Les perspectives du retour au plein emploi
2. Comment réduire le chômage volontaire ?
a) La prime pour l'emploi
Selon certains économistes, l'impact de la prime pour l'emploi sur le taux de chômage serait faible. En effet, les expériences françaises et étrangères suggèrent que seuls les femmes et les parents célibataires sont sensibles à de telles incitations financières (cf. p. 29).
On rappelle que la majorité sénatoriale a défendu un projet de crédit d'impôt dans une perspective de justice sociale (afin d'éviter les inconvénients qu'aurait eus l'exonération de CSG que le Gouvernement souhaitait mettre en place pour les personnes ayant de faibles revenus), et non comme instrument de la politique de l'emploi 39(*).
b) Réduire la durée d'indemnisation du chômage ou instaurer une conditionnalité de l'aide ?
Dans ces conditions, ne serait-il pas préférable de recourir à d'autres instruments, plus susceptibles de réduire le chômage volontaire, en particulier masculin ?
Une question essentielle à cet égard est celle des caractéristiques de l'aide. Trois points doivent être précisés : quel est l'impact du niveau de l'aide sur le taux de chômage ? Ce dernier est-il lié à la durée de l'aide ? La conditionnalité de l'aide permet-elle de réduire le taux de chômage ?
· Sur le premier point, la majorité des études suggèrent que la durée du chômage est peu dépendante du niveau d'indemnisation du chômage.
Ce phénomène s'expliquerait notamment par le fait que la recherche d'emploi a un coût (habillement, courrier, téléphone, transports) auquel peut difficilement faire face une personne faiblement indemnisée.
· En revanche, il semble acquis que les chômeurs ont une probabilité accrue de retrouver un emploi peu avant ou peu après l'expiration de la période d'indemnisation.
Cette relation a pu être mise en évidence dans plusieurs pays, comme les Etats-Unis et la France. En France, avant comme après la réforme de 1992 (qui a instauré l'allocation unique dégressive), le taux de reprise d'emploi augmente lorsque la durée de chômage correspond à une diminution de l'allocation 40(*). Ce phénomène semble surtout concerner les personnes les plus employables (les plus diplômées notamment).
· De même, selon certains économistes, les politiques de conditionnalité de l'aide - c'est-à-dire de subordination de cette dernière à plusieurs critères relatifs au comportement du chômeur, et notamment l'acceptation par ce dernier d'un emploi proposé (à défaut de laquelle l'aide cesse d'être versée, temporairement ou définitivement) - seraient efficaces.
La conditionnalité est un élément essentiel de la politique de l'emploi menée au Royaume-Uni, au Danemark et aux Pays-Bas. Selon M. Richard LAYARD, l'un des inventeurs de la théorie de la négociation salariale (cf. p. 21) et conseiller de M. Tony BLAIR, le niveau élevé du chômage de longue durée en Europe (et donc du chômage total) s'expliquerait pour l'essentiel par l'existence d'aides financières accordées aux chômeurs pendant une période longue et sans contraintes fortes.
L'efficacité de ces mesures est cependant difficile à évaluer, compte tenu du faible nombre d'études réalisées sur ce thème, et de leurs limites méthodologiques 41(*).
· Au total, votre Rapporteur estime donc que l'éventualité d'une réduction de la durée d'indemnisation du chômage ou de l'instauration d'une conditionnalité de l'aide ne peut pas être écartée a priori, mais qu'il conviendrait au préalable de disposer d'études convaincantes pour mettre en place un tel dispositif, qui devrait par ailleurs être adapté aux spécificités des publics les plus défavorisés.
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* 39 Cf. p. 69.
* 40 PRIETO A., « L'impact de la dégressivité des allocations chômage sur le taux de reprise d'emploi », à paraître dans Revue économique. Article cité par M. Denis FOUGERE dans son complément au rapport de MM. Jean-Paul FITOUSSI, Olivier PASSET et Jacques FREYSSINET, Réduction du chômage : les réussites en Europe, rapport du Conseil d'analyse économique, 2000.
* 41 Denis FOUGERE, op. cit..
* 42 Intervention devant l'Assemblée nationale, 9 mai 2001.
* 43 Communiqué de presse, 21 mai 2001.
* 44 Ainsi que le soulignent nos collègues MM. Louis SOUVET, Alain VASSELLE, André JOURDAIN et Jean-Louis LORRAIN, dans leur rapport sur le projet de loi portant diverses dispositions d'ordre social, éducatif et culturel (rapport n° 339 (2000-2001) - Commission des Affaires sociales).





