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Sort de deux français détenus en Afghanistan

10e législature

Question d'actualité au gouvernement n° 0010G de M. François Gerbaud (Indre - RPR)

publiée dans le JO Sénat du 07/03/1997 - page 1276

M. le président. La parole est à M. Gerbaud.
M. François Gerbaud. Ma question s'adresse à Mme le secrétaire d'Etat chargé de la francophonie.
Au-delà des agitations et des interrogations quotidiennes, ma question, madame le secrétaire d'Etat, nous conduit, au
terme d'une sorte de « voyage au bout de la nuit », en un pays si cruellement étrange qu'on le voudrait emprunté à
l'imaginaire.
M. Ivan Renar. Céline doit se retourner dans sa tombe !
M. François Gerbaud. Etrange, ce pays où, en dépit ou au-delà d'une religion et de ses rigueurs, les femmes qui ne
portent pas le tchador sont considérées comme « à demi-vêtues », indécentes, et comme telles condamnées.
Etrange, ce pays où il leur est formellement interdit de fréquenter les étrangers, même lorsqu'ils y sont associés dans le
cadre d'actions humanitaires.
Ce pays n'est pas imaginaire, c'est l'Afghanistan des Taliban, ces barbus de l'extrême et de l'excès. Nous aurions pu les
laisser au jugement de l'Histoire si deux jeunes Français, membres de l'organisation humanitaire Action internationale
contre la faim, dont le seul objectif est de venir en aide aux jeunes Afghans, n'avaient pas été pris en otage aux motifs
qu'ils avaient transgressé ces interdits.
Ils ont en effet réuni, puis photographié des femmes afghanes, associées à leurs efforts. Le 22 février, ils ont été, pour ce
crime, arrêtés, jetés en prison, et sur eux pèse l'inquiétante et lourde menace du verdict de la Cour suprême
d'Afghanistan, devant laquelle ils sont appelés à comparaître.
Sur leur tête pèse la plus dramatique des menaces, lorsqu'on sait que le mollah Mohammed Rabbani, le numéro 2 du
régime taliban, n'a pas hésité à déclarer mardi dernier : « Si j'exprime mon opinion personnelle, je ne vois aucune raison
pour les exécuter. » Cette sentence en demi-teinte signifie-t-elle que d'autres pensent différemment ?
Il est choquant, et c'est le moins qu'on puisse dire, que l'arbitraire d'un régime conduise à la détention de deux jeunes
Français, dont l'unique objectif est de lutter contre la malnutrition des enfants afghans ; c'est infiniment choquant lorsqu'on
sait que ce régime a été mis en place pour soutenir des intérêts pétroliers et gaziers, ce qui explique, sans pour autant bien
évidemment le justifier, le jeu dérisoire, illusoire et dangereux des Américains.
Madame le secrétaire d'Etat, je sais que le Gouvernement français, par le biais de notre chargé d'affaires à Kaboul, tente
depuis deux semaines d'obtenir la libération de nos deux jeunes compatriotes.
Comment sont-ils traités et quelles sont les démarches entreprises par le Gouvernement pour faire cesser cette situation
intolérable, inexplicable et humiliante pour la France ? (Applaudissements.)



Réponse du ministère : Francophonie

publiée dans le JO Sénat du 07/03/1997 - page 1277

M. le président. La parole est à Mme le secrétaire d'Etat.
Mme Margie Sudre, secrétaire d'Etat chargé de la francophonie. Monsieur le sénateur, ainsi que vous l'avez
souligné, notre chargé d'affaires à Kaboul ainsi que les services du ministère des affaires étrangères concernés sont très
mobilisés par l'affaire de nos deux compatriotes membres de l'organisation non gouvernementale Action internationale
contre la faim, l'AICF, qui nous préoccupe beaucoup.
A Paris, nous maintenons des contacts étroits avec les responsables de l'AICF. A Kaboul, notre chargé d'affaires
rencontre nos deux compatriotes tous les deux jours. Il leur remet des rations alimentaires, des livres et des lettres. Ils sont
en bonne santé et ont gardé un bon moral.
Ils peuvent écrire sans que le contenu de leurs lettres soit contrôlé. Ils n'ont pas été maltraités. Les deux dirigeants
d'AICF, arrivés le lundi 3 mars, les ont également rencontrés. Ils reçoivent, par ailleurs, des visites de leurs collègues du
Comité international de la Croix-Rouge, le CICR, des journalistes et de leurs amis des ONG. Nos deux compatriotes,
selon des informations émanant de plusieurs sources, ne participaient pas à la réception qui avait été organisée par
l'AICF.
Dès le début de cette affaire, la diplomatie française a été extrêmement active. Nous avons mobilisé tous les pays amis
ainsi que toutes les organisations susceptibles de nous apporter leur concours. Nous restons en contact permanent avec
les responsables talebs à Kaboul, de même qu'avec tous ceux qui pourraient avoir une influence sur eux pour parvenir à la
libération la plus rapide possible et sans jugement de nos compatriotes car nous sommes convaincus que rien ne peut leur
être reproché.
Le secrétaire général des Nations unies, son représentant spécial pour l'Afghanistan, l'Union européenne, à travers les
démarches des membres de la troïka auprès des représentants des Talebs à Islamabad et celle de notre chargé d'affaires
à Kaboul au nom des Quinze, sont intervenus auprès des Talebs en faveur de la libération de nos compatriotes. Nous
avons des contacts réguliers avec les Talebs, par le biais notamment de notre chargé d'affaires à Kaboul.
Nous attendons maintenant une décision rapide des Talebs concernant la libération de nos compatriotes, mais je puis vous
assurer que nous maintenons notre vigilance et poursuivons quotidiennement notre action. (Applaudissements sur les
travées du RPR, des Républicains et Indépendants et de l'Union centriste, ainsi que sur certaines travées du
RDSE.)