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Education des enfants en Afrique

11e législature

Question écrite n° 07127 de M. Emmanuel Hamel (Rhône - RPR)

publiée dans le JO Sénat du 19/03/1998 - page 870

M. Emmanuel Hamel attire l'attention de M.-le ministre délégué à la coopération et à la francophonie sur l'information parue à la page 17 du quotidien La Croix du 5 mars dernier selon laquelle " certains pays (d'Afrique) consacrent plus du quart de leur budget à l'éducation sans parvenir pour autant à scolariser plus du tiers des enfants. " Il lui demande quelle est l'action de la France pour aider les pays d'Afrique, notamment le Sénégal, le Mali, le Bénin et le Burkina-Faso à développer leur enseignement scolaire.



Réponse du ministère : Coopération

publiée dans le JO Sénat du 14/05/1998 - page 1547

Réponse. - Les systèmes scolaires africains sont soumis depuis les indépendances à une crise durable, dont l'un des symptômes les plus préoccupants a longtemps été la relative inefficience des crédits publics affectés à ce sectur : ainsi, en 1980, les Etats sahéliens investissaient en moyenne chaque année 22 % de leur budget national pour l'éducation, tout en ne parvenant à scolariser que 32 % de leurs enfants en âge de fréquenter l'école primaire. Pour l'essentiel, ce faible rendement s'explique de trois façons : - grâce aux efforts des populations, des gouvernements nationaux et des bailleurs de fonds - au premier rang desquels la France -, la mortalité infantile a considérablement diminué au sud du Sahara. Or, cet indéniable succès s'est traduit par une croissance élevée de la population d'âge scolaire : le rapport entre cette dernière et la population totale est ainsi quatre fois plus élevé en Afrique que la moyenne mondiale. Aussi, malgré leurs efforts, il est souvent difficile aux actifs africains de prendre en charge la formation de la totalité de leurs enfants en âge de fréquenter l'école. Par ailleurs, une grande part des dépenses publiques consacrée à l'éducation a jusqu'ici été affectée en priorité à l'enseignement supérieur, qui accueille pourtant souvent moins de 2 % de la population nationale. Enfin, le coût unitaire d'éducation est excessivement élevé en Afrique, notamment dans les pays francophones, en raison de la cherté relative de la main-d' uvre enseignante : en indexant le traitement des instituteurs africains sur celui de leurs homologues métropolitains dans les années cinquante, la France a certes satisfait une demande légitime et justifiée d'agents publics soucieux, à travail égal, de percevoir un salaire égal à celui des expatriés ; il a pourtant aussi fait de l'enseignement primaire, très gourmand en personnel, un luxe inaccessible au budget de la plupart des futures nations indépendantes. Lors de la conférence de Jomtien (Thaïlande), en 1990, les pays en développement et leurs bailleurs de fonds se sont fixés comme objectif l'éducation de base universelle pour les premières années du XXIe siècle : dès lors, une grande majorité d'Etats d'Afrique subsaharienne se sont engagés sur la voie d'une démocratisation de leurs systèmes éducatifs, notamment grâce à une réallocation de leurs ressources budgétaires plus favorable au primaire. La dévaluation du franc CFA par rapport au franc français, en janvier 1994, est venue soutenir cette politique en permettant un réajustement partiel du rapport entre le revenu moyen et le revenu salarié - notamment enseignant. Enfin, une réflexion régionale, engagée tant au sein de la Conférence des ministres de l'Education nationale ayant le français en partage (CONFEMEN) que de l'Association pour le développement de l'éducation en Afrique (ADEA), a permis l'émergence d'une réflexion harmonisée sur les contenus et les fins de l'école africaine, comme le renforcement de compétences nationales dans ce domaine. La France, premier partenaire bilatéral de la plupart de ces Etats, a naturellement appuyé cette évolution : traditionnellement très engagée dans le secteur de la formation - près du quart de ses crédits (23,5 % en 1996) - la coopération française a dû faire évoluer ses priorités : jusque là concentrée sur les enseignements secondaires et supérieurs (général et technique), notre aide s'est progressivement dépalcée depuis la fin des années quatre-vingt vers l'éducation de base (15,3 % des crédits affectés à la formation en 1996), la formation professionnelle (12,5 %) et des fonctions d'appui institutionnel (7,5 %). Les pays sahéliens sont les premiers à bénéficier de cette rénovation de notre coopération éducative : notre aide technique à l'enseignement scolaire (en capital et en assistance technique) s'élèvera ainsi cette année à près de quinze millions de francs par an au Sénégal, et onze millions de francs au Mali et au Burkina Faso. L'enseignement scolaire béninois, dont la situation de départ était plus favorable, recevra pour sa part de l'aide française environ huit millions de francs en 1998. Des soutiens à des structures francophones (CONFEMEN) ou régionales (ADEA) ainsi que des programmes " inter-Etats " (statistiques scolaires, réseau de formation à distance, soutien à la politique de l'éducation...) viennent naturellement s'ajouter à ces aides purement bilatérales. Comme le soulignent toutes les évaluations, ces efforts conjoints des Etats et de leurs partenaires pour le développement ont jusqu'ici été fructueux : au Mali, par exemple, le taux brut de scolarisation primaire est ainsi passé de moins de 30 % en 1992 à plus de 46,7 % en 1997. Si l'évolution de la situation burkinabé sur la même période est un peu moindre (de 38 % à 45 %), le Sénégal parvient aujourd'hui, à scolariser presque 60 % de ses enfants. Il n'existe pas de données postérieures à la dévaluation sur la situation béninoise (69 % des enfants scolarisés en 1993 selon l'Unesco).