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Se donner les moyens de l'excellence : la recherche polaire française à la veille de l'année polaire internationale

 

3. Vers un moteur italo-germano-français ?

Ces réflexions et les évolutions les plus récentes conduisent votre rapporteur à proposer comme axe d'effort principal la convergence de la coopération franco-italienne et de la coopération franco-allemande afin d'impulser une dynamique européenne.

La coopération franco-italienne est souvent méconnue dans le domaine scientifique. Elle est, en matière polaire, particulièrement importante puisque c'est grâce à une initiative franco-italienne qu'a pu être construite et qu'aujourd'hui fonctionne la base Concordia, seule base européenne permanente à l'intérieur du continent Antarctique. Cette coopération se fait à égalité entre les deux partenaires qui en sont légitimement très fiers.

Les coûts et le travail scientifique sont partagés, notamment toutes les activités récurrentes d'observation afin d'éviter tout doublonnage des moyens. La logistique est également partagée et s'opère donc par deux flux différents : Dumont d'Urville et le raid, d'un côté, Mario Zuchelli et l'avion C-30, de l'autre.

Cette coopération a fait l'objet d'un protocole d'accord bilatéral en date du 4 octobre 2005, visant à structurer la relation scientifique, et qui vient d'entrer en vigueur (9 janvier 2007), les deux pays ayant achevé les formalités internes d'approbation en novembre et décembres 2006. Il va désormais pouvoir être mis en oeuvre.

La coopération franco-allemande s'est, elle, développée essentiellement sur le Spitzberg. La France et l'Allemagne ont en effet pris la décision de fusionner leurs bases de recherche et de privilégier le développement de programmes communs. Si elle correspond à un engagement financier moindre, cette coopération est tout autant symbolique puisque la France et l'Allemagne sont les deux seuls pays à avoir une telle démarche sur Ny-Ålesund. Dans ce petit village de chercheurs, elle a d'ailleurs eu un impact important, certains partenaires peinant visiblement à les considérer comme vraiment réunis et à accepter l'affichage d'une coopération de dimension européenne. Cette dynamique remet également en cause certaines habitudes puisque, comme à Concordia, il devient bien entendu inenvisageable d'effectuer les mêmes mesures deux fois...

Aujourd'hui, nos deux partenaires sont ouverts à la constitution d'un triangle Rome-Berlin-Paris sur les questions polaires. Il s'agirait pour l'Allemagne de s'installer progressivement sur Concordia et de profiter de cette infrastructure permanente. Les Italiens viendraient pour leur part s'adjoindre à la base franco-allemande au Spitzberg. En effet, ils y sont installés depuis 1997. Ce schéma suscite un réel intérêt et a reçu pour certaines composantes un appui officiel des ministres de la recherche.

Le chemin à parcourir pour le réaliser est cependant long et plusieurs obstacles sont à surmonter. Votre rapporteur voit trois pré-requis principaux pour en assurer le succès :

- La nécessité d'un projet scientifique de haut niveau, seul à même de justifier dans le long terme une présence élargie sur les deux sites, se combinant avec de vraies complémentarités et coopérations entre les partenaires ;

- De réelles économies financières grâce à la mise en commun des moyens, et, sur Concordia, une convention claire permettant la participation d'un troisième partenaire permanent. Dans le cas de Dôme C, il s'agit plutôt de partager les frais de fonctionnement, plutôt que de demander à l'Allemagne d'acheter une part du capital correspondant au coût de la construction, solution qui ne serait pas acceptable par Berlin ;

- Une dynamique de coopération ouverte et donc politiquement acceptable par les autres partenaires. Il s'agit là d'un point important. Comme votre rapporteur le mentionnait, ces deux coopérations sont déjà uniques en leur genre dans chacun des hémisphères, y adjoindre un troisième partenaire donnera un impact politique beaucoup plus fort qui gênera plusieurs pays. Ils pourraient en compliquer la réalisation. C'est notamment le cas de la Norvège qui n'est pas favorable au développement d'une entité de recherche européenne au Spitzberg, car elle lui échapperait, et qui préfère maintenir des liens bilatéraux. Il faut également prendre garde aux réactions de partenaires qui ne pourraient pas participer, au moins dans l'immédiat, comme le BAS ou d'autres pays européens qui pourraient se sentir marginalisés.

Ce schéma franco-italo-allemand, s'il doit être privilégié, ne doit pas être exclusif d'autres rapprochements qu'il pourrait d'ailleurs susciter. Le premier pays concerné pourrait être l'Espagne qui a marqué un fort intérêt pour une participation scientifique et opérationnelle à Concordia. Elle constitue un bon exemple de tierce partie pouvant apporter une assise supplémentaire à la présence européenne en Antarctique.

Cette dynamique trilatérale est aujourd'hui enclenchée, grâce à la signature d'une première convention visant à la réalisation d'un programme de recherche tripartite à Concordia. Si tous les détails n'en sont pas encore réglés et si elle ne constitue qu'un premier pas, c'est évidemment significatif des développements futurs.

Ce projet fait partie du programme international TAVERN. Il vise à quantifier les aérosols troposphériques et la variabilité des nuages fins pour établir avec précision le bilan radiatif du plateau de l'Antarctique de l'Est. Mené sous la responsabilité de l'AWI, il associe l'université de Bologne (Italie). Il conduira à l'installation d'un radome de 4 mètres de diamètre et d'un photomètre stellaire sur le site de Concordia. Ils seront mis en place à partir de janvier 2009, puis un technicien de l'AWI hivernera pour mener l'expérience durant l'hiver austral.

Ce sont là les raisons de fond qui conduisent votre rapporteur à souhaiter que le développement de la coopération européenne soit plus clairement indiqué dans les missions de l'IPEV.