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Réforme de la politique agricole commune

11e législature

Question écrite n° 07760 de M. Guy Fischer (Rhône - CRC)

publiée dans le JO Sénat du 23/04/1998 - page 1291

M. Guy Fischer appelle l'attention de M. le ministre de l'agriculture et de la pêche sur la vive inquiétude de la profession agricole face à la prochaine réforme de la politique agricole commune (PAC). En se félicitant de la ferme position de notre Gouvernement, qu'il représentait lors du conseil des ministres de l'agriculture de l'Union européenne, le 31 mars dernier, il lui réaffirme la nécessité d'obtenir des autorités de Bruxelles une modification radicale des axes de cette réforme. En effet, appliquée en l'état, celle-ci conduirait inexorablement à une baisse du revenu agricole et à une réduction dramatique du nombre d'exploitations. C'est la raison pour laquelle les agriculteurs français refusent la baisse des prix, qui condamnerait les petites et moyennes exploitations. Ils affirment au contraire leur capacité à créer des emplois et des exploitations qui valorisent les produits de qualité à haute valeur ajoutée. Ils revendiquent pour ce faire une organisation des marchés qui renonce à l'orientation vers la production et l'exportation de masse à bas prix mais privilégie la qualité. Ils réclament un rééquilibrage et une modulation des soutiens à l'agriculture en fonction des hommes, des territoires et des produits. Ils demandent enfin le maintien d'une compensation des handicaps naturels en zone de montagne. Convaincu du bien-fondé de cette position, il lui demande solennellement d'exiger avec force et détermination une véritable réforme de la PAC, qui préserve le rôle économique de notre agriculture et le savoir-faire de la profession agricole.



Réponse du ministère : Agriculture

publiée dans le JO Sénat du 01/10/1998 - page 3117

Réponse. - Les ministres de l'agriculture des quinze pays de l'Union se sont réunis à Bruxelles le 31 mars dernier, puis le 25 mai, pour examiner les propositions de réforme de la politique agricole commune faites par la Commission. Au nom du Gouvernement, le ministre a exprimé le profond désaccord de la France avec ces propositions et son souhait de les voir réorientés vers plus d'ambition. La priorité est, en effet, de répondre aux légitimes attentes des agriculteurs, du monde rural et, au-delà, de tous les concitoyens attachés à leur agriculture. Pour cela, il faut préparer l'avenir en garantissant aux agriculteurs les conditions de l'exercice de leur fonction essentielle de production, mais aussi la prise en compte des multiples activités qu'ils assurent au profit de la nation : maintien de l'emploi en milieu rural, protection de l'environnement et occupation équilibrée du territoire, qualité des produits. Les soutiens publics aux agriculteurs doivent donc davantage intégrer ces nouvelles préoccupations. Tels devraient être les axes d'une réforme qui préparerait l'avenir en répondant à la diversité des activités des agriculteurs comme des attentes des Français, soucieux du bon emploi des fonds publics, et en prenant en compte les prochaines échéances internationales. En lieu et place de cela, la Commission propose une baisse généralisée des prix garantis qui ne prend pas en compte la spécificité de notre agriculture et n'offre aucune garantie pour le revenu. En particulier, dans le secteur de la viande bovine, cette baisse n'est pas appropriée : il y a lieu d'intégrer à la réflexion la question de la maîtrise de la production et de l'équilibre entre les troupeaux laitiers et allaitants. Le ministre a marqué son opposition à la remise en cause de la priorité prise en 1992 en faveur de l'élevage extensif, ainsi qu'à la proposition de suppression de l'intervention publique. Lors du conseil de mai 1998, les ministres de l'agriculture des Quinze sont convenus de poursuivre les débats, et notamment de revoir la question de la baisse généralisée des prix à laquelle de nombreuses délégations, dont la nôtre, sont opposées. Sur la proposition de la France, la modulation des aides en faveur d'une agriculture multifonctionnelle a été introduite dans la négociation. Les débats sont encore loin d'être achevés : les Quinze se sont désormais fixé l'échéance du second trimestre 1999 pour aboutir. Le Gouvernement français continuera à promouvoir avec détermination sa vision de l'avenir de l'agriculture européenne.