Question de M. VOILQUIN Albert (Vosges - RI) publiée le 26/05/1995

M. Albert Voilquin attire l'attention de M. le ministre de la défense sur la mort récente de nos soldats en Bosnie, la France semblant avoir beaucoup plus de victimes que d'autres pays. Devant l'inertie et le verbiage sans effet de l'ONU, nos soldats ne semblent pas être utiles à la cause de la paix et reçoivent des camouflets incessants infligés par les belligérants à la Communauté internationale et à notre armée, avec le non-respect des accords passés. Peut-on encore imposer une paix à des belligérants qui n'en veulent pas ? La vie d'un homme est ce qu'il y a de plus précieux au monde, ce qui nous impose une réflexion en ce qui concerne le bien-fondé de notre maintien en Bosnie. Si cette hécatombe continue, et si cette situation empire, ne conviendra-t-il pas d'envisager le retrait éventuel de notre contingent ?

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Réponse du ministère : Défense publiée le 13/07/1995

Réponse. - En un peu plus de trois ans, depuis le début de la participation française à la FORPRONU, 39 de nos soldats sont morts en ex-Yougoslavie, dont 16 victimes de tirs délibérés du fait des parties en présence. Comparées à celles des autres contingents, ces pertes peuvent paraître lourdes. Il faut cependant garder à l'esprit le fait que la France est le premier contributeur de troupes sur le théâtre yougoslave et participe à de très nombreuses actions, en particulier à Sarajevo. Ces pertes sont cruelles mais ces sacrifices n'ont pas été faits en vain. En effet, il faut rappeler que, malgré les nombreuses critiques, la FORPRONU a obtenu des résultats non négligeables : l'intensité du conflit n'a actuellement aucun rapport avec ce qu'elle était en 1992 et 1993 lorsque le centre ville de Sarajevo recevait plusieurs centaines d'obus chaque jour. En outre, l'aide humanitaire, quoique insuffisante, parvient, malgré tous les obstacles, à peu près régulièrement à environ 3 millions de personnes en Bosnie-Herzégovine et à une centaine de milliers en Croatie. Enfin, le conflit, qui s'est étendu à la Bosnie après avoir éclaté en Slovénie puis en Croatie, menaçait de s'étendre sur le reste du territoire de l'ex-Yougoslavie. La présence des troupes de l'ONU a sans doute permis de circonscrire ce danger d'extension. La crise yougoslave est le premier conflit d'importance en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La France, puissance européenne à part entière, ne peut décemment l'ignorer. Cependant, si la situation empirait à un point tel que la FORPRONU ne soit plus en mesure d'assurer le mandat qui lui a été confié, son retrait, dont l'hypothèse a été évoquée à plusieurs reprises par le Premier ministre, devrait naturellement être envisagé. Une telle décision ne peut néanmoins pas être prise à la légère du fait des engagements internationaux de la France et surtout en raison des risques considérables de relance et d'extension du conflit qu'elle provoquerait. En effet, une telle opération ne pourrait se concevoir sans le soutien aéroterrestre de l'OTAN et cela impliquerait directement la communauté internationale en tant que partie au conflit, avec toutes les conséquences que l'on peut imaginer pour la population civile.

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