Allez au contenu, Allez à la navigation

Adapter la France aux dérèglements climatiques à l'horizon 2050 : urgence déclarée

16 mai 2019 : Adapter la France aux dérèglements climatiques à l'horizon 2050 : urgence déclarée ( rapport d'information )

B. LE PROCHE AVENIR : LES GRANDES LIGNES DE LA CHRONIQUE DU DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE SONT ÉCRITES POUR LES TRENTE PROCHAINES ANNÉES

Lors de son audition par vos rapporteurs, le climatologue Hervé Le Treut a souligné d'emblée un fait essentiel qu'il faut avoir à l'esprit quand on s'interroge sur les effets des dérèglements climatiques et sur les politiques d'adaptation qu'ils rendent nécessaires : sur le plan climatique, les vingt à trente prochaines années sont déjà écrites dans leurs grandes lignes. Quoi qu'on fasse maintenant pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), compte tenu de l'inertie des systèmes climatiques, l'accumulation passée et présente de ces gaz détermine en effet largement ce qui va se passer d'ici à 2050. Les efforts d'atténuation peuvent radicalement changer l'avenir du climat dans la seconde partie du siècle. Les scénarios RCP2.6, RCP4, RCP6 et RCP8.5 du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC)7(*) produiront en effet des divergences climatiques fortes dans la seconde partie du XXIe siècle. En revanche, avant 2050, les prévisions des différents scénarios sont assez voisines.

Grâce aux modèles de prévision climatique qui permettent ce que les climatologues appellent une « descente d'échelle », on peut désormais donner une description assez précise du climat de la France et de ses régions dans les prochaines décennies. Le volume 4 de la collection « Le climat de la France au XXIe siècle »8(*) donne ainsi un aperçu régionalisé des évolutions climatiques auxquelles on peut s'attendre pour la métropole et les régions d'outre-mer. On trouve aussi une présentation prospective synthétique sur le portail DRIAS, de Météo-France et de l'Institut Pierre-Simon Laplace (IPSL).

À l'horizon 2050, le phénomène le plus marquant est bien sûr la poursuite de la hausse des températures moyennes. Elle devrait être comprise entre 0,6°C et 1,3°C, toutes saisons confondues, par rapport à la moyenne de référence calculée sur la période 1976-2005 (soit +2 °C par rapport à l'ère préindustrielle)9(*). Cette hausse devrait être plus importante dans le Sud-Est de la France en été, avec des écarts à la référence pouvant atteindre 1,5°C à 2°C.

On s'attend par ailleurs à une augmentation du nombre de journées chaudes allant jusqu'à 5 jours sur l'ensemble du territoire, voire 5 à 10 jours dans des régions du quart Sud-Est.

Enfin, on prévoit d'ici 2050 une augmentation de la fréquence, de la durée et de l'intensité des vagues de chaleur par rapport à la période 1983-2018, sachant que cette dernière période, comme on l'a souligné plus haut, se caractérise elle-même par une hausse significative des épisodes caniculaires par rapport à la période 1947-1983. À l'horizon 2050, un épisode comme celui de 2003 devrait cependant encore conserver un caractère exceptionnel, la probabilité étant faible qu'une canicule aussi sévère se reproduise d'ici là.

Pour compléter ce rapide panorama du climat national à l'horizon 2050, on peut aussi évoquer les tendances suivantes :

- une diminution des jours anormalement froids en hiver sur l'ensemble de la France métropolitaine, entre 1 et 4 jours en moyenne, et jusqu'à 6 jours au Nord-Est du pays ;

- la poursuite de la baisse de l'enneigement en montagne, particulièrement à basse altitude ;

- la poursuite du recul de l'épaisseur et de la superficie des glaciers ;

- une absence d'évolution clairement marquée pour les précipitations moyennes à l'échelle nationale ;

- de faibles changements des pourcentages de précipitations extrêmes.

Au total, le scénario climatique de la France à l'horizon 2050 est une poursuite des changements observés au cours des dernières décennies. Les problèmes que nous observons déjà vont vraisemblablement s'aggraver sans changer radicalement d'échelle.


* 7 Les quatre profils d'évolution des concentrations des gaz à effet de serre (RCP) retenus par les experts du GIEC pour le 5ème Rapport ont été traduits en termes de forçage radiatif, c'est-à-dire de modification du bilan radiatif de la planète. Le bilan radiatif représente la différence entre le rayonnement solaire reçu et le rayonnement infrarouge réémis par la planète. Il est calculé au sommet de la troposphère.

* 8 Le Gouvernement a sollicité, en 2010, l'expertise de la communauté française des sciences du climat afin de produire une évaluation scientifique des conditions climatiques de la France au XXIsiècle. La direction de ces travaux a été confiée à Jean Jouzel, qui a coordonné une équipe de chercheurs du CNRS/INSU/IPSL et LGGE, de Météo-France, du BRGM, du CEA, du CETMEF et du CNES. La série « Le climat de la France au XXIe siècle » rassemble les résultats de ces travaux.

* 9 La lecture des mesures de la hausse des températures mondiales est complexe, car on ne sait pas toujours clairement quelle est la période de référence utilisée pour effectuer cette mesure. C'est parfois une période récente (exemple : 1976-2005) et parfois la période préindustrielle. Une harmonisation systématique de la présentation serait donc souhaitable. Par ailleurs, quand on évoque la hausse de la température globale, on évoque une hausse qui tient compte des températures sur terre et sur mer. Or, la hausse de la température globale terrestre est, en moyenne, supérieure de 50 % à la hausse de la température globale de la surface de la mer. Une hausse de 2° de la température du globe correspond donc à une hausse de 3° en moyenne sur les terres émergées.