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Discours du Président du Sénat, M. Gérard Larcher,
à l’occasion de l’ouverture du séminaire de la fondation Charles de Gaulle, « de Gaulle et le grand large, une ambition mondiale
pour la France d’hier à aujourd’hui »,
le lundi 13 janvier 2020, à 9 heures 30 (Sénat, salle Clemenceau)


Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur l’Ambassadeur,
Monsieur le Président de la Fondation Charles de Gaulle, cher Hervé Gaymard,
Mesdames et Messieurs,


Je suis heureux de vous accueillir au Sénat, pour la première partie du séminaire intitulé « de Gaulle et le grand large, une ambition mondiale pour la France d’hier à aujourd’hui ».

La politique extérieure était, pour l’Homme du 18 juin, la plus belle des manières d’incarner la France et de faire l’Histoire.



Inspiré par son attachement à la grandeur de notre pays, le Général de Gaulle a développé l’idée que les États-nations étaient les principaux acteurs de la politique étrangère. « Notre peuple a besoin d’être soutenu par un dessein, par une vision où la politique extérieure tient une place centrale et où l’idée d’indépendance reste une notion maîtresse » écrivait le Général de Gaulle dans ses « Mémoires de guerre ».

C’est bien l’intérêt de la France, sa place au milieu des nations qui, pour lui, devait motiver ses stratégies d’alliance. C’est bien l’idée d’une exception française qui prévaut aujourd’hui encore : par son histoire, par sa géographie, par sa culture, la France doit toujours pouvoir se singulariser.

Toute la volonté du Général, à Londres, était tournée vers l’impératif de restauration de la souveraineté française pour lui permettre de retrouver son honneur, son influence et son crédit dans le monde.

Ainsi, il exigea à ce que notre pays dispose d’une place aux côtés des « grands » au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Durant toute sa présidence, il eut l’insatiable désir de démontrer à quel point la France était maîtresse de son destin. Au nom d’« une certaine idée de la France », il s’efforça d’affirmer sa puissance dans le monde. Sa grandeur, pensait-il, passait par son indépendance. Aussi, pour assurer l’indépendance nationale, il dota le pays de l’arme nucléaire.

La question de savoir s’il existe vraiment un style gaullien de négociations diplomatiques renvoie à la formule de Charles de Gaulle, selon laquelle « dans le mouvement incessant du monde, toutes les doctrines, toutes les écoles, toutes les révoltes, n’ont qu’un temps. Le communisme passera. Mais la France ne passera pas ».

Il n’y a pas de « style » mais tout simplement la France.

Nous avons là un autre fondement de la politique étrangère de la France selon le Général de Gaulle, l’idée que les relations internationales ne sont pas déterminées par les positions idéologiques. Celles-ci disparaissent ou se transforment alors que les nations demeurent. En d’autres termes, la France perdure, immuable, en dépit de la morosité ambiante du présent et il existe donc bien une spécificité française : la diplomatie exprime l’identité française.

Henry Kissinger le faisait remarquer : le comportement des Français s’explique par leur passé culturel et leur passé historique. « Il y a deux « fils » à observer pour bien comprendre la manière dont les Français négocient, le fil culturel et le fil historique ».

C’est dans cet esprit que le Général voulut toujours s’exprimer dans le concert des nations. Face aux deux blocs, « la France constitue un recours » dira de Gaulle à Malraux à son retour du Mexique.
La France a des intérêts qui lui sont propres et qui à certains égards ne varient pas mais qu’il faut faire valoir compte tenu du contexte international, et entre ces deux blocs « notre intérêt vital nous commande de nous tenir rigoureusement en équilibre entre l’Orient et l’Occident ».

La France est ce pays d’équilibre qui a une mission transcendante qu’elle exerce par son rayonnement.

Le Général n’accepta jamais la fatalité de la partition du monde en deux blocs et annonça, dès ses Mémoires de guerre, la chute de l’URSS et du monde communiste. Il savait l’importance de renouer avec la Russie, encore d’actualité aujourd’hui, lui qui a toujours donné la primauté aux réalités nationales. En effet, pour lui l’avenir de l’Europe était dominé par les relations qui s’établissaient entre quelques nations-clés : la France bien sûr, l’Angleterre, un partenaire « compliqué » mais naturel de la France, l’Allemagne, dont la France devait fatalement se rapprocher pour réconcilier l’Europe (on pense tous au traité de l’Élysée), et enfin la Russie pour réaliser l’équilibre dont la France et l’Europe ont besoin, objectif plus actuel que jamais.

L’existence nationale a pour corollaire l’indépendance. De cette imbrication des deux notions, le Général de Gaulle en a fait un pilier depuis la seconde guerre mondiale.
La volonté d’indépendance vis-à-vis des États-Unis est devenue un des marqueurs de la politique étrangère française. Régulièrement, les différents gouvernements français, de gauche autant que de droite, se démarquent de la politique menée par Washington. Ainsi, en 1985, François Mitterrand condamne l’initiative de défense stratégique lancée par le Président Reagan. De même, en 2003, Jacques Chirac mène l’opposition contre les États-Unis, lors de la guerre en Irak.

Certes, le monde que nous connaissons aujourd’hui a profondément changé. La disparition des blocs a donné naissance à un monde multipolaire avec l’émergence de la Chine et de l’Inde et l’équilibre de la terreur a laissé place à des menaces aussi dangereuses que l’islamisme radical, la prolifération nucléaire, les cyberattaques…

Aujourd’hui, une question mérite d’être lucidement posée : la France at-elle les moyens de mener une politique étrangère indépendante telle que nous la connaissions sous la présidence du Général de Gaulle ?

La « grandeur » telle qu’impulsée par le Général de Gaulle n’est pas irrationnelle. Loin d’être en rupture avec la tradition diplomatique française, cette politique n’a jamais mis la France sur un piédestal, mais l’a toujours considérée avec ses faiblesses, ses ressorts et ses atouts pour, au gré des circonstances, en tirer le meilleur pour notre pays.

En fait, la France dispose de tous les moyens de la puissance, un réseau diplomatique parmi les plus étendus du monde, une défense qui comporte la dissuasion stratégique, c’est-à-dire l’affirmation que la France, en dernier ressort, dépend d’elle-même pour sa défense, une capacité de projection à l’extérieur. La France dispose aussi d’une puissance culturelle avec notamment le réseau des Instituts français et une langue parlée par un grand nombre de locuteurs. En économie, la France occupe le septième rang mondial.

La France, grâce à ses outre-mers, est restée présente dans le monde entier. Notre Armée a des points d’appui dans les Caraïbes, l’océan Indien et l’océan Pacifique. Tous ces territoires permettent à la France de disposer d’une zone économique exclusive de plus de 10 millions de km², ce qui la place au 2e rang mondial derrière les États-Unis.

Même si depuis la fin de la guerre froide, la France a fermé plusieurs de ses bases militaires, elle joue encore un rôle essentiel en Afrique. La présence de nos forces au Sahel le démontre chaque jour.

Aujourd’hui, il faut avoir une politique à la fois ambitieuse et réaliste avec une ligne de force claire.

D’abord, tenir son rang comme membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, avec notamment une capacité militaire d’intervention extérieure.

À cela, s’ajoute un attachement particulier au multilatéralisme, qui revêt deux aspects. Cela passe par l’appartenance de la France à l’Union européenne et par une capacité à rester une force de proposition sur le plan international : on peut penser à notre rôle moteur en matière climatique et à l’accord obtenu à Paris, ou bien, à notre volonté d’entraîner la communauté internationale, au travers de

l’OCDE, d’instaurer une taxe digitale pour une juste taxation des profits dans le numérique. Autant de preuves d’influence et de rayonnement.
Les évènements récents au Moyen Orient confirment le "besoin d’Europe", c’est-à-dire la nécessité d'une participation accrue de l’Union européenne, en tant que telle, à la gestion des crises internationales.

La France doit posséder une politique autonome nonobstant son engagement européen. Garder en tête quelques priorités, durant l’époque gaullienne, on parlait des 3A : l’Allemagne, l’Algérie et l’Afrique, priorités toujours d’actualité.

La France doit tracer un chemin pour un autre équilibre du monde où s’affirme une volonté de médiateur, de passeur de pont entre des intérêts géopolitiques divergents ou opposés.

Vous aurez l’occasion, au cours de cette journée, de développer tous ces sujets.

Charles de Gaulle écrivait : « La France n’est réellement elle-même qu’au premier rang, seules les vastes entreprises sont susceptibles de compenser les ferments de dispersion que son peuple porte en lui-même. Notre pays, tel qu’il est, parmi les autres, tels qu’ils sont, doit, sous peine de danger mortel, viser haut et se tenir droit. »

Deux attitudes qui doivent nous inspirer.

Je vous souhaite un excellent séminaire à toutes et à tous.

Seul le prononcé fait foi