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Allocution du Président du Sénat, M. Gérard Larcher,
à l’occasion de la rencontre avec les Représentants des États membres et le Secrétaire général de l’OCDE,
le 12 novembre 2018



Monsieur le Secrétaire général de l’OCDE,
Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs - je salue tout particulièrement notre Ambassadrice auprès de l’OCDE, Catherine Colonna, à laquelle me lie une amitié ancienne et qui, je le sais, accomplit avec talent la mission toujours sensible de Représentante de l’État du Siège,
Madame et Monsieur les Secrétaires généraux adjoints de l’OCDE,
Madame la Première ministre,
Monsieur le Vice-président du Sénat,
Madame et Messieurs les Présidents de Commission et de Délégation,
Madame et Messieurs les Sénateurs,
Mesdames et Messieurs,

Je tiens à vous souhaiter la bienvenue au Sénat de la République française, avec le Premier Vice-président du Sénat, M. Dallier, le Président de la Commission des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées, M. Cambon, la Présidente de la Commission des Affaires économiques, Mme Primas, et le Président de la Délégation à la Prospective, qui fut l’un de vos collègues Ambassadeur de France auprès de l’OCDE.

Je veux souligner ici combien le Sénat de la République française et la France, dans toutes leurs composantes politiques, sont fières d’accueillir à Paris l’OCDE. La présence d’une organisation multilatérale aussi éminente que la vôtre est un atout pour Paris, la France et l’illustration de la langue française, langue de travail à part entière de votre Organisation. J’entends vous manifester en retour notre attachement, notre respect pour l’œuvre que vous accomplissez, notre vigilance aussi, afin que vous puissiez exercer vos missions dans une ville et une région, la région Île-de-France, ouvertes à l’international, qui vous offrent les conditions de travail les plus attractives.

Le moment de notre rencontre ne doit rien au hasard.

Nous commémorions hier le centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Nombre de vos pays étaient représentés. Votre Secrétaire général était présent sous l’Arc de Triomphe. Je n’oublie pas les bouleversements que la Grande guerre, la 1ère guerre qualifiée de mondiale, a signifiés pour les peuples de la plupart de vos États, pour les sociétés et les mentalités, ainsi que dans la géographie, en particulier en Europe.

Car l’émancipation des Peuples est allée de pair avec l’émergence des Nations. Ne l’oublions jamais, avant de les diaboliser.


Je tiens à remercier chaleureusement les Ambassadeurs de la République tchèque et de la Slovaquie auprès de l’OCDE. Ils ont précipité notre rencontre, ce soir, en organisant une visite du Musée du Luxembourg autour de l’exposition Mucha, pour célébrer la proclamation de la 1ère République de Tchécoslovaquie – c’était je crois le 28 octobre 1918.

Je tiens également à saluer votre travail, Monsieur le Secrétaire général, Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs, vous qui faites vivre le dialogue au sein de l’OCDE, en parfait accord avec les principes fondateurs de l’Organisation, si éloquemment énoncés dans sa Charte : améliorer le bien-être économique et social des peuples, par une approche concertée et la coopération afin, cefaisant, de sauvegarder les libertés individuelles et collectives.

« La paix est nourricière, et le trouble consume », écrivait Marcel Proust au lendemain du 1er conflit mondial, citant un vieux proverbe.

La paix : tel est le credo de tous ceux qui adhèrent aux vertus du multilatéralisme.

Ce n’est pas à vous, Mesdames et Messieurs, que je vais expliquer ce qu’est le multilatéralisme. Le multilatéralisme est à l’image de la démocratie : il tempère le directoire des puissants. Comme le bicamérisme à l’échelle nationale, c’est-à-dire l’existence de deux chambres du Parlement - nous y sommes très attachés en France -, le multilatéralisme est une forme de balancier stabilisateur de la vie internationale.

A contrario, qu’est-ce que le bilatéralisme ? C’est souvent l’autre nom de l’imposition de la volonté du plus fort au plus faible. Les négociations commerciales en fournissent d’innombrables exemples.

Aujourd’hui, le multilatéralisme est menacé. Et il ne suffit pas de faire profession de foi en faveur du multilatéralisme et de l’invoquer à tuetête pour faire taire ces menaces.

Le multilatéralisme est menacé par certains États, qui oscillent entre repli protectionniste, nationalisme agressif ou visées hégémoniques héritières d’ambitions impériales. Mais il est aussi gangrené par les institutions parallèles instaurées par telles ou telles puissances qui, sous couvert de coopération, entendent faire valoir leur volonté ou reconstituer d’anciens empires. Il est fragilisé par la multiplication d’enceintes ou de réunions ad hoc, sans mandat particulier reconnu par la communauté internationale.

Un multilatéralisme éthéré, incantatoire, aux résultats incertains, avec trop d’acteurs de nature différente, tend à se substituer à un multilatéralisme construit, fondé sur le dialogue entre les États, capable d’adopter des décisions contraignantes et des normes.

Affirmons-le : il n’y a pas de multilatéralisme efficace qui ne soit fondé sur des organisations internationales regroupant des États.

C’est dans ce contexte que le travail que vous accomplissez au sein de l’OCDE est si essentiel. Vous démontrez par vos rapports, par vos études, l’ampleur des progrès qu’une approche coopérative au sein du système multilatéral a permis, au cours des 60 dernières années - c’est presque l’âge de votre Organisation : une amélioration significative du niveau de vie général, grâce à l’ouverture des économies et à l’éloignement, jusqu’à aujourd’hui, du spectre des guerres commerciales ; une réduction massive de la grande pauvreté ; une amélioration de la santé mesurée par l’allongement de l’espérance de vie et la diminution de la mortalité infantile.

Le multilatéralisme, cela donne des résultats, en particulier lorsqu’il s’agit de répondre aux défis transnationaux.

L’OCDE représente le multilatéralisme construit, efficace, que j’évoquais, et qui devrait être renforcé. Le multilatéralisme capable d’entraîner et de rallier aux normes que votre Organisation édicte audelà même de ses États membres. Il s’agit d’un formidable levier d’action.

Votre Organisation est devenue la référence en matière de lutte contre la fraude et l’évasion fiscales, de lutte contre la corruption, de responsabilité sociale et environnementale des entreprises, de financement du développement.

Les paramètres que vous avez déterminés définissent les bonnes pratiques et les règles du jeu.

Faisons le pari, à l’approche du G20 de Buenos Aires à la fin de ce mois de novembre et du G7 de Biarritz, en août prochain, sous présidence française, que vos travaux relatifs à la taxation de l’économie du numérique, l’intelligence artificielle, la cyber-sécurité, l’égalité hommes-femmes dans le travail, seront promis à un avenir fécond.

Votre Organisation, dans ses domaines de compétences, s’est imposée comme un pilier du système multilatéral. Elle mérite à ce titre de bénéficier de tous les moyens budgétaires au bon accomplissement de sa mission. Cela correspond à l’intérêt bien compris de l’ensemble de vos États membres. Car nous avons, vous avez, des valeurs en partage que d’autres menacent. Dans un monde de plus en plus concurrentiel, mieux vaudrait renforcer ces valeurs ensemble.

Monsieur le Secrétaire général, Mesdames les Ambassadrices, Messieurs les Ambassadeurs,

Sans nier l’importance des ajustements structurels, en particulier la réduction de la dette publique, défi pour lequel la France a encore à agir, votre plaidoyer en faveur de politiques économiques plus inclusives, prenant en compte les paramètres sociaux, est seule susceptible de réduire les fractures du développement et d’atténuer les inégalités entre les territoires.

Le Président Jacques Chirac avait à cœur d’évoquer une « mondialisation à visage humain », c’est-à-dire une mondialisation mieux régulée, qui permette de répondre aux inquiétudes des peuples, en particulier des personnes les plus vulnérables, et ainsi de couper l’herbe sous le pied des démagogues et des populistes.

Il appartient bien-sûr à chaque État de définir ses orientations et sa politique. Mais l’OCDE, votre Organisation, est d’une aide essentielle pour l’avènement de cette mondialisation mieux régulée, de ce multilatéralisme efficace.

Alors, pour les actions entreprises, sous votre impulsion, Monsieur le Secrétaire général, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, que vive l’OCDE !

 

Seul le prononcé fait foi