurs minoritaires, à la levée des restrictions d'accès des investisseurs étrangers aux entreprises ukrainiennes ou au rapatriement des profits...

Par ailleurs, permettez-moi de dire quelques mots des priorités internationales de notre Gouvernement. En premier lieu, nous avons pour ambition d'entrer dans l'OMC. Dès demain, je présenterai ainsi au Parlement, la Verkhovna Rada, huit lois relatives à la libéralisation du marché des services, condition préalable à notre entrée dans l'OMC. Nous espérons, en outre, que nous réussirons à obtenir le statut de pays à économie de marché avant la fin de l'année.

Je tiens à affirmer solennellement que nous sommes euro-optimistes. Dans ce cadre, personne ne nous empêchera de nous tourner vers l'Union Européenne. En conséquence, nous faisons tout pour rapprocher notre législation de la législation communautaire. Par ailleurs, le précédent Gouvernement avait initié un projet d'espace économique uni, devant aboutir à un rapprochement économique avec la Russie notamment. Notre position en la matière est simple : nous voulons commercer et déplacer nos capitaux librement. Nous voulons également que les citoyens puissent se déplacer librement, dans le cadre de migrations légales. Malheureusement, la position de la Russie est actuellement complexe. En effet, elle insiste sur la création d'une union douanière ainsi que sur une plus grande intégration. Nous comprenons parfaitement que nous ne pourrons pas être membre de deux unions douanières. En conséquence, notre Président, Victor Ioutchenko, devra faire des choix.

J'espère que le renforcement de la présence d'investisseurs français en Ukraine fera progresser notre pays dans la voie du développement et de l'intégration européenne. Pour ce qui nous concerne, nous ferons tout ce que nous pouvons pour que vous soyez en mesure de travailler et de vous développer sans contrainte.

L'Ukraine six mois après la révolution orange

Son Excellence Philippe de SUREMAIN
Ambassadeur de France en Ukraine

Lors de notre dernière rencontre, il y a un an, nous n'avions pas imaginé les événements que l'Ukraine a connus. La visite du Premier Ministre ukrainien aujourd'hui témoigne de l'intérêt que l'Ukraine porte à la France. Il s'agit même de la première visite d'Ioulia Timochenko dans un pays d'Europe occidentale.

La révolution orange a été totalement atypique. En effet, elle a pris place dans un pays qui n'était pas à la dérive, mais qui, au contraire, connaissait une croissance remarquable. Nous n'avons pas vu surgir des protestataires contre la misère : nous avons au contraire assisté à l'irruption d'une société civile aspirant à la reconnaissance de ses droits. Il s'agissait clairement d'une manifestation de dignité.

Depuis six mois, que s'est-il passé ? Aujourd'hui, nous sommes face à un triple paradoxe. Tout d'abord, nous sommes en présence de deux leaders, chacun conservant une popularité extraordinaire. L'état de grâce se poursuit, le Président et le Premier Ministre ayant encore toute la confiance de la population. En revanche, les Ukrainiens considèrent que la situation n'a pas changé. Certains, certes minoritaires, se disent même déçus. Toutefois, l'opinion publique ukrainienne a compris que les choses ne pouvaient pas changer en un seul jour. En effet, un long effort est nécessaire pour que l'Ukraine change radicalement.

Par ailleurs, l'opposition a disparu. La majorité est en effet très massive et un consensus s'est fait autour de la démocratie et de la liberté d'expression. Journaux et télévisions ont considérablement évolué, donnant la parole à des personnes d'opinions très différentes. Force est de constater néanmoins que la majorité peine à contenir ses rangs. Avant les prochaines élections législatives, qui se tiendront dans dix mois, les débats demeureront particulièrement actifs. Même si cette situation emporte des questionnements à propos de la cohérence du pouvoir, les Ukrainiens approuvent une telle logique. Les débats portent sur les privatisations, les réformes fiscales, les investissements étrangers... Toutes ces réformes sont très attendues par les Ukrainiens, qui veulent que leur pays entre à l'OMC et, surtout, rejoigne l'Union Européenne.

La situation géostratégique de l'Ukraine n'a évidemment pas changé. Toutefois, la « Révolution orange » a engendré l'apparition d'un nouvel acteur régional. Auparavant, l'Ukraine, d'une certaine manière, jouait à « la godille » et faisait preuve d'une grande discrétion. Désormais, l'Ukraine a conquis sa fierté. Forte de son identité affirmée, elle entend le faire savoir. L'Union Européenne se trouve donc face à un grand voisin, avec lequel elle doit nouer un partenariat renforcé. Celui-ci doit, avant toute chose, être de nature économique.

Quoi qu'il en soit, le partenariat avec la Russie demeurera intense, tout en étant plus complexe. Les Européens que nous sommes doivent être conscients de cette problématique. D'un point de vue politique, l'Ukraine devient un acteur régional. Elle a notamment l'intention de transformer le GUAM en une véritable organisation régionale, qui aura une influence sur la Mer Noire. Les Etats-Unis, en outre, sont évidemment un grand partenaire de l'Ukraine. Lors de la « Révolution orange », Américains et Européens ont agi de concert. Notons également que l'Ukraine a des vues sur l'OTAN, beaucoup d'hommes politiques considérant qu'une intégration à cette organisation facilitera l'intégration de l'Ukraine en Europe.

Des perspectives s'ouvrent donc. J'espère que vous serez, en tant qu'entrepreneurs, les pionniers du développement de ce grand pays.

Les relations politiques et parlementaires au service des relations économiques franco-ukrainiennes

Jean-Pierre PLANCADE
Président du Groupe interparlementaire France-Ukraine du Sénat

J'ai la conviction que la démocratie ne peut se bâtir que sur l'économie et les échanges. L'histoire de la « Révolution orange » illustre ce mouvement. Le lien entre la liberté des idées et la croissance a joué un rôle de fond dans l'aboutissement du changement.

Le Groupe interparlementaire France-Ukraine et son homologue ont un rôle important à jouer dans les domaines économique et politique. Prenons l'exemple de la réforme administrative en Ukraine. Très ambitieuse, elle vise à rapprocher l'administration des citoyens et à décentraliser certaines compétences. Comme en France, ce transfert devra s'accompagner d'un transfert de moyens. La décentralisation a une dimension économique qui concerne les investisseurs et les entreprises. Tous les observateurs s'accordent à penser que la réussite de cette réforme est un préalable indispensable au rapprochement avec les normes européennes. De plus, de l'adoption de cette réforme dépend le bon aboutissement de la réforme constitutionnelle et, en particulier, l'instauration d'un régime parlementaire. Le Groupe interparlementaire France-Ukraine peut jouer un rôle dans ce domaine, dans la mesure où, en France, le Sénat est le « représentant » des collectivités décentralisées. Nous pourrons donc transmettre notre savoir-faire en la matière à la Verkhovna Rada.

Le Groupe interparlementaire France-Ukraine peut également apporter son concours pour l'intégration de l'Ukraine à l'Europe. Le choix européen de l'Ukraine est un choix de civilisation. Les parlementaires ukrainiens auront un rôle essentiel à jouer dans ce domaine. En effet, le Parlement va être saisi de plus de 350 projets de loi, destinés à rapprocher la législation ukrainienne de l'acquis communautaire. De nombreuses lois vont être revues pour simplifier le fonctionnement des entreprises et instituer une concurrence ouverte et transparente. Par ailleurs, la lutte contre la corruption est une des priorités du nouveau Gouvernement.

Plus largement, il nous faut dépasser les perspectives du plan d'action 2005-2007 du 22 février 2005 et préparer un accord d'association entre l'Ukraine et l'Europe pour 2008. En outre, la présence des investisseurs étrangers doit être renforcée. Signalons à ce titre que la présence des entreprises françaises, tant en qualité de clientes que de fournisseurs, est trop faible - elle a même régressé. Les liens politiques étroits entre nos deux pays doivent se traduire par une nouvelle progression des échanges commerciaux. La France doit être un partenaire privilégié de l'Ukraine dans sa marche vers l'Europe. Si l'impulsion politique est importante, il est évident que les entreprises elles-mêmes doivent faire preuve d'initiative. Je tiens d'ailleurs à saluer la visite récente du MEDEF en Ukraine, ainsi que la venue, à Toulouse, d'une importante délégation d'industriels ukrainiens.

En dépit des aléas de la construction européenne, les Ukrainiens ont raison de vouloir vivre la grande aventure de l'intégration européenne. En effet, c'est grâce à l'apport de cultures différentes que la construction européenne revêt une réalité magique.

La révolution économique

Pierre COMPAGNON
Chef de la Mission économique à Kiev

Jusqu'à présent, l'Ukraine a été, d'une certaine manière, une « belle endormie ». Il s'agit d'un grand pays agricole et industriel. Son industrie est, après 10 années de crise, sur la voie du renouveau. Les services, en outre, se développent fortement.

Rappelons que l'Ukraine ne se résume pas à Kiev, ce pays comprenant cinq villes de plus d'un million d'habitants. C'est le Sud du pays qui présente la plus forte croissance. De manière générale, cette dernière est tirée par les exportations, la consommation et l'investissement. Si les exportations sont une force, elles comportent des faiblesses. En effet, 40% d'entre elles sont liées aux métaux, l'Ukraine possédant la septième sidérurgie du monde. Or, les prix des métaux, qui ont flambé, vont redescendre au cours des années à venir.

Par ailleurs, l'Ukraine affiche une certaine dépendance énergétique envers la Russie principalement. En conséquence, le Gouvernement essaie actuellement de trouver de nouvelles sources d'approvisionnement. L'inflation, en outre, est repartie à la hausse à l'automne dernier : elle s'est élevée à plus de 12 % en 2004. Le déficit budgétaire, quant à lui, a été limité à 3,4 % en 2004. Toutefois, l'héritage en la matière est lourd.

Le nouveau Gouvernement présente le grand avantage d'avoir un programme clair. Ce n'était pas le cas auparavant, personne ne connaissant véritablement la politique de l'Ukraine. Aujourd'hui, le programme du Gouvernement s'appuie sur la lutte contre la corruption, la hausse sensible du niveau de vie, la suppression des avantages dont bénéficiaient certains secteurs de l'économie, la suppression des zones économiques spéciales... Au final, le budget présenté par le Gouvernement est très intéressant : les premiers résultats de l'année 2005 sont encourageants. Il est à noter que, du fait de la réforme des institutions en cours, aboutissant à une baisse des pouvoirs du Président, l'exécutif se doit d'agir très vite. Les futures élections législatives incitent également le Gouvernement à agir rapidement. S'agissant des relations avec la Russie, la position du Gouvernement est claire : l'Ukraine veut agir en tant qu'Etat souverain, tout en conservant des liens historiques et profitables avec la Russie.

Signalons également que le Gouvernement veut réduire de 18 000 le nombre de fonctionnaires. Il existe en outre une volonté d'agir vite en matière de privatisation, ce qui est une bonne chose.

Au final, la volonté politique du Gouvernement ukrainien est nette et affirmée : de nombreuses réformes se mettent en place, dans ce pays aux ressources extraordinaires. Enfin, même si les derniers mois ont été marqués par de forts remous, je pense qu'il faut investir rapidement dans ce grand pays.

Christian PONCELET

J'ouvre maintenant le débat.

De la salle

Hubert Védrine, il y a quelques mois, a évoqué un éventuel soutien de la Pologne à la candidature ukrainienne. Qu'en est-il ?

Sergiy TERIOKHINE

L'Ukraine doit-elle entrer dans l'Union Européenne prioritairement, notamment avant la Turquie ? Cette réponse doit être donnée par les Européens eux-mêmes. Pour notre part, nous montrerons à l'Europe les avantages et les risques d'une intégration de l'Ukraine dans l'Europe. Connaissant vos attentes, nous sommes en train de préparer nos réponses.

Quoi qu'il en soit, avant cette éventuelle entrée dans l'Union Européenne, nous voulons obtenir le statut de pays à économie de marché et entrer dans l'OMC. Lorsque cette question sera réglée, comme celle de nos relations avec la Russie, nous pourrons réfléchir, de manière plus approfondie, à la question que vous venez de poser.

De la salle

J'ai été séduit, Monsieur Teriokhine, par l'idée de créer une structure d'accompagnement des investissements étrangers. Une telle agence serait très utile en Ukraine. C'est d'autant plus vrai qu'elle existe dans tous les pays de l'Est européen qui sont entrés dans l'Union européenne. Quels en seraient les objectifs ?

Sergiy TERIOKHINE

Cette agence aura trois objectifs :

- la distribution d'informations sur les possibilités d'investissement dans les différentes branches de l'économie ukrainienne. Nous voulons rendre publiques nos données statistiques, ainsi que nos projets pour les entreprises d'Etat qui ne sont pas encore privatisées.

- l'accompagnement des projets d'investissement ;

- la résolution des litiges avant saisine de la Justice.

Si vous souhaitez obtenir davantage d'informations, vous pourrez consulter le site Web du Ministère de l'Economie ukrainien.

De la salle

Je représente l'Entreprise Lafarge. Monsieur Teriokhine, vous avez affirmé que des mesures étaient prises pour lutter contre la corruption, notamment en supprimant les zones économiques spéciales. Notre société a l'intention de construire une nouvelle usine. Or, les équipements, pour cette usine, n'existent qu'en dehors de l'Ukraine. Les droits de douane rendent ce projet peu intéressant. En conséquence, allez-vous contribuer à la réduction des droits de douane ?

Sergiy TERIOKHINE

Oui. Les droits de douane afférents aux investissements comme les vôtres seront drastiquement abaissés.

De la salle

Allez-vous reconduire la mesure qui a permis la suppression des visas pour les ressortissants européens ?

Sergiy TERIOKHINE

Oui, sous réserve que les pays européens nous tendent également la main en contrepartie. Je vous invite donc à militer, auprès de vos dirigeants, pour que l'égalité entre nos deux pays soit de mise en la matière.

Les voies de la réussite

Jacques MOUNIER
Président de la section Ukraine des CCEF et
Directeur général de Caylon Banque Ukraine

Mon intervention sera moins optimiste que les précédentes. Lors des précédents colloques, on me demandait de parler de « la réussite des entreprises en Ukraine ». Aujourd'hui, on me demande d'évoquer les « voies de la réussite ».

Tout d'abord, la « Révolution orange » a levé nos derniers doutes quant au caractère européen de l'Ukraine et quant à sa volonté d'entrer dans l'Union Européenne. Il s'agit d'un fait radicalement nouveau : l'Ukraine va converger vers l'Europe. Les entreprises, en outre, font montre d'un intérêt manifeste vis-à-vis de ce pays.

Les entreprises étrangères cherchent à produire en Ukraine. Toutefois, elles aspirent également à distribuer et à vendre. En effet, l'Ukraine présente de grands avantages dans tous ces domaines, tout particulièrement en termes de production. Je vous invite à y réfléchir.

Plus généralement, je vous invite à comprendre l'Ukraine. Comprendre l'Ukraine, c'est comprendre qu'il s'agit encore largement d'un pays de « paysans paisibles ». Comprendre l'Ukraine, c'est comprendre également que ce pays a vécu sous un régime de terreur pendant longtemps. Il faut bien avoir à l'esprit que l'Ukraine est le pays des « doubles standards ». Ainsi, avant de changer drastiquement ce pays, plusieurs générations seront nécessaires. En outre, comprendre l'Ukraine, c'est comprendre que la « Révolution orange » a clairement changé la donne, de manière irrémédiable. Comprendre l'Ukraine, enfin, c'est comprendre que ce pays éprouve des difficultés en matière de planification et de gestion. Nous avons souvent une impression de désordre, voire d'incompétence. Toutefois, les mesures visant à réduire le nombre de fonctionnaires devraient y remédier.

L'Ukraine, évidemment, bénéficie de nombreux atouts.

- Sa position géographique est enviable

- Les coûts salariaux y sont bas.

- La population est européenne, éduquée, motivée et obéissante.

- Son marché est riche de 47 millions d'habitants.

- L'ouverture à l'Europe est une réalité.

Toutefois, l'Ukraine pâtit de quelques points faibles.

- Les infrastructures sont de qualité variable, de même que la main d'oeuvre.

- La bureaucratie « historique » reste présente.

- Le système éducatif s'étiole.

- Les administrations sont lourdes et opaques.

- Les lois et les règlements sont difficiles à comprendre et parfois contradictoires.

- Les doubles standards sont légion.

- La corruption reste de mise.

Dans ces conditions, comment est-il possible de réussir en Ukraine ? Je crois qu'il faut y venir, y revenir et faire preuve d'humilité. Il ne faut pas hésiter à demander des conseils. Il faut également faire preuve d'organisation et ne pas hésiter à recourir à des partenaires. De plus, il convient d'être connu et respecté et de ne pas céder à la corruption. En outre, il ne faut pas hésiter à former des jeunes, tout en s'adjoignant les services d'expatriés expérimentés.

Je profite de la présence de Monsieur Teriokhine pour rappeler qu'il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Tous les projets de l'Ukraine (entrée dans l'OMC ou entrée dans l'Union Européenne) prendront du temps. Avant cela en effet, l'Ukraine doit tout faire pour créer les conditions de la compétitivité.

Financements et évolution du système bancaire ukrainien

Vladimir IVANOV

Représentant à Kiev, Société Générale, CCEF

La Banque Nationale de l'Ukraine est l'autorité monétaire du pays, également responsable du fonctionnement du système de paiements, de la réglementation et de la supervision des banques et de la réglementation et du contrôle des changes.

Les banques commerciales sont au nombre de 160. Elles travaillent selon des normes internationales. De plus, la capitalisation est alignée sur les normes du Comité de Bâle. Douze banques ont été notées par des agences de notation internationales en 2004. J'ajoute que notre système bancaire a résisté aux deux crises de 1998 et de 2004, celles-ci n'ayant pas entraîné de faillite. Aujourd'hui, le niveau de dépôts est revenu à la normale.

Malgré sa faible capitalisation, notre système bancaire présente un rythme de croissance impressionnant (+39 % en 2004). Si le poids du secteur bancaire dans l'économie demeure faible (40 % du PIB), les actifs du secteur bancaire connaissent une dynamique importante. Ce développement accéléré est dû au développement des infrastructures, à l'augmentation des dépôts (tout particulièrement de la part de la population), ainsi qu'à la confiance accrue dans le secteur bancaire et dans la monnaie nationale.

Au vu de la taille de notre pays et de sa population, le nombre de banques est très important. Les conditions de la compétition ne sont pas respectées. Dans les faits, six ou sept banques seulement ont un réseau national : elles concentrent l'essentiel des actifs et des passifs. Cinq banques cumulent ainsi 45 % des actifs et dix en cumulent 70 %. Citons notamment Privatbank, Aval Bank, ProminvestBank.... Parmi les banques à capitaux étrangers, nous trouvons notamment Calyon, ING, Raiffeisenbank.

Notre système bancaire présente plusieurs avantages.

- La collecte des fonds est rapide et efficace, tout particulièrement grâce aux banques dotées d'un réseau.

- Les transferts de fonds à l'échelle nationale et internationale sont rapides.

- Les crédits à court terme sont faciles à obtenir pour le refinancement des fonds de roulement.

- Les crédits à moyen terme demeurent des produits rares, réservés aux clients privilégiés des grandes banques.

- Le nombre de comptes détenus en dollar, en euro ou en monnaie locale n'est pas limité.

Plusieurs points faibles doivent, en revanche, être notés.

- Il n'y a pas de crédits de moyen et de long termes.

- Il n'y a pas d'instruments de gestion du risque de change et de taux.

- La gamme des produits demeure restreinte.

- Le coût du crédit reste assez élevé. Signalons néanmoins que ce coût est en baisse constante depuis 2001.

- Les changements de réglementation sont fréquents, tout comme les interférences du contrôle des changes et des autorités fiscales dans les transactions en devises.

Vous pouvez assurer le financement de vos projets grâce au crédit export. Ce financement s'opère sous couverture des agences de crédit export, comme la Société Générale par exemple. Ce mode de financement permet notamment d'obtenir des taux beaucoup plus intéressants.

Quelles sont les grandes tendances de l'évolution du marché bancaire ? Tout d'abord, les banques locales, comme les banques étrangères, considèrent qu'il faut se développer dans la banque de détail, le crédit à la consommation et le crédit hypothécaire. De la même manière, la gamme de produits bancaires s'élargit : dans ce cadre, le fort accroissement du nombre de cartes bancaires est à souligner. Nous notons également une arrivée de plus en plus forte des banques occidentales. Les grandes banques ukrainiennes prennent conscience du fait qu'elles ne peuvent plus se recapitaliser en recourant à leurs actionnaires historiques. Elles sont donc prêtes à céder une partie de leur capital pour assurer leur développement. Par ailleurs, les banques occidentales font montre d'un intérêt de plus en plus fort pour se développer dans la banque de détail. Les projets de fusion de banques nationales se développent également.

Vendre et distribuer en Ukraine

Cette table-ronde était animée par Pierre COMPAGNON, Chef de la Mission économique à Kiev.

Participaient à cette table-ronde :

Matthieu DELAVENNE, Directeur, Schneider Electric Ukraine, CCEF ;

Charbel KANAAN, Directeur, Hexagone (produits de beauté) ;

Jean-Philippe BERNIER, Président directeur général, Alternativ ;

Eugène CHERNOV, Gérant, Abanico ;

Oxana GRIGOROVSKAYA, Directeur commercial, CGTT Voyages ;

Thomas HODGKINSON, Directeur commercial, ABX Logistics ;

Vladimir IVANOV, Représentant à Kiev, Société Générale, CCEF ;

Marina KHVATOVA, Directrice associée, Alest ;

Cyril LEFEBVRE, Directeur Routes Est, Daher.

I. Vendre à l'industrie et au Gouvernement

Matthieu DELAVENNE

L'environnement général et historique de l'Ukraine doit être rappelé. Ce pays est un véritable « patchwork » culturel de régions, dont les évolutions et le niveau de développement sont variables. La localisation des entreprises emporte donc des conséquences sur leur développement. Rappelons également que peu de personnes, en-dehors de Kiev, parlent le français et l'anglais. En outre, l'intégration verticale reste un fait marquant. En conséquence, les Ukrainiens font peu confiance aux sous-traitants ou aux partenaires.

Par ailleurs, la segmentation entre les différents secteurs de l'activité reste forte. Le fonctionnement en réseaux informels reste la règle. Peu de personnes ont une approche marketing. En effet, elles ont essentiellement une approche de producteur. Pour autant, les évolutions en la matière sont fortes. De manière générale, si les investissements sont plus faciles qu'auparavant, la situation demeure stable. Il convient donc d'être très strict, afin d'être certain de conserver le contrôle de son business.

En outre, il existe plusieurs types d'accès au marché ukrainien. Le bureau de représentation offre une certaine flexibilité, mais ne permet pas un accès complet au marché. En effet, il ne permet pas de travailler d'égal à égal avec un client ukrainien. Seule une filiale locale vous offre autonomie et accès facilité au marché.

L'Ukraine est un pays qui ne rémunère pas encore très bien la valeur intellectuelle. En conséquence, il est difficile de faire payer le service. Les processus de certification demeurent très complexes : de fait, la grande majorité des normes doit être revue. Les problèmes de propriété intellectuelle sont également très nombreux, aucun système ne permettant de reconnaître celle-ci. De plus, le système est limité par les contraintes fiscales et les problématiques de financement : les sociétés demeurent en effet sous-capitalisées.

Par ailleurs, le processus de vente aux entreprises publiques est lourd et très long. Les appels d'offres peuvent être remis en cause au gré des changements politiques. Toutefois, le Gouvernement s'est engagé à travailler sur le sujet. L'organisation, en outre, est souvent complexe : nombre d'interlocuteurs se déclarent être décideurs. C'est pourquoi il convient de décoder les rapports de force internes, pour identifier les vrais décideurs. Signalons que le financement reste le problème clé.

Enfin, je souhaite vous adresser quelques recommandations.

- Votre choix d'accès au marché doit dépendre de votre ambition en termes de business et de typologie de clients.

- Vous devez maîtriser, dès le départ, votre réseau de distribution.

- Vous avez intérêt à vous adjoindre les services d'un expatrié, qui sera chargé de former les collaborateurs ukrainiens. Il convient également de prendre des positions sur le marché de manière rapide et d'établir des bases saines et maîtrisées.

- Vous devez trouver les bons intermédiaires si vous voulez traiter avec les grandes sociétés d'Etat.

II. Animer un réseau de distribution

Charbel KANAAN

Notre société, Hexagone, est présente en Ukraine depuis 10 ans. PME, nous y distribuons des produits de beauté, en qualité de représentant unique de grandes marques françaises. En tant que PME, notre problématique est radicalement différente de celle des grands groupes.

Nous agissons dans le cadre du marché de la distribution sélective. Celle-ci n'existe pas comme concept légal. En outre, nous ne disposons d'aucune donnée relative à la taille du marché. Ce constat est notamment valable en matière d'évolution du marché des cosmétiques en Ukraine. En tant qu'acteur principal de ce marché, nous avons dû faire nos propres estimations. Il est à noter que leur calcul demeure très empirique.

En dépit de cette absence de données, nous savons que toutes les marques mondiales de cosmétiques sont représentées en Ukraine. Certaines procèdent à des exportations directes à des détaillants (Chanel) quand d'autres s'appuient sur des distributeurs exclusifs. Ce deuxième schéma est très majoritaire.

Il existe trois acteurs principaux en Ukraine. Nous en faisons partie. En parallèle, nous trouvons une multitude d'entreprises mineures. Cela dit, le marché est désormais très structuré et très concentré. Il repose sur quatre chaînes de distribution locales et de nombreuses sociétés ukrainiennes indépendantes : aucun distributeur occidental n'y est présent. Au total, nous comptons 140 points de vente, spécialisés dans le domaine de la distribution sélective, répondant aux standards de grandes marques. A titre d'exemple, signalons que la France compte 2 000 points de vente de ce type.

Certains des points de vente agréés présentent un chiffre d'affaires comparable à celui réalisé dans les meilleurs points de vente français. Leur organisation est typiquement occidentale. Nous trouvons, en parallèle, des points de vente non-agréés. Evidemment, ces derniers nous posent de nombreux problèmes. Leur assortiment de produits de grandes marques est relativement réduit et se cantonne à des produits peu chers ou à des produits accessibles sur le marché parallèle : il s'agit souvent de contrefaçons.

Notre société a été créée en novembre 1995 à Kiev. En décembre 2001, nous avons signé un contrat de partenariat stratégique avec Brocard, prévoyant des échanges d'actions entre les deux Groupes et une répartition des différents aspects de notre activité. Par ailleurs en 2003, nous avons décidé de nous développer en Russie. Cette démarche témoigne de la possibilité de s'implanter en Ukraine avant de s'attaquer au marché russe, plus concurrentiel et plus difficile.

Après dix ans d'existence et d'activité en Ukraine, Hexagone est le principal distributeur de parfums et de cosmétiques. Nous comptons 160 employés ukrainiens et sommes le premier annonceur dans la presse magazine nationale. Notre portefeuille de marques est le plus important en nombre et en chiffre d'affaires. Ainsi, nous représentons 96 marques en Ukraine, appartenant à Cosmopolitan Cosmetic, YSL Beauté, Procter & Gamble, Inter Parfums, Puig, Unilever etc., ce qui constitue un record mondial.

A présent, laissez-moi vous présenter notre mode de fonctionnement. Nos achats sont réalisés par une structure française, K&K, qui la refacture ensuite à Hexagone. Une telle logique donne des garanties de paiement à nos fournisseurs. En outre, d'un point de vue légal, nous avons tout intérêt à faire peser les contrats d'exclusivité sur une entité française. De surcroît, nous utilisons également une structure située à Berlin pour procéder à une partie de nos achats : dans ce cadre, nous recourons au même schéma que celui évoqué précédemment. En termes de structures, nous fonctionnons exactement comme une entreprise installée en Occident. Nos équipes sont composées de jeunes Ukrainiens, que nous avons entièrement formés. Certains d'entre eux, « partis de rien », occupent désormais des postes à très haute responsabilité.

Le marché ukrainien doit encore s'affranchir d'obstacles et de freins. La corruption, tout d'abord, est une réalité, présente à tous les échelons de la hiérarchie de la fonction publique. La bureaucratie reste pléthorique, quand les cadres légaux et réglementaires sont instables. Les habitudes de consommation sont radicalement différentes de celles constatées en Occident. Par ailleurs, la problématique du financement est évidemment cruciale pour une PME. Malheureusement, rappelons que les grandes banques françaises refusent de financer des PME travaillant avec l'Ukraine. Les grandes banques ukrainiennes, quant à elles, imposent des taux relativement élevés, de l'ordre de 13 % à 14 % pour des prêts en euro. Le personnel peut poser problème. En effet, si la main d'oeuvre qualifiée est abondante, nous avons besoin de compétences marketing, encore largement absentes. Enfin, l'existence d'un marché parallèle doit être signalée. Il repose très largement sur la contrefaçon. Au final, nous sommes confrontés à une concurrence déloyale forte, que ne se limite pas à cette simple problématique de la contrefaçon. En effet, certaines entreprises ne payent pas d'impôts. D'autres ne payent pas de droits de douane...

Le marché ukrainien présente néanmoins plusieurs attraits. Il est ouvert à la nouveauté. En outre, en pleine croissance, il n'est pas saturé. Les investissements publicitaires sont relativement peu élevés. De plus, des marques mineures ont la possibilité de s'y imposer. Enfin, une classe moyenne est en train d'émerger. Elle offrira des potentialités de développement très intéressantes.

III. Débat

Jean-François GREINER, ALIAXIS

En matière d'importations, l'Ukraine souffre-t-elle du même syndrome que la Russie ?

Charbel KANAAN

Il est évident que nous trouvons en Ukraine nombre d'importations « grises », voire « noires ». Certaines entreprises payent peu, voire pas, de droits de douane. Ces pratiques sont malheureusement courantes, et parfois banales. Pour notre part, nous payons tous nos droits de douane. Force est de reconnaître cependant que nous faisons figure d'exception.

Matthieu DELAVENNE

Les différences en la matière sont fortes selon les typologies de produits. Les droits de douane sont variables selon les produits. En conséquence, l'incitation à la fraude l'est tout autant. Signalons que les pouvoirs publics font preuve d'un grand volontarisme en la matière, souhaitant réellement rétablir une certaine équité.

De la salle

Monsieur Kanaan, êtes-vous confronté à ce que nous pouvons appeler une « véritable » contrefaçon ? Je pense notamment aux produits qui, bien qu'utilisant un label de luxe, sont en fait de faux produits.

Charbel KANAAN

Oui. Nous sommes confrontés à des produits contrefaits en provenance de Turquie, mais également d'Ukraine.

Elise ONDET, CCIP Hauts-de-Seine

Monsieur Kanaan a rappelé que les modes de consommation ukrainiens différaient des modes de consommation internationaux. Pourquoi les produits rencontrant un large succès dans le monde entier ne sont-ils pas des réussites en Ukraine, et inversement ?

Charbel KANAAN

Tout est question de goût. Par ailleurs, l'Ukraine, au contraire de la France par exemple, n'a pas de véritable histoire en matière de consommation de produits de grande marque. En effet, le marché ukrainien s'est ouvert au moment où les nouveautés étaient légion dans le domaine des produits de beauté. A cette date, elles sont toutes arrivées en Ukraine. Au final, les Ukrainiens ne font montre d'aucune fidélité aux marques.

De la salle

Qu'en est-il de la certification afférente aux produits d'équipement ?

Matthieu DELAVENNE

Cette certification existe. Elle suppose, de votre part, un investissement relativement lourd au départ. Enfin, force est de constater qu'elle se renforce.

Eugène CHERNOV

Il est possible de faire certifier des marchandises au cas par cas ou de manière permanente. Quoi qu'il en soit, il est important de disposer d'un partenaire local, en charge des questions de certification.

Valérie MARCELIN, L'Usine nouvelle

Considérez-vous que l'Ukraine peut constituer un bon apprentissage avant d'attaquer le marché russe ?

Cyril LEFEBVRE

Oui. C'est d'ailleurs ce que nous avons fait au sein de l'usine Daher. Le développement en Ukraine permet de se familiariser avec le fonctionnement des marchés de la zone. L'Ukraine, de par sa position centrale, constitue une bonne plate-forme de distribution.

Marianne NUBLAT

Il faut rappeler, de manière générale, que l'Ukraine n'est pas un pays facile pour les PME.

Marina KHVATOVA

De plus en plus, les entreprises essaient de trouver leur place sur le marché russe en partant des pays voisins. Quoi qu'il en soit, tout dépend de votre stratégie et des produits que vous vendez.

Thomas HODGKINSON

Je considère, pour ma part, que le marché ukrainien est beaucoup plus facile à aborder que le marché russe, tant pour les PME que pour les grands Groupes.

Eugène CHERNOV

Le marché ukrainien présente un réel intérêt. Vous vous intéressez aux marchés polonais, tchèque et slovaque en raison de leurs tailles. Rappelons que l'Ukraine est un marché de 47 millions d'habitants, au potentiel industriel insuffisamment exploité.

De la salle

Des sociétés de négoce international peuvent-elles être référencées comme des centrales d'achat ? Doivent-elles, au contraire, référencer tous leurs produits ?

Charbel KANAAN

Elles doivent référencer tous leurs produits.

De la salle

Toutes les sociétés souhaitant s'implanter en Ukraine doivent faire attention aux noms de leurs marques. Blédina, par exemple, s'est implantée sous ce nom en Russie. Or « blédina » est un terme très vulgaire en russe. En conséquence, chaque entreprise doit être sensibilisée à cette question.

Marc GILLAUX, Bretagne International

Quels sont les modes de transport les plus appropriés pour accéder au marché ukrainien ?

Jean-Philippe BERNIER

Pour les Européens, la voie maritime n'est pas la plus appropriée. Si vous voulez exporter depuis l'Europe occidentale, le camion constitue le meilleur recours. En effet, la sécurité ne pose pas de problème particulier et les temps d'attente sont raisonnables.

Intervention de Christine LAGARDE
Ministre déléguée au Commerce extérieur

C'est un grand honneur et un grand plaisir pour moi, en tant que Ministre et en tant que femme, d'accueillir Madame Timochenko, égérie de la « Révolution orange ». Croyez, Madame le Premier Ministre, que toute la France était derrière vous quand vous meniez votre combat pour la liberté. Je vous remercie d'avoir choisi la France, comme destination de l'un de vos premiers déplacements à l'étranger. Je suis sensible à ce geste qui témoigne de votre volonté de relancer notre coopération bilatérale.

Je souhaite revenir sur trois points. Sur le plan économique, le redressement de l'Ukraine se confirme. Il est le fruit de réformes structurelles qui doivent encore être amplifiées. Les années à venir seront essentielles pour les relations entre l'Union Européenne et l'Ukraine. Celle-ci a dû s'adapter à la reprise des tarifs extérieurs communs. L'élargissement de l'Union Européenne a constitué un plus pour son économie, les entreprises ukrainiennes étant désormais aux portes d'un marché de 450 millions de consommateurs.

Sur le plan bilatéral, les relations économiques entre nos deux pays sont à nouveau sur une pente ascendante. En 2004, les échanges commerciaux ont représenté 685 millions d'euros. Exportations et importations ont progressé. Ces résultats sont encore trop modestes. Plusieurs moyens s'offrent à nous pour améliorer ces performances. La prochaine Commission mixte, en 2006, devrait nous permettre de progresser. La COFACE, en outre, a inclus l'Ukraine dans un système d'enveloppe globale.

Bien évidemment, ce sont les entreprises françaises qui feront progresser les affaires en concrétisant leurs projets. En conséquence, il appartient à nos deux Gouvernements de les aider pour dynamiser les relations franco-ukrainiennes. J'ai l'intention d'y contribuer personnellement, en me rendant en Ukraine, comme le faisait mon prédécesseur François Loos. En outre, Ubifrance prévoit l'organisation de trois nouvelles rencontres consacrées aux relations entre la France et l'Ukraine avant la fin de l'année.

Intervention Ioulia TIMOCHENKO
Premier Ministre de l'Ukraine

Je vous suis très reconnaissante pour votre chaleureux accueil. Ces rencontres sont d'une importance vitale pour notre pays. A la fin de l'année 2004, lorsque des millions d'Ukrainiens se sont soulevés pour leur liberté et pour le droit de vivre honnêtement, de nombreux Français étaient présents. Journalistes et hommes d'affaires nous ont apporté leur aide afin d'assurer le bon déroulement des élections. Je tiens à vous remercier pour cette aide, qui a rendu possible la victoire du peuple ukrainien.

Le nouveau pouvoir ukrainien a de grands devoirs vis-à-vis de son peuple. L'ouverture de notre pays au monde en est un des volets essentiels. En effet, pendant 14 ans, l'Ukraine a vécu repliée sur elle-même. Dans la mesure où, nous aspirons tous à la liberté, nous devons travailler ensemble afin d'assurer une bonne utilisation des nouvelles possibilités qu'offre l'Ukraine. Auparavant, l'absence de stabilité politique, évidemment, ne contribuait pas au développement des affaires. Actuellement, l'Ukraine se purifie de toutes les pratiques de l'ancien régime : la presse peut désormais s'exprimer comme elle l'entend. De plus, le Gouvernement, soutenu par le Président ukrainien Victor Ioutchenko, met tout en oeuvre afin de faire disparaître la corruption et l'économie grise. L'Ukraine doit devenir un Etat de droit. Le système judiciaire doit être placé au service du peuple et les hommes d'affaires prêts à nous rejoindre.

Durant les premiers mois suivant notre arrivée au pouvoir, nous avons développé un programme visant à faciliter l'installation d'investisseurs étrangers en Ukraine. Nous travaillons actuellement à une réduction de la bureaucratie. Nous avons également soumis à l'étude de la Verkhovna Rada un projet de loi visant à faciliter l'exploitation des terrains pour la construction de bureaux ou d'entreprises. Autrefois lourde et fastidieuse, l'acquisition de terrains devrait en être grandement facilitée. Je suis persuadée, en outre, que le Gouvernement ukrainien parviendra à faciliter l'installation d'entreprises françaises en Ukraine.

Par ailleurs, nous essayons d'abolir progressivement toutes les fonctions bureaucratiques inutiles qui entravent l'esprit d'entreprise. En effet, cette lourdeur bureaucratique suscitait les réticences des entreprises françaises. Soyez cependant assurés que nous mettrons tout en oeuvre pour faciliter les investissements français à l'avenir. En outre, nous aspirons à la disparition des préférences colossales créées au bénéfice de certaines entreprises ukrainiennes, afin de mettre en place les conditions d'une concurrence loyale.

Quelles sont nos priorités ? Tout d'abord, nous nous battons pour notre véritable indépendance : l'Ukraine doit devenir un Etat souverain. Or, d'un point de vue énergétique, nous dépendons presque entièrement de la Russie. Si nous aimons et respectons la Russie, nous souhaitons diversifier nos sources d'énergies. Aussi une plus grande coopération avec les industries énergétiques françaises est-elle primordiale pour l'Ukraine. Dans le domaine du nucléaire notamment, nous aspirons à une réelle indépendance.

Par ailleurs, nous voulons donner un nouveau souffle à nos centrales thermiques, en recourant davantage au charbon ukrainien. Pour ce qui est de l'industrie gazière, la construction de nouveaux gazoducs permettant d'acheminer le gaz du Caucase peut être envisagée. Dans ce domaine également, la mise en place de véritables relations de coopération avec les entreprises françaises s'impose. En outre, chacun est conscient de la qualité de nos terres agricoles. Nous espérons que l'industrie agroalimentaire occidentale voudra s'y développer. Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que vous ayez envie de venir travailler dans ce secteur. Soyez certains que l'Etat ukrainien vous apportera, dans ce domaine, tout son concours.

Notre coopération doit être multiforme. Les hommes d'affaires français doivent devenir de véritables partenaires pour l'Ukraine. Quoi qu'il en soit, nous sommes à l'écoute de toutes vos demandes, afin d'être en mesure de prendre en compte tous vos besoins. De cette manière, j'espère que vous pourrez orienter le pouvoir ukrainien et que vous vous sentirez bien dans notre pays.

Par ailleurs, nous ne concevons une intégration de l'Ukraine en Europe que par le biais de projets économiques puissants. Si nous parvenons à construire une coopération économique forte dans tous les domaines, l'intégration politique de l'Ukraine en sera grandement facilitée. J'ajoute que nous nous sentons européens. Enfin, soyez assurés, même si nous avons été choqués par le « non » français, que nous sommes parfaitement conscients qu'il n'était pas dirigé contre l'Ukraine. En conséquence, je reste persuadée que nous pouvons être des partenaires particulièrement dignes l'un de l'autre.

Je vous remercie une nouvelle fois pour votre soutien. Je suis prête à répondre à vos questions.

De la salle

La société Lafarge souhaite construire une usine de production de gypse en Ukraine. Elle est prête à construire dès maintenant cette usine, pour un montant initial de 30 millions d'euros. Allez-vous mettre en oeuvre une législation susceptible d'attirer les investissements étrangers ? Quand celle-ci sera-t-elle appliquée ?

Ioulia TIMOCHENKO

De manière générale, nos portes sont vous largement ouvertes à une seule condition : vous devez payer vos impôts. Sur tous les autres aspects, notre législation contribuera à faciliter les projets. Nous allons analyser tous les éléments bureaucratiques qui peuvent être la source de blocages : nous éliminerons ceux qui ne présentent aucun intérêt.

Par ailleurs, nous allons adopter les certifications européennes, ce qui devrait faciliter les exportations. En outre, je suis persuadée que nous allons considérablement réduire les tarifs douaniers. En outre, nous allons faire voter une loi réduisant considérablement les délais d'acquisition des terrains : ceux-ci seront de l'ordre d'un mois environ. De plus, tout sera fait pour que les entrepreneurs étrangers du bâtiment puissent travailler beaucoup plus facilement en Ukraine.

L'instabilité de notre législation vous inquiète à juste titre. Je tiens cependant à réaffirmer que la législation que nous allons mettre en place sera stable. Je peux également vous rassurer, notamment en matière de « re-privatisation ». Celle-ci n'a pas lieu d'être. Nous voulons au contraire soutenir la propriété privée. De manière plus générale, je ne peux que vous inviter à venir travailler dans notre pays.

Investir et produire en Ukraine

Table ronde

Participaient à cette table ronde :

Irina VAN GELDEREN, Chef du pôle Russie-Ukraine, Bongrain Evropa Vostok ;

Jean-Marie BARDOUT, Directeur, Cap-Est, CCEF ;

Olga PANKOVA, Blezat ;

Michel CHOISY, Dirigeant, Axioma ;

Antoine DANZON, Consultant, Avin ;

James HOGAN, Avocat associé, Cabinet Salans ;

Jacques MOUNIER, Président, Calyon Banque Ukraine, CCEF ;

Richard MUSZYNSKI, Directeur général, Mazars Ukraine.

Cette table ronde était animée par Pierre COMPAGNON, Chef de la Mission économique à Kiev et Dominique MENU, Responsable du bureau de représentation, BNP Paribas Ukraine.

I. Fabriquer et vendre en Ukraine

Irina VAN GELDEREN

Je représente le Groupe Bongrain, spécialisé dans l'industrie agroalimentaire. Bongrain est présent dans 150 pays du monde. Le Groupe s'est largement développé en Europe centrale à partir du début des années 90. Il est désormais le premier investisseur dans l'industrie fromagère d'Europe centrale. En Russie, notre implantation date de 1992 : il s'agissait à l'époque d'une filiale d'importation de produits français. Avant la fin des années 90, nous avons considéré qu'il fallait produire depuis les pays locaux. En conséquence, nous avons considéré que ces premières productions devaient prendre place en Ukraine. Nous avions besoin d'un approvisionnement en lait suffisant : l'Ukraine nous offrait cette possibilité. Nous avons donc acquis une usine en 2001. Elle produit aujourd'hui 6 000 tonnes de fromage à pâte pressée. 60% de cette production est exportée en Russie.

Toutes les sociétés implantées en Ukraine sont concernées par la problématique liée aux relations avec l'administration, qu'elle soit régionale, centrale ou fiscale. Sur ce dernier point, les premières années ayant suivi notre installation en Ukraine ont été très difficiles. En effet, nous étions les seuls à payer des taxes et étions constamment sollicités par l'administration fiscale. Les lois, en outre, sont sources de multiples interprétations. Cela est tout particulièrement le cas pour les lois relatives au lait et aux produits laitiers, faisant de la société transformatrice de lait que nous sommes de véritables agents fiscaux pour le compte de l'Etat. Ajoutons à cela que nous avons été frappés, au moment des élections, par des demandes très pressantes de la part de l'administration. Celle-ci souhaitait nous faire payer davantage. Or, nous avons pour ligne directrice de ne jamais céder à des demandes illégales ou émanant d'acteurs corrompus. Par conséquent, nous avons déposé de multiples recours devant les différentes juridictions ukrainiennes. Dans ce cadre, les autorités françaises nous ont apporté un concours très efficace. Nous avons gagné ce procès. Cette victoire a créé une certaine forme de précédent puisque, ensuite, la situation des entreprises étrangères a commencé à évoluer.

Je pense que les lois que le nouveau Gouvernement veut mettre en place vont faciliter grandement l'arrivée de nouveaux investisseurs étrangers en Ukraine. L'égalité sera la règle en matière de concurrence et de respect des lois, ce qui est une excellente chose. La corruption, qui est actuellement combattue par le Gouvernement ukrainien, sera encore présente pendant de longues années. Au-delà de Kiev, où des évolutions sont à l'oeuvre, il ne faut pas oublier que l'Ukraine est un pays majoritairement rural. Dans les campagnes, la corruption est encore particulièrement présente. Cela dit, je suis persuadée que l'Ukraine est maintenant sur la bonne voie.

II. Faire sous-traiter en Ukraine

Jean-Marie BARDOUT

Notre société, Cap-Est, est installée en Ukraine depuis 1993 : nous sommes spécialisés dans la confection sur le territoire ukrainien. Nous employons une quarantaine de personnes. La sous-traitance est intéressante si vous comptez vous développer en Ukraine : elle vous offre une possibilité d'aborder le marché ukrainien et les marchés situés dans les pays voisins.

Investir en Ukraine, dans le cadre d'une activité de sous-traitance, présente plusieurs avantages.

- Le cadre réglementaire est adapté. Le traitement en perfectionnement passif (TPP) bénéficie d'un cadre douanier spécifique, visant à faciliter l'activité de sous-traitance. Ce cadre réglementaire a quelque peu été durci en début d'année. Toutefois, il demeure intéressant. Ce système, qui fonctionne bien, est largement utilisé.

- L'Ukraine est un pays dans lequel il est possible de travailler efficacement. L'on peut créer une entreprise, recruter du personnel ou assurer facilement le rapatriement des capitaux.

- Il existe un savoir-faire industriel évident, hérité de l'ère soviétique. Ce savoir-faire est particulièrement présent dans la métallurgie, les industries de pointe et le textile. En revanche, il n'existe pas de politique industrielle en Ukraine. Enfin, des investissements doivent encore être réalisés.

- La main d'oeuvre est bien formée et les jeunes sont très motivés. Le personnel est très flexible. Les salaires moyens sont compris entre 85 et 110 euros mensuels. Les femmes, par ailleurs, sont très présentes dans la vie professionnelle, y compris dans les postes de direction.

- La proximité géographique et culturelle avec l'Europe occidentale est une réalité. Les temps de transport en camion et en avion sont réduits. De plus, le décalage horaire ne s'élève qu'à une heure. Par ailleurs, même si le pays sort de 70 ans de communisme, l'influence européenne demeure. Nous avons des traditions et des modes de pensée comparables.

- Il faut être présent sur ce marché pour fabriquer, mais aussi pour vendre. Encore faut-il avoir pris des positions suffisamment tôt pour pouvoir le faire. Quoi qu'il en soit, l'Ukraine présente des avantages comparatifs évidents, notamment par rapport aux pays d'Europe de l'Est.

Comment investir en Ukraine dans le cadre d'une activité de sous-traitance ? Tout d'abord, il convient de définir précisément les objectifs, en termes de prix, de volume, de délais et de qualité. Il convient également de savoir précisément ce que l'on est prêt à confier à des opérateurs ukrainiens. Ainsi, il faut déterminer, par exemple, si l'on jouera un simple rôle de donneur d'ordres ou si, au contraire, l'on va investir directement.

Il est nécessaire de rechercher le partenaire local adéquat. Ce dernier peut être trouvé grâce au concours des cabinets-conseil et des missions économiques. Les salons spécialisés peuvent également servir d'appui. Plus généralement, il ne faut pas hésiter à voyager, et ce d'autant plus que, contrairement à ce que de nombreuses personnes pensent, l'Ukraine ne se résume pas à Kiev. D'autres régions présentent de grands avantages, en matière de salaires par exemple. Par ailleurs, lorsque la volonté d'entreprendre est au rendez-vous, les entreprises sont susceptibles d'accomplir de grands progrès. Les « bons » directeurs d'usine doivent ainsi être identifiés. Or, ils ne peuvent l'être qu'à la faveur de la multiplication des discussions et des visites.

Lorsque vous aurez identifié les personnes et les usines avec lesquelles vous comptez travailler, vous devrez, en France, organiser un support de qualité. Celui-ci doit être à même de vous offrir une documentation correctement traduite, tout en assurant un bon suivi de la production. Les indicateurs relatifs à la production doivent également être irréprochables. Toutes les questions relatives à la logistique, au transport et à la douane doivent être correctement gérées. En effet, si tel n'était pas le cas, les coûts de vos productions risqueraient d'être considérablement grevés. Enfin, lorsque la marchandise reviendra en France, elle devra être réceptionnée et contrôlée. Toute production jugée non-convenable, en outre, doit être identifiée. Dans ce cadre, le sous-traitant doit être tenu informé de toute production présentant une certaine défectuosité.

Il est également indispensable d'assurer un contrôle sur place. Tout d'abord, il doit être dédié à la qualité des produits et au suivi de la production. Vous pouvez effectuer vous-même ce contrôle. Toutefois, vous pouvez également recourir à une société de contrôle locale. Faire un contrôle sur place permet également d'assurer, le cas échéant, la formation du personnel local et de préparer les investissements ultérieurs.

Plusieurs enjeux se profilent pour l'activité de sous-traitance en Ukraine. Tout d'abord, il sera nécessaire de diminuer la dépendance aux approvisionnements extérieurs. En effet, il est actuellement difficile de trouver certains produits, certaines matières premières et certains traitements complémentaires sur place. De surcroît, l'intégration verticale devra être réduite, au profit d'un travail en réseau. L'Ukraine doit également être à même de conserver ses acquis et ses savoir-faire. En conséquence, la formation doit être de bonne qualité. De plus, des gains de productivité devront être trouvés. L'outil de production devra faire l'objet d'investissements conséquents. Enfin, les transferts de savoir-faire (en termes d'organisation en premier lieu) devront s'accélérer.

III. Débat

De la salle

L'Ukraine va-t-elle conserver des zones de développement prioritaire ?

Richard MUSZYNSKI

Les autorités ont rompu les engagements pris en la matière au début de l'année 2005 : les zones existent toujours, contrairement aux avantages fiscaux qui y étaient attachés. Il est à noter que, politiquement parlant, les autorités n'avaient pas réellement d'autre choix.

Dominique MENU

Monsieur Danzon, quelles sont les principales questions sous-tendant la problématique de l'investissement en Ukraine ?

Antoine DANZON

Les grands groupes internationaux se doivent d'être présents en Ukraine. Ils considèrent qu'il s'agit d'un des derniers relais de croissance en Europe. Force est de constater, cela dit, que la sécurisation des investissements pose problème. Cela renvoie directement à la nécessité de trouver un partenaire local. Souvent, ce partenaire local est encore indispensable. Par ailleurs, les investisseurs étrangers doivent être accompagnés dans leur démarche auprès de l'administration et doivent disposer d'une bonne interprétation des lois ukrainiennes.

La problématique managériale doit également être évoquée. En effet, certaines des sociétés à acquérir affichent une excellente rentabilité mais recourent largement à l'économie grise. Or, il est évidemment nécessaire, pour un grand Groupe occidental, de mettre un terme à une telle situation. Il convient alors de convaincre le vendeur et le management local de l'intérêt de cette logique, ce qui suppose un certain talent.

De la salle

L'Entreprise à laquelle j'appartiens commercialise des produits pharmaceutiques. Quel est l'avenir du marché ukrainien des produits pharmaceutiques et des produits agroalimentaires ?

Olga PANKOVA

Le marché ukrainien des produits pharmaceutiques et des produits agroalimentaires se développe. Plusieurs investisseurs étrangers, spécialisés dans ces activités, sont venus s'installer en Ukraine.

Matthieu DELAVENNE

Ces deux marchés présentent de fortes différences. En matière de produits pharmaceutiques, la contrefaçon est encore largement répandue. Des groupes comme Servier et Pfizer éprouvent des difficultés à s'imposer. En matière de production agroalimentaire, les entreprises françaises présentes en Ukraine se développent bien, à une condition cependant : elles doivent assurer des productions locales.

Olga PANKOVA

Force est de constater que la corruption règne sur le secteur pharmaceutique. Les opérateurs étrangers rechignent donc à assurer une partie de leur production en Ukraine. Ce constat vaut également pour la Russie.

De la salle

Le secteur de la transformation des produits agroalimentaires est en fort développement en Ukraine. Par ailleurs, des solutions visant à pallier la disparition récente des avantages fiscaux sont-elles à l'étude ?

Patrice JUILLIEN, Dupuis Mécanique

L'économie ukrainienne est très centralisée. Existe-t-il, en parallèle, une économie organisée en réseau autour de PME ? La fidélité du personnel ukrainien est-elle de mise ?

Dominique MENU

Madame le Premier Ministre ukrainien est présente en France, notamment pour signer plusieurs accords en matière aéronautique. Auparavant, ce secteur était totalement intégré à l'économie soviétique. Aujourd'hui encore, une bonne partie de la production est à destination de la Russie. Toutefois, une nouvelle holding va être créée. Même si nous ne disposons d'aucune information claire à ce sujet, nous pouvons envisager que cette création aille de pair avec l'apparition de petites structures nouvelles.

Jean-Marie BARDOUT

Il n'existe aucune règle générale en la matière. Si certains secteurs de l'économie présentent une intégration verticale forte, d'autres, en revanche, sont organisés autour de petites ou moyennes structures.

Le personnel ukrainien est-il fidèle à son employeur ? Si vous payez correctement votre personnel, s'il est bien traité et correctement motivé, il restera. Par ailleurs, il est à noter que les salaires varient largement d'une région à l'autre.

Michel CHOISY

Si, en tant que sous-traitant, vous voulez suivre un donneur d'ordre occidental, vous devez avoir à l'esprit que des opportunités s'offrent à vous. Vous pouvez déplacer une structure de France vers l'Ukraine. Vous pouvez également créer une structure ex nihilo, ce qui n'est pas toujours facile. Toutefois, cette démarche n'est pas plus aisée en France. Enfin, à bien des égards, une telle création est plus facile en Ukraine qu'en Europe occidentale.

De la salle

Quelle est la valeur d'une garantie d'Etat en Ukraine ?

Dominique MENU

Elle a une valeur dans tous les pays dès lors qu'elle est accordée. C'est de moins en moins le cas néanmoins. Pour ce qui est des garanties d'Etat portant sur le retour financier d'un prêt, vous devez savoir que deux garanties souveraines seulement ont été accordées au titre de l'année 2005. La première concerne un projet d'autoroutes et la seconde un projet relatif aux installations spatiales. D'autres projets pourraient être éligibles à ces garanties à l'occasion d'un collectif budgétaire.

Un intervenant du Club de Kiev

Un exploitant français, cultivant des terres en Ukraine, s'inquiète d'une éventuelle hausse du prix du carburant. Qu'en est-il ? Existe-t-il des mesures de soutien à l'élevage ?

Pierre COMPAGNON

Madame le Premier Ministre a pris une position ferme à ce titre, en décidant que l'Etat fixerait les prix de l'essence. La fiscalité dédiée à l'essence a été modifiée : un accord a été trouvé autour du prix des carburants. A l'avenir, les prix évolueront en fonction des cours du pétrole. Toutefois, il convient de rappeler que la fiscalité sur les produits pétroliers est particulièrement faible en Ukraine.

Dominique MENU

Pour répondre à votre seconde question, le Gouvernement ukrainien essaie actuellement de relancer la filière de l'élevage. Le soutien à l'élevage et à l'industrie agroalimentaire a été affiché comme étant prioritaire. Cependant, le Gouvernement n'a pas communiqué de plans clairs à ce sujet. Monsieur Choisy, pourriez-vous nous présenter votre expérience en matière de création d'entreprise en Ukraine ?

Michel CHOISY

J'ai aidé une entreprise espagnole, appartenant au secteur du bois, à s'installer en Ukraine. Cette entreprise regroupe une cinquantaine de personnes. L'unité de production ukrainienne que nous avons mise en place comprend une dizaine de personnes. Cette opération, qui est une réussite, prouve que de petites entreprises peuvent se développer en Ukraine. Lorsque l'on commence à investir dans ce pays, et tout particulièrement dans le secteur de la production, il faut absolument mettre en place un contrôle absolu. Il est à noter que les Ukrainiens acceptent un tel contrôle. Il ne faut donc pas s'en priver.

De la salle

L'entreprise à laquelle j'appartiens est spécialisée dans la production de fours. Nous recherchons des partenaires à même de fournir, à des coûts intéressants, des éléments métalliques. Comment pouvons-nous les trouver ? Pouvons-nous réellement leur faire confiance ? En effet, nous travaillons avec des partenaires tchèques, ce qui a occasionné des problèmes de qualité. Nous espérons que ces difficultés ne se reproduiront pas en Ukraine.

Jean-Marie BARDOUT

Il est difficile de trouver des partenaires ukrainiens. Vous n'avez d'autre choix que d'aller sur place, de rencontrer des acteurs et de visiter les usines. Si vous considérez avoir trouvé un partenaire fiable, vous devez lui proposer de produire une série test.

Matthieu DELAVENNE

Une partie de l'appareil de production de l'industrie mécanique ukrainienne est obsolète. Elle date souvent des anciens Konzerns soviétiques et n'a pas été renouvelée depuis plusieurs décennies. Dans le domaine de la petite mécanique et de la tôlerie classique notamment, les partenaires fiables sont peu nombreux. De plus, nombre d'entreprises de ce type, qui présentaient un meilleur degré de modernité, ont été pillées dans les années 90. En conséquence, dans ce secteur d'activité, vous auriez plutôt intérêt à créer une entreprise, comme Monsieur Choisy l'a expliqué.

Michel CHOISY

Des formules intermédiaires, prenant la forme d'un partenariat entre une entreprise française et une entreprise ukrainienne, existent. Cette dernière demande des apports de technologie et d'expertise : une telle solution présente un réel avantage pour l'entreprise française. Trop souvent, les investisseurs français pensent que l'on ne peut s'implanter en Ukraine que par le biais de la sous-traitance. Or, cette solution n'est pas forcément la plus pertinente. En effet, dans nombre de situations, les entrepreneurs ukrainiens considèrent que le fournisseur est roi.

De la salle

Je souhaite poser une question à Madame Van Gelderen. Vous avez décidé d'acheter une usine en Ukraine : le processus d'achat a-t-il été long ?

Irina VAN GELDEREN

Non. Nous n'avons eu besoin que de huit mois pour cela. Une fois l'usine achetée, nous avons décidé d'augmenter les volumes de production et d'améliorer les technologies qui y étaient présentes. Cela supposait, évidemment, la mise en oeuvre de nouveaux investissements. En outre, nous avons construit un atelier très moderne, spécialisé dans la production de fromage fondu : nous avons rénové tout le système de chauffage, utilisant une technologie au gaz. Nous avons également accompli d'importants efforts d'un point de vue marketing. Enfin, nous avons créé une marque, ce qui suppose, évidemment, des investissements.

De la salle

Le délai d'obtention de l'autorisation de construction pour l'atelier de production de fromage fondu a-t-il été long ?

Irina VAN GELDEREN

Les délais ont été compris entre un an et demi et deux ans. De plus, les délais inhérents à l'obtention des certifications sont également à prendre en compte.

Dominique MENU

Monsieur Hogan, pourriez-vous nous dire quelques mots de la dimension juridique de la création d'une société ?

James HOGAN

Juridiquement parlant, le processus de création d'une société est très lourd. Le pouvoir en place a émis le souhait de réduire considérablement le temps nécessaire à la création d'une société. Toutefois, force est de constater que quatre semaines sont encore nécessaires pour la création d'une société.

Richard MUSZYNSKI

Certes. Cependant, il est aujourd'hui possible de créer une société dans des délais qui ne sont pas déraisonnables, loin de là. Créer une société simple, en particulier, est désormais relativement facile.

De la salle

Les banques françaises sont-elles prêtes à soutenir les PME qui veulent s'installer en Ukraine ? En effet, celles-ci se sentent très seules actuellement.

Jacques MOUNIER

Jusqu'à présent, nous considérions qu'un tel soutien n'était pas très pertinent, pour la PME en premier lieu. Certes, la situation évolue quelque peu. Toutefois, les banquiers auraient à supporter l'essentiel de votre risque s'ils vous soutenaient dans une telle démarche. Je reste donc très réservé quant à la généralisation d'une telle logique. Quoi qu'il en soit, je suis tout à fait prêt à vous conseiller.

Vladimir IVANOV

Je vous invite à étudier le programme de la BERD, offrant des soutiens aux PME.

Dominique MENU

On compare trop souvent les PME italiennes, allemandes et françaises. Les PME italiennes s'installant en Ukraine sont de très petites entreprises, appartenant à des réseaux informels très actifs. Les PME allemandes, quant à elles, sont de très grosses PME. Epaulées par leurs banques locales sous couvert de la garantie apportée par la maison-mère, elles assurent une grande part de leur financement sur leurs fonds propres. Par ailleurs, les banques françaises rechignent à accompagner nos PME dans leur développement à l'international. Une nouvelle forme de portage de leurs projets doit peut-être être trouvée. Cependant, les PME françaises s'installant en Ukraine sont de plus en plus nombreuses.

Antoine DANZON

Certaines PME françaises ont décidé de s'appuyer sur des banques polonaises. En effet, vous ne devez pas seulement penser aux réseaux bancaires français traditionnels pour financer votre développement.

De la salle

Existe-t-il une forte tradition de construction navale à Odessa ?

Dominique MENU

Non. En revanche, des chantiers navals existent à Nikolaïev. CMA-CGM connaît très bien le port d'Odessa, dans la mesure où elle exploite une ligne de conteneurs à destination de la Chine. Signalons que le Gouvernement souhaite réunir tous les ports d'Ukraine au sein d'une même holding, afin de spécialiser chacun d'entre eux. Si une volonté politique a été exprimée, aucun plan n'a cependant été annoncé.

De la salle

L'Ukraine est-elle encore un constructeur naval ?

Dominique MENU

Absolument.

De la salle

Quel est l'état des infrastructures hospitalières en Ukraine ? Le Gouvernement souhaite-t-il les moderniser ?

Pierre COMPAGNON

L'état des infrastructures hospitalières publiques est très perfectible. En parallèle, certaines cliniques privées, ultramodernes, sont actuellement en phase de construction.

De la salle

Rappelons que les dépenses de santé, en Ukraine, sont inférieures aux dépenses de santé russes. Un important effort en matière de ré-équipement des hôpitaux est à faire : nous ne savons cependant pas quand il sera assuré. De manière plus générale, le système de santé ukrainien doit être rénové, car son état est rudimentaire.

Eric MARTIN, GIRPI

Les stations thermales sont-elles importantes en Ukraine ?

Dominique MENU

En URSS, elles occupaient une place relativement importante. Il est à noter que des sources thermales ont été rachetées par des grands groupes russes. Dans la mesure où elles sont situées dans la région des Carpates, elles sont intéressantes car proches de la frontière de l'Union Européenne. En conséquence, ce secteur, encore méconnu, me semble intéressant et promis à un certain développement dans les années à venir.

Vladimir IVANOV

Une réforme des équipements hospitaliers ukrainiens a été annoncée : des équipements médicaux seront remplacés. Toutefois, il n'est pas prévu de construire de nouveaux hôpitaux. En effet, nos capacités hospitalières sont suffisantes.

Julien DIDI, Hachette Distribution Services

Le marché de la presse, notamment locale, connaît-il une évolution sensible ? Le réseau de distribution est-il moderne ?

Charbel KANAAN

La presse magazine connaît un développement particulièrement fort. Certains opérateurs étrangers sont d'ailleurs présents, à l'image d'Hachette Fillipachi. Enfin, la presse connaît un élargissement de sa gamme, les titres spécialisés étant de plus en plus nombreux.

Etienne MOURMANT, Centraco

Les chaînes d'hôtel font-elles état de projets d'investissements ?

Dominique MENU

Le premier hôtel appartenant à une chaîne occidentale devait ouvrir début mai. Compte tenu de certains problèmes, il ouvrira au début du mois de septembre. Un autre hôtel du même type devrait ouvrir en 2006. Signalons qu'Accor a manifesté son intérêt pour l'Ukraine.

Par ailleurs, s'il existe des velléités d'investissement en Crimée, il semble que les ventes des anciens sanatoriums aient été entachées d'irrégularités. Aussi le Gouvernement a-t-il promis de remettre de l'ordre dans ces procédures. Quelques hôtels privés, d'une capacité de 20 chambres environ, ont été créés dans les Carpates. Je doute néanmoins de leur capacité à rencontrer le succès. D'un point de vue plus global, il est évident que la politique du Gouvernement en matière de visas conditionnera très largement l'attractivité touristique de l'Ukraine.

Antoine DANZON

Nous considérons que l'hyper-centre de Kiev, en matière d'investissements immobiliers, est risqué. Nous incitons donc les investisseurs à financer des projets dans d'autres zones.

Dominique MENU

Dans le domaine immobilier, l'Ukraine tend à se rapprocher des standards européens. Nous sommes tous intéressés par une évolution rapide de l'arsenal juridique ukrainien. En conséquence, j'invite le Gouvernement ukrainien à recourir à nos services. Nous sommes disposés à l'aider.

De la salle

Quid du développement de la thalassothérapie sur les rives de la Mer Noire ?

Dominique MENU

Il est nécessaire d'attendre les conclusions de l'enquête sur l'attribution des anciens sanatoriums soviétiques pour disposer d'une vision relativement claire de cette question. En l'état, je me garderais bien de toute conclusion sur cette région.

De la salle

Je représente un cabinet de recrutement. La pratique du russe est-elle suffisante pour travailler en Ukraine ?

Dominique MENU

Tout dépend des endroits dans lesquels vous travaillez. L'ukrainien est évidemment la langue officielle. Vous devrez souvent l'utiliser. Dans le monde des affaires en revanche, le russe est souvent suffisant. Cela dit, dans la mesure où tous les documents juridiques sont rédigés en ukrainien, vous devez maîtriser cette langue. J'indique également que vous ne pouvez pas vous cantonner à la langue anglaise.

Jacques MOUNIER

Certes, le russe est la langue véhiculaire. Toutefois, l'ukrainien doit être maîtrisé dans les entreprises. En conséquence, si vous vous installez en Ukraine, vous devrez vous adjoindre les services d'un juriste ukrainien. C'est beaucoup plus prudent.

Richard MUSZYNSKI

Je rappelle également que tous les documents juridiques doivent être traduits en ukrainien : j'insiste sur l'absolue nécessité de disposer d'une excellente traduction.

De la salle

Existe-t-il un site Internet recensant tous les changements législatifs actuellement en cours en Ukraine ?

Dominique MENU

Ces informations peuvent être trouvées sur le site de la Rada. Evidemment, vous n'y trouverez que des informations en ukrainien. Vous pouvez également consulter la revue Invest Gazietta, recensant les modifications de loi.

Pierre COMPAGNON

A l'issue de cette journée, je ne peux que vous inviter à prendre contact avec nous, et, surtout, à venir en Ukraine.

Synthèse rédigée en temps réel par la société Ubiqus Reporting France

01 44 14 15 00 / www.ubiqus-reporting.com

Colloque organisé sous l'égide du groupe interparlementaire
France-Ukraine,
par la Direction des Relations internationales du Sénat
et la direction "Événements et Prospective Marchés" d'UBIFRANCE.
Pour toute information sur les colloques Sénat-UBIFRANCE, vous pouvez contacter
le service des Relations internationales du Sénat :
M. Michel LAFLANDRE, Conseiller
Téléphone : 33 (0)1 42 34 20 47 - Télécopie : 33 (0)1 42 34 27 99
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