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Météo-France

22 septembre 2021 : Météo-France ( rapport d'information )

B. LE DÉVELOPPEMENT DES RESSOURCES PROPRES DE MÉTÉO-FRANCE : UN CONTEXTE DE CONCURRENCE RENOUVELÉ

1. Les efforts de Météo-France en matière de politique commerciale commencent à porter leurs fruits
a) Un déclin amorcé par le recul des services audiotel

Il y a encore dix ans, les services audiotel61(*) de Météo-France représentaient une part significative des recettes commerciales de l'opérateur. La désuétude progressive de ces services a entraîné l'érosion régulière (de l'ordre de 20 % chaque année) des ressources qu'ils généraient. Depuis 2012, ces ressources se sont rétractées d'environ onze millions d'euros. Ce phénomène est la principale explication de la contraction des recettes commerciales constatée entre 2012 et 2016.

Évolution des différentes natures de recettes commerciales de Météo-France (2012-2020)

(en millions d'euros)

Source : commission des finances du sénat d'après les réponses de Météo-France au questionnaire du rapporteur spécial

b) Un effort de reconquête qui commencent à être perceptible

Pour compenser la diminution de sa SCSP, l'opérateur était incité à dynamiser ses ressources propres pourtant naturellement tirées vers le bas par le déclin des services audiotel. Cet objectif faisait partie intégrante des orientations du COP 2017-2021. L'ambition de reconquête a notamment porté sur le segment des professionnels dont les produits ont progressé de 18,6 % entre 2016 et 2020.

Les recettes publicitaires, portées par la monétisation du site internet et de l'application mobile Météo-France ont également participé à redresser le niveau de ses recettes commerciales. Cet effet s'est notamment fait sentir après le choix fait par Météo-France d'externaliser la commercialisation de ses espaces publicitaires sur supports digitaux62(*). Cette externalisation63(*) a permis d'accroître les recettes publicitaires et la performance de cette activité. Entre 2015 et 2019, à la veille de la crise, les recettes publicitaires ont progressé de près de 40 %.

À la faveur de ces efforts, le mouvement de contraction des recettes commerciales de Météo-France s'est interrompu en 2017 pour approcher les 32 millions d'euros en 2018 et 2019, avant que la crise sanitaire ne remette en cause les perspectives de croissance attendues en 2020.

Ces dernières années, le dynamisme des recettes commerciales dans le domaine professionnel a notamment été porté par le gain de plusieurs appels d'offre significatifs au premier rang desquels un contrat signé avec la direction générale de l'énergie et du climat (DGEC) portant sur des études d'évaluation des risques météorologiques dans le cadre de l'implantation d'éoliennes au large.

Les secteurs de l'aéronautique commerciale64(*), des transports65(*) et des médias se révèlent également porteurs pour Météo-France. L'opérateur est également présent dans le domaine sportif à travers des contrats avec le tournoi de tennis de Wimbledon ou la fédération internationale de l'automobile (FIA).

Les principaux clients de Météo-France en 2021

Entité

Objet des contrats

Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC)

Études et mesures pour la construction et l'exploitation de parcs éoliens en mer

Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer (DGITM)

Aide à la gestion du parc routier des DIROUTES

Fédération internationale de l'automobile (FIA)

Assistance météorologique sur les grands prix de formule 1

SNCF Réseau

Aide au pilotage et à la gestion du réseau ferroviaire

France télévision

Prestations à France 3 régions et les chaînes outre-mer

Orange

Aide à la planification de la maintenance et du développement du réseau et alimentation en information météo du site internet de l'entreprise

EDF

Services au coeur opérationnel de l'entreprise

RTE

Services fournis pour l'équilibrage du réseau

VNF

Aide à la gestion du réseau fluvial

TF1

Prestations pour les programmes météo de la chaîne

Source : réponses de Météo-France au questionnaire du rapporteur spécial

Il est à noter également que les filiales de Météo-France Prédict Services et Météorage contribuent à environ 7 % de ses recettes commerciales et que leur activité est en progression.

2. Une trajectoire remise en cause par la crise

Malgré le coût d'arrêt provoqué par la crise, dans les années à venir des perspectives devront être explorées avec volontarisme par les équipes commerciales de Météo-France partout où les prestations de l'établissement sont susceptibles d'apporter une plus-value significative à des acteurs économiques toujours plus météo-sensibles. Ainsi, l'établissement devra concentrer ses efforts de prospection commerciale dans une série de secteurs clés tels que les assurances, les médias, les services aux acteurs de la montagne, les transports terrestres, l'énergie, l'hydrologie, l'agriculture, l'étude des ilots de chaleur urbains etc.

Le processus de digitalisation des offres commerciales, notamment car il permet de les rendre plus efficientes dans un contexte de moyens financiers et d'effectifs contraints doit aussi être poursuivi et approfondi en tirant le meilleur parti des évolutions technologiques. Dans la mesure des moyens de l'opérateur, des offres d'API66(*) (interfaces de programmation) commerciales, de prévisions probabilistes et de sites météo « clés en main » qui sont des réponses particulièrement adaptées aux besoins de nombreux clients pourraient par exemple être développées de façon plus systématique.

3. La contractualisation est une perspective intéressante

Dans le cadre de la délivrance de services relavant de missions de service public dont le coût n'est pas couvert par sa SCSP, Météo-France noue des partenariats avec des institutions civiles et militaires qui donnent lieu à des flux financiers.

Aujourd'hui, ces flux financiers ne représentent qu'une très faible part des ressources de l'établissement. Selon les années, les recettes générées par ces conventions fluctuent entre 1,5 et 4 millions d'euros. Le partenariat conclu avec la direction générale de la prévention des risques (DGPR) représente la très grande majorité de ces recettes.

Les partenariats institutionnels civils et militaires faisant l'objet
de flux financiers additionnels à la SCSP

Domaine

Entité

Prévention des risques et gestion de crise

Direction générale de la prévention des risques (DGPR)

Direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC)

Caisse centrale de réassurance (CCR)

Détection des bancs de sargasses et prévision de leur échouage

Direction de l'eau et de la biodiversité (DEB)

Pollution atmosphérique accidentelle

IRSN

EDF

Prestations diverses aux forces armées

Ministère des armées

Préparation du futur des forces armées

Direction générale de l'armement (DGA)

Source : réponses de Météo-France au questionnaire du rapporteur spécial

De plus en plus fréquemment, Météo-France conclue également des contrats avec des administrations publiques pour des activités qui se situent dans le champ concurrentiel.

Pour des projets ponctuels, cette solution souple présente des avantages pour l'établissement. Elle lui permet de mobiliser son expertise et d'apporter sa plus-value dans des domaines qui ne relèvent pas du coeur de ses missions. Alors que les enjeux climatiques et météorologiques deviennent de plus en plus prégnants, les besoins exprimés par diverses administrations à Météo-France ont tendance à se multiplier.

Certains de ces contrats constituent de vraies réussites pour Météo-France et se traduisent par des ressources complémentaires non négligeables. Les contrats signés avec la DGITM pour la gestion des DIROUTES et avec la DGEC pour des études préalables à l'implantation de champs d'éoliennes au large en sont probablement les exemples les plus éloquents.

Météo-France entend également tirer le meilleur parti du phénomène de développement des contrats en « quasi régie », dits « in-house ». Soumis à conditions, conclus de gré à gré sans mise en concurrence par les services de l'État ils constituent des opportunités intéressantes pour l'opérateur.

Marchés dans le champ concurrentiel
conclus avec des entités publiques

Objet du marché

Entité

Aide à la gestion des DIROUTES

DGITM

Études et mesures pour la construction et l'exploitation de parcs éoliens en mer

DGEC

Études de calamités agricoles et suivi de sécheresse des prairies

Ministère de l'agriculture et de l'alimentation

Assistance météo pour la gestion du réseau fluvial

VNF

Source : réponses de Météo-France au questionnaire du rapporteur spécial

Ce type de relations contractuelles pourrait trouver à s'appliquer de façon beaucoup plus généralisée dans le cadre des services d'adaptation au changement climatique que l'opérateur sera amené à développer dans les années notamment à l'attention des collectivités territoriales et des services de l'État.

Cependant, du fait de la saturation des plans de charge des effectifs, l'opérateur signale être déjà dans l'obligation de prioriser les demandes qui lui sont formulées et ne plus être en capacités de répondre à des appels d'offre, pourtant vecteurs d'innovation. Ces renoncements peuvent toucher des domaines pourtant essentiels en termes de politique publique et pour lesquels Météo-France a une vraie plus-value à apporter. À titre d'exemple, faute de ressources disponibles, l'opérateur n'a pas répondu à l'appel d'offre d'une collectivité portant sur la caractérisation de l'îlot de chaleur urbain. Pour les mêmes raisons, Météo-France signale avoir été dans l'incapacité de répondre à une étude de site pour un projet éolien off-shore en Bretagne.

Cette situation fait peser un risque financier sur l'établissement en contribuant à contracter son potentiel de recettes commerciales. De façon plus structurelle, elle est susceptible de brider les capacités de l'opérateur en termes d'innovation et de développement de services à forte valeur ajoutée.

Aussi, dans un contexte de tensions sur ses effectifs sous plafond, et afin que Météo-France puisse répondre aux demandes qui lui sont exprimées, il apparaît nécessaire, de faire évoluer avec plus d'agilité la limite fixée aux emplois hors plafond.

4. Un défi concurrentiel qui s'annonce exacerbé dès 2023
a) Météo-France dispose d'avantages concurrentiels à valoriser

Dans le cadre de ses activités commerciales, le SMN français peut s'appuyer sur certains avantages concurrentiels. La qualité de ses prévisions, basée sur un réseau d'observation étendu, est reconnue. Ses météorologistes conseils sont disponibles 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour prévenir ses clients aux activités les plus météo-sensibles.

b) Nombreuses de ses activités sont déjà soumises à une concurrence active

Outre les contrats en « quasi régie » conclus avec des services de l'État, l'ensemble des offres de Météo-France destinées aux professionnels sont exposées à une concurrence de plus en plus forte.

En ce qui concerne les outils d'aide à la décision orientés vers les secteurs du BTP, des transports ou de l'agriculture, l'opérateur est par exemple concurrencé par une grande société météorologique américaine. La concurrence est également bien installée dans le secteur des énergies renouvelables. De grandes compagnies informatiques, notamment américaines, se positionnent sur la fourniture de données météorologiques, notamment aux grandes collectivités territoriales, et concurrencent Météo-France sur le territoire national comme à l'international. L'offre digitale et le secteur des médias est aussi exposé à la concurrence, y compris d'acteurs plus modestes. Des prestations météo plus spécifiques telles que la météo marine sont également particulièrement exposées à une concurrence internationale. Des bureaux d'études sont également très présents sur le sujet des conséquences induites par le changement climatique.

Une nouvelle réalité tient au développement de la concurrence de startups qui exploitent les données mises à disposition par Météo-France. Des startups ont ainsi pris des parts de marché à Météo-France dans les domaines de l'assurance, des transports ou de l'appui aux collectivités territoriales.

Si la règle entre SMN est davantage à la coopération, ils peuvent aussi être en compétition notamment pour des appels d'offre lancés dans le cadre de programmes européens ou des programmes financés par la Banque mondiale.

c) L'enjeu des nouvelles technologies et du big data

La maîtrise des nouvelles technologies, en particulier l'intelligence artificielle (IA) et du traitement de très gros volumes de données, renouvelle profondément et à un rythme soutenu les enjeux de la concurrence dans le champ de la météorologie. D'ici quelques années, la part de ces nouvelles technologies aura considérablement monté en puissance dans le marché de la météorologie au détriment de l'expertise et du conseil humain qui figurent actuellement parmi les principaux avantages concurrentiels de Météo-France.

Aussi, si à ce jour les parts de marché du SMN en France restent à peu près stables et que peu de grands comptes se détournent de lui, la situation pourrait radicalement changer à très courte échéance et affecter les recettes commerciales et la situation financière de l'opérateur. En cumulant les effets de la décroissance de la part relative du conseil humain dans l'offre météorologique, de l'extension du périmètre des données publiques et de la montée en puissance de la concurrence stimulée par l'usage des nouvelles technologies, les parts de marchés de Météo-France ainsi que ces recettes commerciales pourrait décroître de façon vertigineuse dès 2023 ou 2024.

Des géants du numérique, disposant de très puissantes capacités de calcul, vont être de plus en plus présents sur le marché de l'information météorologique. À ce titre, au-delà du mouvement d'ouverture des données publiques, le principal enjeu stratégique pour Météo-France est la perspective d'une publicité des codes de calcul de ses modèles de PNT. Les codes de calcul de Météo-France sont considérés comme parmi les tous meilleurs au monde. L'exploitation de tels codes, appuyée sur des capacités de calcul intensif très puissantes, constituerait alors un atout absolument décisif pour de grandes sociétés du numérique ou des puissances étrangères autant qu'un risque de perte de souveraineté pour la France et de déclassement international pour Météo-France.

Une grande multinationale informatique est d'ores et déjà en mesure de faire tourner un modèle de prévision numérique d'une résolution de trois kilomètres sur l'ensemble du globe.

Ces perspectives préoccupantes imposent à l'établissement de se positionner à l'avant-garde de l'usage des nouvelles technologies dans le domaine de la météorologie.

Pour faire face à un tel défi concurrentiel et conforter ses ressources propres, Météo-France doit pouvoir disposer de moyens humains et financiers suffisants. A l'instar de l'ensemble des défis qu'il aura à relever dans les prochaines années, il constitue une autre des raisons qui justifient de stabiliser les moyens de l'opérateur à compter de l'année 2023.


* 61 Le numéro de téléphone payant d'information météorologique.

* 62 Avant 2016, cette activité était gérée par Météo-France régie, une filiale détenue à 100 % par l'opérateur.

* 63 Effective depuis 2016 pour l'application mobile et 2017 pour le site internet.

* 64 En témoigne notamment des partenariats conclus avec les sociétés GTD, Garmin ou Thales.

* 65 Avec des conventions signées avec la DGITM, SNCF Réseau et VNF ou encore le retour de clients qui avaient choisi de faire appel à des concurrents de l'opérateur (la SANEF ou des conseils départementaux).

* 66 Application programming interface.