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29 janvier 2003 : Météo France ( texte déposé au sénat )

 

Objectifs, résultats et cibles de Météo France

Table des matières





N° 155

____

SÉNAT

SESSION ORDINAIRE DE 2002-2003

Annexe au procès-verbal de la séance du 29 janvier 2003

PROPOSITION DE

RÉSOLUTION

tendant à la création d'une commission d'enquête sur les objectifs, résultats et cibles de Météo France,

par M. André VALLET
et les membres du groupe du Rassemblement démocratique et social européen,

Sénateurs

(Renvoyée à la commission des Affaires économiques et du Plan et pour avis à la commission des Lois constitutionnelles, de législation, du suffrage universel, du Règlement et d'administration générale, en application de l'article 11, alinéa 1 du Règlement)

(1) Ce groupe est composé de
: MM. Nicolas Alfonsi, Gilbert Barbier, Jean-Michel Baylet, André Boyer, Ernest Cartigny, Yvon Collin, Gérard Delfau, Fernand Demilly, François Fortassin, Bernard Joly, Pierre Laffitte, Dominique Larifla, Aymeri de Montesquiou, Georges Othily, Jacques Pelletier, André Vallet .



 

Météorologie

EXPOSÉ DES MOTIFS

Mesdames, Messieurs,

Les intempéries de ce début d'année 2003 ont entraîné un chaos dans la nuit du 4 au 5 janvier sur la route et dans les airs. Après l'annulation de leurs vols, des milliers de passagers ont dû passer la nuit dans les aéroports. Sur l'autoroute A 10, quelque 15 000 automobilistes se sont retrouvés piégés pendant des heures au niveau du péage de Saint Arnoult.

Comment une situation météorologique prévisible a pu engendrer de si fortes perturbations ?

L'enquête d'inspection demandée par le ministre de l'Équipement, des transports, du logement, du tourisme et de la mer, dont les conclusions ont été rendues publiques le 15 janvier, a permis de mettre en lumière les responsabilités.

Si Météo France n'est pas directement mise en cause, il semble néanmoins qu'elle ait largement sous-estimé l'ampleur du phénomène.

« Météo France avait certes prévu dès le 3 janvier quelques chutes de neige samedi 4 en région parisienne ainsi qu'un refroidissement de température en fin de journée, mais même dans la matinée du 4, elle n'avait prévu ni le volume important des chutes de neige, ni la brutalité de la baisse de température. Ce n'est d'ailleurs qu'à 14h30 que la carte de vigilance publiée par Météo France met en alerte orange (niveau 3) l'Ile de France, Champagne-Ardennes et le Loiret, alors que celle publiée à 12h10 n'incluait pas ces zones. »1(*)

Les responsables de Météo France ont d'ailleurs reconnu ces insuffisances et les ont expliquées par les limites des modèles de prévision dont les résultats doivent être en permanence confrontés avec l'avis des prévisionnistes.

Il n'est pas rare que les inexactitudes voire les dysfonctionnements de cet organisme soient pointés du doigt.

Ainsi, dans le cas des inondations de la Somme en 2001, il semble qu'il n'y a pas eu vraiment d'alerte de Météo France malgré ses déclarations devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale2(*).. Le directeur du service de la défense et de la sécurité civiles au ministère de l'intérieur a estimé en effet que le « COGIC - qui reçoit tous les messages de Météo France - n'avait pas reçu de message spécifique disant qu'il allait y avoir sur la Somme tel ou tel phénomène ».

D'un côté, des informations sont délivrées sans destinataire, de l'autre, un destinataire potentiel regrette de ne pas recevoir d'information. De toute évidence, il manque un service chargé de donner une information opérationnelle et considérée comme telle par les services de la sécurité civile. Il est vrai que Météo France n'a pas de compétence réglementaire en matière d'inondation et peut-être est-ce regrettable car elle possède une infrastructure scientifique adéquate en termes d'ingénieurs et de super-calculateurs.

S'agissant des tempêtes qui ont dévasté le pays en décembre 1999, là encore, la réputation de Météo France a été mise à mal. Les météorologues avaient bien anticipé l'arrivée des deux tempêtes et leur parcours mais ils ont en revanche totalement sous-estimé la violence et le caractère exceptionnel des évènements, notamment des vents à l'intérieur du territoire. Leurs prévisions concernant la dérive du pétrole provenant de l'Erika se sont révélées de surcroît inexactes.

Est-il besoin d'ajouter encore à l'énumération de ces défaillances dans la prévision des grosses intempéries, les lacunes de procédures d'alerte mises en évidence lors des inondations de l'Aude en novembre 1999 ?

Certes, après avoir tiré les enseignements de ces deux catastrophes météorologiques, Météo France a engagé une concertation approfondie avec les administrations compétentes et une large consultation avec les médias audiovisuels.

Ces réflexions ont abouti en 2001 avec la mise en service opérationnel, au 1er octobre, d'une nouvelle procédure de vigilance. Pour chaque département et pour les 24 heures à venir, quatre couleurs indiquent le niveau de vigilance requis face aux phénomènes météorologiques dangereux.

Si ce dispositif a démontré sa pertinence dans certaines situations, notamment lors des fortes précipitations intervenues le 9 octobre 2001 à Montpellier où les services de secours de l'Hérault ont été prévenus avec une anticipation de 24 heures, on ne peut pas dire qu'il a fonctionné correctement en ce début d'année.

Par ailleurs, le scepticisme, voire l'exaspération, du public vis-à-vis de l'information météorologique diffusée par les médias est de plus en plus perceptible et grandissante. Les prévisions annoncées pour le temps du lendemain sont parfois différentes de celles délivrées sur le site internet de Météo France ; elles comportent souvent des confusions et ne se vérifient pas toujours.

Ancienne administration devenue un établissement public administratif le 1er janvier 1994, Météo France emploie aujourd'hui 3 700 personnes. Les moyens qui lui sont accordés par l'État s'élèvent pour 2003 à 185,9 millions d'euros et les subventions d'investissements à 39,33 millions d'euros.

De la fiabilité et de la diffusion de ses prévisions météorologiques aussi bien que de la qualité de ses alertes dépendent, au-delà du moral et de la tenue vestimentaire de nos concitoyens ou du comportement des automobilistes notamment lors des départs en vacances, la sécurité des personnes et des biens ainsi que les missions des services chargés d'y veiller.

Compte tenu des éléments qui précèdent et du budget non négligeable qui lui est consacré, une commission d'enquête pourrait, au travers de l'étude des objectifs, des résultats et des cibles de Météo France, utilement contribuer à optimiser ses services et ses performances.

Ses travaux devront notamment proposer des solutions aux éventuels problèmes, insuffisances ou lacunes relevés dans :

- l'organisation de cet organisme et particulièrement la coordination entre ses trois échelons -national, régional et départemental- ;

- la définition de son statut et de ses missions ;

- l'équipement de ses centres et stations en outils de prévision ainsi que la couverture radar et satellitaire ;

- la mise en oeuvre des procédures d'alerte et l'identification des interlocuteurs publics ;

- la diffusion et le traitement des informations par les destinataires ;

- et ses relations avec les médias.

Par ailleurs, les travaux de la commission d'enquête pourrait comporter une étude sur le fonctionnement des services de météorologie dans les autres pays de l'Union européenne afin de comparer leurs performances à celles de Météo France.

Tel est, Mesdames, Messieurs, l'objet de la présente proposition de résolution que nous vous demandons de bien vouloir adopter.

PROPOSITION DE RÉSOLUTION

Article unique

Il est créé, en application de l'article 11 du Règlement du Sénat, une commission d'enquête parlementaire de vingt et un membres sur les objectifs, résultats et cibles de Météo France.




1 Extrait du rapport de M. François LEPINGLE sur les intempéries en Région parisienne les 4 et 5 janvier 2003

2 Commission d'enquête sur les causes des inondations répétitives ou exceptionnelles et sur les conséquences des intempéries afin d'établir les responsabilités, d'évaluer les coûts ainsi que la pertinence des outils de prévention, d'alerte et d'indemnisation (novembre 2001)