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Risques chimiques au quotidien : éthers de glycol et polluants de l'air intérieur. Quelle expertise pour notre santé ? Conclusions du rapporteur (tome 1)

 

2. Les composés organiques volatils dont le formaldéhyde

Les composés organiques volatils (formaldéhyde, acétaldéhyde, benzène, styrène, toluène, limonène, trichloroéthylène) sont présents dans de nombreux matériaux (laques, vernis, peintures, colles, parquets, cires...).

Parmi ces composés, le benzène et le formaldéhyde sont des agents cancérogènes certains (groupe 1 du CIRC) comme cela a été vu plus haut à propos des travaux de recherche. La forte présence du formaldéhyde dans les locaux a incité à le retenir comme objet d'étude particulièrement significatif dans le présent rapport.

 Rappel sur les aldéhydes

Les sources principales d'émissions d'aldéhydes se trouvent à l'intérieur des locaux : produits de construction et de décoration, activités d'entretien et de bricolage.

Les taux de concentration à l'intérieur peuvent être deux à dix fois supérieurs à ceux mesurés à l'extérieur.

Les sources principales en étaient les mousses urée-formol (isolant thermique) maintenant interdites et sont actuellement les meubles en panneaux de particules. Des taux de 24 à 936 ug/m3 ont été mesurés dans des mobile-home aux États-Unis d'Amérique et, en France, des taux de 70 ug/m3 à 100 ug/m3 existent dans les logements avec parfois 1000 ug/m3 pour la concentration totale en COV (voir audition de l'OQAI).

Les aldéhydes sont des irritants de la peau, des muqueuses (yeux, nez, gorge) et de l'arbre respiratoire.

 Le formaldéhyde

Le seuil de détection olfactif du formaldéhyde, d'odeur piquante, correspond à une concentration de 60 à 120 ug/m3.

En dessous d'une concentration de 3000 ug/m3, il n'y aurait pas d'effet sur la santé humaine.

Mais il existe une très grande variabilité d'un individu à l'autre (ex : symptômes oculaires dès 10 ug/m3 ; symptômes respiratoires entre 6000 ug/m3 et 36 000 ug/m3.

En juillet 2007, l'AFSSET a proposé des valeurs guides pour la qualité de l'air intérieur dont, pour le formaldéhyde, 50ug pour deux heures d'exposition et 10 ug pour une exposition à long terme. Ces valeurs témoignent d'une préoccupation allant au-delà de ce qui était communément admis car les effets irritants apparaissent à des doses plus faibles que les effets cancérogènes.

Le formaldéhyde inhalé est surtout absorbé par les voies respiratoires supérieures et très peu de gaz atteint les voies respiratoires inférieures. Simplement, des sifflements respiratoires sont constatés.

Chez le sujet sain, le formaldéhyde ne semble pas avoir de rôle majeur dans l'apparition de symptômes respiratoires. En revanche, il peut provoquer le développement d'un asthme professionnel par sensibilisation ou irritation.

D'après l'Académie de médecine, environ 3% à 6% de la population est susceptible d'avoir développé des anticorps contre le formaldéhyde, vraisemblablement après exposition cutanée à des cosmétiques. En outre, les enfants, en particulier asthmatiques, sont beaucoup plus sensibles.

Depuis 1995, le formaldéhyde est classé parmi les produits cancérogènes pour l'homme du groupe 1 par le CIRC (voir son audition) depuis 2004 et en catégorie 2A par l'Union européenne. La France a saisi la commission européenne d'une demande de classement en 1 dans la mesure où le formaldéhyde peut causer le cancer par inhalation (phrase de risque R 49 : « pouvant causer le cancer par inhalation »). Dans cette attente, depuis le 1er janvier 2007, le formaldéhyde a été inscrit sur la liste française des produits CMR.

Le formaldéhyde en tant que substance, comme le danger de ses émissions, commencent à peine à être connus du grand public. Il est pourtant présent dans de très nombreux objets de la vie quotidienne et ses émissions bien davantage encore puisqu'elles peuvent envahir un local pendant une dizaine d'années voire plus.

Le formaldéhyde se trouve notamment dans le mobilier constitué de panneaux de bois aggloméré en raison de la colle permettant la cohésion de ces éléments. L'odeur de meuble neuf qui accompagne un parquet, une bibliothèque, un jeu d'étagères, un bureau ou un berceau n'est souvent autre que celle du formaldéhyde. Il peut être également présent dans la colle servant à fixer un revêtement de sol, une moquette par exemple.

Chacun est conduit à respirer du formaldéhyde chez lui ou sur son lieu de travail, dans un hôtel, une salle de spectacle, ce qui jusqu'à présent n'a pas été signalé du tout et encore moins mentionné comme pouvant présenter un danger pour la santé.

Un des rares avantages du formaldéhyde est qu'il est détectable par l'odorat ; or, une fois connue l'existence et le danger de ses émanations, il devient intéressant de savoir l'identifier. En effet, le formaldéhyde se signale par une odeur âcre qui ne tarde pas, lorsque la concentration est forte, à provoquer des picotements oculaires et des irritations de la gorge et du nez, voire d'autres symptômes désagréables en fonction du sujet.

Mais, quand bien même tout un chacun serait à même d'identifier le formaldéhyde et de savoir qu'il est impératif de se garder de respirer longuement ses émanations, la difficulté de mettre un terme à cette exposition apparaît rapidement lorsqu'il est constaté que cette odeur provient de la colle de la moquette et de la plupart des meubles présents dans une pièce. D'autant que l'individu exposé n'est pas forcément à même de remplacer immédiatement tout le mobilier suspecté.

Comme les éthers de glycol déjà examinés plus haut dans la deuxième partie du présent rapport, le formaldéhyde est l'objet de recherches qui ne sont pas encore toutes abouties, notamment du point de vue épidémiologique. Le formaldéhyde est aujourd'hui quasi unanimement reconnu comme un cancérogène certain et la France agit pour que sa classification européenne devienne plus sévère mais cette situation n'enlève rien au fait que la nocivité des émanations du formaldéhyde est incontestée.

Un exemple extrême des méfaits du formaldéhyde a été donné dans le livre de M. Georges MEAR « Ces maisons qui nous empoisonnent » dans lequel il relate que la maison totalement décorée en bois qu'il avait fait construire pour abriter sa retraite est devenue, pour sa femme et lui, un instrument de torture. Leur tranquillité comme leur santé ont été durablement compromises par les émanations auxquelles ils sont devenus hypersensibles.

Interrogé sur les désagréments liés à la nocivité de ce produit, un représentant des fabricants entendu a indiqué que chacun savait qu'il fallait laisser aérer une quinzaine de jours, voire un mois, une pièce dans laquelle une moquette venait d'être posée et que cette précaution devait d'ailleurs s'étendre aux tapis.

Pour autant, ni les vendeurs de ces produits ou articles ni les étiquettes figurant sur ceux-ci ne mentionnent, de près ni de loin, le caractère impérieux de telles précautions ni surtout la raison profonde de celle-ci.