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Recyclage et valorisation des déchets ménagers
MIQUEL (Gérard)
RAPPORT 415 (98-99) - OFFICE PARLEMENTAIRE D'EVALUATION DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES
Table des matières
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N° 1693
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N° 415
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Enregistré à la Présidence de l'Assemblée nationale |
Annexe au procès-verbal de la séance du |
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le 14 juin 1999 |
10 juin 1999 |
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OFFICE
PARLEMENTAIRE D'ÉVALUATION
DES CHOIX SCIENTIFIQUES ET TECHNOLOGIQUES
RAPPORT
sur
LES NOUVELLES TECHNIQUES DE RECYCLAGE ET DE
VALORISATION
DES DÉCHETS MÉNAGERS ET DES
DÉCHETS INDUSTRIELS BANALS
par
M. Gérard MIQUEL,
Sénateur
et
M. Serge POIGNANT,
Député
|
Déposé sur le Bureau de l'Assemblée
nationale
|
Déposé sur le Bureau du Sénat
|
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Environnement.
___
Le
dossier des déchets est arrivé à maturité. Les
directives européennes ont fixé des résultats à
atteindre, les lois françaises ont défini des obligations, les
techniques ont évolué, les connaissances se sont
améliorées, les industriels sont préparés, les
" citoyens consommateurs " sont disposés à adopter de
nouvelles règles de comportement, les collectivités locales sont
prêtes. Tout contribue au changement. C'est aujourd'hui l'heure des choix.
A la demande du groupe socialiste du Sénat, mais cela aurait pu
être d'un autre groupe, car ce dossier dépasse les clivages
politiques -comme en témoigne la présence de deux rapporteurs de
sensibilité différente-, l'Office parlementaire
d'évaluation des choix scientifiques et technologiques a choisi de
s'investir dans ce domaine.
Une première étude avait été conduite par l'Office,
il y a plusieurs années1(*), mais depuis,
le contexte a radicalement changé. Pendant longtemps, l'alternative
était simple. Le gestionnaire de déchets n'avait d'autre choix
que celui de les mettre en décharge ou de les incinérer, de les
éloigner ou de les brûler, avec ou sans récupération
d'énergie, mais surtout s'en débarrasser, sans trop s'occuper des
conséquences qui, à terme, pouvaient survenir. La
" valorisation matière ", qui consiste au
" réemploi, au recyclage ou à toute autre action visant
à obtenir, à partir des déchets, des matériaux
réutilisables ", était certes une voie toujours
citée, mais en réalité bien peu suivie. Faute de collecte
appropriée, faute de traitement adapté dans des conditions
économiques satisfaisantes, faute peut-être aussi, de
volonté claire. L'Office a donc jugé utile de présenter
à l'opinion les nouvelles possibilités de traitement des
déchets.
Mais comment trouver sa place dans un domaine où les rapports, les
études sont déjà extrêmement nombreux, où
l'information est continue, où les nouveautés sont
incessantes ? Comment rédiger un rapport qui ne soit pas seulement
un rapport de plus ?
Pour trouver cette place, ou, du moins, tenter de le faire, l'Office n'avait
qu'à respecter scrupuleusement les termes de la mission qui lui a
été définie par la loi : " L'Office a pour
mission d'informer le Parlement des conséquences des choix de
caractère (...) technologique ". A travers le Parlement,
c'est l'ensemble de l'opinion et de ses représentants, notamment les
élus locaux, qui est visé.
Ce rapport n'a donc pas pour objet d'étudier l'ensemble de ce secteur.
Il a pour seule ambition de présenter des options, d'ouvrir
l'éventail des possibilités, d'éclairer les choix de ceux
qui s'interrogent encore, mais qui ont la volonté d'agir dans ce domaine.
Cette mission nous a conduits à organiser plus de soixante auditions et
entretiens, et des dizaines de visites sur le terrain en France et en
Allemagne, notamment. Ce travail n'aurait surtout pu être
réalisé sans la contribution décisive du comité
d'experts qui nous accompagnait pendant toute cette période (voir
annexe 1). Nous voudrions ici remercier tout spécialement
M. le Professeur André Fontana, directeur du service de Chimie
générale et industrielle de l'Université libre de
Bruxelles, ainsi que son adjointe, Mme Gisèle Jung, qui nous ont
accompagnés sans discontinuité, avec une courtoisie constante et
une efficacité remarquable.
Ce rapport intervient à un moment où la France est à la
croisée des chemins. Trois éléments principaux doivent
être pris en compte : technique -c'est l'objet même du
présent rapport -, mais aussi social et politique.
Sur le plan social, nous constatons qu'en dépit des appréhensions
les plus pessimistes, la collecte sélective est un succès. Les
Français ont montré qu'ils pouvaient, qu'ils savaient et qu'ils
voulaient participer. Tout cela n'est pas une idée, encore moins une
idéologie, mais une réalité, que l'élu doit prendre
en compte.
Sur le plan politique, nous considérons que l'environnement sera l'un
des défis majeurs du siècle prochain, et qu'à l'heure
où le politique (le système, les hommes...) est
décrié, l'environnement est aussi une occasion exceptionnelle de
restaurer la fonction politique. C'est un domaine où les choix des
responsables sont attendus, visibles, déterminants, où le
consommateur peut être actif, acteur et partenaire, c'est-à-dire
en un mot, citoyen.
La politique des déchets est donc un défi à relever et une
chance à saisir.
___
A. DONNÉES STATISTIQUES
1. La production de déchets
a) Observations de méthode
Comment
mesurer les déchets ? En dépit de repères simples,
tant juridiques que pratiques, les déchets constituent des
mélanges hétérogènes mal définis, complexes,
variables, rendant les évaluations délicates. Les quatre
difficultés principales portent sur :
les définitions adoptées,
l'assiette adaptée,
le mode de calcul retenu,
le périmètre envisagé.
Les définitions : il y a " déchets et
déchets ".
Les difficultés commencent avec les définitions des
déchets. Les problèmes sont juridiques, pratiques. A quel moment
un objet devient-il un déchet, à quel moment cesse-t-il de
l'être ? La désintégration survient en effet dans tous
les cas, mais dans des délais extrêmement variables, entre
quelques semaines (déchets verts, feuilles mortes...) et plusieurs
milliers d'années (verre).
Par ailleurs, un objet peut être un déchet pour celui qui s'en
débarrasse, et un produit valorisable qui a une valeur marchande pour
celui qui le collecte ou qui l'assemble. Ainsi, les deux litres d'huile de
vidange sont un déchet pour l'automobiliste, mais les deux tonnes
d'huiles récupérées sont vendues en combustible. Le seul
fait d'avoir rassemblé les déchets individuels a
transformé le produit.
Autre exemple : le partage délicat entre ordures
ménagères et déchets ménagers. On appelle en
général " déchets ménagers " les
déchets produits par les ménages, et " ordures
ménagères " les déchets collectés dans le
cadre des ramassages organisés par les municipalités. Les deux
termes ne se recouvrent pas. Certains déchets ménagers, notamment
en milieu rural, sont éliminés par les habitants eux-mêmes
(brûlés dans les cheminées ou donnés aux animaux),
tandis que les collectivités locales collectent également les
déchets qui ne proviennent pas des ménages, mais des
commerçants et artisans.
L'assiette : " sec ou humide " ?
Il y a souvent une différence entre celui qui collecte un déchet
et celui qui le reçoit ou qui le traite, car les deux ne calculent pas
la même chose. La différence principale est entre le déchet
brut, collecté, et le déchet propre et sec. Les déchets
ménagers contiennent en moyenne 35 % d'eau. Pour certains
déchets, la teneur en eau est beaucoup plus importante. Pour les boues
de stations d'épuration par exemple, la teneur en eau varie entre 60 et
98 %. Les déchets solides sont donc considérablement
réduits par le seul séchage. Il faut aussi compter avec le
nettoyage, pour débarrasser les déchets entrant des
impuretés et salissures... Tous ces phénomènes expliquent
aussi les différences entre évaluations, notamment entre
collectivités locales et industriels traitants2(*).
Le mode de calcul retenu : masse ou volume ?
Les déchets se mesurent en masse et non en volume. Les densités
sont extrêmement variables selon les matériaux, et même
selon les modes de collecte. Ainsi, la densité des ordures
ménagères est de 150 à 200 kg/m3 en moyenne,
quand elles sont dans des sacs et des poubelles, et de 400 à
600 kg/m3 quand elles sont compactées en bennes avec
tassement. Les écarts sont tels que, pour simplifier, on mesure les
déchets en masse, en tonnes.
Cette méthode peut, à elle seule, fausser les conclusions que
l'on peut tirer de telle ou telle filière de collecte. Ainsi, le
plastique a une densité deux fois moindre que la moyenne des ordures
ménagères non compactées, soit de l'ordre de 100
kg/m3. Sa part dans le volume de ces déchets est d'environ un
quart, alors que sa part dans la masse n'est que de 12 %. Cela a une
grande importance sur l'appréciation des coûts de la collecte.
Ramené à la masse, le coût de collecte des plastiques est
élevé, voire exorbitant pour certains plastiques, si on les
rapporte à la tonne collectée (comme les calages de plastique
expansé, dont la densité est de l'ordre de 10 kg/m3,
soit dix fois moindre que la densité moyenne des plastiques).
Aussi, pour obtenir un camion de dix tonnes d'ordures ménagères
compactées, il faut deux camions d'ordures ménagères
brutes, quatre camions de plastique, quarante camions de plastique
expansé... Les coûts, calculés à la tonne, seraient
évidemment différents si l'on calculait par rapport aux volumes
collectés.
En dépit de ses insuffisances et imperfections, cette méthode de
calcul en masse est aujourd'hui la seule utilisée. Si des
évolutions sont possibles, et même souhaitables, cette situation
doit aujourd'hui être considérée comme une donnée.
Le périmètre envisagé
Pour mesurer les déchets, il faut définir au préalable un
périmètre. S'intéresse-t-on aux déchets
ménagers, aux déchets gérés par les
collectivités locales, aux déchets produits en France, aux
déchets traités en France, dont le périmètre est
encore plus large puisqu'il inclut les importations de déchets -car l'on
importe des déchets dans des quantités non négligeables
(entre 600 et 700.000 tonnes par an)-. Même en excluant les
déchets nucléaires, les frontières et les passerelles sont
nombreuses. Les différentes évaluations communiquées
ci-après donnent une idée de cette complexité.
b) Évaluations
Les
évaluations courantes sur la production de déchets en France
varient entre deux chiffres : 21 millions de tonnes et 600 millions de
tonnes par an. On passe entre ces deux extrêmes par juxtapositions
successives.
Premier bloc. Les déchets ménagers et les déchets
municipaux
Les " déchets des ménages "
Il s'agit des déchets issus de l'activité domestique des
ménages qui se composent de trois parts distinctes :
les déchets provenant des collectes usuelles (19,2 millions
de tonnes),
les déchets provenant des collectes séparatives
(1,6 million de tonnes),
les déchets non collectés (auto-élimination)
(0,3 million de tonnes).
L'ensemble représente 21,1 millions de tonnes par an, soit
352 kilos par habitant et par an, soit environ un kilo par jour et par
habitant.
Les déchets assimilés aux déchets
ménagers
Il s'agit des déchets issus des commerces, de l'artisanat, des bureaux
et de l'industrie, mais collectés dans les mêmes conditions que
les déchets ménagers. Cette part est alors dite
" assimilée aux déchets ménagers ". Elle
représente 5,2 millions de tonnes.
Les ordures ménagères
On appelle " ordures ménagères ", ou
" déchets ménagers " au sens large, les déchets
collectés qui résultent de l'activité domestique des
ménages et des déchets assimilés. Il s'agit de
l'évaluation la plus courante en France. Le montant est
calculé par sommation des deux données précédentes
(21,1 + 5,2), desquelles on retire la part de déchets
auto-éliminée (- 0,3). L'ensemble représente 26
millions de tonnes, soit 434 kg/habitant et par an. Les étapes du
calcul sont données dans le tableau ci-dessous :
|
Quantités de déchets ménagers (1995) en millions de tonnes |
|||||
|
Poubelles |
Collecte séparative |
Déchets collectés |
Auto-élimination |
Total déchets ménagers |
|
|
Déchets ménagers |
19,2 |
1,6 |
20,8 |
0,3 |
21,1 |
|
Déchets non ménagers mais assimilés |
5,2 |
5,2 |
|||
|
Total |
24,4 |
1,6 |
26,0 |
0,3 |
26,3 |
|
Source : ADEME, Déchets municipaux, chiffres clefs, traitement OPECST |
|||||
Ce
chiffre moyen de 434 kg par habitant et par an recouvre des situations
très disparates selon les milieux géographiques et les
densités de population. On distingue ainsi le milieu urbain, avec un
gisement d'ordures ménagères et assimilés de 520
kg/habitant et par an, le milieu semi urbain, avec un gisement d'ordures
ménagères et assimilés de 425 kg/habitant et par an,
et le milieu rural, avec un gisement d'ordures ménagères et
assimilés de 320 kg/habitant et par an.
Les déchets municipaux
On ajoute à la quantité précédente, les autres
déchets collectés par les municipalités. Leur grande
diversité, la marge d'appréciation laissée aux
collectivités pour collecter ou non certains déchets
(déchets industriels banals, déchets automobiles...), expliquent
qu'il n'y a aucun chiffrage exhaustif dans ce domaine, et que les
évaluations éventuelles ne sont jamais concordantes. Les chiffres
suivants sont communiqués sous toutes réserves, et ne servent
qu'à donner un ordre de grandeur pour fixer les idées. On
distingue ainsi :
Les autres déchets des ménages qui, en raison
de leur poids ou de leur volume ne peuvent être pris en compte par les
collectes usuelles. Il s'agit d'une part des inertes (résidus de
travaux et bricolage) et des encombrants ou " monstres "
(cuisinières, réfrigérateurs hors d'usage, sommiers...).
Cette partie est difficile à évaluer, car une fraction non
négligeable reste encore abandonnée " dans des
décharges sauvages ", tandis qu'une petite partie prend aujourd'hui
la direction des déchetteries organisées à cet effet. On
estime ce premier volet à environ 4,5 millions de tonnes. Les
déchets des ménages incluent d'autre part des déchets
ménagers spéciaux, qui normalement, ne sont pas
collectés avec les déchets courants (piles, huiles de vidange...)
Les déchets provenant de l'entretien des
espaces verts (parcs et jardins), soit 1 million de tonnes, sans
compter l'entretien des autres espaces publics touristiques (plages...).
Les déchets de nettoiement
(marchés et voies publiques).
Les déchets liés à
l'automobile (carcasses, pneus et huiles usagés) :
environ 2 millions de tonnes
Les déchets de l'assainissement
collectif, notamment les boues engendrées par les stations
d'épuration des eaux usées domestiques (9 millions de
tonnes) et les déchets de curage des réseaux (1 million de
tonnes).
Au total, et sous les réserves rappelées ci-dessus, l'ensemble
des " déchets municipaux hors déchets ménagers "
peut être estimé entre 15 et 20 millions de tonnes par an, ce
qui fait, au total, des déchets municipaux compris entre 40 et 45
millions de tonnes.
Deuxième bloc. Les déchets industriels
Les activités industrielles produisent 150 millions de tonnes de
déchets, dont :
30 millions de tonnes de déchets industriels banals,
assimilables aux ordures ménagères, et relevant du même
traitement ;
18 millions de tonnes d'éléments polluants
nécessitant des traitements spéciaux, d'où le nom de
" déchets industriels spéciaux " ;
plus de 100 millions de tonnes d'inertes (déblais, gravats...).
Il y a cependant, dans ce domaine, des écarts considérables selon
les sources, comme en témoigne la comparaison de ces deux documents
rédigés par la même agence, mais à cinq ans
d'intervalle.
|
Exemple de divergence
|
||
|
ADEME
|
ADEME
|
|
|
" Les activités industrielles produisent 30 millions de tonnes de déchets banals assimilables aux ordures ménagères et relevant du même traitement ". |
" La production de DIB français est estimée à 94 millions de tonnes par an, dont 52 tonnes de DIB des industries et du commerce ". |
|
|
Il y a également 100 millions de tonnes d'inertes. |
9 millions de tonnes des chantiers du bâtiment |
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|
Les déchets des industries agro-alimentaires (IAA) sont comptés parmi les déchets agricoles, et représentent 25 millions de tonnes. |
43 millions de tonnes des déchets organiques des industries agro-alimentaires. |
|
Troisième bloc. Les déchets
agricoles
Les activités agricoles génèrent 400 millions de tonnes de
déchets par an, dont :
25 millions de tonnes de l'industrie agro-alimentaire,
65 millions de tonnes des cultures,
280 millions de tonnes de l'élevage.
L'ensemble peut être représenté dans le schéma
ci-après :
|
Les
déchets en France
|
||||
|
Déchets ménagers
|
||||
|
Déchets assimilés aux déchets
ménagers
|
DÉCHETS MUNICIPAUX
|
|||
|
Autres
déchets municipaux
|
||||
|
Déchets industriels banals (DIB)
|
||||
|
Déchets industriels spéciaux (DIS)
|
DÉCHETS INDUSTRIELS
|
DECHETS TOTAUX
|
||
|
Inertes
|
||||
|
Déchets IAA
|
||||
|
Déchets d'élevage
|
DÉCHETS AGRICOLES
|
|||
|
Déchets des cultures
|
||||
|
Source : ADEME, traitement OPECST |
||||
c) Comparaisons internationales
Les
mêmes difficultés se retrouvent amplifiées pour
établir des comparaisons internationales. Là encore, celles-ci ne
peuvent servir qu'à établir des repères. Le critère
le plus adapté est celui du montant par habitant. On constate alors que
la production de déchets est, en général, plutôt
liée à la richesse du pays, mais avec des exceptions notables,
tant dans les pays riches que dans les pays pauvres.
La France se situe dans une position moyenne parmi les pays
développés. Un Français produit deux fois moins de
déchets qu'un Américain (755 kilos par an, soit près de 2
kilos par jour et par personne), dix fois plus qu'un habitant d'un pays en
développement. En Europe, la France se situe dans une position moyenne,
légèrement supérieure à l'Allemagne ou au Royaume
Uni, largement inférieure aux pays nordiques, Norvège ou
Finlande.
|
Évolution de la production des déchets ménagers. Comparaison européenne |
|||||||||||
|
Pays |
Déchets ménagers (milliers de tonnes) |
Déchets ménagers par habitant (kilos) |
|||||||||
|
1980 |
1990 |
1980 |
1990 |
||||||||
|
France |
15.570 |
20.320 |
290 |
360 |
|||||||
|
Allemagne |
21.417 |
21.172 |
348 |
333 |
|||||||
|
Royaume Uni |
15.500 |
20.000 |
312 |
348 |
|||||||
|
Italie |
14.040 |
20.033 |
252 |
348 |
|||||||
|
Espagne |
10.100 |
18.540 |
270 |
322 |
|||||||
|
Source : Europe's Environment, statistical compendium for the Dobris Assessment, 1995 |
|||||||||||
|
Comparaison internationale de production de déchets (kg/habitant/an) |
|||||||||||
|
Russie |
159 |
France |
360 |
||||||||
|
Ukraine |
212 |
Suède |
374 |
||||||||
|
Portugal |
257 |
Suisse |
441 |
||||||||
|
Grèce |
296 |
Norvège |
472 |
||||||||
|
Espagne |
322 |
Pays Bas |
497 |
||||||||
|
Allemagne ( RFA) |
333 |
Autriche |
620 |
||||||||
|
Belgique |
342 |
Finlande |
624 |
||||||||
|
Royaume Uni |
348 |
États-Unis |
755 |
||||||||
|
Source : Europe's Environment,
|
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2. La composition des déchets
Bien connaître la composition des ordures ménagères est capital pour déterminer les modes de tri et de traitement qui seront les mieux adaptés. Plus de la moitié des ordures ménagères (déchets ménagers et assimilés collectés dans les tournées de ramassage organisées par les collectivités locales) sont constituées de déchets putrescibles et de papiers cartons. Les emballages représentent 40 % des ordures ménagères, le verre, fait unique en Europe, plus de 13 %.
|
Composition des ordures ménagères |
||||
|
Répartition par grande masse |
Répartition fine |
|||
|
en % |
kg/hab/an |
en % |
||
|
Déchets putrescibles |
28,8 % |
125 |
Déchets putrescibles |
28,8 % |
|
Papier carton |
25,3 % |
109,8 |
Papier |
16,2 % |
|
Plastiques |
11,1 % |
48,2 |
Carton |
9,1 % |
|
Verre |
13,1 % |
56,8 |
Plastiques |
11,1 % |
|
Métaux |
4,1 % |
17,8 |
Verre |
13,1 % |
|
Autres |
17,6 % |
n.s. |
Métaux |
4,1 % |
|
Total |
100 % |
434 |
Incombustibles |
6,8 % |
|
Combustibles divers |
3,2 % |
|||
|
Textiles |
2,6 % |
|||
|
Textiles sanitaires |
3,1 % |
|||
|
Complexes |
1,4 % |
|||
|
Spéciaux |
0,5 % |
|||
|
Source : ADEME, Déchets municipaux, les chiffres clefs - février 1998 |
||||
La composition des déchets est variable selon les pays, sans qu'il puisse être établi une corrélation stricte avec les richesses. Néanmoins, on constate que, dans l'ensemble, la part des putrescibles (nourriture, déchets de jardin...) est surtout dominante dans les pays les moins avancés, et que la part des papiers journaux s'accroît dans les pays développés (jusqu'à représenter 43 % des déchets en Californie...). La position singulière de la France se caractérise par l'importance du verre dans les ordures ménagères, supérieure à tous les autres pays du monde.
B. LA VALORISATION DES DÉCHETS
1. Les modes de traitement des déchets
a) La situation en France
En 1995,
près de 95 % de la population française était
desservie par des installations de traitement ou par des décharges
autorisées recevant plus de 3.000 tonnes de déchets par an.
Le stockage reste le principal mode d'élimination de ces déchets.
En 1995, près de la moitié des ordures ménagères a
été stockée dans des décharges et/ou des centres
d'enfouissement technique (CET) réglementés. Environ 40 %
des ordures ménagères ont été
incinérées en 1995.
Le compostage et les autres traitements biologiques concernent un peu plus de
7 % des tonnages traités (essentiellement des ordures
ménagères).
|
Modes de traitement des ordures ménagères en 1995 |
||
|
Modes |
Quantités d'ordures ménagères traitées |
|
|
de traitement |
en millions de tonnes |
en % |
|
Recyclage des matériaux |
1,6 |
6,2 |
|
Traitements biologiques, |
1,7 |
6,5 |
|
Traitements thermiques, |
10,3 |
39,6 |
|
Mise en décharge |
12,4 |
47,7 |
|
Total |
26,0 |
100,0 |
|
Source : ADEME 1995 |
||
b) Comparaisons internationales
|
Comparaison des politiques nationales de traitement des déchets (juin 1997) |
|||
|
États |
Recyclage |
Incinération |
Décharge Stockage |
|
France |
12 % (dont 6 % de compost) |
40 % |
48 % |
|
Allemagne |
18 % (dont 2 % de compost) |
34 % |
48 % |
|
Suède |
23 % (dont 5 % de compost) |
40 % |
37 % |
|
Norvège |
13 % (dont 1 % de compost) |
18 % |
69 % |
|
Danemark |
20 % |
60 % |
20 % |
|
Pays-Bas |
43 % (dont 20 % de compost) |
26 % |
31 % |
|
Belgique (Flandre, Wallonie) |
35 % - 11 % |
29 % - 31 % |
36 % - 58 % |
|
Italie |
9 % (dont 2 % de compost) |
6 % |
85 % |
|
Royaume-Uni |
25 % |
5 % |
70 % |
|
États-Unis |
24 % |
15 % |
61 % |
|
Japon |
11 % (dont 2 % divers) |
74 % |
15 % |
|
Canada |
30 % |
4 % |
66 % |
|
Suisse |
39 % |
47 % |
14 % |
|
Autriche |
33 % (dont 17 % de compost) |
12 % |
55 % |
|
Espagne |
13 % (compost) |
4 % |
83 % |
|
Source : ADEME |
|||
2. La valorisation
a) La valorisation, qu'est-ce que c'est ?
" Valoriser : donner de la valeur à quelque
chose " Peut on se satisfaire de cette définition et
s'applique-t-elle aux déchets ?3(*)
Malgré des avancées législatives , la valorisation reste
un concept ambigu qui se définit surtout par opposition à
l'élimination qui, par définition, se contente de faire
disparaître. Mais est-ce un objectif principal, secondaire, à quel
moment peut - on estimer qu'il y a bien eu valorisation...?
La notion est apparue dans les textes en 19894(*), mais les textes de référence sont la
directive cadre européenne de 19915(*) et
la loi française du 13 juillet 1992 aux termes de laquelle la
valorisation consiste dans " le réemploi, le recyclage ou toute
autre action visant à obtenir, à partir des déchets, des
matériaux réutilisables ou de l'énergie ". Il y
aurait donc une valorisation matière qui doit permettre de
réutiliser les éléments constitutifs du déchet en
les intégrant dans le circuit économique, et une valorisation
énergétique, sans que le législateur ait fixé une
priorité entre les deux.
Il convient de mesurer les inconvénients qu'il y a, à juxtaposer
ces deux types de valorisation qui si elles sont complémentaires,
peuvent aussi devenir contradictoires, car il peut y avoir en
réalité " cannibalisation " d'une technique par une
autre. Le développement d'une technique -l'incinération-
empêche, par un mouvement en spirale, tout développement de
l'autre -la valorisation matière-.
Tout procédé de traitement coûte cher, mais les effets
d'échelle sont importants en particulier pour l'incinération avec
valorisation énergétique. Il faut donc, dans cette logique,
construire grand et collecter beaucoup, pour parvenir à des coûts
satisfaisants. La " valorisation matière " suit la même
loi, appliquée cette fois à la baisse, puisque moins on fait de
valorisation, plus elle coûte cher, et moins on peut en faire. Au total,
même si tous les rapports l'évoquent, même si beaucoup de
responsables tentent de la développer, la " valorisation
matière " des déchets impose une grande détermination
politique.
Selon l'ADEME, les différents sens de la valorisation sont les
suivants :
Encadré n° 1
Récupération et valorisation
Les définitions de l'ADEME
___
La
valorisation consiste dans " le réemploi, le recyclage ou
toute autre action visant à obtenir, à partir des déchets,
des matériaux réutilisables ou de l'énergie "
(loi du 13 juillet 1992).
Récupérer un déchet, c'est le sortir de son
circuit traditionnel de collecte et de traitement. Par exemple, mettre des
bouteilles ou des journaux dans un conteneur spécial, au lieu de les
jeter à la poubelle. La récupération, qui suppose une
collecte séparée ou un tri, se situe en amont de la valorisation
qui consiste, d'une certaine façon, à redonner une valeur
marchande à ces déchets. La valorisation s'effectue par divers
moyens.
Le recyclage est la réintroduction directe d'un déchet
dans le cycle de production dont il est issu, en remplacement total ou partiel
d'une matière première neuve. Par exemple, prendre des bouteilles
cassées, les refondre, et en faire des bouteilles neuves.
Le réemploi : c'est un nouvel emploi d'un déchet
pour un usage analogue à celui de sa première utilisation. C'est,
en quelque sorte, prolonger la durée de vie du produit avant qu'il ne
devienne un déchet. Par exemple, la consigne des bouteilles, à
nouveau remplies après leur nettoyage.
La réutilisation consiste à utiliser un déchet
pour un usage différent de son premier emploi, ou à faire,
à partir d'un déchet, un autre produit que celui qui lui a
donné naissance. Par exemple, utiliser des pneus de voiture pour
protéger la coque des barques ou chalutiers.
La régénération consiste en un
procédé physique ou chimique qui redonne à un
déchet les caractéristiques permettant de l'utiliser en
remplacement d'une matière première neuve. C'est le cas, par
exemple, de la régénération des huiles usées ou des
solvants, ou du papier qui est à la fois recyclé et
régénéré par le désencrage.
La valorisation énergétique consiste à utiliser
les calories contenues dans les déchets, en les brûlant et en
récupérant l'énergie ainsi produite pour, par exemple,
chauffer des immeubles ou produire de l'électricité. C'est
l'exploitation du gisement d'énergie que contiennent les déchets.
Source : ADEME, Les déchets en France
b) La valorisation pour quoi faire ?
Quelques raisons d'y croire
Disons le clairement, valoriser les déchets est avant tout un choix
politique, un choix de société. A chaque époque correspond
un choix de traitement des déchets. Comme certains ont
préféré mettre leurs déchets en décharge
plutôt qu'au fond des bois, ou ont choisi de les brûler
plutôt qu'ils s'entassent et pourrissent à proximité de nos
villes, nous pensons que l'époque appelle aujourd'hui un changement
d'attitude. Plus positive, plus économe, plus responsable.
Les déchets constituent un produit qu'il faut utiliser au mieux de nos
possibilités du moment. La valorisation est non seulement utile, mais
aussi souhaitable. Toute l'activité humaine consiste à
créer des richesses en partant d'un produit pour en fabriquer un autre,
en transformant les choses pour en créer de nouvelles. Le déchet
peut être ce produit qu'il faut savoir utiliser et transformer pour en
faire un matériau utile, une véritable " matière
première secondaire ".
Car utiliser un déchet c'est préserver les matières
premières naturelles. Les déchets peuvent ainsi se substituer aux
importations de matériaux. C'est aussi, bien souvent, réaliser
une économie en termes financiers. Il existe de très nombreux cas
où utiliser un déchet est moins coûteux pour tout le monde
qu'utiliser une matière première naturelle (le verre,
l'aluminium, par exemple). De plus, dans un grand nombre de cas, les
dépenses de traitement sont réparties entre la
collectivité et la filière industrielle, et, si la dépense
totale est la même, le financement est plus
équilibré.6(*)
Dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, il est indispensable
d'anticiper. Anticiper l'évolution de la réglementation,
de la demande sociale, des marchés, en particulier celui de
l'énergie. Aujourd'hui, les prévisionnistes mettent en garde
l'opinion mondiale sur l'illusion de l'énergie à bon
marché, et donnent à la planète un demi siècle de
répit. Au delà, ou le monde manquera de sources d'énergie
fossile ou son utilisation sera plus coûteuse. Certes les
découvertes de gisements ne sont pas terminées, mais l'extraction
et le transport du pétrole notamment seront de toutes façons plus
coûteux (cf. les nouvelles réserves de l'Asie centrale dont
l'acheminement en Europe passe nécessairement par des régions
instables). Sans que l'on sache quand ni comment, l'augmentation des
matières premières est inévitable. C'est cette
capacité de projection qui paraît déterminante, et
même être un devoir politique.
Nous pensons donc que valoriser les déchets, c'est une façon de
s'engager sur l'avenir. C'est parfois ce qui manque le plus en politique.
Gérer ses déchets est une garantie et une assurance sur l'avenir.
Tous ces arguments sont parfaitement connus et ne méritent pas qu'on s'y
étende davantage.
Partir des besoins ou partir du gisement ?
Une critique fréquente consiste à dire qu'il ne faut pas partir
du déchet, pour voir ce que l'on peut en faire, mais que la seule
attitude possible est de partir du marché, et voir alors si le
déchet peut être utilisé . Ainsi, dans les deux cas
précités, le verre et l'aluminium, les industriels ont
naturellement récupéré les déchets puisque la
fabrication de verre et d'aluminium à partir de matériaux
usagés coûtait moins cher que la même fabrication à
partir de matière première naturelle. C'est ce qu'on appelle
" partir du marché ", c'est à dire faire une analyse
de coûts, chercher une matière première et s'apercevoir que
l'utilisation des déchets est non seulement parfaitement valable mais en
plus, moins coûteuse que la fabrication à partir de la
matière vierge.
Nous pensons toutefois que cette attitude parfaitement rationnelle pour une
entreprise, ne peut fonder une véritable gestion des déchets qui
ne se limite pas à un calcul de court terme mais impose comme on l'a
dit, de se projeter sur l'avenir. Dans ce domaine, le seul marché ne
paraît pas suffisant pour faire émerger des solutions de fond. En
outre, contrairement à l'argument présenté ci dessus, il
existe de très nombreux exemples, où la réussite est
partie du déchet ou du sous-produit lui même. Ainsi, la
valorisation énergétique ou la valorisation des mâchefers
en technique routière ne sont pas les premiers buts de
l'incinération, mais les incinérateurs ont, à juste titre,
cherché à valoriser la chaleur et les matériaux qu'ils
avaient produits.7(*) Dans ce cas, la
démarche est bien partie du gisement , du sous produit (chaleur) ou du
déchet (mâchefer) pour chercher la valorisation.
La même démarche peut inspirer les collectivités locales
aujourd'hui. En dépit de certaines appréhensions, la collecte
sélective est un succès. Les français ont montré
qu'ils pouvaient, qu'ils voulaient trier leurs déchets, qu'ils
pouvaient, qu'ils voulaient participer. Les collectivités locales se
trouvent aujourd'hui devant de grandes masses de déchets propres parfois
imprévus (objets en plastiques de toutes sortes dans les conteneurs
réservés aux emballages, bois dans les déchetteries...).
L'élu est donc confronté à un triple défi :
tenir compte des contraintes économiques, mais aussi répondre aux
attentes des administrés et anticiper les évolutions.
Ce sont ces raisons qui fondent la politique de recyclage. Mais bien
évidemment, cette politique doit partir des contextes locaux (dispersion
de l'habitat, habitudes culturelles différentes en milieu urbain et en
milieu rural...), ainsi que de la géographie industrielle et des
initiatives locales. Car il est préférable d'avoir un gisement
à proximité d'une industrie, plutôt qu'être
obligé de traverser la France pour envoyer des déchets dans la
seule usine susceptible des les traiter aujourd'hui. L'élu doit d'abord
connaître son gisement et se demander où sont les industries qui
peuvent utiliser et valoriser les matières premières
secondaires, proposées par les collectivités locales ?
Histoire, géographie, économie, environnement, culture... tous
les ingrédients sont là pour faire de la politique des
déchets un projet national et une politique majeure du prochain
siècle.
La gestion des déchets est de plus en plus encadrée par un ensemble de textes formant un écheveau complexe et peu accessible suscitant, dans le meilleur des cas, réserves et perplexité, quand ce n'est pas craintes ou hostilité. Plusieurs conclusions se dégagent des auditions : la réglementation est mal connue, trop fluctuante, mais ni suffisante... ni toujours indispensable. Compte tenu de la grande confusion qui règne, il est nécessaire de distinguer la réglementation qui relève du cadre juridique européen et la réglementation purement nationale.
A. LA RÉGLEMENTATION EUROPÉENNE
Il est
hélas banal de rappeler combien les institutions européennes et
leur fonctionnement sont en France mal connus. Faute d'efforts pour la
comprendre, l'Europe est jugée lointaine, compliquée, souvent
contraignante, parfois manipulée par quelques États quand ce
n'est pas par quelques lobbies... L'implication de l'Europe dans les
questions d'environnement et, en particulier dans la gestion des
déchets, n'échappe pas à la règle. La plupart de
nos correspondants ont évoqué la réglementation
européenne et, surtout, les projets en cours, que bien peu, en
vérité, connaissent avec précision.
Il paraît indispensable de faire le point sur cette question, tant les
a priori et approximations sont nombreux.
1. État de la réglementation européenne
La
réglementation européenne applicable aux déchets figure
dans l'encadré page suivante.
A deux exceptions près (un règlement sur le transfert des
déchets et une recommandation sur l'élimination des vieux
papiers), la réglementation européenne prend la forme de
directives8(*), forme de
législation à deux étages qui fixe des objectifs à
atteindre, laissant le soin aux États membres de prendre les mesures
appropriées pour y parvenir (article 189 du Traité).
Encadré n° 2
La
réglementation européenne en matière de déchets
(hors déchets nucléaires)
___
I.
Réglementations horizontales (tous déchets ou par
installation)
Directive cadre 75/442/CEE du Conseil du 15 juillet 1975, relative aux
déchets (JOCE 25 juillet 1975)
modifiée par la directive 91/156/CEE du 18 mars 1991 (JOCE 26 mars 1991)
complétée par une décision de la Commission 94/3/CE du 20
décembre 1993, établissant une liste de déchets dont le
détenteur a l'obligation de se défaire (JOCE 3 janvier 1994)
Directive 91/689/CEE du Conseil du 12 décembre 1991, relative au
déchets dangereux (JOCE 31 décembre 1991)
complétée par une décision du Conseil (94/904/CE) du 22
décembre 1994, établissant une liste de déchets dangereux
(projets de modification en cours) (JOCE 31 décembre 1994)
Règlement 259/93 du Conseil du 1er février 1993,
concernant la surveillance et le contrôle des transferts de
déchets à l'entrée et à la sortie de la
Communauté européenne (modifications
régulières) (JOCE 6 février 1993)
Directive 89/369/CEE du 8 juin 1989, concernant la prévention de
la pollution atmosphérique en provenance des installations nouvelles
d'incinération des déchets municipaux (JOCE 14 juin 1989)
Directive 89/429/CEE du Conseil du 21 juin 1989, concernant la
réduction de la pollution atmosphérique en provenance des
installations existantes d'incinération des déchets municipaux
(JOCE 15 juillet 1989)
Directive 94/67/CE du 16 décembre 1994, concernant
l'incinération des déchets dangereux (JOCE 31
décembre 1994)
Proposition de directive sur l'incinération des déchets
municipaux (actuellement soumise pour avis au comité des
régions).
II. Réglementations verticales (par types de déchets)
Directive 75/439/CEE du Conseil du 16 juin 1975, concernant
l'élimination des huiles usagées (JOCE 18 juin 1975)
Recommandation 81/972/CEE du Conseil du 3 décembre 1981,
concernant la réutilisation des vieux papiers et l'utilisation des
papiers recyclés (JOCE 10 décembre 1981)
Directive 86/278/CEE du Conseil du 12 juin 1986, relative à la
protection de l'environnement et des sols lors de l'utilisation des boues
d'épuration en agriculture (JOCE 4 juillet 1986)
Directive 91/157/CEE du Conseil du 18 mars 1991, relative aux piles et
accumulateurs contenant certaines matières dangereuses (JOCE 26 mars
1991)
Directive 94/62/CE du Parlement et du Conseil du 20 décembre 1994,
relative aux emballages et aux déchets d'emballages (JOCE 31
décembre 1994)
Directive 96/59/CE du Conseil du 16 septembre 1996, concernant
l'élimination des PCB et PCT (JOCE 24 septembre 1996)
III. Perspectives
Il est important de distinguer les propositions et les projets. Une
proposition de directive, présentée par la Commission, est un
acte juridique, officiel, publié au JOCE. Un projet est une
réflexion en cours sur un sujet. Des informations complémentaires
peuvent être obtenues auprès des services de la Commission (DG XI).
Proposition de directive du Conseil, sur l'incinération des
déchets, présentée par la Commission le 29 octobre
1998 (doc. COM (98) 558 final)
Proposition de directive du Conseil relative à la mise en
décharge des déchets, présentée par la
Commission le 10 mars 1997 ( doc. COM (97) 105 final, JOCE 24mai 1997)
Proposition de directive du Parlement européen et du Conseil,
relative au marquage des emballages, présentée par la
Commission le 25 novembre 1996 (doc. COM (96) 191 final)
Proposition de directive du Conseil, relative aux véhicules
hors d'usage, présentée par la Commission le 3 juillet 1997
(doc. COM (97) 358 final)
Projet de directive sur les déchets électriques et
électroniques.
Projet de directive sur les piles et accumulateurs (toutes piles).
Projet de directive sur les déchets domestiques dangereux.
Projet de directive sur le compostage et l'amendement des boues.
En marge de cette réglementation, l'Union a également
établi en 1996/1997, une nouvelle " stratégie
communautaire pour la gestion des déchets " qui fait suite
à une première stratégie adoptée en
1989/1990.9(*).
Les dispositions relatives aux déchets sont, pour l'essentiel, des
éléments de la politique de l'environnement et relèvent,
par conséquent, de l'article 130 S du Traité. Le rôle
du Parlement européen n'a cessé de s'étendre depuis les
premiers pas de la politique environnementale en 1975, où il
n'était que consulté pour avis (une lecture). Un pas
décisif est intervenu en 1992 avec le Traité de Maastricht et le
passage à la procédure de coopération (deux lectures). Le
Traité d'Amsterdam constitue la troisième étape importante
puisque la plupart des mesures liées à l'environnement, notamment
celles concernant les déchets, seront désormais prises en
codécision Parlement européen / Conseil (trois
lectures).
2. Observations
Cette réglementation appelle plusieurs observations :
a) Aucun texte n'a été imposé à la France
Il y a,
dans l'esprit de nos compatriotes, une méfiance générale,
due le plus souvent à la méconnaissance, à l'égard
des textes européens, comme s'ils étaient venus d'ailleurs.
Jusqu'à ces dernières années, la plupart de ces
directives, -dont les plus anciennes- relevaient du seul Conseil,
composé des ministres des États membres. A une exception
près, ces directives ont toutes été adoptées
à l'unanimité. La seule exception concerne la directive
" emballage " (le Danemark, les Pays-Bas et l'Allemagne ayant
voté contre, considérant que les normes prévues
n'étaient pas assez sévères). Ainsi, tous les
gouvernements depuis 1975 ont approuvé les dispositions initiées
au niveau européen.
Concernant l'initiative, quelques précisions doivent être
apportées. " Directives téléguidées ",
" services manipulés " au profit de quelques-uns,
habitués à des normes sévères et espérant
profiter d'une réglementation jugée plus contraignante par les
autres pour placer leurs techniques ou leurs produits... Beaucoup de choses ont
été dites, entendues ou sous-entendues, qui sont souvent des
fantasmes qu'il convient de lever.
Il n'est pas possible de retracer l'origine précise de chaque texte,
mais il est vraisemblable que tous les cas de figure coexistent. La fameuse
norme d'émission de dioxine applicable aux incinérateurs a
été expressément demandée par les Pays-Bas en 1994,
les premiers à avoir mis en évidence des traces de dioxine dans
le lait des vaches à proximité d'incinérateurs. Des
parlementaires européens, des ministres, des commissaires
impliqués et influents ont pu également initier tel ou tel texte.
Les industriels eux-mêmes sont parfois les plus ardents partisans d'une
réglementation européenne, de peur d'avoir à faire face
à quinze législations différentes. C'est ainsi que des
négociations sur les voitures en fin de vie, sur les produits
électriques et électroniques se sont engagées à
partir des demandes des industriels eux-mêmes.
Ces rappels n'ont d'autre but que de tenter de mettre fin aux fantasmes. La
réglementation européenne est la nôtre.
b) La réglementation ne suffit pas et, parfois, ne s'impose pas
Tout d'abord, le choix de la directive laisse aux
États
membres " la compétence quant à la forme et aux
moyens " de parvenir aux objectifs et aux résultats à
atteindre. Cela renvoie aux questions bien connues que sont la
transposition et l'application.
Dans l'ensemble, les directives européennes ont été
transposées et appliquées. Plus ou moins bien. Les contentieux
restent exceptionnels10(*), mais la situation
n'est pas satisfaisante sur de nombreux points. Concernant la valorisation, vos
rapporteurs ne peuvent que constater -avec regret- que tout était
déjà dit... en 1975.
Directive (75/442/CEE) du Conseil du 15 juillet 1975
relative aux déchets (extraits)
__
Art. 3 -. Les États membres prennent les
mesures appropriées pour promouvoir la prévention, le
recyclage et la transformation des déchets, l'obtention
à partir de ceux-ci de matières premières et,
éventuellement, d'énergie, ainsi que toute autre
méthode permettant la réutilisation des déchets.
Art. 6 -. Les autorités compétentes sont tenues
d'établir aussitôt que possible un ou plusieurs
plans portant notamment sur les types de déchets à
éliminer (...), les sites (...), les mesures susceptibles d'encourager
la rationalisation de la collecte, le tri et le traitement des déchets
(...).
Ainsi, une orientation était fixée dès 1975, avec le
succès relatif que l'on sait. De même, des plans étaient
demandés et n'ont pas été réalisés. La
compétence des collectivités locales dans ce domaine ne constitue
pas un argument suffisant pour justifier ce retard. La Suède, dès
son adhésion, a immédiatement adressé à la
Commission plus de trois cents plans régionaux.
Les arguments et les prétextes masquent mal ce qu'il faut bien appeler
un relatif désintérêt de la nation dans son ensemble pour
ces questions.
Ensuite, la réglementation ne suffit pas sans l'effort et
l'implication de tous. " L'intendance suivra... " mais, en
l'espèce, ni l'intendance ni les responsables élus, ni les
opérateurs privés n'ont toujours suivi. Cette situation est
parfaitement résumée dans une formule de Mme Corinne Lepage,
alors ministre de l'Environnement : " Il ne suffit pas de
décréter qu'un type de déchets présente des risques
pour l'environnement pour que des circuits de gestion de ces déchets se
mettent spontanément en place. "
Non, les circuits ne se sont pas mis spontanément en place. Sans doute
est-il plus facile de laisser faire les habitudes, que de regarder en face ses
responsabilités. Ce qui suppose une énergie, une volonté
et le courage d'organiser, d'innover, d'oser et de se projeter dans l'avenir.
Enfin, la réglementation ne s'impose pas toujours.
Plusieurs filières, et non des moindres, se sont organisées et
ont réussi sans cadre réglementaire étroit. Le verre, le
papier, l'aluminium sont recyclés alors que les obligations
légales ou réglementaires sont rares. Pour les autres produits,
il faut souvent une " révolution culturelle " de la part des
industriels comme de l'opinion publique, pour s'engager dans la voie du
recyclage. Pourtant, le déchet est aussi un produit, une matière
première et une source de richesse à qui veut s'en saisir. Au
risque de se salir les mains et de prendre des risques, mais au bout du compte,
les démarches économique et écologique, loin de s'opposer
se rejoignent souvent et se complètent. Quelques-uns l'ont compris avant
les autres.
B. LA RÉGLEMENTATION NATIONALE
Dans aucun État la réglementation nationale ne " plaque " la réglementation européenne, conformément d'ailleurs au principe même des directives laissant chaque État libre de prendre les mesures appropriées, les mieux adaptées au cadre juridique, géographique, historique, institutionnel qui est le sien. Les textes français sont, par conséquent, presque toujours différents des textes européens, même quand ils s'y rapportent expressément.
1. État de la réglementation
a) Présentation
Le mot
réglementation est ici utilisé dans son sens large, de
disposition fixant des normes ou des obligations, puisque, en
vérité, l'essentiel est issu de dispositions législatives,
et seulement accessoirement, de dispositions réglementaires, voire
infra réglementaires.
Encadré n° 3
La
réglementation française en matière de déchets
___
I.
Réglementations horizontales (tous déchets ou par
installation)
Loi n° 75-633 du 15 juillet 1975, relative à
l'élimination des déchets et à la
récupération des matériaux (JO 16 juillet 1975)
précisée par le décret n° 77-151 du 7
février 1977 (JO du 20 février 1977) et la circulaire du 18 mai
1977 relative au service d'élimination des déchets des
ménages (JO du 9 juillet 1977)
Loi n° 76-663 du 19 juillet 1976 relative aux installations
classées pour la protection de l'environnement (JO 20 juillet
1976)
Circulaire du 21 octobre 1981 relative au service d'élimination
des déchets des ménages
Loi n° 88-1261 du 30 décembre 1988 sur
l'élimination et le transit de certaines catégories de
déchets (modifie la loi de 1975) (JO 4 janvier 1989)
Loi n° 92-646 du 13 juillet 1992 relative à
l'élimination des déchets ainsi qu'aux
installations classées pour la protection de l'environnement
(modification des lois de 1975 et 1976) (JO 14 juillet 1992) Cette loi
prévoit de réserver la mise en décharge aux seuls
déchets ultimes, à compter du 1er juillet 2002.
Loi n° 95-101 du 2 février 1995 relative au
renforcement de la protection de l'environnement (JO 3 février
1995)
Décret n° 96-1008 du 18 novembre 1996 relatif aux
plans d'élimination des déchets ménagers (JO 24
novembre 1996)
Circulaire du 28 avril 1998 du ministre de l'Environnement sur la mise en
oeuvre de plans départementaux d'élimination des
déchets ménagers et assimilés
II. Réglementations verticales (par types de déchets)
Décret n° 97-1133 du 8 décembre 1997 relatif
à l'épandage des boues issues du traitement des eaux
usées (JO 10 décembre 1997)
complété par l'arrêté du 8 janvier 1998 fixant les
prescriptions techniques (transposition des directives 75/442/CEE et
86/278/CEE) (JO 31 janvier 1998)
Décret n° 79-981 du 21 novembre 1979 sur la
récupération des huiles usagées
(JO 23 novembre 1979)
Circulaire du 26 avril 1993 du ministre de l'Environnement tendant
à encourager les communes à orienter les vieux papiers vers
des filières de récupération
Décret n° 92-377 du 1er avril 1992 portant
application pour les déchets résultant de l'abandon des
emballages de la loi n° 75-633 du 15 juillet 1975, (dit décret sur
les emballages ménagers)
Décret n° 94-609 du 13 juillet 1994 relatif aux
déchets d'emballage dont les détenteurs ne sont pas les
ménages (JO 21 juillet 1994), précisé par la
circulaire n° 95-49 du 13 avril 1995
Décret n° 99-374 du 12 mai 1999 relatif à la mise sur
le marché des piles et accumulateurs et à leur
élimination (JO 16 mai 1999). Ce décret abroge le
Décret n° 97-1328 du 30 décembre 1997 relatif à
la mise sur le marché des piles et accumulateurs contenant
certaines matières dangereuses
b) Principaux textes
La loi du 15 juillet 1975
La loi du 15 juillet 1975, promulguée -notons-le, et ce n'est
sûrement pas un hasard - le même jour que la directive
européenne, reste le texte de base en matière
d'élimination des déchets. Rappelons, une fois encore, que tout
était dit.
D'abord, la compétence des communes ou de leurs
groupements : " Les communes, ou les groupements
constitués entre elles, assurent (...) l'élimination des
déchets des ménages. Ces collectivités assurent
également l'élimination des autres déchets définis
par décret qu'elles peuvent, eu égard à leurs
caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter
sans sujétions techniques particulières. " (art. 12).
Ces deux dispositions sont aujourd'hui codifiées aux articles L.1222-13
et L.1222-14 du code des collectivités territoriales. La
compétence des communes concerne ainsi ce qu'on appellera par la suite
" les déchets ménagers et assimilés ".
Ensuite, le principe de
récupération : " L'élimination
des déchets comporte les opérations de collecte, transport,
stockage, tri et traitements nécessaires à la
récupération des éléments et matériaux
réutilisables ou de l'énergie... " (art. 2).
" Des décrets en Conseil d'État peuvent
réglementer les modes d'utilisation de certains matériaux,
éléments ou formes d'énergie, afin de faciliter leur
récupération ou celle des matériaux et
éléments qui leur sont associés dans certaines
fabrications. La réglementation peut porter notamment sur l'interdiction
de certains traitements, mélanges ou associations avec d'autres
matériaux, ou sur l'obligation de se conformer à certains modes
de fabrication " (art. 16).
" Le Gouvernement peut, en vue de contribuer à la sauvegarde de
l'environnement (...) fixer la proportion minimale de matériaux
ou éléments récupérés qui doit être
respectée pour la fabrication d'un produit ou d'une catégorie de
produits. " (art. 17).
La loi fixe également quelques-unes des modalités de
financement. Les communes ont notamment la possibilité de
créer une redevance spéciale pour les déchets. Un
établissement public chargé de contribuer au financement
d'opérations concernant la récupération des déchets
est également créé -l'Agence nationale pour la
récupération et l'élimination des déchets (ANRED)-
transformé, quelques années plus tard, en Agence de
l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME).
La loi du 13 juillet 1992
La loi de 1992 a pour objectif de moderniser la politique globale des
déchets. Elle complète la loi de 1975 par trois apports
fondamentaux. Elle comporte un principe, une obligation et trois
définitions.
Un principe de prévention : les dispositions de la loi
ont pour objet de prévenir ou réduire la production et la
nocivité des déchets.
Une obligation : à compter du 1er juillet
2002, les installations d'élimination de déchets par stockage ne
seront autorisées à accueillir que des déchets ultimes.
Ainsi, la loi de 1992 est-elle connue pour être celle qui " met fin
à la mise en décharges ".
Si le principe des plans d'élimination des déchets avait
été posé en 1975, la loi de 1992 a précisé
le contenu et les procédures de ce plan. Chaque département doit
être couvert par un plan départemental ou
interdépartemental d'élimination des déchets
ménagers ou assimilés. Ces plans tendent à la
création d'ensembles coordonnés d'installations
d'élimination des déchets, et énoncent les
priorités à retenir pour atteindre les objectifs de la loi
précitée (prévention, valorisation...). Il a
été précisé plus tard que ces plans doivent
prévoir les installations nouvelles nécessaires et les
modalités permettant à la fois de réduire au minimum les
distances de transport, les volumes à transporter, ainsi que de
valoriser au mieux les déchets concernés (question
écrite n° 38.055, JO AN 29 juillet 1996, p. 4146).
La loi comporte enfin trois définitions qui seront utiles
par la suite :
la valorisation des déchets. Le mot apparaît
pour la première fois dans la loi française. La valorisation des
déchets consiste dans " le réemploi, le recyclage ou
toute autre action visant à obtenir, à partir de déchets,
des matériaux réutilisables ou de
l'énergie " ;
les déchets industriels spéciaux qui, en
raison de leur propriétés dangereuses figurent sur une liste
fixée par décret, et ne peuvent être déposés
dans des installations de stockage recevant d'autres catégories de
déchets ;
les déchets ultimes qui sont " les
déchets résultant ou non du traitement d'un déchet qui
n'est plus susceptible d'être traité dans des conditions
techniques et économiques du moment, notamment par extraction de la part
valorisable ou par réduction de son caractère polluant et
dangereux ".
Cette loi a été précisée par plusieurs
circulaires successives, dont la plus récente est la circulaire
du 28 avril 1998 dite " circulaire Voynet ". Ce texte rappelle, d'une
part que " l'objectif de résorption des décharges
(...) devait être fermement maintenu. " Il manifeste,
d'autre part, une volonté de réorientation des plans en faveur du
recyclage. " Cette réorientation doit se traduire par un
aménagement des objectifs antérieurement définis de
façon à intégrer davantage de recyclage matière et
organique et, ainsi, de limiter le recours à l'incinération et au
stockage aux seuls besoins. "
Le " décret emballages "
Le décret du 1er avril 1992 met en place une
réglementation spécifique concernant l'élimination des
déchets résultant de l'abandon d'emballages. Il met en oeuvre les
dispositions des directives européennes de 1975 et 1991 (directive
75/442 du 15 juillet 1975, modifiée par la directive 91/156 du 18 mars
1991). Le dispositif vise à éliminer les déchets
d'emballages dont les détenteurs finaux sont les ménages. Ainsi,
les emballages non ménagers sont-ils exclus du champ d'application du
décret.
Le principe est que le producteur, l'importateur ou le responsable de la
première mise sur le marché du produit est tenu de pourvoir ou
contribuer à l'élimination des déchets
d'emballages. Ainsi, n'y a-t-il pas d'obligation de valorisation, mais une
seule obligation de reprise. Ils peuvent donc récupérer et
éliminer eux-mêmes les emballages (système de consignation)
ou contribuer à un système collectif.
Le décret laisse les voies ouvertes quant à la nature dudit
système collectif, et quant aux modes de traitement (recyclage des
matériaux ou récupération d'énergie).
2. Observations
a) Observations d'ordre politique
La
législation sur les déchets traduit une grande continuité
et une ambition raisonnable. On observera tout d'abord que ce dossier
dépasse les clivages politiques traditionnels. Depuis la loi de 1992,
véritable déclencheur de l'action sur les déchets,
plusieurs ministres se sont succédés, mais tous, peu ou prou, ont
poursuivi la même politique. Il y a parfois des inflexions, parfois des
impulsions, mais la direction générale est la même. Ainsi,
la " loi Lalonde " de 1992 et la " circulaire Voynet " de
1998 se complètent-elles, et participent-elles à la même
politique qu'ont suivi, en leur temps, les ministres successifs de
l'environnement via le " plan Royal ", la " loi Barnier "
et la " circulaire Lepage "...
On observera que l'ambition reste raisonnable, que les choix des modes de
traitement sont ouverts et que la responsabilité repose sur les
élus locaux qui, collectivement, doivent adopter un plan
départemental.
b) La faiblesse des objectifs chiffrés.
Sauf exception, les contraintes sont mesurées. La
loi
ne fixe une contrainte nationale et une échéance précise
que sur les seules décharges. Pour le reste, la loi elle même ne
fixe pas d'objectif chiffré. On ne retrouve des indications
chiffrées que dans les textes d'accompagnement, parfois de façon
purement fortuite.
Comme ce fut le cas en 1991, au détour d'une question écrite.
" L'objectif que s'est assigné le Gouvernement dans le cadre du
plan national pour l'environnement, qui a fait l'objet d'un débat
parlementaire le 9 octobre 1990, est de faire passer le taux de recyclage
global, hors matériaux de construction, des matières
premières industrielles, d'un tiers actuellement (1991), à la
moitié en l'an 2000, soit 50 % de plus en
moyenne ".11(*)
Depuis, d'autres précisions ont été apportées mais
toujours hors des textes législatifs ou réglementaires. C'est
notamment le cas de la " circulaire Voynet " précitée
qui précise que " l'objectif national retenu est qu'à
terme, la moitié de la production des déchets dont
l'élimination est de la responsabilité des collectivités
soit collectée pour récupérer des matériaux en vue
de leur réutilisation, de leur recyclage, pour un traitement biologique
ou pour l'épandage agricole ".
C'est aussi le cas de l'arrêté d'agrément
d'Éco-Emballages et d'Adelphe puisqu'un objectif de 75% des
déchets d'emballages ménagers a été fixé
par l'État.
On notera que, contrairement à la France qui fixe peu de chiffres
et un objectif " à terme " sans préciser lequel,
l'Union européenne et certains États ont adopté des
législations générales plus rigoureuses, en se fixant des
objectifs chiffrés et des échéances précises,
L'Union européenne s'est engagée dans des programmes
spécifiques précis. Le cinquième programme d'action
environnemental, adopté en 1992, prévoit pour l'an 2000 d'arriver
à 50 % de recyclage/réutilisation pour le papier, le verre
et les plastiques. En ce qui concerne le recyclage et la valorisation des
emballages, les objectifs précis à atteindre d'ici 2001 ont
été fixés par la directive européenne du 20
décembre 1994. A savoir : valorisation de 50 à 65 % en poids
des déchets d'emballages, et recyclage de 25 à 45 % en poids
des déchets d'emballages, avec un minimum en poids de 15 % pour chaque
matériau d'emballages.
Il s'agit certainement d'une tendance lourde puisque les nouvelles propositions
de directives comportent toutes des indications chiffrées (proposition
de directive sur la mise en décharge, proposition de directive sur les
véhicules hors d'usage par exemple...).
La législation française actuelle est, par conséquent,
encore peu contraignante au regard d'autres réglementations.
Encadré n° 4
La
législation californienne en matière de déchets
___
Le
cadre légal : l'AB 939
En matière d'environnement, la Californie se pose volontiers en
leader. L'État s'implique de plus en plus sur l'eau, l'air, la
surpopulation, les déchets...
Adoptée par l'État de Californie en 1989, l'AB (Assembly
Bill) 939 et sa modification AB 2494, imposent que chaque
municipalité réduise (" divert ") 25 % des
déchets mis en décharge en 1995, et 50 % en 2000. Des
amendes très importantes sont prévues en cas de non respect
(jusqu'à 10.000 $ par jour). C'est ce qu'on appelle le taux de
diversion.
Cette diversion n'est pas, à proprement parler, un taux de recyclage
(la diminution peut aussi être réalisée par une
réduction du volume des déchets à la source), mais dans
les faits, on assimile souvent taux de diversion et taux de recyclage. Le
recyclage préserve les ressources naturelles, réduit la
pollution, due notamment à l'exploitation minière, et augmente la
durée de vie des décharges existantes.
Cette loi de l'État de Californie est mise en oeuvre dans les 58
counties et les villes de l'État
Nota : L'option est aujourd'hui entre mise en décharge et
recyclage. Nulle part, il n'est question d'incinération. Le sujet, le
mot même, sont tabou, associés à " an emotional
toxicity ".
Les résultats
L'ensemble des déchets représente 52 millions de tonnes chaque
année (pour les seuls déchets ménagers, 2 kg par jour et
par personne, soit 730 kg par an, contre 430 en France). L'objectif vise
donc à " divertir ", retirer des décharges, 26 millions
de tonnes par an. On mesure alors l'ampleur du défi.
La loi fédérale fixant l'objectif de 50 % de diversion a
été très controversée au début, puis a
été complètement intégrée.
Le taux de diversion est passé, en Californie, de 17 % en 1989,
à 32 % en 1997, alors que la moyenne nationale dans l'ensemble des
États-Unis est de 27 %. Certaines villes ont des objectifs et des
résultats bien supérieurs. Quarante-trois territoires ont
même déjà atteint le seuil de 50 %.
Conformément à la législation californienne, la
cité de Los Angeles a entrepris un programme de diversion (recyclage),
dit SBRE (Source : Reduction and Recycling Element), qui fixe des
objectifs supérieurs à ceux de la loi californienne :
36 % en 1995, 60 % en 2005. Si l'objectif de la ville sera
difficilement atteint, l'objectif de la loi californienne le sera : le
taux de diversion était de 46,6 % en 1997.
Il convient cependant d'observer que des réglementations trop strictes
ont aussi des effets pervers. D'une part les coûts sont souvent sans
commune mesure avec les prix français, d'autre part, les contraintes
conduisent parfois à des effets inattendus, comme par exemple exporter
ses déchets vers des pays, voisins ou éloignés, à
coûts et contraintes inférieures (transferts de déchets
d'Allemagne vers la France par exemple).
Observations d'ordre juridique
Loi d'avant-garde, et sans doute trop en avance sur son temps, la loi de 1975
n'a guère été appliquée. Mais elle a laissé
son empreinte dans ce qui tend à devenir un droit des déchets.
Droit aussi complexe que flou, tant les imprécisions sont nombreuses.
Première imprécision : les déchets
industriels banals (DIB)
Dès 1975, il était convenu que la compétence des communes
ne pouvait s'arrêter aux seuls déchets des ménages, mais
concernait également les autres déchets " définis
par décret, qu'elles peuvent, eu égard à leurs
caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter
sans sujétion particulière ".
Cette assimilation a d'abord concerné les seuls déchets
commerciaux et artisanaux " qui peuvent être
éliminés sans sujétion technique particulière et
sans risque pour les personnes et l'environnement " (décret du
7 février 1977). Bien que ne figurant pas explicitement parmi les
déchets assimilables définis réglementairement, les
déchets industriels banals ont été progressivement
associés par voie de circulaire aux déchets ménagers ou,
plutôt, en quelque sorte, " assimilés aux déchets
assimilables ".
En dépit d'une méthodologie douteuse (extension d'une
compétence et d'une obligation communale par voie de
circulaires !), les DIB sont, aujourd'hui, pleinement
intégrés au " paysage des déchets municipaux ".
Les DIB ont été définis par une circulaire du
1er mars 1994 comme suit : " L'appellation usuelle de
déchets industriels banals (DIB) désigne les déchets issus
des entreprises (commerce, artisanat, industrie, services) qui, par leur
nature, peuvent être traités ou stockés dans les
mêmes installations que les déchets ménagers ".
Les DIB restent donc sujet à débat. Des contentieux existent, et
l'approche en est avant tout pragmatique. Cette nécessaire adaptation a
été formellement reconnue par la deuxième circulaire du 14
mars 1998 qui laisse à la collectivité intéressée
la tâche de définir son périmètre :
" Les collectivités n'ont pas de responsabilité
concernant les déchets industriels banals et les déchets du BTP,
sauf s'ils sont collectés dans le cadre du service public dans les
limites que se fixent les collectivités elles-mêmes. Ainsi donc
pour le dimensionnement des opérations de collecte et de traitement des
déchets ménagers et assimilés, la prise en compte
éventuelle des déchets non ménagers relève de la
responsabilité et de la décision des
collectivités. "
Deuxième imprécision : les déchets
ultimes
La notion est apparue avec la loi du 13 juillet 1992 qui définit le
" déchet ultime " comme tout déchet
" résultant ou non du traitement d'un déchet, qui n'est
plus susceptible d'être traité dans des conditions techniques et
économiques du moment, notamment par extraction de sa part valorisable
ou par réduction de son caractère polluant ou
dangereux ". Sitôt apparue, cette notion n'a cessé
d'être controversée. En raison non seulement de son
caractère instable dans le temps (un déchet " ultime "
hier, peut ne plus l'être demain, l'évaluation dépendant du
progrès technologique), mais aussi dans l'espace (" Un
déchet ultime pour un producteur, ne l'est pas pour un autre ".
Tout dépend du coût que chacun estime acceptable.) Ce doute a
été accru par une évolution des conceptions de
l'administration, puisqu'en 1996, la conception dominante était
d'assimiler les déchets ultimes aux résidus
d'incinération. Un premier revirement a eu lieu en 1997, afin
d'éviter que l'incinération ne devienne de fait un traitement
obligé avant la mise en décharge, confirmé et
amplifié en 1998 puisque la " circulaire Voynet " consacre de
longs développements sur cette question, et combine une
définition " matière " et une définition
" locale ". " Le déchet ultime pouvant être mis
en décharge au delà de juillet 1992, se définit comme la
fraction non récupérable des déchets, et non comme le seul
résidu d'incinération. (...) Le déchet ultime
est propre à chaque périmètre d'élimination des
déchets ménagers et assimilés, pour tenir compte des
objectifs et des possibilités de récupération et de
traitement (propre à chaque territoire)."
Troisième imprécision : la valorisation
Au terme de la loi de 1992, la valorisation consiste dans " le
réemploi, le recyclage ou toute autre action visant à obtenir,
à partir des déchets, des matériaux réutilisables
ou de l'énergie " ; il existe donc deux types de
valorisation : la " valorisation matière " et la
" valorisation énergétique ". Sans doute
complémentaires, mais quelquefois substituables12(*)
Quatrième imprécision : la notion même de
déchet
La notion actuelle définie par la loi de 1975 combine deux
critères. Un critère physique : " Tout résidu
de production, de transformation et d'utilisation, toute substance, tout
matériau ou produit ". Un critère subjectif :
puisqu'il faut que le propriétaire de ces résidus,
matériaux ou " plus généralement ces biens
meubles " l'ait " abandonné " ou le
" destine à l'abandon ".
Il ne semble pas que cette notion soit parfaitement adaptée aujourd'hui.
La notion d'abandon, en particulier, n'est plus pertinente. Elle ne rend pas
compte des traitements que peuvent subir les déchets, en vue d'une
opération de valorisation. Il n'y a, de toute évidence, pas
" abandon " d'un déchet qui, par la suite, peut trouver une
valeur.
Le seul fait de regrouper les déchets suffit parfois à leur
donner cette valeur. Une huile usagée est un déchet pour le
consommateur qui l'" abandonne ". Collectée par un ramasseur,
elle devient alors un produit qui a une valeur marchande, qui peut être
utilisé dans une cimenterie par exemple.
Un résidu qui peut être recyclé ou valorisé est-il
vraiment un déchet ? Ou plutôt, à quel moment
cesse-t-il d'être un déchet ?
Nombre de déchets sont en vérité de véritables
matières premières secondaires, tout aussi utiles que des
matières premières vierges.
Une nouvelle définition devrait prendre en compte cette nouvelle
dimension économique. Elle devrait également prendre acte du
contexte culturel. On le verra, dans la plupart des cas, les communications
fondées sur le recyclage ont été des échecs, car le
déchet est un mot qui fait peur. Beaucoup de professionnels s'efforcent
de requalifier leurs produits pour éviter le regard et le refus qu'il
comporte. Le déchet suscite la crainte, la peur même. Il est
rejeté en quelque sorte deux fois.
De nouvelles définitions seraient certainement bienvenues.
A. ASPECTS ÉCONOMIQUES ET SOCIAUX
L'activité déchets est un secteur en pleine
expansion.
L'évolution, la fréquentation et le nombre de stands aux salons
spécialisés sont des signaux parmi d'autres d'un
intérêt croissant pour ces questions.
Le salon Pollutec consacré aux équipements, technologies
et services de l'environnement pour l'industrie et les collectivités
locales, a été créé en 1974. Il existe deux
éditions distinctes qui se tiennent en alternance : une
édition purement industrielle, qui se tient à Paris, une
édition élargie aux collectivités locales, qui se tient
à Lyon depuis 1986. Depuis son installation à Lyon, la
fréquentation a " explosé " depuis dix ans. En 1986, le
Salon occupait un hall d'exposition, il en occupe dix aujourd'hui. Même
si la progression s'est ralentie, elle demeure très importante, entre
+ 15 et + 20 % tous les deux ans.
Fréquentation du Salon Pollutec
|
1992 |
1994 |
1996 |
1998 |
|
|
Fréquentation |
36.200 |
41.600 |
51.500 |
58.000 |
|
Nombre d'exposants |
1.200 |
1.590 |
1.712 |
1.996 |
|
Surface utilisée |
50.000 m2 |
60.000 m2 |
70.000 m2 |
80.000 m2 |
|
Source : Pollutec |
||||
Ce
courant, que l'on peut percevoir à de très nombreuses autres
occasions peut être apprécié par deux indicateurs :
l'activité économique,
l'activité des collectivités locales.
1. Les activités éco-industrielles13(*)
Le terme d'éco-industrie recouvre les industries travaillant directement dans le secteur des équipements liés à l'environnement (eau, déchets, air, sol...), depuis l'écran antibruit ou les poubelles, jusqu'à la station d'épuration ou l'usine d'incinération. Le marché des éco-industries est de l'ordre de 150 milliards de francs en 1999, dont plus de la moitié dans le domaine de l'eau. Le secteur des déchets est, depuis deux ans, l'un des plus dynamiques (+ 11 % en deux ans), et représente un chiffre d'affaires de 30 milliards de francs, soit 30 % du total des éco-industries.
|
Répartition des activités éco-industrielles |
|||
|
Domaines |
Millions de francs |
% |
Prévisions de croissance 1997/1999 |
|
Eau |
79.000 |
56,5 % |
+ 9,2 % |
|
Déchets |
27.020 |
29,3 % |
+ 11,3 % |
|
Récupération |
26.650 |
19,1 % |
-- |
|
Bruit |
3.180 |
2,3 % |
+ 11,8 % |
|
Cadre de vie |
2.020 |
1,5 % |
+ 8,2 % |
|
Autres |
1.740 |
1,3 % |
+ 9,2 % |
|
Total |
139.710 |
100 % |
+ 8,1 % |
|
Source : BIPE |
|||
Il
s'agit d'un phénomène général en Europe où
certains pays souffrent d'une déficience globale de capacité de
traitement, et recourent encore de façon massive à la mise en
décharge, malgré des installations hors normes ou non
contrôlées. L'effort financier pour remettre à niveau ces
dispositifs et trouver des solutions alternatives devrait, par
conséquent, être très important dans ces pays (Italie et
Espagne14(*), notamment...).
Ce secteur est sensible à la conjoncture générale et
à la réglementation, qui peut avoir un effet
d'accélérateur et/ou de freinage selon les domaines. La
révision de plans départementaux d'élimination des
déchets ménagers (voir ci-après le cadre
réglementaire) demandée en mai 1998, illustre ce
phénomène, en entraînant à la fois une nouvelle
poussée des collectes sélectives, et une grande incertitude sur
les projets d'incinération. Les évolutions internes sont donc
très contrastées.
Quelques domaines méritent une attention particulière : la
collecte sélective, l'incinération, la
récupération, car chacun d'eux traduit une évolution
spécifique :
la collecte sélective est désormais acceptée,
c'est aujourd'hui un fait social, allant presque de soi ;
l'incinération est, sinon compromise, du moins ralentie par
l'évolution réglementaire ;
les métiers liés à la
récupération restent, eux, totalement dépendants de
la conjoncture économique internationale.
La collecte sélective, dans ses différentes
composantes (collecte par bacs séparés, déchetterie ,
centres de tri...) est assurément l'activité la plus dynamique
des trois dernières années (On attend encore une hausse de
33 % du chiffre d'affaires en 1998/1999). Non seulement, le coût
relativement élevé par rapport à la collecte
traditionnelle est compensé par les aides à l'investissement et
au fonctionnement (attribuées par l'ADEME et Éco-Emballages),
mais la collecte sélective est, à juste titre,
considérée comme un " point de passage obligé "
pour une partie des déchets.
Cette situation s'est traduite par un activisme marqué des principaux
acteurs (industriels et équipementiers) du secteur qui se sont
engagés massivement dans l'exploitation de centres de transfert et de
centres de tri. On attend toutefois un repli progressif à partir de l'an
2000, dû à une maturité du marché.
L'incinération a été, de toute
évidence, le plus sensible à la demande de révision des
plans départementaux. En 1997/1998, de nombreux appels d'offres ont
été annulés ou retardés ou remis en cause (Vitry,
Marseille, Lille, Vesoul...). Selon le BIPE, le marché devrait rester
stable, voire repartir en 1999, sous l'effet des reports de décisions
freinées ces deux dernières années. La construction des
usines d'incinération d'ordures ménagères (UIOM)
représentait un marché d'un peu moins de deux milliards de francs
en 1997. Même si l'évaluation totale est très sensible aux
variations unitaires (de l'ordre de 300 millions de francs l'unité...),
le marché avait chuté de près de moitié entre 1996
et 1998.
On reviendra en détail sur les procédés
d'incinération, mais on peut, à ce stade, formuler trois
observations générales.
Tout d'abord, la remise en cause de la légitimité du traitement
par incinération a été accélérée par
la prise en compte de la problématique des dioxines. Cette
problématique est réelle, mais la passion qui lui est
associée, voire la sanction qui en résulte, sont souvent
excessives. Il y a, dans certains pays, une opposition totale,
frénétique, émotionnelle à ce type de traitement.
Pourtant les moyens existent pour réaliser des traitements thermiques
sans risque pour la santé humaine, au moins dans l'état des
connaissances actuelles. Il ne faut donc pas opposer systématiquement
incinération et autres modes de traitement, comme la valorisation
matière, par exemple. Les différents modes de traitement sont,
en réalité, complémentaires, adaptés à des
situations locales, des contextes historiques ou géographiques
particuliers. Il n'y a pas de solution unique, ni même
privilégiée. Il n'y a que des solutions adaptées au cas
par cas.
Ensuite, toute décision n'est pas exempte d'effet induit, et parfois
pervers. Ainsi, l'étude du BIPE montre, contre toute attente, que
" les fermetures d'usines obsolètes devraient produire à
court terme un effet de transfert des tonnages qu'elles traitaient vers la mise
en décharge, effet qui devrait se manifester pleinement en
1999 ". Cette situation, pour le moins paradoxale, ne devrait
être évidemment que provisoire, puisque la fin de la mise en
décharge, comme procédé courant d'élimination des
déchets, est programmée pour le 1er juillet 2002. Ce
rappel a pour but de montrer que, dans ce domaine comme ailleurs, les effets
d'une décision ne sont jamais simples et univoques, mais sont souvent
imprécis et contradictoires.
Enfin, la stabilisation attendue en France devrait être plus que
largement compensée par un développement massif dans les autres
pays d'Europe. De nombreux pays se trouvent en effet confrontés à
la saturation des sites de mise en décharge existants et à
l'impossibilité d'en ouvrir de nouveaux. Même s'ils ont, par
ailleurs, choisi de nouvelles orientations, ils reconnaissent que le recyclage
matériaux ne pourra suffire à la gestion intégrale du
problème. Dans ces pays, comme l'Espagne ou l'Italie par exemple, la
seule alternative de masse à la mise en décharge
paraît être l'incinération. Dans ce secteur, marqué
par l'internationalisation des marchés, les groupes
français15(*) ont d'ailleurs
réussi à se positionner sur ces zones.
La récupération. Contrairement aux deux domaines
précédents, les métiers liés à la
récupération sont intimement liés à la conjoncture
économique internationale. L'année 1998 s'est traduite par un
effondrement de la plupart des prix mondiaux des matières
premières et des matières de récupération
(matières premières secondaires) lié à la crise
asiatique (diminution de la demande), au développement des
capacités de production (dans les pays émergents) et à la
percée de nouveaux acteurs (exportation massive des pays de l'ancienne
URSS). Les cours de la plupart des produits ont chuté (papier,
plastique, acier, huiles...). Il faut donc reconnaître que le contexte
est peu favorable au recyclage.
Cette appréciation doit cependant être compensée par la
prise en compte du fait qu'on estime en général que, dans ce
domaine, les cycles sont courts. Pour certains produits, ils sont
directement liés à l'activité économique du moment,
comme c'est le cas pour les vieux papiers, par exemple, dont la demande
amplifie les variations du PIB. Pour d'autres produits, il faut attendre que
les capacités de production s'adaptent à la demande. Le
phénomène est particulièrement frappant pour le
plastique.
Le prix des plastiques est très volatile. Depuis quelques années,
ce prix a beaucoup baissé. On ne peut préjuger du prix des
matières premières qui dépend de quantités de
facteurs internationaux. Pour le PE et le PP, les prix évoluent dans une
fourchette comprise entre 3,00 F/3,10 F et
6,50 F/6,80 F/kg. Les producteurs estiment que le prix
d'équilibre est autour de 4,00 F/4,50 F. En ce moment, le prix
est déstabilisé par la crise en Asie. Il y a une dizaine de
fabricants de matières plastiques dans le monde. La baisse de la
consommation en Asie a entraîné une suroffre qui a fait baisser le
prix. Une variation de 5 % sur un marché entraîne un
déséquilibre sur le marché mondial. On estime en
général que les cycles du plastique sont courts, de l'ordre de
deux, trois ans, le temps que l'offre s'adapte à la demande, et il est
vraisemblable que les prix vont remonter avant l'an 2000.
2. Les dépenses des collectivités locales dans la gestion des déchets
Aidées par la progression des ressources fiscales et la baisse des taux, les collectivités locales affichent des perspectives très volontaristes dans le domaine de l'environnement en général et, plus particulièrement, dans la gestion des déchets qui représente aujourd'hui près du quart de l'ensemble des dépenses des collectivités locales dans l'environnement, et devrait être le secteur le plus dynamique. Selon l'ADEME, alors que les collectivités locales et les industriels ont engagé 16 milliards de francs d'investissements dans la politique de revalorisation des déchets depuis 1992, près de 20 milliards de francs d'investissements seraient dores et déjà programmés sur la période 1999/2001, dont plus de 5 milliards de francs cette année.
|
Dépenses d'environnement des collectivités locales (milliards de francs) |
|||||||||||
|
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2000 |
2001 |
||||||
|
Fonctionnement |
83 |
88,2 |
93,0 |
97,7 |
100 |
106,2 |
|||||
|
Investissement |
31 |
31,8 |
32,7 |
34,2 |
36 |
36,2 |
|||||
|
( dont déchets) |
2,6 |
1,9 |
3,15 |
5,1 |
15 |
||||||
|
Total |
114 |
120,0 |
125,7 |
131,9 |
136 |
142,0 |
|||||
|
Source : BIPE et ADEME |
|||||||||||
|
Dépenses des collectivités locales dans le domaine de l'environnement |
|||||||||||
|
Montant 1998* |
Montant 1999* |
Progression 1998/1999 |
Part dans le total 1999 |
||||||||
|
Gestion des eaux usées |
47,4 |
50,0 |
+ 5,7 % |
37,9 % |
|||||||
|
Eau potable |
30,5 |
31,2 |
+ 2,4 % |
23,7 % |
|||||||
|
Déchets |
29,9 |
32,0 |
+ 7,0 % |
24,3 % |
|||||||
|
Cadre de vie |
9,5 |
9,9 |
+ 4,0 % |
7,5 % |
|||||||
|
Nettoyage des rues |
5,8 |
6,0 |
+ 3,5 % |
4,5 % |
|||||||
|
Bruit |
0,7 |
0,7 |
+ 3,0 % |
0,5 % |
|||||||
|
Patrimoine |
1,9 |
2,0 |
+ 4,7 % |
1,5 % |
|||||||
|
Total |
125,7 |
131,8 |
+ 5,0 % |
100 % |
|||||||
|
* en milliards de francs |
|||||||||||
|
Source : BIPE, chiffres arrondis |
|||||||||||
Ce
mouvement devrait s'accompagner de deux effets induits.
Tout d'abord, les collectivités locales s'attendent à une
croissance relativement forte (7 % par an) du coût de
traitement qui passerait de 585 F par tonne en 1993 à 820 F et
1.150 F en 2003, soit un quasi doublement en dix ans. Si ce
chiffrage n'est qu'une estimation, une hausse paraît prévisible.
Pour le BIPE, " la croissance du coût de la gestion d'une tonne
d'ordures ménagères serait, d'après les
collectivités enquêtées, essentiellement liée
à la construction de nouveaux équipements d'incinération,
renchérie par un effet de qualité conséquent
(procédés d'incinération plus chers, équipements de
capacité plus importante, projets plus globalisés, normes
d'émission plus strictes, notamment en matière de dioxines...),
au renchérissement de la mise en décharge (raréfaction de
l'offre, augmentation de la taxe, nouveaux traitements, notamment pour les
lixiviats), et à la mise en place de collectes sélectives (avec
un phénomène sensible d'anticipation de la
réglementation) ".
Ensuite, 70 % des collectivités locales estiment que ce
mouvement s'accompagnera de créations d'emplois .
3. L'emploi
a) Repères quantitatifs
Les
collectivités locales, responsables de l'élimination des
déchets, sont évidemment les plus directement concernées
par les emplois induits par la valorisation des déchets. Selon une
enquête de l'AMF, plus de la moitié des communes (56 %)
créeront de un à cinq emplois ; 14 % des communes
représentant les trois quarts de la population devraient créer
plus de cinq emplois.
Les conséquences sur l'emploi sont principalement liées à
la collecte et au tri. Selon une étude de l'ADEME, à prix
égal, la collecte séparative génère dix fois plus
d'emplois que l'incinération, trente fois plus que la mise en
décharge. La collecte séparative entraîne une augmentation
des personnels de l'ordre de 5 à 10 % variable selon la
densité de l'habitat16(*).
Si la collecte elle-même n'apporte que peu de changements en termes
d'emplois, le tri, qui est un complément indispensable, induit des
mouvements plus significatifs.
Selon cette étude, le nombre d'emplois créés pour une
collectivité de 100.000 habitants générant
420 kg/habitant/an, serait compris entre 20 et 35, selon le tonnage
collecté. Le passage d'une collecte en mélanges avec mise en
décharge, à un traitement par incinération, entraîne
quant à elle une augmentation du coût de 18 % et une
augmentation de l'emploi de 15 %. L'adjonction d'une filière de
valorisation matière entraîne une augmentation du coût de
10 % (soit moitié moindre), et une augmentation de l'emploi de
25 % (soit moitié plus).
|
Emplois induits par le tri et le traitement |
|||||||
|
Hypothèses :
|
|||||||
|
Collecte (en kg/habitant/an) |
40
|
50
|
70
|
90
|
|||
|
Emplois induits (dont tri) |
20
|
24
|
30
|
35
|
|||
|
Source : ADEME, Collectes séparatives : les clefs de la réussite, avril 1998 |
|||||||
Cette
appréciation sur le potentiel d'emplois doit cependant être
nuancée. D'une part, la recherche de gains de productivité
devrait limiter le nombre de créations d'emplois. Deux voies sont a
priori ouvertes : l'une portant sur la collecte, l'autre sur le tri.
Concernant la collecte, la productivité est considérablement
améliorée par le ramassage semi-automatique. Outre l'effet direct
et immédiat (passage d'une collecte manuelle par équipe de trois
-un conducteur et deux agents- à une collecte semi-automatisée,
le conducteur pilotant de sa cabine l'opération de collecte),
l'amélioration des conditions de travail est incontestable.
Lors d'une mission organisée par Éco-Emballages aux
États-Unis, les responsables de la gestion des déchets de la
ville de San Diego ont ainsi estimé que la suppression des
" ripeurs " pour ne garder qu'un seul conducteur avait
" économisé " soixante-quinze emplois et avait
réduit très sensiblement le nombre d'incidents liés aux
manipulations : les blessures-accrochages, problèmes musculaires
ont été ramenés de vingt-cinq par mois à un ou deux.
Pour des raisons culturelles (habitudes), pratiques (disposition et
étroitesse des voies, voitures en stationnement), économiques et
financières (renouvellement récent du parc de camions de
ramassage, adaptés aux collectes sélectives...), l'automatisation
de la collecte n'est guère envisageable en France, au moins à
court et moyen terme.
En revanche, des potentialités demeurent au stade du tri. De l'avis de
tous les responsables interrogés ayant " testé "
plusieurs formules, le meilleur tri est celui qui combine tri
automatique17(*) et tri manuel dans une
combinaison adaptée à chaque centre.
b) Aspects qualitatifs
Ces
emplois induits par la mise en place de collectes sélectives peuvent
correspondre, pour partie, à des situations d'insertion (chômeurs
de longue durée, " RMistes " en fin de droits,...). Elle offre
de nouveaux métiers (" animateur déchets ", surveillant
de déchetterie...), de nouvelles formations (formation au dialogue avec
les usagers, mise en place d'un CAP/BEP de " valoriste "), voire de
nouvelles chances à une fraction de la population (emplois en sortie
d'incarcération18(*)...). C'est en
quelque sorte une " seconde vie " pour le produit, et une
" seconde chance " pour l'homme. La valorisation n'a alors jamais
aussi bien porté son nom.
Il faut cependant convenir que ces métiers sont souvent peu valorisants,
et " durs " physiquement, voire éprouvants, notamment dans les
centres de tri où certains employés peuvent trier, par
sélection sur un tapis roulant, jusqu'à une tonne de
déchets par heure. Certaines visites de centre de tri ont laissé
de fortes, voire de douloureuses impressions, mais le travail sur chaîne
de tri reste un travail sur chaîne, avec un défilement continu de
déchets recyclables.
Les pathologies liées au tri
Le tri est un métier dur qui présente, en outre, certains risques
qui ne peuvent être ignorés. Sans omettre la dimension
psychologique -car il n'est pas possible de mettre quelqu'un sur une ligne de
tri, ou de dire à quiconque qu'il sera sur une ligne de tri pendant
vingt ans- le tri manuel entraîne deux risques non
négligeables : les lésions musculaires, les contaminations.
Les lésions musculaires. Pour un
" valoriste ", ou un agent de tri, l'opération consiste
à sélectionner visuellement l'objet à trier sur un tapis
roulant (bouteille en PVC ou en PET, journaux, magazines...) et le rejeter dans
un opercule qui se trouve soit en face du poste de travail (tri frontal), soit
sur le côté du poste de travail (tri latéral). L'objet
sélectionné tombe alors dans une benne qui ne contient
normalement que des objets de même nature et de même composition.
Le chargement répond, par conséquent, aux prescriptions
techniques minium (PTM) nécessaires à la réutilisation ou
la valorisation matière ultérieure.
La limite entre l'automatisme et l'automate est cependant étroite, et
les équipes tournent sur plusieurs postes afin de maintenir la vigilance
et d'éviter le passage de l'un à l'autre. Il n'en demeure pas
moins que les gestes sont là. Le tri frontal entraîne 2.500 gestes
(identiques) à l'heure. Le tri bilatéral entraîne
1.200 gestes à l'heure, avec rotation du corps, et
déplacement latéral. Avant toute décision, il convient de
réfléchir attentivement à l'ergonomie des installations,
pour minimiser les gestes et les problèmes musculaires
(déchirures, tensions ligamentaires...).
Les risques de souillures et de contamination. En une
heure, près de quatre tonnes de déchets sont triés sur un
tapis roulant. Impossible de tout voir dans un tel foisonnement. Les risques
majeurs concernent les coupures (boites) et, surtout, les piqûres
liées aux rejets de seringues, avec parfois des risques de contamination
(hépatite B).
Il n'existe pas de réglementation générale sur la
prévention et les soins, qui relèvent de chaque centre. Le
protocole courant est de prévoir un traitement (vaccination
anti-tétanos...) chaque fois qu'un agent a été
blessé ou piqué, mais le traitement peut être trop tardif.
Le risque concerne surtout l'hépatite B.
Il y a un vide juridique sur ce point. Dans aucun centre, il n'existe de
vaccination obligatoire. L'opposition des personnels, pourtant les plus
directement concernés, les difficultés pratiques et le coût
financier constituent des obstacles sérieux à la mise en oeuvre
de cette mesure. Ni les unes, ni les autres, ne sont pourtant
rédhibitoires. Une amélioration est souhaitable.
Encadré n° 5
La
vaccination des personnels de tri ?
___
Les risques de blessure et de contamination en centre de tri, sans
être très importants, ne doivent pas être
sous-estimés. Ces risques, qui sont liés aux coupures (verre,
boites acier...) et aux piqûres, concernent principalement le
tétanos et l'hépatite B. Les risques de contamination sont
néanmoins limités par des protections manuelles (gants
obligatoires), et les conditions même de transmission
(l'hépatite B se transmet par contact direct avec le sang). Par
ailleurs, du fait de l'engouement dans les années 1996/1997, on estime
qu'un tiers de la population française est aujourd'hui vacciné
contre l'hépatite B. Cet engouement a toutefois été
stoppé net à la suite d'informations sur de possibles
complications et effets pervers de cette vaccination.
Il n'existe aujourd'hui, aucune obligation de vaccination des
personnels des centres de tri. Cette disposition n'est pas spécifique
à cette catégorie, puisque la vaccination n'est obligatoire que
dans deux cas. D'une part les enfants (vaccination contre la diphtérie,
le tétanos, la poliomyélite, dite " DT Polio ",
ainsi que la tuberculose), d'autre part, les personnels de santé
(article L.10 du code de Santé publique). Pour ces derniers, la
vaccination concerne le " DT Polio " auquel s'ajoute, pour le
personnel de laboratoires, la vaccination contre la typhoïde, et, pour les
personnels de santé " travaillant dans des établissements
de prévention ou de soins " (ce qui exclut les professions
libérales), la vaccination contre l'hépatite B, depuis 1991 (loi
du 18 janvier 1991),. Les étudiants en médecine ont la même
obligation (vaccination " DT Polio " et hépatite B).
Les rappels sont nécessaires tous les dix ans environ.
Pour les autres groupes ou professions, il n'existe pas d'obligation,
mais seulement des recommandations prévues dans deux cas.
Il y a tout d'abord les dispositions du code du travail relatives à la
protection des travailleurs contre les risques liés à
l'exposition des agents biologiques (dispositions du décret
n° 94-354 du 4 mai 1994, transposant les directives CEE n°
90-676 du 26 novembre 1990 et n° 93-88 du 12 octobre 1990).
Art. R.231-63-2.- " Le chef d'établissement
établit, après avis du médecin du travail, une liste des
travailleurs qui sont exposés à des agents biologiques
(infectieux) (...) constituant un danger sérieux pour les
travailleurs. (...) Cette liste (...) est communiquée au
médecin du travail. "
Art. R.231-65-1.- (...) " Le chef
d'établissement recommande, s'il y a lieu et sur proposition du
médecin du travail, aux travailleurs non immunisés contre le ou
les agents biologiques pathogènes auxquels ils sont ou peuvent
être exposés, d'effectuer, à sa charge, les vaccinations
appropriées. "
Il existe, d'autre part, une recommandation du Conseil supérieur
d'hygiène de France qui, dans un avis de juin 1996, a
précisé les groupe à risques pour lesquels la vaccination
est recommandée.
Avis du Conseil supérieur d'hygiène de France concernant la
vaccination contre l'hépatite B (avis des 17 et 23 juin
1998). Le comité préconise la vaccination (3 doses de type 0
- 1 - 6 mois) de certains groupes à risques. Sont classés parmi
les groupes à risques : " Les personnes qui, dans le cadre
d'activités professionnelles, (...) sont susceptibles
d'être en contact direct (...) et/ou être exposées au
sang et autres produits biologiques, soit directement (contact direct,
projections), soit indirectement (manipulation et transport (...) de
déchets). Les professions et activités concernées sont les
suivantes : (...), éboueurs, (...).
Cette liste est donnée à titre indicatif et ne prétend pas
être exhaustive. L'intérêt de la vaccination doit être
évalué par la médecine du travail de l'entreprise
(...). "
Ainsi, aujourd'hui, le chef d'établissement
" recommande " et le Conseil supérieur d'hygiène
de France " préconise " des vaccinations
appropriées.
Seule une modification du code de Santé publique par la voie
législative pourrait imposer une obligation de vaccination (sous forme
d'un article additionnel après l'article L.10 dudit code,
étendant à de nouvelles catégories les obligations
précitées).
Quelles seraient les conséquences financières d'une telle
décision ?
Coût d'un vaccin " DT Polio " (1 injection
rappel) : 43 F
Coût d'un vaccin hépatite B (3 injections) : 80 F x 3
= 240 F
Vacation de trois heures : 3 vacations pour 3 injections = 1000 F x
3 = 3000 F
Soit un minimum de 17.000 F pour un centre comportant 50 personnes
exposées.
B. ASPECTS FINANCIERS
1. Les coûts de gestion
Les
quantités produites et les conditions de gestion des déchets ont
radicalement changé en une génération, entraînant
une explosion des coûts de gestion. Selon le Conseil économique et
social, les coûts auraient été multipliés par vingt
en quarante ans, soit de 16 F à un minimum de 350 F par an pour une mise
en décharge. Ce mouvement devrait se poursuivre dans les années
à venir, tant du fait des exigences nouvelles de traitement qu'en raison
des restrictions apportées à la mise en décharge. Cette
perspective inquiète souvent les élus et les administrés.
L'Association des maires de France (AMF) et l'ADEME ont donc commandé
une étude très complète qui, sans nier cette augmentation
prévisible, tempère néanmoins les inquiétudes.
Premier constat. Une très grande diversité des
coûts selon les caractéristiques de l'habitat
Les coûts de gestion peuvent être calculés soit par
habitant, soit par tonne traitée. Dans les deux cas, les coûts
dépendent fortement des caractéristiques de l'habitat.
Par ailleurs, il convient de distinguer le coût total et le coût
net pour la collectivité, déductions faites d'une part des
recettes liées à la vente des matériaux triés, et
répondant aux prescriptions techniques minimum (PTM), d'autre part des
aides et subventions reçues à l'équipement ou en
fonctionnement.
|
Coût net, pour la collectivité, de la gestion des déchets ménagers (francs)* |
||||||
|
Par habitant |
Par tonne collectée |
|||||
|
Coût moyen |
432 |
1.100 |
||||
|
Fourchette de coût |
300 - 565 |
575 - 1.645 |
||||
|
Coût en milieu urbain |
300 - 425 |
575 - 820 |
||||
|
Coût en milieu semi urbain |
320 - 475 |
755 -1.065 |
||||
|
Coût en milieu rural |
305 - 565 |
945 - 1.645 |
||||
|
Coût net = coût de gestion pour la collectivité après recettes et subventions diverses |
||||||
|
* Voir détail ci-après |
||||||
|
Source : ADEME/AMF, Analyse des coûts de gestion des déchets municipaux, octobre 1998 |
||||||
Ce coût se répartit comme suit :
|
Composition des coûts de gestion |
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|
Collecte |
40 - 55 % |
dont 50 % de dépenses de personnel |
||||||||
|
Tri |
5 - 20 % |
dont 50 % de dépenses de personnel |
||||||||
|
Transit |
0 - 10 % |
dont 50 % de dépenses de transport |
||||||||
|
Incinération |
20 - 50 % |
dont 45 % d'investissements |
||||||||
|
Compostage |
0 - 10 % |
dont 30 % de dépenses de personnel |
||||||||
|
Source : ADEME/AMF, traitement OPECST |
||||||||||
|
Coût de gestion des déchets ménagers (francs) |
||||||||||
|
Milieu urbain |
Milieu semi urbain |
Milieu rural |
||||||||
|
Hypothèse : |
||||||||||
|
Gisement |
520 kg/hab./an |
425 kg/hab./an |
320 kg/hab./an |
|||||||
|
Valorisation matière |
18 % - 21 % |
19 % - 36 % |
28 % - 43 % |
|||||||
|
Collecte sélective FFOM |
Collecte sélective FFOM |
Collecte sélective FFOM |
||||||||
|
Avec |
Sans |
Avec |
Sans |
Avec |
Sans |
|||||
|
Coût par habitant : |
||||||||||
|
Coût complet |
460 - 595 |
435 - 570 |
515 - 645 |
395 - 580 |
520 - 695 |
|||||
|
Coût net |
400 - 530 |
380 - 515 |
470 - 595 |
360 - 540 |
510 - 655 |
|||||
|
Coût aidé |
300 - 425 |
320 - 405 |
350 - 475 |
305 - 470 |
440 - 565 |
|||||
|
Coût par tonne : |
||||||||||
|
Coût complet |
890 - 1150 |
1020 - 1340 |
1155 - 1445 |
1230 - 1820 |
1505 - 2010 |
|||||
|
Coût net |
765 - 1020 |
890 - 1210 |
1045 - 1335 |
1125 - 1690 |
1480 - 1900 |
|||||
|
Coût aidé |
575 - 820 |
755 -955 |
785 - 1065 |
945 - 1475 |
1280 - 1645 |
|||||
|
Légende : coût complet = coût
total
brut
|
||||||||||
|
Source : ADEME/AMF, Analyse des coûts de
gestion des déchets municipaux,
|
||||||||||
Nota : Les chiffres ci-dessus n'incluent ni la gestion des autres déchets municipaux (encombrants, déchets verts, déchets dangereux...) dont les coûts sont estimés entre 50 et 80 F par habitant et par an, ni le traitement des boues d'épuration.
|
Coûts de collecte (en francs)1 |
|||
|
Collecte usuelle |
Collecte séparative en AV |
Collecte séparative en PAP |
|
|
Collecte |
200 - 400 |
350 - 400 |
550 - 770 |
|
Tri2 |
200 |
350 - 700 |
|
|
Total |
200 - 400 |
550 - 600 |
900 - 1400 |
|
1 Coût total, avant recettes et soutiens
|
|||
|
Source : ADEME, Déchets municipaux, chiffres clefs, février 1998 |
|||
Deuxième constat. Une augmentation
prévisible des coûts, mais très variable selon les
collectivités
Toutes les études s'accordent sur une augmentation prévisible des
dépenses de gestion des déchets ménagers.
" La gestion des déchets municipaux coûte de plus en plus
cher et absorbe une part croissante du budget des communes. " (ADEME,
Déchets municipaux : les chiffres clefs, février 1998)
" La mise en oeuvre de collectes séparatives entraîne des
investissements nouveaux, et l'adoption d'une organisation complexe de collecte
qui entraîne une augmentation des coûts de fonctionnement. "
(ADEME, Déchets municipaux : les chiffres clefs,
février 1998)
" Dans le contexte réglementaire 2002, la collectivités
locales connaîtront une augmentation de leur coût. "
(Étude SOFRES pour le compte de l'AMF et de l'ADEME)
" Le Conseil économique et social observe une montée des
charges relatives à l'enlèvement et au traitement des
déchets pour les habitants et pour les collectivités
locales. " (Conseil économique et social, La gestion des
déchets ménagers, 1999)
En revanche, seules quelques études apportent quelques nuances, pourtant
essentielles et indispensables.
Tout d'abord, l'augmentation sera d'autant plus importante que la
collectivité est en retard et n'a pas entrepris, en son temps, les
efforts de modernisation qui s'annonçaient comme inévitables. Il
existe encore, il faut le rappeler, de nombreux incinérateurs qui ne
sont pas aux normes aujourd'hui réservées aux nouvelles
constructions, mais dont chacun savait depuis longtemps qu'elles
s'appliqueraient un jour à toutes les installations. Il existe encore,
il faut le rappeler, des mises en décharge dans des conditions limites,
voire illégales. Il est alors certain que, dans ces conditions, la seule
mise en conformité entraînera une hausse massive de 80 à
350 F la tonne pour l'enfouissement, et de 150 à 550/600 F pour
l'incinération, sans compter les autres opérations.
On observera seulement, comme le fait d'ailleurs le Conseil économique
et social, qu'" une décharge (mal) gérée pour 80 F
induit un coût environnemental (pollution, réhabilitation)
renvoyé sur les générations futures, que l'on peut estimer
entre 110 et 200 F par tonne ". Cette première hausse n'est
alors pas autre chose que le prix de la responsabilité.
Troisième constat. Les coûts peuvent être
minorés par quelques précautions
élémentaires
Il faut tout d'abord porter une attention particulière à la
logistique. La logistique qui comprend les opérations de collecte et de
transport, représente entre un tiers et deux tiers du coût de
gestion des déchets ménagers. L'amélioration de la
logistique, par une réduction des coûts de transport et/ou de
personnels (près de 40 % du coût total), paraît
nécessaire.
Une bonne étude préalable est nécessaire. Des
apports plus faibles que les estimations initiales majorent
considérablement le coût final. Des apports en collecte
sélective inférieurs de 30 % aux prévisions
entraînent une hausse de 15 % des coûts de gestion (50 F par
habitant et par an). Une diminution de 10 % du taux d'utilisation d'une
UIOM se traduit par une augmentation du coût d'incinération de
l'ordre de 8 %, soit 4 % pour l'ensemble des coûts de gestion.
L'effet d'apprentissage est important. En phase de démarrage d'une
collecte sélective, le coût est lié aux sous utilisations
d'équipements et aussi aux investissements immatériels annexes
(études et communication). Pour la phase de pré-lancement, le
coût de communication oscille entre 10 et 30 F par habitant. En phase de
lancement, le coût annexe est de 30 à 70 F par habitant. Ces
coûts disparaissent ou sont notablement réduits par la suite.
Enfin, le développement d'une collecte sélective performante peut
entraîner une baisse non négligeable des coûts de gestion.
" Dans certains cas, le budget annuel de gestion des ordures
ménagères peut être réduit. La mise en place d'une
collecte sélective performante des recyclables secs (avec de bons
apports en quantité et en qualité) peut permettre de
réduire, dans certains contextes, le budget annuel de gestion des
ordures ménagères d'une collectivité locale (...).
Les expériences de terrain existant aujourd'hui permettent d'observer
qu'une augmentation du niveau de captage jusqu'à des valeurs moyennes ou
élevées peut s'accompagner d'une baisse des coûts
techniques de collecte et de tri. L'augmentation simultanée du soutien
à la tonne triée vient renforcer cette baisse des
coûts. "
L'impact des aides est fondamental. Parfois critiquées comme
inutiles -puisque les collectes sélectives et les valorisations existent
aussi dans des pays à économie libérale comme les
États-Unis- ou même dangereuses -puisqu'elles
" faussent " les règles du marché et orientent les
décisions des gestionnaires en faisant abstraction des
réalités du marché-, les aides publiques sont non
seulement incontournables, mais aussi parfaitement justifiées.
Peu de systèmes de collecte sélective et de valorisation sont
aujourd'hui compétitifs sans l'aide publique, tant en investissements
(ADEME), qu'en fonctionnement. Néanmoins, ce mécanisme permet de
réunir toutes les parties prenantes du système
d'élimination. Non seulement l'industriel fabricant qui,
conformément au principe du " pollueur payeur " participe au
financement de l'élimination de ses produits (en versant ses
contributions à Éco-Emballages qui redistribue aux
collectivités gestionnaires), mais aussi le consommateur citoyen qui
paye directement au moins une partie du coût précédent (la
contribution est répercutée tout ou partie sur les prix de vente
des produits) et indirectement par le biais de ses impôts19(*).
Le système est donc très complet et parfaitement fondé.
Ainsi, les financements des aides sont-ils issus de prélèvements
sur l'industriel, le consommateur, le contribuable, l'habitant d'une commune.
Ainsi, sont mises à contribution toutes les facettes d'une seule et
même personne : le consommateur citoyen.
2. Le financement
a) Le financement par les communes
Présentation
La gestion et l'élimination des déchets ménagers et
assimilés incombe aux communes. Les communes et les
établissements de coopération intercommunale compétents
dans l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères
ont le choix entre deux modes de financement : le financement par la
fiscalité locale, générale ou spécifique, le
financement par la redevance, à la charge des usagers du service.
Le financement fiscal
Le financement fiscal peut être assuré par les ressources globales
du budget communal ou par une ressource fiscale spécifique. La taxe
d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM)20(*).
La TEOM, instituée par le conseil municipal, ou l'autorité
délibérante compétente, est due par les personnes
assujetties à la taxe foncière sur les propriétés
bâties, et recouvrée dans les mêmes conditions.
Des financements complémentaires sont possibles. Tout d'abord, le
produit peut être inférieur au coût réel du service,
auquel cas, le solde est financé par les ressources
générales du budget.
La commune (ou l'assemblée délibérante de
l'établissement public de coopération intercommunale) doit
également établir une " redevance spéciale sur les
déchets ménagers " destinée au financement du service
d'élimination des déchets issus d'activités
professionnelles assimilables aux déchets ménagers (art.
L.2333-78 du Code général des collectivités
territoriales). Depuis le 1er janvier 1993, cette redevance est
obligatoire. La redevance est calculée en fonction du service rendu et,
notamment, de la quantité de déchets éliminés.
Cette combinaison taxe / redevance est inhabituelle. La commune peut
exonérer une entreprise de la TEOM, auquel cas la redevance
spéciale finance l'intégralité du coût du service.
Enfin, la commune peut fixer une redevance spécifique pour les terrains
de camping (art. L.2333-77 du Code général des
collectivités territoriales).
En 1993, la TEOM a été appliquée dans 13.666 communes
et 245 groupements de communes. Elle a concerné 45,3 millions
d'habitants. Elle a rapporté 15,6 milliards de francs, soit 344 francs
par habitant.
Le financement par redevance
Le conseil municipal, ou l'assemblée délibérante
compétente, peut également instituer une redevance
d'enlèvement des ordures ménagères (REOM)21(*). La redevance n'est pas un prélèvement
fiscal, mais est la contrepartie financière du service rendu. Son
produit doit donc équilibrer le montant total des dépenses du
service d'élimination des déchets. Il ne peut y avoir aucun
financement complémentaire.
Avec la redevance, c'est l'usager qui est visé, et non plus le
propriétaire.
La redevance est directement perçue par la commune, mais est
relativement délicate à appliquer. Le montant individuel doit
correspondre au coût réel du service fourni. L'adéquation
n'est pas toujours facile à apprécier, et les contentieux ne sont
pas rares. Notamment dans le cas de résidences comportant plusieurs
habitants, ou de résidences secondaires, il faut trouver un mode de
calcul qui soit aussi proche que possible du service rendu. Les assiettes
servant à une autre imposition ou les repères statistiques
(consommation d'eau) imaginés comme base de calcul à la redevance
ont été censurés par le juge administratif. Un habitant
peut être exonéré s'il n'utilise pas les services de la
commune.
En 1996, la REOM a été appliquée à
11.926 communes et 138 groupements, correspondant à
8,1 millions d'habitants. Elle a rapporté 1,42 milliard de
francs, soit 177 francs par habitant.
Les trois quarts de la population contribuent au service d'élimination
des déchets par une fiscalité spécifique.
|
Typologie des différents modes de financement de l'enlèvement des ordures ménagères par les communes |
|||||||||
|
Type de financement |
Financement fiscal |
Financement fiscal |
Financement par redevance |
||||||
|
Mode de financement |
Financement par le budget communal |
Taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) |
Redevance d'enlèvement des ordures ménagères (REOM) |
||||||
|
Références |
art. 1520 - 1526 du CGI |
art. L.2333-76 à 80 du CGCT |
|||||||
|
Financements complémentaires |
Non |
Oui
|
Non |
||||||
|
Personnes assujetties |
Tout contribuable de la commune |
Toute personne assujettie à la taxe foncière sur les propriétés bâties |
Toute personne bénéficiant du service d'enlèvement |
||||||
|
Conséquences comptables |
Dépenses incluses dans le budget de la commune |
Dépenses incluses dans le budget de la commune |
Budget annexe |
||||||
|
Conséquences financières |
Les dépenses sont couvertes par les recettes fiscales de la commune |
Calcul forfaitaire Les recettes ne couvrent pas nécessairement les dépenses. Le solde peut être financé par le budget de la commune |
Les recettes équilibrent les dépenses |
||||||
|
Conséquences juridiques |
Le service correspondant est un service public administratif avec compétence du juge administratif |
Le service correspondant est un service public administratif avec compétence du juge administratif |
Le service correspondant est un service public industriel et commercial avec compétence partielle du juge judiciaire |
||||||
|
Nombre de communes (+ groupements) |
10.000 |
13.666 (+ 245 groupements) |
11.926 (+ 138 groupements) |
||||||
|
Population couverte |
2,6 millions d'habitants |
45,3 millions d'habitants |
8,1 millions d'habitants |
||||||
|
Produit (milliards de francs) |
n.p. |
15,6 |
1,4 |
||||||
|
Produit/habitant |
n.p. |
344 F |
177 F |
||||||
|
1 redevance spéciale pour les déchets
non
ménagers (art. L.2333-78 du CGCT)
|
Source : ministère de l'Intérieur,
Direction des collectivités territoriales
|
||||||||
b) Les perspectives du financement communal
Un toilettage nécessaire
Le dispositif actuel peut être amélioré sur trois points.
D'une part, quelque soit le mode adopté, le financement est
assuré par des taxes ou redevances d'enlèvement des
ordures ménagères. Cette formulation est évidemment
vieillie, puisque le service assuré par les collectivités locales
concerne la collecte, mais aussi le tri et le traitement, en un mot la gestion
des ordures ménagères. Une nouvelle formulation s'impose, plus
conforme à la pratique.
On observera que l'élimination était la seule visée par la
loi et la directive de 1975 sur " l'élimination des
déchets " précisément, mais que depuis 1991,
d'autres notions sont apparues dans les textes relatifs aux déchets
(directive de 1991, loi de 1992), notamment celle de valorisation. Il est temps
de faire prendre acte au Code général des impôts et au Code
général des collectivités territoriales de ces
évolutions.
D'autre part, le dispositif actuel ne tient pas compte des modes de
collecte. Que la collecte soit en mélange ou sélective, le
montant recouvert est le même. Ni la TEOM, ni la REOM ne poussent
à faire le tri. Le système est même pervers, puisqu'on peut
imaginer que la collecte sélective étant plus coûteuse que
la collecte en mélange, la redevance soit majorée en
conséquence, ce qui revient à pénaliser le trieur !...
En ne prenant pas en compte les modalités de collecte, le système
actuel est sclérosant, il freine ou empêche même toute
évolution. Il paraît indispensable que ceux qui réduisent
leurs déchets, et qui trient leurs déchets, puissent
bénéficier d'un " retour ", y compris financier, sous
forme d'allégement des charges.
Enfin, le problème de la contribution des producteurs de
déchets assimilés aux déchets ménagers est mal
résolu. Bien qu'elle soit normalement obligatoire depuis 1993, la
redevance spéciale n'est pas appliquée partout. Le
problème n'était pas trop grave lorsqu'il ne s'agissait que des
déchets des commerçants et artisans, mais les déchets
industriels banals (DIB) ont été assimilés et
englobés dans le même " lot ", sans être
définis au préalable. Or, quelque soit l'acceptation retenue, le
montant des déchets industriels banals augmente avec l'extension des
zones industrielles et des zones dites " artisanales " -qui sont
souvent de petites zones industrielles - le caractère artisanal
étant surtout lié au nombre d'emplois -. Ainsi, les zones de
collecte se sont étendues et les volumes se sont accrus.
Certes, les difficultés portent sur la capacité à mesurer
les déchets engendrés par entreprise puisque la redevance doit
correspondre au service rendu, mais, devant les nouveaux volumes et les
nouvelles responsabilités des communes, il est désormais
impératif d'appliquer les financements prévus.
Une liberté de choix à maintenir concernant le
partage taxe/redevance
On connaît les difficultés de l'arbitrage entre un financement par
redevance, qui lie le montant demandé au service rendu mais qui est
difficile à mettre en oeuvre, car il suscite des contentieux et des
changements brutaux dans les dépenses, et le financement par taxe,
totalement aveugle. La taxe est perçue à un montant donné,
quelque soit le volume des déchets pris en compte. Un retraité
isolé ou une famille nombreuse, une personne faisant son compost au fond
de son jardin ou s'alimentant à l'américaine par " boites
boisson " par centaines et plats préparés, une personne
s'efforçant de porter chaque jour ses déchets propres et secs aux
bornes d'apport volontaire ou mettant le tout à la poubelle, paieront la
même taxe, simplement parce que leur taxe foncière est la
même !... Il n'y a aucun lien entre le déchet et
l'impôt, entre l'usager et le service. Le système de TEOM ne
favorise ni la responsabilité, ni la prise de conscience. La TEOM est
également un frein à la coopération intercommunale puisque
deux habitants de deux communes voisines ne paieront pas le même service
au même prix, simplement parce que l'évaluation de l'assiette de
leur taxe diffère d'une commune à une autre.
Chaque système a ses avantages et plus encore ses inconvénients.
Les élus locaux arbitrent le plus souvent entre ces derniers qui sont
les plus manifestes aux yeux de l'opinion.
Il paraît important de rétablir, d'une façon ou d'une autre
le lien entre le coût du service et son paiement. Ce mouvement est
souhaitable Jusque là, la redevance a été surtout
appliquée aux communes rurales, en particulier dans les
départements de l'Est et du Sud de la France. Mais ce lien avec la
ruralité s'estompe. Des communes ou groupements de communes de 20
à 25.000 habitants commencent à se tourner vers la REOM.
Il ne faut cependant pas nier les difficultés de mise en place de la
redevance, notamment en termes sociaux. En effet, d'une part la redevance
pénalise les familles nombreuses et le basculement d'un système
à un autre peut s'avérer délicat en entraînant des
modifications importantes, sans tenir compte des capacités
contributives. D'autre part alors que la collecte sélective
démarre et semble fonctionner dans de bonnes conditions, il ne
paraît pas opportun de " casser " la mécanique par une
réforme fiscale qui pourrait annuler tous les efforts
Il peut arriver que la redevance entraîne, pour certains, une majoration
des prélèvements, mais le consommateur, le contribuable pourront
comprendre, et finalement accepter cette évolution, si on leur
présente et si on leur explique les chiffres. Avec un " parler
vrai ", on peut alors avoir de vrais chiffres. Cela suppose du courage et
de la transparence, mais cela permet d'avoir des citoyens partenaires.
Les difficultés d'évaluation du service rendu peuvent
également être limitées par l'introduction de
systèmes de pesée22(*).
c) La taxe générale sur les activités polluantes
Comme on
le verra, les collectivités locales sont soutenues dans leurs efforts
d'équipement par les aides publiques de l'ADEME et les soutiens
d'organismes privés agréés. Ces soutiens seront
discutés ci après. Mais l'aide publique est aussi financée
au moyen de taxes dont l'importance est croissante et qu'il convient de
présenter.
Présentation
Jusqu'en 1999, l'ADEME était principalement financée par des
taxes fiscales et parafiscales23(*) dont l'objet
était de taxer les émissions polluantes. dont le rôle
était principalement (à 80 %) de financer la
réalisation d'équipements des communes dans la gestion des
déchets. Le système a été profondément
modifié en 1999. La taxe générale sur les activités
polluantes (TGAP) s'est substituée aux cinq taxes existantes. Les
changements portent sur la nature, l'assiette et la perception
de la taxe,
La nature de la ressource. Tout d'abord, la TGAP est un
impôt qui alimente le budget de l'État. Il n'y a plus de lien
direct entre la taxe et l'agence. Le produit fiscal est perçu par
l'État qui reverse à l'ADEME les crédits
équivalents à ceux qu'elle aurait perçus dans le
régime antérieur.
L'assiette de la taxe. La taxe est due par tout exploitant
d'une installation de stockage de déchets ménagers et
assimilés (art. 266 sexies du CGI). Elle est assise sur le
poids des déchets réceptionnés. Sur la base de 60 F
la tonne (avec un montant minimal de 3.000 F par installation). Le
régime est identique pour les exploitants d'une installation de
déchets industriels spéciaux, par incinération, stockage,
traitement physico-chimique... Dans ce second cas, le tarif est toutefois
différencié selon les modes de traitement (60 F la tonne
pour une station d'élimination, 120 F la tonne pour une
installation de stockage). Il existe aussi d'autres faits
générateurs liés aux émissions polluantes, mais qui
ne sont pas directement liés aux déchets.
La perception de la taxe. Ce lien, qui faisait l'un des
succès et fondait l'une de légitimité de l'ADEME, est
d'autant plus distendu que la taxe sera dorénavant recouvrée par
les services des Douanes. Ainsi, les services des Douanes doivent-ils collecter
des ressources qui seront, par la suite, affectées à
l'environnement et aux collectivités locales. Il existe, toutefois, un
régime dérogatoire, provisoire, pour l'année 1999, puisque
les anciennes taxes restent prélevées par l'ADEME, versées
au budget, et reversées sous forme de crédits budgétaires.
Observations
Cette mesure, présentée comme une amorce d'une refonte de la
fiscalité environnementale, ne va pas sans susciter certaines
appréhensions et regrets.
La première est la disparition d'un lien direct entre l'ADEME et
son financement. L'ADEME était financée par des contributions
assises sur les pollutions, et finançait des équipements des
collectivités locales pour améliorer leur gestion des
déchets. Ce lien est rompu puisque la TGAP est un impôt qui
alimente le budget de l'État, ce dernier versant à l'ADEME une
dotation budgétaire. Or, d'une part, chacun sait que les contributions
sont d'autant moins mal acceptées que le " parcours " du
produit fiscal peut être suivi
La deuxième est la crainte d'un décalage entre les recettes
encaissées et la dotation reversée à l'ADEME. Il ne
s'agit pas d'une pure hypothèse d'école puisque il a
été annoncé qu'une " écotaxe " (et la
TGAP est la première des " écotaxes ") pourrait
financer la diminution de la TVA. Tout lien entre la taxe et la gestion des
déchets serait évidemment rompu et l'ADEME serait alors
marginalisée face aux enjeux financiers que représente la
compensation de la TVA.
Si tel était le cas, le Parlement ne dispose en effet d'aucun moyen pour
majorer une dépense publique. Le Parlement est ligoté par
l'article 40 de la Constitution, qui interdit tout amendement qui aurait
pour conséquence la création ou l'aggravation d'une charge
publique. Aucune compensation n'est possible, le Parlement ne pouvant gager une
majoration, ou une perte, par une recette nouvelle, ou une économie sur
une autre dépense. Ce premier risque, exclu à court terme, ne
peut être exclu à moyen terme.
Troisièmement, le barème a pu être discuté.
Certains industriels ont regretté que la taxe, assise sur le poids des
déchets reçus par les exploitants de décharges, ne soit
pas différenciée selon le mode de traitement des déchets
en amont. Ils estiment qu'un barème différencié selon
l'importance de la valorisation aurait été incitatif et aurait
encouragé à développer celle ci. Malgré tout
l'intérêt que nous portons à cet objectif, nous ne pouvons
suivre cette logique. En effet, d'une part il ne faut pas oublier que,
bientôt, tous les déchets seront valorisé, d'autre part
qu'une éventuelle diminution du barème aurait pour
conséquence de réduire un produit fiscal qui constitue une
ressource importante pour aider les investissements des collectivités
locales dans le domaine des déchets. Nous considérons
également que l'objectif des industriels a été en grande
partie satisfait par la baisse de la TVA (ramenée du taux normal de
20,6% au taux minoré de 5,5%) sur les opérations de collecte, de
tri sélectif et de traitement des déchets ménagers, ce qui
constitue un soutien autrement plus efficace qu'une modulation du barème
de mise ne décharge.24(*)
Quatrièmement, il faut s'interroger sur la pertinence de
l'assiette choisie aujourd'hui. L'interrogation porte sur l'exemption des
décharges internes. Un grand nombre d'industriels disposent de
décharges internes qui servent à leurs propres déchets,
évitant ainsi les frais de transport, le coût du service et la
taxe, liés à la mise en décharge contrôlée.
Certes, tous les industriels ne se contentent pas de mettre leurs
déchets en tas ou dans un simple trou dans l'enceinte de l'usine, et
contrôlent de plus en plus étroitement leurs déchets (ne
serait ce que pour éviter les campagnes destructrices, en termes d'image
et de notoriété, en cas d'abus et de
" dérapage "), il n'en demeure pas moins que cela existe.
Or, ces déchets, comme les autres, ont la vie longue. Souvent plus
longue que celle des exploitations industrielles. Et l'expérience montre
qu'il arrive - souvent -, que les collectivités locales se trouvent
devant la responsabilité de traiter des " sites orphelins ",
abandonnés après la fermeture de l'usine. Les
collectivités doivent alors traiter les eaux, les lixiviats, le
ruissellement, les pollutions... Toutes ces opérations
représentent des coûts importants qu'il est impossible de
récupérer sur une entreprise en faillite ou en difficulté.
Il y a donc un transfert de charge et de responsabilité, de l'industriel
sur la collectivité locale. Une taxation des décharges internes
inciterait les entreprises à de meilleurs contrôles et permettrait
de mieux répartir les coûts à la fois dans le temps et
entre agents économiques. Sans nier les conséquences et les
coûts qu'entraînent les réglementations environnementales
(notamment dans le contexte de concurrence internationale avec des pays qui
n'ont pas les mêmes contraintes et obligations), il paraît utile
de réfléchir, en France et au niveau communautaire, à
cette possibilité.
Enfin, cette modification ne constitue qu'un pas encore bien timide vers une
réforme plus ambitieuse de la fiscalité de l'environnement.
La TGAP a été présentée comme une amorce de refonte
du système fiscal environnemental qui comptait alors, rappelons-le,
soixante-quinze taxes différentes, et compte encore, après
réforme, soixante-et-onze taxes différentes...
Or, la fiscalité de l'environnement n'a pas seulement pour but de
produire des ressources, mais aussi de modifier des comportements. Elle fait
partie des fiscalités incitatives. Cet objectif n'est guère
atteint dans le système actuel qui, en réalité, cumule de
nombreux inconvénients. "Que cherche-t-on : accroître les
ressources publiques ou diminuer les atteintes à l'environnement ?.
Dans le premier cas, il faut des taux bas et des assiettes larges, dans le
second, il faut des assiettes étroites très
précisément définies et des taux élevés,
mais ces deux logiques ne sont pas compatibles "25(*). L'annonce d'un éventuel financement de la
baisse des charges sociales par une " éco-taxe " ne peut
qu'augmenter le trouble.
d) Le financement par les industriels
Présentation
Il ne faudrait pas croire que la gestion des déchets repose
exclusivement sur la contrainte et que le coût est financé
uniquement par l'impôt. Les industriels ont pris leur part de
responsabilité et, de façon plus ou moins spontanée, ont
mis en place des structures de collecte et de gestion des déchets. Deux
formules peuvent être suivies. Tout d'abord, les industriels peuvent de
leur propre initiative s'organiser eux-mêmes, établir des
filières, s'engager sur des objectifs (la récupération des
huiles ou les engagements des constructeurs automobiles sur les
véhicules usagés par exemple). Une autre possibilité
consiste à passer par la voie d'organismes agréés. Cette
formule est appliquée aux déchets d'emballages. Le décret
du 1er avril 1992 rend responsable le producteur de déchets
d'emballages ménagers de leur élimination. Il peut alors soit
prendre en charge directement les emballages usagés (consigne, circuits
et emplacements réservés), soit faire prendre en charge les
emballages usagés par un organisme ou une entreprise
agréée. Ce décret est à l'origine de la naissance
des sociétés Adelphe, Éco-Emballages et de l'association
Cyclamed. Dans les deux cas, le système est financé par les
industriels fabricants et distributeurs.
Concernant Éco-Emballages, principale société intervenant
dans le secteur des emballages, les ressources proviennent, en quasi
totalité, des contributions de producteurs, importateurs et
distributeurs d'emballages, selon un barème lié pour l'essentiel
au chiffre d'affaires, mais faisant intervenir également les
possibilités de recyclage des matériaux26(*). Le paiement de la contribution est formalisée
par le " point vert " qui figure sur les emballages27(*). Plus de 500 millions de francs ont été
collectés en 1998.
En 1999, le principe du doublement du barème de base a été
adopté, et certains emballages, non recyclables dans les conditions
actuelles, ont un tarif doublé par rapport au barème de
base28(*). Ces nouveaux tarifs devraient entrer
en vigueur en 2000. La ressource prévue pour 2002 serait de 2 milliards
de francs
Discussion
On le verra, le système Éco-Emballages est de loin le plus
opérationnel, le plus efficace, le plus développé .
Mais il n'a pas que des avantages. Le tri vise à rendre les emballages
recyclables. Ainsi, les efforts pour envisager d'autres modes de valorisation
(qui ne soient pas des emballages) ou pour collecter d'autres matériaux
qui peuvent être valorisés tout aussi bien que les emballages
(collecte des fermentescibles par exemple), ne sont pas encouragés et
sont même dissuadés. C'est le risque lié à un
financement professionnel.
Le principe du " pollueur payeur " n'est encore que très
partiellement appliqué. Il n'a été intégré
ni dans la fiscalité locale, ni dans les filières industrielles
et commerciales alors que, dans le même temps, chacun constate une
augmentation des coûts de traitement. Une nouvelle organisation des
financements fondée sur un meilleur partage des coûts doit
être mise en place.
Toute proposition doit, nous semble-t-il, être fondée sur
quelques idées de base, simples et claires :
Tout d'abord, il n'est plus possible de mettre un produit sur le
marché, quel qu'il soit, sans se soucier de son devenir en fin de vie.
Ensuite, si les collectivités locales restent bien responsables
des services d'élimination des déchets, c'est à la
filière de production et de commercialisation (industriel fabricant,
importateur ou distributeur) de financer la plus grande part des coûts de
valorisation.
La plus large souplesse doit être laissée dans les
modalités de récupération et de financement.
Il est bien évident que, en dépit de la concurrence, une partie
de ces coûts sera répercutée sur le consommateur. La menace
d'une hausse prévisible du prix des produits, doit être
appréciée avec mesure. Le consommateur est-il prêt à
payer 5 ou 10 centimes pour éliminer le mercure et retraiter les
métaux lourds contenus dans les piles ? Est-il prêt à
payer 4 francs par pneu pour que les pneus soient recyclés au lieu
d'être mis en décharge ? Nous pensons que oui. Le
système de consigne, malgré son image désuète, ne
peut être écarté. On peut imaginer qu'un consommateur verse
une prime de 20 ou 50 francs lorsqu'il achète un
téléviseur, un magnétoscope ou un ordinateur, qui lui sera
retournée lorsqu'il rendra son matériel en fin de vie, mais qui
permettra de traiter les tubes et les écrans de télévision
chargés en métaux lourds.
La réflexion n'en est qu'à ses débuts, mais progresse
rapidement. On peut citer notamment la solution préconisée par le
Conseil économique et social (rapport du CES : La gestion des
déchets ménagers, 1999).
" Le Conseil économique et social propose une organisation du
financement du service public d'élimination des déchets
ménagers reposant sur :
une contribution des entreprises qui mettent sur le marché des
produits de consommation. Ces contributions doivent permettre de couvrir
l'essentiel des coûts d'élimination des déchets et produits
en fin de vie (internalisation des coûts) ;
une forte diminution en corollaire de la fiscalité locale
directe.
L'organisation proposée ne se conçoit que pour les communes ayant
engagé une politique de collecte sélective.
L'opérationalité de ces mesures est visualisée sur
l'organigramme ci-après. "
Proposition d'organisation du financement du service public d'élimination des déchets ménagers formulée par le Conseil économique et social
3. Les aides
Les
aides proviennent de trois sources différentes :
les autres collectivités locales,
l'État, par l'intermédiaire de l'ADEME,
les organismes privés, agréés par les pouvoirs
publics, et investis d'une mission d'intérêt général
en vue de favoriser la collecte sélective des déchets
valorisables.
Les aides des autres collectivités locales sont citées ici pour
mémoire. Selon une étude de l'Association des présidents
de conseils généraux (APCG), rapportée par le Conseil
économique et social, soixante-dix conseils généraux ont
mis en place une politique spécifique d'aide aux communes pour la
gestion des déchets. Les conseils régionaux se sont
également engagés dans ce domaine, notamment le conseil
régional d'Ile-de-France (210 millions de francs en 1998). Le
soutien porte sur la réalisation d'équipements, la
réhabilitation de décharges, les études, la
communication.
a) Les aides de l'ADEME aux équipements des communes
L'ADEME
(Agence de l'Environnement et de la maîtrise de l'énergie) est un
établissement public à caractère industriel et commercial,
sous la triple tutelle des ministères de l'Environnement, de l'Industrie
et de la Recherche, créé en 1990 par la fusion des anciens
organismes existants. Financée par des taxes, l'Ademe aide les
collectivités dans la réalisation d'équipements de gestion
des déchets. Tant le financement (voir supra ) que les dépenses
de l'Agence appellent toutefois des observations critiques.
Les dépenses
Jusqu'en 1998, le produit fiscal des différentes taxes alimentait un
fonds de modernisation de gestion des déchets (FMGD). Du fait du
relèvement périodique des taux, les ressources -et par
conséquent les dépenses- de l'ADEME ont considérablement
augmenté au cours de ces dernières années (le produit
fiscal est passé de 633 MF à 1.202 MF entre 1994 et 1997).
En cinq ans, entre 1994 et 1998, plus de deux milliards de francs ont
été reversés au soutien aux équipements des
collectivités locales. Les aides sont variables en fonction des
filières de traitement : aides élevées en amont des
filières (collectes sélectives, déchetteries, compostage,
aides plus faibles ou nulles sur l'incinération et la mise en
décharge). Les aides étaient réparties après avis
du comité consultatif de modernisation de la gestion des déchets
ménagers (CCMGD). Les montants des aides ont été plusieurs
fois modifiés et s'établissaient comme suit (avril
1999)
|
Nature des projets |
Modalités d'aide
|
|
|
Déchetteries |
50 % |
|
|
Collectes séparatives de matériaux secs et de matières fermentescibles |
50 % (hors matériel roulant) |
|
|
Centres de tri |
50 % |
|
|
Unités de compostage ou de méthanisation de déchets organiques issus de collectes séparatives |
50 % |
|
|
Équipements de tri de métaux sur mâchefers des incinérateurs et plates-formes de maturation des mâchefers |
50 %
(équipements de tri et conditionnement des métaux)
|
|
|
Sensibilisation liée à des opérations |
30 % du montant TTC des dépenses |
Les critiques du système
L'ADEME a réalisé un travail exceptionnel dans
l'amélioration des connaissances sur les déchets. Plusieurs
observateurs, y compris officiels, reconnaissent que les engagements du
début des années 1990, -sans remonter à 1975- ont
été pris dans un contexte de grande méconnaissance du
secteur. Gisements, coûts, modalités, rien n'était vraiment
connu, et tout restait à faire. L'ADEME l'a fait, et son travail
d'analyse statistique est remarquable. Néanmoins, plusieurs critiques
d'inégale importance peuvent être formulées sur le
fonctionnement de l'ADEME.
En premier lieu, sur le plan formel, on observera que l'ancienne CCMGD a
disparu avec la réforme de la TGAP mais qu'elle n'a pas
été remplacée. Les aides de l'ADEME restent
néanmoins décidées, selon les seuils, après
consultation d'un comité national ou régional d'attribution
auxquels participent les représentants des administrations et les
élus. Dans un avis, le Conseil économique et social estimait que
" l'absence de représentation des associations de consommateurs
(dans l'ancienne CCMGD) méritait d'être corrigée lors de la
nouvelle instance qui serait chargée de la remplacer ". Vos
rapporteurs soutiennent cette suggestion qui n'a pas encore reçu
d'application.
En second lieu, il a souvent été souligné que, au moins
jusqu'en 1998, " le produit des taxes était parfois loin d'avoir
été entièrement engagé et que l'ADEME
plaçait ainsi cet excédent " en placements financiers
(de préférence aux aides aux collectivités locales). On
peut donc se demander, après d'autres, si tel était bien la
vocation de l'Agence.
En troisième lieu, on peut aussi regretter que l'ADEME n'ait pas eu de
ligne directrice claire dans les soutiens qu'elle accordait aux
collectivités locales. On peut donc s'étonner des changements de
politiques brutaux qui consistent à majorer fortement les taux de
soutiens (pour faire taire les critiques précédentes),
jusqu'à 50 % des dépenses d'investissements, avant de voir,
l'année d'après, qu'une telle position n'était pas
tenable, et être alors obligé de revenir à des taux de
soutiens plus modérés. Dans ce domaine particulièrement,
les collectivités locales ont surtout besoin de visibilité et non
d'une politique en " coups d'accordéon ", ravageuse en termes
d'image et d'efficacité. En d'autres termes, il eut mieux valu fixer des
taux d'aide à 30% et s'y tenir, plutôt que d'afficher des pointes
à 50 % pour les abandonner aussitôt.
Mais surtout, la critique principale porte sur les aides elles mêmes.
Face à l'échéance de 2002, les soutiens aux
investissements devaient céder la priorité à la recherche.
Il fallait avant tout expérimenter des voies nouvelles, qualifier les
produits issus de nouveaux modes de valorisation. A quelques années
à peine de 2002, un grand nombre de filières se trouvent
aujourd'hui devant des blocages, faute de maîtrise suffisante des
processus, de connaissances, de garanties et de contrôles adaptés.
Le compost est-il un déchet ou un engrais ? A quel moment une boue
traitée change-t-elle de statut ? Le mâchefer est-il
utilisable en génie civil ? Les REFIOM d'incinérateur
à lits fluidisés sont-elles valorisables en l'état ?
Comment valoriser des gisements considérables qui se trouvent dans nos
poubelles et nos décharges (le plastique, le béton des
démolitions...) ?... Un grand nombre de techniques innovantes sont
subordonnées à des réponses à des questions de ce
type. C'était le rôle de l'ADEME de participer à
l'innovation. C'est aujourd'hui presque trop tard. Mais c'est aussi,
incontestablement, une occasion manquée.
b) Les aides des organismes agréés au fonctionnement des équipements de collecte et d'élimination des déchets ménagers
La mise
en oeuvre de la politique de gestion des déchets ménagers, et
plus particulièrement des emballages, fait également intervenir
des partenaires privés, sociétés ou associations,
agréés par les pouvoirs publics. Ces organismes se sont vu
confier une mission d'intérêt général en collectant
des financements et en redistribuant des aides, en favorisant la collecte et la
valorisation des emballages. Trois organismes ont été
agréés :
Adelphe, dont la compétence porte essentiellement sur le
verre ;
Cyclamed, dont la compétence porte uniquement sur les
médicaments ;
et, surtout, Éco-Emballages, puissante et efficace
organisation à compétence générale. Toute la
collecte sélective mise en place dans les communes repose sur les aides
d'Éco-Emballages (aides aux tonnes triées valorisables).
Les soutiens d'Éco-Emballages
Depuis quatre ans (1996/1999), 80 % des dépenses
d'Éco-Emballages sont affectées au soutien de la collecte, ainsi
qu'au tri et à la valorisation des emballages ménagers, les
20 % restants étant consacrés à la communication,
à la recherche, au fonctionnement... Près de 900 millions seront
reversés aux collectivités locales en 1999.
|
Principaux indicateurs financiers d'Éco-Emballages (millions de francs) |
||||||
|
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
|
|
Total des recettes |
517 |
546 |
571 |
566 |
505 |
540 |
|
dont contribution professionnelle |
537 |
562 |
566 |
n.p. |
n.p. |
|
|
Total des dépenses |
272 |
310 |
426 |
527 |
782 |
1.066 |
|
dont soutien aux collectivités locales |
135 |
194 |
302 |
417 |
653 |
897 |
|
Source : Éco-Emballages |
||||||
Devant l'augmentation massive des soutiens, la situation financière d'Éco-Emballages s'est radicalement transformée. Jusqu'en 1997, les recettes ont été supérieures aux dépenses. La situation a basculé en 1998, et surtout en 1999, car les recettes annuelles ne couvrent qu'à peine plus de 50 % des dépenses envisagées (le solde étant par conséquent financé sur les produits antérieurs, puisque pendant cinq ans les dépenses annuelles étaient inférieures aux recettes.) Cette situation n'est évidemment que provisoire, et Éco-Emballages a adopté le principe d'un doublement en 2000 de son tarif applicable aux producteurs et distributeurs d'emballages.
|
Soutien à la tonne triée |
Acier issu de la collecte sélective |
300 - 500 F (selon collecte) |
|
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Acier issu des mâchefers |
75 F |
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|
Aluminium |
1.500 - 2.200 F |
||
|
Aluminium issu des mâchefers |
500 F |
||
|
Papier carton |
750 - 1.950 F |
||
|
Plastiques |
1.500 - 6.050 F |
||
|
Verre |
20 - 30 F (AV) |
||
|
20 - 75 F (PAP) |
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|
Garantie de reprise à un |
Acier issu de la collecte sélective |
50 - 200 F |
|
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prix minimum pour un |
Acier issu des mâchefers |
0 - 50 F |
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niveau de qualité défini |
Aluminium |
1.100 - 2.000 F* |
|
|
Aluminium issu des mâchefers |
750 - 1.300 F* |
||
|
Papier carton |
0 F* |
||
|
Plastiques |
0 F |
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|
Verre |
150 F |
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|
* + intéressement selon les cours |
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|
Soutien à la valorisation |
Valorisation matière |
cf. prix de reprise |
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Valorisation énergétique |
entre 100 et 500 F selon le taux de valorisation |
||
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Compostage |
500 F par tonne |
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Soutiens divers |
Communication locale |
9 F par habitant la première année, puis tarif dégressif pendant cinq ans |
|
|
Embauches - Aides forfaitaires |
20.000 - 40.000 F |
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|
Démarrage de programmes |
7 F la première année, puis tarif dégressif pendant deux ans |
||
|
Habitats particuliers |
Majoration des soutiens à la tonne triée |
||
Ce
système a cependant des effets contradictoires.
Le premier effet, positif, est d'impliquer les producteurs et distributeurs
dans la filière recyclage, et de limiter leur production d'emballages
(pour réduire leur contribution) et surtout de développer la
collecte sélective qui a démarré, progressé et
réussi grâce aux soutiens d'Éco-Emballages .
Le second effet, plus discutable, est d'introduire sur certains produits (en
particulier le verre) un système en boucle, autocentré sur les
emballages (production d'emballages consommation récupération
tri retour au fabricant production d'emballages), ce qui a aussi pour effet
de concentrer l'attention des industriels sur leurs propres emballages et leurs
propres besoins. Ce qui limite par conséquent les innovations visant
à élargir la gamme des produits collectés ou des
valorisations possibles, hors emballages. (voir également
ci-après, " Discussion sur la collecte ")
La
valorisation des déchets n'est qu'une étape d'un processus
complet dont on ne connaît vraiment ni le début (où
commence la production d'un déchet), ni la fin (tous les
matériaux finissent par se désagréger dans des
périodes plus ou moins longues, allant de quelques semaines à
plusieurs milliers d'années), et surtout dont les ramifications sont
multiples : culturelles, financières, industrielles, techniques,
logistiques, juridiques. Il paraît impossible d'appréhender la
question des déchets avec exhaustivité.
Ainsi, plusieurs " impasses " ont été faites. C'est
notamment le cas des aspects purement juridiques de la gestion des
déchets et des structures intercommunales adaptées. Non que ces
sujets ne soient pas importants, ils le sont, mais soit ils sont relativement
connexes par rapport à la question centrale de la valorisation, soit ils
ont été abondamment et excellemment traités par ailleurs,
et en tout état de cause échappent au champ de l'Office. D'autres
dossiers ne sont, hélas, que survolés ou entrouverts. C'est
notamment le cas de la politique de prévention et de la politique de
collecte, pourtant toutes deux fondamentales.
A. LA POLITIQUE DE PRÉVENTION
Conformément au souhait exprimé par plusieurs
membres
de l'office, quelques développements sont consacrés à la
politique de prévention, sujet consensuel s'il en est, dont la
nécessité est reconnue par tous. La présentation qui suit
reste toutefois sommaire, non que le sujet ne soit pas important -il l'est-,
mais parce qu'il est relativement connexe par rapport à la mission
centrale qui a été confiée à l'Office, et parce
qu'il n'appelle pas vraiment des bases scientifiques et technologiques, mais
plutôt des bases culturelles de société.
En France, la production de déchets augmente de près de 2 %
par an. Cette évolution est-elle inéluctable ? Et si le
concept de société à " zéro
déchets " est aussi illusoire que celui d'une " guerre
à zéro mort ", peut-on, tout au moins, réduire ou
stabiliser le volume ? Il faut, sur ce point, faire la part entre le
souhaitable et le possible, et examiner ce dernier sans fatalisme, mais avec
lucidité.
Malgré quelques initiatives exemplaires, l'expérience et
l'ampleur du défi invitent à contenir les ambitions aussi
louables soient-elles.
1. Situation
a) Présentation générale
La
prévention à la source consiste à réduire le volume
des déchets (diminution du nombre et du poids des emballages, par
exemple), et/ou réduire les impacts environnementaux des déchets
produits (diminuer ou éliminer les substances toxiques dans un
produit : piles à 0 % de mercure par exemple).
Dans la majorité des cas, la réduction de volume diminue les
coûts de traitement. Selon le rapport de la " Cellule
Prospective " du ministère de l'Environnement (dit " rapport
Dron "), une politique de prévention qui réduirait du
quart la production de déchets ménagers et assimilés en
2000 diminuerait les dépenses de gestion des déchets de plus de
moitié ".
Dans la grande majorité des cas, l'impact environnemental est
également atténué, même si le même rapport
observe que " la réduction du volume n'est pas le remède
universel susceptible de guérir de tous les maux. (...) Ainsi une
réduction en volume consécutive par exemple à une
obligation de réemploi, pourrait se traduire par une production
supplémentaire de polluants dans un autre secteur "
(exemple : consigne obligatoire générant des dépenses
de transport pour réaffecter le produit, après consommation, au
lieu de production).
Les exceptions ou contre-indications ne remettent pas en cause
l'intérêt évident à limiter les déchets. La
nécessité d'engager des programmes de réduction des
déchets a été d'ailleurs affirmée dès 1975,
et systématiquement réaffirmée depuis.
Directive (75/442/CEE) du Conseil du 15 juillet 1975
relative aux déchets (extraits)
__
Art. 3 -. " Les États membres prennent les mesures appropriées pour promouvoir la prévention (...) des déchets. (...) Ils informent la Commission de tout projet concernant la diminution des quantités de certains déchets ".
b) Résultats
Sauf
exception, les résultats sont on ne peut plus mitigés, depuis
1975, date de la première directive européenne et de la
première grande loi française sur les déchets. En France,
la production de déchets augmente de près de 2 % par an (290
kilos par habitant il y a vingt ans, 360 kilos en 1990 et 430 kg en 1996). Sauf
exception, cette évolution est générale en Europe, et
même s'accélère au cours des années récentes
(+ 25 % en France ou en Suisse en dix ans ; + 38 % en
Italie ; + 18 % en Autriche...).
Sur les quinze pays de l'Union européenne, seule l'Allemagne est
parvenue à stabiliser, voire à réduire pendant un moment,
la quantité de déchets produite.
|
Production de déchets municipaux. Quelques comparaisons internationales |
||||||||
|
Milliers de tonnes |
kg par habitant |
|||||||
|
1975 |
1980 |
1985 |
1990 |
1975 |
1980 |
1985 |
1990 |
|
|
France |
14.330 |
15.570 |
16.220 |
20.320 |
271 |
289 |
294 |
360 |
|
Allemagne (Ouest) |
20.423 |
21.417 |
19.387 |
21.172 |
333 |
348 |
317 |
333 |
|
Italie |
14.095 |
14.041 |
15.000 |
20.033 |
257 |
252 |
265 |
348 |
|
Royaume Uni |
16.000 |
15.500 |
17.000 |
20.000 |
324 |
312 |
341 |
348 |
|
Suède |
2.400 |
2.510 |
2.650 |
3.200 |
293 |
302 |
317 |
374 |
|
Norvège |
1.700 |
1.700 |
1.970 |
2.000 |
424 |
416 |
474 |
472 |
|
Suisse |
1.900 |
2.240 |
2.500 |
3.000 |
297 |
351 |
383 |
441 |
|
Source : Statistical compendium for the Dobris Assessment, Eurostat, 1995 |
||||||||
La production des déchets suit des grandes tendances de fond liées aux habitudes ou aux types de consommation qui sont des données culturelles ou de civilisation (papier informatique...). Pour ne donner qu'un seul chiffre, on ne peut qu'être frappé par le fait que, en dépit d'une amélioration constante de la qualité des eaux courantes, la consommation d'eaux minérales se soit accrue en France de 27 % en dix ans pour atteindre 5,54 milliards de litres, soit 83 litres par habitant (133 litres en Italie).
|
Production d'eaux minérales (millions de litres) |
||||||||||
|
1988 |
1989 |
1990 |
1991 |
1992 |
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
|
|
France |
4.370 |
5.011 |
5.217 |
5.192 |
5.300 |
5.406 |
5.300 |
5537 |
5.450 |
5.540 |
|
CEE |
15.047 |
17.154 |
18.711 |
19.750 |
21.352 |
21.845 |
24.632 |
25.687 |
25.499 |
25.818 |
|
Source : Chambre syndicale des eaux minérales |
||||||||||
Dans la
compétition économique entre industriels et distributeurs,
l'emballage est également un élément de concurrence.
L'emballage fait la marque. La marque fait l'emballage (Perrier,
Orangina...). Un produit doit se voir pour se vendre, et sa
présentation renvoie à des notions de service, de
sécurité, de propreté... La recherche d'économies
passe aussi souvent par le développement de promotions et, par
conséquent, d'achats groupés (lots) réunis par des
" sur-emballages " qui sont autant de déchets imposés.
Autant de tendances lourdes qui peuvent peut-être être
infléchies, mais ne seront pas renversées.
La recherche de la diminution du volume des déchets peut être
obtenue tant par une action sur les emballages proprement dits (suppression des
sur-emballages, diminution du volume et du poids, recharges...) que par une
amélioration du produit lui-même qui génère ainsi
beaucoup moins de déchets.
Quelques exemples illustrent parfaitement ces deux voies.
Première voie. La réduction des emballages.
Cette réduction peut porter sur le nombre et le poids des emballages.
Tel est notamment le cas de la société L'Oréal qui
s'est engagée très tôt dans une politique de
réduction du volume des emballages, tant pour des raisons de coût,
que de stratégie commerciale/communication. En moyenne, le poids des
emballages a été divisé par deux en dix ans.
L'exemple le plus frappant est celui de la suppression de la cale
(blister) plastique des échantillons de soins
Lancôme. Cette seule mesure a économisé (dans le
monde) 59 tonnes de plastique, 110 tonnes de cartons. Le volume de
transport a été réduit de 2000 palettes, 40 camions.
Cette diminution du poids peut prendre d'autres formes. La simple impression en
recto verso, et le fait de rédiger la notice de soins d'un produit de la
gamme Vichy Laboratoire en deux langues, au lieu de trois, a
entraîné une économie de plus de 4 tonnes de papier. La
société a également choisi, depuis peu, d'utiliser des
matériaux recyclés (l'emballage du shampooing " one 2
one " aux États-Unis incorpore 25 % de produits
recyclés). L'action principale réside aujourd'hui dans
l'optimisation des épaisseurs et du poids des emballages. La diminution
du poids des flacons entraîne des économies substantielles...
Autre exemple, la société Procter et Gamble a lancé
en 1989 la formule des " éco-recharges ". Le succès
fut alors mitigé, les distributeurs ne répercutant pas la baisse
des prix sur le consommateur. Après plusieurs mises en demeure, la
baisse a été répercutée, et le succès a
démarré. Aujourd'hui, sur les lessives, un tiers des ventes sont
en " éco-recharges ". Une " éco-recharge "
représente une économie d'emballages de 75 % par rapport
à un emballage rigide, ce qui représente pour le groupe une
économie de 3.500 tonnes de cartons.
La réduction des emballages est aussi l'intérêt des
fabricants et des distributeurs. Désormais, la plupart cherchent
" l'optimisation dimensionnelle ", génératrice
d'économies d'emballages, donc d'économies de déchets,
donc d'économies de dépenses. Attention toutefois à ne pas
être un " maximaliste forcené ", car les emballages ont
des fonctions essentielles qui ne doivent pas être oubliées.
L'emballage donne des informations sur le produit, le protège ,et est un
élément de concurrence entre les marques.
Deuxième voie. L'amélioration du produit par
une diminution de sa nocivité, par un allongement de sa durée
d'utilisation. Là encore, de gros progrès ont été
faits soit par l'édiction de contraintes réglementaires (piles
à 0 % de mercure...), soit par la seule concurrence qui peut aussi
entraîner une diminution des déchets. Ainsi, les durées
d'utilisation des pneus, ou des huiles de vidange ont été
multipliées respectivement par trois et par six en vingt ans. Ce qui
génère par conséquent autant de déchets en
moins.
2. Perspectives
Quelques
succès, réels ou anecdotiques, ne peuvent faire oublier que,
globalement, les évolutions sont décevantes. Autant des
transformations importantes peuvent être constatées dans
l'approche de la gestion des déchets, autant le dossier de la
prévention, pour majeur qu'il soit, ne paraît pas être
arrivé à maturité. Faut-il se résigner ?
Assurément pas. Trois pistes peuvent être évoquées.
Première piste. L'initiative privée
Tout d'abord, les professionnels doivent avoir une réflexion technique,
sur les conséquences de leurs choix en matière d'emballages et de
déchets. Cela joue dans plusieurs sens.
D'une part, toutes les conséquences de l'évolution technologique
n'ont pas été tirées en matière d'emballages. La
pratique des " sur-emballages ", des lots pour achats groupés,
ne paraît plus indispensable dès lors que les outils informatiques
en caisse permettent tout aussi bien de calculer les réductions. Dans le
même ordre d'idées, on ne peut que saluer l'initiative de quelques
grands distributeurs pour limiter la fourniture de sacs plastiques et tenter
d'infléchir les comportements des consommateurs. Il faut
également mentionner les initiatives du Cercle national du Recyclage et
du Conseil national de l'emballage qui ont travaillé, avec les
professionnels, sur la diminution, en volume et en poids, des emballages.
D'autre part, innovation technique -dans la composition des produits- et
recherche dans les filières de recyclage sont loin d'être
complémentaires, et peuvent même s'opposer. Comme on le verra, la
famille des plastiques s'agrandit chaque mois de plusieurs plastiques
différents. Chaque grande catégorie a ses
spécificités chimiques propres, et est donc aujourd'hui
traitée séparément. C'est ainsi que se sont mises en
places, souvent avec difficulté, quelques filières, notamment la
filière de recyclage des bouteilles en PET. Certains plastiques connus
(PVC, PET...), de nouveaux plastiques utilisés en emballage sont
introduits sur le marché, mais ne peuvent être recyclés, et
sont même incompatibles avec les précédents, et doivent
être triés. La surenchère technique, poussée par la
surenchère en termes de marketing, limite les chances de réussite
des procédés de recyclage antérieurs et les rend
même plus coûteux (tri supplémentaire).
Les choses se compliquent avec l'arrivée des nouveaux matériaux,
matériaux composites mélangeant plusieurs matières
(plastique, carton, aluminium en trois couches, comme dans les " tetra
pack "), ou matériaux innovants. Ces matériaux sont la
plupart du temps incompatibles avec les anciens, et doivent donc être
retirés du circuit du recyclage précédent. Ainsi, un
nouveau plastique peut être à la fois impossible à recycler
(parce que le volume est encore trop faible pour que la filière soit
économiquement rentable), et constituer un handicap pour les
filières existantes (parce qu'il impose un tri complémentaire qui
majore le coût du recyclage).
Cette description n'est nullement un cas d'école et correspond à
la mise sur le marché d'une nouvelle bouteille de la marque
Pampryl, avec un nouveau plastique incompatible avec les plastiques
usuels. Quand, de surcroît, les professionnels et les consommateurs
délivrent à ce nouveau plastique " l'oscar de l'emballage
1997 ", il y a de quoi être désemparé par ces
contradictions et ces incohérences.
Un message double est un message trouble. On ne peut à la fois
encourager la filière qui ose le recyclage et encourager les produits
qui ne le sont pas (ou pas encore).
Deuxième piste. La réglementation. La réduction
des volumes par la contrainte fiscale.
Il existe un principe, adopté il y a plus de dix ans, souvent
délicat à mettre en oeuvre, mais toujours
d'actualité : le principe du " polluant payeur ".
Traité CE
Art. 130 R (§ 2) -. " L'acti
vité de la Commission en matière d'environnement est
fondée sur les principes de précaution et d'action
préventive, sur le principe de correction, par priorité à
la source, des atteintes à l'environnement, sur le principe du
« pollueur payeur ». " (Acte unique européen
de 1986)
De plus en plus, les fabricants incorporent dans leurs prix de vente un prix
d'élimination. Les sommes ainsi récupérées sont
utilisées pour financer les circuits de collecte, les coûts de
valorisation. Cette taxation a également pour effet indirect de limiter
les volumes. S'il est un secteur pour lequel cette limitation se fait attendre,
c'est celui de la distribution de prospectus publicitaires dans les boites aux
lettres qui n'a encore reçu qu'une réponse partielle et non
satisfaisante29(*).
Troisième piste : l'éducation et la formation
Cette piste n'est rappelée que pour mémoire, tant elle est
évidente. Une action du quotidien sans cesse renouvelée. En
Allemagne par exemple, les consommateurs vident leurs caddies de courses
aussitôt après l'achat et se débarrassent des emballages
dans le magasin. Les distributeurs ont tôt fait de comprendre et de
s'adapter à cette évolution et limitent à leur tour les
emballages.
Autre exemple, à la fois modeste et courageux, ce simple affichage dans
le parc naturel du Mercantour, sur la durée de vie des
déchets30(*). Une simple invitation/
incitation à prendre conscience de ses propres gestes. Une initiative
utile qui pourrait très facilement être suivie non seulement dans
tous les autres parcs naturels mais aussi dans toutes les communes et les
écoles de France.
La longue vie des déchets
B. LA COLLECTE
1. Situation
a) Présentation générale
Il n'y a
pas de recyclage sans une bonne récupération des produits
à recycler, c'est-à-dire sans une collecte adaptée. Au
départ, les intérêts de chacun sont opposés.
L'intérêt du collecteur est d'aller au plus simple et au moins
coûteux. Les déchets sont collectés en vrac -" en
mélange "-, dans des sacs poubelles, par les services de ramassage
des ordures. L'intérêt des professionnels du recyclage est, dans
la plupart des cas, d'avoir des produits les plus " propres "
possible, et en tout cas, des produits mono-matériaux -le verre, le
papier, le métal...- si possible séparés. Naturellement,
la collecte de produits " purs " ou " quasi purs "
est impossible. Il n'y a pas de collecte séparative sans tri. Les
bouteilles en verre comprennent toujours du papier, de la colle, des
bouchons... Le papier contient de l'encre, des agrafes... Mais, plus le produit
est livré homogène, et plus la valorisation sera facile pour la
société. Il y a donc un équilibre à trouver, voire
un arbitrage à opérer entre le possible et le souhaitable
L'équilibre a été trouvé par la " collecte
sélective ". Ainsi, à côté de la collecte
traditionnelle des ordures en mélange, du porte à porte, il
existe plusieurs formes de collecte séparative :
la collecte séparative en porte à porte qui
récupère une sélection de produits recyclables, au premier
rang desquels les emballages ;
la collecte par " apport volontaire " dans des colonnes,
dans des conteneurs spécifiques, en ville, qui récupèrent
les produits recyclables directement liés aux ordures
ménagères ;
les déchetteries, éloignées des villes. Les
déchetteries reçoivent des déchets qui, pour la plupart,
ne seraient pas traités par les services de ramassage
traditionnels.
|
Les formes de collecte |
||||
|
Collecte en mélange " porte à porte " |
||||
|
Bacs individuels(un ou plusieurs bacs) |
||||
|
Déchets ménagers |
Collecte séparative " porte à porte " |
|||
|
Collecte séparative par apport volontaire (Colonnes) |
||||
|
Apport volontaire |
||||
|
Déchetteries |
||||
Dans tous les cas, les produits collectés doivent être regroupés (centres de transfert), puis triés (centres de tri), puis une nouvelle sélection des matériaux est opérée respectant une qualité minimum satisfaisant aux " prescriptions techniques minimales " (PTM), afin de pouvoir être utilisés par la suite dans des filières de recyclage.
b) La collecte séparative
Les
collectes séparatives consistent à collecter, dans un ou
plusieurs bacs ou conteneurs, les produits valorisables, en particulier les
emballages. Les collectes séparatives peuvent être en " porte
à porte " avec un ou plusieurs conteneurs individuels, ou en apport
volontaire, dans des " bennes " ou " colonnes "
situés à des emplacements étudiés en centre ville
ou en périphérie, de façon à permettre une desserte
satisfaisante de la population, sans avoir trop d'inconvénients. Les
collectes séparatives peuvent être à un, deux, trois,
quatre voire cinq flux. Un flux correspond en général à un
bac ou à un conteneur, mais deux opérations test ont
été lancées avec succès pour une collecte avec un
conteneur divisé en deux bacs, donc deux flux.
Dans la plupart des programmes de collecte sélective, la collecte peut
être en porte à porte (PAP), en apport volontaire (AV), ou en
mixte (avec un partage entre collecte PAP/AV, selon les zones desservies).
Encadré n° 6
Les
conteneurs
___
60 % de la population française est équipée de
conteneurs, soit 9 à 10 millions de conteneurs. En 1999, la France
comptera 27 millions de trieurs en collecte séparative, ce qui
représente 3,5 millions de conteneurs individuels et
70.000 conteneurs en " colonnes " d'apport volontaire.
Pour donner un ordre de grandeur, le prix des conteneurs est de 250 F pour un
bac de 120 litres, 280 F pour un bac de 280 litres, 1.300 F pour un bac de 660
litres.
Le marché des bacs, qui représente de l'ordre de 2,5 milliards
de francs, est partagé entre une douzaine d'industriels, dont les trois
principaux réalisent près de 90 % de l'ensemble (Plastic
Omnium 47 %, CITEC (filiale d'un groupe allemand) 25 %, Temaco
(filiale de SITA) 15 %).
Dans 70 % des cas, la collecte sélective en porte à porte a
lieu avec un bac unique, mais il existe aussi d'autres formules, soit sous
forme de petits bacs ou de caissettes individuelles (Cette formule, bien que
relativement dépassée, et ne facilitant pas la
mécanisation, existe dans le Sud de la France), soit sous forme de
conteneurs à deux compartiments (avec cloison séparative) :
un compartiment pour le verre, un compartiment pour les autres
" " propres et secs ". (Cette formule est testée avec
succès dans la communauté urbaine de Lille et dans le
périmètre du SITCOM de Rambouillet).
Sans nier l'intérêt de cette dernière formule qui donne
des résultats très encourageants, la collecte des recyclables
avec un bac unique donne également satisfaction. On peut même
considérer que la séparation interne a des coûts induits
qu'il ne faut pas négliger (camions spécifiques, entretien plus
complexe), sans éviter pour autant le tri ultérieur en centre de
tri.
Nous aurons par conséquent tendance à privilégier la
solution de facilité, avec collecte des produits recyclables hors verre
(collectés en apport volontaire), en bac unique, qui permet un geste
simple et, par conséquent, un message simple. Mais le dossier reste
ouvert, car l'important n'est évidemment pas le nombre de bacs, mais la
volonté de tous de s'en servir...
Les résultats en matière de collecte sont très directement
liés aux initiatives, aux efforts et aux soutiens financiers
apportés par les organismes agréés. Il faut saluer
particulièrement Éco-Emballages, qui a superbement fait
décoller la collecte sélective. Partant de rien en 1993, plus des
deux tiers de la population devrait être desservie dix ans plus tard en
2002. (voir aussi troisième partie)
|
Évolution de la population impliquée dans la collecte sélective (millions d'habitants) |
||||||||
|
1993 |
1994 |
1995 |
1996 |
1997 |
1998 |
1999 |
2002 |
|
|
Population sous contrat* |
0,3 |
14 |
17,3 |
22,3 |
25 |
32 |
38 |
52 |
|
Population desservie* |
-- |
2,8 |
4,9 |
9 |
12 |
19 |
27 |
40 |
|
Nota : La différence entre les deux notions s'explique par l'étalement de l'application des contrats dans le temps. |
||||||||
|
Source : Éco-Emballages |
||||||||
Les produits ainsi collectés ne sont pas suffisamment homogènes et doivent faire l'objet d'un tri pour satisfaire aux " prescriptions techniques minimum " (PTM) imposées par les organismes agréés pour que les produits puissent être récupérés et valorisés par les filières correspondantes. On observera que cette étape est indispensable, même en cas de collecte séparative très fine (type 4 ou 5 flux). Cette opération s'opère en centres de tri. Le tri peut être " positif " ou " négatif ". L'opération de " tri négatif " consiste à extraire d'un flux les déchets indésirables pour ne conserver en fin de tri qu'une fraction résiduelle valorisable.
c) Les déchetteries
Présentation
Une déchetterie est un lieu d'apport de déchets, gardé,
ouvert aux particuliers et, éventuellement, aux artisans et
commerçants. Leur vocation est de recevoir des matériaux qui ne
peuvent être collectés par les services de ramassage courants,
à cause de leur nature (huiles), de leur taille (équipements
ménagers, coupes de bois...) et de leur quantité (gravats...). Le
nombre de déchets sélectionnés varie selon l'implantation
et l'importance de la déchetterie, mais la majorité comporte cinq
à sept bennes ou modules (avec, par ordre de priorité des
déchets sélectionnés triés, les métaux, le
papier carton, le verre, les déchets verts, les gravats, puis, loin
derrière, le bois, les pneus, les huiles...).
En 1996, la France comptait 1.438 déchetteries desservant
31,5 millions d'habitants. Depuis 1992, il s'ouvre plus de 200 nouvelles
déchetteries par an. Le parc a donc " explosé " en
quelques années, comme il est indiqué dans le tableau
ci-après :
|
Évolution du parc de déchetteries |
||
|
Nombre de déchetteries |
Population desservie (en millions d'habitants) |
|
|
1988 |
123 |
5,5 |
|
1989 |
171 |
6,8 |
|
1990 |
241 |
8,6 |
|
1991 |
360 |
11,4 |
|
1992 |
558 |
16,7 |
|
1993 |
752 |
20,6 |
|
1994 |
996 |
25,4 |
|
1995 |
1.234 |
28,6 |
|
1996 |
1.438 |
31,5 |
|
Source : ADEME, Les déchetteries en France, septembre 1998 |
||
En 1996,
les déchetteries ont collecté 3,8 millions de tonnes de
déchets. Le succès des déchetteries est lié :
à la diversité de la formule. La déchetterie
est un concept modulable en fonction de la localisation, des
caractéristiques et de l'importance de la population et des
déchets. Il faut bien connaître le flux des déchets avant
de s'engager dans un investissement, mais une fois le flux connu, il existe une
solution adaptée à chaque situation. Le coût d'une
déchetterie (investissement hors aide) est compris entre 240.000 F et
1,9 million de francs.
|
Coût d'investissement d'une déchetterie |
||
|
Mode |
Population desservie |
Coût |
|
Sans quai |
5.000 |
240.000 F |
|
Quai 4 modules |
5 - 10.000 |
600.000 F |
|
Quai 8 modules |
20 - 25.000 |
1.200.000 F |
|
Quai 12 modules |
30 - 40.000 |
1.900.000 F |
|
Source : ADEME |
||
à l'adaptation à la demande. Les
déchetteries répondent à un besoin latent de la part de la
population, totalement inassouvi jusque là. Que faire notamment des
gravats et des " monstres " (équipements
électroménagers hors d'usage) ? La déchetterie permet
un tri, et évite surtout, -hélas en partie seulement- les
décharges sauvages aussi nocives qu'affligeantes. A la condition qu'elle
soit accessible. Mais les règles de comportement sont aujourd'hui
parfaitement connues. (La notion de " population à 10 mn "
définit le rayon d'action de la déchetterie. On estime qu'au
delà, le particulier est peu incité à se déplacer.)
L'incidence sur l'emploi ne peut être oubliée. Le personnel est
indispensable à la bonne marche d'une déchetterie pour assurer la
surveillance, le nettoyage, le contrôle des déchets et
l'assistance aux particuliers, car la qualité du tri est très
importante. En 1996, les déchetteries employaient 2.176 personnes, soit
1.100 équivalents temps plein.
Les limites
Première limite. En dépit d'une progression
constante, les volumes collectés restent faibles
(3,8 millions de tonnes) et les fréquentations restent
occasionnelles : 0,8 visite par habitant et par an. Encore ne s'agit-il
que d'une moyenne, puisqu'on observe, une fois encore, un décalage
important entre les zones urbaines et les zones rurales. Les habitants des
zones rurales ont cinq fois plus de déchetteries que les habitants des
zones urbaines (0,5 visite par an et par habitant).
Le succès d'une déchetterie est également très
dépendant de sa situation et de son organisation. Encore plus que la
qualité, le gardiennage, la disponibilité du site est capitale au
succès d'une déchetterie qui peut tout simplement dépendre
des jours et heures d'ouverture, notamment en fin de semaine !...
Deuxième limite. La déchetterie n'est pas
l'antichambre de la valorisation. Elle répond parfaitement à son
objectif prioritaire qui est de recevoir les matériaux non
collectés par ailleurs, mais près de la moitié des
déchets collectés vont en décharge. La fraction
valorisée n'est que de 40 %... Ces proportions sont logiques
puisque les gravats et inertes représentent à eux seuls
près du tiers des déchets collectés.
|
Composition et destination des déchets des déchetteries |
|||||
|
Composition |
Destination |
||||
|
Milliers de tonnes |
% |
Milliers de tonnes |
% |
||
|
Gravats et inertes |
1.221 |
32,2 |
Décharge |
1.783 |
47 |
|
Vrac |
844 |
22,2 |
Incinération ou valorisation énergétique |
114 |
3 |
|
Déchets verts |
726 |
19,1 |
Valorisation matière |
1.517 |
40 |
|
Autres |
1.002 |
26,5 |
Autres |
379 |
10 |
|
Total |
3.793 |
100 |
3.793 |
100 |
|
|
Source : ADEME - Traitement OPECST |
|||||
d) Indications de coûts
Les coûts de collecte proprement dits
Les coûts majeurs de collecte varient dans une fourchette large, comprise
entre 350 et 1.350 francs par tonne, selon le type d'habitat et les modes
de collecte.
|
Prix moyen de collecte (en francs par tonne) |
||
|
Habitat collectif |
Habitat individuel |
|
|
Collecte sélective propre et sec en porte à porte |
500 |
1.350 |
|
Collecte d'ordures ménagères résiduelles |
350 |
450 |
Encore, ne s'agit-il que de moyennes, les prix, là encore donnés à titre indicatif, dépendent surtout des modes de collecte sélective choisis (entre un flux, c'est-à-dire tous matériaux confondus, et quatre flux, chaque correspondant à un matériau déterminé).
|
Estimation des coûts de collecte selon les modes de collecte (en francs par tonne) |
|||
|
Apport volontaire verre |
195 - 230 |
||
|
Collecte sélective 1 flux |
Habitat individuel |
855 - 1.015 |
|
|
Collecte sélective 1 flux hors verre |
Habitat individuel |
1.250 - 1.485 |
|
|
Collecte sélective 2 flux verre / autres |
Habitat individuel |
1.100 - 1.290 |
|
|
Collecte sélective 2 flux hors verre / PCJM1/ autres |
Habitat individuel |
1.505 - 1.770 |
|
|
Collecte sélective 3 flux |
Habitat individuel |
1.920 - 2.260 |
|
|
Ordures ménagères résiduelles |
Habitat individuel |
410 - 490 |
|
|
Collecte sélective 1 flux hors verre |
Habitat collectif |
850 - 1.015 |
|
|
Ordures ménagères résiduelles |
Habitat collectif |
290 - 425 |
|
|
1 PCJM : papiers, cartons, journaux, magazines |
|||
|
Source : Étude SOFRES/AMF/ADEME |
|||
Les coûts de tri
Les produits collectés par collecte séparative doivent ensuite
être triés pour satisfaire une prescription technique minimum
(PTM) qui leur permette d'être ensuite repris et valorisés par les
différentes filières.
Les coûts de tri s'échelonnent entre 750 et 1.100 francs par
tonne. Ce coût est imputable pour 50 à 60 % aux
dépenses en personnel, 20 % aux investissements, 10 % à
la gestion des refus de tri, qui sont généralement
incinérés (coût moyen d'incinération :
560 F/tonne). Avant incinération, les déchets sont
également dirigés vers des centres ou plates-formes de
transferts, qui permettent de regrouper les déchets. Chaque étape
entre la collecte et le traitement final impose évidemment un coût
supplémentaire.
e) Comparaisons internationales
La
France a choisi une formule de collectes qui se caractérise par une
certaine diversité, une bonne intégration des équipements
dans le paysage urbain, l'absence de contraintes. D'autres systèmes sont
naturellement concevables. Chaque pays, chaque région doit s'adapter au
contexte local. La disponibilité des équipements est une
étape, mais ce sont les habitudes individuelles et les mentalités
des collectivités qui font le succès ou non des opérations.
Autres pays, autres moeurs, autres systèmes, comme en témoignent
les deux exemples qui suivent.
Le système américain
Au début des années 1990, les États-Unis se sont
engagés dans une politique volontariste de valorisation et de
réduction des déchets mis en décharge, conditionnée
par une collecte adaptée. En Californie, qui se veut un modèle
dans le domaine du recyclage, la collecte est semi-automatique. Selon les
villes, il existe deux, trois ou quatre poubelles séparées par
matériaux (avec une poubelle spécifique pour les journaux et
revues, compte tenu de l'importance et de la valeur du gisement). Elles sont
disposées sur le trottoir, à même la chaussée. Le
chargement est latéral et automatique (prise du bac par une griffe,
montée du bac par crémaillère ou système
hydraulique, déversement dans la benne de ramassage et repose). Les
opérations sont pilotées par les conducteurs de camions. Mais,
dans certaines villes, comme à San José, les déchets verts
sont déposés à même le sol, en vrac, sur la
chaussée. Ces méthodes ne sont possibles que grâce à
la largeur des voies, et ne sont guère transposables en France. Autre
différence, dès lors que la collecte est automatisée, les
bacs doivent être disposés d'une certaine façon pour
permettre le versement. Cela impose une discipline stricte et un système
de surveillance et de pénalités très strict. En cas
d'inobservation des règles par l'habitant, plusieurs procédures
peuvent être enclenchées : notice, lettre de rappel, rappel
téléphonique, voire amende, et même prison...
Quelle est l'incidence du passage d'une collecte manuelle à une collecte
automatique ?
Bien que cette transformation radicale ne soit guère possible en France,
ne serait-ce que pour des raisons de largeur de voies, il peut être
intéressant de tirer les conclusions des rares expériences dans
ce domaine. L'exemple choisi est la ville américaine de San Diego
(100.000 conteneurs en ramassage automatique).
Les avantages constatés par le passage à la collecte automatique
sont les suivants :
une forte augmentation de la productivité (+ 18 % en
tonnages collectés, + 32 % de maisons collectées par
rapport à un ramassage manuel) ;
une forte augmentation de la sécurité (moins de fatigue, de
problèmes musculaires, quasi disparition des blessures) ;
une diminution du nombre de camions ;
une diminution importante du nombre des personnels ;
un très haut degré de satisfaction des usagers ;
une économie substantielle en fonctionnement (de l'ordre de
20 % sur l'ensemble de la période). Ainsi, l'investissement de
départ est amorti à 90 % par l'économie
réalisée en dix ans sur le fonctionnement.
|
Économies de fonctionnement réalisées par l'automatisation de la collecte à San Diego (États-Unis) |
|||
|
1994 |
1999 |
2004 |
|
|
Parc de camions |
|||
|
Hypothèse collecte manuelle |
121 |
126 |
131 |
|
Hypothèse collecte automatique |
120 |
102 |
105 |
|
Personnel |
|||
|
Hypothèse collecte manuelle |
214 |
223 |
231 |
|
Hypothèse collecte automatique |
214 |
145 |
140 |
|
Coût de fonctionnement (millions de $) |
|||
|
Hypothèse collecte manuelle |
14,6 |
17,3 |
20,4 |
|
Hypothèse collecte automatique |
14,7 |
12,8 |
14,3 |
Le système allemand
L'Allemagne est certainement l'un des pays à avoir le plus
développé des systèmes de collecte séparative.
Une grande partie de la politique environnementale de l'Allemagne est
axée sur le recyclage des déchets. La logistique mise en place a
redéfini l'usager, désormais " producteur-trieur " de
ses ordures ménagères. Le décret du 12 juin 1991 impose au
citoyen allemand de faire lui-même le tri de ses ordures
ménagères. Équipé de plusieurs poubelles
sélectives, il s'est facilement plié à cette nouvelle
contrainte, avec le civisme et la discipline qui caractérisent la
mentalité allemande. Les collectes selon le type de déchets
ménagers sont nombreuses.
|
Les modes de collecte en Allemagne |
||||||||||
|
Matériau |
Contenu |
Collecte porte à porte |
Collecte par conteneur apport volontaire |
|||||||
|
Papier carton |
Papier carton journaux emballages |
Poubelle bleue Sac bleu une fois/mois |
Conteneur bleu une fois/mois |
|||||||
|
Verre |
Verres tous types (sauf ampoules) hors bouchons |
Trois conteneurs par couleur verre blanc, verre vert, verre brun une fois/mois |
||||||||
|
Emballages |
Emballages légers, boites, capsules, sacs plastiques |
Poubelle jaune sac jaune une fois/mois |
Conteneur jaune deux fois/mois |
|||||||
|
Déchets biodégradables |
Épluchures, déchets de jardin, coquilles... |
Poubelle verte toutes les deux semaines |
||||||||
|
Déchets résiduels |
Restes de repas, cendres, autres... |
Poubelle toutes les deux semaines |
Conteneur une fois/semaine |
|||||||
|
Déchets encombrants |
Déchets encombrants (" monstres ") |
Poubelle petits encombrants toutes les deux semaines |
Conteneur gros encombrants une fois/semaine |
|||||||
|
Substances dangereuses |
Peintures, piles, batteries... |
Conteneurs spécifiques une fois par mois |
||||||||
|
Source : Ambassade de France en Allemagne |
||||||||||
La collecte est la clé du recyclage et de la valorisation. Ces deux exemples ne sont pas choisis au hasard. C'est parce que la collecte était importante dans ces deux pays -États-Unis, Allemagne- que les entreprises de recyclage y sont souvent aussi les plus performantes et les plus novatrices.
2. Perspectives
a) Une poursuite de l'effort d'équipement
La poursuite de l'équipement des
collectivités locales en collecte séparative
Sans atteindre le taux de croissance record de ces dernières
années, la collecte séparative et l'équipement des
collectivités locales devraient croître jusqu'en 2002. De grandes
villes du sud-ouest ou de la région parisienne ne disposent pas de
conteneurs (ni en collecte mélangée, ni en collecte
sélective). Dans trois ans, le marché changera de nature, et
deviendra plus un marché de renouvellement que d'équipements.
Mais le marché restera tiré par la pratique individuelle :
3,5 millions de poubelles de collecte séparative pour
60 millions d'habitants. La marge de croissance reste large.
Selon une enquête de l'Association des Maires de France, les trois quarts
des maires ont répondu qu'ils augmenteraient leurs dépenses
d'investissements dans la gestion des déchets dans les cinq prochaines
années. Plus de 60 % d'entre eux se sont décidés en
faveur des collectes sélectives et des déchetteries,
préalables à la valorisation. La hiérarchie de choix est
donnée dans le tableau ci-après.
|
Les
investissements prioritaires
|
||
|
Collecte sélective |
62 % |
|
|
Déchetterie |
60 % |
|
|
Résorption de décharges sauvages |
50 % |
|
|
Traitement de déchets toxiques |
42 % |
|
|
Compostage |
33 % |
|
|
Gestion des déchets non ménagers |
28 % |
|
|
Centre d'enfouissement technique |
24 % |
|
|
Traitement des sols pollués |
23 % |
|
|
Incinération avec récupération d'énergie |
19 % |
|
|
Collecte indifférenciée |
6 % |
|
|
Incinération sans récupération d'énergie |
6 % |
|
|
1 Il s'agit de communes ayant un potentiel fiscal supérieur à 2.000 F par habitant. Les réponses des communes ayant un potentiel fiscal inférieur à 1.000 F par habitant sont en général inférieures, sauf pour le compostage, et l'incinération qui ont les faveurs des petites communes. La préférence des petites communes pour le compostage traduit un enracinement rural plus propice à ce genre d'action ; la préférence pour l'incinération, qui peut paraître curieuse (40 % des réponses, contre 25 % seulement pour les communes à potentiel fiscal plus élevé), s'explique surtout par le retard des petites communes dans ce domaine, les grandes communes étant pour la plupart déjà équipées. |
||
|
Source : BIPE, Ecoloc, 1998 |
||
Encadré n° 7
Question : " Avez-vous l'intention de mettre
déjà en place une collecte sélective ? "
___
% de
réponses Population
favorables représentée
Le verre 96 % 98 %
Les journaux et magazines 74 % 89 %
Le carton 65 % 83 %
Le plastique 62 % 79 %
Les déchets ménagers toxiques 54 % 75 %
Les déchets ménagers fermentescibles 50 % 71 %
L'acier/l'aluminium 48 % 68 %
Nota : Le pourcentage indiqué correspond au pourcentage des
collectivités locales qui, ayant préalablement indiqué
qu'elles augmenteraient leurs dépenses concernant les déchets, se
sont prononcées en faveur de l'équipement considéré.
Source : Enquête PANEL AMF sur les déchets, 1997. (Panel de 1188 communes)
La poursuite du maillage du territoire en
déchetteries
Même ralentie, l'augmentation du parc de déchetteries devrait se
poursuivre. Les inégalités entre régions, et plus encore
entre départements, sont excessives, et une amélioration est
indispensable. En 1996, ni la Corse, ni les DOM, à l'exception de la
Réunion, n'avaient de déchetterie. Pour un nombre d'habitants
comparable, la Seine-Saint-Denis compte dix-sept fois moins de
déchetteries que la Loire-Atlantique. Il y a autant de
déchetteries dans le Lot que dans les Hauts-de-Seine qui comptent dix
fois plus d'habitants. Les retards doivent être comblés.
C'est une situation de fait que les collectivités ont aujourd'hui
à gérer. Certaines ont engagé des réflexions afin
de valoriser ces " nouveaux " gisements (bois
déchiqueté, utilisé comme support pour amendement
organique, plâtre utilisé en substitution de gypse en
cimenteries...).
La déchetterie est en quelque sorte un outil de dialogue en direct entre
la collectivité et le citoyen qui permet de suivre et d'anticiper la
demande sociale.
b) Le (faux) débat " collecte porte à porte " ou " apport volontaire "
Les
collecteurs en apport volontaire, dit improprement " bornes " ou
" colonnes " ou " igloos " (au Canada) exigent une
démarche personnelle et un acte fort de volontariat (puisqu'il faut se
déplacer avec ses bouteilles vides...). Cette formule donne une collecte
faible, mais soignée (les matériaux sont bien triés). Le
coût est aujourd'hui accessible, mais les problèmes
d'environnement sont importants (inconvénient d'ordre esthétique,
odeurs, bruit, guêpes en été...). L'emplacement et la
propreté sont capitaux à la réussite de l'apport
volontaire.
L'avantage en termes de coûts, a priori plus limité que
l'apport volontaire (puisqu'il y a moins de bornes, donc moins d'arrêts),
doit cependant être nuancé par le fait que les nouvelles
propositions de bornes en apport volontaire sont beaucoup plus coûteuses
que les précédentes (une borne enterrée revient à
60.000 F, soit dix fois plus qu'une borne normale) et que, de plus en plus, le
coût d'investissement sera complété par des coûts
d'entretien.
La collecte séparative en porte à porte donne une collecte
importante, mais moins soignée (mélange des produits dans des
bacs prévus pour une autre affectation). Le geste est plus facile. Elle
est un complément simple à la poubelle classique et n'impose pas
d'effort particulier, sauf celui de mettre les bons matériaux dans les
bons bacs. Plusieurs questions se posent alors.
Première difficulté. Le nombre de conteneurs
différents
Faut-il un, deux, trois bacs différents (en sus de la poubelle
principale) ? Même si certains pays ont choisi d'avoir des collectes
sélectives très fines, il convient d'être prudent dans ces
choix. Il y a tout d'abord des problèmes de place. Dans les quartiers
anciens, les maisons et immeubles n'étaient pas conçus pour avoir
deux, trois ou quatre poubelles, et il n'est guère possible de
multiplier les bacs31(*). Par ailleurs, la
diversité entraîne aussi la complexité et les risques de se
tromper. On estime qu'il est imprudent de dépasser trois poubelles ou
trois bacs différents.
Comme se le demande l'un de nos interlocuteurs, " Combien
d'informations peuvent «digérer» les
gens ? ". A trois poubelles, on constate que beaucoup de
personnes s'interrogent encore pour savoir ce qu'il faut mettre dedans. Au
delà, on va au devant du risque de se tromper, le message est confus.
C'est pire encore lorsque les gens sont rappelés à l'ordre car,
alors, tout s'arrête. Le problème se pose notamment pour les
plastiques qui gênent le message sur la collecte. Les habitants ne
comprennent pas pourquoi ils doivent mettre une bouteille et pas un pot de
yaourt. Or, dès que le message est confus, cela bloque la participation
des gens. Ils sont souvent de bonne volonté, mais quand on leur dit
" Non, il ne faut pas mettre ça ! ", alors, ils
arrêtent tout. "
Deuxième difficulté. L'arbitrage volume/tri
La collecte en porte à porte donne des volumes beaucoup plus importants
que la collecte en apport volontaire, mais les produits collectés
doivent impérativement être triés pour parvenir aux
prescriptions techniques minimum.
On peut aussi noter que des bornes d'apport volontaire bien placées
peuvent avoir des résultats très satisfaisants pour un moindre
coût. Les performances de collecte par mode de collecte qui sont
données dans le tableau ci-dessous, montrent que si, en moyenne, les
performances des bornes d'apport volontaire sont très inférieures
au porte à porte, les résultats obtenus par les 10 %
meilleurs de chaque catégorie ne sont plus très
éloignés.
|
Performances de collecte par mode de collecte (kg/habitant/an) |
||||
|
Moyenne |
10 % meilleurs |
|||
|
Porte à porte |
Apport volontaire |
Porte à porte |
Apport volontaire |
|
|
Acier |
2,08 |
0,30 |
4,54 |
1,35 |
|
Aluminium |
0,09 |
0,018 |
0,62 |
0,10 |
|
Journaux magazines |
17,26 |
9,04 |
33,95 |
22,11 |
|
Emballages ménagers, papiers carton |
10,14 |
4,02 |
16,76 |
10,96 |
|
Flacons plastique |
3,47 |
1,41 |
5,59 |
3,30 |
|
Verre |
31,35 |
17,12 |
47,03 |
42,22 |
|
Source : Éco-Emballages, mars 1999 |
||||
La
diversité des techniques permet de trouver une solution adaptée
à chaque situation. Car, en réalité, les choix ne sont pas
cloisonnés. En zone rurale, l'expérience montre que l'une des
meilleures formules consiste en bacs de regroupements avec apport volontaire
pour cinq ou six maisons : les produits collectés sont
équivalents à ceux qui résulteraient du vrai porte
à porte, mais le nombre d'arrêts est considérablement
réduit et les coûts sont allégés.
Dans tous les cas, le choix des collectivités doit s'appuyer sur une
étude fine de la composition et des volumes des déchets
collectés. Sur dix-neuf millions d'habitants desservis par des
systèmes de collecte sélective, 60 % sont en apport
volontaire, 40 % sont en collecte porte à porte. On
considère que les proportions devraient s'inverser dans les cinq
prochaines années.
Il ne faut pas oublier que les aides d'Éco-Emballages sont liées
à la performance de collecte (il n'y a pas de distinction entre les deux
systèmes), et, par conséquent, il existe des réserves
importantes de montée en puissance des collectes porte à porte,
qui permettent de collecter des tonnages supérieurs.
c) L'évolution des équipements
En
matière d'équipements des collectivités locales en
conteneurs, quatre évolutions sont attendues :
l'amélioration des services liés à la collecte en
apport volontaire,
l'amélioration des services liés à la collecte en
porte à porte,
le retour de la collecte en sacs,
la recherche d'une meilleure cohérence de la part des
collectivités locales.
L'amélioration des services liés à la collecte en
apport volontaire
Cette amélioration passe par la recherche d'une meilleur
intégration des bornes d'apport volontaire dans les sites.
Cette intégration peut passer tout d'abord par une
amélioration des colonnes elles-mêmes : telles
l'inflammabilité, la solidité, la présentation. Les
projets les plus avancés concernent les conteneurs enterrés qui
éviteront les pollutions visuelles et sonores. Le coût est
cependant encore élevé : de l'ordre de 60.000 F par
implantation (travaux de génie civil compris), soit dix fois le prix
d'un conteneur normal.
L'amélioration peut également concerner des services
liés à l'entretien. Il y a un lien direct entre les
performances de collecte et la propreté des sites d'apport volontaire.
Ceux-ci n'ont pas toujours bonne presse : on se plaint de nuisances
diverses (guêpes, notamment, en été). " Le sale attire
le sale ", et très vite le site devient un repoussoir. Chacun
connaît ces exemples de bennes ou de colonnes dégorgeantes de
déchets et de verres brisés. Le mauvais entretien, comme la
mauvaise implantation, sont des moyens radicaux de tuer les meilleures
initiatives et de dire, avant même de lui donner une chance, " La
collecte sélective ne marche pas ".
Le parc doit être régulièrement entretenu. De plus en plus
souvent les sociétés proposent à cet effet des contrats
d'entretien et de lavage. Nul doute que la propreté améliorerait
la productivité des collectes, et éviterait de basculer trop
rapidement d'un système de collecte partagée entre apport
volontaire et porte à porte, à un système tourné
quasi exclusivement vers la collecte en porte à porte.
L'amélioration des techniques du porte à porte
" l'informatique embarquée "
Le dispositif consiste à doter les conteneurs individuels de
" puces " d'identification électroniques permettant, dans un
premier temps, une meilleure gestion du parc (comptage, étude de poids,
fréquence, entretien...). Le contrôle de la qualité de tri
par le " ripeur " est facilité, et peut entraîner des
réactions immédiates (sensibilisation par les " ambassadeurs
de tri "...).
Un tel système est aujourd'hui en vigueur dans plusieurs pays d'Europe,
aux Pays-Bas en totalité, dans quelques collectivités en
Allemagne, en Belgique, et prochainement, en Suède et en Italie.
Dans un second temps, l'identification électronique pourrait
également permettre une facturation individuelle, en fonction du poids
collecté. Bien qu'elle soit au fondement même du choix des
collectivités belge et allemande, cette idée ne paraît pas
" mûre " en France. Un certain nombre de risques ont
été évoqués. Tout d'abord, le système
paraît plus adapté en milieu rural qu'en milieu dense, où
il est difficile d'individualiser les conteneurs. Ensuite, les craintes sont
liées au risque de voir les habitants charger la poubelle de leur
voisin, afin d'éviter de payer le ramassage... Un tel risque
paraît largement surestimé, en revanche, il ne peut être
exclu que le système de facturation à la pesée ne bloque
le développement de la collecte sélective et n'ait pour
conséquence de " déplacer " les déchets dans les
fossés ou dans les squares...
Ces menaces, réelles ou virtuelles, illustrent surtout une
réserve d'ordre culturel à l'encontre d'un mouvement vers
l'individualisation des coûts, alors que la culture collective milite au
contraire en faveur d'un partage et d'une communautarisation des
dépenses. Nul doute que s'il entre un jour en vigueur, ce système
suscitera alors un débat intense dans le pays... La pesée
individuelle et la facturation personnalisée sont cependant en cours de
test en Alsace, dans une communauté de communes regroupant environ
10.000 habitants, et en Loire Atlantique dans une commune de
6.000 habitants.
Le retour de la collecte en sacs
Les collectivités locales ont longtemps préféré la
collecte sélective en bacs. Mais, face aux performances nettement
supérieures de la collecte en sacs (les taux de refus seraient
inférieurs de moitié avec un sac transparent par rapport à
la collecte en bacs), la collecte en sacs transparents , réservée
jusque là aux petites collectivités tend à se mettre en
place y compris dans les zones urbanisées. Le gain en termes de
coût d'investissement (en bacs) en entretien, et en qualité est
cependant compensé en partie par une opération
supplémentaire à l'arrivée en centre de tri puisqu'il faut
alors recourir à des "ouvre-sacs" en tête de chaîne de tri.
Deux opérations sont en cours de test : l'ouvreur laser, et le
crible à étoiles en test à Fouesnant. Le coût de la
machine est de 350 à 400.000 francs (53.000 à 61.000 euros).
La recherche d'une plus grande cohérence des comportements de
la part des collectivités locales
La société Plastic Omnium est le principal industriel
opérant dans le secteur des bacs de collecte. Quelques-unes de ses
déconvenues récentes méritent d'être
rappelées.
Le recyclage des matières plastiques. Bien que
l'incorporation de matières plastiques recyclées ne soit ni
obligatoire, ni même avantageuse en termes de prix (au contraire, un bac
100 % recyclé coûte plus cher qu'un bac en matière
vierge), la société a choisi d'utiliser, pour des raisons
stratégiques, des matières plastiques recyclées pour la
fabrication de ses bacs.
Le plastique recyclé entre dans la composition des nouveaux bacs
à hauteur de 25/30 % en moyenne (c'est une moyenne, certains bacs
peuvent être fabriqués à 100 % en matière
recyclée, d'autres à 10/15 %). Ce recyclage est
réalisé par l'usine de Creuset qui représente un
investissement de 30 millions de francs : 6 à 7.000 tonnes de
PE et de PP sont ainsi utilisées chaque année. Le plastique
utilisé provient, pour l'essentiel, des fûts de l'industrie
chimique et des anciens bacs.
Pendant un moment, il y avait une communication spécifique sur ce sujet,
du type " bac contenant 25 % (voire 100 %) de produits
recyclés ". Les réactions des collectivités et des
particuliers étaient, dans l'ensemble, négatives. La pratique
s'est poursuivie, mais cette communication a été
abandonnée.
Les concurrences déloyales. La société
est en concurrence avec d'autres sociétés françaises et
européennes pour fournir les bacs de collecte. Or, toutes les
sociétés ne respectent pas les mêmes règles. C'est
notamment le cas de l'utilisation du cadmium, qui est normalement interdite.
Hélas, les collectivités locales, bien que rien ne les y oblige,
choisissent de plus en plus en fonction du prix, et prennent parfois ces bacs
" illégaux ". La société Plastic Omnium est
alors en porte à faux, car ou bien elle perd des marchés contre
des sociétés qui ne respectent pas les normes IFNOR, ou bien elle
engage des procédures contre la collectivité qui n'a pas
respecté les normes. Mais, quand elle gagne, elle perd quand même
le client, et peut-être même d'autres clients potentiels voisins.
Le cas s'est produit à Pontoise. La société a
attaqué le syndicat. Celui-ci a perdu, et a réattribué le
marché ... à une autre société.
Il serait bon que les règles soient rappelées, et que les
mêmes règles soient appliquées par tous, du moins en France
(ce pourrait être le rôle de l'AMF de communiquer sur ce
point).
d) La multiplication des lieux de collecte
Quelques
collectivités locales ont depuis longtemps " donné
l'exemple " en mettant en place des collectes sélectives et leurs
efforts ont souvent été couronnés de succès. Le
mouvement est lancé et ne s'arrêtera pas. Déjà une
vingtaine de collectivités locales expérimentent la collecte
séparative sur les fermentescibles. Mais d'autres lieux et d'autres
institutions peuvent également être concernés. Si les
administrations dans leur ensemble ne sont guère performantes, en
dépit de gisements considérables (notamment les papiers),
quelques-unes ont choisi une autre attitude. C'est notamment le cas des
armées.
Encadré n° 8
La
collecte et le traitement des déchets ménagers
et des déchets industriels banals dans le port militaire de Brest
___
La
collecte sélective des déchets ménagers et des
déchets industriels banals dans les armées, et en particulier
dans la Marine, s'est accélérée depuis 1997. L'exemple
choisi est celui du port militaire de Brest.
Les déchets des navires
La Marine s'est engagée à appliquer la convention international
MARPOI de protection de l'environnement, bien que celle-ci ne s'applique pas
aux bâtiments militaires. Ainsi, pour toute sortie en mer de plus de 24
heures :
les déchets alimentaires sont broyés ("pulpeur") et
rejetés à la mer à plus de 12 nautiques des
côtes ;
les plastiques, les papiers cartons, le bois, les métaux sont
broyés, compactés et stockés (chaque matériau
séparément) ;
le verre est stocké.
A terre, les déchets sont déchargés,
déposés dans des conteneurs. Le verre, le carton, les bouteilles
plastique sont vidés périodiquement, et acheminés vers une
déchetterie de la communauté urbaine de Brest qui les accepte
à un tarif inférieur à celui de l'incinération.
Les déchets dans le port militaire
L'organisation est la suivante :
La direction des travaux maritimes est chargée de la collecte des
déchets ménagers et des déchets industriels banals. Elle
dispose, à cet effet, d'une déchetterie dédiée aux
déchets industriels banals, triés par catégorie (bois,
ferrailles, peinture et solvants, piles...).
Le commissariat est chargé de la collecte des hydrocarbures (eaux
noires...).
La direction de la construction navale est chargée de la collecte
des déchets industriels spéciaux (acides...).
Appréciation
Malgré une organisation complexe (trois services différents
selon la nature des déchets), ces initiatives témoignent d'une
évolution importante des attitudes et des états d'esprit.
Une fois triés, les produits collectés sont, soit enlevés
gratuitement -pour le bois par exemple, le collecteur récupère
une partie du gisement (1100 palettes par an) et réinsère les
palettes saines dans le circuit professionnel-, soit enlevées par un
récupérateur après paiement par la Marine (le
récupérateur ayant été choisi après appel
d'offre, et étant en général celui ayant proposé le
tarif le plus bas).
On observera toutefois que, pour un service et des produits identiques, la
Marine américaine, au lieu de payer pour l'enlèvement,
se fait payer les produits triés. Ainsi, la base navale de San
Diego récupère-t-elle 50 types de métaux, dont 12 types
d'aluminium, sans compter les cartons, papiers, verre, palettes... Tous ces
matériaux sont achetés par les industriels de la
récupération -y compris les bidons d'huile usagée
(40 dollars la tonne)-. La base navale américaine a même
acquis une machine qui compresse les filtres d'huile. L'huile est
récupérée, et les filtres sont eux aussi vendus
(25 dollars la tonne).
Une situation encore un peu imaginable en France. Ainsi, la Marine nationale a
fait un grand pas, mais elle ne peut le faire seule. Ce n'est pas encore demain
qu'un industriel français réussira à vendre ses bidons
d'huile usagés. Il est déjà bien satisfait quand il
réussit à trouver quelqu'un qui l'en débarrasse
gratuitement. Dans une génération,
peut-être ?...
e) La réorganisation probable des structures de collecte
La
collecte des emballages est aujourd'hui partagée entre plusieurs
sociétés agrées : Éco-Emballages, Adelphe qui
ne fut longtemps compétente que sur le seul secteur du verre avant
d'étendre son champ à tous les types d'emballages, et
l'association Cyclamed, sur les médicaments. La façon dont
Éco-Emballages, notamment, a su encourager la mise en place de la
collecte sélective est exceptionnelle. Tous ces organismes ont rempli
leur mission et doivent donc être salués.
Quelques interrogations demeurent. Faut-il encourager chaque secteur
d'activité à avoir son propre organisme sa propre structure de
collecte et de soutien ? En d'autres termes après un
Éco-Emballages, un " Éco-verre " et un
" Éco-médicaments " aurons-nous un
" Éco-pneus ", un
" Éco-télévision ", un
" Éco-produits blancs " ?... Il y a là un risque
dont il faut être conscient.
Cette juxtaposition se justifie d'autant moins quand deux
sociétés se trouvent sur le même marché avec des
prix et des conditions de soutiens identiques, comme c'est le cas entre
Éco-Emballages et Adelphe. Adelphe a été
créée en réponse à une inquiétude face au
modèle allemand de récupération par consigne. La consigne
des bouteilles de vin par exemple aurait été ingérable
à traiter en France et il était impératif d'éviter
à tout prix un tel système. La réponse a donc
été Adelphe et un système souple identique à celui
d'Éco-Emballages. L'objectif a été atteint. La menace de
la consigne paraît définitivement exclue. Dès lors,
peut-être est-il temps de se demander si le maintien de deux
sociétés est toujours justifié alors qu'elles ont un but,
des modalités d'intervention et des prix identiques. Nous n'en sommes
pas convaincus. Éco-Emballages a prouvé sa maîtrise et ses
capacités, et s'il n'en fallait qu'un...
f) L'extension du champ des produits collectés
La
collecte organisée, soutenue par Éco-Emballages, est une
réussite. Elle présente, néanmoins, certains
inconvénients qui pourraient s'avérer être des handicaps
pour l'avenir de la valorisation.
Il faut, en effet, rappeler que la collecte séparative
d'Éco-Emballages est une collecte destinée aux emballages, et
financée par les fabricants d'emballages. Les fabricants cotisent, les
collectivités locales collectent (avec un soutien
d'Éco-Emballages), puis trient, afin de respecter des prescriptions
techniques minimum qui leur permettront de bénéficier du soutien
financier d'Éco-Emballages. Ce tri n'ayant pas d'autre objet que celui
de sélectionner des emballages... qui, parfois, retournent aux
fabricants. Ce système a deux inconvénients.
D'une part, il est quasi fermé aux autres collectes, c'est
à dire aux collectes de produits qui ne sont pas des emballages. Pour la
simple raison qu'Éco-Emballages perçoit des contributions sur les
fabricants et distributeurs d'emballages, et n'a, par conséquent, aucune
raison de collecter les autres produits pour lesquels elle n'a rien
perçu. Ainsi, à l'exception des journaux et magazines
collectés avec les emballages, Éco-Emballages n'a aucun
intérêt à s'occuper de produits qui ne sont pas de son
champ. C'est en particulier le cas de la fraction fermentescible des
déchets ménagers qui représentent pourtant une part
majeure des quantités de déchets, et pour lesquels les
potentialités de valorisation sont importantes (compostage et
méthanisation32(*)).
D'autre part, le système mis en place n'est que peu réceptif aux
innovations visant à valoriser autrement qu'en emballages. Le
système autocentré est conçu sur une règle
simple : " je paye et je récupère " (d'où
des PTM très stricts pour faciliter le réemploi). En faisant
éventuellement sortir l'emballage collecté de son usage
jugé prioritaire par le fabricant (refaire des emballages), le
producteur continue de payer, mais ne récupère plus rien. Il y a
bien sûr, là encore, des exceptions (recyclage des bouteilles
plastiques en fibres textiles). Mais, dans l'ensemble, on ne peut pas dire que
le système soit très porté à l'innovation externe
qui pourrait consister par exemple à alléger la PTM, utiliser des
plastiques (films, objets et non plus seulement bouteilles et flacons) pour
d'autres utilisations (matériaux de jardin, BTP...).
Éco-Emballages a été, et reste, une chance, car la
société a fait preuve de son dynamisme et de son
efficacité. On peut se demander néanmoins si, à l'avenir,
d'autres modes d'organisation ne sont pas envisageables. La collecte des
fermentescibles et la diversification de l'utilisation des produits
collectés seront les enjeux des prochaines années.
___
A. LA MISE EN DÉCHARGE
1. Situation
a) Présentation générale
Contexte politique
La mise en décharge a été longtemps la solution de
facilité, la moins coûteuse et la plus répandue, de traiter
les déchets. Les décharges sont, depuis 1992, au centre de toutes
les polémiques liées au traitement des déchets, et la
situation en dix ans s'est radicalement transformée. Deux textes
fondamentaux sont l'expression de ce bouleversement.
la loi du 13 juillet 1992 qui fixe l'interdiction de la mise en
décharge des déchets bruts au 1er juillet 2002, en
réservant les décharges aux seuls déchets ultimes dont on
aurait tiré toutes les possibilités de valorisation, et en
décidant l'instauration des plans départementaux
d'élimination des déchets ménagers et
assimilés ;
l'arrêté du 9 septembre 1997 qui
réglemente étroitement les conditions d'exploitation des
" centres de stockage des déchets ménagers et
assimilés ", dits aussi " décharges de classe II "
ou " centres d'enfouissement technique " (CET), appellation moins
négative que " décharge ".
On compte 6.700 décharges traditionnelles33(*), dont 5.000 décharges brutes (non
autorisées) et 1.100 de classe II. Mais les décharges d'hier
(à 20 F la tonne), n'ont plus rien à voir avec les
décharges d'aujourd'hui qui coûtent 250 à 600 F la tonne.
Jusqu'à ces dernières années, les décharges ont
présenté de nombreux inconvénients et dangers :
nuisances multiples, incidence sur les émissions de méthane et de
gaz carbonique (CO2) contribuant à l'effet de serre, impact
sur l'état du sol et les eaux souterraines (par le
phénomène de lixiviation, d'écoulement des liquides)... En
outre, leur présence et leurs coûts ne pouvaient que
décourager le recours à d'autres modes d'élimination des
déchets présentant pourtant moins de risques pour l'environnement.
Importance de la mise en décharge
En 1997, 48 % des déchets municipaux allaient en décharge.
C'est donc encore en France le premier moyen de traitement des déchets.
Actuellement, la mise en décharge est utilisée comme une
méthode de gestion des déchets dans tous les États. Son
importance varie selon les pays, selon les conditions géographiques (au
Japon, par exemple, il n'y a pratiquement pas de décharge, faute
d'espace), géologiques (le sol argileux facilite les décharges au
Royaume Uni, en limitant notamment les dépenses
d'étanchéité) ou historiques.
La France serait dans une position moyenne, proche de celle de l'Allemagne
(43 %). D'autres pays comme l'Espagne (83 %), le Royaume-Uni
(85 %), l'Islande (99 %) utilisent les décharges comme moyen
de traitement privilégié. On notera également que les
particularités propres à chaque pays se retrouvent
également en ce qui concerne les tarifs puisque le tarif de mise en
décharge des déchets ménagers, hors produits toxiques,
s'échelonne dans une fourchette extrêmement large comprise entre
24 F ... et 1.250 F la tonne.
|
Importance et coûts de la mise en décharge dans différents pays |
||
|
États |
Décharge Stockage |
Tarifs décharge stockage |
|
France |
48 % |
290 à 440 F/t |
|
Allemagne |
48 % |
350 à 1.000 F/t |
|
Suède |
37 % |
225 à 695 F/t |
|
Norvège |
69 % |
300 à 800 F/t |
|
Danemark |
20 % |
388 à 428 F/t |
|
Pays-Bas |
31 % |
432 F/t |
|
Belgique (Flandre, Wallonie) |
36 % - 58 % |
170 F/t |
|
Italie |
85 % |
175 à 215 F/t |
|
Royaume-Uni |
70 % |
118 à 136 F/t |
|
États-Unis |
61 % |
50 à 600 F/t |
|
Japon |
15 % |
108 à 446 F/t |
|
Canada |
66 % |
40 à 140 F/t |
|
Suisse |
14 % |
400 à 800 F/t |
|
Autriche |
55 % |
1.100 à 1.250 F/t |
|
Espagne |
83 % |
24 à 48 F/t |
|
Source : ADEME, juin 1997 |
||
b) Description sommaire
Fonctionnement
Les centres d'enfouissement technique (CET) sont divisés en trois
catégories ou classes :
la classe I, réservée aux déchets dits
" spéciaux ou toxiques ",
la classe II, réservée aux déchets ménagers
et assimilés,
la classe III, réservée aux déchets inertes
(gravats...).
Un CET est un ensemble composé de casiers, indépendants sur le
plan hydraulique, eux-mêmes composés d'alvéoles, dans
lesquelles sont entreposés les déchets. Les casiers sont
entourés de digues étanches. L'étanchéité
est assurée par superposition d'une "géomembrane" en
mélange de fibres textiles en PEHD et de matériaux drainant. Les
lixiviats sont récupérés, traités par lagunage puis
envoyés en stations d'épuration ; l'ensemble est
entouré d'une digue périphérique. La hauteur et la pente
des digues, la distance des casiers par rapport à la limite de
l'exploitation, les contrôles etc... sont réglementés. La
duré d'exploitation est en général de vingt ans.
Les conditions d'exploitation et les très grandes difficultés
pour avoir de nouveaux sites font que les coûts d'exploitation n'ont plus
rien à voir avec les décharges d'autrefois.
Indications de coûts
Le coût de stockage en CET de classe II s'échelonne de
250 F à 600 F34(*) par tonne.
Le bas de la fourchette correspond à des installations de grosse taille
(100.000 tonnes/an, soit 250.000 habitants). Le haut de la fourchette
correspond à des installations de petite taille (20.000 tonnes/an, soit
50.000 habitants). La répartition des coûts s'établit
comme suit :
|
Réception enfouissement |
55 % |
|
|
Lixiviats (pompes, épuration, contrôle...) |
10 % |
|
|
Biogaz (analyse, torcherie...) |
10 % |
|
|
Post exploitation (traitement des lixiviats, aspects esthétiques...) |
10 % |
|
|
Taxe TGAP |
15 % |
|
|
Total |
100 % |
2. Perspectives
a) L'échéance du 1er juillet 2002
Même si les premiers pas ont débuté en
1975, la
loi du 13 juillet 1992 est le véritable tournant, le
véritable déclencheur de la politique moderne de gestion des
déchets, en fixant au 1er juillet 2002 la fin de la mise en
décharge comme mode de traitement courant des déchets
ménagers et en réservant les mises en décharge aux seuls
déchets ultimes. L'objectif fixé alors n'a jamais
été remis en cause depuis. Tous les gouvernements, quels qu'ils
soient, l'ont approuvé, soutenu, encouragé. Il n'en demeure pas
moins que, çà et là, des doutes ont pu être
émis sur l'intangibilité de cette " date butoir ".
Car, dès lors que, en 1992, la moitié des déchets allaient
en décharge, un tel objectif ne pouvait que susciter interrogations et
craintes. Il n'est pas rare de voir, en privé et en public, cette
échéance ouvertement discutée et critiquée. L'un
des relais de cette nouvelle attitude fut sans doute le " rapport
Guellec "35(*) qui, en 1997, plaida pour
une complémentarité des modes de traitement, dont les
décharges font partie, qui peuvent être
" environnementalement acceptables ", dès lors qu'elles sont
mieux gérées, plus contrôlées.
Les réserves sont aujourd'hui légion. Dans son étude sur
les coûts de gestion des déchets municipaux, la SOFRES
évoque la " date présumée " de la limitation de
la mise en décharge aux seuls déchets ultimes. D'autres sont plus
explicites encore, puisqu'on peut lire, par exemple, dans une brochure
publiée par Gaz de France : " il est clair aujourd'hui
(1998) que cet objectif ne sera pas atteint, et le rapport Guellec en
1997 précise et amplifie ce doute ". On ne saurait être
plus clair.
Il ne rentre pas dans notre mission de discuter de l'opportunité de
tenir, maintenir, cette échéance. Même si la remise en
cause dans plusieurs départements des premiers plans
départementaux n'incite pas à un optimisme excessif, nous pensons
et espérons qu'elle le sera, et, en tout cas, que le mouvement sera
lancé pour que l'objectif fixé soit atteint rapidement par la
suite.
Nous voudrions surtout dire à ceux qui croient qu'un report
éventuel leur donnerait une liberté, leur permettait de garder
une situation acquise, et une sorte de confort, qu'ils se trompent et qu'ils
vont au devant de déconvenues.
Ce n'est pas seulement la loi qui a programmé cette
échéance, car, même sans la loi, les gens ne veulent plus
de décharges. Compte tenu de l'évolution -la dérive-
procéduriale de notre société, et de l'écho
toujours plus grand donné par les médias et la justice aux
individus dans leur " combat contre les institutions "36(*), un report d'échéance ne peut que
susciter des contentieux, des oppositions, et de nouvelles contestations dont
la classe politique dans son ensemble peut se passer.
b) La future directive européenne
Encadré n° 9
Le
" feuilleton " de la Directive Décharge
___
Une
proposition de directive du Conseil concernant la mise en décharge des
déchets est en cours de discussion depuis... 1991. L'adoption est
annoncée pour la fin de l'année.
Une première proposition de directive a été
présentée par la Commission en 1991. Le Conseil de l'Union
européenne a arrêté une position commune en 1995. Une
deuxième proposition de directive a été
présentée par la Commission en 1997. C'est elle qui sert de
proposition de base aux négociations en cours. Suite à l'avis du
Comité des régions du Conseil économique et social et du
Parlement européen, entre juin 1997 et février 1998, la
proposition de la Commission a été modifiée. Le Conseil a
adopté une position commune en juin 1998. Le Parlement européen a
examiné le texte au premier trimestre 1999. La Commission a
présenté une nouvelle rédaction en mars 1999.
La procédure de coopération s'applique pour cette directive, ce
qui signifie que le Conseil doit statuer à l'unanimité pour
passer outre le vote du Parlement européen. Vote qui, jusqu'au mois de
mai 1999, n'était pas totalement conforme à la position commune
du Conseil.
Lorsqu'on se souvient des positions des différents États membres
concernant les décharges, avec en particulier plus de 90 % de mise
en décharge en Irlande, plus de 85 % au Royaume-Uni, on
conçoit que cette directive suscite de leur part quelques
inquiétudes. Cette directive est néanmoins très
importante, compte tenu des précisions qui seront apportées.
Le Parlement européen a insisté pour que la mise en
décharge des déchets soit la dernière option après
la prévention, la réutilisation, le recyclage et
l'incinération.
Des objectifs chiffrés sont prévus. L'objectif est de
diminuer les déchets biodégradables mis en décharge de
25 % après cinq ans de la transposition, 50 % après
huit ans, 75 % après quinze ans.
Cette directive, une fois adoptée, devra être transposée
dans tous les États membres. D'où l'importance de trouver des
solutions innovantes pour les déchets organiques.
B. LA VALORISATION DES PRODUITS ORGANIQUES PAR MÉTHANISATION (BIOGAZ)
1. Présentation
a) Le biogaz
Le biogaz est un gaz combustible mélange
de gaz
carbonique et de méthane qui provient de la dégradation des
matières organiques mortes, végétales ou animales, dans un
milieu en raréfaction d'air (dit " fermentation
anaérobie "). Cette fermentation est le résultat de
l'activité microbienne naturelle ou contrôlée. C'est
également un gaz riche en méthane, mais qui comporte des
éléments difficiles à traiter, notamment les organes
halogénés (chlore et fluor) provenant de la décomposition
des plastiques et de la présence de déchets toxiques (bidons de
lessive, piles...).
Le biogaz est produit à partir de la fermentation. Il existe donc
plusieurs sources possibles d'émission avec chacune leurs
caractéristiques :
les boues des stations d'épuration. Le biogaz provient des
matières organiques contenues dans les eaux. C'est un gaz riche en
méthane, en hydrogène sulfuré, mais aussi en métaux
lourds, provenant du recueil des eaux polluées par le lessivage des
routes par la pluie:
Les biogaz industriels ou agricoles (des industries agro-alimentaires, du
lisier de porc) ;
les biogaz des unités spécifiques de méthanisation
liée au compostage. Normalement, il n'y a pas de biogaz en cas de
compostage, puisque ce dernier nécessite, au contraire de la
méthanisation, un traitement avec apport d'air. Mais il existe
aujourd'hui des procédés mixtes qui permettent de produire
à la fois de l'amendement organique et du biogaz ;
le biogaz de décharge. Les décharges produisent
spontanément du biogaz car les déchets fermentescibles y sont
régulièrement déposés L'émission peut durer
plusieurs dizaines d'années, d'abord à un rythme croissant, puis
décroissant. Le processus peut être accéléré
en humidifiant la matière, auquel cas le potentiel de production peut
être récupéré entre 5 ou 10 ans. Sans installation
particulière autre que le captage des gaz dans les alvéoles, on
peut ainsi récupérer 60 m3 de méthane par
tonne enfouie (système utilisé à
Saint-Étienne).
|
Composition du biogaz |
||
|
Méthane (CH4) |
45 à 65 % |
|
|
Gaz carbonique (CO2) |
25 à 45 % |
|
|
Eau (H2O) |
6 % |
|
|
Oxygène (O2) |
||
|
Hydrogène sulfuré (H2S) |
traces |
|
|
Organo-halogénés (chlore, fluor) |
||
|
Métaux lourds |
||
Il
s'agit donc d'un gaz naturel relativement toxique (lié notamment
à la décomposition des plastiques, des lessives...). Le gaz
carbonique, et surtout le méthane (qui a un effet 35 fois plus
toxique que le gaz carbonique) contribuent notamment à l'effet de serre.
Ils doivent être au maximum éliminés. Ce gaz, relativement
toxique quand il se dégage spontanément, peut néanmoins
être utilisé comme source d'énergie. D'où
l'idée de contrôler et d'organiser de façon industrielle la
fabrication de ce biogaz : la méthanisation.
La méthanisation ou le processus industriel de fabrication de
biogaz
La méthanisation est la production d'un gaz à haute teneur en
méthane qui provient de la décomposition biologique des
matières organiques.
La production industrielle de biogaz consiste à stocker la
matière organique (en l'espèce les déchets) dans une cuve
hermétique ou " digesteur ", ou
" méthaniseur ", dans laquelle les matières organiques
sont soumises à l'action des bactéries. Un brassage des
matières, éventuellement un apport d'eau, mais surtout un
chauffage, accélèrent la fermentation et la production de gaz qui
dure environ deux semaines. La production peut alors être de
500 m3 de gaz par tonne de déchets.
b) La valorisation du biogaz
Les différents procédés
L'arrêté du 9 septembre 1997 relatif aux décharges de
classe II impose la captation du biogaz de décharge, et la
recherche de solutions de valorisation, ou à défaut, sa
destruction par voie thermique. La valorisation n'est toutefois possible que
pour les grandes unités. Plusieurs procédés peuvent
être utilisés :
le torcharge. Il s'agit simplement de brûler le gaz. Ce
n'est pas une voie de valorisation proprement dite, mais c'est un moyen de
sécurité qui, de plus, limite l'impact du biogaz sur l'effet de
serre ;
la combustion sous chaudière. Il s'agit de brûler le
gaz pour en tirer de la chaleur, éventuellement utilisable par un
établissement à proximité. La décharge de Crozin
produit 3 millions de m3 de biogaz, valorisés chez un
industriel ;
la production d'électricité. Le biogaz, comme toute
énergie, peut se transformer en électricité. Le biogaz
doit cependant comporter au moins 40 % de méthane, et avoir un
débit minimum de 500 m3/heure. La production
d'électricité peut être couplée avec celle de
chaleur dans le cas de co-génération37(*).
Le pouvoir calorifique d'un mètre cube de biogaz épuré
(après traitement, évacuation de l'eau, de l'acide
sulfuré...) est équivalent à celui d'un litre de fuel
domestique.
Les demi réussites
Outre sa mauvaise image, sa composition instable dans le temps en fonction de
la nature des déchets, variable selon les mois et l'année, sa
toxicité intrinsèque, les rares expériences d'exploitation
industrielle ont plus ou moins échoué, notamment les
expériences de biogaz de ferme. Concernant les biogaz de
décharge, une seule entreprise a vraiment essayé de s'implanter
sur ce créneau en 1988. Elle a survécu avec difficultés.
Encadré n° 10
L'expérience Valorga à Amiens
___
Le
procédé Valorga est une filière complète du
traitement des ordures ménagères avec tri de déchets,
méthanisation de la part fermentescible, compostage des résidus
de fermentation, incinération du refus de tri, mise en décharge
des résidus obtenus. Le procédé a été
appliqué à Amiens en 1988
Valorga a connu des difficultés importantes liées :
à l'abandon de l'incinération des refus de tri, les fours
en place n'étant alors pas capables de résister au pouvoir
calorifique élevé de ceux-ci ;
à l'abandon de la coopération avec Gaz de France. Le
biogaz a été injecté dans le réseau de gaz naturel
après purification, mais est désormais uniquement
brûlé pour alimenter en vapeur les industriels proches ;
à la valorisation nulle du compost qui contenait trop de
résidus ayant échappé au tri, le rendant impropre
à la commercialisation ;
et surtout, à un mauvais créneau. Valorga a
tenté cette valorisation sur un gisement d'ordures
ménagères brutes, alors que la méthanisation est
adaptée aux seuls fermentescibles.
La solution est de trier à la source, de façon à
n'introduire dans l'usine que des matières fermentescibles
(déchets de cuisine et de jardin...). En France, la collecte
séparative des fermentescibles n'en est qu'à son tout
début.
En 1998, la société a été rachetée par une
société allemande. La capacité de traitement de l'usine
est de 86.000 tonnes, et devrait passer à 100.000 tonnes. Ce
procédé de biocompostage se développe aussi à
l'étranger : aux Pays-Bas (une usine en 1994), en Allemagne (deux
usines en 1998), en Suisse (une usine en construction) et en Belgique
(projets).
2. Perspectives
Les échecs techniques et économiques des expériences anciennes sont liés par définition aux conditions techniques et économiques de l'époque. Une amélioration de la productivité, l'apparition de nouveaux process, les conditions financières qui ont radicalement changé, pourraient inciter à appréhender différemment le gisement que représente le biogaz.
a) Un gisement presque totalement inexploité
Concernant les seules ordures ménagères et
assimilées, le biogaz peut être produit à partir de tous
les déchets organiques fermentescibles (restes de repas,
épluchures...), mais aussi des invendus de grandes surfaces (fruits
avariés, produits périmés...) et des déchets de
restauration collective. L'avantage par rapport au compostage est que la
méthanisation n'entraîne que très peu d'odeurs (puisque le
traitement se fait dans une cuve hermétique). La méthanisation
est cependant un peu plus chère.
Le biogaz de décharge n'est, en outre, qu'une petite partie du gisement
potentiel qui se présente comme suit.
|
Le gisement de biogaz en France |
||||
|
Nombre de sites actuels |
Production actuelle (tep1/an) |
Nombre de sites potentiels |
Croissance potentielle (tep1/an) |
|
|
Stations d'épuration urbaines |
150 |
65.000 |
200 |
150.000 |
|
Stations d'épuration industrielles |
64 |
64.000 |
400 |
800.000 |
|
Décharges |
5 |
11.000 |
140 |
300.000 |
|
Méthanisation des déchets solides (IAA...) |
1 |
1.900 |
270 |
1.000.000 |
|
Digesteurs agricoles |
10 |
100 |
1.000 |
100.000 |
|
Total |
230 |
150.000 |
2.000 |
3.250.000 |
|
1 tep = tonne équivalent pétrole |
||||
|
Source : Centre d'information sur l'énergie et l'environnement |
||||
Ainsi les ressources valorisables sont de 3,25 Mtep/an, toutes ressources confondues, ce qui équivaut à 11 % de la consommation nationale de gaz naturel. Sur cette masse, 10 % pourrait venir du biogaz de décharge.
b) Des nouvelles techniques prometteuses
Les nouvelles techniques de production
L'hydropulpeur. L'hydropulpeur est développé
par une société allemande. Il s'agit d'une méthanisation
après traitement liquide composé de trois étapes :
un prétraitement mécanique au cours duquel les sacs
papiers (le procédé est en vigueur en Allemagne, et les
déchets fermentescibles sont collectés en sacs papiers) sont
ouverts par un broyeur, et les plus gros éléments sont
éliminés ;
le passage dans l'hydropulpeur. Il s'agit d'une cuve
métallique équipée d'une hélice centrale qui
entraîne l'éclatement des cellules végétales. Les
déchets sont mélangés à l'eau formant une pulpe
liquide. Les déchets légers sont éliminés par
flottation (plastiques, textiles), et extraits par peigne hydraulique. Les
déchets lourds (verre, cailloux...) décantent au fond du
" pulpeur " et sont évacués par un sas. Cette phase de
" pulpage " et de décantation permet d'éliminer les
indésirables. Les flottants sont pressés et
incinérés. Les lourds inertes sont mis en décharge ;
la digestion de la " pulpe ". Une fois
débarrassée des indésirables, la pulpe alimente un
" digesteur ", chauffé (35/37° C). La matière
reste deux semaines, et permet de dégager deux sous-produits. Tout
d'abord, la matière organique génère un biogaz qui peut
être valorisé sous forme de production d'énergie
(électricité et/ou chaleur) utilisée en autoconsommation
(broyeur, chauffage du " pulpeur ") ou revendue. Ensuite,
après deux semaines, la pulpe est retirée, puis renvoyée
en centrifugeuse permettant de séparer l'eau (recyclée dans le
process au niveau de " l'hydropulpeur "), d'une partie solide,
le " digestat ". Ce résidu, mélangé avec des
structurants (broyats de déchets verts, écorces...), est
stabilisé, et forme un compost exempt de toute impureté
d'excellente qualité.
Les " digesteurs" de seconde génération par
" filtre anaérobie ". Il s'agit d'augmenter
l'efficacité et la longévité des bactéries en leur
permettant de se fixer sur des particules mélangées aux
déchets. Selon ce procédé, la fermentation serait
considérablement accélérée (quelques jours au lieu
de deux semaines), et la productivité serait améliorée
dans une proportion de 1 à 4, voire de 1 à 1038(*).
Les recherches sur les utilisations nouvelles
Il s'agit, d'une part de l'injection de biogaz dans les réseaux de gaz
naturel39(*), d'autre part, de l'utilisation de
biogaz en carburant. Le biogaz doit alors contenir au moins 50 % de
méthane, il est épuré, stocké dans des bouteilles
et alimente des pompes où viennent s'approvisionner les véhicules
techniques des collectivités locales40(*).
Il ne s'agit encore que d'expérimentations qui doivent être
confirmées.
c) Un marché émergent
La
méthanisation émerge en Europe et même en France, notamment
sous l'impulsion des Allemands, très actifs sur ce créneau.
Valorga, société française qui a connu les déboires
que l'on sait, a été rachetée, il y a cinq ans, par une
société allemande. Depuis, deux usines ont été
vendues aux Pays-Bas, une en Allemagne, une est en construction en Suisse, et
une est en projet en Belgique.
Même s'il n'existe toujours pas de responsable de la méthanisation
à l'ADEME, l'agence s'est cependant engagée à soutenir
financièrement la production de 10 MW41(*) (en 2000) et 50 MW (en 2002)
d'électricité réalisée à partir de biogaz.
Le groupe Vivendi vient d'acheter une licence allemande, et les appels d'offres
commencent à sortir : Valence, Amiens, Dunkerque (mai 1999)...
Quelques chiffres permettent de fixer les idées. L'investissement d'une
unité complète de méthanisation représente environ
30 millions de francs. L'investissement de simple captage des gaz est de
l'ordre de 2 millions de francs. L'investissement d'une unité
complète de méthanisation est de l'ordre de 30 millions de
francs (pour une unité traitant 20.000 tonnes). Le coût
d'exploitation est de 250 francs/tonne (hors amortissement), soit
350 francs tout compris (en incluant l'amortissement et en
déduisant les recettes).
Sur le plan énergétique, une tonne de déchets
méthanisés produit 300 kW utilisés en
électricité, 300 kW en énergie thermique (la
proportion entre valorisation thermique et valorisation
énergétique dépendant évidemment du contexte
local). Une usine traitant 110.000 tonnes produit 10.000 m3 de
biogaz par jour, soit l'équivalent de 2,4 millions de litres de fuel par
an.
Le sort de cette technologie est totalement lié à la collecte
sélective, séparative des fermentescibles. L'expérience
Valorga a échoué parce que la société travaillait
sur des produits bruts, avec trop d'" indésirables ". Une
bonne collecte donnerait toutes ses chances au biogaz.
d) Le traitement : " mécano biologique "
Cette dernière piste n'est pas liée au biogaz et à la méthanisation. Elle concerne plutôt l'amont, c'est-à-dire la mise en décharge. Le recul et même l'arrêt donné aux mises en décharge sont liés à la nocivité induite par l'évolution (la fermentation) des matières organiques. L'idée est donc de rechercher à stabiliser la matière organique pour supprimer tout potentiel toxique. Le déchet organique, d'abord trié par traitement mécanique, puis en quelque sorte " inerté ", pourrait alors être dirigé vers la décharge sans inconvénient. Cette solution est très étudiée en Allemagne. Les Lander, qui se refusent à tout traitement thermique, mais qui sont inquiets devant la perspective de ne plus pouvoir mettre en décharge, cherchent en quelque sorte à réhabiliter la mise en décharge en essayant de limiter la toxicité des déchets et en travaillant sur le contenu (le déchet) plus que sur le contenant (la décharge).
C. LA VALORISATION DES PRODUITS ORGANIQUES PAR COMPOSTAGE
1. Présentation
a) Données techniques
Le
compostage est un procédé biologique qui consiste à
traiter des déchets organiques (déchets fermentescibles de
déchets ménagers, déchets verts, boues de stations
d'épuration) afin de réaliser un résidu solide, riche en
humus, semblable à du terreau : le compost.
Le compost naturel
Le compost est intimement lié au monde agricole. La production
végétale est fondée sur deux principes : la fonction
chlorophyllienne (la plante fabrique sa propre substance à partir du
carbone contenu dans l'air, dans l'eau et dans les éléments
minéraux prélevés dans le sol) et le cycle
végétal
(semence / pousse / maturité / nouvelle
semence et destruction de la matière organique qui se retrouve alors
dans le sol). Dans les fermes d'autrefois, les résidus étaient
accumulés pour subir une fermentation qui permettait la destruction des
parasites. Les deux formes traditionnelles de ce procédé
étaient le fumier (mélange de paille et de déjections
animales) et le compost (mélange de terre et de résidus
végétaux). Mélangé à la terre, le compost
restituait à celle-ci la matière minérale que la plante
avait prélevée.
Ce compostage traditionnel a quasiment disparu, non seulement en raison de la
dissociation lieu de production / lieu de consommation, mais aussi
parce que les résidus agricoles, et plus encore urbains, contiennent des
métaux lourds, nocifs aux cultures. L'appauvrissement en minéraux
est alors compensé par des engrais.
Le compost industriel
Dans le compostage moderne, la fermentation est simplement
accélérée par un traitement qui consiste
généralement, pour les déchets ménagers, à
éliminer, dans la mesure du possible, les matières non
fermentescibles (métaux, plastiques, verre, inertes...), et à
broyer la matière entrante, ou, pour les boues humides, à
réaliser un préséchage ou un épaississement par
chauffage et par apport d'air (ventilation). C'est pourquoi on dit que le
compostage est un " traitement aérobie ". Avec l'air, les
matières organiques s'oxydent rapidement, en augmentant la
température et en dégageant du dioxyde de carbone.
Les différents procédés utilisés aujourd'hui se
distinguent seulement par les modes de fermentation, qui peuvent être
soit en " cellules " ouvertes ou " andains "
(déchets verts, boues), soit en " digesteur "42(*). On observera que dans ce cas, le
" digesteur " produit à la fois un gaz (le biogaz) et un
solide (le compost).
Tous les déchets organiques peuvent faire l'objet de compostage :
la fraction fermentescible des déchets ménagers (restes de
repas, épluchures...), comme les invendus de grandes surfaces ou les
restes de restauration collective ;
les boues de stations d'épuration (gisement 9 millions de
tonnes) ;
les déchets verts ménagers (tontes de pelouses, haies de
jardins, feuilles mortes...) ou municipaux (1 million de tonnes pour ce
seul segment) ;
les déchets de l'IAA, d'abattoirs, de poissons...
Lorsqu'il est de bonne qualité, le compost est un produit riche en
matière organique, en humus, comparable à un terreau. L'humus
qu'il contient permet d'améliorer les caractéristiques physiques
des sols et de lutter contre l'érosion. Les qualités du compost
dépendent naturellement avant tout de la matière entrante. Sous
l'appellation " compost ", on distingue en fait deux sous produits
distincts : le " compost " proprement dit, riche en
minéraux (azote, phosphore, potassium) -c'est notamment le cas du
compost issu des boues-, et l'" amendement organique ",
fabriqué dans les mêmes conditions, mais moins riche (part
fermentescible des ordures ménagères, déchets
verts...).
b) Le compostage aujourd'hui
A
l'exception de l'Autriche et des Pays-Bas (17 % et 20 % des
déchets sont traités par compostage), le compostage n'est qu'un
mode mineur de traitement des déchets (6 % en France). Pour ce qui
concerne les ordures ménagères, les réalisations
industrielles sont encore rares (Mont-de-Marsan), et les réalisations
individuelles plus rares encore43(*). Pour ce
qui concerne les déchets verts, 500.000 tonnes ont été
traités en 1996 sur une centaine de plates-formes de compostage. Le
compostage des boues ne fait que commencer mais offre de réelles
perpectives.
Indications de coûts. Selon l'étude SOFRES/AMF/ADEME,
le coût de compostage varie beaucoup en fonction des capacités,
entre 200 F par tonne pour une capacité de 15.000 tonnes/an et
550 F par tonne pour une capacité de 6.000 tonnes par
an.
|
Coût du compostage. Détail (en francs/tonne) |
||
|
6.000 tonnes/an |
12.000 tonnes/an |
|
|
Investissement |
130 - 175 |
80 - 110 |
|
Fonctionnement fixe |
205 - 245 |
105 - 135 |
|
Fonctionnement variable |
35 - 100 |
30 - 85 |
|
Refus de compostage |
10 - 40 |
10 - 40 |
|
Coût brut |
385 - 515 |
225 - 370 |
|
Recettes |
0 - 55 |
0 - 55 |
|
Coût net |
385 - 515 |
225 - 320 |
|
Source : étude SOFRES/AMF/ADEME, Analyse des coûts de gestion des déch ets ménagers |
||
On
observera que l'amélioration de la collecte, en diminuant les refus de
tri, a un effet non négligeable sur les coûts. Chaque point
gagné (perdu) de refus de tri minore (majore) le coût de
traitement de 5 ou 6 F (un refus de tri de 2 % majore le coût
de traitement de 10 F, un refus de tri de 7 % majore le coût du
traitement de 40 %).
Aujourd'hui, le recours au compostage est directement lié à la
qualité du compost et, surtout, aux débouchés. Attention,
l'un peut annuler l'autre. En d'autres termes, un compost peut trouver des
débouchés (ce qui suppose un effet et une structure de
commercialisation) à condition de parvenir et garantir une
qualité (ce qui suppose des conditions de maturation et de traitement
plus coûteuses).
Encadré n° 11
Épandage et compost des boues
___
L'épandage des boues humides
Les boues des stations d'épuration sont le premier gisement
susceptible d'être utilisé pour former du compost (environ
9 millions de tonnes). Jusqu'à ce que cette filière se
développe, les boues sont traitées aujourd'hui par
épandage. Les boues humides sont transportées et
déversées sur les terrains agricoles, conformément
à des plans d'épandage établis en préfecture.
Cet épandage suscite des réserves croissantes de la part des
professions agricoles44(*). Ces dernières
soulignent :
que les agriculteurs, contrairement à l'idée reçue, ne
sont pas demandeurs de boues,
qu'ils acceptent néanmoins l'épandage des boues sur le
principe de " zéro franc rendu racine " (rendu à
la parcelle), voire à prix négatif (ils se font payer pour
épandre) ;
que de plus en plus d'industriels de l'agro-alimentaire ont des
exigences de qualité qui récusent les exploitations ayant
reçu des boues. Cette clause, qui ne concernait jusqu'alors que les
légumes, s'étendrait même aux céréales (un
importateur allemand de blé a récemment exigé de son
fournisseur un engagement écrit selon lequel les blés
livrés n'avaient pas été produits sur une parcelle qui
aurait reçu des boues),
que les accusations sur les pollutions des eaux (nitrates), le
traumatisme lié à l'alimentation animale, la défiance
généralisée que les pouvoirs publics ont laissé se
développer à l'encontre des agriculteurs... n'incitent pas les
agriculteurs à récupérer des boues dont l'innocuité
à long terme n'a pas été parfaitement établie.
On observera néanmoins que cet épandage est encore possible,
pratiqué à grande échelle, à des coûts encore
sans comparaison avec le compostage...
L'épandage du compost de boues
On est là dans un tout autre cas de figure puisqu'il s'agit non de
boues humides, mais d'un solide sec, stockable, dont la
traçabilité est meilleure, à haute teneur en
minéraux, et utile face aux inconvénients que pose l'usage
immodéré de fertilisants agricoles. L'adjonction du
mélange avec d'autres déchets (déchets verts) peut
être utilisé.
Un procédé est développé par la
société Nexus, à Chateaurenard ; Un autre
procédé, allemand, est utilisé à Rambouillet.
Ainsi, le compost livré à un prix à définir est
à son tour épandé, versé, utilisé comme un
engrais. Signe de ce tout autre contexte, le compost de boues se négocie
entre 50 et 100 F la tonne.
2. Perspectives
a) Un gisement considérable, encore inexploité
Comme
l'observe le rapport Dron, " la matière organique constitue sans
doute le premier gisement d'économies dans le dimensionnement des UIOM.
Même avec un PCI faible, les quantités en cause sont suffisantes
(de l'ordre de 25 millions de tonnes) pour influer sur les
capacités prévues pour les installations "45(*). Compte tenu des masses concernées, il
s'agit d'un gisement prioritaire à exploiter. Les matières
organiques constituent en effet le premier composant des déchets
municipaux. Mis en décharge, ils dégagent du méthane,
nocif (quand il n'est pas capté et valorisé).
Incinérés, ils ont un pouvoir calorifique faible, et
représentent des volumes importants (déchets verts). Le compost
peut être également une solution au problème de
l'épandage des boues.
Les coûts sont très inférieurs aux futurs coûts
d'incinération, tant en investissement (une unité de compostage
représente de l'ordre de 20 millions de francs), qu'en
fonctionnement (de l'ordre de 300 F par tonne en moyenne, amortissement et
recettes inclus).
Le risque, perceptible dans des pays plus avancés que nous sur ce
créneau, est la surenchère technologique et, par
conséquent, une augmentation des coûts (il est arrivé, en
Allemagne, que le coût du compostage dépasse le prix,
déjà considérable, de l'incinération).
b) Les ouvertures possibles sont nombreuses
Sur le plan technique. Comme on l'a vu,
l'exploitation
de ce gisement peut parfaitement être combinée avec une
méthanisation, ce qui permet d'avoir deux valorisations
(énergétique, matière) en même temps. Les
différents déchets entrants peuvent être
mélangés, notamment ordures ménagères et
déchets verts. Les boues sont en général traitées
à part, compte tenu de leur valeur agronomique supérieure.
Sur le plan juridique. Dès lors que ses qualités
organiques sont reconnues, le compost peut perdre son statut de déchet,
et devient alors un quasi engrais.
Sur le plan commercial. En raison de son origine rurale,
l'utilisation du compost a été envisagée jusque là
uniquement en agriculture. Compte tenu des réticences
manifestées, cette voie est aujourd'hui plus étroite. Mais
d'autres utilisations peuvent prendre le relais, notamment en milieu
périurbain (aménagement de carrefours et ronds-points, bordures
de routes...). Autant de réflexes à acquérir pour une
bonne valorisation du compost.
Sur le plan économique. La technologie est parfaitement
adaptée à des gisements petits et moyens et peut, par
conséquent, mordre sur le créneau des mises en
décharge.
c) Les conditions de la réussite
L'émergence et, plus encore, la percée de cette
technique sont cependant subordonnées à plusieurs conditions.
La collecte séparative de la fraction fermentescible des
ordures ménagère. Beaucoup de tentatives de compostage ont
échoué ou n'ont eu qu'un succès limité, faute d'un
tri suffisant à l'entrée, notamment pour le verre et le
plastique, que l'on retrouvait par morceaux dans le compost. Pour les raisons
déjà indiquées, la collecte des fermentescibles a pris
beaucoup de retard dans notre pays, mais démarre. Sur les deux
dernières années, une vingtaine de collectivités ont
lancé, à titre expérimental, des collectes
sélectives de fermentescibles. Les expériences de compostage se
multiplient elles aussi46(*), et on compte
également (en mai 1999) une vingtaine d'appels d'offres sur ce
marché.
Des améliorations techniques sont encore attendues. Toutes
les questions techniques ne sont pas totalement résolues. Il ne faut pas
cacher que si le compostage est bien une technologie propre et naturelle, il a
aussi une odeur. Dès lors qu'il y a injection d'air -au fondement
même du principe-, il faut bien le récupérer en sortie. Les
recherches pour limiter les odeurs doivent être poursuivies. Il faut
également s'attacher à une parfaite traçabilité,
c'est-à-dire identifier les lots et les traitements.
Le prix de reprise ou de vente du compost est un autre
élément d'incertitude. Le compost, malgré ses
qualités agronomiques, souffre d'une mauvaise image, et se
négocie à des prix en baisse. Selon certains de nos
interlocuteurs, même s'il ne s'agit que d'un phénomène
transitoire qui peut connaître un revirement -compte tenu des besoins en
humus et de la qualité des produits-, cette tendance à la baisse
devrait se prolonger à court terme, jusqu'à arriver à un
prix de reprise nul. C'est donc bien plus dans l'économie
réalisée par rapport à d'autres modes de traitement que,
dans la perspective de retirer des recettes, qu'il faut analyser
l'opportunité du compostage.
D. LA VALORISATION DES INERTES
1. Présentation
Deux
chiffres méritent d'être rappelés :
le BTP utilise chaque année environ 380 millions de tonnes de
granulats, dans une proportion d'un tiers pour les bâtiments et de deux
tiers pour les travaux publics ;
le BTP génère chaque année environ 25 à 30
millions de tonnes de gravats, dont 90 % sont mis en
décharge.
|
Origine des gravats |
|||
|
Par type d'ouvrage |
Par type de chantier |
||
|
Logement 40 % |
Démolition 80 % |
||
|
Bâtiments industriels 35 % |
Construction 8 % |
||
|
Travaux publics 25 % |
Rénovation 12 % |
||
|
Source : IREX, mai 1990 |
|||
Jusqu'à présent, il n'y avait aucune raison de
rapprocher ces deux chiffres, mais les circonstances pourraient amener à
changer d'attitude :
sur le plan juridique, l'échéance du
1er juillet 2002 est naturellement déterminante
puisque la mise en décharge sera normalement réservée aux
seuls déchets ultimes ;
sur le plan économique, on ne peut exclure que le secteur
connaisse quelques difficultés d'approvisionnement. L'offre de
matériaux traditionnels, notamment de granulats, sera affectée
par une difficulté grandissante à obtenir l'ouverture de
carrières, et par les contraintes touchant à l'extraction des
granulats alluvionnaires ;
en outre, les mairies, qui jusque là n'étaient pas
directement concernées par les déchets de démolition (les
déchets étaient mis en décharge par les professionnels du
bâtiment), vont le devenir, car non seulement elles seront
interrogées par les responsables du BTP pour savoir où mettre
leurs déchets et comment les valoriser, mais elles
récupéreront en outre une partie de ces gravats ou inertes par le
biais des déchetteries.
C'est d'ailleurs l'une des surprises de cet aménagement. Les
déchetteries ont été conçues pour être des
centres de récupération de matériaux et de
" pré-tri ", afin de les diriger vers les filières de
traitements adaptées. Leur organisation a été
fondée sur des hypothèses d'apports et de flux de déchets
dont certaines se sont avérées sous-estimées.
régularité. Ainsi, les déchets ne sont pas toujours ceux
qui étaient envisagés initialement. Certains centres
reçoivent en particulier d'importants volumes de bois (bois de coupes,
souches, chutes de menuiserie, portes...) qu'aucune étude n'avait
convenablement appréhendé. Il en est de même pour les
apports de plâtres. Les gisements existent, et les déchetteries
les ont fait apparaître.
A terme, ce sont donc plusieurs millions de tonnes qui seront à
gérer. Il convient en effet de rappeler les apports en
déchetterie. Un tiers des apports en déchetterie est
constitué par les gravats et inertes. Ainsi, pour un parc de 1.438
déchetteries, 1.220 tonnes de gravats ont été
collectées. Sur la base de 4.000 déchetteries, plus de 3 millions
de tonnes d'inertes et gravats seront collectés en
déchetteries.
2. Perspectives
Ainsi,
tandis que la demande de matériaux restera vive, l'offre de
matériaux potentiellement recyclables va croître. Le gisement est
même très important, mais force est de reconnaître que les
recherches ont été encore peu actives. Curieusement, les
recherches pour rapprocher cette offre et cette demande ont été
beaucoup plus poussées sur l'utilisation des mâchefers
d'incinération que sur l'utilisation des gravats de démolition
alors que les gisements sont sans comparaison. Quelques pistes peuvent
néanmoins être évoquées :
En amont
Les traitements " amont " visent à mieux préparer et
trier les déchets pour les rendre plus facilement valorisables, par
concassage notamment.
Les difficultés viennent du fait que les matériaux émanant
du génie civil, les gravats de démolition, et du bâtiment
présentent une assez grande
hétérogénéité avec une obligation de tri qui
obère leur rentabilité. Ils peuvent également incorporer
des composants qui les rendent impropres à leur utilisation
(matériaux amiantés, plomb...).
Les initiatives visent à généraliser la
déconstruction sélective, afin d'obtenir un matériau
facilement valorisable. Ces développements ne peuvent qu'être
progressifs, car ils génèrent de fortes perturbations dans la
structure même du secteur. En effet, les entreprises de démolition
sont essentiellement des petites et moyennes entreprises (PME), dont la
structure correspond aux besoins de souplesse et de régularité de
réaction du marché. Une déconstruction sélective
(en triant les différents matériaux) entraîne
inévitablement une plus grande technicité, parce qu'il ne s'agit
plus de récupérer pour transporter en décharge, mais de
sélectionner des matériaux susceptibles d'être
réutilisés. Il n'est pas exclu que l'on assiste à une
restructuration et à l'émergence d'un nouveau secteur,
chargé spécialement des démolitions.
En aval
Les traitements " aval " visent à mieux utiliser le gisement.
Quelques initiatives peuvent être évoquées :
le concassage des poteaux électriques en béton (300.000
tonnes par an) réalisé en partenariat avec EDF ;
l'utilisation de plâtres collectés en déchetteries,
dans la fabrication du ciment ;
l'utilisation de bois collecté en déchetteries, et
broyé comme support matière dans le compost des boues de stations.
Ces deux dernières initiatives sont développées par le
SYMIRIS de Rambouillet sur l'impulsion de son très actif
président, M. Jean-Philippe Assel.
A. SITUATION
1. Présentation générale
a) Données de base
" Incinération : action de réduire
en
cendres, de détruire par le feu ". Appliquée aux
déchets, on appelle " installation d'incinération ",
selon les termes de la proposition de directive du Conseil sur
l'incinération des déchets, " tout équipement ou
unité technique, fixe ou mobile, affecté au traitement thermique
de déchets, avec ou sans récupération de la chaleur
produite par la combustion. (...) La présente définition
couvre le site et l'ensemble constitué par les installations
d'incinération, de réception, de stockage et de traitement
préalable des déchets sur le site même ; ses
systèmes d'alimentation en déchets, en combustible et en
air ; la chaudière ; les installations de traitement ou de
stockage des résidus, des gaz de combustion et des eaux
usées ; la cheminée ; les appareils et dispositifs de
commande des opérations d'incinération et les systèmes
d'enregistrement et de surveillance des conditions
d'incinération. "
On appelle aussi " installation de co-incinération ", une
installation dont l'objectif essentiel est de produire de l'énergie ou
des produits matériels (ciment), et qui utilise les déchets comme
combustible habituel ou d'appoint.
L'incinération est un mode d'élimination des déchets
ménagers, en les brûlant à haute température. La
première unité a été implantée au Royaume
Uni en 1876. La valorisation énergétique est venue beaucoup plus
tard, et reste partielle. Elle n'est d'ailleurs qu'une conséquence
-utile- de l'incinération, mais pas son but.
C'est aujourd'hui, en France et en Europe, le deuxième mode de
traitement des déchets ménagers, après la mise en
décharge. L'abandon de la mise en décharge comme mode de
traitement ordinaire des déchets ménagers devrait renforcer le
poids de l'incinération, mais les implantations de nouvelles
unités se heurtent à des difficultés croissantes. En
effet, en dépit des améliorations techniques depuis vingt-cinq
ans, cette option est devenue controversée, notamment en raison des
risques sur la santé et l'environnement, liés notamment aux
émissions de dioxine47(*). Les risques
sont aujourd'hui totalement maîtrisés -pour les nouvelles
installations et au vu des connaissances scientifiques du moment-, mais l'image
demeure suspecte. Mauvaise image, que les contrôles sur les installations
anciennes n'ont pas contribué à atténuer.
Encadré n° 12
L'incinération : syndromes et contradictions
___
L'image
de l'incinération est mauvaise. Plusieurs syndromes se
développent, entraînant parfois quelques contradictions.
Il y a d'abord le syndrome NIMBY, acronyme de " not in my back
yard " (pas dans mon arrière cour). Personne ne veut avoir un
incinérateur près de chez soi (derrière sa cour), par
crainte des émissions toxiques. Ces nuisances étant d'autant plus
mal acceptées que les incinérateurs sont de grandes
installations, particulièrement visibles (même si le panache blanc
est surtout de la vapeur d'eau), qui récupèrent les
déchets " des autres " (pour atteindre des seuils de
rentabilité acceptables, il faut traiter de grosses quantités,
qui viennent d'autres communes, parfois éloignées).
Ce premier syndrome est doublé du syndrome NIMEY " Not in my
election year " (pas dans l'année de ma
(ré)élection). Il est, en effet, extrêmement difficile pour
un élu local de s'engager dans un projet aussi controversé, en
particulier l'année qui précède une échéance
électorale.
Les mêmes syndromes s'appliquent aux autres installations ou modes de
traitement, notamment les décharges, mais dans le cas des
incinérateurs, ces oppositions et ces freins conduisent à
quelques paradoxes.
Tout d'abord, la difficulté d'ouvrir de nouvelles installations,
modernes et moins polluantes peut contribuer à conserver les anciennes,
certes plus polluantes, mais qui ont le mérite d'exister.
Ensuite, les fermetures d'usines hors normes peuvent aussi conduire - au moins
dans un premier temps- à augmenter la mise en décharge...
Dans ces débats, l'important est de mettre les citoyens consommateurs
devant leurs responsabilités. Le mode de vie choisi a des
conséquences sur les déchets. A plus de 500 kg de
déchets par habitant et par an en zone urbaine, lorsque les bornes
d'apport volontaire sont détruites, et que les efforts de collecte
sélective sont vains, il faut, malgré tout, trouver une solution
pour traiter les déchets.
Dans tous les cas, une communication complète, adaptée, permet
parfois de mieux accepter les nuisances. Même si cela ne suffit pas
toujours.
b) Les données techniques
L'incinérateur n'est pas seulement un four de
combustion, c'est une installation industrielle complète,
comprenant :
le stockage des déchets entrants,
l'alimentation du four,
le chauffage du four,
la combustion des déchets, avec apport d'oxygène,
la récupération de chaleur sous forme de vapeur et
d'électricité,
le traitement des résidus solides (les mâchefers),
le contrôle et l'élimination des pollutions (les REFIOM).
Les conditions d'exploitation sont étroitement
réglementées48(*). Les gaz
résultant de l'incinération doivent être portés
à une température de 850° minimum pendant au moins deux
secondes. Les installations doivent donc être munies de brûleurs
auxiliaires au gaz ou au gazole qui servent soit au démarrage du four,
soit lorsque la température tombe en dessous de 850°.
Les installations sont de tailles extrêmement variables qui peuvent aller
de 50 tonnes à plus de 1.000 tonnes par jour, soit entre 2 et 50
(voire 80) tonnes/heure. Dans le cas de ces très grands tonnages, les
installations sont divisées en ligne. Chaque ligne correspondant
à un four. Les évaluations les plus courantes sont données
en capacité (en tonnage), par heure ou par an. Une capacité
exprimée en tonnes/an est égale à la capacité en
tonnes/heure x 7500 heures/an (exemple : 6 tonnes/heure = 45.000
tonnes/an).
Les technologies habituelles sont celles du four à grille
ou du four tournant. Dans le four à grille, les déchets
sont introduits dans le four et brûlés pendant une durée de
deux à trois heures à une température de 750°
à 1000°. On utilise une grille pour permettre le passage de l'air
à travers la couche en ignition. Les technologies diffèrent selon
la grille (grille fixe ou mobile), le mélange des déchets et de
l'air pour parvenir à une meilleure combustion (injection
latérale d'air...), et, par conséquent, la production
d'imbrûlés et de cendres.
On utilise les fours tournants, notamment pour les déchets industriels.
Les métaux détérioreraient la grille en fondant, et les
déchets sont donc introduits dans un four tournant avec une
aération longitudinale, ce qui permet d'optimiser les mélanges
(déchets/air), et des températures supérieures
(1.200°).
2. L'incinération, mode majeur de traitement des déchets
a) L'importance de l'incinération dans le traitement des ordures ménagères
40 % des ordures ménagères ont
été
incinérés en 1995, contre 48 % mises en décharges. Il
s'agit donc du second mode de traitement des ordures ménagères,
après la mise en décharge. Quelque soit l'évolution du
mode de traitement, l'incinération conservera une place majeure dans les
procédés de traitement. En raison de l'histoire (il faut partir
de ce qui existe, et le parc existe, même s'il doit être
restructuré), de son adaptation à traiter certains gisements
(gros gisements urbains), ou certains produits (petits déchets
ménagers souillés, résidus de bois, de peintures...), de
sa technique éprouvée de récupération de
l'énergie (qui peut encore être étendue à de
nouveaux sites), et surtout, parce que la mise en décharge cessera dans
moins de trois ans d'être un mode de gestion des déchets, alors
que dans le même temps, la masse des déchets à traiter
continuera à progresser. Ce phénomène est
général en Europe. Selon une étude britannique, 57 %
des opérateurs s'attendent à voir leurs capacités
augmenter dans les sept ans à venir (horizon 2005), 27 % pensent
qu'elles seront constantes, 18 % seulement qu'elles diminueront.
A l'inverse, l'augmentation des coûts, les risques de pollution, les
problèmes posés par les résidus, et surtout l'acceptation
sociale, peuvent freiner ce mouvement. Ces différents
éléments peuvent se résumer comme suit.
|
Encadré n° 13 Avantages et inconvénients de l'incinération
|
|
|
AVANTAGES |
INCONVÉNIENTS |
|
Réduction des volumes de 90 % |
Cendres, résidus polluants |
|
Rapidité de traitement |
Problème des seuils de rentabilité pour les petites unités |
|
Pas de prétraitement |
Production d'énergie électrique peu efficace dans la plupart des cas |
|
Adaptation aux gros gisements |
Investissements élevés |
|
Ne produit pas de méthane |
Coûts de fonctionnement en forte croissance |
|
Possibilité de récupérer et valoriser l'énergie (économie d'énergie possible) |
Empêche toute inflexion de la politique des déchets |
|
Possibilité de récupérer les métaux |
Oppositions sociales croissantes |
|
Garantie de long terme |
|
b) État du parc d'incinération
La France compte 303 unités traitant 11,4 millions de tonnes de déchets. 70 % sont à faible capacité (inférieure à 3 tonnes/heure, soit 22.500 tonnes/an). Le quart des incinérateurs traite plus des trois quarts des déchets traités en incinération. Près des trois quarts de l'ensemble du parc ne disposent pas de récupération d'énergie.
|
Le parc d'incinérateurs (1997) |
|||||
|
1 t/h |
entre 1 et 3 t/h |
entre 3 et 6 t/h |
6 t/h |
Total |
|
|
Avec récupération d'énergie |
4 |
13 |
20 |
42 |
79 |
|
Sans récupération d'énergie |
135 |
62 |
15 |
10 |
224 |
|
Total |
139 |
75 |
35 |
54 |
303 |
|
Source : ministère de l'Environnement |
|||||
La
France fait partie du peloton de tête des pays équipés en
incinérateurs, mais, contrairement aux idées reçues, n'est
pas leader. Elle est derrière la Suède (45 %), le
Danemark (56 %), la Suisse (60 %), et surtout le Japon, où
l'incinération (faute de place pour les décharges) est le mode
ultra dominant du traitement des déchets (75 % des déchets
sont incinérés, dans près de 800 unités).
On compte également 22 cimenteries (sur un total de 42) utilisant des
déchets comme combustible de substitution.
Encadré n° 14
La
co-incinération en cimenterie
___
On
parle de co-incinération lorsque les déchets sont
incinérés avec d'autres matériaux. C'est notamment le cas
des sidérurgistes et surtout des cimenteries qui sont de très
gros consommateurs d'énergie.
La production de ciment consiste à chauffer à haute
température (1.450°, ce qui exige une flamme à 2000°)
des matières broyées composées principalement de calcaire,
d'argile et de schistes pour obtenir un clinker. Le clinker est
ensuite mélangé avec du gypse pour faire du ciment.
Les cimenteries ont d'abord utilisé massivement le charbon comme source
d'énergie, puis se sont tournées vers des combustibles de
substitution susceptibles de dégager une énergie thermique
comparable.
Les déchets sont utilisés comme combustible de substitution
depuis une douzaine d'années, et leur importance ne fait que
croître. Les déchets utilisés sont surtout les huiles
usées, les pneus usagés et, dans une moindre mesure, les
résidus de bois, de boues de curage, de plastique... Les composés
organiques sont détruits par la combustion, et les métaux sont
fixés et intégrés au clinker.
La part des déchets dans le combustible de cimenterie ne cesse de
progresser : 1 % en 1985, 5 % en 1989, 10 % en 1992 et
près de 20 % en 1997 (+ 7 points en deux ans). 50 % des
déchets utilisés sont constitués d'huile et de pneus
usagés, non seulement à cause de leur très haut pouvoir
calorifique, mais aussi à cause de la régularité de la
matière et de l'approvisionnement, éléments importants
dans les choix industriels.
A noter que la répartition entre sources d'énergie est
extrêmement variable selon les années et même les mois. Il y
a en permanence un examen comparatif des coûts de chaque source
potentielle, charbon, gaz, coke de pétrole... et les choix se font en
conséquence.
Sur les quarante-deux cimenteries françaises, vingt-deux brûlent
des déchets.
3. Les nouvelles techniques d'incinération. l'incinération en four à " lit fluidisé "
a) Présentation
Le principe
Le principe de la technique dite du " lit fluidisé " est
d'effectuer la combustion des produits solides dans un lit de matériaux
inertes mis en suspension par une injection d'air chaud. Il s'agit, le plus
souvent, d'un mélange de sable auquel on ajoute une petite fraction de
déchets (5%) qui forment la base du " lit ". L'ensemble est
rendu fluide par injection d'air (vertical, horizontal, à la base ou en
parois du four...). La technique du lit fluidisé a été
mise au point pour brûler le charbon. Elle a été
adaptée depuis quelques années au traitement des déchets
ménagers.
Même si plusieurs techniques sont proposées, le principe est le
même. Le lit fluidisé peut être concentré à la
base du four (lit fluidisé dense), ou être réparti dans
l'ensemble de la chambre de combustion. Les déchets sont ajoutés
progressivement et versés dans la chambre à mi hauteur. Sous
l'effet de la turbulence et de la chaleur, les déchets se
séparent en deux fractions ; une, solide, qui se consume d'autant
mieux que le lit est fluide, et l'autre, gazeuse, dont une partie se consume
également grâce à l'apport d'air. Dans la plupart des cas,
les déchets doivent cependant être préalablement
triés (élimination des éléments lourds par
séparateurs aérauliques), déferraillés (par
séparateurs magnétiques), broyés (pour parvenir à
une certaine granulométrie, variable selon les techniques), avant
injection dans le four. Une fois la combustion opérée, les gaz et
les particules minérales sont évacuées en partie haute,
puis traitées (récupération des gaz de combustion en
chaudières et traitement des fumées).
Les techniques
Il existe trois techniques différentes.
Le four à " lit fluidisé dense ". Dans
cette technique, les particules minérales et l'air sont injectés
à la base du four. Le mélange avec les déchets,
préalablement broyés avec une granulométrie de
150 mm, est concentré en partie inférieure. Les
déchets sont portés à 700°. La combustion est
très bonne. Il s'agit de la technologie la plus simple techniquement,
adaptée à des installations de petites capacités (2
à 10 tonnes/heure), et à une large gamme de déchets
(après broyage), avec une plage de PCI comprise entre 1500 kcal/kg
et 6000 kcal/kg.
Cette technologie est notamment développée par la
société TMC (four dit " L4F "). Elle a
été choisie par les SITCOM de Mantes-la-Jolie et Doulens.
Le four à " lit fluidisé rotatif ". Le
principe est le même que dans le cas précédent, avec deux
modifications. D'une part, à la différence du
procédé classique où l'air suit un mouvement ascendant, le
lit fluidisé rotatif opère avec des injections d'air
latérales réparties sur la hauteur du four. L'écart de
densité du lit entre la zone centrale et les zones extérieures
crée des mouvement rotatifs. D'autre part, la géométrie du
four présente une sorte de goulot d'étranglement en son milieu
qui accélère la circulation du lit. Ces deux modifications
permettent d'avoir un meilleur brassage et, par conséquent, une
meilleure combustion. La température de combustion est d'ailleurs un peu
plus faible que dans le four classique de l'ordre de 650 à 700°.
Cette technique est spécialement adaptée aux déchets. Tous
les types de déchets peuvent être traités (ordures
ménagères, déchets industriels banals, boues,
pneumatiques...). Le déferraillage et le broyage sont moins exigeants
(la préparation est ramenée à une granulométrie de
300 mm). En revanche, les performances concernant les gaz polluants sont
moins bonnes, et l'économie sur le prétraitement des
déchets est compensée par une dépense plus importante sur
le traitement des gaz.
Cette technique est notamment développée par la
société ABT. Elle a été mise en oeuvre au Japon et
dans plusieurs pays d'Europe, et a été choisie par les SITCOM de
Gien et de Mulhouse.
Le four à " lit fluidisé circulant ". Ce
troisième procédé, dit aussi " lit ascendant "
présente deux caractéristiques. D'une part, l'injection d'air
à la base du four se fait à une vitesse supérieure, de
façon à ce que les particules soient en suspension sur l'ensemble
de la hauteur du four. D'autre part, les particules de sable (auxquelles est
ajoutée une injection de calcaire -carbonate de calcium- afin de traiter
en même temps le SO2 et le HCl) qui sont
évacuées avec les gaz de combustion en partie haute du four, sont
récupérées dans un cyclone, puis réinjectées
dans le foyer de combustion jusqu'à ce que tous les déchets
soient brûlés. Cette technologie nécessite un
déferraillage et un broyage fin (50 à 100 mm), ainsi qu'une
extraction du verre (pour limiter l'érosion) et une température
élevée (850°). Elle est adaptée aux installations
d'assez forte capacité (10 à 15 tonnes/heure). Le rendement est
cependant élevé avec une bonne production
d'électricité, et il y a peu de mâchefers (10 %) et
d'imbrûlés (3 %).
Cette technologie est notamment développée par la
société CNIM (procédé dit
" Pyroflow "). Les réalisations sont surtout à
l'étranger, notamment à Londres (trois usines pour une
capacité de 480.000 tonnes/an).
b) Appréciation
Les avantages
Par rapport à la technique traditionnelle des fours à grille, les
fours à lits fluidisés présentent un certain nombre
d'avantages.
Les coûts d'entretien et de maintenance sont
réduits (il n'y a pas de démontage et d'entretien des
grilles, les températures sont plus faibles).
Les gammes de produits traités sont plus larges. La
combustion est définie par la règle des
" trois T " : température, turbulence, temps de
réponse. Le lit fluidisé a sur chacun un avantage. La turbulence
est au fondement même du procédé, la température et
le temps de réponse sont inférieurs.
Le lit fluidisé accepte aussi une humidité plus
élevée, ce qui est intéressant pour le traitement des
boues. Il est également intéressant pour les déchets
spéciaux, les déchets industriels banals et les déchets
hospitaliers. Il prend en charge des déchets dans une fourchette plus
large de PCI de 1500 à 3500 kcal/kg, contre un maximum de 2500 à
2800 kcal/kg pour un four à grille.
Le rendement énergétique est meilleur.
Grâce au mélange de sable et d'air pulsé, les
températures sont homogènes, la combustion est meilleure,
malgré des températures inférieures à celles
requises par l'incinération en four à grille (de l'ordre de 650
à 800° selon les techniques contre 1100 à 1200° en four
à grille), les taux d'imbrûlés sont réduits, la
récupération d'énergie est supérieure (de l'ordre
de 85 à 90 % au lieu de 70 % environ), la qualité des
gaz de combustion est améliorée (avec une diminution de
production d'oxydes d'azote de moitié -environ
200 mg/Nm3 comparés aux 300 à 400
mg/Nm3 observés en four à grille).
Les sous-produits sont différents, avec une diminution
sensible des mâchefers. Alors que 90 % des résidus d'une
incinération à grille sont constitués de mâchefers,
cette proportion tombe à 40 % dans le cas de fours à lit
fluidisé. Le mâchefer est, en outre, de meilleure qualité.
Tandis que le mâchefer issu du four à grille subit un traitement
de plusieurs semaines (tri et maturation), avant d'être
éventuellement valorisé en sous-couches de revêtement
routier, les mâchefers issus des lits fluidisés ne demandent pas
de maturation.
Interrogations et limites
On observera, tout d'abord, que le " retour d'expérience " est
encore limité, et que si les projets et les débuts de
réalisation sont nombreux, les unités en fonctionnement sont
encore rares. Seul le suivi de ces opérations permettra de tirer
les enseignements nécessaires sur la tenue industrielle de ces
équipements . Aujourd'hui, la seule certitude concerne le
coût d'investissements, supérieur de 10 à 20 %
à un four à grilles.
Le problème principal concerne les sous-produits obtenus. Dans une
incinération en four à grille, 90 % à 95 % des
résidus sont des mâchefers (soit 220 à 230 kg/tonne) et 5
à 10 % des REFIOM (20 à 30 kg/tonne). Dans une
incinération à lit fluidisé, le taux d'envol est
très supérieur, et la répartition entre mâchefers et
cendres volantes est de 40 / 60 %. Ainsi, les sous-produits
d'incinération en lit fluidisé ont des caractéristiques
très différentes de celles de l'incinération classique.
Pour encourager le développement des fours à lits
fluidisés pour l'incinération des déchets ménagers,
le ministère de l'Environnement avait établi à titre
provisoire des règles de classification dérogatoires facilitant
les utilisations des résidus d'incinération de déchets
ménagers en four à lit fluidisé49(*). Ces règles distinguaient d'une part les
cendres sous foyer et les résidus de l'épuration des gaz,
considérés comme des mâchefers et des REFIOM identiques
à ceux de l'incinération sous grille et devant donc être
traitées et utilisées dans les mêmes conditions
(stabilisation avant enfouissement en centre de stockage ou valorisation), et
d'autre part les résidus intermédiaires pour
lesquels un régime particulier avait été adopté.
Ces résidus sont les cendres sous chaudière et les cendres de
pré-dépoussiérage, filtrés en sortie haute du four
(les cendres sont très importantes dans la technique du four à
lit circulant). Contrairement au régime normal des fours à
grille, il était convenu que ces résidus ne soient pas mis
automatiquement en décharge de classe I, mais puissent être
considérés comme des produits spécifiques qui
obéissent à des contrôles spécifiques : analyse
des teneurs en métaux lourds, test de lixiviation. Ce n'est qu'au vu des
résultats que ces résidus étaient dirigés sur
trois voies : classe I, classe II, ou valorisation.
Aussi, tandis que les cendres volantes produites par les fours à grille
ou les fours de thermolyse- devaient aller en classe I, la destination des
cendres volantes produites par les lits fluidisés était ouverte,.
Cette initiative, heureuse pour les lits fluidisés, pénalisait
les autres procédés et a été attaquée puis
annulée fin 1998. Les fumées et résidus de fours à
lits fluidisés obéissent désormais aux mêmes
règles que les autres. Il s'agit certainement d'un coup dur pour cette
technique, mais cette expérience pourrit être mise à profit
pour l'avenir. Si un régime dérogatoire n'est en effet pas
justifié et pas défendable, comme l'observe
M. Jean-Claude Oppeneau, conseiller à l'ADEME, " il
serait souhaitable d'éviter de qualifier de " déchets "
tout ce qui reste à l'issue d'un procédé de
traitement ; il faut chercher davantage à les classer en fonction
de leur toxicité, de leur potentiel de lixiviation et de l'utilisation
qu'on pourra en faire ".
B. L'APPROCHE ENVIRONNEMENTALE
La
sensibilité croissante des populations aux questions environnementales
est devenue extrême lorsqu'il s'est agit de l'incinération des
ordures ménagères, jugée en partie responsable de
l'émission de polluants dangereux, dont la fameuse
" dioxine ". " Alerte à la dioxine ",
" La dioxine tue " pouvait-on lire dans la presse, accablant
au passage les incinérateurs " tueurs " ou
" cancérigènes ". Avec beaucoup d'excès,
d'injustice et de méconnaissance. Mais le mal était fait.
L'incinération est même un mot tabou dans certains pays50(*), et la dioxine, après l'" effet de
serre ", paraît être devenue le symbole de la pollution de la
fin du siècle.
Il paraît nécessaire de faire le point sur cette question qui a
largement dépassé le niveau technique pour devenir, à elle
seule, un débat de société, tant les passions ont
été et peuvent être fortes à ce sujet.
1. Présentation
a) L'évolution politique
Pendant
plus d'un demi-siècle, l'incinération a parfaitement rempli la
principale fonction, et souvent la seule, qui lui était
assignée : éliminer les déchets. Sans qu'on se pose
de questions sur les conséquences éventuelles et l'impact sur
l'environnement. Des fumées ? Il fallait bien
brûler ! Des odeurs ? Normal, avec les déchets !
Des risques ? Quels risques !
Tout a basculé au milieu des années soixante-dix avec
l'émergence d'une prise de conscience environnementale (premières
réglementations, premières limitations d'émission de
poussières...) et, surtout, l'accident survenu en 1976 à Seveso
(Italie), à la suite de l'emballement d'un réacteur produisant un
gaz chloré fortement toxique (deux kilogrammes de dioxines furent alors
libérés dans l'atmosphère, alors qu'un gramme suffit
à saturer la population de la planète pour un jour). Une nouvelle
accélération intervient à la fin des années
quatre-vingt lorsqu'on s'aperçut qu'un lait, aux Pays-Bas, était
chargé en dioxine. Ce lait provenait d'un élevage situé
à proximité d'un incinérateur...
Comme on le verra, la dioxine fait partie des composés chlorés
organiques, c'est-à-dire de molécules organiques
(composées de carbone, d'hydrogène, d'oxygène et d'azote)
qui contiennent aussi plusieurs atomes de chlore.
Inutile de bannir le chlore d'une façon générale. Le
chlore a deux images : le sel génère le chlore, toutes les
combustions depuis le feu de bois jusqu'à la métallurgie
génèrent du chlore, un cinquième des médicaments
consommés dans le monde contient du chlore, nous épurons l'eau
à l'aide de chlore... Mais il est aussi tout à fait certain que
le chlore a des applications moins " bienveillantes " ou utiles.
Les études toxicologiques ont montré les risques encourus,
périodiquement revus à la hausse. Les mesures ont montré
la responsabilité -non exclusive, mais importante- des
incinérateurs dans les émissions ainsi que les retards manifestes
d'un grand nombre d'incinérateurs anciens dans le traitement des
dioxines. Tout cela était plus que suffisant pour bloquer toute nouvelle
initiative, et handicaper toute nouvelle proposition.
Même si les fumées peuvent être traitées, et
même si les nouveaux incinérateurs sont parfaitement conformes aux
exigences du moment, l'incinérateur souffre d'une image dont il ne
sortira pas facilement. Même s'il ne s'agit plus seulement d'un
débat technique, cette évolution sociale doit être
considérée.
b) Les émissions et résidus d'incinération
L'incinération décompose la matière
à
travers l'oxydation, et réduit le volume des déchets dans une
proportion de 90 %. En brûlant, l'incinération dégage
cinq types d'émissions :
de l'eau,
des gaz (CO, CO2, NOx, SO2, HCl),
de la poussière minérale (cendres),
des métaux lourds (plomb, cuivre, mercure, cadmium, nickel,
arsenic),
des molécules organiques (carbone...).
Ces émissions peuvent être traitées par des mesures
spécifiques51(*), mais il n'en demeure
pas moins que nombre d'entre elles présentent un potentiel toxique pour
les hommes et l'environnement. Les problèmes sont cependant
différents selon les polluants.
L'incinération génère naturellement du gaz
carbonique (CO2), issu de la combustion des résidus de
végétaux, de bois, de plastique, de papier..., et surtout de
l'injection d'air. Il faut un excès d'air pour brûler à
haute température, et une tonne de déchets
incinérés génère 5.000 m3 de
fumées et de CO2. On peut régler les quantités
de CO2 en réglant les débits d'air et la
qualité de la combustion, mais on ne peut capter le CO2 qui
est le stade final de la décomposition de la matière organique.
Hélas, le CO2 est l'un des principaux facteurs concourant
à l'effet de serre.
Mais, d'une part, la part de l'incinération dans les émissions de
CO2 paraît cependant négligeable par comparaison
à d'autres sources (automobiles, activités industrielles,
chauffage et combustion du charbon), d'autre part, plusieurs études ont
montré que la mise en décharge dégageait davantage
d'" équivalent CO2 " que l'incinération.
Selon une étude Novergie, la quantité totale d'équivalent
CO2 d'une tonne de déchets mis en décharge est de
3.491 kg contre 972 kg lorsque les déchets sont incinérés,
soit 3,6 fois plus. D'autres études, britanniques notamment, conduisent
aux mêmes conclusions (UK, Royal Commission of Environmental Pollution,
1993). Sans parler des comparaisons par rapport aux autres sources
d'émission. Selon Novergie, " sur la base de la
réglementation prévue pour 2002, l'utilisateur d'une
véhicule automobile produira 600 fois plus de CO, 200 fois plus de
CO2, que le gaz produit par une UIOM ".
Les NOx. L'appellation d'oxyde d'azote s'applique
généralement au monoxyde d'azote (NO), appelé aussi oxyde
nitreux, et au dioxyde d'azote (NO2). Il existe aussi plusieurs
autres gaz de même famille. Mais seuls les NO et NO2 sont
couramment désignés sous la formulation abrégée
NOx. Le NOx, en particulier, est un liquide et un gaz irritant. Présent
en grande quantité dans l'atmosphère, il donne une coloration
brunâtre aux masses d'air qui recouvrent les zones urbanisées et
contribuent aux " pluies acides ". L'incinération
génère des doses de NOx très faibles par comparaison
à d'autres sources (automobile notamment). Elles peuvent
également être limitées en abaissant les
températures, et par adjonction d'ammoniaque, qui, en présence de
catalyseurs, réagit avec les NOx et les réduit On
considère que la part des incinérateurs dans l'ensemble des
émissions anthropiques françaises est de 1%.
Jusqu'en 1999, aucune norme n'était fixée concernant les rejets
de NOx. La proposition de directive européenne sur les
incinérateurs a inclus une limite de 200ng/m3. Si cette
mesure est adoptée, l'augmentation des coûts d'incinération
sera importante (voir ci après),
Les métaux lourds. La plupart des métaux lourds ne
peuvent être détruits par la combustion, et se retrouvent, par
conséquent, dans les résidus. Pour réduire leur influence,
la meilleure solution est de les éliminer en amont, avant
incinération. D'où l'intérêt, et même la
nécessité, de collecter séparément les piles et
batteries par exemple. A défaut, les métaux lourds sont
captés par filtres successifs à l'issue de l'incinération.
On distingue trois grandes catégories :
les métaux lourds toxiques, tels que le mercure (Hg), le
Cadmium (Cd), le chrome (Cr), le plomb (Pb) ;
les métaux moyennement toxiques, tels que le cuivre (Cu),
le nickel (Ni). Ils sont moins toxiques que les précédents, mais
ont un effet catalyseur, en particulier pour la post formation de dioxine dans
les effluents gazeux ;
les métaux faiblement toxiques, tels que le fer (Fe) ou
l'aluminium (Al).
Les problèmes posés par les métaux devraient diminuer
à l'avenir, à la fois par un meilleur tri en amont (collecte
sélective des piles, des emballages acier et aluminium), et par une
diminution du gisement toxique (disparition du mercure dans les piles,
disparition annoncée du mercure dans les thermomètres,
disparition progressive des tuyaux et canalisations en plomb).
Reste le cas des dioxines et furanes, moins problématique (car les
traitements sont aujourd'hui assurés) qu'emblématique, tant la
fixation est forte et les passions sont exacerbées.
c) Les normes
En vingt
ans, l'évolution des attitudes et, par conséquent, des normes sur
les rejets gazeux des UIOM a été spectaculaire.
En 1972, une loi limitait l'émission de poussières. En 1986, la
réglementation introduit des seuils pour l'acide chlorhydrique (HCl) et
les métaux lourds. La réglementation s'accélère
à partir des années quatre-vingt-dix, sous l'impulsion
européenne. Une première directive de 1989, transposée en
1991, réduit les seuils pour les poussières, les HCl et les
métaux lourds, et impose un nouveau seuil sur l'anhydride sulfureux
(SO2). Une seconde directive, alors applicable uniquement aux usines
d'incinération traitant les déchets industriels, réduit
à nouveau ces seuils, et impose un nouveau seuil sur les dioxines et
furanes. Cette réglementation s'étendra prochainement aux IUOM,
avec, en outre, un nouveau seuil sur les NOx.
La proposition de directive52(*) du Conseil sur
l'incinération des déchets, a été adoptée
par la Commission en décembre 1998. Elle a été soumise
pour avis au Comité des régions au printemps, et devrait
être adoptée par le Conseil avant la fin de l'année.
Ainsi, en 1986, 1991, 1996, 1999, chaque nouvelle réglementation
entraîne un rehaussement des seuils antérieurs, et ajoute un
nouveau seuil sur un autre polluant. Novergie a ainsi calculé
l'incidence que représentait les normes de la future directive
européenne par rapport à la réglementation de 1972
(première limitation sur les poussières). L'évolution est
considérable : la future norme européenne représente
une diminution des poussières et polluants de :
|
98,0 % |
pour les poussières |
|
|
99,0 % |
pour l'acide chlorhydrique (HCl) |
|
|
95,0 % |
pour les acides fluorhydrique (HF) |
|
|
83,0 % |
pour l'anhydride sulfureux (SO2) |
|
|
99,5 % |
pour les métaux lourds non volatiles |
|
|
96,5 % |
pour les métaux lourds volatiles |
|
|
99,0 % |
pour la dioxine |
2. Les dioxines
a) Aspects techniques
Composition
Les dioxines sont des composés organiques chlorés qui se forment
dans toute combustion. Il s'agit d'une famille de 210 éléments
caractérisés par le nombre d'atomes de chlore (de 1 à 8
atomes de chlore), et la position qu'ils occupent dans la molécule. On
distingue deux sous groupes : les dioxines proprement dites :
dibenzo-dioxines polychlorés ou polychlorodibenzo-dioxines (PCDD), et
les furanes : dibenzo-furanes polychlorés ou
polychlorodibenzo-furanes (PCDF). Parmi ces 210 composés, dix-sept sont
reconnus comme toxiques, dont le plus connu est le tetrachlorodibenzo-dioxine
(2, 3, 7, 8 TCDD), la dioxine de Seveso. Toutes les
congénères toxiques comportent au moins quatre atomes de chlore
occupant ces positions (2, 3, 7, 8). Leur toxicité est variable, et
mesurée par rapport à la plus toxique le
2, 3, 7, 8 TCDD, affectée d'un coefficient 1. Les seize
autres sont affectées de coefficients variant de 0,001 à 0,5. La
concentration totale est mesurée en " équivalents
toxiques ", et obtenue en additionnant les différents facteurs.
Ces substances sont présentes dans le sol et l'air, mais elles sont
aussi produites au cours d'un processus industriel, et en cours de combustion
d'origine naturelle (volcans, feux de forêt) ou volontaire, mettant en
présence du chlore et des substances organiques.
Les dioxines seraient, dans un premier temps, détruites à haute
température, puis se reformeraient dans la phase de refroidissement
(- 500°), aidées par la présence de certains
métaux, notamment le cuivre.
Toxicité. Épidémiologie
Les dioxines ont pour particularité d'être peu
biodégradables, et d'être fortement lyophiles, c'est-à-dire
solubles dans les solvants et les graisses. Elles se concentrent, par
conséquent, dans la chaîne alimentaire et chez l'homme, en
particulier dans le lait animal et le lait maternel.
Par ailleurs, la toxicité de ces composés se traduit par des
effets cutanés et des atteintes hépatiques. En 1974, la dioxine
la plus toxique a été reconnue comme cancérogène
pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer,
dépendant de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS). La
dioxine TCDD serait un facteur d'accroissement des risques53(*) de 40 % après plus de 15 à 20 ans
d'exposition. Les risques sont périodiquement
réévalués. Ainsi, en 1990, les experts de l'OMS avaient
fixé la dose journalière admissible de TCDD à 10
picogrammes par kilogramme de poids. En 1998, cette dose a été
ramenée entre 1 et 4 picogrammes54(*).
La cancérogénéité des autres dioxines n'a pu
être formellement établie.
Mesures et inventaires
Tout d'abord, une concentration des dioxines dans l'air ambiant (les sols, la
végétation, le lait) a été mise en évidence
à proximité d'incinérateurs de déchets ou
d'installations industrielles. Même si ce constat pourrait laisser penser
qu'il y a un lien direct entre ces installations et la concentration, une
approche scientifique incite à une certaine prudence, dans la mesure
où les dioxines présentes sous forme gazeuse ou absorbées
sur des particules de très petite taille, sont susceptibles d'être
transportées à longue distance, et peuvent être
modifiées par des réactions chimiques se produisant