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21 août 2008 : Espagne ( texte déposé au sénat - première lecture )

 

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N° 498

SÉNAT

SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2007-2008

Rattaché pour ordre au procès-verbal de la séance du 23 juillet 2008

Enregistré à la Présidence du Sénat le 21 août 2008

PROJET DE LOI

autorisant l'approbation de l'accord-cadre entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume d'Espagne sur les dispositifs éducatifs, linguistiques et culturels dans les établissements de l'enseignement scolaire des deux États,

PRÉSENTÉ

au nom de M. François FILLON,

Premier ministre

Par M. Bernard KOUCHNER,

ministre des affaires étrangères et européennes

(Renvoyé à la commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées, sous réserve de la constitution éventuelle d'une commission spéciale dans les conditions prévues par le Règlement.)

EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

I. - CONTEXTE

La France et l'Espagne ont signé le 16 mai 2005 à Madrid un accord-cadre sur les dispositifs éducatifs, linguistiques et culturels dans les établissements de l'enseignement scolaire des deux États.

Cet accord était souhaité par l'ensemble des Parties concernées pour renforcer la coopération entre les deux États dans le secteur de l'éducation et de l'enseignement des langues française et espagnole, dans le prolongement de l'accord culturel et scientifique de 1969.

Il permet de reconnaître et de réglementer les dispositifs déjà existants, avant de procéder à de nouvelles mises en oeuvre dans les communautés autonomes, compte tenu du transfert des compétences éducatives opéré en Espagne.

De nombreuses perspectives sont ainsi ouvertes :

- pour le développement de l'enseignement bilingue en langue française et en langue espagnole et la mise en place, dans un cadre européen, de programmes innovants pour l'essor du plurilinguisme ;

- pour la mise en place d'un double diplôme délivré à l'issue de l'enseignement secondaire facilitant la mobilité et une intégration réussie dans l'enseignement supérieur des deux pays ;

- pour le développement des échanges d'élèves, de professeurs et de responsables éducatifs et le renforcement des coopérations entre les consejerias de educacion des communautés autonomes en Espagne et les rectorats des académies en France.

II. - PRINCIPALES DISPOSITIONS

L'accord-cadre rappelle en son chapitre I les enjeux des activités des établissements scolaires pour la coopération éducative et culturelle bilatérale.

En Espagne, un dispositif d'enseignement bilingue dynamique et en constante augmentation a débuté en 1998 et concernait, à la rentrée 2006, cent quatre-vingt-deux établissements scolaires de quatorze communautés autonomes qui scolarisent près de dix-huit mille élèves de l'enseignement primaire et secondaire. Le modèle retenu, très souple, proche des sections européennes en France, renforce l'enseignement du français et introduit l'enseignement en langue française d'une ou deux disciplines (disciplines littéraires, scientifiques, sportives ou artistiques). Les élèves sont évalués à l'aide du diplôme d'études en langue française (DELF scolaire).

Les quatorze communautés (Andalousie, Aragon, Asturies, Baléares, Cantabrie, Castille et Leon, Castille la Manche, Extrémadure, Galice, La Rioja, Madrid, Murcie, Navarre, Pays basque) offrant actuellement ce dispositif souhaitent l'étendre ou le consolider. Il est prévu l'ouverture d'environ cinquante sections bilingues supplémentaires.

Dans le cadre du chapitre II de cet accord, des perspectives sont aussi ouvertes en matière :

- d'échanges d'élèves pour des périodes de courte et moyenne durée ;

- d'échanges de professeurs et de mise en place de formations continues communes (dans un fort contexte européen) ;

- de renforcement des programmes d'assistants de langue (actuellement quatre cent quatre-vingt-onze jeunes Espagnols et deux cent soixante-seize jeunes Français : un meilleur équilibre est envisagé) ;

- de renforcement des coopérations entre les facultés d'éducation et les instituts universitaires de formation des maîtres pour la réalisation de stages pratiques permettant un renforcement linguistique pour les professeurs des écoles et de l'enseignement secondaire (professeurs de français, professeurs d'espagnol, professeurs des sections bilingues européennes et internationales) ;

- de renforcement des coopérations éducatives sur les secteurs faisant débat (qualité de l'éducation, évaluation des acquis, diversification des filières et itinéraires, enseignement bilingue et plurilingue, accueil des élèves issus de l'immigration, violence scolaire...)

Le français est la seconde langue vivante enseignée dans le système éducatif espagnol. 1 150 000 élèves et étudiants apprennent le français actuellement. La nouvelle loi sur l'éducation n'a pas inscrit l'obligation d'apprendre deux langues étrangères pour tous les élèves scolarisés dans l'enseignement général et professionnel. La seconde langue vivante doit cependant être proposée en option par tous les établissements scolaires au niveau de l'enseignement secondaire.

Bien que seconde langue enseignée, la place du français dans le système éducatif espagnol est fragile et le demeurera tant que les dispositions légales n'institueront pas pour tous les élèves l'obligation de l'enseignement de deux langues vivantes étrangères dans l'enseignement primaire et/ou secondaire, ainsi qu'une évaluation systématique des apprentissages à la fin des études obligatoires et à la fin des études secondaires.

Compte tenu de la large décentralisation du système éducatif espagnol, les communautés autonomes jouent un rôle majeur pour l'enseignement de la seconde langue étrangère. La politique de promotion de l'enseignement des langues vivantes en Andalousie est ainsi exemplaire : 90 % des élèves apprennent le français (trois cent cinquante mille apprenants de français pour cette communauté - 1/3 de l'ensemble des apprenants de français en Espagne). Pour la langue française, les taux d'apprentissage les plus bas s'observent paradoxalement au Pays basque (8,4 %) et en Catalogne (9 %), communautés frontalières. Des dispositifs spécifiques sont fixés en ce sens par l'article 4 de l'accord-cadre.

Il faut pourtant signaler dans de nombreuses communautés, une dynamique nouvelle en faveur de l'introduction du français au troisième cycle de l'enseignement primaire, liée à l'enseignement de l'anglais qui débute en première année du primaire ou en école maternelle.

Quant à la situation de l'enseignement de l'espagnol en France, les sections internationales de langue espagnole représentent pour le ministère espagnol de l'éducation un effort et un investissement importants. Elles sont considérées proportionnellement comme le réseau le plus important dans le monde avec le tiers environ des élèves accueillis et cinquante-deux professeurs titulaires détachés. Les modalités de coopération sont prévues au chapitre III de l'accord.

L'accord prévoit en son chapitre IV (article 7) la création d'une commission ad hoc ayant pour objectif la mise en place d'un double diplôme à l'issue de l'enseignement secondaire.

Ce double diplôme consisterait en une double délivrance du baccalauréat et du bachillerato garantissant un accès de droit à l'enseignement supérieur dans les deux pays. L'obtention des deux diplômes se ferait au terme d'un cursus spécifique.

Concernant l'accès à l'université en Espagne des élèves titulaires de diplômes comme le baccalauréat français, une circulaire parue au bulletin officiel de l'État espagnol le 12 mai 2007 prévoit que le diplôme permettant l'accès aux universités dans le pays considéré est reconnu par les universités espagnoles et dispense ces élèves de l'obligation de se présenter à la selectivitad, épreuve spécifique d'accès pour l'entrée à l'université.

Une commission bilatérale (chapitre IV) est établie par l'accord afin d'en assurer le suivi.

Telles sont les principales observations qu'appelle l'accord-cadre entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume d'Espagne sur les dispositifs éducatifs, linguistiques et culturels dans les établissements de l'enseignement scolaire des deux États qui, comportant des dispositions de nature législative, est soumis au Parlement en vertu de l'article 53 de la Constitution.

PROJET DE LOI

Le Premier ministre,

Sur le rapport du ministre des affaires étrangères et européennes,

Vu l'article 39 de la Constitution,

Décrète :

Le présent projet de loi autorisant l'approbation de l'accord-cadre entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume d'Espagne sur les dispositifs éducatifs, linguistiques et culturels dans les établissements de l'enseignement scolaire des deux États, délibéré en Conseil des ministres après avis du Conseil d'État, sera présenté au Sénat par le ministre des affaires étrangères et européennes, qui sera chargé d'en exposer les motifs et d'en soutenir la discussion.

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Article unique

Est autorisée l'approbation de l' accord-cadre entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume d'Espagne sur les dispositifs éducatifs, linguistiques et culturels dans les établissements de l'enseignement scolaire des deux États, signé à Madrid le 16 mai 2005, et dont le texte est annexé à la présente loi.

Fait à Paris, le 21 août 2008

Signé : FRANÇOIS FILLON

Par le Premier ministre :

Le ministre des affaires étrangères et européennes,

Signé : BERNARD KOUCHNER