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Intervention de Monsieur Gérard Larcher, Président du Sénat
Prix 2015 du Meilleur jeune économiste
18 mai 2015

Monsieur le Président du Cercle des économistes, cher Jean-Hervé Lorenzi,
Monsieur le directeur éditorial du Journal Le Monde, cher Alain Frachon
Monsieur le Président du jury du prix du Meilleur jeune économiste, cher Jean-Michel Charpin,
Monsieur le Professeur Antoine Compagnon, qui aura tout à l’heure la lourde tâche de remettre le trophée 2015 du Meilleur jeune économiste,
Mes chers collègues Sénateurs,
Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir au Sénat, dans ces salons de Boffrand, pour cette nouvelle édition du prix du Meilleur jeune économiste, organisée en partenariat avec le Cercle des économistes et le Journal Le Monde, que je salue.

Je retrouve cette manifestation avec plaisir puisque j’avais déjà eu l’occasion de vous accueillir lors de mon premier mandat de Président du Sénat. A l’époque, les lauréats étaient Yann Algan et Thomas Philippon en 2009, Emmanuel Saez en 2010 et Xavier Gabaix en 2011.

Je tiens à rendre hommage aux 41 candidats qui se sont présentés cette année pour s’inscrire dans cette lignée de brillants jeunes économistes et succéder à Augustin Landier, lauréat du prix l’an dernier.

J’observe que si la majorité des candidats travaille en France, huit d’entre eux exercent à l’étranger, notamment aux Etats-Unis, preuve du rayonnement de notre recherche. Au moment où Olivier Blanchard quitte ses fonctions de chef économiste du Fonds monétaire international pour rejoindre un prestigieux groupe de réflexion américain, je crois qu’il est important de le souligner !

Je n’oublie pas non plus que, par le passé, Esther Duflo, qui occupe également d’éminentes fonctions aux Etats-Unis, avait été l’une des nominées au prix du Meilleur jeune économiste et qu’elle avait alors marqué l’assistance. Je ne peux que souhaiter à nos jeunes économistes, qui ont démontré à travers ce concours leur dynamisme, de suivre la trajectoire de ces exemples.

D’ici quelques minutes, Antoine Compagnon, Professeur de littérature française moderne et contemporaine au Collège de France, remettra le trophée 2015, dans cette institution de la République qu’est le Sénat, assemblée qui vote les lois et contrôle l’action du gouvernement.

Cela n’est pas anodin et je voudrais vous délivrer deux messages.

Mon premier message concerne naturellement le Sénat. Le fait pour moi de vous accueillir au Sénat est un acte important de reconnaissance de la vitalité de la recherche économique française. Mais c’est aussi pour moi l’occasion de vous dire le prix que j’attache au dialogue et à l’échange d’idées entre les économistes et les représentants de la Nation que sont les parlementaires.

Décerner ce prix du Meilleur jeune économiste au Sénat permet de nouer des échanges nécessaires entre le monde académique et les élus, entre la recherche théorique et l’économie appliquée.

Le Sénat vient de voter en première lecture le projet de loi dit « Macron » sur la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques. Un texte comme celui-là ne peut évidemment pas être abordé sans prendre en compte les apports de la réflexion économique. Et il en va de même pour le projet de loi sur la santé que nous examinerons prochainement et pour bien d’autres.

Prendre en compte les apports de la recherche économique ne signifie pas se contenter de transposer telle ou telle idée ou théorie économique. Les parlementaires doivent en effet prendre en compte, au niveau politique, un certain nombre d’éléments et de réactions de notre société. C’est la dimension politique ! Mais les échanges d’idées sont nécessaires et, je le pense, mutuellement fructueux.

Je souhaite donc que le Sénat ne soit pas pour vous un simple décor d’un jour ! Je souhaite au contraire qu’il devienne, bien davantage que par le passé, un lieu d’échanges qui vous soit familier, dans l’intérêt de notre pays. Je forme donc le vœu que les échanges entre nos jeunes économistes de talent et les Sénateurs soient plus fréquents. Moi-même, j’y veillerai et je compte sur le Cercle des économistes pour y veiller également !

Le deuxième message que je souhaite vous adresser porte sur la langue française. Je ne me risquerai pas devant Antoine Compagnon à prononcer de grandes théories sur les liens qui peuvent exister entre littérature et économie.

J’ai été frappé de constater, en lisant un certain nombre de vos CV, que plusieurs étaient rédigés en anglais, alors même que le prix du Meilleur jeune économiste est un concours français.

Je sais bien que l’anglais est la langue dominante, la langue majeure de la recherche économique. Mais puisque je m’adresse une génération montante, qui est appelée à occuper de hautes responsabilités et à exercer une grande influence intellectuelle, je veux souligner qu’une langue porte en elle une vision du monde, que la langue française est une langue internationale reconnue dans les institutions mondiales, et que chacun d’entre nous porte une part de son avenir.

Récemment, la nouvelle Secrétaire générale de la Francophonie, Mme Michaëlle Jean, me faisait part de son étonnement que les Français renoncent régulièrement à utiliser leur langue pour privilégier l’anglais, alors que rien ne les y oblige. Que nos amis canadiens ou africains nous rappellent ainsi à nos responsabilités devrait nous faire réfléchir !

Je ne nie bien évidemment pas l’influence de l’anglais dans le domaine économique et je sais que, pour être reconnus par vos pairs au niveau international, vous devrez utiliser cette langue.

Mais je vous invite, lorsque vous le pouvez, à ne pas renoncer à utiliser la langue française, qui doit rester une langue vivante dans tous les domaines. Et c’est un message qui vaut pour l’ensemble des élites de notre pays !

Je vous remercie.