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Prospective du couple franco-allemand

22 juin 2011 : Prospective du couple franco-allemand ( rapport d'information )

V. UN EFFET DE CISEAUX SUR LES POSITIONS PATRIMONIALES EXTÉRIEURES DES DEUX PAYS

Les divergences des commerces extérieurs allemand et français avec, d'un côté, l'accumulation d'excédents extérieurs et, de l'autre, de déficits conduisent à s'interroger sur leurs incidences.

Cette dernière question souvent exclusivement traitée à partir de considérations sur les contraintes de l'équilibre extérieur - la contrainte extérieure - et sur l'évolution des taux de change, appelle un point de vue plus large consistant à examiner les effets des soldes extérieurs courants sur les positions extérieures des pays considérés.

Il s'agit de cerner les conditions d'utilisation des capacités de financement des pays excédentaires (ou, inversement, certains effets des moyens employés pour combler les besoins de financement des pays déficitaires).

On s'attend souvent à ce que les excédents extérieurs d'un pays se traduisent par une accumulation patrimoniale sur le reste du monde.

C'est notamment la logique sous-jacente aux fonds souverains et ce peut être une des justifications apportées à des orientations économiques débouchant sur l'accumulation d'excédents extérieurs.

La comparaison entre la France et l'Allemagne confirme le bien-fondé de cette attente.

Les soldes commerciaux des deux pays provoquent les effets attendus : la position extérieure de l'Allemagne s'améliore ; celle de la France se détériore.

Toutefois, les liens entre excédents courants et position extérieure ne sont pas univoques, d'autres variables étant en cause.

Leur influence modifie quelque peu les effets des variations des soldes commerciaux des deux pays : l'Allemagne améliore moins sa position créditrice que ses excédents commerciaux n'y contribuent a priori ; la France connaît une détérioration de sa position bien au-delà de celle qu'impliquent ses déficits.

Enfin, les retours financiers associés aux évolutions des positions extérieures n'ont pas nécessairement tout le sens qu'on peut être tenté de leur prêter.

Pour comprendre les liens entre soldes courants et positions extérieures, il faut rappeler que le solde du compte courant est égal à la capacité (s'il est positif) ou au besoin (s'il est négatif) de financement de la Nation. Il ne suffit pas, toutefois, à déterminer avec suffisamment de précision si le niveau de l'épargne intérieure, dans un pays considéré, se trouve en adéquation avec le montant des investissements à financer.

Aussi est-il fait parfois également référence au « solde à financer », calculé en tenant compte, en outre, de l'évolution des investissements directs, mesurée par le compte financier. « Finalement - comme le souligne la Banque de France - le stock qui résulte du déficit des transactions courantes et des sorties de capitaux en investissements directs et de portefeuille, est essentiellement couvert par l'accroissement des engagements internationaux nets des banques résidentes. »

Excédents extérieurs et patrimoine de la Nation

On connait les termes de l'équilibre économique selon lesquels le PIB est égal à la somme de la consommation, de l'investissement et du solde des échanges extérieurs (soit des exportations moins les importations).

A la production correspondent des revenus (salaires et profits) qui peuvent être consommés ou épargnés. Théoriquement, l'égalité PIB = consommation + épargne est respectée si bien que l'épargne est égale à l'investissement. Toutefois, quand le PIB st supérieur à la somme de la consommation et de l'investissement (ce qui se produit lorsqu'il existe un solde extérieur positif), l'épargne est supérieure à l'investissement. Autrement dit, tous les revenus engendrés par la production ne sont pas dépensés. Il reste un solde qui témoigne de l'existence d'une capacité de financement résiduelle.

Ainsi, les pays en situation d'excédent de leurs échanges extérieurs disposent d'une capacité de financement : ils ne dépensent pas tous leurs revenus.

Cela ne signifie pas qu'ils n'utilisent pas tous leurs revenus mais les utilisations qu'ils en font ne sont pas entièrement consacrées à des emplois susceptibles de contribuer à augmenter immédiatement (dans la période où ils interviennent) la production.

Que peuvent donc être ces utilisations alternatives ?

Pour le saisir, il faut avoir à l'esprit que la capacité de financement, qui en est le socle, est le solde des opérations courantes des agents économiques. Or, ceux-ci réalisent également des opérations exceptionnelles qui portent sur leur patrimoine.

C'est pourquoi la comptabilité nationale distingue notamment les comptes d'opérations courantes des comptes de patrimoine. Ceux-ci s'apparentent à des bilans qui présentent la situation patrimoniale d'un agent économique une fois réalisées ses opérations courantes d'une période mais aussi ses opérations exceptionnelles (récapitulées dans des comptes intermédiaires que sont les comptes financiers).

La somme de toutes ces opérations est reportée au bilan (ici les comptes de patrimoine) de sorte que la valeur nette des actifs (actifs moins passifs) détenus par l'agent en question au début de la période évolue en fonction du solde des opérations courantes de la période mais aussi de ses opérations financières.

Au total, la capacité de financement peut être utilisée pour réduire les dettes au passif ou pour augmenter les créances à l'actif. Mais les variations patrimoniales des agents économiques ne sont pas uniquement la contrepartie de l'utilisation de la capacité de financement ou du financement du besoin de financement. Elles peuvent également provenir, outre de changement dans la valeur des actifs et des passifs résultant du jeu du marché, d'opérations strictement financières.

Finalement, deux observations sont donc à faire :

 La variation de la valeur du patrimoine des agents peut résulter d'autres facteurs que le solde des opérations courantes, qu'il s'agisse de phénomènes de valorisation des actifs ou des passifs ou des opérations exceptionnelles mentionnées plus haut qui ne sont pas intégrées aux comptes d'opérations courantes (en particulier, les opérations financières en capital, endettement, achats d'actifs financiers, ...).

 On peut distinguer dans l'utilisation de la capacité de financement, les utilisations qui intéressent les relations patrimoniales avec l'étranger de celles qui sont purement domestiques. Dans des économies ouvertes, les patrimoines des agents économiques d'un pays comportent généralement des dettes et des actifs contractés auprès d'unités non nationales. La capacité de financement des pays excédentaires peut être utilisée à réduire l'endettement net face au reste du monde ou à augmenter la position créancière du pays. Mais elle peut aussi servir à modifier la structure de la valeur des patrimoines domestiques.

En toute hypothèse, il est crucial de s'interroger sur l'affectation des capacités de financement des pays excédentaires car il est nécessaire pour comprendre les orientations suivies par une économie d'élargir l'analyse au-delà de ce que révèle l'analyse de ses opérations courantes.

À cet égard, on suit généralement la position extérieure des pays pour rendre compte de leur situation financière avec le reste du monde.

La position extérieure d'un pays mesure l'état du stock de ses avoirs et engagements extérieurs. Elle représente la situation patrimoniale d'un pays vis-à-vis de l'extérieur. Son suivi est complémentaire de celui du compte courant de la balance des paiements qui retrace des flux résultant de ses relations courantes avec le reste du monde. Mais celui-ci n'est pas immédiatement réconciliable avec la position extérieure (du fait principalement de l'incidence des flux financiers recensés dans le compte financier et des phénomènes de valorisation des stocks qui peuvent être dus aux variations de change et de la valeur des actifs et passifs en lien avec les évolutions des marchés financiers et du crédit).

Dans ces conditions, malgré les interdépendances entre ces données, les résultats du compte courant de la balance des paiements ne se retrouvent pas mécaniquement dans les évolutions des positions extérieures.

A. LES POSITIONS EXTÉRIEURES DES DEUX PAYS : UNE ALLEMAGNE DE PLUS EN PLUS CRÉDITRICE, UNE FRANCE EN VOIE D'ENDETTEMENT

La position extérieure de la France était créditrice nette en début de période (+ 45,2 milliards de dollars) mais se trouve débitrice en fin de période (- 316 milliards de dollars en 2009) ayant enregistré une hausse des engagements nets de l'économie française de 361,2 milliards.

De son côté, l'Allemagne a renforcé sa position créditrice sur l'étranger dans des proportions considérables. En fin de période, la valeur des créances nettes de l'Allemagne sur l'étranger est plus élevée de 1 156,6 milliards d'euros.

Positions extérieures de l'Allemagne et de la France
(en milliards d'euros)

On pourrait être tenté de considérer que la divergence entre les deux pays n'est que le reflet des divergences de leurs comptes courants.

Mais les deux phénomènes ne sont pas strictement homogènes.

Sous le premier angle, l'écart cumulé entre les deux pays atteint 1 322,7 milliards de dollars (un excédent allemand de 1 214 milliards ; un déficit français de 108,7 milliards).

Or, au cours de la période, la position extérieure allemande s'est, relativement à celle de la France, améliorée de 1 517,8 milliards de dollars, soit davantage que la sur-performance du compte courant de l'Allemagne (+ 195,1 milliards d'euros).

Il ne faut pas en déduire que l'Allemagne a réalisé des performances financières qui ont démultiplié les effets de ses résultats commerciaux sur sa position extérieure nette.

En réalité, on remarque que la position extérieure nette de l'Allemagne s'est moins appréciée que ce que les excédents du compte courant allemand ne l'auraient permis (+ 1 156,6 milliards contre + 1 214 milliards de dollars).

Dans le même temps, la position extérieure nette de la France s'est détériorée au-delà de ses déficits commerciaux (- 361,2 milliards contre 108,7 milliards de dollars).

En bref, les variables influençant les positions extérieures des deux pays indépendantes des flux liés à leurs résultats commerciaux, ont plutôt détérioré leur situation financière au regard du reste du monde par rapport à ce vers quoi tendaient leurs performances commerciales mais un effet a été plus négatif pour les positions allemandes que pour les positions françaises.

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Une analyse détaillée des comparaisons de la position extérieure des deux pays mise en relation avec les flux financiers correspondant à leurs résultats commerciaux permet de mieux prendre la mesure des déterminants des positions financières globale de l'Allemagne et de la France.

Les évolutions très contrastées observées dans ce domaine ne sont pas attribuables à un moindre essor des créances brutes de la France sur l'étranger. Au contraire, les avoirs français à l'étranger ont davantage augmenté que ceux de l'Allemagne (171,7 milliards de dollars de plus).

En revanche, les engagements des deux pays à l'égard de l'extérieur ont nettement divergé (1 689,1 milliards de dollars de plus pour la France).