Allez au contenu, Allez à la navigation



La Guyane : une approche globale de la sécurité

1 février 2011 : La Guyane : une approche globale de la sécurité ( rapport d'information )
2. Exploitation légale et orpaillage clandestin 6(*)

Selon l'étude d'impact du projet de loi autorisant l'approbation de l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République fédérative du Brésil dans le domaine de la lutte contre l'exploitation aurifère illégale dans les zones protégées ou d'intérêt patrimonial, « 3 tonnes d'or ont été produites et déclarées légalement en 2003, alors que plus de 9 tonnes ont été exportées de Guyane et déclarées aux douanes cette année-là. Environ 10 tonnes d'or seraient extraites annuellement par les clandestins ».

On estime de 3 000 (préfecture de Guyane 2007) à 15 000 (IEDOM 2006) le nombre des travailleurs clandestins sur les camps d'orpaillage. Selon cette dernière source, il existerait plus de 500 chantiers illégaux. Il ne faut pas exclure, qu'en plus de cette situation, des opérateurs miniers légaux aient des pratiques illégales ou entretiennent des liens étroits avec la filière clandestine.

De nombreux facteurs, parmi lesquels on peut évoquer l'envolée du prix de l'or et la politique très répressive pratiquée par les forces de sécurité brésilienne, expliquait la recrudescence de dotation aurifère illégale en Guyane. C'est en particulier la fermeture brutale de la mine de Serra Pelada, dans l'Etat du Para au Brésil, et la répression féroce de cette activité, qui a provoqué un véritable phénomène de transfert des orpailleurs brésiliens vers la Guyane. Toutefois, comme le signalait le WWF, en 2009, « l'un des principaux facteurs explicatifs tient à la facilité déconcertante avec laquelle les Garimpeiros parviennent à écouler leur production. En raison de leur grande porosité, les filières légales de production/transformation/distribution d'or blanchissent quotidiennement, par manque de mesures appropriées, l'or extrait illégalement du sol guyanais. Cette absorption de l'or illégal par les filières légales française, surinamienne et brésilienne représente un incitatif économique puissant à la poursuite de l'orpaillage illégal en Guyane. »7(*)

Le projet d'accord franco-brésilien ainsi que l'application en Guyane de la « loi de garantie » ont pour objectif une meilleure traçabilité de l'or guyanais au travers d'un processus déclaratif et de contrôle.

Toujours selon le WWF, « plus de 22 tonnes d'or exportées de Guyane entre 2000 et 2008 présentent une origine douteuse. Il s'agit du différentiel entre la quantité d'or officiellement expédiée/exportée (déclarée aux douanes) et la quantité totale d'or officiellement produite (déclarée à la DRIRE). Chaque année la Guyane exporte officiellement bien plus d'or qu'elle n'en peut produire officiellement, alors même que les importations d'or venant des pays voisins sont négligeables. Ce différentiel traduit de manière éloquente l'intégration dans la filière légale, et avant l'export, d'or non déclaré ou produit illégalement. » Ces constatations avaient déjà été faites dans le rapport demandé par le Premier ministre à Mme Christiane Taubira en 2000.8(*)


* 6 Le décret-loi du 6 juin 1930 qui instaurait le territoire de l'Inini distinguait les « bricoleurs » (orpailleurs officiels) des « maraudeurs » (orpailleurs illégaux).

* 7 « De la mine à la vitrine : état des lieux et perspectives de la traçabilité de l'or guyanais - octobre 2009.

* 8 L'or en Guyane : éclats et artifices - rapport au premier ministre - 2000.