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Réforme des instituts culturels français en Allemagne

11e législature

Question écrite n° 33048 de M. Marcel Vidal (Hérault - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 10/05/2001 - page 1570

M. Marcel Vidal appelle l'attention de M. le ministre délégué aux affaires européennes sur la " restructuration " annoncée de la moitié des vingt-quatre instituts culturels français en Allemagne. Cette " réforme " du réseau des instituts culturels tissé depuis les années 1950 ne va pas de soi, puisque le budget de la culture a augmenté cette année (42 millions au lieu de 39 millions de francs) et que notre politique incite nos concitoyens à prendre le relais de nos efforts de rapprochement de l'Allemagne et de la France. Ces instituts seraient remplacés par des attachés universitaires. Est-il légitime de croire que ce nouveau type d'ambassadeur culturel peut remplacer une dizaine de professeurs, implantés en Allemagne, enseignant notre langue à des milliers d'élèves. En outre, il apparaît que seulement 14 % des jeunes Allemands apprennent le français et que le nombre de nos jeunes concitoyens choisissant l'allemand en première langue est tombé à moins de 10 %. L'apprentissage de la langue ne reste-t-il pas le meilleur moyen de s'éveiller à la culture d'un pays voisin ? Il souhaiterait connaître son sentiment à ce sujet et les mesures envisagées par le Gouvernement pour remédier à cette anomalie lourde de conséquences.



Réponse du ministère : Affaires européennes

publiée dans le JO Sénat du 09/08/2001 - page 2597

L'honorable parlementaire a bien voulu appeler l'attention du ministre délégué chargé des affaires européennes sur la présence culturelle de la France en Allemagne. En effet, le ministère des affaires étrangères a décidé de procéder à une réorganisation du réseau culturel français en Allemagne. La reconfiguration de ce dispositif mis en place pour l'essentiel au lendemain de la seconde guerre mondiale puis complété après la réunification allemande, s'inscrira dans un processus de modernisation et d'adaptation qui permettra de renforcer, selon de nouvelles modalités, la coopération franco-allemande. Au 1er janvier 2000, le réseau était composé de 19 établissements à autonomie financière (instituts français ou centres culturels français à Berlin, Bonn, Brême, Cologne, Dresde, Düsseldorf, Francfort, Fribourg, Hambourg, Hanovre, Heidelberg, Karlsruhe, Kiel, Leipzig, Mayence, Munich, Rostock, Sarrebruck, Stuttgart), de 3 antennes du service culturel (à Erfurt, Erlangen et Tübingen) et de 2 établissement franco-allemands (Aix-La-Chapelle et Essen). Dans le cadre de ce nouveau dispositif, il y aura : 12 établissements culturels proprement dits (Berlin, Brême, Cologne, Dresde, Düsseldorf, Francfort, Hambourg, Leipzig, Mayence, Munich, Sarrebruck, Stuttgart), qui seront dotés de moyens renforcés ; 3 établissements franco-allemands (Aix-La-Chapelle, Essen, Tübingen) ; de nouvelles antennes culturelles et/ou universitaires, qui seront créées à Bonn, Erfurt, Hanovre, Heidelberg, Kiel et Rostock ; à Fribourg et à Karlsruhe, une prise en charge conjointe par les collectivités territoriales allemandes et françaises est prévue ; à Erlangen enfin, un établissement franco-allemand est prévu. Parallèlement, des postes d'un type nouveau seront créés : des attachés de coopération culturelle, dotés d'un budget d'intervention, seront affectés auprès de certaines chancelleries ou municipalités et seront chargés de monter, en partenariat, des projets d'envergure, notamment dans la partie orientale de l'Allemagne (Magdebourg, Schwerin, Potsdam). Des postes d'attachés de coopération universitaire seront également créés. Par ailleurs, la France et l'Allemagne avaient déjà engagé, ces dernières années, une modernisation de leur relation culturelle en augmentant le budget de l'office franco-allemand pour la jeunesse (qui passe de 64 à 70 millions de francs) et en se dotant de nouveaux instruments : centre Marc-Bloch à Berlin, chaîne Arte, université franco-allemande (notre contribution annuelle atteindra 25 millions de francs), académie franco-allemande du cinéma. En outre, de nombreuses instances de concertation entre les ministères concernés couvrent l'ensemble des champs de la coopération, dans les domaines artistique, éducatif, universitaire, scientifique et technologique. Cette reconfiguration du réseau permettra à notre relation culturelle de s'adapter aux différentes évolutions (mondialisation, intégration régionale, développement des industries culturelles, irruption des nouvelles techniques de l'information et de la communication dans la vie des citoyens, mobilité croissante des jeunes, rôle accru de la coopération transfrontalière, implication renforcée des sociétés civiles dans la relation franco-allemande). Cet objectif ne pouvait être atteint si nous considérions que nos instituts et centres culturels devaient demeurer les vecteurs exclusifs de notre présence en Allemagne. De ce fait, leur action et leur rôle au sein de notre dispositif général de coopération doivent être repensés en conséquence. La réforme de notre réseau ne se traduit pas par une réduction de notre présence en Allemagne, puisque les moyens de celui-ci restent constants et que les suppressions d'emplois budgétaires sont compensées par des créations, Elle doit, au contraire, nous mettre davantage en mesure de répondre aux sollicitations de nos partenaires allemands, et donner ainsi une nouvelle impulsion à notre relation bilatérale. Cette adaptation aux nouvelles formes d'échanges culturels prévalant au sein de l'Union européenne rappelle aussi que la coopération franco-allemande est au coeur de la construction européenne. En ce qui concerne les instituts culturels étrangers en France menacés de fermeture, le ministère des affaires étrangères est intervenu notamment pour inciter les collectivités territoriales françaises à étudier la possibilité d'apporter un soutien financier à ces instituts, comme le font différentes collectivités locales en Allemagne à l'égard de nos établissements. Enfin, s'agissant de l'enseignement de la langue du partenaire, nos deux Gouvernements sont tout à fait conscients de son importance et s'attachent à développer leur coopération dans ce domaine. C'est ainsi qu'à l'initiative de M. Jack Lang et de M. Kurt Beck, plénipotentiaire pour les relations culturelles franco-allemandes, une rencontre sur l'enseignement de la langue du partenaire a été organisée à Mayence, le 14 mai dernier, pour marquer la volonté de nos deux Gouvernements de préparer de nouvelles actions conjointes en faveur de la langue du partenaire. Dans le contexte de la célébration de l'année européenne des langues et de la mise en oeuvre, du côté français, d'une réforme de l'enseignement des langues, cette rencontre a permis de réunir pour la première fois plus de cent responsables éducatifs français et allemands, qui ont identifié une série de mesures. Ces mesures ont fait l'objet d'un examen approfondi, lors du dernier sommet franco-allemand qui a eu lieu à Fribourg, le 12 juin dernier. Cette mobilisation sera poursuivie et une nouvelle rencontre du même type que celle de Mayence est prévue à Dijon, en 2002.