Allez au contenu, Allez à la navigation

Recherche Recherche avancée

Discours de Monsieur Gérard Larcher, Président du Sénat
Université du Medef : « Formidable jeunesse »
Jeudi 27 août 2015

Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de l’intitulé donné à cette table ronde : « Une jeunesse formidable ». Cette jeunesse est la France qui ose, la France de la performance, celle du mérite et de la réussite. Oui la France peut réussir, notamment grâce à l’entreprise, et nos jeunes chaque jour le démontrent et malgré toutes les difficultés, les crises et les doutes, moi je continue à croire en la France.

Paris compte aujourd'hui 4.000 start-up, 12.000 avec l’Île-de-France. C'est plus que Londres ou Berlin.
La France s'est hissée dans le peloton de tête de la révolution digitale. Elle place 90 de ses meilleures pépites dans le top 500 du classement Deloitte.

C'est mieux que n'importe quel pays européen, alors que le Royaume-Uni, en deuxième position, compte 71 représentants dans le classement. En cinq ans, Ymagis a réussi le tour de force de croître à une vitesse fulgurante, avec un taux approchant les 60 000%. « Notre jeunesse explique forcément cette progression », note Jean Mizrahi, son président.
La jeune génération invente un monde nouveau qui bouscule les usages, tous les secteurs sont concernés, la banque, les transports, le voyage… Cette révolution, ce sont nos jeunes qui la portent et nous devrons tous nous adapter.

Mais nous devons aussi être lucides. Il y a 2 visages de la jeunesse en France !
Alors, comment accepter plus longtemps que le taux de chômage des jeunes soit si important dans notre pays. Plus inquiétant encore, le nombre des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en formation ne cesse d’augmenter, les NEET selon la terminologie retenue par l’OCDE (neither in employment, nor in education or training).

De plus, environ un jeune sur deux passe, entre la fin de ses études et avant d’obtenir un emploi stable avec un CDI, par une période de transition faite d’emplois précaires et de succession de CDD.

Ne nous voilons pas la face : nous connaissons les raisons de cette situation.
La première, c’est bien sûr l’échec des politiques menées pour lutter contre le chômage. Ce chômage a continué d’augmenter en France alors qu’il diminue au sein de la zone EURO  depuis plusieurs trimestres ( : 11,5 % en juillet 2014, 11,1% en juillet 2015)…
La vérité, c’est que notre système est à bout de souffle !

Il y a d’abord les insuffisances de notre système de formation initiale. Ce sont les 140 000 jeunes qui sortent, chaque année, sans diplôme ou sans qualification, du système scolaire (chiffre global). Ce sont tous ces jeunes qui « décrochent » et que la « machine à trier », pour reprendre l’expression de MM. Cahuc, Carcillo, Galland et Zylberberg, a découragé, marginalisé et finalement exclu de toute perspective dans le système scolaire d’aujourd’hui.

Il y a ensuite la question du coût pour l’entreprise de l’embauche d’un jeune qui n’a pas ou peu de qualification.

J’ajoute à cela le fait que nos politiques publiques non seulement ont choisi, depuis longtemps, de traiter les symptômes et pas les causes, et parfois ont privilégié des remèdes presque pires que le mal.

Deux exemples : on se polarise sur l’autonomie financière des jeunes et la question du droit au RSA pour les moins de 25 ans… mais la véritable autonomie n’est-elle pas celle de l’emploi et d’un salaire décent, plutôt que le droit à une prestation sociale ? Deuxième exemple : on encourage les contrats aidés dans le secteur non marchand. Le traitement social du chômage que nous avons tous pratiqué n’a guère favorisé réellement le chemin vers l’emploi surtout pour les emplois aidés dans le secteur non marchand ! L’étude toute récente de la DARES qui vient d’être publiée par l’INSEE, confirme ainsi de nombreuses études précédentes.Ancien Ministre du travail, je prends ma part de ces critiques, mais il faut aussi les remettre en perspective. Réformer l’Éducation nationale, ça veut d’abord dire le faire avec l’ensemble des personnels de l’éducation et pas contre eux ! Comme nous le savons tous, les réformes qui touchent la jeunesse sont délicates. Par deux fois, nous avons échoué : en 1994 avec le contrat d’insertion professionnelle, en 2006 avec le contrat première embauche. Ces deux échecs nous montrent combien la pédagogie de la réforme ainsi que le temps de la concertation sont déterminants.

Donc aujourd’hui que faire : je vous propose ce matin trois pistes de réflexion et d’action ;

Sur l’éducation, « parce que tout commence par là », il faut libérer les initiatives et revoir l’organisation du système éducatif avec des écoles, des collèges et des lycées plus autonomes. Sortons de cette société de méfiance qui fait que tout doit être conçu, défini, contrôlé à Paris, rue de Grenelle, très précisément… Sortons de cette conception selon laquelle tout doit être formaté de façon unique au nom de l’égalité. Mais de quelle égalité s’agit-il ?
Celle qui assure très bien la reproduction des élites dans des établissements publics prestigieux ou dans un enseignement privé de qualité ! Mais aussi celle qui laisse de côté les 140 000 jeunes dont je parlais, ou celle qui n’est plus capable de bien former les enfants des classes moyennes comme en attestent nos résultats dans les enquêtes internationales ? Ce n’est vraiment pas ma conception de l’école de la République. Je rappelais dans le rapport que j’ai remis au Président de la République, en avril dernier, sur la Nation française qu’il fallait «  rétablir l’autorité du maître, développer l’autonomie des établissements, et valoriser le mérite de l’élève » afin  que l’école joue à nouveau son rôle de creuset républicain. Il faut reprendre les propositions pour l’École Primaire formulées par un certain nombre de responsables qui s’articulent autour de la liberté pédagogique et de l’autonomie des établissements scolaires, c’est pour moi une priorité).

Deuxième piste : l’apprentissage. Sortons des demi-mesures. Nous avons avec nous Mauro Dell’Ambrogio. Regardons pourquoi l’apprentissage marche en Suisse, en Autriche et en Allemagne. C’est bien sûr une autre conception culturelle de l’éducation et de la formation en alternance. C’est bien sûr une pratique différente des rapports sociaux et du rôle des partenaires sociaux. Il ne s’agit pas de copier. Il s’agit simplement de s’en inspirer pour faire bouger les lignes du système « académique » français qui ignore encore trop souvent le monde de l’entreprise.
Et là encore, deux propositions « simples » : premièrement rééquilibrer la définition des formations au profit des branches professionnelles et des entreprises ; deuxièmement revoir le système de financement de l’apprentissage en donnant une véritable autonomie aux entreprises . Un premier pas a été fait avec la dernière réforme de la formation professionnelle, il faut aller plus loin.().Enfin, troisième piste : renforcer tous les dispositifs qui offrent une deuxième chance aux jeunes et lier toute prestation à une véritable obligation de suivi et de formation. Ce point est, pour moi, central car il montre que nous devons privilégier une logique d’activation des politiques publiques, et notamment de celle de l’emploi.
Cette jeunesse est formidable comme vous l’avez, à juste titre, souligné dans le programme de cette université d’été : ne la mésestimons pas, ne la cantonnons pas dans des dispositifs d’aides. Ce n’est pas ce qu’elle demande. Mais donnons-lui les outils nécessaires pour se former et faire face aux aléas d’une vie professionnelle.
Nous avons échoué par deux fois : CIP/CPE
D’autres pays ont des formules.

Il y a enfin la question de la rémunération.
Quelle réponse ?
Voici, Mesdames et Messieurs, quelques pistes.
Ce sont celles sur lesquelles le Sénat travaille, en particulier la Délégation aux entreprises qui organise, début octobre prochain, une table ronde sur l’apprentissage. Et sur cette base, une proposition de loi pourrait faire avancer les choses sur la rénovation de l’apprentissage et des formations en alternance.

Une jeunesse formidable, oui, mais 2 visages de cette jeunesse que nous ne pouvons plus accepter. 2 mondes qui d’ailleurs s’ignorent souvent et que nous devons rapprocher. Une révolution en marche et des vieilles recettes en face. Ce monde qui change ne peut plus s’accommoder de schémas anciens, vestiges d’une idéologie que le pragmatisme et l’efficacité rejettent.
 
Et je voudrais conclure en évoquant, comme je l’ai fait dans le rapport au Président de la République que j’ai cité,  ces jeunes français de toutes origines et confessions, engagés dans les opérations au Sahel. « Sous l’autorité d’officiers motivés et unis sous la même bannière, le drapeau tricolore ne transparaissait pas pas seulement un « vivre ensemble », expression sans saveur d’une passivité qui se veut tolérante, mais une véritable fraternité ». Voici le sens de l’engagement qui est celui de notre jeunesse. Nous n’avons pas le droit de la décevoir.