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Drones dans les forces armées

23 juin 2021 : Drones dans les forces armées ( rapport d'information )

III. DES RECOMMANDATIONS ARTICULÉES EN TROIS AXES

A. CONFORTER ET ÉTENDRE LA CAPACITÉ « DRONES » DE NOS FORCES ARMÉES

1. Mener à bien le rattrapage capacitaire sans prendre de nouveau retard

Les rapporteurs regrettent que la « capacité drones » soit l'un des segments devant supporter les « ajustements » de l'actualisation de la LPM. Pour eux, il est indispensable de garder le cap et de livrer aux armées les capacités dont elles ont besoin selon le calendrier prévu initialement, a fortiori lorsqu'elles font face à une rupture capacitaire.

De ce point de vue, la mise à disposition des drones SDT Patroller est une priorité car l'Armée de terre, privée désormais de ses SDTI, en a un besoin urgent.

Il est aussi important d'avancer sur la question de l'armement de ces drones tactiques. D'abord, parce que cela répondra à un besoin des forces et qu'il faut mieux envisager d'emblée de les doter de capacités d'attaque souveraines. Ensuite, parce que, comme nous le montre l'expérience récente du Reaper, les frappes des drones ne semblent plus poser de problème, notamment aux yeux de l'opinion, dès lors que les règles d'engagement du feu, sous le contrôle de la chaine de commandement, sont respectées. Enfin et surtout, il s'agit d'assurer l'exportabilité du Patroller face à ses concurrents américains, israéliens, turcs qui sont armés ou au moins qui ont la capacité de l'être...Plus largement, il faut lancer sans tarder les développements futurs de ce drone tactique (charges utiles de guerre électronique, système de contrôle de vol souverain, communication par satellite...).

Il est également impératif de permettre la montée en puissance la capacité de mini-drones SMDM de la Marine et de mener à bien son programme de drones tactiques SDAM ainsi que le programme SLAMF de lutte anti-mines futur. Il faut, à cet égard, souligner l'effet d'entrainement que ce programme SLAMF peut avoir sur le développement de nouvelles capacités, y compris dans les milieux terrestres et aériens. En effet, compte tenu de ses spécificités, le milieu naval est propice aux innovations technologiques : autonomie (en particulier pour les drones sous-marins qui évoluent sans communications), moyens de largage et de récupération des systèmes, intelligence artificielle...

Les commandes et les livraisons de drones de contact pour les trois armées devront être poursuivies, conformément aux objectifs fixés par la LPM.

Enfin, dans la perspective du à la fin de la décennie, il est indispensable d'accompagner l'avancement du programme de l'Eurodrone, qui, au-delà du remplacement des drones Reaper, va constituer un programme structurant pour l'aéronautique européenne et un soutien pour l'innovation technologique dans de nombreux domaines. Il convient de le faire en veillant au respect des coûts et bien sûr en s'assurant de la possibilité qu'il soit armé, pour garantir la soutenabilité de son modèle économique.

2. Doter nos armées d'une capacité nouvelle de drones « bon marché » et « consommables », c'est-à-dire sacrifiables sur le champ de bataille

Sans aller jusqu'à recommander un virage capacitaire et un changement radical dans nos acquisitions d'armement - qui conduirait par exemple à renoncer à l'acquisition de drones MALE ou tactiques sophistiqués -, les rapporteurs préconisent de doter nos armées, à titre complémentaire, d'une capacité de drones bon marché qui seraient des « consommables », dans la perspective des conflits futurs.

En effet, l'utilisation de drones « sacrifiables » de petite taille, armés ou non, dans le cadre de nouveaux modes opératoires, est une réalité observée dans de nombreux conflits récents et cette tendance va sans nul doute s'amplifier dans les années qui viennent. Les armées françaises ne peuvent ignorer cette évolution.

Les développements technologiques envisagés par nos partenaires montrent qu'il s'agit d'une capacité à ne pas négliger si l'on veut que nos armées tiennent leur rang dans les guerres futures.

C'est une nécessité pour se préparer aux conflits de haute intensité dans lesquels la suprématie aérienne dont nous disposions jusqu'à présent sera contestée. Dans ce contexte, des drones « sacrifiables » pourraient être utilisés, à la place ou en complément des moyens aériens classiques, pour pénétrer des défenses aériennes ennemies de plus en plus robustes.

A cet effet, les rapporteurs recommandent d'envisager d'acquérir :

- des micro-drones simples destinés à servir de leurre ou à mener des attaques saturantes, ainsi que pour l'entrainement des militaires ;

- des micro-drones armés (qui ne seraient cependant pas des armes autonomes) ;

- des drones d'attaque un peu plus gros (de type mini-drones) capables d'emporter des charges d'explosifs, tels que les munitions téléopérées.

La BITD française a la capacité de produire de tels systèmes, même si pour l'instant elle ne le fait pas, en l'absence de demande.

Il ne s'agit cependant pas d'une simple question capacitaire. Il faudra aussi prendre en compte l'intégration de ces drones dans une manoeuvre d'ensemble coordonnée, en combinaison étroite avec d'autres moyens conventionnels (artillerie, capteurs, capacité de guerre électronique) ainsi que leur mise en oeuvre à travers de certains modes d'action (attaques saturantes, leurrage...).

Par ailleurs, le besoin de drones MALE pour réaliser des missions de surveillance et d'observation sur de longues distances et sur de longues durées, ne disparaîtra pas pour autant. Cette capacité demeurera nécessaire pour opérer sur des théâtres permissifs ou dans la profondeur, à l'arrière de la zone de contact, sur des théâtres non permissifs, tout comme reste nécessaire la mise en place d'ici 2030 d'une architecture de « cloud de combat » intégrant au sein d'un réseau connecté des Rafale, Eurodrones, drones remote carriers et satellites d'observation.

3. Soutenir davantage notre filière industrielle de drones et robots

Il est nécessaire d'appuyer le développement et la structuration d'une filière nationale de robotique. La stratégie de soutien de l'Estonie à son secteur robotique autour du champion national Milrem Robotics constitue, à cet égard, un exemple intéressant.

La France dispose en la matière de bases solides, avec des fleurons de la BITD comme Airbus, Safran, Nexter, Naval Group... et de véritables « pépites », telle l'entreprise Parrot, qui est désormais le principal concurrent du leader mondial du marché, l'entreprise chinoise DJI sur le marché des drones aériens légers ou Sharks Robotics, créée en 2016 et déjà dans le top 10 mondial de la robotique terrestre.

La robotique française compte aussi dans ce domaine de nombreuses jeunes pousses et entreprises innovantes dont aucune pourtant n'est prise en compte dans le programme Next40/120 de la la French Tech, initiative de soutien public à l'écosystème de startups françaises.

Il est nécessaire de soutenir davantage cette filière, tout en l'orientant sur les besoins futurs des armées, et en favorisant sa structuration.

Le soutien pourrait consister, par exemple, en une extension du bénéfice du dispositif GCAS (groupe de contact, d'action et de soutien aux entreprises d'intérêt stratégique vital), en l'instauration d'un financement dédié à la filière robotique au sein de la Banque publique d'investissement ou encore la création d'une liste spécifique pour les entreprises de cette filière au sein de la French Tech.

La structuration doit viser la mise en place d'une filière nationale robuste et agile, intégrant l'ensemble des acteurs industriels, quelle que soit leur taille, et en mesure de fournir une production souveraine, non dépendante des approvisionnements étrangers.

Il faut aussi protéger les startups et entreprises de taille intermédiaire de robotique contre les tentatives de prédation par des fonds d'investissement étrangers (chinois ou américain notamment), en favorisant l'acculturation des fonds d'investissement français à ce domaine.