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Intervention – Université de la Défense
Lundi 5 septembre 2016



Messieurs les Ministres,
Madame la Présidente de la commission de la défense et des forces armées de l’Assemblée nationale, chère Patricia Adam,
Monsieur le Président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, cher Jean-Pierre Raffarin,
Mesdames, Messieurs les Parlementaires,
Messieurs les Ambassadeurs,
Monsieur le Chef d’état-major des armées, Mon Général,
Mesdames, Messieurs les officiers généraux,
Mesdames, Messieurs les officiers,
Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux de vous accueillir, ce soir, au Sénat et je tiens à saluer tout particulièrement les Présidents des commissions de la défense, les parlementaires de nombreux pays européens et africains et les représentants des organisations européennes et internationales venus participer à cette 14ème université d’été de la Défense placée, cette année, sous le signe de l’approche globale et ayant pour intitulé : "Préparer la guerre, Conduire les opérations, Gagner la paix".

Cette approche globale doit être une réponse à la guerre totale menée par l’islamisme radical à laquelle nous sommes confrontés de Tunis à Londres, de Bruxelles à Ouagadougou, d’Orlando à Gaziantep en Turquie.

Le choix de Paris pour la tenue de cette université d’été n’est pas un hasard, les attentats qui s’y sont déroulés en janvier et novembre 2015, puis en juin 2016 en région parisienne, dans mon département ont constitué une véritable rupture et comment ne pas évoquer aussi le massacre de Nice intervenu le 14 juillet dernier, jour de notre fête nationale, et l’assassinat d’un prêtre à Saint-Etienne du Rouvray le 26 juillet.

Désormais la violence à laquelle sont confrontés nos soldats au Sahel, en Syrie et en Irak est présente aussi en France même et dans nombre de nos pays.

La fin de l'ordre westphalien, c’est-à-dire la fin de la sécurité des États à l'intérieur de leurs frontières est désormais une évidence et le reflux de Daech au Levant nous laisse à penser que des actes de guerre sont de nouveau à craindre au cœur même de nos territoires.

Nous sommes ainsi entrés dans une guerre qui nécessite une cohérence stratégique entre l’action des armées sur leur sol et les théâtres d’opérations extérieures.

Hors de nos frontières, l’emprise de l’idéologie de l’islamisme radical s’étire des zones tribales du Pakistan jusqu’au Golfe de Guinée, en passant par le Proche-Orient, la corne de l’Afrique, le Sahel et la Libye.

Cette emprise nécessite une réponse civilo-militaire d’envergure.

Militaire d’abord car comme le dit le Général Abrial, en ce qui concerne l’approche globale, « il n’y a pas de solution militaire pure, mais nulle solution n’existe sans soutien militaire fort ».

Un soutien militaire fort, c’est disposer d’une chaîne de commandement réactive. L’exemple de l’intervention au Mali est là pour le prouver. Nos forces doivent être prêtes à frapper quelques heures après la prise de décision au plus haut niveau de l’État.

Un soutien militaire fort, c’est pouvoir faire face à une multiplicité des lignes de front, présente sur de nombreux théâtres d’opération. Au Sahel et au Levant, l’armée française est engagée au maximum de ses capacités et la France dispose ainsi d’une crédibilité opérationnelle.

30 000 soldats français sont déployés en posture opérationnelle en France et dans le monde.

Cette crédibilité a un prix : celui du sang des soldats tombés avec courage dans les déserts sahélien et libyen ! Je veux aujourd’hui leur rendre hommage en y associant les soldats de tous les pays morts au nom de la liberté !

Préparer la guerre, c’est disposer d’un modèle complet d’armée permettant de durer et de s’adapter à la menace, au plus près comme au plus loin.

Ce modèle a un coût, celui des 2 % du PIB consacrés aux dépenses de défense, objectif fixé lors du sommet de l’Otan à Newport en 2014 et rappelé lors du dernier sommet de Varsovie et je sais que ce thème fera l’objet du débat que vous aurez demain.

Il ne s’agit pas d’atteindre ce chiffre fatidique de 2 %, pour des raisons purement symboliques, mais de savoir pourquoi nous devons l’atteindre afin de mieux répondre aux défis auxquels nous sommes confrontés.

Pour mettre en œuvre cette défense, à la fois dans l’espace et dans le temps, une armée doit posséder la gamme la plus grande possible de capacités permettant de conduire une opération nationale, en prévoyant, dès la conception, l’intégration rapide de capacités fournies par d’autres nations.

La France se doit d’agir de concert avec ses alliés lorsque ceux-ci s’inscrivent dans une approche globale dans le cadre multilatéral de l’ONU, de l’Union européenne et de l’Otan.

L’efficacité d’un tel dispositif repose sur la complémentarité des acteurs, sur leur décloisonnement, dans le respect de leur vocation.

Seule une approche globale reposant sur les opérations extérieures mais aussi sur une politique internationale notamment liée au développement, à la maîtrise des flux migratoires et au suivi du fonctionnement de la démocratie nous permettra de faire face au totalitarisme islamique.

Gagner la guerre ne suffit pas à gagner la paix. Les exemples irakien, libyen et syrien sont là pour le prouver, un conflit ne s’arrête pas avec les opérations militaires, il faut créer les conditions permettant d'enclencher le cercle vertueux de la sécurité et du développement.

Quelle que soit la nature des crises, une approche globale est indispensable. Cette approche globale n’est pas nouvelle, le maréchal Lyautey déclarait déjà en 1919 que : « l’action civile et l’action militaire vont du même pas alerte et sûr. Elles ont pour lien la simultanéité. »

La gestion des crises ne peut être que civilo-militaire. Il n’y a pas de place pour le développement économique sans sécurité, comme il n’y a pas de sécurité sans développement.

Comme l’a rappelé le rapport d’information de la commission des affaires étrangères et de la défense du Sénat intitulé Sahel : pour une approche globale, que j’ai eu l’honneur de présenter avec Jean-Pierre Chevènement en 2013, ces chocs appellent une réponse globale articulant sécurisation militaire, réforme de la gouvernance politique et promotion d'un développement économique et social à l'échelle régionale. Cette stratégie a permis de mobiliser les partenaires de la France, au premier rang desquels l'Union européenne dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune au Niger et au Mali. Toutefois, qui dit approche globale dit meilleure coordination et moyens adéquats et je sais que vous avez eu l’occasion d’en débattre au cours de la journée.

Dès lors, il s’agit d’adopter une approche plus offensive quant à l’emploi des leviers non militaires, comme l’aide humanitaire et l’aide publique au développement, le soutien au dialogue politique.

Cette approche doit être cohérente et éviter des duplications inutiles entre les institutions internationales impliquées. Une question stratégique pour l’avenir de l’approche globale est de savoir si les différentes institutions internationales concernées : Union européenne, Otan, ONU, OSCE vont parvenir à développer des synergies au-delà de leurs différences dans des opérations militaires, de police civile, d’assistance électorale, de développement, d’assistance humanitaire, et de financement du retour des déplacés dans leur pays d’origine en vertu d’accords de co-développement.

L’approche globale doit être au plus proche de la culture du pays de la crise. Aucun modèle politique ou de développement ne saurait être imposé et toute action internationale doit prendre en compte les réalités locales en aidant les États concernés à retrouver et à exercer pleinement leur souveraineté.

Enfin l’approche globale ne pourra réussir sans éthique.

Les armées sont l’expression régalienne de la force légitime d’un État de droit qui se reconnaît lui-même dans les obligations du droit international. Sans une éthique solide, se limiter à des actions militaires peut même faire basculer dans « ?l’inconscience de la violence? ». Même en face d’un barbare, un soldat digne de ce nom ne doit pas céder à la barbarie, l’éthique du soldat doit reposer sur le respect absolu de la vie et de la dignité de la personne humaine, de toute personne humaine.

L’action militaire s’inscrit nécessairement dans une action politique de la Nation dans le Monde et cette action requiert une pensée humaniste.

L’éthique de la guerre nécessite l’articulation de la justice, de la force et du droit et à penser le bien sans ignorer le mal.

C’est ainsi et seulement ainsi que nous finirons par terrasser les forces qui répandent la destruction et la haine au cœur de nos territoires !

Mesdames et Messieurs,
En revendiquant une origine issue de l’expérience française et des textes de Lyautey, l’armée française s’est positionnée comme précurseur et a rendu plus facile l’acceptation du concept d’approche globale par ses troupes.

Cet objectif n’est pas toujours facile à atteindre car comme disait le Général de Gaulle, « la politique et la stratégie de la guerre ne sont qu'une perpétuelle concurrence entre le bon sens et l'erreur ».

Je suis sûr que cette Université d’été de la Défense nous permettra de répondre à ce défi.

Je vous remercie.