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Allocution du Président du Sénat, M. Gérard Larcher
Commémoration de l’attentat du « Drakkar »
Beyrouth, le 22 octobre 2015


Monsieur le général Jean KAHWAGI, commandant en chef des Forces armées libanaises,
Monsieur l’ambassadeur Emmanuel BONNE,
Monsieur le général Michel GRINTCHENKO, chef d’état-major de la FINUL,
Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs les représentants des ambassades des pays ayant contribué à la Force multinationale de sécurité à Beyrouth,
Chers collègues Sénateurs qui m’accompagnez,
Mesdames et Messieurs les conseillers consulaires,
Chers anciens combattants,
Mesdames et Messieurs, chers amis,



Je vous remercie de votre accueil et de votre présence à cette cérémonie, pour laquelle nous accompagnent également - et je tiens à leur rendre hommage - un détachement de soldats français de la FINUL et de nos militaires qui œuvrent à la coopération bilatérale franco-libanaise. Ils prolongent avec éclat, aux côtés des Libanais, l'action de leurs frères d'armes.

Je remercie les proviseurs et les élèves des lycées français qui sont parmi nous : les commémorations n'acquièrent tout leur sens que lorsqu'elles forgent l’esprit de la jeunesse et préparent l’avenir sur le socle de la mémoire. Pensez à ces vers d’Aragon : « Avenir, souvenir. Nuances si légères. Au feu de ce qui fut brûle ce qui sera ».

Nous sommes réunis pour rendre hommage aux 58 soldats français morts pour la paix au Liban, le 23 octobre 1983 à Beyrouth, il y a presque 32 ans, jour pour jour. J’associe naturellement à cet hommage les 241 victimes américaines. Et je voudrais saluer tous les officiels, américains, britanniques, italiens, ici présents.

Il faut se remémorer les faits.

Alors que le Liban était plongé dans la guerre, que certains parmi nous ont connue, avait été créée le 20 septembre 1982, pour répondre à la demande des autorités libanaises, la Force multinationale de Sécurité à Beyrouth (FMSB).

Sa mission était d’aider l’armée libanaise à restaurer l’autorité du gouvernement et à assurer la protection de la population de Beyrouth et de ses alentours. Composée de 6 000 hommes, américains, italiens, français et britanniques, la FMSB fut déployée dans tout Beyrouth. Les soldats français tenaient plusieurs positions, notamment au nord de l’aéroport ; l’une de ces positions était un immeuble qui portait le nom de « Drakkar ».

Au matin du 23 octobre 1983, à 6h20, un attentat au camion piégé vise le quartier général des forces américaines situé sur l’aéroport international de Beyrouth : 241 militaires américains y perdirent la vie. Ils appartenaient au 1er Bataillon du 8è Régiment de « Marines ».

J'ai, à cet instant, en votre nom à tous, une pensée pour leur sacrifice et le deuil de leurs familles. Je tiens à saluer le représentant des « Marines » américains, parmi nous, et lui demande expressément de transmettre notre message de sympathie et de solidarité à ces familles. Nous n’oublions pas.

Quatre minutes plus tard, ce 23 octobre 1983, l’immeuble « Drakkar » est détruit, lui aussi, par un camion piégé.

Le bilan de cette attaque sera terrible. Malgré l’intervention rapide des sapeurs du 17e régiment de génie parachutiste pour fouiller les décombres des 9 étages du « Drakkar », on dénombrera 58 morts parmi les soldats français et seulement 15 survivants.

Ces hommes n’étaient pas là pour faire la guerre ou gagner une bataille pour leur pays. Ils étaient là parce que la France avait répondu à l’appel des autorités libanaises. Ils étaient là, avec leurs collègues américains, britanniques ou italiens, pour aider le Liban et les Libanais à retrouver le chemin de la réconciliation et de l’entente nationale, le seul chemin qui mène à la paix. Ils étaient là par sens du devoir et du service, comme nombre de leurs frères d’armes après eux –je pense à mon concitoyen de Rambouillet, le Brigadier Laurent Chaffin, tombé au Liban à quelques mètres d’ici, au pied du Bois des Pins.

Aujourd’hui, malgré l’attentat ravageur du Drakkar, la France est plus que jamais présente au Liban, à vos côtés, Mon Général, aux côtés des Libanais.

Et c’est encore pour protéger la paix qu’elle envoie ses soldats, comme en témoignent les 850 militaires français déployés au sud-Liban au sein de la FINUL.

Chacun sait combien leur action, aux côtés des contingents des autres nations contributrices de troupes, est indispensable pour appuyer les Forces armées libanaises et leur permettre d’alléger temporairement leur dispositif au sud-Liban. Chacun sait combien cet engagement est indispensable pour que les Forces armées libanaises, ciment de la Nation, disposent de davantage de moyens et puissent préserver le calme et la paix dans le reste du Liban, alors que le chaos règne à ses frontières.

Les Forces armées libanaises peuvent aussi compter sur le soutien des militaires français présents au titre des détachements d’instruction opérationnelle, qui viennent apporter leurs savoir-faire : leur rôle est essentiel.

Je sais combien vous-même, Mon Général, mesurez l’importance de la mission de nos soldats. Je sais combien les Libanais leur en sont reconnaissants : au nom de la France, nous pouvons être fiers de ce qu’ils accomplissent, avec les forces armées libanaises et le Liban !


Mesdames et Messieurs, chers amis,

Cette cérémonie qui nous réunit, en mémoire des victimes de l’attentat du Drakkar mais aussi des victimes américaines, doit revêtir tout son sens : il s'agit de manifester, aux côtés de nos frères libanais, l’engagement ancien, actuel, durable, l’engagement indestructible, de la France au service de la paix au Liban. 

Vive le Liban ! Vive la France !