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Manifestations célébrant le passage au troisième millénaire

11e législature

Question orale n° 0252S de M. Christian Bonnet (Morbihan - RI)

publiée dans le JO Sénat du 29/04/1998 - page 1938

M. Christian Bonnet interroge Mme le secrétaire d'Etat au tourisme sur les manifestations célébrant le passage au troisième millénaire. Vingt mois seulement nous séparent désormais de l'an 2000. Cette entrée dans le troisième millénaire sera saluée, à l'étranger, par un certain nombre de réalisations ou manifestations, parmi lesquelles on peut citer, en Allemagne, le retour de Berlin au statut de ville-capitale... En Grande-Bretagne, une exposition grandiose sur le temps en cours de montage à Greenwich... En Italie, un jubilé d'une ampleur exceptionnelle... Toutes initiatives susceptibles d'attirer un très grand nombre de touristes venus du monde entier. Dans le même temps, fidèle en cela à sa tradition d'improvisation, la France paraît prendre un retard inquiétant. Si un crédit de 400 millions a été ouvert, il n'a été à ce jour ni voté, ni dès lors mis en place. Le message, apparemment retenu sur le plan national : " La France, l'Europe, le monde : un nouveau souffle ! " paraît tout à la fois flou, intellectuel et, dès lors, inassimilable, plus encore pour les étrangers que pour les Français. Par ailleurs, le logo retenu pour labelliser les lieux et les manifestations du passage d'un millénaire à l'autre apparaît inadapté dans sa fonction d'appel à des touristes potentiels. Dans de telles conditions, il lui demande s'il ne lui appartient pas de prendre une initiative forte pour fouailler les énergies défaillantes, et coordonner des actions jusqu'ici apparemment dispersées ?

Transmise au ministère : Culture



Réponse du ministère : Culture

publiée dans le JO Sénat du 20/05/1998 - page 2336

M. le président. La parole est à M. Bonnet, auteur de la question n° 252, adressée à Mme le ministre de la culture et
de la communication.
M. Christian Bonnet. Madame la ministre, je vous dois d'abord une explication : la raison pour laquelle j'avais, dans un
premier temps, posé ma question à celle de vos collègues qui est en charge du tourisme tient au fait que le Conseil
national du tourisme, dont elle est fonctionnellement la présidente, s'est ému de constater que bon nombre d'initiatives
étaient prises dans les pays étrangers aux approches de l'an 2000. C'est notamment le cas en Grande-Bretagne, en
Allemagne, avec « Berlin 2000 », ou en Italie, Rome devant connaître un jubilé d'une ampleur exceptionnelle.
Alors que des initiatives importantes ont ainsi été prises par les pouvoirs publics dans ces différents pays, nous n'avons
eu connaissance, en France, que du message particulier qui semble avoir été retenu : « La France, l'Europe, le monde,
un nouveau souffle ». Or ce message paraît tout à la fois flou, intellectuel et, dès lors, inassimilable, plus encore pour
les étrangers que pour nous ! Un crédit de 400 millions de francs a été ouvert, nous dit-on. Mais il ne semble pas qu'il
ait été réellement voté ni, a fortiori, mis en place.
Le Conseil national du tourisme, dont je suis l'un des vice-présidents, se préoccupe de cette apparente passivité de la
puissance publique au regard de manifestations qui devraient attirer un grand nombre de touristes en France, mais qui
risquent d'en attirer essentiellement à l'étranger, où des initiatives spectaculaires ont été prises. Voilà pourquoi je vous
interroge ce matin, madame la ministre.
M. le président. La parole est à Mme le ministre.
Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication. Monsieur le sénateur, vous aviez en effet
initialement adressé votre question au secrétaire d'Etat au tourisme, Mme Michelle Demessine, qui me l'a transmise en
vertu des responsabilités qui sont les miennes sur ce dossier.
Il faut d'abord rappeler que les préparatifs pour célébrer le passage au troisième millénaire ont été lancés en 1996. La
mission pour la célébration de l'an 2000 a ainsi été créée par un décret du 9 décembre 1996. Elle est placée auprès de
M. le Premier ministre et, par délégation de celui-ci, auprès du ministre de la culture. Dès le mois de janvier 1997, la
mission a bénéficié d'un budget de fonctionnement et elle s'est mise au travail, même si le précédent gouvernement
n'avait pris aucune décision quant aux modalités de financement d'un budget d'intervention, qui était alors fixé à 1,2
milliard de francs.
Dès le mois de juin 1997, le Premier ministre m'a chargée d'arrêter, en liaison avec le président de la mission et les
départements ministériels concernés, le programme de la célébration ainsi que le niveau des crédits nécessaires à sa
mise en oeuvre.
J'ai présenté, le 20 février dernier, avec le président de la mission, les grandes orientations du programme de la
célébration. Je ne reviendrai pas sur le contenu détaillé de ce programme, dont la presse s'est largement fait l'écho.
En revanche, il m'apparaît plus intéressant d'évoquer ici l'architecture générale de la célébration ainsi que ses
déclinaisons territoriales et thématiques.
En effet, le dispositif retenu est résolument décentralisé. Des manifestations d'ampleur nationale, voire internationale,
auront lieu en différents points du territoire, y compris dans les DOM-TOM, tout au long de l'an 2000. Ces
manifestations seront produites par les grandes institutions culturelles de notre pays et par les collectivités locales,
avec le soutien financier de la mission selon une clef qui varie de 20 % à 30 % des budgets mobilisés.
D'autres initiatives de portée régionale ou locale prises par les villes, les départements, les régions, voire les entreprises
ou les associations, pourront, par ailleurs, bénéficier du label de la mission.
Les crédits d'intervention mobilisés par l'Etat se monteront, comme vous le rappeliez, à 400 millions de francs. Une
petite partie de cette somme sera engagée dès cette année dans le cadre des crédits inscrits en loi de finances pour
1998. Les lois de finances pour 1999 et pour 2000 détermineront également, bien sûr, les sources de financement
nécessaires à la mise en oeuvre des projets relevant du programme.
Selon la logique du projet retenu, ces moyens devraient être complétés par un montant équivalent grâce à des
financements apportés par les différents partenaires de la mission, notamment les collectivités territoriales et les
partenaires privés, à savoir les mécènes et les entreprises. C'est donc, au total, un budget significatif qui sera mobilisé
par notre pays pour la célébration de l'an 2000.
En ce qui concerne la thématique retenue par la France pour la célébration du passage au troisième millénaire, vous
conviendrez avec moi qu'elle devait être, avant tout, porteuse de sens. L'an 2000 est un symbole, la représentation
imaginaire d'un seuil, d'une nouvelle ère pour l'humanité.
Nous savons que celle-ci sera fortement marquée par le renforcement des communications et des échanges entre tous
les individus de la planète. Cette certitude nécessite qu'à l'occasion de la célébration de ce symbole nous insistions
très fortement sur le renforcement des valeurs liées à la tolérance et à la solidarité, qui ont une portée très concrète
pour nos concitoyens. J'ajoute d'ailleurs que les pays partenaires de la France qui célébreront l'an 2000 ont, eux aussi,
choisi des thématiques qui se veulent porteuses de sens.
De plus, en complément de la thématique générale que je rappelais brièvement à l'instant, il est prévu d'utiliser une
formule plus ramassée que celle qui avait été initialement retenue lors de la mise en place de la mission pour la
promotion touristique du programme de la célébration.
La mission propose de retenir l'appellation : « 2000 en France ». Cette proposition fera l'objet d'une concertation avec
les services spécialisés du secrétariat d'Etat au tourisme.
En ce qui concerne le logo, choisi à la suite d'un concours organisé avec la délégation aux arts plastiques et gagné par
le graphiste Ruedi Baur, il a été retenu en raison de sa grande adaptabilité selon les supports. Une version simplifiée a
d'ailleurs été utilisée pour la présentation du pré-programme à des professionnels du tourisme.
Les préparatifs de la célébration de l'an 2000 sont bien avancés. L'année 1998 marque le début de la phase
opérationnelle. Dès la fin de la Coupe du monde de football, des initiatives seront prises, en liaison avec le secrétariat
d'Etat au tourisme, pour lancer la promotion du programme « 2000 en France ».
Quoi qu'il en soit, monsieur le sénateur, je tiens à vous confirmer que notre pays s'inscrit incontestablement dans le
petit groupe des nations qui ont décidé de marquer avec éclat le passage au troisième millénaire.
J'ai simplement souhaité être réaliste et raisonnable et ne pas engager le budget de l'Etat ou celui des collectivités
territoriales dans des dépenses qui ne seraient pas maîtrisées.
J'ai aussi porté la plus grande attention aux projets qui, au-delà de la fête et de l'instant qu'il faut célébrer avec éclat,
pouvaient marquer une certaine pérennité. Voilà pourquoi le programme prévoit des projets liés à l'environnement, avec
la construction de monuments ou des créations qui seront durables : je pense notamment à la commande publique qui
a été lancée à destination des plasticiens.
Voilà, monsieur le sénateur, ce que je puis vous répondre en l'état. Bien évidemment, dans quelques semaines,
l'opération sera définitivement lancée.
M. Christian Bonnet. Je demande la parole.
M. le président. La parole est à M. Bonnet.
M. Christian Bonnet. Madame la ministre, je vous remercie de votre réponse, qui nous permet de faire le point sur
cette opération.
En ce qui concerne les moyens, vous avez indiqué qu'il fallait être réaliste et raisonnable, mais que certains crédits
allaient néanmoins être dégagés. Nous nous en félicitons. Vous avez évoqué la nécessité d'une thématique porteuse de
sens. Je vous répondrai, pensant au tourisme, que les deux valeurs que sont la tolérance et la solidarité - et Dieu sait si
j'y suis attaché ! - ne me paraissent pas des valeurs porteuses sur le plan touristique. Je vous taquine un peu, mais
c'est ainsi.
Par ailleurs, tous ceux qui, comme moi, s'intéressent de près au tourisme ont un peu le sentiment que la mission
interministérielle est affectée par des « pesanteurs démocratiques ». Comme nous connaissons votre énergie, madame
la ministre, je vous demande, employant pour ce faire un langage qui ne pourra être assimilé à la langue de bois, de «
secouer » un peu la mission interministérielle.