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Discours du Président du Sénat, M. Gérard Larcher,
à l’occasion de la réception offerte pour
la candidature de la France au Conseil exécutif de l’UNESCO
(Salon de Boffrand, le 29 octobre 2019, à partir de 18h30)


Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs,
Permettez-moi de saluer plus particulièrement notre Ambassadrice auprès de l’Unesco, Mme Véronique Roger-Lacan,
Monsieur le Directeur général adjoint de l’Unesco,
Messieurs les Vice-présidents du Sénat,
Madame la Présidente de la Commission de la Culture, de l’éducation et de la communication,
Mes chers collègues Sénateurs,
Monsieur le Président de la Commission nationale française pour l’Unesco,
Madame et Messieurs les Sous-directeurs généraux de l’Unesco,
Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de vous accueillir au Sénat de la République française, dans ce Salon des Physiocrates.

Des Physiocrates aux Lumières, des Lumières à l’universalisme, et de l’universalisme à l’Unesco, il n’y a qu’un petit pas à travers l’histoire, malgré le nombre des années, que je franchis avec vous !

« Élever dans l’esprit des hommes les défenses de la paix », tel est l’objectif assigné à l’Unesco par ses Pères fondateurs. Objectif noble, difficile, mais qui entre singulièrement en résonance avec l’actualité !

Ce message, il vous appartient, il nous appartient, de le faire vivre.

Le multilatéralisme est en péril, et ce sous toutes les latitudes. Les replis protectionnistes, le nationalisme exacerbé, les visées hégémoniques, sont autant de risques de retour en arrière, qui exigent que nous puissions renouer avec l’esprit fondateur de votre Organisation, née au lendemain immédiat de la 2nde guerre mondiale.

De façon plus insidieuse, le développement d’instances internationales alternatives, un multilatéralisme parallèle qui renonce à l’universalité, avec trop d’acteurs de nature différente, tend à se substituer à un multilatéralisme construit, fondé sur le dialogue entre les États, dans le respect de leur souveraineté, et capable d’adopter des normes acceptées par tous.

L’Unesco doit demeurer l’une des digues permettant de résister à ces périls. Le multilatéralisme est à l’image de la démocratie : il tempère le directoire des puissants.

Tel est, me semble-t-il, le credo que la France entend porter au sein de votre Organisation. État fondateur, État du Siège, la France s’enorgueillit d’être l’hôte de la « Maison » Unesco.

L’ambition de la France à l’Unesco, c’est d’être à l’écoute de tous les États membres, sans distinction ; de tenter d’apaiser les tensions ; de promouvoir une Organisation qui demeure ouverte à l’ensemble des États, y compris à ceux qui l’ont quitté ou ont mis un pied en dehors. Ils doivent toujours être les bienvenus.

L’ambition de la France, c’est de faire en sorte que l’Unesco occupe toute sa place au sein du système des Nations unies, en particulier pour la mise en œuvre des objectifs du développement durable. Les objectifs du développement durable sont la boussole qui doit nous guider jusqu’à 2030. Ils préfigurent un monde plus juste.

A l’heure où le système multilatéral peine à peser sur le dénouement des crises politiques, même s’il n’y a pas d’alternative, le rôle de l’Unesco m’apparaît d’autant plus éminent pour répondre aux enjeux transversaux et aux défis de notre temps, y compris à ceux qui se posent avec une acuité nouvelle : la préservation de l’environnement, la bioéthique, l’intelligence artificielle.

On relativise parfois l’apport de l’Unesco. On a tort.

Que serait le système multilatéral sans une Organisation, comme l’Unesco, soucieuse d’un développement de qualité, au-delà d’une approche quantitative ? Sans une Organisation qui prône l’éducation pour tous, en particulier des jeunes filles, comme vecteur d’émancipation ? Sans une Organisation qui œuvre pour la prévention de l’extrémisme violent ? Sans une Organisation qui protège le patrimoine en péril, notamment dans les zones de conflit ? Sans une Organisation en capacité d’adopter des normes internationales, au travers de conventions qui font date ?

Je pense en priorité à la Convention du Patrimoine mondial, à celle sur le patrimoine culturel immatériel, mais aussi à la Convention sur la diversité des expressions culturelles de 2005.

Vous me permettrez ici de saluer la mémoire du Président Jacques Chirac qui a porté cette convention jusqu’à son approbation par votre Conférence générale, avec le soutien indéfectible des pays francophones, et de bien d’autres. Il s’était fait le héraut d’une « mondialisation à visage humain », qui correspond si bien à l’Unesco.

Alors ce soir, en vous accueillant au Sénat, j’ai voulu, avec notre Ambassadrice, vous montrer que l’Unesco rayonne bien au-delà de son Siège de la Place Fontenoy.

J’ai voulu manifester l’attachement à l’Unesco des institutions de la République française et de ses élus - ils sont nombreux à m’accompagner -, dans la diversité de leur appartenance politique.

J’ai voulu souligner notre engagement collectif en faveur de cette Organisation, dans un monde fracturé, qui a tant besoin de traits d’union, et d’armer les esprits pour faire reculer les conflits.


Mesdames et Messieurs,

Vous le savez, la France est candidate à un nouveau mandat au Conseil exécutif de l’Unesco. Le vote pour la France, ce n’est pas seulement un vote en faveur de l’un des États fondateurs de l’Unesco ou de l’État du Siège.

C’est tout à la fois un vote en faveur d’une éthique des relations internationales, d’actions résolues, de valeurs. Et la conviction que, malgré les différences, un consensus né du dialogue et ancré sur un socle de valeurs communes est toujours possible.

Je conclurai par les mots de René Cassin, qui a joué un rôle si déterminant dans la fondation de l’Unesco. Je cite : « La paix n’est pas dans le monde, mais dans le regard que nous portons sur le monde ».

L’Unesco et ses États membres personnifient ce regard.

Vive le multilatéralisme ! Vive l’Unesco ! Et vive la France !



Seul le prononcé fait foi