Allez au contenu, Allez à la navigation

Absence de prévention sur les dangers des antidépresseurs

12e législature

Question écrite n° 14717 de M. Roger Karoutchi (Hauts-de-Seine - UMP)

publiée dans le JO Sénat du 18/11/2004 - page 2622

M. Roger Karoutchi interroge M. le ministre de la santé et de la protection sociale sur l'absence de prévention en France face au danger des antidépresseurs. Lors de la conférence internationale de la pharmaco-épidémiologie à Bordeaux en août 2004, une étude a montré que sur 129 908 adolescents, 935 avaient absorbé des antidépresseurs. Or diverses études montrent que les molécules appartiennent à la classe des inhibiteurs sélectifs de la recapture de sérotonine (ISRS) ce qui entraîne une augmentation des comportements suicidaires chez l'adolescent. Ainsi après analyse de vingt-quatre essais cliniques menés sur 4 000 jeunes, la FDA américaine a démontré que les enfants et les adolescents dépressifs ont deux fois plus de risques d'avoir des comportements suicidaires quand ils prennent des ISRS que les placebos. Ces données qui suggèrent que les antidépresseurs sont inutiles, voir dangereux pour les enfants, ont conduit la Grande-Bretagne et le Canada à en interdire totalement l'usage pour les moins de dix-huit ans, tandis que les Etats-Unis apposaient un avertissement sur les produits pour prévenir les dangers de ces traitements. En France, le débat sur l'innocuité des antidépresseurs n'est guère d'actualité. Aucun changement de recommandation à l'égard des jeunes n'est intervenu et l'agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS) se retranche derrière les recommandations de l'agence européenne pour l'évaluation des médicaments (EMEA) qui devrait clarifier les indications de l'usage des antidépresseurs chez les enfants. En l'espèce, il souhaiterait savoir s'il compte mettre en place une réelle politique de prévention de santé publique face aux dangers potentiels des traitements par antidépresseurs.

Transmise au Ministère de la santé et des solidarités



Réponse du Ministère de la santé et des solidarités

publiée dans le JO Sénat du 06/04/2006 - page 1026

La réduction des affections neuropsychiatriques figure parmi les objectifs quantifiés de la loi relative à la politique de santé publique. Le plan psychiatrie et santé mentale 2005-2008 prévoit la mise en place de programmes spécifiques en direction des enfants et des adolescents, notamment en ce qui concerne le renforcement des capacités de repérage par les acteurs de première ligne des signes de souffrance ou des troubles psychiques qu'ils sont susceptibles de manifester, et, sous l'égide de la haute autorité de santé (HAS), le renforcement de la qualité des pratiques et de l'information sur le bon usage et la place des médicaments dans la stratégie thérapeutique. Sur la base de référentiels de bonne pratique validés, des campagnes de communication en direction des médecins prescripteurs et du grand public seront lancées dès l'année 2006. S'agissant de l'autorisation de mise sur le marché (AMM) des psychotropes chez les enfants et les adolescents : d'une part, les médicaments indiqués dans le traitement des troubles déficitaires de l'attention avec hyperactivité chez l'enfant et l'adolescent (Ritaline, Concerta) sont classés stupéfiants et sont soumis à prescription restreinte (prescription initiale hospitalière réservée aux seuls spécialistes). Le diagnostic clinique doit être établi après évaluation de plusieurs intervenants et confirmé par un examen neuropsychologique, et la prescription n'est envisagée que si des mesures correctrices seules se révèlent insuffisantes ; d'autre part, les données disponibles sur l'utilisation des antidépresseurs (inhibiteurs de la recapture de sérotonine IRS et apparentés) chez l'enfant et l'adolescent viennent récemment de bénéficier d'une double réévaluation de la part de l'Agence européenne d'évaluation des médicaments (EMEA) et de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (AFSSAPS). Les conclusions de l'EMEA en date du 25 avril 2005 indiquent que ceux-ci sont déconseillés chez l'enfant et l'adolescent pour traiter les troubles dépressifs. Toutefois, ils peuvent être exceptionnellement prescrits dans certaines situations cliniques nécessitant un traitement médicamenteux. Toute prescription d'un antidépresseur chez un enfant ou un adolescent sur la base du besoin clinique individuel doit s'accompagner d'une surveillance étroite à la recherche d'un comportement suicidaire, particulièrement en début de traitement. Les résumés des caractéristiques produits (RCP), ainsi que les notices destinées aux patients, seront modifiés de façon à intégrer cette information sous forme de mise en garde. L'AFSSAPS a, dès décembre 2004, diffusé des recommandations similaires. Un groupe d'experts, réuni en son sein le 8 mars 2005 à la demande du ministre chargé de la santé, estime que 40 000 enfants et adolescents sont traités chaque année par ces médicaments pour dépression, et ce pour une courte durée. L'utilisation actuelle des antidépresseurs pour traiter la dépression chez l'enfant et l'adolescent ne se substitue pas à la psychothérapie, qui constitue la prise en charge de première intention. Ces experts sont défavorables à la mise en place de mesures de restriction de la prescription des antidépresseurs en raison d'un risque de report de ces prescriptions vers d'autres classes thérapeutiques inadaptées à la prise en charge de la dépression (benzodiazépines, neuroleptiques, thymorégulateurs), ou lorsque l'accès aux soins spécialisés est susceptible d'être retardé. Une mise au point de l'AFSSAPS sur l'utilisation des antidépresseurs chez l'enfant et l'adolescent est en cours d'actualisation. Des dispositions ont également été prises pour renforcer les outils de suivi de la prescription, en particulier par la mise en place d'une surveillance pharmaco-épidémiologique des antidépresseurs en partenariat avec la Caisse nationale d'assurance maladie des travailleurs salariés (CNAMTS).