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Directive européenne visant à légaliser les brevets sur le vivant

11e législature

Question écrite n° 35761 de M. Jean-Pierre Raffarin (Vienne - RI)

publiée dans le JO Sénat du 18/10/2001 - page 3294

M. Jean-Pierre Raffarin attire l'attention de M. le ministre délégué chargé des affaires européennes sur la directive n° 98-44, adoptée en 1998 par la Commission européenne, visant à légaliser les brevets sur le vivant. Même si le contenu de cette directive prête largement à confusion, il ressort des contradictions que le vivant est brevetable. L'article 3 de ce texte stipule " qu'une matière biologique isolée de son environnement naturel ou produite à l'aide d'un procédé technique peut faire l'objet d'une invention, même lorsque cette dernière préexistait à l'état naturel ". La mise en pratique de cette directive aurait pour effet de confisquer un certain nombre de molécules, voire d'organismes végétaux qui appartiennent en propre au patrimoine de l'humanité et à sa biodiversité naturelle. Une pétition a notamment été massivement signée dans toute la France sur l'initiative du professeur Mattei. Quelle est la position du Gouvernement sur cet important dossier ?



Réponse du ministère : Affaires européennes

publiée dans le JO Sénat du 29/11/2001 - page 3769

L'honorable parlementaire a bien voulu appeler l'attention du ministre délégué chargé des affaires européennes sur les conséquences sur la biodiversité de la brevetabilité de la manière biologique qu'entraînerait l'application de la directive 98/44/CE, relative à la protection juridique des inventions biotechnologiques. Il convient, sur un sujet aussi sensible, de rappeler un certain nombre de principes. La Communauté européenne est partie à la convention sur la diversité biologique du 5 juin 1992 et, à ce titre, les Etats membres, dans le cadre de la mise en oeuvre des dispositions législatives, réglementaires et administratives, nécessaires pour se conformer à la directive 98/44/CE, se doivent de tenir dûment compte de leur engagement à respecter la biodiversité. Par ailleurs, la directive 98/44/CE comporte un certain nombre de garanties. Ainsi, la directive indique que les variétés végétales, comme les procédés biologiques pour l'obtention de végétaux, ne sont pas brevetables. Seule une invention portant sur plusieurs variétés végétales est brevetable. En outre, le détenteur d'un tel brevet ne peut abuser de sa situation en interdisant à l'agriculteur de réutiliser les variétés végétales qu'il a précédemment acquises. En vertu du privilège de l'agriculteur reconnu par la directive, l'agriculteur doit pouvoir, par exemple, réensemencer lui-même à partir de semences acquises. Le Gouvernement a, pendant la négociation de cette directive, été vigilant à ce que la biodiversité soit au coeur des préoccupations environnementales qui doivent accompagner les développements technologiques.