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Sécurité de la centrale nucléaire du Blayais

13e législature

Question orale sans débat n° 1553S de M. Philippe Madrelle (Gironde - SOC)

publiée dans le JO Sénat du 29/12/2011 - page 3298

M. Philippe Madrelle appelle l'attention de Mme la ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement sur le caractère urgent de la réalisation des travaux de protection du site de la centrale nucléaire du Blayais.

L'intervention récente de militants de Greenpeace au sein des centrales nucléaires de Nogent-sur-Seine (Aube) et de Cruas (Ardèche) ont démontré « la vulnérabilité des centrales françaises aux intrusions humaines ». Cette action a montré la fragilité pour ne pas dire la vulnérabilité des systèmes de protection de nos centrales nucléaires, à quelques jours de la publication de l'audit que va rendre l'Autorité de sureté nucléaire (ASN) sur les centrales françaises.
Cet événement a permis de poser à nouveau le grave problème de la sécurité des centrales. Il souligne les risques d'inondation de l'usine de production d'électricité du Blayais et rappelle que le pire avait été évité en 1999 à la suite de la tempête Martin. La centrale du Blayais a été construite dans le marais de l'estuaire de la Gironde et les communes environnantes sont situées dans une zone d'expansion des crues.

En conséquence, il lui demande de bien vouloir lui préciser dans quels délais elle entend faire réaliser les travaux nécessaires afin d'éviter tout risque d'inondation de la centrale et de la route d'accès.



Réponse du Ministère chargé des transports

publiée dans le JO Sénat du 22/02/2012 - page 1396

M. Philippe Madrelle. À la fin de l'année 2011, l'intervention surprise de militants de l'association écologiste Greenpeace au sein des centrales nucléaires de Nogent-sur-Seine dans l'Aube et de Cruas dans l'Ardèche a permis de révéler à l'opinion publique la vulnérabilité des centrales nucléaires françaises aux intrusions humaines. Même si elles sont condamnables, de telles actions ont eu le mérite de montrer l'inquiétante et surprenante fragilité des systèmes de protection de nos centrales nucléaires, et ce quelques jours avant la publication de l'audit sur les centrales françaises réalisé par l'Autorité de sûreté nucléaire, l'ASN.

Au début de l'année, l'ASN a rendu son verdict : l'ensemble des installations nucléaires françaises présentent un niveau de sûreté suffisant pour pouvoir continuer à être exploitées, mais des travaux et des études sont nécessaires pour renforcer et moderniser la robustesse des installations. Aujourd'hui, 50 milliards d'euros sont nécessaires pour assurer la pérennité des 19 centrales et des 58 réacteurs français.

Dans un entretien accordé au Monde le 4 janvier dernier, André-Claude Lacoste, président de l'ASN, considère que la poursuite de l'exploitation des centrales « nécessite d'augmenter dans les meilleurs délais, au-delà des marges de sécurité dont elles disposent déjà, leur robustesse face aux situations extrêmes. C'est-à-dire face aux aléas naturels et à la perte d'alimentation en eau ou en électricité ».

Je ne m'attarderai pas sur les conclusions du rapport que vient de publier la Cour des comptes sur les coûts du nucléaire. Aux termes de celui-ci, la France n'a plus les moyens de renouveler son parc de centrales et de nombreuses incertitudes demeurent sur le démantèlement, la gestion des déchets et la prolongation de vie des 58 réacteurs d'EDF. Monsieur le ministre, ne pensez-vous pas qu'après la catastrophe de Fukushima il faille prendre en compte ces « situations extrêmes » ?

En Gironde, la centrale nucléaire du Blayais de 3 600 mégawatts, qui comprend quatre réacteurs d'une puissance nominale de 900 mégawatts, fonctionne depuis 1981. Elle est construite dans le marais de l'estuaire de la Gironde. L'unique voie d'accès à la centrale de Braud-et-Saint-Louis traverse des zones humides et les communes environnantes sont situées dans une zone d'expansion des crues. Or, dans la matinée du 28 décembre 1999, au plus fort de la tempête Martin, l'augmentation du niveau de l'océan, conjuguée à la levée de véritables vagues sur l'estuaire, a provoqué l'inondation de la centrale, métamorphosée de façon tout à fait imprévue en un îlot inaccessible, le temps de la marée ! Pendant treize heures, la centrale s'est retrouvée coupée du monde et a perdu trois de ses quatre réacteurs.

À la suite de ce que l'on peut qualifier d'accident grave, voire très grave, et qui n'a été révélé que très tardivement, les digues entourant les quatre réacteurs ont été renforcées et rehaussées à 8,30 mètres. Cependant, la route qui mène à la centrale n'a bénéficié d'aucuns travaux. Selon le président de la commission locale d'information sur le nucléaire, sa cote NGF est à 4,50 mètres : rien n'a donc changé ! Or il ajoute de façon formelle qu'il faut rendre cette route insubmersible. « Ne nous sentons pas invulnérables », répète-t-il à l'envi.

En effet, on est en droit de s'interroger sur les conditions d'arrivée des secours, en particulier des pompiers, en cas d'accident ou d'incendie, si la route devait être recouverte par les eaux. On pourrait alors craindre le pire...

Ces risques naturels d'inondation devraient être pris en compte et intégrés dans les recommandations de l'ASN. Il s'agit d'un problème majeur de sécurité et de sûreté. Monsieur le ministre, vous conviendrez que, un an après la catastrophe de Fukushima, rien ne peut continuer comme avant. Les citoyens attendent transparence et information. Les travaux d'aménagement de cette route privée appellent une réponse urgente. Par conséquent, pouvez-vous m'informer des dates de leur réalisation ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Thierry Mariani, ministre auprès de la ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, chargé des transports. Monsieur le sénateur, votre question est double : elle porte à la fois sur la sécurité et sur la sûreté de la centrale nucléaire du Blayais.

Vous avez évoqué la protection contre les actes de malveillance. Contrairement aux apparences, les actions de Greenpeace, conduites le 5 décembre dernier, n'ont pas montré de vulnérabilité grave des centrales nucléaires françaises. Ces actions médiatiques ont été identifiées comme telles, et c'est donc une réponse proportionnée qui a été apportée par l'opérateur EDF et les forces de l'ordre.

Toutefois, l'intrusion plus importante à Nogent-sur-Seine nécessite de tirer tous les enseignements de ces faits, pour que de telles actions ne se reproduisent pas. Le Premier ministre a donc demandé un audit aux services d'inspection des ministères, sous la coordination du Secrétaire général de la défense et de la sécurité nationale, dont les conclusions sont attendues pour le mois de juin prochain.

Sans attendre, EDF et la gendarmerie nationale ont décidé de prendre des mesures rapides d'amélioration du dispositif. Elles devraient se traduire par un amendement à la convention qui lie cet opérateur et le ministère de l'intérieur.

J'en viens à la question de la sûreté du site, notamment au regard des risques d'agression climatique extrême, en particulier d'inondation, puisque c'est à ce fait précis que vous avez fait allusion.

À la suite de l'inondation partielle du site du Blayais, lors de la tempête du mois de décembre 1999, en raison d'une situation météorologique exceptionnelle, des travaux importants ont été réalisés par EDF sur cette centrale nucléaire. Ainsi, sur demande de l'Autorité de sûreté nucléaire, l'exploitant a procédé à des modifications du génie civil de l'installation et des procédures d'exploitation dans le sens d'une meilleure prise en compte des phénomènes météorologiques, comme vous l'avez rappelé avec précision, monsieur le sénateur. Au mois d'octobre 2007, EDF a achevé l'essentiel des travaux sur l'ensemble du parc.

Dans les conclusions des évaluations complémentaires de sûreté réalisées par l'ASN, à la suite de l'accident de Fukushima, le sujet de la protection contre les inondations a été réexaminé à nouveau, et l'ASN imposera aux exploitants nucléaires des actions de renforcement complémentaires. Ainsi, elle prescrira, dans les prochaines semaines, les premières décisions visant à ce que soient définis des « noyaux durs », qui seront constitués d'éléments permettant d'assurer les fonctions de sûreté essentielles et devront être à l'épreuve des situations les plus extrêmes, comme les inondations que vous avez dénoncées.

Mme la présidente. La parole est à M. Philippe Madrelle.

M. Philippe Madrelle. Monsieur le ministre, je vous remercie de cette réponse.

Le réseau routier départemental, qui s'arrête à la sortie Ouest immédiate de Braud-et-Saint-Louis, se trouve situé à une hauteur de 8,30 mètres à 8,50 mètres NGF et est donc sans risque. Le problème, c'est la fameuse route se trouvant sur le domaine privé d'EDF, qui constitue l'accès principal à la centrale du Blayais. Sur cette portion de cinq kilomètres, un rehaussement sur au moins deux kilomètres est nécessaire.

Cette route doit absolument être rendue insubmersible. Qu'adviendrait-il si un incendie survenait sur le site de la centrale nucléaire du Blayais au moment où la route est recouverte par deux mètres ou plus d'eau ? Ne minimisons pas le risque d'inondation : il y a véritablement danger ! Comme le précise M. Jacques Repussard, directeur général de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, qui est l'appui technique de l'ASN : « Il ne faut plus laisser croire que le nucléaire est une technologie parfaite. »

J'appelle l'attention du Gouvernement sur ce problème, de sorte qu'il soit transmis à EDF : cette route doit être rehaussée. Nous l'avons su bien après, mais nous avons frôlé la catastrophe les 27 et 28 décembre 1999 ! Le préfet de l'époque avait même réveillé Alain Juppé dans la nuit pour le prévenir qu'il devait s'attendre à évacuer la ville de Bordeaux.