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Discours de M. le Président du Sénat
Ouverture du colloque sur l’Expédition septième continent
Jeudi 15 octobre 2015 – 9h30 – salle Monnerville

Madame la Présidente du Conseil national de la mer et des littoraux, chère Karine Claireaux,
Mes chers collègues Sénateurs, Jérôme Bignon et Gérard Miquel,
Messieurs les Président et Fondateur de l’Expédition septième continent (Francis Vallat et Patrick Deixonne),
Mesdames et Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir ici aujourd’hui, dans cette salle Monnerville, pour ce colloque sur l’Expédition septième continent et sur les enjeux liés aux déchets plastiques qui flottent sur les océans.

Même si je ne suis pas un grand explorateur comme Patrick Deixonne, mon expérience de pêcheur au large de l’île de Batz, dans le Finistère, m’a sensibilisé à cette question. J’ai donc accepté très volontiers d’accorder mon patronage et d’ouvrir ce colloque lorsque Karine Claireaux me l’a proposé.

Je tiens à saluer son engagement sur ce sujet, tant comme sénatrice de Saint-Pierre-et-Miquelon que comme présidente du conseil national de la mer et des littoraux, fonction qu’elle suit avec un sérieux tout particulier. Je sais notamment qu’elle a mobilisé Saint-Pierre-et-Miquelon pour qu’une action « Expédition septième continent » y soit organisée le 8 juin dernier, lors de la journée mondiale de l’océan.

Je veux également rendre hommage aux deux autres sénateurs qui interviendront ce matin :

- Jérôme Bignon est l’un des meilleurs spécialistes du Sénat sur ces enjeux : ancien président du conservatoire du littoral, il est à la fois impliqué dans la délégation à l’outre-mer, rapporteur du projet de loi sur la biodiversité et président du groupe de travail sur les négociations climatiques internationales ;

- De son côté, Gérard Miquel est l’un des experts du Sénat sur la question des déchets et du recyclage. Il avait largement contribué à animer nos débats et à être force de propositions lors de l’examen du projet de loi relatif à la transition énergétique pour la croissance verte. Le Sénat avait alors été porteur de solutions sur les questions liées à l’économie circulaire.

La tenue de ce colloque au Sénat aujourd’hui m’apparaissait importante à plusieurs titres.

Je voudrais tout d’abord rappeler que le Sénat a depuis longtemps pris en compte les mers et les océans dans ses réflexions, et ce dans tous leurs aspects.

Je pense bien sûr aux travaux menés par notre collègue Roland Courteau au nom de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques.

Son rapport de 2011 sur la pollution de la Méditerranée mettait en lumière l’importance de la Méditerranée pour la biodiversité mondiale. Elle représente en effet 7 à 8 % des espèces marines connues alors qu’elle ne représente que 0,3 % du volume des eaux océaniques. Il soulignait l’impact à la fois de la littoralisation et de l’urbanisation, alors que 80 % de la pollution marine provient des terres. Il relevait également que 83 % des déchets flottants de Méditerranée sont en plastique. Ce qui est le cœur de notre sujet ce matin.

Le Sénat a également mis en évidence les enjeux généraux liés aux mers et aux océans, en rappelant que la France est une grande puissance maritime.

Nos collègues André Trillard et Jeanny Lorgeoux ont publié un rapport remarqué sur ce point. Ils soulignaient que l’économie maritime devenait un enjeu majeur de concurrence industrielle et entraînait un nouvel équilibre géopolitique des océans.

Nos collègues Cédric Perrin et Laïla Aichi viennent également de publier, la semaine dernière, un rapport sur les conséquences géopolitiques du réchauffement climatique en analysant spécifiquement les enjeux liés à l’élévation du niveau de la mer et l’évolution de la région Arctique. Autant de bouleversements qui auront aussi un impact en termes de pollution. Une étude menée en 2012 par l’Institut Alfred Wegener a en effet montré qu’en 10 ans, le nombre de déchets retrouvés dans les eaux profondes du détroit de Fram, entre le Groenland et l’archipel du Svalbard, avait doublé.

Des côtes de la Guyane à la Polynésie, en passant par La Réunion et les Terres australes et antarctiques, la France est présente sur trois océans. Elle a la chance d’avoir une marine nationale à laquelle je veux rendre hommage et qui nous est enviée. Elle a la chance d’avoir une tradition maritime et une tradition d’explorateurs illustres à laquelle vous vous rattachez.

Cela lui confère une responsabilité majeure. Et je regrette que, trop souvent, on ne perçoive pas à leur juste valeur la dimension maritime de notre pays et les responsabilités qui lui incombent de ce fait.

Car l’avenir des mers et des océans est lié aux décisions que nous prendrons – et que nous appliquerons – en matière de lutte contre le changement climatique, d’énergie, de gestion des déchets, de biodiversité.

C’est l’un des enjeux que nous aurons notamment à aborder lors de la Conférence Paris Climat 2015, la fameuse « COP 21 » ou Conférence des Parties. Je connais le rôle que joue à cet égard votre association pour intégrer l’océan dans les solutions contre le changement climatique. Les océans sont en effet l’un des poumons de notre terre ! Nous ne devons pas l’oublier.

Le Sénat s’est résolument engagé dans la perspective de cette conférence et Jérôme Bignon prépare, en ce moment même, une résolution pour affirmer le rôle déterminant des territoires pour la réussite d'un accord mondial ambitieux sur le climat.

Cette résolution sera soumise au vote du Sénat le 16 novembre prochain. Les multiples travaux du Sénat sur les enjeux liés aux dérèglements climatiques seront ensuite présentés aux élus locaux qui viendront au Sénat au cours de cette même semaine, à l’occasion du Congrès des Maires. Vous voyez que nous aussi, à notre manière, nous menons des actions de sensibilisation.

J’ajoute que le Sénat accueillera, le 6 décembre prochain, les représentants des Parlements du monde entier pour la conclusion du volet parlementaire de la conférence sur le climat.

Le président de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable du Sénat, Hervé Maurey, présentera alors, au nom de l’ensemble des Parlements, une déclaration pour souligner leur engagement dans la lutte contre les dérèglements climatiques.

Cela peut paraître éloigné du sujet que vous traitez ce matin mais, en réalité, ça ne l’est pas.

Car, dans tous les cas, on voit bien que nous avons besoin d’une prise de conscience collective au niveau mondial. Il y a quelques années, le Président Jacques Chirac affirmait avec force, à Johannesburg, que « notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».

Malheureusement, le monde continue aujourd’hui à minorer les enjeux liés à la pollution et aux dérèglements climatiques. C’est la raison pour laquelle votre démarche est si importante. Et c’est pourquoi il me tenait à cœur de vous accueillir ici au Sénat, qui représente les territoires, y compris dans leur dimension maritime.

Face aux doutes qui peuvent s’exprimer ici ou là, face à l’indifférence, il est nécessaire de combiner, comme vous le faites, des approches scientifiques, pédagogiques et médiatiques.

Et il est nécessaire aussi, comme nous le faisons ce matin, que vous échangiez avec les responsables politiques, car il nous revient ensuite de prendre des décisions au niveau législatif ou, pour le gouvernement, au niveau réglementaire.

Ce dialogue, nous l’avions d’ailleurs amorcé, en présence de Francis Vallat, lorsque nous avions accueilli au Sénat le Prince Albert de Monaco, en janvier dernier. Nous le poursuivons aujourd’hui et c’est tout à fait nécessaire.

J’ai moi-même visionné le film sur votre expédition dans l’Atlantique Nord en 2015 et je l’ai trouvé saisissant. Même si Patrick Deixonne souligne d’entrée de jeu une difficulté à laquelle nous sommes souvent confrontés dans un monde de communication : les messages passent mieux auprès du grand public si l’on a une image choc à faire valoir…

Pourtant, les images chocs, si elles peuvent être le déclencheur d’une prise de conscience, ne suffisent pas pour imaginer des solutions. C’est tout l’enjeu de cette matinée construite en deux séquences : d’abord le partage d’un constat puis la recherche de solutions.

Je veux affirmer ici que le Sénat est à vos côtés dans cette démarche que je souhaite la plus fructueuse possible.

Je ne suis pas inquiet : je sais qu’avec des relais tels que Karine Claireaux, Jérôme Bignon et Gérard Miquel, le message de cette matinée sera bien porté dans notre assemblée, qui, vous l’aurez bien compris, ne considère pas les océans comme une sujet mineur ou anecdotique. C’est bien un sujet majeur de réflexion politique, dans toutes ses dimensions : géopolitique, économique et environnementale !

Je vous remercie.