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Eloge funèbre de M. Hubert HAENEL,
ancien Sénateur du Haut-Rhin, membre du Conseil Constitutionnel,
le mercredi 30 septembre 2015 à 11 heures
en la Cathédrale Saint-Louis des Invalides


Pères,
Madame,
Mesdames et Messieurs les Membres du Conseil Constitutionnel,
Monsieur le Vice-Président du Conseil d’Etat,
Mesdames et Messieurs les parlementaires, chers collègues,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Hubert Haenel nous a quittés le 10 août dernier, au cœur de l’été.

Je lui ai rendu hommage, aux côtés du Président du Conseil Constitutionnel, du Président du Conseil régional d’Alsace et de nombreux collègues et anciens collègues, du Maire de Lapoutroie, sa commune, lors de ses obsèques qui ont été célébrées le 14 août dans son beau village dont il fut le premier magistrat durant près d’un quart de siècle.

J’ai souhaité que cette cérémonie émouvante, au milieu des siens, trouve un écho, le 14 septembre dernier, le jour même de la reprise des travaux du Sénat, dans l’hémicycle du Palais du Luxembourg où Hubert Haenel représenta si bien le département du Haut-Rhin de 1986 à 2010.

Le Sénat de la République a en effet perdu l’une de ses figures les plus marquantes des dernières décennies. La France elle-même a perdu l’un de ses grands juristes, un élu d’exception mais, plus encore, un homme de cœur et de convictions aux passions multiples.

Hubert Haenel a accompli un parcours hors du commun. Sa vie fut exceptionnellement riche.

Hubert Haenel, qui siégea au Palais du Luxembourg durant 24 années, avait en quelque sorte la « vocation du Sénat ». Il y fut élu brillamment en 1986, avant d’être réélu en 1995 puis en 2004.

Durant toutes ces années, c’est la qualité humaine et la personnalité si attachante de notre ami qui ont marqué tous ceux, encore très nombreux,  qui l’ont connu dans notre assemblée. La simplicité de son abord et la chaleur qu’il mettait dans les rapports humains accompagnaient une intelligence lumineuse. Il savait créer avec chacun des relations amicales de travail et de confiance.

Hubert Haenel avait une forte ambition pour l’institution sénatoriale qui lui paraissait à la fois irremplaçable et perfectible... Il fit ainsi, dès 1989, d’utiles propositions pour faire souffler le vent de la rénovation au Palais du Luxembourg.

Il saisit ensuite – j’en porte témoignage – toutes les occasions qui se présentèrent pour renforcer le rôle et l’influence du Sénat au sein des institutions de la République.

J’évoquerai à cet égard les convictions et le combat européen d’Hubert Haenel. Il plaida inlassablement pour donner toute la place qui devait revenir, à ses yeux, aux Parlements nationaux dans une construction européenne à laquelle il croyait aussi profondément. En tant que Président de la délégation puis de la commission sénatoriale des affaires européennes – fonctions qu’il occupa durant plus d’une décennie –, le gaulliste qu’était Hubert Haenel défendit avec enthousiasme ses convictions européennes et sa certitude que l’avenir de l’Europe passait notamment par une meilleure association des parlementaires aux évolutions d’une Union  toujours en devenir.

Hubert Haenel, qui s’imposait comme règle de vie de mettre ses actes en conformité avec ses convictions, accomplit ainsi un travail considérable pour placer le Sénat français en première ligne, et souvent à l’avant-garde, du suivi et du contrôle des initiatives européennes par les parlements nationaux.

Il fut naturellement appelé à faire partie, en 2002, de la « Convention pour l’avenir de l’Europe ». Il fut aussi, en 2005, premier Vice-président du « Mouvement européen » pour la France.    

À travers Hubert Haenel qui incarnait un gaullisme moderne et européen, l’Europe a perdu un de ses grands militants.
Mais les fortes convictions européennes d’Hubert Haenel ne l’empêchèrent jamais de développer parallèlement ses passions multiples dans de nombreux autres domaines.

Le travailleur infatigable qu’il était mettait en outre un point d’honneur à donner toute sa cohérence à sa réflexion et à en laisser une trace écrite.
Il rédigea ainsi de nombreux livres sur les sujets qui lui étaient chers et qui nous permettent de retrouver aujourd’hui, où il nous manque tant, toute la richesse de sa pensée.

Ce fut bien sûr le cas pour les questions de défense auxquelles le colonel de réserve de la Gendarmerie qu’était Hubert Haenel attachait une importance majeure. Il consacra ainsi cinq livres, qui font encore aujourd’hui autorité, à « La Défense nationale », à « La Gendarmerie », à « La Marine nationale », à « L’Armée de l’Air » et à « L’Armée de Terre ».

A la commission des lois, à la commission des finances puis à la commission des Affaires étrangères et de la défense, notre ami ne perdit jamais une occasion de défendre la Gendarmerie, à laquelle il était profondément attaché, et l’ensemble de nos forces armées.

Je tenais à le rappeler en cette Cathédrale Saint-Louis des Invalides, siège du vicariat aux armées françaises.

Hubert Haenel fut aussi un éminent juriste dont la connaissance du droit, le droit aura été le fil rouge de sa brillante carrière.

Magistrat judiciaire, puis juge administratif et membre du Conseil d’Etat, avant de devenir un législateur unanimement respecté, Hubert Haenel réunissait bien sûr, à mes yeux, toutes les conditions pour siéger au sein du Conseil constitutionnel. Il démontra dans ces fonctions éminentes toutes ses qualités de juriste et son sens permanent de l’équilibre des pouvoirs publics.

Les multiples pôles d’intérêts nationaux et régaliens d’Hubert Haenel ne l’éloignèrent cependant jamais de la défense du monde rural dont il était issu et auquel il demeurait viscéralement attaché. Il consacra d’importants travaux, tout au long de sa carrière, aux questions de l’aménagement du territoire. Il fut ainsi au Sénat, de 1987 à 1995, président des groupes d’études sur la montagne et sur l’aménagement rural.

Il était aussi devenu, dans le même esprit, un éminent spécialiste et un expert, reconnu par tous, des transports ferroviaires. Après avoir présidé en 1993 la commission d’enquête sur le fonctionnement de la SNCF, il fut à l’origine de l’expérimentation de la régionalisation des transports ferroviaires. Si les TER existent en France, c’est aussi à l’engagement d’Hubert Haenel que nous le devons.

Profondément attaché à l’Alsace, dont il fut Vice-président du Conseil régional de 1992 à 2010, Hubert Haenel a contribué au maintien des spécificités de sa région. Il le démontra notamment avec force à la Présidence de la Commission d’harmonisation du droit local alsacien-mosellan. C’est, avec Hubert Haenel, un grand Alsacien qui s’en est allé…

La République, dont Hubert fut l’un des grands serviteurs, l’avait promu au grade de Commandeur de la Légion d’Honneur à l’occasion de la promotion du 14 juillet dernier. Ce fut l’illustration ultime de la reconnaissance de la France à son égard.

Hubert Haenel était un humaniste, un homme de cœur et un ami fidèle.

En cette heure d’hommage et de recueillement, je veux vous redire, chère Madame, à vous, à tous les membres de votre famille et à tous vos proches, les condoléances profondément attristées du Sénat et, vous le savez, la part personnelle que je prends à votre peine.

Je n’ai évoqué que quelques-uns des multiples domaines dans lesquels la voix d’Hubert Haenel était particulièrement attendue et écoutée. Mais ce serait réduire gravement la richesse de sa pensée que de ne pas citer ici, dans ces lieux, la forte dimension spirituelle dans laquelle elle s’inscrivait.

Chrétien de conviction, fin connaisseur de l’Église catholique romaine, son église, et du droit canonique, Hubert attachait une importance majeure aux questions religieuses auxquelles il consacra des écrits d’une très grande hauteur de vue. J’ai ainsi en tête les chroniques lumineuses qu’il donnait, de temps à autre, au journal La Croix.


Son fils Martin a rappelé, lors de ses obsèques, ces belles et émouvantes phrases de « L’hymne pour le futur » (dont l’auteur est inconnu) qu’Hubert Haenel aimait à citer et sur lesquelles, le 14 septembre, j’ai emprunté ces mots à la tribune du Sénat :

« Quand je mourrai, je veux qu’on sache que je ne suis pas mort. Je serai à chacun tout entier, présent.

À chacun des amis, des aimés, des enfants, ce que je n’aurai pu faire de mon vivant, je parviendrai enfin à le réaliser : être tout à chacun sans m’isoler de l’autre. (…)

Adieu ? Non. Au revoir ?... Disons : à maintenant. ».